Les seniors précarisés

Le dernier rapport annuel du Secours catholique, publié le 8 novembre 2018, s’inquiète de la précarisation grandissante des seniors et des enfants depuis une dizaine d’années.

En 2017, le Secours catholique a accueilli 1,4 million de personnes dont près de la moitié sont des enfants. Les seniors sont de plus en plus nombreux à solliciter de
l’aide : les plus de 50 ans représentent désormais « un tiers » des personnes rencontrées, « contre un peu plus d’un quart en 2010 » d’après le rapport. Selon le secrétaire général, Bernard Thibaud (Secrétaire général de la CGT de 1999 à 2013) : « C’est le fruit du chômage de longue durée et de parcours de plus en plus hachés, qui débouchent sur des retraites difficiles […] Les ruptures de vie sont plus fréquentes et le phénomène est appelé à s’accentuer. »

Brûler une école maternelle, c’est blesser la République !

Ce dimanche, les chaînes d’information en continue nous livrent une terrifiante nouvelle : une école maternelle de Chanteloup-les-Vignes dans les Yvelines a été incendiée la veille au soir.

Un ou plusieurs individus ont fracturé les portes de l’établissement avant d’y mettre le feu. Plusieurs salles sont ravagées, dont le dortoir. Catherine Arenou, la maire (LR) de la ville, indique que la totalité de l’école est « inutilisable » et ce « pour plusieurs semaines, voire même plusieurs mois puisqu’il faut vérifier l’état même de la structure ». Plus « cash » sur Twitter, elle ne mâche pas ses mots et laisse éclater sa colère : « quand on vous dit que l’éducation est une priorité pour nos quartiers, qu’un enfant sans école, c’est un enfant sans repères, qu’à chaque fois qu’un voyou détruit, nous sommes tous salis, écoutez-nous. »

Pour l’heure, les 80 élèves de l’école devraient être rapatriés dans un centre de loisirs à compter de demain mardi. Depuis, ces dernières 48 heures, ce sont les mouvements sociaux qui sont pourtant à la une de tous les médias. Un point commun toutefois à ces deux actualités : les services publics et l’importance qu’ils revêtent dans le modèle de société que nous souhaitons léguer aux générations futures. Pour autant, que le temps où ce type d’acte criminel contre la République était mis à la une, est loin ! Le sentiment d’un glissement d’un crime contre notre bien commun vers le fait divers est indigne. La pensée de Victor Hugo est-elle simplement devenue un lointain souvenir ? Rappeler sa pensée sociale et son regard sur l’école est plus que jamais nécessaire et d’actualité. « Quand on ouvre une école, on évite, vingt ans plus tard, d’ouvrir une prison ». Cette expression a longtemps été l’un des aphorismes les plus représentatifs de l’idéal républicain pour lequel l’éducation est une mission fondamentale de construction du citoyen et donc émancipatrice. Qu’il ait été ou non de la plume de Victor Hugo, il traduit en tous les cas au mieux l’articulation entre éducation et démarche pénale et criminalisante de la société. Réduire les budgets de « l’éducation » constituait pour le parlementaire et citoyen qu’il était « une faute politique grave ». L’ignorance a toujours asservi ou servi à asservir les plus modestes. Ceux qui s’en sont consciemment pris à un des piliers de la République ont souillé nos valeurs. Au-delà, ils se sont attaqués au symbole de ce que représente l’école, la connaissance, le bien commun, la transmission des savoirs, l’émancipation, la destruction d’un bien de ceux qui n’ont d’autres biens que celui qui aide chaque enfant à grandir et à devenir un futur citoyen.

L’école, c’est aussi, un des derniers lieux qui doit permettre dans l’idéal de ce à quoi nous croyons, aux enfants qui ont le capital social et culturel le plus ténu « sur la ligne de départ », de pouvoir s’épanouir, être accompagné sur le chemin de l’intégration scolaire, culturelle, sociale. L’école, qui plus est maternelle, c’est le lieu où les plus jeunes enfants font l’apprentissage de la socialisation par le jeu, de la motricité, de la découverte des mots…Dans un des quartiers d’une ville où l’école est un des derniers remparts contre la pauvreté, contre la fuite des services publics, poser un acte criminel est inqualifiable. Il est une violence faite aux enfants, aux parents, mais aussi aux enseignants, personnels municipaux et associatifs du quartier qui investissent l’éducation avec passion comme on regarde avec des yeux d’enfants les étoiles. L’école ne mérite pas cela ; les enfants méritent mieux qu’un « attentat » contre la démocratie et la République ne doit pas céder devant les sirènes de violence et de « la connerie » de quelques criminels. Notre pays en outre, mérite mieux qu’un traitement « médiatique » de seconde zone sur cette question qui doit rassembler tous les citoyens pour qui les mots de Victor Hugo ont autant de sens aujourd’hui qu’ils ont pu en avoir hier. A cet instant, ce sont les enfants, les personnels et les élus qui méritent la compassion, l’attention, la bienveillance et la mobilisation inconditionnelle de la nation. Si l’école est un lieu ouvert sur la citée, l’idée même qu’elle incarne doit être sanctuarisée pour que l’intégration l’emporte sur l’exclusion. Investir pour l’avenir nous engage collectivement à refuser de s’enfermer dans un présent égoïste. Au moment où les assises de la maternelle s’achèvent, où l’obligation d’instruction est abaissée à l’âge de 3 ans et l’école ainsi mise au cœur des attentions du gouvernement, le silence des autorités publiques sur cet acte criminel est assourdissant et indécent. Quelques jours avant cet acte inqualifiable, Stéphane Gatignon, maire écologiste de Sevran avait démissionné protestant contre l’abandon par le gouvernement des villes de banlieues. Philippe Rio, Maire communiste de Grigny – Essonne – et Catherine Arenou, Maire LR de Chanteloup-Les-Vignes avaient écrit sur Twitter « Nous, maires de banlieue, connaissons la violence, la misère et la relégation. Nous savons lutter contre.

Cependant, nous ne tolérons pas le mépris du gouvernement #noussommestousgatignon ! Entre ce silence intolérable, le sentiment d’abandon des acteurs de terrain et cette violence criminelle, mais sans faire preuve de malhonnêteté intellectuelle et de raccourcis qui n’ont pas lieu d’être, l’accumulation des tensions converge. Sans céder à la violence, la colère doit se muer en résistance ! Résister, c’est créer, écrivait avec justesse Stéphane Hessel. Indignons nous afin de créer les conditions d’un vivre ensemble équilibré, pour que les services rendus au public, sur les territoires de la République, qu’ils soient ruraux ou urbains, épousent les valeurs qui la rendront plus forte et plus sociale ! L’école est ce premier rempart contre la violence ! N’oublions jamais les mots de Victor Hugo !

Bertrand GAUFRYAU, Chef d’établissement, Citoyen d’ici et d’ailleurs

SNCF : la privatisation du rail en marche

La privatisation du secteur du rail est en marche. Le président veut franchir une étape mais la mobilisation cheminote est au rendez-vous. Allons-nous vers un nouveau décembre 1995 ?

On retrouve des échos du discours du pouvoir exécutif dans les conversations. Au club de sport de Verrières-le-Buisson, dans l’Essonne, la semaine dernière : « Les conducteurs de TGV, ils gagnent au moins 2500 euros par mois grâce à leur statut ! Ils ne sont vraiment pas à plaindre et en plus ils vont faire grève ! » A Paris, dans un quartier plus populaire que la moyenne, un sympathisant de La République en marche croit dans les vertus de la concurrence : « En Angleterre, il a fallu que les compagnies privées apprennent à gérer ce secteur qui avait été monopolisé pendant des décennies par une compagnie publique. Je crois qu’il n’y a plus de problème, les Anglais sont contents. »

Pour le premier, les cheminots se mobiliseraient uniquement pour garder leurs « avantages », comme les billets gratuits dont ils disposent, eux et leurs familles. La dette de la SNCF est lourde mais ses salariés n’en sont pas responsables : elle a été contractée par l’entreprise pour suivre les directives

données par l’Etat de miser sur le TGV. Cette dette était d’ailleurs supportée par l’Etat jusqu’au milieu des années 1990, lorsque la facture a été transférée à l’entreprise : il fallait couper le lien entre la SNCF et le Trésor public afin de préparer l’ouverture à la concurrence. Déjà. Le second est mal informé. La concurrence a déjà été essayée dans le rail.

En France, c’était avant 1938, pendant cent ans. Les compagnies privées constituaient des monopoles locaux et n’investissaient pas afin de maximiser leurs profits. C’est ce système injuste et inefficace qui a été supprimé par le Front populaire. Au Royaume-Uni, les Anglais sont plus mécontents que jamais. Jeremy Corbyn, à la tête du Labour Party, fait un tabac à chaque meeting lorsqu’il promet la renationalisation du secteur. Et, les rangs Travaillistes se renforcent comme jamais en vingt ans. Le message est clair, là-bas. Il l’est aussi ici pour les usagers qui refusent de devenir des clients.

