“Religieuses abusées, l’autre scandale de l’Eglise”

Christian Terras, directeur du magazine chrétien “Golias”, témoigne dans “Religieuses abusées, l’autre scandale de l’Eglise”, le documentaire choc diffusé ce mardi 5 mars à 20h50 sur Arte. Il dénonce depuis des décennies les dérives du clergé. Interview coup de poing.

Dans les affaires des religieuses abusées et de pédophilie, la priorité pour l’Eglise est de maintenir l’omerta

Depuis trente-cinq ans aux manettes de Golias 1, magazine chrétien contestataire, Christian Terras continue d’être la bête noire de l’Église catholique. Insulté, menacé, il n’a jamais abdiqué, portant sur la place publique, dossier après dossier, les dérives de l’institution. Non pour la détruire, comme le clament ses détracteurs, mais pour réformer un système nécrosé de l’intérieur. Grand témoin du film Religieuses abusées, l’autre scandale de l’Église 2, diffusé ce soir (5 mars 2019 à 20h50) sur Arte, il revient pour nous sur les révélations de ce film explosif, les nécessaires remises en cause qu’il suscite. [La suite de ce long interview se trouve sur [le site de TÉLÉRAMA]]

Quel a été votre rôle dans le film ?
Il s’est limité à de ponctuelles interventions.

Les réalisateurs sont venus passer une journée à la rédaction.

Au fur et à mesure de leur enquête, je leur ai indiqué quelques pistes, notamment par rapport à Mgr Barbarin. Eric Quintin souhaitait retrouver l’extrait vidéo de 2006 où il fait l’éloge de Marie-Dominique Philippe lors de ses obsèques. Celui-là même qui avait fondé en 1975 la Communauté Saint-Jean , dont certains membres ont été jugés pour abus sexuels. Avant que le Vatican reconnaisse finalement, en 2016, dans un courrier confidentiel, « l’indulgence suspecte » des frères de Saint-Jean pour la pédophilie, les abus généralisés sur les femmes de la communauté.

Depuis plus de trente ans, vous œuvrez avec Golias pour mettre au jour les dossiers enfouis par l’Église, ses dysfonctionnements. Avez-vous perçu, au fil du temps, une évolution de sa posture, sa volonté de sortir de l’opacité ?

Il y a deux gros dossiers : les affaires de pédophilie, celles des religieuses abusées. A partir de 2010, l’institution prend conscience de la gravité du phénomène planétaire concernant les premières. Benoît XVI sort de la posture sur laquelle campait Jean-Paul II : à savoir que les affaires de pédophilie n’étaient que des complots contre l’Eglise. …

La suite de ce long interview se trouve sur le site de TÉLÉRAMA

Au nom du libre évangile : Rendez-nous l’église !

Nous poursuivons notre réflexion sur le cléricalisme et l’élitisme tels que dénoncés par François dans sa Lettre au peuple de Dieu et alors que s’est conclu le Sommet sur les abus à Rome. Depuis août dernier, nous donnons largement la parole aux théologiens, journalistes et clercs désireux de participer à cette réflexion (Jacques Musset, Paul Fleuret, Mgr Dagens, René Poujol…) car nous sommes convaincus que c’est ensemble, à notre modeste échelle, que nous pourrons trouver une autre façon de faire Eglise, plus proche de l’Evangile mais surtout plus proche de l’humanité.

L’entretien que nous avons eu avec Marie-Christine Bernard, théologienne spécialisée en anthropologie, est réjouissant sur bien des plans. Nous l’avions sollicitée il y a quelques mois et cherchions ensemble le meilleur moment pour évoquer ces turbulences que connaît l’Eglise. La parution de son article : « La grosse fatigue des cathos de base » dans Réforme1 en janvier dernier nous est apparu approprié pour aller plus loin, creuser les idées lancées dans cet article, innover. Marie-Christine Bernard note ainsi très justement la « rupture de confiance » entre les clercs et les laïcs, accentuée par la crise des abus qui a mis en lumière l’abus de pouvoir, la compréhension corrompue de ce pouvoir qui fait des prêtres des « ministres sacrés », pour parler comme le Code de Droit canonique (nous y reviendrons), et des fidèles des « sujets » (trois occurrences dans ce même code) ; sujets qui n’exercent aucun contre-pouvoir, cela n’existe pas dans l’Eglise. Cette « rupture de confiance » est aussi due au fait que l’Eglise n’est plus capable de produire des prêtres issus du peuple et donc de tous les milieux : tous, la plupart, sortent du même moule, avec les mêmes craintes, les mêmes lubies. Ensoutanés, colromanisés, encensés, les voilà armés pour la reconquête tout en charriant un mal-être qui laisse songeur (incapables de vivre seul, pris en charge sur tous les plans par des communautés archi-cléricales…). Sans compter le célibat imposé – qui n’aide pourtant pas à la bonne compréhension du pouvoir, qui apparaît comme un terreau, un facteur de déviances dans certains cas –, le meilleur allié du cléricalisme, dont ils sont en général des thuriféraires… Bien sûr, il ne s’agit pas de noircir le tableau, Marie-Christine Bernard elle-même note que les exceptions existent. Mais on ne pourra pas faire l’économie de cette réflexion : et si le mal-être de ces prêtres souvent identitaires était dû au système qu’ils défendent pourtant mordicus ?

