Je vous ferai reprendre vie

Déporté, le peuple de Dieu a perdu l’espérance. Le Temple de Jérusalem est détruit. Les exilés ne sont plus qu’ossements desséchés et sans vie. Ezéchiel est porte-parole du Seigneur Dieu : je vais vous sortir de ces états de mort, et vous ramènerai en Israà«l.

Le choix du texte est commandé par la résurrection de Lazare. Le tableau touchant et amical d’une résurrection individuelle s’étend par la première lecture, à  celle de toute une communauté, de tout un peuple. La sollicitude de Dieu pour sa communauté, pour son peuple est du même ordre que l’amitié de Jésus pour Lazare. Dieu veut le bonheur de son peuple et ce bonheur est aussi spirituel que matériel. Je vous ré-installerai sur votre sol, dans vos maisons, vos propriétés, votre patrie. Jésus redonne Lazare à  sa famille, à  ses relations, à  ses biens, à  lui-même et aux autres tout à  la fois. Au cours de cette seconde vie, réinstallée dans le bien-être matériel et sociétal, notre relation à  Dieu sera-t-elle définitivement établie, définitivement vécue comme aux premiers jours d’Adam et Eve ? Ceux qui reviennent de ces expériences profondes de mort sont le plus souvent transformés. Ezéchiel entrevoit Jérusalem et le Temple reconstruits.

Ils sont plus beaux qu’auparavant mais débarrassés à  jamais de tous les abandons et trahisons. Notre relation à  nous-même et au monde est radicalement re-pensée, et ré-orientée : « Tu es notre Dieu et nous sommes ton peuple. Montre-nous le chemin de la
Vie. »

Jean Doussal

Mode d’emploi pour ressembler à  un disciple…

Nous sommes à  un tournant de l’Evangile. Pierre vient de confesser Jésus comme le Messie, le Fils du Dieu vivant. Jésus l’a déclaré bienheureux en lui promettant
les clés du Royaume.

Mais il lui faudra passer « derrière » son Seigneur pour ressembler à  un disciple et non à  Satan. Pierre devra en effet accepter le chemin de la passion pour le connaître comme Dieu. (16, 13-23). Nous sommes, avec le récit de la transfiguration, placés par anticipation au terme du parcours, témoins avec Pierre, Jacques et Jean, de la gloire de Jésus : Jésus est « métamorphosé devant eux ».

La tentation, la mort n’ont pas le dernier mot. Mais, même après la résurrection, les disciples ne verront pas une telle manifestation parce que la fin sera encore au-delà . Ils l’entendront sur une montagne aussi, en Galilée, « carrefour des nations », comme si la glorification de Jésus ne pouvait être consommée sans celle du monde (28, 16-20) ! Notre texte nous fait aussi revenir sur l’histoire de l’Alliance avec la présence de Moïse et d’Elie qui récapitulent ce qui est advenu avant le Christ et la référence au Fils de l’Homme (Daniel 10). La parole qui accompagne la vision est celle du Baptême de Jésus (3, 17) assortie de l’impératif d’écouter ce fils bien-aimé en qui Dieu a mis toute sa joie mais qui vivra cependant la mort¦ On comprend la grande crainte qui saisit les trois compagnons. Il ne s’agit pas seulement de la peur qui saisit ceux et celles qui sont témoins d’une manifestation divine, mais aussi sans doute de la prise de conscience de ce que sera le chemin paradoxal du Serviteur, en qui Dieu s’est complu (v 5. Is 42, 1) et à  qui ils doivent obéir (c’est-à -dire écouter). Lui aussi tombera la face contre terre à  Gethsémani (v 6. 26, 39) juste avant de dire aux trois mêmes : « Réveillez-vous » (26, 46). Ici, au v 7, alors que Matthieu n’a pas fait mention de leur sommeil. Mais le verbe peut aussi se traduire : relevez-vous. Le doute les saisira encore lors de l’envoi en mission final (28, 17). Pour l’heure, ils ont consigne de se taire. Ce temps de Carême ne pourrait-il pas être celui du silence autant que de la contemplation de la présence de Dieu parmi nous ? Comme Pierre, nous sommes tentés de vouloir rester avec Jésus et ses hôtes : quoi de plus normal ! Il nous faudra découvrir que c’est d’abord Lui qui est avec nous tous les jours et qu’Il nous précède sur des chemins inconnus (28, 20). Certes, nous n’avons pas participé à  la transfiguration mais savons-nous voir Dieu qui nous accompagne comme la nuée guidait le peuple dans le désert ? Et j’espère que nous avons tous vécu ces moments lumineux qui nous permettent de tenir la nuit venue. L’Evangile nous invite à  ne pas les oublier, pour être capable de discerner dans la coupe amère que nous devons parfois boire (Cf. 26, 26.42), un mystérieux goà»t de Royaume (26, 29). Matthieu situe la transfiguration au « sixième jour » de la fête des Tentes par laquelle le peuple rappelait sa difficile traversée du désert : la semaine n’est pas terminée. Le Carême ne fait que commencer. Puisse ce temps nous réveiller : nous entendrons alors la Parole, la laissant jaillir du plus profond de notre existence dévoilant une Présence aimante qui nous guide pour peu que nous ouvrions nos yeux et nos oreilles. Maintenant, silence : à  l’écart, écoutons Moïse et Elie parler avec Jésus¦