Lettre ouverte à Madame Marine Le Pen, Présidente de l’ex-futur Front National – Rassemblement National,

Madame la Présidente,

J’ai été, je vous l’avoue, agréablement surpris par la qualité de votre discours, de vos propos. J’ai eu le sentiment que le temps s’était arrêté et cela a ravi le quinquagénaire que je suis. En effet, je n’avais pas vieilli au moins depuis la dernière campagne présidentielle où vous avez concouru en finale. Lors de cette dernière échéance qui s’est achevée dans les malheureuses conditions que tous nos concitoyens ont vécues en « prime » – veuillez excuser, Madame, cet anglicisme*, lors du débat de l’entre deux tours face au « jeune » concurrent inexpérimenté et peu compétent comme vous venez de l’évoquer durant ce beau discours de Lille, ce sont les mêmes thématiques, les mêmes mots, les mêmes errements, les mêmes violences, la même condescendance dont vous avez fait preuve. Personne ne pourrait cependant vous reprocher des bifurcations idéologiques ou politiques. J’aurais pu m’assoupir devant votre discours retransmis par une chaîne de télévision – ce que diable je n’ai pas fait, vous pouvez m’en faire crédit – j’aurais pu me réveiller et imaginer me retrouver en mai 2017!

Que de progrès faits par les transhumanistes certainement, passage qui a retenu toute mon attention sur l’Homme augmenté. Vous auriez pu nous gratifier de l’Homme réparé, cela aurait permis de nous engager sur la voie de la « normalisation » d’un lendemain brun…Mais je m’éloigne de ce qui m’amène à vous écrire, Madame la Présidente l’ex-futur Front National – Rassemblement National.

D’ailleurs, quel suspense insoutenable, qui a du tenir en haleine toute l’intelligentsia politico-médiatique que vous vouez pourtant aux gémonies. C’est probablement pour moi aussi tenter de singer la démarche de vos conseillers en communication et fins politistes que je n’en viens que maintenant à l’essentiel de mon adresse. Je fais parti de ces mécréants, droits de l’hommistes congénitaux, ex-président – un point commun que diable!…d’une association accompagnant les migrants et les accueillant – pourtant issu d’un milieu populaire et dont l’école de la République a contribué à faire de la personne que je suis un citoyen à part entière; un citoyen pour qui l’émancipation et l’esprit critique – trop à votre goût me direz vous…mais dites moi, Madame, vous qui êtes une adepte des frontières où se situe-t-elle dans cette situation – demeurent l’essentiel de l’ADN qui ont du rester coi lorsque vous avez enfourché votre costume de chasseur – chasseuse mais je pense que vous ne goûtez guère la féminisation des noms, ne souhaitant pas changer le monde – de migrants!

Vous devez, dans votre discographie, aimer écouter peut être en boucle – je serai ravi dans votre réponse que vous leviez le voile – pardon de ce mot…sur cette intimité, le beau « tube » de Julio Iglésias « Et toi non plus tu n’as pas changée »…De mon côté, c’est une chanson que je partage en karaoké avec ma belle mère, d’origine portugaise – je comprends mieux mon beau père, français de souche et ses souffrances… Je crois vous entendre me dire que je cumule « les mauvais points »…Car vous n’avez pas changé, Madame la Présidente de l’ex-futur Front National – Rassemblement National! Cela me fait penser à une histoire écrite en slam – j’ai fait un tel exercice avec ma fille qui est en 4ème dans un collège public et qui accueille des enfants d’ici et d’ailleurs, plutôt d’ailleurs, d’ailleurs – un peu de légèreté ne vous heurtera pas je le crois – et qui fait du migrant le coeur de ce texte: migrant, AME, hôtel, soins, travail…Tout y passe…La délinquance et le terrorisme aussi! Tout le couplet de la haine ordinaire, sur fond de « on est chez nous scandé, je dirai même éructé par vos sympathisants et militants! Cela a du vous faire chaud au coeur. Les frontières ont eu droit de citer et l’exemple de la Hongrie a certainement été choisi avec toute la délicatesse que j’imagine…Tout cet argent dépensé à foison pour ces personnes qui sont les seules à imaginer, selon ce que vous dites, que leurs enfants auront un avenir meilleur qu’eux-mêmes…Tout cet argent gaspillé pour des non-nationaux, délinquants en puissance! Quelle gabegie! Et puis, comme un moment de grâce. Vous évoquez, dans un passage bucolique, les rivières, les paysages qui font de notre France, un pays unique! Moi qui ai le bonheur de vivre au coeur du Pays Basque, je ne vous dirai pas le contraire et bien au contraire! Je me vois flâner à vos côtés sur les chemins de Saint Jacques…Non, il ne faut pas non plus exagérer…Mais comme un « flash », je devrai dire un éclair dans notre langue, l’image de l’oiseau migrateur m’est venue à l’esprit! J’ai décidé de prendre sa défense, de créer une association, un mouvement internationaliste pour contrer le corpus idéologique de votre Rassemblement! J’y accueillerai tous mes concitoyen(ne)s d’ici et d’ailleurs, celles et ceux qui s’interrogent légitimement sur leur devenir, sur les voies aériennes qu’ils empruntent pour migrer, les vétérinaires à qui il arrive de soigner des oiseaux migrateurs et dont la loi criminaliserait les pratiques! Oui, Madame la Présidente de l’ex-futur Front National – Rassemblement National, les oiseaux migrateurs ne disposent pas de titre de séjour, de carte vitale ou de complémentaire santé, n’ont pas davantage les moyens de payer les soins sur le territoire national! Contourner les frontières? Mais si l’Europe que vous proposez conduit chaque pays à se cadenasser derrière ses propres murs, les oiseaux migrateurs vont ils être contraints de tourner et voler en rond, de se poser et nicher dans les « logements » de nos oiseaux nationaux et créer ainsi des tensions inacceptables dans le monde de la faune et par conséquent de la flore? Madame la Présidente de l’ex-futur Front National – Rassemblement National, cette question me hante, me brûle…J’interroge mes amis, mes voisins! Vous comprendrez bien volontiers, Madame la Présidente de l’ex-futur Front National – Rassemblement National, l’urgence de réponse qu’impose cette question! De cette dernière, dépend l’avenir de cette terre qui nous nourrit, de cet environnement qui est notre nouvelle frontière, de notre vie en commun, de ce vivre ensemble que vous honnissez plus que tout au monde. Le corpus idéologique de votre futur Rassemblement n’a pas changé. Plus que jamais, je remercie Franck Pavloff d’avoir fait du brun la couleur d’un matin dont on ne souhaite que jamais il ne se lève.

Dans l’attente de votre réponse sur la question existentielle des oiseaux migrateurs et accessoirement des migrants, je vous prie d’agréer, Madame la Présidente de l’ex-futur Front National – Rassemblement National, l’expression de mon voeu que jamais, les frontières n’éloignent les oiseaux migrateurs de notre imaginaire constitutif de notre patrimoine commun.

Bertrand Gaufryau, citoyen d’ici et d’ailleurs…

Forêts en danger : La mégacentrale de Gardanne-Meyreuil

Des citoyens et des collectivités engagés, un recours gagné de haute lutte au tribunal administratif de Marseille, un chantage aux subventions de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur… L’unité biomasse de l’Usine Uniper est soutenue en haut lieu et bénéficie d’une aide d’Etat. L’ex-filiale d’E.ON fait appel à une surconsommation de bois qui est à la fois une aberration économique, sociale et environnementale. Le réchauffement climatique et la transition énergétique sont les grands oubliés… Un constat qui prend une ampleur nouvelle après l’accord de libre- échange avec le Canada. 

Les forêts couvrent près de 40 % du territoire de l’Union européenne et absorbent environ 10 % des émissions annuelles de dioxyde de soufre, capté par photosynthèse et stocké dans les troncs. Les arbres contribuent à la biodiversité, repoussent la désertification, régulent le cycle de l’eau, protègent les sols… La tendance, pourtant, est à la biomasse comme énergie renouvelable, alors que loin d’être carbo-neutre, la combustion du bois génère plus de pollutions que les centrales à charbon. En février 2016, 120 associations et ONG du monde entier avaient demandé que la biomasse ne soit pas considérée comme énergie renouvelable, relayées par des rapports de scientifiques. L’Agence internationale de l’énergie définit comme suit les énergies renouvelables :
« Energie obtenue de processus naturels (soleil, vent…) qui sont remplacés plus rapidement qu’ils ne sont consommés. » Force est de constater que brûler de la biomasse ne correspond pas à cette définition. Un arbre peut avoir besoin d’un siècle pour pousser, mais il part en fumée en dix minutes. L’Union européenne, qui s’est fixée comme objectif d’atteindre 27 % d’énergies renouvelables en 2030, serait bien inspirée d’en tenir compte, et les citoyens et ONG sont là pour le rappeler. Par jugement du 8 juin, le tribunal administratif de Marseille annulait l’autorisation d’exploiter de la centrale biomasse de Gardanne, au motif de l’insuffisance de l’étude d’impact figurant au dossier. Là dessus le préfet accorde une nouvelle autorisation provisoire, le président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur fait du chantage aux subventions et le ministre de la Transition écologique lui-même se range aux côtés de l’industriel en déposant un recours auprès du tribunal administratif d’appel. Serait-ce si difficile d’admettre que le projet de la centrale biomasse de Gardanne a été adopté de façon précipitée, sans tenir compte de la ressource
régionale ? D’autres intérêts seraient-ils en jeu ?