Car nous avons déjà, avec les outils dont nous disposons, des moyens de faire autrement. Le Code de Droit canonique explique en effet que pour qu’il y ait une paroisse, il faut qu’il y ait un curé. Pivot de ce lieu, il assume tout, exerce tous les pouvoirs : gouvernement, enseignement et sanctification, ce que note Marie-Christine Bernard. Or, certains laïcs2 (hommes et femmes) missionnés par l’évêque peuvent déjà exercer certaines charges, notamment quand il y a pénurie de prêtres (c. 517 § 2). Ainsi, un laïc peut-il validement baptiser (c. 861 § 2), prêcher (c. 766), catéchiser (c. 776), donner la communion (c. 910-911), assister aux mariages (c. 1112 § 2), présider les prières liturgiques et célébrer les funérailles (c. 230 § 33). Rien ne nous empêche déjà, en pratique, d’appliquer ces canons et il ne tient qu’aux évêques de les utiliser. Cela permettrait dans un premier temps de décléricaliser nos communautés et de les responsabiliser par la même occasion. Cela permettrait également de décléricaliser les esprits de celles et ceux en demande de sacrements (par exemple), de changer les mentalités car chez beaucoup, encore aujourd’hui, des funérailles célébrées par des laïcs, des mariages célébrés par des diacres, passent encore pour des cérémonies au rabais. C’est pourquoi Marie-Christine Bernard note que « le cléricalisme a besoin de laïcs cléricalisés pour perdurer », et c’est bien vrai : il ne s’agit pas de prendre le pouvoir mais d’exercer un pouvoir au nom de notre baptême, d’exercer ses droits et devoirs élémentaires de chrétiens. Elle en profite également pour faire un sort aux séminaires et à ces « appels » qui permettent de mouiller Dieu à bons frais parfois. Ce à quoi nous ne pouvons que souscrire : quand on voit ce qui est imaginé, par exemple, dans le Vaucluse, avec ce séminaire du Chemin néo-catéchuménal (cf. Golias Hebdo n° 547) ou ce qui sera mis en place dans les séminaires de Rennes, Nantes, Orléans et de la Communauté Saint-Martin (cf. Golias Hebdo n° 549), on pressent que nos lendemains devraient être difficiles. Les sujets sont complexes, nombreux, et nous ne pouvons que remercier chaleureusement Marie-Christine Bernard de les avoir pris de front, d’avoir avancé au large avec nous en mettant des mots libérateurs sur quantité de nos intuitions et espérances.

1. https://www.reforme.net/idees/vie-en-questions/eglise-catholique-la-grosse-fatigue-des-cathos-de-base/ (article payant)
2. Formés et compétents, ils sont rémunérés justement (c. 231).
3. Selon ce canon, un non-prêtre peut « exercer le ministère de la parole, présider les prières liturgiques, conférer le baptême et distribuer la sainte communion », in CIC latin-français, Paris, Centurion-Cerf-Tardy, 1984, p. 37.

La promesse de la tolérance zéro

Convoqué en septembre dernier, le « sommet » de Rome, qui se réunit du 21 au 24 février, ne se présente pas dans la plus parfaite clarté. On avait remarqué que lorsqu’il avait été annoncé, il était si urgent et si important que la Conférence des évêques des Etats-Unis avait reçu l’ordre de surseoir à toute prise de décision sur le traitement de la pédophilie, avant de connaître les conclusions de cette réunion.

Après les scandales qui se sont succédé au cours de l’année écoulée : Chili, Pennsylvanie, Australie, Irlande, et bien d’autres, les opinions publiques se sont impatientées dans les pays les plus ouvertement touchés, et notamment aux Etats-Unis. Le pape François avait d’abord fait appel aux laïcs dans sa « Lettre au Peuple de Dieu », où il condamnait le cléricalisme. Elle fut accueillie comme un message fort, mais il faut bien dire qu’un tel appel ne pouvait pas provoquer un mouvement spontané et puissant, dont on peut d’ailleurs douter que la hiérarchie le souhaite vraiment. En fait, personne n’a bougé (à l’exception remarquable des laïcs du Chili1), et rien ne s’est passé.
En septembre, le pape François a pris une initiative : il a convoqué à Rome tous les présidents des conférences épiscopales ainsi que les préfets des congrégations du Vatican. C’est un événement sans précédent qui se différencie d’un synode, tant par sa composition que par ses modalités. En effet, cette rencontre a été préparée en deux mois et elle est prévue pour durer trois jours et demi. Pourtant le sujet est brûlant et terriblement complexe. Ce qui a filtré de la préparation laisse l’impression d’une certaine improvisation. François assistera aux réunions, mais on ignore comment il compte s’y impliquer, et l’ombre de quelques cas où il serait plus ou moins concerné ne facilite pas sa tâche.

Pourtant, nous savons que le problème ne pourra être traité en lui-même : il touche aux structures de l’Eglise catholique et à ses pratiques de toujours : cela apparaît dans certaines déclarations autorisées. C’est peut-être cela le plus nouveau et le plus important. Restera à voir ce qu’il en sortira le 24 février. Découvrez l’ensemble de notre dossier dans Golias Hebdo n°564

: http://golias-editions.fr/article5584.html

Weinstein en soutane

Le témoignage que vous allez lire est accablant, effroyable et terrible. Vous allez le lire et vous allez ressentir ce que nous avons ressenti : ce mélange d’horreur glacé devant des pratiques immondes d’ecclésiastiques qui furent en leur temps de bons « notables » du milieu conservateur catholique, mais vous ressentirez aussi du dégoût, de la colère. Un seul cri monte : « Plus jamais cela ! »

Ce témoignage éprouvant est fait à visage découvert par une femme qui a cessé d’avoir peur, et qui a décidé de raconter son histoire, sa fragilité, sa vulnérabilité et la manière dont des prétendus hommes de Dieu ont usé de leur autorité, de leur prestige. Ce témoignage désigne deux hommes, deux prêtres, deux prédateurs se servant de leur pouvoir pour abuser, violer et asservir : Thomas Philippe et Marie-Dominique Philippe. Ces deux frères, sortes de Weinstein en habit dominicain dont l’un avait déjà été condamné en 1956 pour le même type de pratiques, étaient des thomistes de la vieille école, ivres de vertus théologales et de théologie morale rigide. Le paravent parfait pour dissimuler leurs turpitudes. Ils s’agissaient bien de prédateurs, repérant une proie, la plus fragile, l’isolant du reste du troupeau, la culpabilisant, l’encerclant, lui intimant le silence, la dépouillant, comme des vautours, de son libre arbitre, lui interdisant toute autonomie, toute socialisation, invoquant Dieu, Jésus et sa Sainte Mère pour la réduire à rien, à une malheureuse dont ils pouvaient jouir, ne voyant plus en elle un être humain et sa dignité, ne voyant en elle qu’une proie qu’ils avaient à ce point marginalisée qu’ils n’en avaient plus rien à craindre. Qu’ils pouvaient contrôler et déclarer « folle » si jamais elle se rebellait. Le crime était presque parfait. Le prédateur nourrit toujours la hantise d’être découvert, démasqué, capturé et mis hors d’état de nuire. Alors il met en place une stratégie pour assouvir sa faim avant de se rendre le lendemain au repas de l’évêque du coin qui le complimentera et lui dira les bienfaits qu’il a tiré de la lecture de son dernier livre.

