PAKISTAN : Une crise humanitaire sans précédent

Caritas Internationalis a renouvelé son appel le 15 septembre dernier, pour le Pakistan qui subit les pires inondations de son histoire. Celles-ci ont affecté 21 millions de personnes, dont plus de 10 millions sont toujours sans-abri, a rapporté l’ONG. Quelques jours auparavant, Maurizio Giulliano, porte-parole de l’ONU pour les affaires humanitaires avait déclaré qu’il s’agissait de « l’une des plus graves crises humanitaires de l’histoire des Nations Unies en terme de nombre de personnes à  assister et de territoire à  couvrir pour leur porter secours ».

Ce vendredi 17 septembre, l’ONU a redemandé avec insistance à  la communauté internationale de se mobiliser, déplorant que son appel de fonds d’urgence lancé le 11 aoà»t, pour 460 millions de dollars, n’ait pu être à  satisfait qu’à  60 % environ.

Outre la province montagneuse de Khyber Pakhtunkhwa (ancienne province de la Frontière du Nord-Ouest), les inondations ont touché le Baloutchistan, le Pendjab, l’Azad-Cachemire et le Sind, soit la majeure partie du territoire pakistanais. Selon des sources locales, plusieurs millions de réfugiés dans le Sind et le Pendjab, les deux provinces les plus sinistrées, n’ont toujours pas reçu d’assistance humanitaire. Les eaux continuent de descendre du nord du pays et les ordres d’évacuation se poursuivent, comme aux environs du lac de Manchar, le plus grand du Pakistan, qui menace de se déverser sur les villes et villages qui l’entourent.

Le bilan actuel donné par le gouvernement fait état de près de 2000 morts mais les ONG craignent qu’après les opérations de premiers secours qui s’achèvent, le pays n’entre dans une phase encore plus critique avec l’arrivée de l’hiver. « Des millions de personne ont dà» fuir et sont sans toit, ni nourriture ni soins médicaux. Leurs champs ont été balayés, leurs moyens de subsistance détruits. Les maladies sont une menace constante. Des vies pourraient être sauvées si l’on apportait rapidement de l’aide aux populations les plus vulnérables », prédit Anila Gill, secrétaire exécutive de Caritas Pakistan.

Depuis plus de six semaines, Caritas Pakistan distribue des aides alimentaires, des tentes, des médicaments et administre des soins de première urgence avec ses quelque 200 volontaires locaux et l’aide de la Caritas Internationalis (1). Les membres de l’ONG catholique sont particulièrement attentifs à  respecter les traditions des réfugiés, comme celle du purdah qu’observent certaines femmes musulmanes, et qui exige des contraintes logistiques particulièrement difficiles à  appliquer dans les camps surpeuplés ou les centres de soins. «Dans la tragédie de l’évacuation, les femmes sont les victimes les plus faibles. Le risque de maladies et d’épidémies est plus important [pour elles], mais selon la tradition et la pratique locales, elles ne peuvent être examinées que par des médecins de sexe féminin», explique Anila Gill à  l’agence Fides.

Dans les zones difficiles d’accès, comme les chaînes montagneuses du nord o๠le gouvernement ne peut faire parvenir l’aide, ce sont des ONG locales, souvent islamiques, qui occupent le terrain, profitant du vide laissé par les institutions pour récolter des fonds pour leurs organisations, dont certaines ont été reconnues comme illicites au niveau international (3). Dans ces régions, la catastrophe naturelle des inondations se double d’une discrimination dans la distribution des aides. Les chrétiens et les minorités religieuses comme les Ahmadi (4) sont délibérément ignorés, aussi bien par les fonctionnaires locaux que par les organisations islamiques. De nombreuses ONG ont rapporté les multiples discriminations que ces groupes doivent affronter : refus de soin, interdiction d’entrée dans les camps de réfugiés, refus de distribution d’aide alimentaire et de secours d’urgence… Les appels au gouvernement se sont multipliés ces derniers jours, venant de responsables d’Eglise, d’organisations humanitaires, mais aussi de la presse pakistanaise qui s’est émue de ces violations répétées du droit humanitaire.

Ces réactions d’indignation se sont amplifiées avec la révélation récente de nouvelles tragédies : afin de sauver leurs terres, des grands propriétaires ont construit des digues et dévié les eaux vers les villages et les terres de paysans pauvres, appartenant souvent aux minorités religieuses chrétiennes, hindoues ou musulmanes, les inondant intentionnellement. Le village chrétien de Khokharabad au Pendjab a ainsi été totalement englouti, entraînant la mort de 15 personnes et l’anéantissement des biens de toute sa population. Selon le directeur de la commission pour les droits de l’homme du Pakistan (HRCP), ces « dérivations intentionnelles » concerneraient surtout les provinces du Sind et du Pendjab et auraient déjà  laissées sans toit plus de deux millions de personnes. « Le phénomène des eaux déviées au détriment des pauvres a suscité un vaste écho et l’indignation de l’opinion publique. Les grands propriétaires ont pensé à  sauver leurs champs, en construisant des structures de canalisation, sans s’intéresser aux conséquences. Ce sont des personnes riches, influentes, et même directement présentes au Parlement. Elles pensent pourvoir agir sans être inquiétées » (5), a-t-il déclaré, rejoignant le flot de condamnations des ONG, locales et internationales (dont la Croix-Rouge), et des responsables religieux comme Peter Jacob, secrétaire de la Commission « Justice et Paix » de la conférence épiscopale du Pakistan, lesquels ont demandé qu’une enquête soit menée par les autorités afin de déterminer les responsables de ces faits criminels qui ont encore alourdi le bilan des victimes des inondations.

