Comment est-il possible de concilier que Dieu soit à la fois Père et Tout Puissant et qu’Il laisse le Mal exister parmi les Hommes ?

Le symbole de la Foi chrétienne, (le Credo) commence par ces mots :
« Je crois en Dieu, le père tout-puissant créateur du ciel et de la terre,
Mais plus loin :« Est assis à la droite de Dieu, le Père Tout-Puissant .
C’est donc bien en tant que Père que Dieu est dit Tout-Puissant

Cela paraîtrait normal d’affirmer sa puissance en tant que créateur, et, sous tous les cieux, on a toujours attribué la puissance aux divinités principales. Mais la particularité du Christianisme est de lui attribuer cette puissance en tant que Père.
Or, par définition toute paternité exprime un don et un amour. Comment peut-il être dit :
« Père Tout Puissant alors qu’on voit douloureusement à quel point le mal et la souffrance sont répandus parmi les hommes !
Comment se fait-il que Dieu semble ne pas s’en soucier davantage ? Père est synonyme d’Être aimant, comment peut-il tolérer sans paraître intervenir tout le mal et toutes les injustices dont souffrent les hommes ?

La présente étude n’est pas destinée d’abord à élaborer une réponse péremptoire à ce problème sur lequel tant d’hommes se sont penchés et qui ne trouve pas de solution à partir de la raison humaine. Et pourtant n’est-il pas possible d’y réfléchir un instant ? ne serait-ce que pour tenter d’expliquer ma contradiction du Credo affirmant que Dieu est en même temps Père et Tout-Puissant..
Les voies de Dieu ne sont pas celles des hommes et le Livre de Job qui traite tout entier du problème de la souffrance refuse d’accepter le blasphème des amis de Job prétendant expliquer comment dans ses desseins Dieu inclut le Mal.
Il ne peut y avoir de réponse par la pure raison humaine qui ne considère que les données immédiatement saisissables de l’expérience et parce que l’homme ignore le sens profond de la vie et la place réelle de l’homme dans l’univers. Sa finitude le conduit toujours à chercher à trouver le paradis terrestre dont justement , selon la Genèse, le péché l’a exclu.
Tout ce qui, pour lui, semble aller à l’encontre d’un bonheur terrestre qui serait définitivement acquis remet en cause soit la bonté de Dieu soit même son existence.
Or, toute créature, parce qu’elle vit dans le temps, ne peut avoir qu’une existence passagère. Elle naît, se développe puis connaît la maladie, la décrépitude et la mort.
C’est par la disparition de ce qui a vieilli que peuvent apparaître les générations nouvelles appelées à leur tout à disparaître. La mort est donc la conséquence fatale de la vie dans le monde créé, sinon les nouveaux arrivants ne vivraient que dans l’encombrement des survivants périmés. Ce serait sans doute un mal encore plus épouvantable que celui que nous voyons autour de nous et en nous.
Or, les sciences nous le démontrent, le monde n’est pas l’éternel recommencement qu’enseignait Platon ; il s’enrichit progressivement et se construit sur le limon de ce qui précède. La plante des années précédentes n’en est que plus belle avant d’enrichir à son tour ce qui viendra ensuite. Les découvertes se succèdent de plus en plus vite et nous présentent une création qui se parfait à travers les siècles et les millénaires.

C’est par la mort que naît la vie, une vie toujours plus riche, et Jésus exprime cela en disant :
Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul. Mais s’il meurt, il porte du fruit en abondance. (Jean,ch.12 v.24)

Il n’est pas rare que ceux qui aiment le plus la vie soient parmi ceux qui paraissent déshérités, mais aussi ceux qui se donnent et se dépensent le plus à la poursuite d’un idéal qui les dépasse et pour lequel ils sont prêts à sacrifier leur existence.
Celui qui s’attache à la vie finit par la perdre de toutes façons. Mais celui qui refuse de s’y attacher ainsi qu’à tous les biens qu’il pourrait en espérer pour les quelques années de son existence terrestre, celui-là dépasse le monde qui passe et s’introduit déjà dans cette vie nouvelle que Jésus vient nous révéler et qu’il nomme la vie éternelle.
Nous recevons la vie, elle ne nous appartient donc pas. Nous avons à la transmettre, plus riche, à ceux qui nous suivent, non à la confisquer, ni à confisquer ce que nous avons pu recevoir avec elle de biens pour en jouir.
On n’emmène pas sa fortune dans la tombe et elle sera vite dilapidée ensuite .
Le sens profond de notre existence ne peut donc être lié au temps bref de notre passage.