A quelle catégorie de « croyants » appartenons-nous ?

Sophonie est peu connu des chrétiens. A la fin du 7ème siècle avant Jésus Christ, le Royaume de Juda est occupé, gagné par la corruption et les compromissions. Le prophète annonce le « jour du Seigneur », jour de colère, de détresse, de destruction. Il s’en prend aux dignitaires violents et frauduleux, aux prophètes vantards, aux prêtres profanateurs, aux incrédules qui disent « Le Seigneur ne peut faire ni bien ni mal », aux nations idolâtres¦

De ces oracles guerriers et menaçants, la première lecture ne nous donne qu’un extrait « soft »¦ A la corruption des hommes de pouvoir et de richesse, Sophonie oppose les humbles et les pauvres qui n’ont pas d’autre refuge que le nom du Seigneur. Seul ce reste d’Israà«l échappera à  son « ardente colère ». Le Royaume des Cieux appartient « aux pauvres en esprit », à  celles et ceux qui ont le mensonge en horreur, parce qu’avant tout ils entendent suivre simplement et humblement les ordonnances du Dieu Unique.

Les « béatitudes » lues ce dimanche coïncideraient avec l’ extrait de ce dimanche¦mais un peu moins avec les oracles lus dans leur entier ? S’opposer à  la société de son temps, prêter à  Dieu des intentions destructrices, rejeter toute compromission et refermer ses relations sur un petit reste de fidèles, se proclamer du côté des humbles et des exclus, toutes ces attitudes semblent cautionnées par les oracles du prophète : fuite du monde et repli identitaire des croyants, tels seraient les messages de l’ensemble de son livre.

Cette approche est démentie par plusieurs indices : Sophonie affirme les droits de Dieu dans la société de son temps : son identité et sa lignée sont déclinées et connues de tous, en tête de ses oracles ravageurs. L’accès au trône du nouveau roi à  l’âge de huit ans, favorise une régence de profiteurs, mais une nouvelle génération s’épanouit dès la majorité du Roi Josias. La réforme religieuse qui en découlera fut forcément préparée par la génération dont Sophonie est l’un des représentants. Grâce à  cette militance, devenu adulte, le Roi met en oeuvre un programme de renouveau religieux attendu des forces vives. Oser Dieu quand on est jeune, assumer Sa présence au temps et à  l’espace tout au long de notre vie concrète, faire partie des « humbles de la terre », les béatitudes ne se sont pas béates !¦

Jean DOUSSAL

Qui peut se prévaloir de l’authenticité de Jésus ?

Baptême du Seigneur A Lecture du livre d’Isaïe (42, 1-4. 6-7)

Homme intransigeant et sectaire, bruyant prédicateur, combattant de Dieu, gourou¦ le Serviteur de Dieu ? Le contraire pour celui dont le Seigneur a pris la main. Celui-ci raccroche à  la vie celles et ceux qui désespèrent. En rapport à  la force et à  la violence, il affirme tranquillement les droits des exclus et prisonniers, il les sort de leur enfermement pour les conduire à  la lumière. Douceur et présence silencieuse pour celui qui se pare de religion.