Notes
(1) Le Secours Catholique (Caritas France), Caritas Suisse mais aussi Cordaide (Caritas Pays-Bas) ou encore Trocaire (Caritas Irlande) ont fourni de l’eau potable, des unités de soins mobiles, du matériel de première urgence et des aides alimentaires ainsi que des semences.
(2) La pratique du purdah consiste en une séparation physique entre les hommes et les femmes confinant ces dernières dans des espaces réservés o๠elles sont dissimulées aux regards masculins.
(3) C’est le cas par exemple du Jihad-al-Islami ou encore du Jamaat-e-Islami.
(4) Les Ahmadi (ou Ahmadiyah) sont considérés comme hérétiques par les courants majoritaires de l’islam.
(5) Fides, dépêches des 15 et 16 septembre 2010

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SRI LANKA : Entre propagande et réhabilitation, un mariage collectif d’ex-Tigres tamouls hindous et catholiques a été célébré dans les camps tenus par l’armée

Dimanche 13 juin, 53 couples formés d’anciens membres présumés du LTTE (Tigres de Libération de l’Eelam tamoul) se sont mariés selon les rites de leur religion, hindoue ou catholique, dans le camp de réhabilitation o๠ils sont détenus à  Vavuniya, dans le nord du pays. La cérémonie collective, orchestrée par l’armée, a été largement commentée par la presse officielle comme le signe manifeste du retour à  la paix et de la réhabilitation réussie des anciens rebelles tamouls (1).

Sur le site Internet de la Sri Lanka Army, les 106 jeunes mariés défilent deux par deux, encadrés par les soldats du camp de réhabilitation, afin d’effectuer l’enregistrement de leur union, qui, selon les autorités militaires, s’est effectué en un temps record (entre 7 h 30 et 8 h 00 du matin). La fanfare de l’armée et des groupes de militaires qui avaient répété des danses, étaient chargés d’assurer l’ambiance festive.

Cet « événement sans précédent » a été « initié et organisé par le Commissaire général pour la Réhabilitation et a reçu le soutien de l’Hindu Congress, du Council for National Unity et de Oneness Organization » nous apprend encore le site, qui souligne que ces organisations ont participé aux frais des noces, dont 10 000 roupies (71 euros) offertes à  chaque couple, le banquet, ainsi que les « vêtements et parures nécessaires à  un mariage ». Environ 400 personnes ont assisté à  la cérémonie à  laquelle chaque couple ne pouvait inviter que dix de ses proches.

Une quinzaine de prêtres hindous ainsi qu’un prêtre catholique, le P. Anthony Sebamalai, du diocèse de Mannar, l’un des diocèses les plus touchés par la guerre civile, ont unis, selon leurs rites, les 41 couples hindous et les 12 fiancés catholiques. A l’issue de la cérémonie, le P. Sebamalai a fait part à  l’agence Ucanews (2) de la joie qu’il avait eue à  célébrer les noces de jeunes couples chrétiens qu’il aiderait à  « commencer une nouvelle vie, en accord avec la foi catholique ». Avant leur mariage, les couples ont suivi des sessions de préparation, encadrées par des prêtres et des religieuses, a expliqué également le P. Anthony Victor Sosai, vicaire général du diocèse catholique de Mannar. Le prêtre, qui a exercé son ministère dans la zone des combats, est très investi dans la réhabilitation des Tamouls et fait partie des rares ministres du culte autorisés à  pénétrer dans ces camps.

Très médiatisée “ y compris sur Internet o๠de nombreuses vidéos ont été postées par différents départements du gouvernement sri-lankais “, la célébration collective s’est tenue en présence de nombreux officiels, de ministres, ainsi que d’une star de Bollywood, Vivek Oberoi. Aux côtés de Namal Rajapaksa, député et fils du président Mahinda Rajapaksa, l’acteur a fait la promotion de la réconciliation et s’est engagé à  reconstruire une école détruite par la guerre dans le nord du pays.

« Une fois de plus, l’armée a prouvé qu’elle était hautement professionnelle et qualifiée, non seulement dans l’art de la guerre mais aussi dans les défis qui suivent les combats (…) en faisant grandir un nouvel esprit de liberté, et de compréhension mutuelle », s’est félicité l’organe officiel de la Sri Lanka Army, précisant que les jeunes tamouls des centres de réhabilitation avaient désormais réalisé les crimes que le LTTE leur avait fait commettre et étaient reconnaissants à  l’armée sri-lankaise de leur avoir permis de vivre au grand jour leur amour, ce qui était impossible lorsqu’ils étaient enrôlés au sein des Tigres.

Lors de la conférence de presse qui a suivi la cérémonie, Sudantha Ranasinghe, Commissaire général pour la Réhabilitation et initiateur de l’événement, a expliqué que les jeunes mariés logeraient dans des maisons provisoires près du camp appelé « le Village de la paix », afin d’y achever leur temps de réhabilitation, avant d’être « autorisés à  réintégrer la société ». « Nous sommes la première nation au monde à  faire de telles choses pour la réhabilitation », a-t-il conclu.

Si certains n’hésitent pas à  qualifier le mariage collectif au camp de Vavuniya de propagande gouvernementale, l’événement arrive à  point nommé pour redorer le blason du président Mahinda Rajapaksa, fortement écorné par les suspicions de crimes de guerre et de discrimination envers la population tamoule sur lesquelles enquêtent actuellement l’ONU, différentes ONG et certaines nations dont les Etats-Unis.