Ce témoignage est l’occasion de voir une nouvelle pierre s’effondrer de l’héritage de ces fameuses communautés nouvelles dont on vantait naguère les « fruits de Pentecôte » pour l’Eglise. Golias suit ces communautés depuis de nombreuses années, en dénonce les dérives et fut même traîné devant les tribunaux par les Frères de Saint-Jean, déboutés, car dénonçant leurs turpitudes, ces hordes conservatrices qui cachaient mal le goût du pouvoir de leurs créateurs, avec cette culture de l’asservissement comme règle de vie. Le bilan est une simple catastrophe : attitudes inappropriées de certains Pères des Foyers de Charité ; le couple gourou de Bonneval à la tête du Verbe de Vie où ils s’étaient fait nommer « modérateurs à vie » ; 90 % des adeptes du Pain de Vie qui quittent la communauté en découvrant que les Pingault prônaient la pauvreté tout en captant les dons reçus ; le Père Jacques Marin interdit de confesser alors qu’il avait son rond de table aux Béatitudes, dans les foyers de Charité ou au Verbe de Vie ; Jean-Michel Rousseau, fondateur des « Fondations pour un Monde Nouveau », qui aujourd’hui joue les faux prêtres orthodoxes ; Frère Ephraïm/Gérard Croissant, fondateur de la communauté du Lion de Juda, passant son brevet de pilote d’hélicoptère pour visiter ses maisonnées où il prêtait toute son attention aux jeunes recrues féminines ; l’étrange histoire de l’Office de Cluny que le responsable Olivier Fenoy avait transformé en une secte chargée « d’évangéliser le monde par la beauté » (mission qu’il aurait reçue de Marthe Robin en personne) et dont les premières plaintes en 1981 mirent plus de trente ans pour aboutir à une condamnation ; Thierry de Roucy, fondateur des « Points cœurs » réduit à l’état laïc pour abus de pouvoir et abus sexuels ; les Moniales de Bethléem, emmenées par Sr Marie, complètement dingue… On peut continuer, la litanie semble sans fin, l’Eglise des années 1970 et 1980 n’a pas voulu réguler cette explosion de charismes, elle n’a pas voulu voir, mettre un peu de discernement là-dedans… Mais l’Eglise savait, les évêques savaient ! Les évêques portent une lourde responsabilité dans la bombe qui éclate aujourd’hui ; ils ont nié les faits, ils ont menti, ils ont dissimulé des preuves, ils ont exfiltré les curés « à problème », ils ont refusé comme Pierre Pican, évêque salésien de Bayeux-Lisieux (1988-2010), de recevoir les victimes, ils ont béni, comme René-Lucien Picandet, évêque d’Orléans (1981-1997), les prêches réactionnaires que l’on pouvait entendre du côté des Béatitudes de Nouan-le-Fuzelier, ils n’ont pas voulu assigner au tribunal comme Joseph Boishu, évêque auxiliaire de Reims (2003-2012), ni poursuivre des individus qu’ils savaient toxiques…

Obnubilés par les entrées dans les séminaires, par le nombre des vocations au sacerdoce des mâles, ils ont fermé les yeux, ils ont pratiqué l’omerta, ils ont accepté de cautionner cette imposture totale qu’est Medjugorje parce que cette « fraude » leur rapportait de nouveaux fidèles, de nouveaux soldats… Pierre Pican offrit trois lieux dans son diocèse aux Béatitudes et un autre au Pain de Vie en refusant de regarder ce qui s’y vivait, toute la mouvance wojtylo-lustigerienne avait décidé que ce qui venait du Renouveau était de l’ordre de la Grâce et que le reste n’était qu’un magma progressiste qui ne visait que la destruction de l’Eglise. Ce paradigme-là a accouché de ses propres monstres. L’Eglise catholique aujourd’hui en France est en phase terminale, discréditée, brisée ; si jamais elle use de la formule de Paul VI, « experte en humanité », tout le monde ricane ! Et comme elle ne tire aucune leçon de ses erreurs, elle n’enquête pas sur les pratiques actuelles au sein de l’Emmanuel, du Chemin néo-catéchuménal, de la Communauté Saint-Martin où se mûrissent aujourd’hui les scandales qui éclateront demain. Obsédé par sa gauche, l’épiscopat français actuel, trié en majorité dans le panier à linge du conservatisme ecclésiastique le plus rance, n’a guère surveillé sa droite. Il vient de la prendre en pleine figure. Le mouvement « balance ton porc… de prélat » est en train de s’esquisser, de prendre forme, de devenir une vague furieuse et vengeresse mais les évêques français ne voient rien, ne sentent rien, n’entendent pas, ne comprennent toujours pas. On hésite encore à leur jeter la pierre pourtant… car l’on sait maintenant que c’est leur propre pierre tombale qu’on risque bien de leur jeter.
Pour conclure, une simple pensée pour Michèle-France Pesneau que vous allez lire maintenant, probablement avec stupeur et tremblement. Merci à elle pour son courage, pour sa volonté de mettre la lumière dans les ténèbres, avec une sincérité qui peut guider d’autres victimes, d’autres « abusées » qui se taisent aujourd’hui. Or, plus que jamais, il faut se risquer à l’expression d’une parole, condition sine qua non pour retrouver le goût de sa propre dignité que d’autres ont voulu saccager. Personne ne s’en sort jamais tout seul, nous avons tous besoin des uns et des autres pour avancer, se reconstruire, se remettre en route. L’Eglise de France « institutionnelle » a perdu son honneur ces derniers temps, à nous de retrouver le nôtre et de ne pas leur laisser fouler aux pieds la joie d’une Bonne Nouvelle, démolie par un système clérical qui n’aura jamais vécu que dans le culte de lui-même.
Pour aller plus loin : voir GOLIAS Hebdo N° 562

Traditionalistes : ce que révèle la fin d’« Ecclesia Dei »

La nouvelle circulait en off depuis quelques semaines : François allait dissoudre la Commission pontificale « Ecclesia Dei », créée par Jean Paul II en 1988 à la suite du schisme lefebvriste. Cette commission réunissait celles et ceux des intégristes qui ne souhaitaient pas rompre totalement avec Rome. Elle fut aussi en charge, depuis lors, du dialogue avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX), dialogue qui a toujours capoté. Le pape jésuite a donc procédé à la dissolution de ce service, désormais rattaché totalement à la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF). Mais pour quel avenir ?