Il est tenace, il est fidèle jusqu’à  ce qu’il ait établi le droit dont il assume la promotion jusqu’au bout. Le procédé est habile : le Serviteur est décrit par ses oeuvres, avant que ne soit dévoilé Celui qui l’a appelé, pris par la main, mis en réserve. La lecture proposée pour ce dimanche sans doute par souci de concision ne donne pas le verset 5 : « Ainsi parle Dieu, le Seigneur, qui a créé les cieux et les a déployés, qui a affermi la terre et ce qu’elle produit, qui a donné le souffle au peuple qui l’habite, et l’esprit à  ceux qui la parcourent. » Toute la justification d’une « mission » chrétienne est dans l’injonction répétée du prophète : c’est moi le Seigneur qui t’ai destiné à  faire l’unité de la communauté ecclésiale, c’est moi qui te fais lumière de propos justes et pertinents.

Humilité, douceur, sens de la justice, ténacité de toutes celles et de tous ceux qui participent à  la mission du « Fils bien aimé » qui a toute la faveur de Dieu.

Jean Doussal

La lumière de Dieu est devant nous

à‰piphanie du Seigneur ABC Lecture du livre d’Isaïe (60, 1-6)

Noà«l, pour nous, est volontiers un spectacle, nous assistons mi-attendris et mi-goguenards à  la venue des bergers puis des Rois Mages – ces histoires de l’enfance sont « à  peine » surmontées par la prise en compte du symbolisme des Evangiles¦

Le texte du « troisième » Isaïe proposé à  notre méditation ce dimanche, invite à  une vigoureuse mobilisation de la communauté croyante. Le prophète ne s’adresse pas à  un public lointain, ni symbolique : Jérusalem est redevenu après l’exil, sa communauté, sa paroisse. Par les deux premiers versets les paroissiens réguliers et/ou occasionnels, les anciens et les revenus, sont secoués pour une prise de conscience dynamique et lumineuse : la Gloire du Seigneur se lève sur eux, cette Gloire se lève aussi sur tous les peuples. Nous nous sommes beaucoup investis dans la préparation et dans la fête de Noà«l: la dynamique paroissiale des équipes et conseils, les animateurs, les lecteurs, les « servants et servantes de l’autel », la chorale ont été reconnus et appréciés par la communauté d’habitants. Et puis ce dimanche, il n’y a plus que les paroissiens habituels¦

Que faire pour que tout cela change ? Pour que nos contemporains viennent à  la communauté croyante, celle-ci doit devenir lumineuse dans et par la reconnaissance de son Dieu. Alors le miracle se produit 1, 2, 3 « étrangers » entrent dans l’église paroissiale. Nous pouvons à  notre tour, devenir spectateurs et admirer : en couple nos enfants viennent à  l’Eglise !¦ (diable !¦) Et notre Eglise devient rutilante : l’or et l’encens des générations passées, des étrangers et anonymes expriment avec nous les louanges au Seigneur. Mets-toi debout, deviens lumière. Prends conscience que l’éclairage te vient de la Gloire du Seigneur. Oublier les ténèbres de nos soucis et de notre quotidien, se tenir en présence de Dieu et constater alors, qu’autour de nous, naturellement sans raisons apparentes, tous se mettent en marche avec leurs richesses pour la recherche de Celui « qui sera pasteur de mon peuple Israà«l»

Par les « tenants » de Dieu, pour un monde de paix et de justice

2ème dimanche de l’Avent A Lecture du livre d’Isaïe (11, 1-10)
Notre prière christocentrique choque nos frères juifs et musulmans. A qui pense Isaïe lorsqu’il nous parle du descendant de David et appelle de ses voeux l’homme sur lequel l’Esprit du Seigneur sera sans cesse ;
celui qui, avant de penser par les autres hommes, pense à  partir de sa crainte du Seigneur ?