L’Evangile nous enseigne que nous ne pouvons nous considérer au mieux que comme les intendants de ce dont nous jouissons. Rien ne nous appartient en propre, mais tout fait partie du Patrimoine de l’humanité entière. Annexer les biens reçus comme si nous en étions les maîtres, c’est commettre le mal. C’est confisquer pour soi ce qui appartient à tous, dans une situation où chaque individu veut faire de soi le centre du monde.
Même le meilleur des disciples du Christ ne peut pas ne pas connaître cette tentation puisqu’elle a été celle que le Christ lui-même a connu au Désert lorsque Satan lui faisait miroiter les avantages à tirer pour lui de sa messianité.

Penser et agir dans cet esprit, c’est confisquer pour soi ce qui est à tous.

Dès lors, la raison d’être de la vie de tout homme ne peut contredire le devoir qui s’impose à lui de se comporter en frère de tout autre homme pour supporter ensemble les infortunes de notre destin et ainsi rendre plus supportables les misères de chacun. Nous sommes pelerins sur la même route et risquons d’être conduits vers le même fossé si nous continuons à cueillir égoïstement les fleurs du bord de la route au point d’en oublier nos compagnons de chemin.

Instinctivement, les hommes se tournent vers le soleil levant, vers la lumière, vers ce qui vient et qui n’est pas encore là. Chaque génération est de la sorte responsable de ceux qui viendront après afin de leur laisser en meilleur état le beau jardin de la création que Dieu leur a confié pour leur temps. En abîmer ou en détruire quelque chose, c’est donc contribuer à ruiner l’héritage. C’est là encore commettre le mal et en faire supporter les conséquences à des innocents.
Une écologie lucide et respectueuse de toute vie participe pleinement au plan d’amour de Dieu pour l’humanité.
En conclusion de ce qui vient d’être dit ci-dessus ? Une grande part du Mal est dû à l’homme lui-même qui usurpe et détruit le bien commun.
L’égoïsme du cœur de l’homme, Jésus l’exprime par ces mots : (Matthieu,ch.15,v.19)
Ce qui sort de la bouche vient du cœur et c’est cela qui rend l’homme impur. Du cœur, en effet, proviennent intentions mauvaises, meurtres, adultères, inconduites, vols, faux témoignages, injures. C’est cela qui rend l’homme impur.
Nous pourrions traduire le mot hébreu « impur » par pécheur, coupable, méchant, adversaire du bien de tous, égoïste qui ne voit que son avantage personnel et immédiat.

Lorsqu’on regarde les événements du monde, ne voit-on pas que si le mal qui provient du cœur disparaissait, ce monde serait pour une part déjà un paradis terrestre.

Dieu ne peut constamment intervenir là où déjà l’on ne veut pas de lui. Puisqu’il a voulu faire de sa créature un être capable de se déterminer librement en face du bien ou du mal.
Il ne peut être tenu pour responsable du mal qui provient du refus de l’homme d’agir humainement comme il l’a voulu, c’est-à-dire en frère de tout autre être humain
Dieu ne peut répondre à l’appel des hommes que si ceux-ci sont en état de lui faire place dans leur vie. C’est ici le domaine de la Foi qui se manifeste dans la prière.
Mais les interventions divines se font aussi le plus souvent par l’intermédiaire de faits ou d’hommes qu’il suscite à ces effets. Ainsi en a-t-il été des Prophètes mais aussi de beaucoup d’humbles personnes à l’écoute de ce que le Seigneur les invite à nous dire.

Le monde se construit chaque jour et souffre des douleurs de l’enfantement.