Le mardi 15 juin arrivaient justement à  Colombo, Samantha Power, assistante spéciale du président Barack Obama aux Affaires multilatérales et aux Droits de l’homme, ainsi que David Pressman, directeur pour les Crimes de guerre au Conseil national de sécurité, afin de rencontrer le président sri-lankais et d’enquêter sur le processus de paix. Mercredi 16 juin, était reçu à  son tour au Sri Lanka, B. Lynn Pascoe, sous-secrétaire général des Nations-Unies aux Affaires politiques, chargé de l’enquête sur la réhabilitation et la réinsertion des Tamouls depuis la fin de la guerre civile.

Officiellement quelque 12 000 ex-Tigres présumés, la plupart très jeunes (Human Rights Watch avait notamment dénoncé en février dernier la détention « arbitraire » de nombreux enfants parmi eux), sont toujours « en rééducation » dans les camps de réhabilitation contrôlés par l’armée et auxquels les ONG ont peu ou pas accès, hormis lors de visites officielles comme celles du mariage collectif du 13 juin (3). Par ailleurs, des milliers d’autres rebelles présumés “ dont les liens de la plupart d’entre eux avec le LTTE n’ont toujours pas été établis “ attendent de passer en jugement dans différents centres de détention.

Un an après la fin de la guerre, les déplacés sont encore plus de 80 000 à  vivre dans des camps « civils », o๠les conditions sanitaires sont en dégradation constante selon les rares ONG encore présentes. Quant aux quelque 300 000 civils qui ont été « réinstallés », ils ont retrouvé des villages dévastés, des cultures détruites et des terrains minés, et ne peuvent survivre qu’avec le soutien des organisations humanitaires. Certaines ONG dénoncent par ailleurs une « cinghalisation » forcée des populations tamoules, comme dans la région de Vanni o๠tous les panneaux de signalisation écrits en tamoul ont été remplacés par leur traduction cinghalaise.

(1) Au sujet de la fin de la guerre civile qui a déchiré pendant plus de trente ans le Sri Lanka, entre les Tigres tamouls et le gouvernement, voir EDA 507, 508, 509, 530
(2) Ucanews, 15 juin 2010.
(3) Voir EDA 519, 523

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PAKISTAN : Les Eglises chrétiennes et les ONG dénoncent l’attitude du gouvernement après les attentats contre les Ahmadi

« Les responsables [de l’attentat du 28 mai] doivent être traduits en justice sans délai et le gouvernement doit indemniser les familles de ceux qui ont été tués ainsi que les blessés », ont déclaré dans un communiqué de presse datée du 31 mai, le P. Emmanuel Yousaf et Peter Jacob, à  la tête de la Commission nationale ˜Justice et Paix’ de la Conférence des évêques catholiques du Pakistan (NCJP).

Cinq jours après les attentats meurtriers de Lahore, dans la province du Pendjab, les Ahmadi (1) continuent d’enterrer leurs morts. Le bilan des attaques contre deux mosquées de cette minorité religieuse du Pakistan ne cesse de s’alourdir, avec, encore le mardi 1er juin, l’attaque meurtrière aux petites heures du jour d’un hôpital o๠était soigné l’un des terroristes, blessé dans l’attentat de vendredi (2). Et selon l’édition du 29 mai du Washington Post, la veille des attaques, des tireurs non identifiés auraient tué dans une embuscade trois hommes d’affaires ahmadi à  Faisalabad, également dans la province du Pendjab.

Les attentats ont eu lieu le 28 mai dernier, lors de la prière du vendredi. Deux attaques simultanées visant la mosquée ahmadi de Model Town, une zone huppée et résidentielle, et celle de Garhi Shahu, un quartier populaire, près de la gare centrale de Lahore. Selon des sources locales, les lieux de culte étaient bondés et rassemblaient ce jour-là  plus de 1 500 fidèles chacun. Les assaillants, âgés de 17 à  28 ans, étaient munis d’armes à  feu et de grenades et comptaient parmi eux des kamikazes avec des ceintures bourrées d’explosifs. Après avoir pris d’assaut les mosquées et pris en otages les fidèles en se barricadant avec eux, les terroristes, qui étaient une dizaine, ont échangé des tirs nourris avec la police, qui avait encerclé les lieux, et certains se sont suicidés à  l’explosif, entraînant avec eux des dizaines de victimes. Plusieurs heures ont été nécessaires pour que les forces de l’ordre (qui auraient, selon les témoignages des otages, mis très longtemps à  intervenir malgré leurs appels à  l’aide lancés depuis leurs portables) reprennent le contrôle des mosquées, révélant l’étendue du carnage : près d’une centaine de morts et le même nombre de blessés graves, selon un bilan qui n’est pas encore définitif.

La police a indiqué que les terroristes (dont certains sont décédés dans l’attentat) seraient venus du Nord-Waziristan, l’un des fiefs des talibans sunnites, considéré comme une des bases d’Al-Qaeda, et auraient bénéficié de l’aide de complices locaux. Il s’agit de l’opération commando contre des lieux de culte sur le territoire pakistanais, la mieux coordonnée et la plus sanglante de ces dernières années.

Les Eglises chrétiennes du Pakistan, les associations humanitaires, les organisations de défense des droits de l’homme et des minorités ont toutes fermement condamné cette action, qui, selon elles, sont essentiellement dues à  l’inaction du gouvernement qui connaissait les menaces qui pesaient ces derniers temps sur la communauté ahmadi. Le 29 mai, au lendemain des attentats, Nazir S. Bhatti, président du Congrès chrétien du Pakistan (Pakistan Christian Congress, PCC), parti politique chrétien, a déclaré avoir fréquemment mis en garde les autorités, en vain, contre l’augmentation des actions djihadistes au Pendjab, faisant de la province « un volcan susceptible d’entrer en éruption à  tout moment ». Depuis les attentats du 28 mai dernier, son parti réclame avec force la démission de Shahbaz Bhatti, ministre fédéral pour les Minorités, ainsi que celle de son homologue de la province du Pendjab, pour avoir failli à  leur devoir de protection des minorités.