Le 19 janvier dernier donc, dix ans après la levée des excommunications en 2009 des quatre évêques ordonnés par Mgr Lefebvre, François enterrait par un motu proprio Ecclesia Dei une bonne fois pour toutes(1). Il estime en effet que les communautés rattachées à cette commission – Fraternité sacerdotale Saint-Pierre (FSSP), Institut du Bon Pasteur (IBP), Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (ICRSP), Abbaye Sainte-Madeleine du Barroux, Abbaye Notre-Dame de Fongombault, entre autres –, que nous qualifions de tradis, sont pleinement intégrées à la vie de l’Eglise et qu’elles ne nécessitent plus un traitement spécifique. Par ailleurs, le dialogue réclamé par la FSSPX – les intégristes – est uniquement axé sur la doctrine et non sur le rite ; de leur côté, les communautés tradis ont accepté, sur le papier, le Concile Vatican II (et continué de célébrer la seule célébration du rite tridentin). Poids total dans l’Eglise des intégristes et des tradis : 500.000 fidèles (moitié-moitié) sur… 1,5 milliard de catholiques ! Si les relations des intégristes avec le pape polonais furent laborieuses, avec le pape allemand, elles furent tout autres.

Comme ex-Grand inquisiteur, Benoît XVI avait mené une partie des négociations avec les lefebvristes. Il s’était vite aperçu que pour avancer et recentrer le débat sur les vraies questions, il fallait désenclaver le rite ; une façon comme une autre d’acculer les intégristes. En outre, Josef Ratzinger a toujours été un nostalgique de l’ancienne messe et considérait que les critiques lefebvristes (les fameux « abus ») étaient peu ou prou fondées… C’est ainsi qu’était né en 2007 le motu proprio Summorum Pontificum, transformant le rite de Pie V (réformé par Jean XXIII qui avait effacé la référence aux « juifs perfides ») en forme extraordinaire du rite romain quand celui de Paul VI devenait la forme ordinaire. Une façon comme une autre de relativiser la liturgie. « Un péché »(2), selon Andrea Grillo, professeur de théologie sacramentelle et philosophe des religions de l’Athénée pontifical Saint-Anselme à Rome, et même « un élément de scandale au sein de la Curie romaine » car Summorum Pontificum ne reconnaissait pas la réforme liturgique portée par la constitution sur la liturgie Sacrosanctum Concilium (1963), d’une part, en perpétuant un fonctionnement clérical sans participation active des fidèles ; d’autre part, « en supposant que la même ‘‘doctrine ecclésiale’’ puisse s’exprimer en formes rituelles dont l’une serait la correction de l’autre, renvers[ant] la relation entre doctrine et liturgie. [Summorum Pontificum] supposait ainsi que l’identité catholique dépendait d’une ‘‘définition abstraite’’, indifférente à la forme rituelle et qui pouvait donc s’exprimer indifféremment dans le nouvel ordo ou l’ancien ordo »(3). Bref, Benoît XVI fit de larges concessions à cette frange minoritaire de catholiques et qui ont comme particularité, tradis comme intégristes, d’être bien souvent antisémites, racistes, homophobes, sexistes… L’une d’entre elles (contenue dans le Préambule doctrinal rédigé par Benoît XVI en personne) : la promesse d’élever la FSSPX au rang de prélature personnelle – comme l’Opus Dei – si elle acceptait le Concile, notamment les points litigieux : l’œcuménisme, le dialogue interreligieux, la collégialité… L’évêque Fellay, ordonné évêque illégitimement par Mgr Lefebvre en 1988, et supérieur de la FSSPX jusqu’en 2018, aurait bien signé cet accord. Il faut le comprendre : il serait à coup sûr devenu prélat de la FSSPX (quasi-inamovible). Las ! La majorité des intégristes persista à voir dans le Concile l’ennemi à abattre et ne voulut pas de l’accord. Pour eux, le décret sur l’œcuménisme Unitatis Redintegratio (1964) et les déclarations sur l’Eglise et les religions non chrétiennes Nostra ætate (1965) et sur la liberté religieuse Dignitatis Humanae (1965), quand bien même ils furent votés à une large majorité des Pères conciliaires (même Mgr Lefebvre), ne sont nullement dogmatiques et iraient même à l’encontre des textes magistériels anciens. L’élection du nouveau supérieur général de la FSSPX, l’Italien Davide Pagliarani, l’an dernier, a rebattu les cartes. Tenant de l’aile dure qui plaidait pour un dialogue direct avec la CDF et le rejet du Préambule doctrinal, il rappela dès son élection que les obstacles n’étaient nullement liturgiques (François – qui a toujours entretenu d’excellentes relations avec les intégristes en Argentine – a permis la validation de leurs confessions et célébrations de mariage), mais doctrinaux, que le combat de la FSSPX ne concerne pas les seuls lefebvristes mais bien toute l’Eglise…