Les sciences actuelles nous révèlent que la création est loin d’être achevée. Elle a commencé dans un très lointain passé et se poursuit jour après jour. L’homme qui est le chef d’œuvre de cette création est lui-même inachevé et construit son avenir sur les fondations élaborées par les générations passées. Nous ne sommes ce que nous sommes que par elles avec ce qu’elles ont connu de meilleur et de pire. Ce bagage accumulé multiplie encore davantage les progrès de nouveaux progrès et une plus grande richesse d’expérience.
Il faut s’en réjouir mais il faut aussi se souvenir que les chances de malheur croissent également, menaçant sans cesse d’exterminer ce qui vient de naître. C’est Cronos attendant la naissance de ses enfants pour les dévorer.
Le temps qui favorise l’accumulation des découvertes heureuses est aussi le support de l’érosion qui dévore..

Mais si la création,loin d’être une construction figée une fois pour toutes, dès les premières heures à la fin de la première semaine du livre de la Genèse se complexifie sans cesse, il faut bien admettre que ce déterminisme a une raison d’être.
Cette construction du monde est la lente réalisation d’un projet qui nous dépasse et dont nous ignorons tout. Les catastrophes naturelles sont les avatars de cette construction dont des êtres humains sont souvent les victimes innocentes.
Mais les malheurs provenant de la soif de puissance de l’homme lui-même parvenu souvent au pinacle en écrasant ses frères sont bien les pires puisque alors c’est l’homme qui est à l’origine de son propre malheur. Ces malheurs pourraient disparaître si les hommes devenaient enfin raisonnables et s’ils savaient se respecter les uns les autres.
Une grande partie du Mal dont les hommes supportent les conséquences est à leur merci sans qu’il soit besoin d’une intervention incessante de la puissance divine pour rétablir un ordre qui serait aussitôt violé à nouveau.
Une action réparatrice immédiate et constante de Dieu aboutirait à la disparition de ce qui fait la grandeur de l’homme, sa libre capacité de choisir d’opter.
Il appartient aux hommes eux-mêmes de choisir de s’entretuer ou de s’entendre . Peuvent-ils dès lors s’en prendre à une divinité dont ils refusent les exigences de solidarité à l’intérieur de leur propre espèce.

Mais si Dieu a un projet à venir qui se construit avec l’aide de ses partenaires humains ,quelle réponse entrevoir de donner à l’existence du conflit permanent entre le Bien et le Mal ?

Dans l’incapacité pour nos esprits finis d’apercevoir quelque chose du plan de Dieu sur la création ; il semble bien qu’il ne nous reste que la réponse de Job :
Je sais que tu peux tout et qu’aucun projet n’échappe à tes prises.
Qui est celui qui dénigre la providence sans y rien connaître ? Hé oui, j’ai abordé sans le savoir des mystères qui me confondent…(Job, ch.42, v.2/3)

Mais comme Job aussi, nous savons qu’une grande partie du mal provient du refus de vivre selon la loi inscrite dans notre cœur et qui s’impose à nous quoiqu’il advienne. Job ne comprend pas que Dieu s’en prenne à lui par une douloureuse épreuve alors que dans le marchandage avec Dieu il a toujours accompli le bien et qu’il en attend un juste retour.
Et comme ce retour tarde à apparaître :
Maudis Dieu et meurt, tel est la proposition de la femme de Job.
Fais examen sur toi-même et tu comprendras que Dieu punis ton péché, Telles se résument les conseils de ses fallacieux amis.

Job maintient sa confiance en Dieu, même si, à son échelle humaine, il ne comprend pas.
Il sait qu’il a pratiqué la justice, alors pourquoi ce qui lui arrive comme un châtiment immérité ? La réponse parait ne pouvoir venir que d’un amour de Dieu qui ne se réalise pleinement qu’au delà de la condition terrestre. Il déclare (ch.19,v.25/27) :
Je sais, moi, que mon Rédempteur est vivant, que le dernier il surgira sur la poussière et qu’après qu’on aura détruit cette peau qui est la mienne, c’est bien dans ma chair que je contemplerai Dieu. C’est moi qui le contemplerai, oui, moi ! Mes yeux le verront, lui et il ne sera pas étranger. Mon cœur brûle au fond de moi.