Sans doute à  un nouveau Roi, et par ce biais, son message vise d’abord les leaders et responsables. Dans son souci d’atténuer la connotation que notre langue donne au mot « crainte », la Bible en français courant préfère « l’honneur » porté à  Dieu, l’occasion pour nous de revoir un vocabulaire infernal. L’homme réclamé par le prophète peut être le porte-parole des défavorisés ; ses sentences font mourir les méchants, mais cette mort reste symbolique. Car par lui nous entrons dans un monde o๠les carnivores deviennent herbivores. Sous son impulsion, les « tenants » de Dieu ne professent pas un monde de guerre mais de paix. Que des hommes s’investissent dans la crainte de leur Dieu¦

Qu’ils proclament haut et fort les droits de notre Dieu. Aucun acte terroriste ne saurait être justifié par la cause défendue : l’innocent doit pouvoir marcher sur des terrains déminés, l’enfant peut jouer avec la grenade, sans que celle-ci explose. Au demeurant nous avons besoin de ces messagers, de ces signaux dressés pour les peuples du monde. Les nations doivent pouvoir entendre les voix de ceux qui souffrent et se sentent opprimés. Et ces messages ne sont pas la propriété des hommes de religion. Simplement au niveau de ceux-ci, d’o๠ils sont établis, doit rayonner la glorieuse présence du Dieu qu’ils « honorent ». Le verset 11 n’est pas compris dans la lecture de ce dimanche ; il étend l’opération de rachat. Car le Seigneur qui sauve, agira encore et toujours pour racheter les restes de son peuple d’o๠qu’ils viennent, des Amériques, des terres Africaines, des peuples d’Asie, des nations européennes, des îles océanes !¦

Jean Doussal

« Venez, famille de Jacob, marchons à  la lumière du Seigneur »

1er dimanche de l’Avent A – Lecture du livre d’Isaïe (2, 1-5)
Distraits et indifférents, nous pensons aux autres à  ceux qui sont loin¦ Et si le message était pour nous, actuel ! Isaïe entrevoit un futur étranger au présent. Au temps de l’auteur, le Royaume du Nord est menacé de disparition, tandis que le Royaume de Juda a pour souci de se ménager la protection de l’empire assyrien.

Or voici que l’avenir est substitué au présent en pensées et en paroles : il est vu, porteur d’une espérance universaliste. Au premier plan, le prophète érige la Montagne du Seigneur. Elle dépasse toutes les autres sans les écraser : des peuples toujours plus nombreux aspirent à  monter vers elle. L’envie est devenue universaliste, (mondialiste !), de se mettre à  l’écoute du Dieu de Jacob : de Sion vient la Loi, de Jérusalem la Parole de Yahvé. Et le résultat est époustouflant : cessent les clameurs de guerre, les armes deviennent instrument de développement ; nos voisinages jusque-là  indifférents, débarquent dans nos églises, dans la grande Assemblée du Peuple de Dieu. Telle est la vision futuriste, mais nous sommes ramenés fermement au présent : interrompu le rêve de cette humanité qui sera, mais qui n’est pas encore en marche vers le Seigneur ; fini de rêver à  un monde qui n’est pas encore de paix et de concorde. Le dernier verset est rupture de temps, de sujet ; il est commandement et l’ordre se décline à  la deuxième puis à  la
première personne du pluriel. « Venez, en route » Vous les chrétiens. De personnel l’ordre se fait communautaire : « marchons » nous qui avons déjà  la Foi, nous qui sommes déjà  du peuple croyant : baptisés, pratiquants. « Venez, marchons à  la lumière du Seigneur ». Le message n’est pas d’abord pour les autres, il est pour nous. Une lumière intense est déjà  présente. Laissons-nous éclairer par le Seigneur : prière et recueillement, dans la Maison du Dieu de Jacob, dans l’église de nos parents, amis, voisins.