Quant à  la communauté ahmadi elle-même, le 30 mai, ses leaders ont tenu pour la première fois une conférence de presse à  Lahore, afin de dénoncer la discrimination grandissante dont les Ahmadi sont victimes depuis l’adoption d’un amendement à  la Constitution en 1974 qui les a mis au ban de la communauté islamique. Une situation qui s’est encore durcie en 1984 lorsque le président Zia ul-Haq a encore restreint leurs libertés religieuses, leur interdisant tout prosélytisme, l’appel à  la prière, la publication de versets coraniques et surtout la revendication de leur appartenance islamique, légitimant ainsi pour les extrémistes la nécessité de les tuer en tant que profanateurs de l’islam.

« Aucune forme de terrorisme n’a sa place en islam et ceux qui sont derrière ces attaques ne peuvent justifier celles-ci au nom de la religion (…). Les Ahmadi sont une communauté pacifique (…). Notre salut tient dans notre confiance en Allah et nous croyons qu’il nous aide et nous aidera toujours », ont-ils déclaré à  la presse. Le chef de la communauté, Mirza Ghulam, a également rappelé que les Ahmadi avaient joué un rôle important lors la fondation du Pakistan et dans la défense du pays, sacrifiant leurs vies pour une patrie qui aujourd’hui ne les reconnaissait ni ne les protégeait.

Ce même dimanche 30 mai, de nombreuses ONG et organisations de défense des droits de l’homme manifestaient contre les attentats du 28 mai et dénonçaient la responsabilité de l’Etat. La manifestation, organisée par l’Institute for Peace and Secular Studies (IPPS), rassemblait des organismes comme l’Awami Jamhori Forum (AJF), un mouvement démocratique, le South Asia Partnership (SAP), une organisation internationale, la Women Workers Help Line (WWHL), ONG pour le développement et les droits de l’homme, ou encore le Labour Party Pakistan (LPP), un parti d’extrême gauche, ainsi que de différentes organisations humanitaires.

Rassemblés devant le club de la presse de Lahore, les manifestants brandissaient des écriteaux o๠l’on pouvait lire : « Le gouvernement doit protéger la communauté opprimée des Ahmadi. » Ils ont également demandé aux autorités qu’elles censurent les écrits incitant à  la haine envers les minorités, comme elles l’avaient fait pour Facebook dans l’affaire des caricatures de Mahomet (5). Parallèlement, la All-Pakistan Minorities Alliance a tenu un meeting spécial mené par son président, Tahir Naveed Chaudhry (qui a pris la suite de Shahbaz Bhatti, aujourd’hui décrié en tant que ministre fédéral pour les Minorités). Le leader militant a demandé à  ce que le gouvernement lance des opérations militaires contre les activistes talibans et s’engage à  protéger réellement les minorités du Pakistan.

La plupart des associations chrétiennes et de défense des droits de l’homme n’ont pas manqué par ailleurs de faire remarquer que l’attitude du gouvernement vis-à -vis des victimes des attentats avait démontré le peu de cas qu’il faisait des Ahmadi. Mis à  part le ministre de l’Intérieur Rehman Malik, aucun officiel ne s’est déplacé et aucune indemnisation des victimes n’a encore été annoncée, contrairement à  ce qui s’était passé à  la suite de précédentes attaques terroristes. Hina Jilani, directrice pour le Pendjab de la Commission pour les droits de l’homme au Pakistan, a elle aussi souligné, auprès du Daily Times, « le comportement honteux » du gouvernement envers les victimes tout en réitérant l’information selon laquelle le gouvernement du Pendjab avait été averti des menaces concernant les Ahmadi de Lahore mais n’avait pris aucune mesure.

(1) Les Ahmadi, membres d’une secte de l’islam fondée en 1889 par Mirza Ghulam Ahamd, sont considérés comme des hérétiques par la grande majorité des musulmans et sont, pour cette raison, particulièrement persécutés dans les pays à  forte représentation islamique. En 1974, le gouvernement de Zulfikar Ali Bhutto a fait adopter un amendement de la Constitution pakistanaise déclarant non musulmans les Ahmadi et, en 1984, d’autres dispositions ont encore limité leur liberté religieuse. Les Ahmadi au Pakistan sont entre 2 à  5 millions, et essentiellement établis au Pendjab. Sur la religion ahmadi et son statut en Malaisie, voir EDA 513

(2) Dans la nuit de lundi à  mardi, un groupe d’hommes armés a attaqué le Jinnah Hospital o๠était soigné l’un des auteurs des attentats et ont tué un nombre encore inconnu de personnes. La police a déclaré ignorer si les complices du terroriste voulaient le libérer ou le tuer (Paktribune, 1er juin). Le Premier ministre fédéral, Yusuf Raza Gilani, a condamné ce dernier attentat et le ministre-président du Pendjab, Shahbaz Sharif, s’est déplacé sur les lieux pour exprimer ses condoléances aux victimes.

(3) Voir EDA 530

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BELGIQUE : Le nouvel évêque de Namur

La nomination a suscité un certain étonnement en raison de l’âge du prélat promu (67 ans) et aussi parce qu’il n’est plus crédité d’une grande influence. Né en 1943, Mgr Remy Vancottem a coiffé la mitre il y a près de trente ans, en 1982, comme jeune auxiliaire de Mgr Danneels.