Il semble donc que le pape argentin les ait pris au mot. Depuis le 19 janvier dernier, les discussions sont par conséquent menées par le cardinal-préfet jésuite de la CDF, Mgr Ladaria Ferrer, et par la section du dicastère qui succède ainsi à Ecclesia Dei. Cette section règlera également le statut des prêtres lefebvristes désirant le retour dans le giron romain par le biais d’une communauté tradi. Ajoutons que le responsable d’Ecclesia Dei, l’archi-tradi archevêque-secrétaire Mgr Pozzo, est transféré à un placard doré : surintendant à l’économie de la Chapelle musicale pontificale (bousculée par les scandales financiers et de mauvais traitements sur les enfants chanteurs), depuis le 19 janvier – soit le même jour que la dissolution d’Ecclesia Dei – rattachée au Maître des Cérémonies liturgiques pontificales, Mgr Guido Marini, prélat d’honneur de Sa Sainteté par un second motu proprio(4) ! Un archevêque tradi obéira donc désormais à un monsignore tout aussi tradi… Il faut dire que Mgr Pozzo a largement échoué dans sa tâche. Ardent défenseur d’un accord, il était prêt à tout et s’était quasiment arrangé avec Mgr Fellay, chargé de convaincre les fidèles intégristes. Cependant, pour l’aile dure de la FSSPX, discuter avec un archevêque de Curie était déchoir – surtout dans ce cas, si proche de Mgr Fellay, défait – et l’on avait fait comprendre en haut lieu que l’on ne pourrait sérieusement discuter qu’avec un cardinal, ici préfet de la Doctrine de la foi. Y a-t-il de quoi sortir le champagne, finalement, du côté d’Ecône ? Pas certain.
De fait, par définition, puisque les discussions vont porter sur la doctrine, le combat sera plus âpre, plus long aussi. Et comme Rome a l’éternité devant elle…

Cela ne peut faire que ses affaires car les trois évêques lefebvristes(5) vont vieillir et la FSSPX disparaîtra si elle n’a plus d’évêques à sa tête, capables d’ordonner des prêtres(6). Par ailleurs, la FSSPX risque rapidement de se retrouver dans une impasse : on imagine mal, en effet, François revenir sur le Concile, lui qui se dit inspiré par Paul VI ! La FSSPX et ses arguments – contre la collégialité, le dialogue interreligieux et les relations entre les chrétiens – risquent fort de tourner en rond. En clamant et réclamant une négociation doctrinale, la FSSPX se cornerise, apparaissant toujours davantage comme minoritaire, portant un combat révolu et dépassé. Les responsables ont beau jeu de fanfaronner (« nous discuterons désormais d’égal à égal avec la CDF »), ils pèchent par orgueil et sont tombés dans le piège qu’ils réclamaient eux-mêmes. Leur spécificité n’étant plus liturgique mais doctrinale et comme il est impensable de ramener 1,45 milliard de catholiques à l’Eglise de Grégoire XVI (1831-1846) ou de Pie IX (1846-1878), c’est la quasi-disparition assurée, les envies d’anciennes messes pouvant être assouvies par des prêtres officiellement en paix avec Rome, les communautés tradis étant à présent diluées dans le catholicisme romain. Ainsi, la FSSPX – qui ne pourra pas discuter ad vitam aeternam avec Rome – se condamne à moyen ou long terme au sédévacantisme (qui croit qu’il n’y a plus de pape légitime sur le siège de Pierre depuis 1958).

Enfin, il faut se demander s’il n’y a pas une contradiction à vouloir absolument faire la paix avec ces gens-là tout en claironnant çà et là qu’il faut lutter contre l’élitisme et le cléricalisme, en sachant que la FSSPX et cette sphère tradi sont les thuriféraires de ce cléricalisme et de cet élitisme tant décriés. Dans cette optique, l’argument sur le nombre de prêtres et de séminaristes lefebvristes et tradis ne tient plus la route. Depuis des années, on nous explique en effet que ces communautés sont « riches en vocations sacerdotales », qu’il faut reprendre leurs méthodes, etc. Or, on imagine mal pour le XXIe siècle des prêtres comme ceux-là et l’on ne voit pas non plus très bien de quelle utilité ils peuvent être pour l’Eglise et nos sociétés, hormis sans doute faire du catholicisme un folklore, plus soucieux de domination que de conversion. Enfermée dans le passé, la FSSPX a un train de retard : l’Eglise a besoin d’une réforme, non d’une contre-réforme. Pour aller plus loin : http://golias-editions.fr/article5581.html

1. http://press.vatican.va/content/salastampa/it/bollettino/pubblico/2019/01/19/0047/00101.html
2. http://www.cittadellaeditrice.com/munera/il-peccato-dellecclesia-dei-si-chiama-summorum-pontificum/
3. Ibid.
4. http://press.vatican.va/content/salastampa/it/bollettino/pubblico/2019/01/19/0048/00102.html
5. Exclu de la FSSPX en 2012, Mgr Williamson a fondé la Société Saint-Pie-X (SSPX) et fut excommunié latae sententiae une seconde fois après avoir ordonné évêque Jean-Michel Faure en 2015.
6. Le sacrement en l’espèce est certes illégitime mais valide.

NON A L’ELITISME CATHOLIQUE !

Le pape François a lancé en août dernier un appel qu’il a adressé à l’ensemble du peuple de Dieu1. Il y exprime sa souffrance, son indignation, sa honte face à l’avalanche des abus sexuels dont des prêtres, à travers le monde, se sont rendus coupables. Mais cet appel va beaucoup plus loin : il dénonce très vigoureusement ce qui lui semble comme à la racine de ces abus, ce qu’il appelle le cléricalisme, parce que cette « manière déviante » de concevoir et d’exercer l’autorité dans l’Eglise aboutit à des abus de pouvoir et de conscience, inséparables de ces abus sexuels. Et il demande à tout le peuple de Dieu de lutter contre le cléricalisme qui engendre une scission dans le corps ecclésial.