Jean Doussal

Le paroissien d’occasion, et le membre « d’équipe pastorale »

28ème dimanche ordinaire C – Lecture du second livre des Rois (5, 14-17) :
Le PDG envoie son Directeur Général, Naamân, avec une lettre de recommandation auprès d’Elisée, homme de Dieu, pour que celui-ci le guérisse de sa lèpre. Naamân fait garer sa grosse voiture avec chauffeur et se présente en tenue d’apparat à  la porte du presbytère, son escorte tient à  sa disposition la pléthore de cadeaux dont il s’est muni pour rémunérer le service qu’il va réclamer, haut et fort. Il attend du « Père Elisée » de beaux gestes, de belles paroles, une belle cérémonie.

Elisée ne daigne pas se déranger et lui fait dire qu’il aille se baigner sept fois dans la piscine municipale et « ta chair redeviendra nette ». Naamân est furieux. Son encadrement le raisonne : « Si l’homme de Dieu vous avait proposé quelque chose d’autrement difficile, est-ce que vous n’auriez pas obtempéré ? » Naamân admet qu’il peut toujours essayer, il est guéri et revient transformé auprès d’Elisée.

Il lui propose des dons fabuleux. Elisée refuse, alors Naamân demande à  prendre de la terre du presbytère pour la rapporter chez lui et honorer désormais le Dieu d’Elisée. Il demande simplement une petite dérogation pour les jours o๠il devra accompagner son PDG et satisfaire au protocole qui l’amène à  s’incliner devant les faux dieux. Elisée le rassure : « Va en paix. » Sur le chemin du retour, il constate qu’il est suivi par Géhazi, membre de « l’équipe pastorale » du prophète, il revient lui-même à  la rencontre de celui-là  et lui donne tout ce qu’il lui réclame, sans la moindre suspicion.

Géhazi, premier adjoint de l’homme de Dieu, avait suivi toute la scène depuis le commencement. Lorsqu’Elisée avait refusé tout présent, il s’était insurgé en bon intendant des finances paroissiales, et de ses finances personnelles tout court :
« Par la vie du Seigneur, je vais courir après lui, pour en tirer quelque chose ! » Et c’est ainsi qu’il était allé extorquer sa quote-part d’offrande auprès de Naamân par le biais d’un mensonge. Puis il était revenu à  son poste
« pastoral » comme si de rien n’était. Elisée lui demanda :  » D’o๠viens-tu, Géhazi ?  » Il répondit :  » Ton serviteur n’est allé nulle part. » Elisée le laisse acheter tout ce qu’il désire avec l’argent extorqué, mais désormais c’est lui qui portera la lèpre de Naamân. La légende nous paraissait lointaine, sans lien défini avec nos vécus d’aujourd’hui¦ Elle est à  présent aux portes de nos églises et maisons paroissiales.

Jean Doussal

Je vais rester debout sur mon rempart

Ce prophète quasiment ignoré de nos assemblées dominicales, parle au Seigneur comme nous aimerions avoir l’audace de le faire. « Combien de temps, Seigneur, vais-je t’appeler au secours, et tu n’entends pas, crier contre la violence, et tu ne délivres pas ! ».

Nos contemporains ont pris leur parti des religions : ils ne combattent plus les croyants, ils interpellent le vraisemblable de leurs croyances : comment votre Dieu Amour, peut-il permettre le mal, la souffrance, les massacres, les cataclysmes. Nous ne savons pas que répondre, nous n’osons pas en attribuer à  notre Dieu, la responsabilité¦ Alors nous nous perdons en explications impliquant les péchés des autres : par les politiques Nord / Sud, par les responsabilités des hommes dans le dérèglement des climats etc. Habacuc, lui, interpelle directement le Seigneur : « De ton action dans le Monde¦ je ne vois vraiment rien de bien, ni de positif, au contraire tu me fais voir l’iniquité, l’oppression, la rapine, la violence, la dispute, la discorde. » (résumé de 1, 3-4). A quoi le Seigneur répond qu’il accomplit la punition de son peuple par l’invasion des Chaldéens (1, 5-11).