Le Deutéronome (ch.30,v.15/20) exprime que le choix de l’homme est déterminant quant au bonheur ou au malheur terrestre qu’il peut connaître. Ce n’est pas Dieu qui l’accable, il supporte les conséquences des abus qu’il commet :
Vois, je mets devant toi aujourd’hui la vie et le bonheur, la mort et le malheur, moi qui te commande aujourd’hui d’aimer le Seigneur ton Dieu, de suivre ses chemins, de garder ses commandements, ses lois et ses coutumes ; alors tu vivras… Mais si ton cœur se détourne, si tu te laisses entraîner…je vous le déclare, vous disparaîtrez…

L’être humain vit en société, et par conséquent le mal qu’il fait ne le concerne pas seul..
Il entraîne avec lui beaucoup d’hommes sur la voie de la perdition.
Mais s’il sait agir selon le jugement d’une conscience droite ; loin de se considérer comme le centre du monde, alors il peut trouver sa joie dans les jugements de sa conscience issus des commandements de Dieu et qui ne sont pas autre chose que celles qui s’imposent à lui du fait de sa nature humaine.

Comment Dieu peut-il être en même temps Père, qui suppose le souci aimant de toutes les créatures humaines et Tout-Puissant alors qu’il semble garder pour soi sa puissance et se taire
En face des maux atroces que des hommes sont capables d’infliger à d’autres hommes ? Ainsi de la Schoah dans le silence de Dieu ? Et pourtant le Psaume 34 ne dit-il pas :
J’ai cherché le Seigneur, il m’a répondu, il m’a délivré de toutes mes terreurs. Un malheureux a appelé, le Seigneur a entendu, il le sauve de toutes ses détresses. Le Seigneur est près des cœurs brisés et il sauve les esprits abattus.

Et J.M. Garrigues dans son livre : Dieu sans idée du mal écrit :
Autant il nous est possible de croire aujourd’hui à la toute puissance de Dieu quand nous découvrons l’immensité du cosmos ou la perfection inextricable de la constitution de la matière, autant cette tout puissance nous semble ridiculement impuissante quand il s’agit de nos vies.

Le rôle d’un père n’est pas d’affranchir ses enfants de tout danger. Ce peut être bon lorsque l’enfant n’a pas l’âge de raison, mais de leur apprendre à réfléchir et apprendre à bien user de leur liberté lorsqu’ils parviennent à l’âge adulte
Dieu a voulu appeler l’homme à la liberté et ne peut donc s’opposer à l’usage qu’il en fait. Sinon il ne serait qu’un robot manipulable et Dieu a le respect de celui qu’il a créé à son image. Il a inscrit dans le cœur de l’homme une Loi que la Révélation est venue enrichir et compléter pour lui servir de référence ..

C’est la leçon à tirer de la Parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare. Au riche qui supplie Abraham d’envoyer quelqu’un du séjour des morts pour alerter ses frères et les inviter à changer de vie à temps, Abraham répond :
Ils ont Moïse et les Prophètes, qu’ils les écoutent… S’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes ; même si quelqu’un du séjour des morts ressuscite, ils ne seront pas persuadés.
Or, il en est un qui est ressuscité des morts. La résurrection de Jésus en a –t-elle persuadé beaucoup ?

C’est la Parabole de l’enfant prodigue qui exprime peut-être le mieux le comportement de Dieu père vis-à-vis des hommes. Dans cette Parabole ce n’est pas tant le fils prodigue qui est important. Ni son frère. Tous deux symbolisent deux catégories humaines. Le père aime ses deux fils tels qu’ils sont . C’est toujours lui qui accueille .
Le Père est le centre de la Parabole.
Le Pasteur Alphonse Maillot dans son beau livre « Paraboles de Jésus » nous enseigne à quel point Dieu est père avec toute la force d’un amour qui devient impuissant devant les refus de ceux qu’il aime et qu’il est prêt à accueillir sur la route de la misère ou l’illusion de s’imaginer ne manquer de rien. .
Jamais le Christ n’a voulu nous faire pénétrer aussi loin dans le mystère de Dieu et dans le mystère de la condition humaine. Jamais il n’a autant soulevé le voile qui nous cache la personne de Dieu et jamais il n’a jeté par ses paroles une aussi vive lumière sur notre destin. Cette Parabole est probablement son dernier mot sur Dieu et son dernier mot sur l’homme.,

C’est dans cette Parabole que Jésus nous enseigne à quel point Dieu est Père, avec toute la force d’un amour qui devient impuissant devant les refus. La vérité dernière c’est que Dieu est Amour, Amour vivant et donc Amour souffrant, Amour qui ne peut jamais se reprendre quoique nous fassions.
Dès lors, que devient sa Toute Puissance ? Elle ne peut être l’arbitraire capricieux d’un despote puisque le fait de l’amour c’est d’être tourné vers l’autre, vers les autres non pour les annexer mais pour leur permettre de s’épanouir chacun selon ce à quoi il est appelé.