Doté d’une expérience intéressante en particulier dans l’accompagnement psychologique, il était réputé de tendance plutôt progressiste. Depuis il s’est assagi (de trop) même s’il n’est pas du même profil que son prédécesseur à  Namur, Mgr André-Joseph Léonard. Il n’a peut-être pas tenu toutes ses promesses du départ. C’est un modéré; un homme souriant et conciliant. La voie du centre. Les catholiques critiques du Luxembourg belge sont plutôt soulagé. Le siège est stratégique : c’est exclusivement à  Namur que seront formés tous les séminaristes francophones.

ETATS-UNIS : Excommunication d’une religieuse catholique pour avoir autorisé un avortement

Soeur Margaret Mary McBride, une religieuse ayant souscrit à  la décision d’un
comité d’éthique d’autoriser une femme gravement malade à  interrompre sa
grossesse à  l’hôpital St. Joseph de Phoenix, a été « automatiquement
excommuniée par cette action ».

C’est ce qu’a annoncé Mgr Thomas J. Olmsted, évêque de Phoenix, dans l’à‰tat américain d’Arizona.

Margaret Mary McBride, de la congrégation des Soeurs de la Miséricorde, en
plus d »être excommuniée, a également été démise de son poste de
vice-présidente de la « mission d »intégration » de l’Hôpital et Centre médical
St. Joseph, à  Phoenix. Cette décision fait suite à  la publication de
nouvelles au sujet d »un avortement, pour lequel elle avait donné son
autorisation, à  la fin de l’année dernière, dans le but de sauver la vie de
la mère. L’hôpital n’a pas dévoilé quel serait son nouveau poste.

INDE : Les chrétiens du Nagaland viennent au secours des réfugiés naga qui fuient les violences de l’Etat voisin du Manipur

Les chrétiens de l’Etat du Nagaland ont mis en place une aide d’urgence pour quelque deux mille aborigènes naga qui ont fui les violences de l’Etat voisin du Manipur. « Bon nombre d’entre eux se sont enfuis avec seulement les vêtements qu’ils avaient sur le dos », rapporte le P. Nirappel Kuriacko Abrahma, curé de Saint-François de Sales, à  Kohima, capitale du Nagaland (1).

Ses paroissiens ont donné de l’argent, des vêtements et du riz. « Heureusement, de nombreux chrétiens se sont présentés spontanément et ont donné avec générosité », se réjouit Susan Mao, paroissienne de la cathédrale Sainte-Marie à  Kohima. « Ce n’est pas rien de préparer tous les jours des repas pour 500 personnes dans un camp ! », ajoute-t-elle (2).

Les déplacés, en majorité des femmes et des enfants, ont été répartis dans plusieurs camps de secours. D’après leurs témoignages, ils ont subi des attaques de la police et de groupes paramilitaires, la vague de violence ayant atteint son paroxysme au cours des dernières semaines.

L’Etat du Manipur fait partie des territoires dits « tribaux » (aborigènes) du Nord-Est de l’Inde, considérés comme des zones de conflit endémique et soumis à  des restrictions d’entrée sur le territoire. Les Naga (3), l’une des principales ethnies du pays, vivent dans la partie montagneuse de l’Etat et sont l’objet de discriminations de la part du gouvernement en raison d’un long passé de revendications indépendantistes.

Les tensions ont commencé début avril lorsque les autorités du Manipur ont annoncé la tenue prochaine d’élections pour les conseils de six districts autonomes des Hills Areas, selon une loi récemment adoptée par le gouvernement mais particulièrement controversée au sein des communautés aborigènes (4). Ces dernières dénoncent les nouvelles dispositions comme étant « anti-tribales », réduisant leurs droits et les empêchant de suivre leurs coutumes et traditions locales comme cela leur a été accordé constitutionnellement. Des organisations de Naga, dont la All Naga Students Association Manipur (ANSAM), d’autres regroupements aborigènes, tel le Manipur Tribal Joint Action Committee, ont alors demandé alors au gouvernement de revoir la loi et d’annuler les élections, menaçant de mettre en place un blocus, isolant l’Etat du Manipur, si leurs revendications n’étaient pas entendues.

Le 11 avril, sous la coordination de l’ANSAM, les Naga établissaient des barrages sur les voies d’accès principales au Manipur pour un « blocus illimité ». Le bras de fer se poursuivait depuis trois semaines lorsque « l’incident de Mao Gate » achevait de mettre le feu aux poudres. Le 6 mai dernier, le ministre-président de l’Etat, Okram Ibobi Singh, refusait l’entrée sur le territoire du leader indépendantiste du Nagaland, Thuingaleng Muivah, qui devait se rendre dans son village natal du Manipur. Les Naga se préparaient à  recevoir avec faste le chef du National Socialist Council of Nagalim (NSCN-Isak Muivah), qui avait renoncé au combat armé avec le gouvernement central indien depuis le cessez-le-feu de 1997 (5).

Bien que Thuingaleng Muivah avait reçu du ministère fédéral de l’Intérieur l’assurance que « [sa] visite au Manipur serait facilitée », les autorités du Manipur avaient déployé, dès le 1er mai, des centaines de policiers et de militaires à  Mao, ville frontière et passage obligé entre le Nagaland et le Manipur. Les jours suivants, les populations naga venues accueillir leur leader étaient dispersées par les troupes gouvernementales et les manifestations pacifiques (comme la marche de 5 000 femmes naga le 4 mai), réprimées avec violence.