La Lettre au Peuple de Dieu rédigée par François en août dernier infuse, petit à petit, dans le Corps, tant chez les clercs que chez les laïcs. Chacun cherche la meilleure façon de répondre à cet appel du pape argentin, lequel – face à ce fléau des abus sexuels – sait qu’il ne peut agir seul et nous met tous à contribution, en nous exhortant à exercer notre responsabilité de baptisés. Et c’est avec une joie profonde que la rédaction a reçu la réflexion de Mgr Claude Dagens, membre de l’Académie française et évêque émérite d’Angoulême (1993-2015). Nous l’en remercions vivement et chaleureusement. La dernière fois qu’il s’était exprimé dans nos colonnes, c’était il y a quatre ans, quelques mois avant de quitter la Charente pour la région parisienne (cf. Golias Magazine n° 159). Faut-il présenter le P. Dagens, normalien, fils spirituel de l’historien Henri-Irénée Marrou, « passionné de Dieu au milieu des hommes », comme nous le notions en 2015 ? Celui qui marqua incontestablement l’épiscopat français de ces dernières décennies, après un temps d’adaptation, a choisi de reprendre la parole, d’éclairer – comme il le fit jadis par trois fois à travers ses rapports sur la place de l’Eglise dans la société française (en 1994, 1995 et 1996) et avec ses Lettres aux catholiques de France (en 1996 et 20051), qui pesèrent dans son élection à l’Académie française – les chrétiens sur ces temps que nous vivons.

Le P. Dagens pointe, avant le cléricalisme souvent dénoncé à juste titre ici et là, l’élitisme qui prévaut dans le catholicisme en général, et particulièrement en France depuis une quarantaine d’années. A l’échelle mondiale, des organisations comme l’Opus Dei et les Légionnaires du Christ par exemple ; à l’échelle de notre pays, entre autres, la Communauté de l’Emmanuel et la Communauté Saint-Martin, les deux faces d’une même pièce, charismatique et traditionaliste, qui colore désormais le christianisme français. S’il ne les cite pas, l’évêque académicien, à la lecture de cette tribune, n’en pense pas moins ; nous sommes dans la ligne de Mgr X. (cf. Les Confessions de Mgr X, éd. Golias), lequel expliquait que ces communautés livraient force légions aux adeptes du cléricalisme, incontestablement lié à l’élitisme. Le cléricalisme ne peut se maintenir sans l’appui d’une prétendue élite composée de purs, de parfaits qui comprennent l’Evangile comme d’autres le Code civil. Le pape argentin parle de « douaniers » qui contrôlent l’accès aux sacrements, excellents connaisseurs du droit canonique qui dit le permis et le défendu, sans humanité aucune quand bien même la charité qui devrait être au cœur du jugement de chaque chrétien. En vérité, le P. Dagens nous invite à nous « préparer à une Eglise qui n’existe pas encore »2, pour le dire comme le théologien pratique canadien Jocelyn Girard (dont nous publions la tribune) composée de « petites cellules [qui] se rencontrent, prient ensemble, se mettent à l’écoute de la Parole et commencent peu à peu à voir les signes de nouvelles pousses dans une Église ‘‘en sortie’’. Avec d’autres petites communautés, ces groupes de baptisés engagés vont contribuer à modifier concrètement le paysage ecclésial, conduisant par le fait même au développement d’une nouvelle forme de leadership, plus humble, plus ajusté à la réalité d’aujourd’hui, reconnaissant que tous et toutes possèdent un sens de la foi qui trouve son inspiration dans l’Esprit Saint et dans l’Évangile. Cette Église a commencé à naître. On ne l’entend pas car elle est occultée par l’autre qui, comme un géant agonisant, est à s’effondrer dans un fracas assourdissant. »

Cette Eglise agonisante, tradismatique, élitiste et cléricale, où quantité d’« activistes », de « catholiques attestataires »3 prospèrent, est en vérité au service des puissants ou des anciens puissants, entre noblesse déchue et nostalgie du patriarcat qui régissaient nos sociétés jusqu’à peu. Chacun peut mesurer le fossé entre le christianisme élitiste prôné par ces communautés charismatiques et traditionalistes et celui que porte la tradition néotestamentaire, quand on sait qu’un chrétien n’est jamais qu’un « étranger domicilié » (Ep 2,19 ; He 11,13-16). Pourtant, en dépit de sa bonne volonté, le pape jésuite n’est pas contre le Renouveau charismatique, loin de là ! Lui qui vient de bénir une fois de plus le Chemin néo-catéchuménal pour les 80 ans du fondateur semble poser des gestes qui ne concordent pas avec les discours qu’il tient4. En tout cas, pour ces sphères ô combien problématiques, rien n’est trop beau. Ainsi, pour le Renouveau, il leur a créé un organisme sur-mesure, Charis (cf. p.5). L’élitisme et donc le cléricalisme ont encore de beaux jours devant eux ; à moins qu’il ne se passe un renversement à la base, renversement qui ne peut venir que des forces périphériques de l’Eglise, voire de celles qui s’en sont éloignées. La balle, plus que jamais, est dans notre camp. C’est bien ce que tente de démontrer le P. Dagens dans cette tribune essentielle. Golias – Pour aller plus loin : http://golias-editions.fr/article5580.html

1. Sous la forme d’un ouvrage : Claude Dagens, La Nouveauté chrétienne dans la société française. Espoirs et combats d’un évêque, Paris, Le Cerf, 2005.
2. https://www.lequotidien.com/le-mag/se-preparer-a-une-eglise-qui-nexiste-pas-encore-ff559e64de4cedb75e0683644ba3b5b3
3. Nous empruntons cette expression à l’excellent article de Marie Balas et Josselin Tricou : « ‘‘Nous, maintenant, on veut poursuivre cette occupation de la rue’’ : Les catholiques attestataires entre contre-culture, mission et défense patrimoniale », Paris, EHESS, 2019.
4. https://www.vaticannews.va/fr/eglise/news/2019-01/les-v-ux-du-pape-au-fondateur-du-chemin-neo-catechumenal.html  

Barbarin en procès

La presse est unanime : ce procès devant la justice correctionnelle de Lyon fut « exemplaire », notamment grâce à la présidente Brigitte Vernay, « dure avec les forts et d’une profonde délicatesse avec les fragiles »4. Quatre jours durant (du 7 au 10 janvier), neuf victimes du P. Preynat purent exposer leurs griefs à l’endroit de six accusés : un cardinal, deux évêques, un prêtre et deux laïcs. Ils n’eurent pas beaucoup de difficultés à démontrer la conspiration du silence, certains accusés préférant se taire ou botter en touche en dépit des enjeux… que le cardinal Barbarin n’a visiblement pas vraiment compris.