L’Amour est Tout Puissant en ce sens que nul ne peut s’en trouver exclu, mais c’est aussi un Amour qui se trouve impuissant devant la volonté de l’autre, tant que celui-ci n’est pas prêt à un minimum de réponse, de reconnaissance.

La restauration du cœur à cœur amoureux entre Dieu et l’homme tourné vers ce qu’il juge de son intérêt, disons son péché, c’est que vienne la Re-connaissance de l’homme. Dieu est le père qui attend patiemment le retour.

Mais pour que ce retour ait lieu, il faut que celui qui s’est éloigné découvre sa misère et domine enfin son orgueil.
Aucun homme n’est jamais retiré du contexte de tous les autres, c’est pourquoi la mort du Christ rachète l’humanité entière. Et la mort du Christ l’identifie aussi à la Résurrection.

Dieu s’identifie à toute souffrance humaine. Il n’est pas l’impassible tout-puissant replié sur lui-même. Dieu a en horreur l’égoïsme des hommes et ce n’est pas pour être lui-même l’exemple parfait de l’Egoïste à partir du moment où il a voulu créer l’homme à son image..
Il est l’éternel patient puisqu’il est hors du temps.

Les Septantes (3° siècle avant J.C.) traduisant la Bible Hébraïque en grec, ont traduit l’Hébreu
Ehié ashèr èhiè par : Je suis qui je suis ce qui conduit à voir en Dieu le grand immuable donc sans rapport avec le monde changeant. Or la traduction exacte est : Je serai qui je serai ou
Je deviendrai qui je deviendrai.
Dès lors notre vision de Dieu change :
Je deviendrai avec toi, dit Dieu à Moïse ; ce qui établit entre Dieu et l’homme une relation différente qui implique : Je deviendrai selon notre relation, selon ce que tu feras de moi, selon ce que nous deviendrons ensemble. Dieu redevient proche de nous et en donne la preuve dans l’Incarnation en Jésus-Christ. Notre prière n’est jamais indifférente à Dieu dont nous devenons les partenaires écoutés.
Dieu a renoncé à être le magicien qui intervient par le miracle et le merveilleux.
Jésus lui-même l’affirme en refusant d’accomplir les signes miraculeux que les Pharisiens voudraient lui voir accomplir pour croire en lui. (Luc,ch.29,v.30
Si Dieu vit de cœur avec nous, il n’est plus au dessus de nous, Il demeure en nous, il agit par son Esprit en nous, il n’est plus le Tout Puissant..

Dieu refuse d’écraser l’homme de sa majesté et une puissance dépourvue de pouvoir s’abolit elle-même (Hans Jonas, étude d’Adolphe Grégoire, Golias N° 48/49) :
Dans le cas de la Schoah, si Dieu n’est pas intervenu, c’est qu’il ne le pouvait pas. Dieu, en créant l’homme, s’est dépouillé du pouvoir d’immixtion directe..
La bonté révélée de Dieu est appel aux âmes, inspiration des prophètes et de la Loi, elle n’en est pas moins liée en toute rigueur au respect absolu des libertés qui ont le pouvoir d’aller jusqu’à la tourner et à la rendre inconsistante.
La liberté que Dieu a donnée à l’homme rend l’homme responsable de donner à Dieu la liberté d’agir..
Dieu réduit par amour à l’impuissance, c’est ce que nous enseigne l’Epitre aux Philippiens (ch.2,v.5/11) :
Il s’est dépouillé, prenant la condition d’esclave, devenant semblable aux hommes.
Dieu est parmi nous en Jésus-Christ et n’agit que :
Par Lui, avec Lui et en Lui ! auprès de nous et en nous.
L’homme qui vit dans le temps, qui se croit capable de tout, qui vit de son orgueil et qui épuise son capital de vie à courir après les vanités du monde et après le « Fric », après ses fantasmes et ses fantômes, a besoin de temps, de souffrance et de misère pour constater combien il est nu et misérable.
Alors l’heure peut venir où il pense qu’il n’y a que le Père qui puisse lui venir en aide, et Dieu attend ce retour pour ouvrir largement les bras. Si l’homme orgueilleux ne peut retrouver Dieu qu’après avoir découvert sa misère, on comprend mieux que le pauvre et le malheureux victimes de ceux qui possèdent soient déjà les soucis de l’Amour préférentiel du Père parce que dans leur misère, ils connaissent leur nudité ;
C’est ce que Jésus a enseigné dans les Béatitudes, et c’est pourquoi le « sermon sur la montagne » s’achève dans St Matthieu par l’enseignement sur la prière à l’adresse de celui qui ne veut plus être que le Père amoureux de ses enfants souffrants : Notre Père !