Le 6 mai, une grande manifestation pacifique naga s’était tenue à  Mao Gate, en faveur de Thuingaleng Muivah. Selon des sources locales, les forces de l’ordre auraient tiré sans sommation sur la foule et tué deux jeunes étudiants, blessant grièvement plus de 80 personnes, essentiellement des femmes. Puis la police de l’Etat et les militaires auraient ensuite pourchassé les Naga et menacé ceux qui persistaient à  rester dans les villages des environs, les obligeant à  fuir au Nagaland tout proche.

Le jour même, les organisations naga envoyaient un mémorandum au gouvernement central indien, l’informant de « l’état de guerre prévalant dans la région de Mao », demandant une enquête sur « l’incident de Mao Gate », le retrait des troupes, ainsi que l’autorisation de pénétrer au Manipur pour Thuingaleng Muivah. Mais malgré les protestations des mouvements aborigènes, des organisations de défense des droits de l’homme ou encore de chrétiens comme la All Manipur Christian Organisation (AMCO), qui réunit différentes dénominations chrétiennes (6), la situation est restée depuis dans l’impasse, le gouvernement du Manipur refusant de revenir sur sa décision, les Nagas d’arrêter leur blocus, le gouvernement central d’intervenir de façon décisive.

A l’heure actuelle, le blocus perdure et menace le Manipur d’une grave crise alimentaire. Les prix du riz, de l’essence et des médicaments ont flambé et ne sont disponibles qu’au marché noir pour trois fois leur prix habituel. L’armée de l’air fédérale a dà» acheminer à  Imphal, la capitale de l’Etat, des colis alimentaires et médicaux d’urgence.

Très investies dans le dialogue interreligieux et ethnique, les Eglises chrétiennes des deux Etats ont proposé leur médiation, restée sans effet pour le moment. « Le Manipur est à  feu et à  sang, presque tous les jours, et depuis tellement d’années, explique Madhu Chandra, secrétaire régional du All Christian Council pour le nord de l’Inde. Mais cette fois, c’est bien plus grave. Les gens ne se respectent plus, qu’ils soient de la vallée ou des montagnes, tout le monde souffre maintenant. » Le 22 mai dernier, l’organisation oecuménique a organisé un rassemblement de prière sur le thème de « la paix au Manipur ». Parallèlement, The Mao Naga Women Welfare Association, réunissant différentes Eglises chrétiennes, continue de tenir, depuis l’incident du 6 mai, des réunions de prières dans les villages de la région de Mao.

Les élections controversées dans les Hills Areas se sont finalement tenues comme prévu le 26 mai dernier, sous haute surveillance policière et militaire.

(1) Le Nagaland est le seul Etat de l’Inde à  compter 90 % de chrétiens. Une particularité due à  la conversion massive au christianisme (en majorité baptiste), au siècle dernier, des Naga qui constituent la presque totalité de la population.

(2) Ucanews, 26 mai 2010.

(3) Les quelque deux millions et demi de Naga, d’origine tibéto-birmans, se répartissent aujourd’hui dans les régions montagneuses de la frontière indo-birmane. En Inde, ils sont fortement majoritaires dans les Etats du Nord-Est : Nagaland, Manipur, Assam, Arunachal Pradesh.

(4) The Manipur (Hill Areas) District Councils (Amendment) Act 2008

(5) Considérée comme l’un des plus longs conflits séparatiste de l’Inde, la guerre civile au Nagaland a coà»té la vie de 25 000 personnes depuis 1947 (IANS, 10 mai 2010).

(6) Le 8 mai, la Naga Mothers’ Association et Amnesty international ont organisé une manifestation pacifique avec plusieurs milliers de participantes. De son côté, la Naga Student’s Union de Delhi a réclamé la démission du gouvernement du Manipur pour ses « actes d’agression barbares et atroces» à  l’encontre du peuple naga.

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ETATS-UNIS:
Une deuxième femme lesbienne évêque

Après l’ordination d’une italienne de 35 ans dans le cadre des Vieux-Catholiques, c’est un autre évènement qui donne des sueurs froides aux hiérarques romains. En effet, l »Eglise épiscopalienne américaine vient d’ordonner pour la deuxième fois évêque une personne homosexuelle, une femme cette fois-ci.

Mary Glasspool, 56 ans, entretient ouvertement une relation avec une autre femme depuis 1988. En 2003, c’est un homme ouvertement gay, le Dr Gene Robinson qui devenait évêque dans le New Hampshire (nord-est). Son élection de Gene Robinson avait entraîné l’Eglise épiscopalienne et l’ensemble de l’Eglise anglicane dans la tourmente, provoquant un schisme de la part de certains diocèses et paroisses conservateurs. Cette rupture avait conduit l’Eglise épiscopalienne à  décider de mettre fin à  l’ordination d’ecclésiastiques homosexuels, une interdiction qui a par la suite été levée.

Mary Glasspool, quant à  elle, a été élue évêque par le diocèse épiscopalien de Los Angeles en décembre. Une décision qui indisposa à  l’époque l’archevêque de Canterbury et Primat de l’église anglicane, Rowan Williams. Non pas sur le fond mais parce qu’une telle décision risquait de favoriser l’hémorragie des plus conservateurs…et le ralliement de certains d’entre eux à  Rome. Dans le contexte d’une crise de la communion anglicane.