« Barbarin traîne ! Barbarin attend un an avant de faire quelque chose et, bon, ça déclenche tout parce que cette attente, ça dit : ‘‘L’Eglise n’en a rien à faire !’’ ou ‘‘l’Eglise ne prend pas les choses au sérieux !’’ En fait, c’est ça qui s’est passé. Ce n’est pas que Barbarin a couvert les choses. Alors, on peut dire qu’il a couvert dans le sens où il savait des choses sur Preynat et qu’il aurait dû prendre des mesures plus tôt (…). Ce qui nous encombre un peu l’horizon, d’ailleurs, parce que si Lyon avait mieux géré, on n’aurait pas eu d’affaire Preynat. »(1) Ces propos forts furent tenus aux journalistes de France 3 Auvergne – Rhône-Alpes par l’évêque eudiste du Puy, Mgr Crepy, par ailleurs président de la Cellule permanente de lutte contre la pédophilie au sein de la Conférence des évêques de France (CEF). C’était quelques jours avant la citation directe devant la 17e chambre correctionnelle de Lyon pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs du cardinal Barbarin(2) et pour omission de porter secours (cette seconde citation concerne également Régine Maire). Un procès hors-norme, celui de l’omerta, qui demeurera dans les annales judiciaires, bouleversant à plus d’un titre, tournant dans la crise des abus commis par des clercs. Procès des fidèles aussi : l’attitude de Pierre Durieux lors du procès, refusant de répondre aux questions, est complètement symptomatique de la posture de vassal conditionné que possèdent certains laïcs. N’oublions pas que les parents de deux victimes avaient manifesté leur soutien au P. Preynat malgré les aveux de leurs propres fils !

Au-delà des personnes jugées, c’était le fonctionnement de l’Eglise qui était assis au banc des accusés, c’étaient les façons de faire de la Curie romaine qui étaient pointées du doigt. Grand absent pourtant convoqué : le cardinal-préfet jésuite de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF), Mgr Ladaria Ferrer, lequel – lorsqu’il était le secrétaire de cette même congrégation – avait conseillé à l’archevêque de Lyon de prendre « les mesures disciplinaires adéquates tout en évitant le scandale public » à l’endroit du P. Preynat. Le chien de garde de la doctrine bénéficia de l’immunité diplomatique d’autant que l’on s’empressa d’expliquer dans le même temps que le Code de droit canonique entend par scandale public « fournir à une autre personne l’occasion de pécher »(3) et non pas taire des faits répréhensibles à la justice… Tout est médiéval dans cette Eglise : le rapport à la hiérarchie, le droit, la diplomatie… Plus que jamais, cela permit de prendre totalement conscience que la déification de la personne du prêtre (reconnue par le Code de droit canonique qui recourt à un langage évocateur) est une perversion du service de l’Eglise. Ce procès, en outre, nous en apprit davantage sur les rapports évêques/Rome en matière d’abus, le primat des Gaules expliquant qu’il avait fait ce que Rome lui avait dit de faire et que, « mon autorité à moi, quand je ne sais plus quoi faire, c’est Rome. » Irresponsable et non-coupable.

Justice sera rendue le 7 mars prochain, après le sommet romain sur la crise des abus et la sortie sur les écrans de Grâce à Dieu réalisé par François Ozon sur l’affaire Preynat et la naissance de La Parole Libérée. Quelle que soit la décision prononcée, on ne pourra plus désormais traiter de ces faits avec légèreté dans l’Eglise ; mieux : ce procès donne des arguments à celles et ceux qui dans l’Eglise souhaitent des réformes. La crise des abus touche de fait tous les domaines : dogmatique, disciplinaire, canonique… Et donc le train de réformes est immense : on a tellement attendu, contre-réformé l’Eglise en introduisant des concepts cléricaux qui ont abouti à cette crise que la tâche semble insurmontable. Elle l’est, en effet, pour le clergé qui ne se voit pas abandonner sa place dans l’Eglise et ses pouvoirs ; elle l’est pour la Curie dont la responsabilité dans cette crise ne peut plus être minimisée. La centralité romaine ne peut plus être de mise et c’est bien cette vision viciée du Peuple de Dieu qui fait que nous en sommes aujourd’hui là. L’heure de vérité approche pour l’Eglise, laquelle ne pourra l’affronter qu’en innovant radicalement. Il en va de sa crédibilité. (Photo © Rolland Quadrini / KR Images Presse) Pour aller plus loin : http://golias-editions.fr/article5578.html

Notes : 1.https://www.youtube.com/watch?v=CauXsIBvBn4 (à partir de 2’05)
2. A ses côtés, comparaissaient Mgr Gardès, archevêque d’Auch et ex-archidiacre du Roannais (1994-2004) ; Mgr Brac de la Perrière, évêque de Nevers et ex-vicaire général du diocèse de Lyon ; le P. Grillon, vicaire épiscopal dans l’Ouest lyonnais ; Régine Maire, déléguée à l’écoute des victimes du diocèse de Lyon ; Pierre Durieux, ex-directeur de la communication du diocèse de Lyon.
3. https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Pape/Affaire-Barbarin-Vatican-rappelle-limmunite-cardinal-Ladaria-2018-10-18-1200976950 (article payant)

Vaticom : la reprise en main du pape Francois

C’est donc sur de nouvelles bases que François veut démarrer 2019 : les démissions du porte-parole de la Salle du Saint-Siège et de son adjointe, Greg Burke et Paloma García Ovejero, le 31 décembre dernier, ont pris de court le microcosme romain qui ne s’attendait pas à pareille décision. Car le pape jésuite n’a pas cherché à les retenir ; mieux, personne n’a cru bon de prévenir le préfet du Dicastère pour la communication, Paolo Ruffini, mis devant le fait accompli quelques heures avant l’annonce officielle. Plus que jamais l’évêque de Rome, grand communicant devant l’Eternel, veut reprendre en main son image, surtout que 2019 s’annonce peu ou prou aussi explosif que 2018…