Le prophète n’apprécie pas du tout cette première réponse, car comment le Dieu Saint, garant du Droit, « aux yeux trop purs pour voir le mal », comment donc Seigneur : « Gardes-tu le silence quand l’impie engloutit un plus juste que
lui ? » Comment peux-tu laisser les justes, les saints traités comme des poissons que l’on ramasse, entasse, sacrifie, fume ? Fort de ces interrogations, Habacuc « debout sur son rempart » (2,1) est bien décidé à  vider l’abcès, à  obtenir des réponses solides sans ambiguïté sur tous ses questionnements : « Je guetterai pour voir ce qu’il me dira, ce qu’il va répondre à  ma doléance. » (2,1) A présent le prophète, sur le ton des lamentations, psalmodie : « Seigneur, j’ai appris ton renom, redouté ton oeuvre¦ En notre temps fais-la revivre, en notre temps fais-la connaître, dans la colère souviens-toi d’avoir pitié¦ » Les paroles du Magnificat viennent peu à  peu au terme des lamentations « j’exulterai en Dieu mon Sauveur ! » (3, 18). Serait-ce là , la religion : prier, se fier aux Paroles divines, attendre que les choses s’améliorent, être des serviteurs serviles (?)¦ chanter et célébrer
« Dieu, Tout puissant » ? Nous n’avons rien appris du prophète Habacuc : « Je vais me tenir à  mon poste de garde, je vais rester debout sur mon rempart ; je guetterai pour voir ce qu’il me dira, ce qu’il va répondre à  ma doléance. » (2,1). A mes nouvelles objections, à  mes nouvelles interrogations¦ Etre de ceux qui osent tenir tête ?

Les « exigences » de « bonnes » gestions

Afin de découvrir toute l’actualité du texte, éliminons toute idée de comportement fautif par les balances ou les comptes qui seraient frauduleusement faussés. Les faits pourtant sont aussi de notre monde. Il y a des Grands ( Enron, Parmalat, Vivendi et autres Madoff¦) et sans doute aussi des entreprises moyennes et petites.

Mais considérons que la fraude est exceptionnelle et que nos Lois les réprimandent plus sévèrement que dans les temps anciens. Les « partenaires sociaux » accompagnent bon gré, mal gré, les impératifs de la « mondialisation », et les difficultés du Temps, avec le souci de préserver les acquis sociaux¦ non sans laisser parfois aux générations futures¦ les exigences de paiement ou de partage qu’il faudra bien assumer. En marge et en rupture du « système », des associations revendiquent pour les exclus de nos protections sociales, mais nous avons tendance à  penser qu’il y a des (beaucoup ?) « tire-au-flanc » parmi les chômeurs et rmistes¦ au fond peu de vrais « pauvres »¦ du moins chez nous ! Au niveau des « ménages », n’y aurait-il rien à  redire et méditer ? Nous recherchons les produits les moins chers, nous exerçons une pression constante de « consommateurs » sourcilleux¦ Nous épargnons plus que le nécessaire et plus que la « sécurité » des vieux jours. Nous vivons dans l’optique du « toujours plus »¦ Nous tous ? Ben oui : les pauvres sont-ils dans nos paroisses ? Et même parmi nous, il en est qui réclament l’ouverture des magasins le dimanche.

Tous coupables ? sans doute que oui, peu ou prou¦ Mais comment faire dans nos responsabilités d’entreprises, de syndicats, de consommateurs ? Prendre conscience est déjà  une exigence de notre Foi¦ Les solutions restent problématiques¦ et nous n’avons pas envie de nous faire pauvres. Nous sommes du reste bien obligés d’assumer nos obligations professionnelles¦ syndicales. La gestion de notre ménage reste aussi un impératif « catégorique »… quand nous ne sommes pas seuls, mais que nous avons à  tenir compte de la liberté et de l’épanouissement de celles et ceux qui nous sont chers. Commencer à  voir les choses autrement, multiplier les petits gestes, changer notre regard¦ Ne plus le polariser sur les impératifs de gestion en externe mais aussi en interne¦ L’Evangile va multiplier les propos paradoxaux¦ « Eh bien moi, je vous dis : faites-vous des amis avec l’Argent trompeur, afin que, le jour o๠il ne sera plus là , ces amis vous accueillent dans les demeures éternelle.s » Le prophète Amos termine son propos : « Le Seigneur le jure par la Fierté d’Israà«l : Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits. »