La Parabole du Fils prodigue :
Ni l’un ni l’autre des deux fils n’a compris qui est vraiment leur père. Ils vivent de ses biens, sur sa propriété, sans se soucier d’autre chose que d’en tirer le meilleur parti. Ils sont des exploitants plus exploités que fils. Ils veulent l’un et l’autre jouir à leur idée de ce qu’ils estiment leur revenir de droit, ils veulent se rendre autonomes, indépendants de celui dont ils ont tout reçu. En psychologie, on dirait qu’ils souhaitent le meurtre du père dont la présence les empêche l’un et l’autre, quoique différemment, de profiter à leur idée de l’héritage.

Le second fils qui n’aurait qu’une part secondaire dans la succession prend les devant :
Père, donne-moi tout de suite la part d’héritage à laquelle j’ai droit.
La réaction du père est de respecter ce droit prématuré du fils. Il vend des terres, des troupeaux et réalise financièrement le montant de la part d’héritage du fils.
Celui-ci se voit riche et indépendant . Désormais à lui la belle vie tant attendue : Il jouit enfin d’une vie facile qui lui parait exaltante. Dès qu’on a de l’argent et envie d’en dépenser, on se trouve entouré de très nombreux amis.

Mais : Ce sont amis que vent emporte et il ventait devant ma porte !
Pour avoir vu trop grand, c’est vite la ruine et bientôt la misère avec l’abandon des amis « fidèles »( ?) qui n’ont plus rien à gratter.

C’est le chômage, la famine mal supportée par un travail dégradant. Pour un juif élevé selon la Loi par un père vivant dans la droiture il ne peut y avoir rien de plus dégradant que d’être réduit à garder ces animaux jugés impurs que sont les porcs. Eux sont nourris de caroubes qui seraient encore une nourriture acceptable pour lui, mais pour les païens qui l’emploient les porcs sont plus utiles que lui.
Le fils de famille n’est plus qu’une épave méprisée. Quelle chance de salut lui reste-il sinon de rêver au passé disparu. Alors, il se souvient du bon temps qu’il a lui-même détruit.
Son père n’aurait-il pas le droit de lui fermer sa porte ? Au mieux peut-il espérer ne plus être qu’un domestique salarié ?
Jusqu’au moment où il n’en peut plus. :Je vais me lever et retourner vers mon père.
Il n’exprime même pas le regret d’avoir mal agi, simplement il a faim et plus d’autre perspective. :
J’irai vers mon père et je lui dirai, mon père j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils, prends-moi comme un de tes mercenaires.
Avec l’espoir que son père ne rejettera pas celui qui a gâché son héritage.
Devenu « sans domicile fixe », le fils cadet prend la route du retour.
Sans attendre , dès qu’il l’aperçoit, le Père court au devant de son fils et l’étreint
Plus de froideur qui serait légitime, L’Amour déborde de Joie , la joie l’emporte et n’écoute plus rien.

Par-donner, c’est par définition combler le fossé qui a été creusé. Le pardon ne revient jamais sur le passé douloureux, c’est une nouvelle naissance :
Mon fils était mort et il est revenu à la vie .
Et même le frère aîné, plein de rancœur devant un tel accueil et qui manifeste sa jalousie ; lui qui n’avait jamais manqué à ses devoirs de fidélité est invité à partager la joie de toute la maison enfin réunie. Il y a plus de joie dans le ciel pour un pécheur qui fait pénitence que pour tous les justes qui n’ont jamais failli .

François Le Quéré