Pour le Vatican, c’est à  court terme une aubaine et à  long terme une menace. Cette désignation d’une lesbienne peut contribuer à  exaspérer les plus traditionnels au sein de l’anglicanisme et à  les faire rejoindre le catholicisme. En même temps, chaque initiative audacieuse est un coup de bêlier contre une porte que Rome refuse d’ouvrir…

PREMIERE EN AUTRICHE : Les évêques tous d’accord pour le célibat optionnel
des prêtres

Les évêques autrichiens se sont réunis à  Mariazell. Il va de soi que leurs débats ont été consacrés à  l’actualité . Et qu’ils n’ont pas manqué d’évoquer ensemble les suggestions d’un des leurs, un de leurs aînés, Mgr Paul Iby, évêque d’Eisenstadt, au sujet d’une réforme de l’obligation du célibat pour les prêtres de rite latin. Afin d’en faire une option.

D’ores et déjà , le cardinal Christoph Schonborn, archevêque de Vienne, n’a pas hésité à  déclarer : « La préoccupation de Mgr Iby est partagée par nous tous – les évêques autrichiens – et je suis heureux d’être dans une Eglise dans laquelle il existe une liberté d’expression et d’opinion« . Schà¶nborn sort vraiment du bois!

Alors que des femmes (clandestines) de prêtres italiens expriment une revendication dans le même sens, cette déclaration de l’archevêque de Vienne vient renforcer l’idée qui monte d’un changement inéluctable des choses, malgré les digues conservatrices. Et ce en bonne part en raison des remous des derniers mois mais également sans doute d’une évolution souterraine bien plus ancienne. Même le cardinal Tarcisio Bertone, Secrétaire d’Etat de Benoît XVI, ratzingérien pur et dur, a reconnu que la discipline du célibat n’était pas intouchable.

Il est très significatif qu’un homme aussi prudent, pondéré et modéré que l’Abbé Général des Bénédictins, Notker Wolf, présenté parfois comme le prochain successeur de Mgr Mixa à  la tête du diocèse d’Augsbourg, est déclaré il y a peu : « l’Eglise doit apprendre à  dire la vérité« . Le même Abbé Wolf a reconnu en toute sincérité que l’Eglise « a perdu son autorité morale » dans les pays germaniques.

Il est intéressant de noter également qu’il ne s’agit pas simplement de réformer la règle de célibat des prêtres. En effet, il ne s’agit pas de ravaler une façade mais de permettre l’émergence d’une Eglise plus évangélique. Donc plus fidèle à  son Christ et Seigneur et non pas moins. L’ambition de réformes se veut donc très vaste. Ainsi, Mgr Schà¶nborn recommande-t-il un changement d’attitude à  l’endroit des divorcés remariés ou des homosexuels. Le cardinal de Vienne en est convaincu : « Il est l’heure d’accepter la valeur positive d’une relation homosexuelle stable et durable alors que doivent être combattues les conduites sexuelles de promiscuité« .

THAILANDE : L’Eglise catholique en appelle à  l’intervention des chefs religieux

Lundi 17 mai, la détermination du gouvernement thaïlandais d’en finir par la force avec le camp des « rouges », retranchés au centre du coeur commercial de Bangkok, ne semblait pas faire de doute. Face à  l’issue potentiellement violente de ce conflit politique et après les 36 morts recensés ces cinq derniers jours, le président de la Conférence des évêques catholiques de Thaïlande a appelé à  « une intervention des chefs religieux » afin d’« explorer les voies nouvelles du dialogue et de la médiation, pour offrir une issue pacifique à  la crise ».

L’affrontement entre les « rouges » et les forces de l’ordre semble se préparer depuis cinq jours à  Rajprasong. Après les 29 morts du mois d’avril dernier (1) et l’amorce d’un règlement du conflit avec la « feuille de route » proposée début mai par le Premier ministre Abhisit, le durcissement autour de Rajprasong a été rapide. Dans le quartier, l’eau et l’électricité ont été coupées, les ordures ne sont plus ramassées et la détermination des autorités à  en finir « dès que possible » avec le dernier carré des « rouges » retranchés derrière des barricades de pneus enflammés semble totale. « L’opération (de dispersion) sera exécutée dès que possible », a indiqué, le 17 au matin, Satit Wonghnongtaey, ministre auprès du Premier ministre. Les autorités « s’expliqueront auprès du public lorsque les opérations seront terminées », a-t-il précisé à  des journalistes, tandis que les soldats encerclant le quartier faisaient usage, non plus de balles en caoutchouc, mais de balles réelles.

A l’intérieur du camp des « rouges », les leaders ont déclaré que les femmes, les enfants et les personnes âgées qui étaient parmi eux ne seraient pas utilisés comme boucliers humains. De fait, dans l’après-midi du dimanche 16 mai, ces derniers ont été déplacés vers une « zone neutre », à  savoir la vaste étendue d’une pagode bouddhique toute proche, le temple Pathumwanaram. Là , des ONG, dont des organisations caritatives catholiques, se sont proposées pour leur venir en aide, mais tant l’armée que les chefs des « rouges » leur ont refusé l’accès à  la pagode. Selon un membre de Mercy Center, une des ONG catholiques qui a tenté d’intervenir sur place, « la défiance prévaut de part et d’autre ».

Dans ce contexte tendu au coeur de Bangkok et instable dans certaines autres régions du pays, notamment du Nord et du Nord-Est, bases politiques des « rouges », l’inquiétude est forte. Le 14 mai dernier, Mgr Louis Chamniern Santisukniran, archevêque de Tharae-Nongsaeng et président de la Conférence épiscopale de Thaïlande, n’a pas hésité à  appeler les chefs religieux à  intervenir publiquement pour obtenir le retour au calme. Un mois plus tôt, le 15 avril, l’archevêque de Bangkok, un haut responsable musulman et un représentant du patriarche suprême du bouddhisme avaient posé un geste commun, un appel à  la prière (2).