Transformer une vieille centrale à charbon en usine à bois à faible efficacité, perpétue une forme obsolète de production énergétique et constitue en outre une menace pour la santé publique et un véritable gaspillage des fonds publics. Plutôt que d’ouvrir à Gardanne une mégacentrale qui aura un impact au niveau régional et international, il serait plus judicieux de se tourner vers le renouvelable et la réduction de la consommation. Pas sûr que le message soit bien entendu au sommet de l’Etat français, dont la fibre écologique ne dépasse guère les grands discours.
découvrrez l’ensemble de notre dossier dans Golias Hebdo n°502

La mort de Bruno

Mathilde Régis écrit dans Lyon Capitale: « Bruno Barrillot a passé sa vie à combattre les essais nucléaires. Originaire de Lyon, il fut prêtre catholique et interpella l’Église au sujet des 210 essais nucléaires procédés par la France entre les années 60 et les années 90. Face à l’impossibilité de poursuivre son combat au sein de l’Église, il démissionne pour débuter ses recherches sur les essais nucléaires français. Atteint d’une maladie, Bruno Barillot est décédé dans un hôpital de Polynésie française ».(1)

Voici deux mois il me demandait un article dans Golias pour l’autre « cause » qui était devenue la sienne : les anomalies constatées en matière d’affiliation et de prestations maladies et retraites des prêtres et religieux, sous l’égide de la CAVIMAC . La particularité de cette caisse de Sécurité sociale spécifique, est d’être sous l’emprise des hiérarchies cultuelles, et notamment catholiques par la Conférence des évêques de France (CEF) et de celles des religieux et religieuses (CORREF). La représentation des assurés n’y est pas autonome mais tributaires des autorités religieuses.

Depuis la mise en place de cette caisse particulière en 1979 des erreurs ont été commises en matière de prestations vieillesse, parce que les autorités religieuses ont constamment cherché à échapper ou à réduire leurs obligations contributives. parce qu’elles ont privilégié ceux qui restaient dans leurs institutions, au détriment de ceux qui au nom de la liberté de conscience et de religion reprenaient la vie civile parce qu’elles recherchent des solutions au « cas par cas » plutôt que d’appliquer à tous, les règles de la Sécurité sociale.

Les manœuvres pour échapper aux cotisations sociales

Rappelons le refus de l’Église catholique d’adhérer au Régime général de la Sécurité sociale en 1945 puis dans cadre du rattrapage de 1948. Il s’agissait pour elle d’échapper à la fois aux cotisations sociales jugées inutiles compte tenu, du célibat, de l’ordination à vie, et des vœux perpétuels censés garantir à tous leurs membres la sécurité jusqu’à leur mort… (Tant pis pour ceux qui retournaient ou retourneraient à l’état laïc, ils en seraient pour leurs frais). Il s’agissait en outre pour elle d’échapper au paritarisme car dans la « société parfaite » qui se dit « Église catholique », la Hiérarchie décide en dernier ressort de ce qui est bien pour ses fidèles.

Dans les années 70 de nombreux prêtres et religieux s’en vont (des départs en nombre longtemps sous estimés), les jeunes de leur côté se font rares. Les Hiérarchies découvrent l’intérêt des « compensations » entre Caisses de la Sécurité sociale. Elles sollicitent le Gouvernement pour en bénéficier, mais toujours avec les exigences de cotisations moindres, et un pouvoir qui leur soit garanti : les administrateurs sont désignés par elles et restent sous leurs tutelles.

Ceux-ci soumettaient ainsi les affiliations, non pas aux obligations de généralisation de la Sécurité sociale, mais dans le cadre de sélections fondées sur le droit canonique. Ainsi de nombreux membres de collectivités religieuses en période de probation, de noviciat, ou de séminaires, n’étaient pas bénéficiaires de protection vieillesse. Plus grave encore sous prétexte qu’elles n’étaient pas « congrégations » mais « associations de fidèles » les « communautés nouvelles » se retrouvent aujourd’hui avec des absences de cotisations pour leurs membres allant de 1 à 20 ans voire davantage.

Depuis 2005, des procès ont été engagés devant les Tribunaux de la Sécurité sociale, et toutes ces situations sont désormais bénéficiaires d’une jurisprudence dénonçant les carences en matière d’affiliation de la CAVIMAC et par voie de conséquence du culte catholique puisque c’est en définitive lui qui décidait et décide.

Or non seulement des cotisations n’ont jamais été réglées comme elles auraient du l’être, mais elles ont été régulièrement insuffisantes par rapport à celles du Régime général. Calculées jusqu’en 1998 sur une retraite équivalente à « l’allocation vieux travailleurs » elles donnent lieu aujourd’hui à une retraite de 382€ pour tous ceux et toutes celles qui ont liquidé leurs droits avant 2006, progressivement ceux qui ont liquidé leurs droits depuis cette date ont pu bénéficier d’une retraite de base autour de 660€, mais sans « complémentaire ». Deux chiffres qui plombent les prestations vieillesse des assurés cultuels en l’absence de points retraites engrangés à l’ARCCO ; Nous n’entrerons pas, par ailleurs, dans le détail des cotisations qui ne sont pas exigées telles celles d’allocations familiales parce que prêtres et religieux sont célibataires… et des dérogations à la CSG sous prétexte que les religieux n’auraient pas de revenus…

Les actions de l’Association dont Bruno assurait la vice présidence

Bruno, simple adhérent jusque là, découvre l’ampleur des anomalies en 2014, et accepte de rentrer au Conseil d’administration de l’APRCii. D’emblée il est vice président. Avec Isabelle la présidente et Michel le secrétaire ils vont animer, en plus du CA, une commission « avenir de nos retraites » faisant appel aux spécialités juridiques, et à celles des deux administrateurs représentant les anciens ministres du culte au CA de la Cavimac, Bruno apportant pour sa part son expertise « d’assistant parlementaire ».

La commission entend agir simultanément pour la consolidation de la jurisprudence que les cultes ne veulent toujours pas appliquer malgré la décision du Conseil d’État et les nombreux arrêts de Cassation donnant tort à la CAVIMAC pour accentuer la concertation avec la CEF et la CORREF en vue d’une solution alliant régularisation des arriérés de cotisations, et revalorisation des retraites déjà liquidées pour organiser des démarches auprès des autorités de tutelle en charge de la CAVIMAC , et des parlementaires en vue de mettre fin aux anomalies du régime social des cultes en matière d’affiliation, de cotisations, d’aides sociales ponctionnées sur la solidarité nationale et de prestations « retraite »

Bruno désabusé par l’attitude du monde religieux

Dans les débats de la commission associative et les rencontres auxquelles il participe auprès des autorités religieuses et des autorités de tutelles, Bruno retrouve bien des réflexes dénoncés par les victimes des essais nucléaires. Il retrouve surtout les carences de la hiérarchie catholique, toujours prompte à donner des leçons tandis que le secret est érigé en règle canonique dès lors qu’il s’agit de couvrir les erreurs commises par ses responsables, et dès lors qu’il s’agit de privilégier l’attention aux victimes…

Bruno découvre l’acharnement de la CEF et de la CORREF à faire appel des jugements qui leurs sont défavorables, les mandats confiés à des avocats payés fort chers pour déstabiliser ceux qui ont pris la liberté de les quitter et qui réclament à présent justice pour les erreurs commises à leur encontre. Combien de plaignants sont ainsi déstabilisés à la lecture et à l’audition des avocats « catholiques » ? Bruno constate les dérobades des institutions religieuses qui, au lieu de généraliser la jurisprudence républicaine, continuent de vouloir remplacer les règles de la solidarité nationale, par les arguments paternalistes qu’elles décident.

La bonne conscience prévaut : les évêques disent assurer à leurs prêtres des compléments pour un revenu supérieur au SMIC, les congrégations et monastères proclament garantir à leurs membres, y compris dépendants, tous les secours dont ils peuvent avoir besoin. Prêtres et religieux restent ainsi sous tutelle de leurs diocèses et de leurs congrégations pour leur subsistance. S’ils souhaitent se retirer ou demander le retour à la vie laïque, ils sont alors en butte à des dépenses de logement, de conditions de vie que les prestations CAVIMAC ne peuvent combler. Ce à quoi les évêques et supérieurs religieux rétorquent que prêtres ou religieux/religieuses « mariés », et donc « réduits à l’état laïc », ils ont les revenus de leur conjoint, que « polypensionnés » les droits issus de leur carrière civile compensent, qu’en tout état de cause la CAVIMAC compte tenu de ces divers revenus garantit au foyer un minimum vital sous forme d’allocation ponctionnée sur le Fonds d’actions sanitaires et sociales.

Ces arguments sont d’ailleurs entendus et considérés comme normaux par quelques intervenants sur les forums de Golias… Mais pourquoi celles et ceux qui sont concernés par ces bons sentiments ne peuvent y adhérer ? D’abord ces arguments sont un bon alibi pour éviter la réparation des erreurs commises en matière de cotisations qui auraient du être versées à la solidarité nationale. Les déficits du régime social des cultes sont en effet à la charge des autres régimes, et les collectivités religieuses n’hésitent pas à réclamer pour leurs membres les aides sociales dont le minimum vieillesse… Les victimes en général ne demandent pas des mesures de charité mais de solidarité et de justice. Enfin au nom de leur liberté et de celles de leurs familles, ils ne veulent pas que le temps religieux pénalise le temps de retour à l’état laïc.

Les autorités catholiques continuent à déplorer les vocations « perdues ». En réalité elles sont toujours vivantes dans diverses militances y compris dans les structures paroissiales et diocésaines… Bruno n’a pas voulu solliciter l’Église qui avait rejeté son combat, il avait demandé que sa dépouille mortelle soit confiée à la prière du temple protestant de Punaauia. Ultime pied de nez à son Église d’origine : les pasteurs de l’Église réformée avaient dès 1948 accepté leur affiliation maladie et vieillesse au Régime général, ses cotisations, son paritarisme. En 1979 ils ont continué à refuser « l’effet d’aubaine » que représente l’adhésion au régime particulier et dérogatoire de la CAVIMAC . A Dieu, cher Bruno.

Retraites des ministres de culte et membres de collectivités religieuses, quelle perspective de régularisation ?

Le site info-retraite (https://www.info-retraite.fr) a été inauguré par Marisol Touraine le 13 octobre, il permet à chacun de faire le point, en toute liberté et à tout moment, sur les situations individuelles au regard de la pension vieillesse. Pour toutes celles et tous ceux qui sont ou ont été dans la vie ministérielle ou religieuse, y compris pour une période de probation, l’inscription sur ce site est indispensable, tant les anomalies ont été grandes en matière d’affiliation au régime social des cultes.

Le 11 octobre, sur le site du Journal LA CROIX, un nouvel article à propos des « communautés nouvelles » http://www.la-croix.com/Religion/France/Les-anciens-membres-de-communautes-nouvelles-se-battent-pour-leur-retraite-2016-10-11-1200795477#/imageZoom. Il est question de cotisations non versées au régime social des cultes (Cavimac) par les membres des communautés nouvelles, un ancien membre témoigne : « On nous enseignait alors qu’il ne fallait pas s’occuper des choses matérielles, Dieu veillerait sur nous comme sur les oiseaux du ciel. Mais une fois qu’on s’en va, on n’a plus rien ».

Le numéro 144 octobre 2016 de la Revue RAVI publie de son côté, à propos des « Travailleuses missionnaires » (restaurant de l’Eau vive), un article intitulé « Esclaves missionnaires : priez pour elles ! ». On y lit : « ‘’Les responsables des TM jouent sur l’ambiguïté de leur statut, laïc ou religieux selon le besoin, afin de répondre ou non, du droit commun ‘’, déplore la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires. La Miviludes, placée sous le contrôle du premier ministre, reproche aux TM des dérives relevant ‘’ d’une traite des êtres humains aux fins de travail forcé ‘’. Rien de moins ! »

Une information qui se veut positive

L’article du journal LA CROIX chiffre autour de quelques centaines, le nombre de personnes qui seraient ainsi concernées par des « manques » sur leur « relevé de carrière » : 300 mais aussi 900 répondent à ce critère dont on retient avant tout le chiffre cent… Mais n’est-on pas largement en dessous de la vérité puisqu’on comptait 3000 membres de communautés nouvelles dans les années 90 ? Par ailleurs les nombreux procès engagés avec succès devant les Tribunaux des Affaires de Sécurité sociale ont montré qu’en réalité les diocèses, les congrégations, les cultes dans leur ensemble avaient manqué à leurs obligations d’affiliation pour les années de probation (séminaire, noviciat et autres appellations spécifiques aux différents cultes)… et qu’ils avaient considéré les collectivités non « reconnues » comme ne pouvant faire partie de la Caisse qu’ils tenaient pour leur pré-carré.

Le journal LA CROIX qui se veut positif minimise (on l’a vu) le nombre des personnes concernées, et affirme « les dispositifs ont été fortement améliorés ces dernières années». Mais est-ce suffisant ? Il fait par ailleurs état de procès, sans dire que depuis 2006, ceux-ci ont conduit à une jurisprudence que les diocèses et congrégations refusent d’étendre à tous les ayants droit!

Deux poids et deux mesures par la CEF, la Corref et les « communautés nouvelles »

Tout irait donc dans le bon sens puisque « la Cavimac a créé un groupe de travail sur la régularisation des années de formation pour tous les cultes. Il devrait rendre son travail le 13 décembre ». Sauf que ce groupe de travail ne traite pas du sujet qui est l’objet des deux articles que l’on vient de citer à savoir les membres des communautés nouvelles et des cultes à qui il manque, bien au-delà des années de formation, jusqu’à vingt années de vie religieuse non cotisées voir davantage !

Mais arrêtons-nous au premier volet de ce qui devrait être résolue par le « groupe de travail » à savoir les trimestres de séminaire et de noviciat. Pour contrer la jurisprudence qui obligeait les diocèses et congrégations à valider ces trimestres, la Cavimac a fait voter en 2011 un article de loi donnant la possibilité de racheter les années de séminaires et de noviciat, comme s’il s’agissait de formations diplômantes!

L’astuce est bien rôdée : pour faire valider des trimestres manquant, l’assuré s’adresse à la Caisse qui lui propose le rachat des trimestres manquant. Le barème est sur le site de la Cavimac. Ainsi pour un ressortissant de 50 ans en 2016 un trimestre portant sur l’année 1986 lui coûtera  1818€ ou 2693€ (https://www.cavimac.fr/assures_rachat_de_trimestres.html)
suivant qu’il veut faire valider le trimestre en vue du taux plein, ou qu’il veut, en plus, obtenir que le trimestre en question lui donne droit à la faible pension Cavimac.

Si au lieu d’une demande par l’assuré, la collectivité religieuse propose de régulariser, elle-même, ce même trimestre, la facture devient pour un trimestre 1986, 228,67€ on aura bien vu 2693/228,67= 11,78 fois plus onéreux, puisque cette régularisation implique en même temps l’avantage validation retraite!!! Ainsi, côté « assuré » la Cavimac, propose le rachat, mais côté « collectivité religieuse », elle accepte la régularisation des arriérés pour un montant 11,78 fois moins onéreux !

Autre exemple : les diocèses et congrégations s’étant appropriés depuis 1979 le pouvoir de gouvernance de la Caisse des cultes, y avaient imposés des règles d’affiliation contraires à la loi du 2 janvier 1978. En outre ils ont toujours privilégié, les membres restés dans les ministères et la vie religieuse, au détriment de ceux qui retournaient à la vie civile.

On sait que les communautés religieuses sont vécues sous l’angle d’une « famille », où les revenus sont mis en commun et redistribués selon les besoins de chacun. Ainsi donc, logiquement, lorsque l’ASPA (=minimum vieillesse) est demandé pour un membre de la communauté en raison notamment d’années de cotisations qui n’ont pas été honorées ou tout simplement de la faible retraite des cultes, il devrait être tenu compte de tous les revenus de la communauté divisés par le nombre de membres… Ce n’est pas la solution réclamée par la Corref lorsqu’il s’agit de percevoir les aides des Fonds publics : le membre est pris en fonction de sa maigre retraite et il peut prétendre à partir de là, pour sa contribution à la communauté, aux fonds provenant de la solidarité nationale…

A l’inverse, vis-à-vis des membres de la famille religieuse, retournés à la vie civile « l’aide complémentaire de ressources » versée par la Cavimac est subordonnée à un plafond tenant compte de tous les revenus familiaux, conjoints et enfants… Ici encore deux poids et deux mesures suivant qu’on est resté dans l’institution ou suivant qu’on l’a quittée. Mais alors sommes-nous dans le cadre de l’assurance sociale voulue par les fondateurs de la Sécurité sociale en 1945… ou dans un retour aux mesures d’assistance et de charité, que ceux-ci voulaient justement prévenir ?