Cette fois-ci, pour Mgr Louis Chamniern, étant donné le risque de « guerre civile », il faut aller plus loin. Les chefs religieux « bénéficient de la confiance, de la crédibilité et de l’estime de la population. Ils pourraient donc être aujourd’hui très utiles pour résoudre l’impasse et vaincre la violence » (3).

Dans un pays o๠les catholiques forment une toute petite minorité de 0,5 % de la population, l’Eglise n’est pas en mesure d’agir seule. Cependant, Mgr Louis Chamniern l’affirme : « Nous ne nous lasserons jamais de dire que l’unique chemin est le dialogue : il faut déposer les armes et renoncer à  la violence pour trouver une issue à  cette crise. Je crains que le pays ne soit au bord d’une guerre civile qui, si elle n’est pas stoppée, sera une catastrophe. (¦) Dans cette phase tragique de notre histoire, je vois des personnes sans espoir et fatalistes. Il y a beaucoup de peur. Le ˜pays du sourire’ semble être devenu un ˜pays de douleur’. Aujourd’hui, nous souffrons tous ensemble et, en ce moment, c’est comme un tunnel dont on ne voit pas l’issue. »

« Entre les parties, poursuit l’évêque, il y a une évidente incompréhension. Aucune des deux factions ne veut céder. Chacun cherche à  défendre ses intérêts, sans penser au reste de la population du pays et au bien commun. Le gouvernement accuse les leaders de la contestation rouge d’être des « ennemis de la couronne » et des « traîtres à  la patrie ». Cela ne me semble pas vrai mais plutôt une manière de discréditer la contestation aux yeux de la nation. L’exécutif devrait agir avec plus de patience et explorer de nouveaux chemins de dialogue et de médiation. »

L’évêque ne le dit pas, mais le seul qui puisse agir afin de sortir le pays de l’impasse serait le roi, mais celui-ci, malade, est affaibli et son crédit politique pourrait ne pas jouer avec autant d’efficacité que lors de la crise de 1992. Dans ce contexte, Mgr Chamniern propose que la médiation soit opérée par les chefs religieux : « Nous, responsables religieux, nous sommes disposés à  offrir notre contribution et nous pourrions exercer un rôle de médiation entre les partis si nous étions appelés à  le faire. La population, en ce moment, nourrit une plus grande confiance envers les leaders religieux qu’envers les leaders politiques. Nous sommes prêts à  aller sur le terrain et à  nous engager pour le bien du pays, pour éviter qu’à  nouveau, le sang ne soit versé. »

(1) & (2) Voir EDA 528
(3) Fides, 15 mai 2010.

dépêche envoyée par la Rédaction d’Eglises d’Asie
agence d’information des Missions Etrangères de Paris
128, rue du Bac
F – 75007 Paris
e-mail : eglasie@mepasie.org
site : http://eglasie.mepasie.org

09h15 le neuf-quinze : ESPIONNE, MARCHà‰S, ET SOUS-MARINS

Certains matins, le seul journal honnête, le seul conforme à  la réalité des informations dont disposent les journalistes, serait celui qui commencerait chacune des nouvelles par « On ne sait pas ». La chose étant évidemment inenvisageable, @si se fait un plaisir de vous offrir la synthèse traduite des journaux du matin.

Bonjour à  tous. On ne sait pas ce matin si Clotidle Reiss, étudiante française en Iran rapatriée hier, travaillait pour la DGSE, comme l’affirme un ancien sous-directeur des services français. On ne sait pas si cette libération a donné lieu à  des négociations avec les Iraniens, ou bien si l’heureux sort de quelques Iraniens tourmentés par la Justice française est une heureuse coïncidence. Et à  propos de coïncidences, je vous rappelle qu’on ne sait toujours pas si la France et l’Allemagne ont profité des négociations avec la Grèce pour la forcer à  confirmer des commandes de sous-marins, ou bien si la commande par la Grèce, à  l’Allemagne, de deux sous-marins supplémentaires (information du Monde, daté samedi, page 5, dernière colonne à  droite) est, comme l’affirme le ministre adjoint grec de la Défense Panos Beglitis, une simple… coïncidence.
Rubrique sociale : on ne sait évidemment pas de quel niveau pourrait être la « contribution sur les hauts revenus », mise sur la table dimanche soir par le gouvernement pour financer la réforme des retraites, on ne sait donc pas la valeur exacte de cette carte dans la partie de poker menteur, mais comptez sur nous : cela ne nous empêchera nullement de faire notre travail de journalistes, et d’exiger une réaction sémantique appropriée de tous les politiques qui passeront dans la journée à  portée de micro.

Rubrique économique : l’euro continue de baisser, mais on ne sait toujours pas si c’est la dette des pays européens, ou bien les plans de rigueur agités pour faire diminuer cette dette, qui font peur à  lémarchés. A propos de lémarchés, on pourrait savoir que ce sont des banques européennes, qui sont grandement responsables de la crise grecque, mais encore faudrait-il que l’on lise le blog de Jean Quatremer, ce qui n’est pas à  notre portée de bon matin. En passant, rappelons évidemment qu’on ne sait pas davantage si cette baisse de l’euro est bonne ou non pour les économies européennes. Et s’il s’avérait qu’elle soit bénéfique, on ne sait pas pourquoi nous continuons à  vous la présenter comme une catastrophe météorologique. Bonne journée à  tous.

Daniel Schneidermann
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