Pourquoi la confiance n’y est pas ?

Il nous est souvent reproché d’exagérer, et de répandre des informations désobligeantes à l’égard de la Hiérarchie catholique. Dès lors pourquoi critiquer alors que celle-ci dit que des mesures sont à l’œuvre pour réparer ? Les évêques de France ont mis en place une « pastorale des dérives sectaires » (dérives sectaires dont l’absence de protection sociale fait partie). Les victimes sont orientées vers un service d’Église pour une « pastorale de l’écoute », d’aide aux victimes.

Voyons donc ce qu’il en est dans la pratique. L’article de RAVI octobre 2016 sur les « travailleuses missionnaires »  constate : l’évêque de Toulon refuse d’être mêlé à cette affaire et renvoie vers la Famille Fidei donum qu’il a intronisée dans son diocèse. En 2015, Mgr Pontier invitait les victimes à saisir la Justice… or il ne pouvait ignorer que les parcours judiciaires sont difficiles, et que les avocats de l’Église de France, deviennent vite odieux lorsqu’ils défendent l’institution contre les points de vue exposés par les victimes et leurs associations.

Et donc s’agissant de notre propos qui est la régularisation des cotisations dues, les solutions envisagées par le culte catholique visent avant tout le cas par cas : la régularisation n’est pas automatique mais soumise à un véritable parcours du combattant. On fait comprendre au demandeur qu’il n’est pas le seul et que donc il lui faudra attendre… On le culpabilise en disant que la régularisation provient des « dons des fidèles », sous entendu auxquels il n’a plus droit puisqu’il a quitté et que l’Église ne lui doit rien. On réclame de lui qu’il fasse état des revenus qu’il a pu percevoir après avoir quitté sa famille religieuse, et on en tient compte pour limiter les aides apportées comme s’il était toujours en contrat avec son diocèse ou sa congrégation. On vise en particulier les revenus de la compagne ou du compagnon pour dire qu’une régularisation peut attendre puisque par sa famille il n’est pas dans le besoin, alors que les familles religieuses manquent de moyens financiers. etc

Conseil pour éviter les déconvenues
Alors pour préparer au mieux son dossier de régularisation, mieux vaut s’entourer de conseils… Des associations existent : au niveau des diocèses et congrégations l’APSECC et Gamaliel, au niveau des victimes des dérives sectaires au sein de l’Église catholique l’AVREF, l’Envers du décor, Sentinelle, ADFI entre autres, au niveau plus spécialement de tout ce qui touche à la retraite dans le monde cultuel, l’APRC.

Au delà d’informations qui se veulent positives, en matière de droits à la retraite, tous les ayants droit d’une période cultuelle présente ou passée sont vraiment invités à la vigilance pour la constitution et la révision de leur relevé de carrière.

A 50 ans la retraite devient une perspective qui va de soi, mais c’est déjà avant cet âge qu’il est important de prendre connaissance des droits qui doivent être validés sur le site sécurisé :

https://www.info-retraite.fr/portail-info/home.html

Cette inscription est nécessaire dès lors qu’on a eu une activité qui a donné lieu ou aurait dû donner lieu à cotisations maladie et vieillesse. Même les « petits boulots » ont leur importance pour rassembler les « trimestres » qui seront nécessaires un jour pour valider une « retraite convenable ».

Les périodes de « vie religieuse », plus largement les périodes passées comme membres d’une structure relevant d’un culte, quel qu’il soit, et même dans la cadre de périodes probatoires, doivent donner lieu à affiliation au régime social des cultes (Cavimac) dès lors que pour la période considérée on n’était pas inscrit à une autre Caisse de Sécurité sociale, (RG, fonction publique, RSI, Maison des artistes etc.)

Après inscription l’accès se fait par le mot de passe qui aura été choisi
On se trouve alors devant les choix suivants :

Cliquer sur l’onglet « mes régimes de retraites », si dans la liste n’est pas mentionnée « Cavimac » il convient déjà de s’inquiéter…

Cliquer ensuite sur l’onglet « mon relevé de carrière » pour vérifier les périodes pour lesquelles aucune mention n’est portée

Prendre alors contact avec une association pour la marche à suivre, dont une particulièrement spécialisée sur cette question :

http://www.aprc.asso.fr/cmsms/index.php?page=contacts

Jean Doussal

Pesticides : les insectes font de la résistance

Parasites, ravageurs et autres nuisibles s’adaptent et survivent à des pesticides, associés à des plantes génétiquement modifiées porteuses d’un gène toxique. Les multinationales de l’agrochimie et autres Terminator n’ont rien d’autre à offrir qu’une fuite en avant
destinée à nourrir des actionnaires résistants à toute forme de biodiversité et d’intérêt général.

Porteur de virus dévastateurs pour les cultures, des aleurodes ou mouches blanches étaient détectés en avril dans des jardins du comté de Palm Beach en Floride. Résistants aux pesticides, ces minuscules insectes volants, de l’ordre des hémiptères comme les pucerons, se nourrissent de la sève des plantes qu’ils parasitent. Parmi les plus invasives au monde, cette espèce avait déjà été trouvée dans une pépinière de l’Arizona il y a plus de dix ans, avant d’être signalée dans une vingtaine d’états. Ces mouches blanches peuvent vivre sur 600 sortes de plantes différentes, dont 300 cultivées en Floride où elles constituent une véritable menace pour les plantations de tomates, haricots, melons et champs de coton. Environ deux millions d’emplois, occupés majoritairement par des immigrés, génèrent un revenu d’environ 120 milliards de dollars. Depuis avril 2016, la mouche blanche a été trouvée dans plus de 40 endroits sauvages à travers la Floride, et c’est bien un fléau majeur qui pourrait s’annoncer en gagnant d’autres espaces. S’il y a des dizaines d’aleurodes différents, celui dont il est question ici, dit de biotype Q (bemisia tabaci de son nom scientifique), serait originaire d’Espagne ou du Portugal où il a acquis une résistance aux pesticides. Un phénomène bien connu chez les espèces nuisibles qui développent une résistance par sélection naturelle : les spécimens les plus résistants survivent et transmettent leurs traits génétiques à leur descendance. [Découvrez la suite de cet article dans Golias Hebdo]

PCF : Les enjeux d’un congrès

Le 37e congrès du Parti communiste français qui se tiendra du 2 au 5 juin 2016 à Aubervilliers  sera décisif non seulement pour l’avenir de la presque centenaire organisation, mais aussi pour les classes populaires et moyennes confrontées à une régression sans précédent des droits salariaux et sociaux

Depuis les débuts du quinquennat de François Hollande, la réforme des retraites, le Pacte de responsabilité, la loi Macron, la loi « travail », la liquidation de grands sites industriels, la poursuite du démantèlement des services publics, semblent suivre une feuille de route visant à transférer le plus d’argent possible du travail, du salaire socialisé, vers les profits capitalistes. Ces orientations d’un gouvernement issu de l’ex- maison commune socialiste sont dans la logique de la métamorphose du PS, débutée depuis 1983 et qui atteint ce point ultime où s’impose l’évidente et cruelle vérité corroborant l’analyse marxienne trop précipitamment enterrée : la bourgeoisie capitaliste, à ne pas confondre avec les patrons de PME, mais la mondialisée, celle qui préside aux destinées des banques, celle qui règne sur les Bourses, celle qui spécule sur les prix des céréales , sur les cours du pétrole et des sources d’énergie, cette classe qui n’a d’autre maître que l’Argent, ne peut exister sans « révolutionner toujours plus avant les instruments de production, donc les rapports de production, donc l’ensemble des rapports sociaux… Le bouleversement continuel de la production l’ébranlement ininterrompu de toutes les catégories sociales, l’insécurité et le mouvement éternels distinguent l’époque bourgeoise de toutes celles qui l’ont précédée…

Tout ce qu’il y avait d’établi et d’assuré part en fumée, tout ce qu’il y avait de sacré est profané… Talonnée par le besoin de débouchés toujours plus étendus pour ses produits, la bourgeoisie gagne la terre entière. Il lui faut se nicher partout, s’installer partout, créer partout des relations »1. Parce qu’il est progressiste et révolutionne tout, le capitalisme libéral s’est mêlé de politique, liquidant la vieille droite conservatrice et la social démocratie républicaine au profit d’un large camp démocrate auquel il était nécessaire d’adjoindre une indispensable aile gauche ralliée à l’économie de marché mais suffisamment moderne pour profaner avec allégresse le tabernacle sacré de la République sociale du prolétariat tout en apparaissant comme la gauche innovante du « Mariage pour tous », du « Paris plage », des joyeuses gambades sexuelles présidentielles. La rupture idéologique et pratique avec la vieille maison « Section Française de l’Internationale socialiste » (SFIO) étant achevée, le vide d’image propre à abuser le candide « peuple de gauche », inquiète soudain les cercles « démocrates » de la politique spectacle. Les « thing- tank » s’agitent alors afin de multiplier les leurres pour militants déboussolés : primaires des gauches, médiatisation de personnalités « alternatives » qui, après avoir cautionné toutes les réformes antisociales du Président Hollande et de ses deux gouvernements, s’inquiètent soudain au sujet d’une absurde et inefficace « déchéance de nationalité » des auteurs d’attentats terroristes. Cette agitation proposée par de médiocres prestidigitateurs semblait fasciner quelques dirigeants du PCF qui se prirent à rêver d’une recomposition « de gauche » ressemblant à la reconstitution d’une social-démocratie de substitution. La forte mobilisation contre la « Loi travail », la radicalisation ouvrière sur les grands sites industriels délocalisés et victimes du dumping social, fit soudain comprendre à bien des observateurs éberlués, que le peuple était de retour et qu’il était très, très, en colère !

Les temps étaient durs et les idées molles. Le Front national, autre imposture ou leurre électoraliste, fit son beurre sur l’effacement du rôle tribunicien du PCF et de la capacité de ce dernier à représenter les intérêts populaires. Le parti de la famille Le Pen assumant son rôle de récupérateur de colères et de frustrations sociales, navigua allégrement sur le vide idéologique laissé, après l’effondrement de l’URSS. Sur les décombres de celle-ci, les nouveaux maîtres à penser du libéralisme triomphant n’eurent de cesse de répéter qu’il n’y avait là rien à voir, seulement l’horreur du goulag. Cette lecture unique de l’Histoire ne trouva à gauche que peu de contradicteurs : ainsi furent oubliés, Marx et Engels, les combattants de la Commune, le long cortège des dirigeants et théoriciens, inspirés et féconds d’un marxisme critique du centralisme léniniste et dressé contre le tsarisme continué et repeint de rouge  de Staline: Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht, Antonio Gramsci, Karl Kautsch, Georg Lukacs,Ernst Bloch, et en France, le courant socialiste révolutionnaire antérieur à l’avènement de l’URSS et représenté par la primitive CGT de Victor Griffuelhes qui préconisait le recours à la grève générale conçue non pas comme une simple cessation du travail mais comme la prise de possession de l’outillage social, c’est-à-dire l’expropriation de la classe capitaliste et la réorganisation de la production et de la circulation des produits par les syndicats, les Bourses du travail devenant les lieux assurant la circulation des produits nécessaires à la vie des populations. L’ouvrier cordonnier, Victor Griffuelhés, soutenait que « le mouvement naîtra des circonstances, d’une mentalité ouvrière élevée, à la hauteur des événements… »2 . Un enseignement à ne pas négliger en ces jours où la formidable offensive antisociale déclenchée en Europe dans le cadre de la financiarisation de l’économie mondiale, trouve en France, notamment, et en Espagne, l’émergence d’une radicalité portée par de jeunes diplômés précarisés ainsi que par des salariés sacrifiés dans le cadre d’une entreprise générale visant à baisser le coût du travail au profit d’ intérêts financiers d’une minorité d’actionnaires et de managers. Les événements sont là, inscrits dans une phase historique débutée par le coup d’Etat au Chili le 11 septembre 1973, ouvrant ce pays à l’expérimentation ultra libérale de l’Etat minimum théorisé par les Chicago boy’s. La même année 1973, le gouvernement français renonçant aux prérogatives économiques de l’Etat, décide d’emprunter auprès des banques privées, dotant ainsi le Capital de l’arme de destruction massive de la dette publique, prétexte en or pour soumettre les biens et services publics aux lois du marché. Cette entreprise progressive, débutée voici plus de quarante ans, puis accélérée en 2008, entre dans une phase cynique et violente qui bouleverse les équilibres économiques, sociaux, humains, psychologiques, jadis établis en Occident dans le cadre de rapports de force, pour opposer des limites et un cadre législatif, aux turbulences de l’économie de marché. La déréglementation devient la norme des réformes dites structurelles et ce processus présente un coût humain de plus en plus insupportable avec l’extension de la précarité sociale affectant à présent une classe moyenne salariée jusque là à l’abri des aléas économiques.Cette souffrance généralisée, au cœur du monde du travail, dans les sociétés occidentales, résultant notamment de pratiques managériales visant à casser du personnel à moindre coût, exacerbe les colères et donc la lutte des classes. La résurgence de celle-ci ne peut qu’orienter différemment l’activité syndicale mais aussi celle des partis politiques issus du mouvement ouvrier socialiste et communiste censés accompagner la volonté populaire vers le contrôle et la réappropriation des moyens de production.
La collaboration active de la gauche dite de gouvernement avec le redéploiement structurel du Capitalisme moderne crée les conditions d’une remise en cause profonde des modèles politiques issus de la social-démocratie et, par contrecoup, impose au Parti communiste français de se positionner vis à vis de son identité et de son rôle au sein de la société.

Le PCF ébranlé depuis plus de trente ans, par le discrédit lié au modèle dit improprement « soviétique », pensa, en se social-démocratisant, reconquérir son audience perdue : échec. Cependant, au sein du parti, demeure un « patrimoine » culturel, un héritage historique dont se sont emparés nombre de militants. Ces derniers confrontés aux nouvelles réalités sociales par le biais de leur engagement syndical ou associatif, estiment que la classe ouvrière, certes affaiblie par la casse industrielle, est animée par une profonde colère à laquelle il est essentiel de proposer des débouchés politiques révolutionnaires capables de dépasser la domination capitaliste.

Le PCF à la croisée des chemins

En vue de la préparation du 37ème congrès du PCF, quatre textes alternatifs et collectifs proposés au vote des adhérents et issus de la base militante préconisent un retour aux fondamentaux du communisme. Une franche rupture avec la social- démocratie et avec les institutions européennes compromises dans l’élaboration des politiques libérales est exprimée essentiellement dans deux contributions à fortes connotations marxistes arrivées en tête dans les fédérations du Pas de Calais, du Nord et des Ardennes, c’est-à-dire sur la plupart des grands sites industriels frappés par les restructurations et les délocalisations. Le texte proposé par le Conseil national comme base commune obtient une faible majorité (51,20%). La volonté exprimée par le Conseil national du PCF d’aider à constituer un front populaire et citoyen unissant les forces mobilisées contre la loi travail en vue des présidentielles et des législatives de 2017 recueille une certaine méfiance parmi des militants craignant une récupération du mouvement par des personnalité qui viseraient la reconduction d’un gouvernement néo-social-libéral, après avoir manifesté une opposition de façade à la loi travail : il est vrai que l’attitude des frondeurs du PS ne « parvenant pas » à mobiliser l’ensemble des voix des parlementaires censés appartenir à la gauche du parti, laisse perplexes bien des observateurs. L’initiative gaullienne de Jean-Luc Mélenchon inscrite dans le cadre de la Vème République qui favorise le charisme d’un personnage en phase avec l’histoire et avec les préoccupations d’une majorité populaire ne laisse pas indifférents des militants au sein du parti. Cependant la force du mouvement social actuel pourrait être une chance historique afin que le PCF retrouve son rôle révolutionnaire consistant à déployer les moyens militants du parti pour faire réussir la bataille contre la loi travail, contre la casse industrielle, pour le développement des services publics et permettre l’ émergence, comme sujet politique, des couches populaires ce qui serait un avantage sur une classe politique qui a perdu ces dernières depuis longtemps…

La « loi travail » : un oxymoron ?

La nouvelle ministre du travail, Myriam El-Khomri, a été hospitalisée durant la journée du 1er mars. On nous a dit d’abord qu’il s’agissait d’un malaise, signe probable de la réprobation quasi générale déclenchée par son projet de loi. Pour quelle(s) raison(s) ? Respect scrupuleux du secret médical, événement humiliant du genre du bretzel qui avait failli étouffer G.W. Bush, ou bien impact émotionnel de la pétition et de la fronde ? Peut-être les trois, allez savoir.

Il faut dire qu’elle a fait fort, en acceptant le mistigri à la place d’Emmanuel Macron pour virginiser ce dernier. La réaction sociale ne s’est pas fait attendre : elle a pris la foudre, elle qui passe pour incompétente depuis la preuve accablante et consternante (on était gêné pour elle) de son ignorance lors d’une interview sur BFM-TV avec Jean-Jacques Bourdin, juste après avoir été nommée. Puis le président de la République française soi-même, adoptant un ton condescendant et bonhomme dont il est coutumier, s’est fendu en urgence d’une interview en évoquant un « accident domestique » (elle aurait glissé dans sa baignoire, ce qui est peu glorieux et fait penser à l’infortuné Claude François). Le but apparent est de ne pas l’affaiblir encore plus en évitant d’accréditer l’idée qu’elle ne supporte pas la pression, mais en réalité de la réconforter.

Cette illustre inconnue a été décrite comme une « femme de conviction  » par François Hollande, ce qui peut vouloir dire trois choses : elle se prétend de gauche malgré les soupçons avérés de libéralisme ; elle est réellement en accord idéologique avec l’anti-socialisme caractérisé de son projet ; elle a accepté par carriérisme la place qui lui est assignée dans la division sexuelle du travail au sein du parti « socialiste ». En affirmant cela, il s’est efforcé de ne pas la faire passer pour une simple affidée obéissant à ses mentors dans le cadre d’une carrière protégée. Mais les mots ne sont pas que des mots et la parole politique n’est pas dotée d’une présomption de crédibilité et de sincérité à toute épreuve. L’intervention de F. Hollande en elle-même, bien que destinée à la « soutenir » (vocable pour le moins ambigu), sonne comme une confirmation de sa subalternité : M. El-Khomri est bel et bien en service commandé : « Elle a été nommée pour que Matignon reprenne la main sur le social, elle n’est qu’une exécutante », prête-t-on à un cacique du PS (Le Monde, 2 mars). Mais le coup de grâce a été donné par son chef, M. Valls lui-même : « Myriam est solide, ne la sous-estimez pas, ce n’est pas un pantin »…

Un projet antisocial

La nouvelle locataire de la rue de Grenelle serait excusable car elle serait une « femme de conviction » et n’aurait commis qu’une erreur tactique en évoquant l’arme fatale de la Ve République, le fameux « 49.3. » (on dirait un nom d’arme à feu du genre « Magnum 457 » ou « AK47 »). Cet alinéa de la Constitution permet au gouvernement de faire adopter un projet de loi en refusant toute modification du texte (i.e. amendement) si une motion de censure n’est pas votée à la majorité des députés inscrits. Dans ce cas-là, le gouvernement tombe et il y a de fortes chances pour que le président de la République, qui dispose du droit de dissolution (uniquement de la chambre basse, de l’Assemblée nationale), s’en serve en cas d’accord politique entre lui et le gouvernement. Les députés doivent alors se faire réélire et risquent de perdre leur siège, mais ils risquent surtout de ne pas être réinvestis par le parti qu’ils ont fait tomber, les partis au pluriel en cas de coalition (radicaux, écologistes, régionalistes), et de ne pas revenir (c’est ce manque de courage qui freine les « frondeurs » malgré toutes les couleuvres qu’ils ingurgitent).
Le texte de loi annoncé est un projet de loi modifiant le code du travail qui court-circuite les partenaires sociaux, violant le pacte républicain qui veut qu’un texte sur un tel sujet fasse l’objet de négociations souvent longues, alors qu’il va influencer la vie au travail de dizaines de millions de gens. Il intègre aussi la partie restante du projet Macron, ce qui le rend encore plus explosif et inacceptable pour quiconque est sincèrement de gauche. C’est un projet qui répond aux attentes du grand patronat bien plus qu’à celles des électeurs de F. Hollande en 2012. Dans ces conditions, évoquer le passage en force revenait à dresser un bras et un doigt d’honneur à tout le monde ; or peu de personnes apprécient d’être ainsi considérées (dans un flash d’information à la radio, on nous conseille de nous faire dépister le cancer colorectal…). Parmi les éléments proposés dans le projet actuel :

  • En cas de licenciement illégal, l’indemnité prud’homale est plafonnée à 15 mois de salaire
  • Les 11 heures de repos obligatoire par tranche de 24 heures peuvent être fractionnées
  • Une entreprise peut, par accord, baisser les salaires et changer le temps de travail
  • Les temps d’astreinte peuvent être décomptés des temps de repos
  • Le dispositif « forfaits jours », qui permet de ne pas décompter les heures de travail, est étendu
  • Les apprentis mineurs pourront travailler 10 heures par jour et 40 heures par semaine
  • Le plancher de 24 heures hebdomadaires pour un contrat à temps partiel n’est plus la règle dans la loi (confirmation d’une loi antérieure)
  • Il suffit d’un accord d’entreprise pour que les heures supplémentaires soient 5 fois moins majorées
  • Une mesure peut être imposée par référendum contre l’avis de 70% des syndicats
  • Une entreprise peut faire un plan social sans avoir de difficultés économiques
  • Après un accord d’entreprise, un-e salarié-e qui refuse un changement dans son contrat de travail peut être licencié
  • Par simple accord on peut passer de 10h à 12h de travail maximum par jour.

Cerise sur le gâteau, la « plume » (sic) de M. El-Khomri, Pierre Jacquemain, a démissionné début février et s’est désolé publiquement (invité à l’émission « C’est dans l’air » sur France 5, puis tribune dans Le Monde le 1er mars, etc.) qu’elle se soit écrasée. Il est présenté comme un ancien collaborateur de Clémentine Autain (Ensemble) et serait donc vraiment de gauche. Voici ce qu’il répond à un journaliste de L’Humanité (29 février) : « J’ai peu à peu compris que nous perdions la bataille. En réalité, la politique du ministère du Travail se décide ailleurs, à Matignon. C’est le Premier ministre qui donne le ton. Après le rapport Combrexelle, Myriam El Khomri avait pourtant une grande ambition. Elle a mené une concertation fructueuse avec les partenaires sociaux, qui a débouché sur de réelles avancées. Malheureusement, aucune de ces avancées n’apparaît dans le projet de loi final. Le compte personnel d’activité n’est qu’une coquille vide, qui n’est que l’agrégation de droits sociaux déjà acquis. Par ailleurs, à qui veut-on faire croire que la dématérialisation des fiches de paie est une grande avancée sociale ? » ; « Ce projet de loi est une erreur historique. C’est une régression en matière de droits sociaux, dans la mesure où de nombreux acquis des travailleurs pourront être renégociés à l’échelle des entreprises, où le rapport de force est systématiquement défavorable aux salariés. C’est un non sens économique, parce qu’il n’est pas prouvé que cette loi créera de l’emploi. C’est enfin un non sens politique : quand on se dit de gauche, quand on s’estime progressiste, je ne vois pas comment on peut soutenir un tel texte. » Pour P. Jacquemain, la « loi travail » est un projet qui « déshonore la gauche. »

À tribord toute

Ce procédé cavalier de la part d’une ministre sans aucune expérience dans la fonction est plus qu’une maladresse : c’est le signe indubitable que ces gens se croient tout permis à partir du moment où ils évoluent dans les cercles dominants, fussent-ils des autodidactes zélés et dévoués persuadés que, même carbonisés, on leur trouvera un délicieux point de chute en cas d’échec (bien qu’ayant éclaté comme une bulle de savon l’ancien patron du PS est devenu rien de moins que ministre des affaires européennes…), mais à la condition de rester bien sage et de ne pas ruer dans les brancards (cas de Fleur Pellerin). Contre toute promesse, les actuels gouvernants estiment avoir raison de mettre en œuvre le bréviaire ultra-libéral à un point tel que n’aurait pas osé faire un gouvernement officiellement de droite… ! Les figures des partis étiquetés de droite ont d’ailleurs approuvé le projet tout en trouvant le moyen de faire un peu de surenchère.
La stratégie hollandienne est claire : couper l’herbe sous les pieds de ses rivaux de LR dans le but d’attirer leurs électeurs sur son nom dès le premier tour de la prochaine élection présidentielle et miser sur leurs casseroles judiciaires pour les délégitimer. Mais pour se présenter, la courbe du chômage doit s’infléchir (après avoir grimpé dans des proportions gigantesques !). Le but réel de ces modifications du code du travail n’est pas tellement d’être efficaces dans la réalité mais de fournir l’« explication » idoine à la future et opportune baisse de la courbe. Quitte à s’arranger pour qu’elle baisse par des mesures administratives ou en plaçant les chômeurs en formation. Cela veut dire qu’aussi bien tactiquement qu’idéologiquement, F. Hollande a tiré un trait sur les partis et les idées de gauche — sans doute bien avant la campagne 2012 — et qu’il vogue à tribord toute et qu’il a hissé le spinnaker pour sauver ses intérêts personnels, escomptant tirer parti de son capital politique supérieur pour étouffer ses rivaux au sein de la majorité. Il en deviendrait le champion pour l’élection présidentielle prochaine, malgré sa cote de popularité étique et la phase des primaires, dès lors improbable. Il serait alors réélu en étant le moins pire des choix face à Marine Le Pen et le tour est joué.
Mais on se demande pourquoi le ton infantilisant et bonhomme que F. Hollande emploie en public n’agace pas plus à l’exception de certains imitateurs, passant même au registre du mépris de classe en privé si l’on en croit son ex. Pourtant, en homme officiellement de gauche, même replet, il est supposé faire preuve d’une empathie sincère et forte envers les classes populaires et moyennes qui doivent se serrer la ceinture, ce dont son habitus de classe le rend clairement incapable. Considérer les dominés comme s’il était un maître d’école faisant preuve de patience à l’égard de grands enfants que l’on force à s’adapter au nouveau monde est le summum de la suffisance, comme si F. Hollande avait la science infuse alors qu’il mène juste une politique de classe. En effet, en abattant les règles protectrices des plus faibles les unes après les autres, n’est-il pas en train de faire entrer le renard libre dans le poulailler libre ? On ne voit plus trop dès lors en quoi ses gouvernements successifs seraient de gauche.
La « compréhension » que le président de la République évoque au sujet de la colère que parfois les « sans dents » expriment est d’ailleurs fort ambivalente : il sait bien que ses décisions touchent certaines catégories, celles qu’il s’agit justement de « réformer » voire de supprimer si la « main invisible » du marché en décide ainsi. La façon dont elles manifestent leur colère et leur désapprobation semble toujours trop énergique aux classes supérieures, notamment aux journalistes et aux animateurs des grands médias, très facilement « choqués », les pauvres, par le premier arrachage de chemise venu (des facétieux envisagent de rééditer leur exploit mais avec une future et plantureuse DRH…). Ces manifestations de colère sont en partie des passages obligés à ses yeux, comme une inévitable crise d’adolescence à subir. Mais sa « compréhension » ne revient pas à lutter avec eux, à passer la nuit dehors à leurs côtés autour des braseros, à les sortir de la mouise. Elle revêt au contraire une triple dimension de cynisme (allant jusqu’à prendre les gens pour des imbéciles), de tactique (comme en témoigne le rite sacrificiel du salon de l’agriculture) et de ponce-pilatisme (simple spectateur d’une « politique » qui se décide ailleurs et dont il est le relais pathétiquement paternaliste).

Des gouvernants impudents

Cela explique que si nos chers gouvernants ne parviennent pas à faire voter la « loi travail » comme ils l’espéraient au départ, eh bien ils y parviendront de façon subreptice ou rusée (en feignant une négociation, par exemple). Las ! Même la diversion de Ségolène Royal annonçant que les centrales nucléaires allaient voir leur exploitation prolongée de dix ans n’a pas suffi à faire retomber le soufflé (le soufflet). En réalité, ils ne sont pas si malins et si courageux que cela, ils font pas mal d’erreurs et il serait temps de s’en rendre compte. Ils ne font que profiter d’un contexte politique favorable et sciemment entretenu à la gauche du parti socialiste (diviser pour régner, esprit boutiquier, narcissisme, intérêts financiers, attrape-nigauds comme les primaires). De plus, en nommant M. El-Khomri pour faire le « sale boulot », ils se sont certes engagés à la soutenir et à la rassurer sur son sort futur, mais ils ont cherché aussi à piéger ses futurs contradicteurs. Elle serait implicitement inattaquable parce que toute contestation du projet de loi provocateur tomberait sous le coup de la misogynie et de la xénophobie. Mais ce piège n’a pas fonctionné : l’initiatrice de la pétition, Caroline de Haas, est une militante féministe et antiraciste, ancienne conseillère de Najat Vallaud-Belkacem, proche du syndicalisme chrétien. Et puis surtout ce n’est pas le problème.
Sur ce coup-là, le Premier ministre Manuel Valls a été spectaculairement court-circuité par l’Élysée alors que la ministre est sa chose. C’est une forme d’humiliation pour lui, qui ressent une grande usure physique, morale et politique de sa posture dont l’alpha et l’oméga se fondent sur des coups de menton nationalistes et répressifs déclinés sur tous les sujets. On peut compter sur l’inoxydable Christian Jacob, porte-parole de LR à l’Assemblée nationale, pour ironiser à ce sujet en séance. Cette interview précipitée était aussi pour F. Hollande une manière de couper court aux ambitions présidentielles de M. Valls en rappelant qu’il est la patron et qu’il n’entend pas se faire brûler la politesse l’année prochaine. La presse a diffusé une photographie le cadrant avec M. El-Khomri et la mine qu’ils affichent est défaite, renfrognée, crépusculaire, terrible. Ils se sont aussi ridiculisés sur les réseaux sociaux où leur propos consiste à dire que les gens n’ont pas bien compris et qu’on va leur expliquer. Encore et toujours la même posture de surplomb de la « pédagogie » et de la « communication »… Concrètement, cela se manifeste par une morgue burlesque envers les opposants, qui ne seraient pas capables de comprendre ; à « Télé-matin » le 3 mars (France 2), la ministre estime que l’inquiétude des étudiants via leurs syndicats est ni plus ni moins qu’« absurde »…
Après leur avoir laissé carte blanche, F. Hollande vient donc de les rabrouer en public en leur imposant un report à l’étape supplémentaire de la destruction des protections des plus faibles. Les voilà donc renvoyés à leurs chères études, eux aussi infantilisés par le grand manitou. Il est intervenu pour « soutenir » l’inexpérimentée ministre du « travail » (ô la belle novlangue politique !) et pour annoncer que le contenu du projet allait faire l’objet d’une consultation des partenaires sociaux et des parlementaires. On se croirait dans « 1984 », le roman d’anticipation de George Orwell où le sens des mots était inversé : comment peut-on appeler « travail » une loi qui facilite les licenciements et détériore les conditions de travail et de rémunération ? Ce serait une loi pour faciliter l’entrée des jeunes sur le marché du travail !

Un report tactique

Invités poliment pour une collation, les « partenaires sociaux » (sic) vont donc parader les uns après les autres, avec leurs attachés-cases et leurs complets vestons, afin de les amadouer, moyennant quelques aménagements à la marge qui passeront pour autant de concessions (et peut-être aussi quelques promesses en sous-main de renvois d’ascenseurs) et qui seront censés apaiser la colère et la contestation. Tout cela se déroulera en catimini sous les ors des palais républicains, avant sans doute de reproposer les dispositions envisagées, soit dans un même texte, soit dispersées. Le but est d’éviter une contestation importante qui cristalliserait les révoltes sectorielles, déclenchant un effet boule de neige. Pour éviter cela, nos actuels gouvernants appliquent les règles habituelles en cas de texte de loi ou de mouvement social :

  • lancer un ballon d’essai par la bande (une fuite, un député, un rapport officiel) pour pouvoir se retirer sans être ridicule ;
  • annoncer un texte outrancier et provocateur pour ensuite donner l’impression de faire des concessions et arriver au point prévu ;
  • en cas de manifestations, délégitimer ou réprimer le mouvement par la police, la gendarmerie ou la justice en évitant les morts (Devaquet, Sivens) ;
  • dispenser dans les grands médias un discours rassurant et positif, limite lénifiant, en proclamant qu’on va faire tout son possible ;
  • parier sur la lassitude et le fatalisme en claironnant que le gouvernement ne reculera pas (droit dans ses bottes, aller jusqu’au bout) ;
  • si le mouvement social se poursuit, lâcher du lest ou inventer des mesurettes que l’on sait inefficaces pour amadouer les porte-parole ;
  • faire semblant de renoncer au projet controversé mais la faire passer de façon honteuse au milieu d’un autre texte, par petits bouts, par un député ou au milieu de l’été ;
  • retoquer le projet en le dénaturant, en le vidant de sa substance tout en disant que l’on n’y a pas renoncé pour sauver la face;
  • le retirer en désespoir de cause, en invoquant la paix civile ou même (rétrospectivement) l’erreur.

Le lundi 29 février, c’est un « report » forcé de quelques semaines que le gouvernement a donc annoncé. Il l’a fait sous une triple pression : le succès énorme de la pétition lancée par Caroline de Haas sur change.org (qui va sans doute atteindre le million de signataires) et de la page Facebook et le compte Twitter consacrés à la « loi travail » ; la tribune de Martine Aubry et de ses amis dans le quotidien Le Monde attaquant la politique de F. Hollande et de M. Valls (qui a réagi aussitôt, signe que le coup a porté) ; la mobilisation d’un syndicat étudiant affilié au parti socialiste, l’UNEF, avec l’éventualité de manifestations étudiantes (blocages, défilés, AG, occupation, etc.) dans les rues et les Universités, voire les lycées (l’actuel président de l’UNEF, William Martinet, a commencé sa « carrière » de militant contre le CPE en 2005…). Les syndicats, quant à eux, passent pour de lourds navires qui mettent un temps infini pour se mettre en branle ; de plus, quand ils ne sont pas contestataires, ils sont « réformistes », c’est-à-dire complices des régressions sociales. Cela signifie que le risque pour les gouvernants d’être débordés par une contestation sociale d’ampleur — un appel à la grève générale pour le mercredi 9 mars a été lancé par l’UNEF — alors que la police, la gendarmerie et l’armée sont épuisées par l’état d’urgence a été jugé trop grand par le président de la République. Mais personne n’est dupe et les pétitionnaires savent bien qu’il doivent rester plus que vigilants : mobilisés. Un report n’est pas un retrait définitif.

Jacques Le Bohec