En vérité la communication du Vatican a vécu maints soubresauts l’an dernier. En mars, Mgr Dario Edoardo Viganó, préfet du Dicastère de la communication, démissionnait après avoir caviardé une lettre du pape émérite (cf. Golias Hebdo n° 521). Ce personnage controversé, très autoritaire, avait réussi – sur la volonté de François – à récupérer un certain nombre de services jusqu’alors disséminés ; entre 2015 – date de création de ce nouveau Dicastère pour la communication – et 2018, au moment de son retrait, Mgr Viganó avait avalé le Conseil pontifical pour les communications sociales, la Salle de presse du Saint-Siège, la Librairie éditrice vaticane, le bureau internet du Vatican, Radio Vatican, le Centre de télévision du Vatican, le service photographique, la Typographie vaticane et L’Osservatore Romano (ouf !). Certes démis de sa charge, le pape argentin le maintenait comme assesseur dans le même dicastère afin de mener à bien la « fusion »(1) de L’Osservatore Romano (dépendant, comme la Salle de presse du Saint-Siège, de la Secrétairerie d’Etat) avec le Dicastère pour la communication. En effet, le processus d’intégration de L’Osservatore Romano dans ce dicastère venait d’être lancé au moment de sa démission. Moins de trois mois plus tard, François nommait Paolo Ruffini comme préfet de ce dicastère, premier laïc à exercer cette fonction à la Curie. Petit-neveu du très conservateur cardinal-archevêque de Palerme (1945-1967), Mgr Ruffini, journaliste réputé, Paolo Ruffini possède aussi un caractère plus accommodant que son prédécesseur et a réussi, enfin, à unifier les organes de communication du Saint-Siège. Première conséquence : le 18 décembre dernier, changement de directeur à la tête de L’Osservatore Romano et nomination d’un (premier) directeur éditorial du Dicastère pour la communication2. Le très ratzingerien Giovanni Maria Vian, responsable de l’organe de presse du Vatican depuis 2007, laissait sa place à Andrea Monda, proche de La Civiltà Cattolica, revue jésuite dirigée par le P. Spadaro, spin doctor du pape argentin. Et arrivait dans le dispositif, le même jour, le vaticaniste bergogliophile Andrea Tornielli, journaliste à La Stampa et responsable du site multilingue Vatican Insider. La promotion de ce dernier laissait clairement entendre que François voulait absolument s’assurer de la parole publique émanant de ses services, mettre en place une dream team. Surtout, la nomination de Tornielli vidait, d’une certaine manière, de sa substance la Salle de presse.

Vaticom : version 2.0

De fait, celle-ci – dans cette nouvelle configuration – n’avait plus la main sur la communication officielle du pape. Il faut signaler que Greg Burke et Paloma García Ovejero n’avaient aucun accès direct à François – à la différence de leurs prédécesseurs sous Jean Paul II et Benoît XVI et même le pape argentin : Joaquim Navarro-Valls de l’Opus Dei (1984-2006) et le père jésuite Lombardi (2006-2016) – et que leurs parcours respectifs ne concordaient plus vraiment avec les visées bergogliennes. Greg Burke, né il y a 59 ans dans le Missouri et membre de l’Opus Dei (lui aussi), fut journaliste entre autres dans la presse conservatrice : National Catholic Register et Fox, chaîne de télévision nord-américaine pro-Trump. Son adjointe madrilène de 43 ans, Paloma García Ovejero, première femme à occuper de telles fonctions à Rome, fit toute sa carrière à Cadena COPE, radio espagnole financée par la Conférence des évêques d’Espagne (CEE). Proche de la « Reine-Mère » de l’épiscopat espagnol, le cardinal-archevêque émérite de Madrid (1994-2014), Mgr Rouco Varela, cette membre du Chemin néo-catéchuménal3, comme Greg Burke, a préféré prendre les devants et démissionner le 31 décembre plutôt que d’être remerciée, sans doute avant le sommet des évêques sur les abus dans l’Eglise, par l’évêque de Rome. Celui-ci n’a pas oublié les crises émaillant cet annus horribilis qui pétrifièrent ses porte-parole, incapables d’allumer le moindre contrefeu. Du Chili aux attaques de l’ex-nonce aux Etats-Unis, Mgr Viganò (qui n’a rien à voir avec l’ex-préfet du Dicastère pour la communication), du scandale McCarrick (ex-cardinal-archevêque de Washington qui a rendu sa barrette rouge) aux révélations en cascades d’abus sexuels un peu partout sur la planète, Greg Burke et Paloma García Ovejero ont failli, aux yeux de François, dans leurs missions. Du reste, il avait demandé aux journalistes d’enquêter sur Mgr Viganò après le libelle demandant sa démission. Et qui écrivit un ouvrage, si ce n’est un rapport, sur l’ex-nonce, ses accointances avec les milieux ultra-conservateurs, ses contre-vérités ? Andrea Tornielli4 justement, qui trouve ici sa récompense en devenant le superviseur éditorial de tous les médias du Vatican !

Le 1er janvier, pour succéder aux deux démissionnaires, entrait en fonction Alessandro Gisotti, 44 ans, comme porte-parole intérimaire de la Salle du Saint-Siège. Journaliste à Radio Vatican depuis 2004, ce Romain bon connaisseur des réseaux sociaux a été formé par le Père Lombardi et est décrit comme un proche du préfet Ruffini. Après un intermède nord-américain, la parole pontificale redevient italienne et surtout digne de confiance. [Découvrez l’ensemble de notre dossier dans Golias Hebdo n° 558 : http://golias-editions.fr/article5577.html]

1. http://press.vatican.va/content/dam/salastampa/it/bollettino/documentazione-linkata/Lettera%20del%20Santo%20Padre.pdf

Des évêques à côté de leurs pompes

Quelle désolation ! Les remontées des diocèses de Tarbes-Lourdes et Limoges ne sont guère positives . Pour Mgr Brouwet, évêque dans la cité mariale depuis 2012, ce n’est guère étonnant ; cet évêque est un habitué du contre-témoignage : outre son tropisme tradi – il ne tarit pas d’éloges entre autres sur la Fraternité Saint-Pierre (FSSP), composée de lefebvristes ralliés à Rome –, il avait voulu déloger la dizaine de dominicaines contemplatives en 2015-2016 de leurs locaux proches de la grotte pour y abriter ses propédeutes1 (cf. GOLIAS Hebdo n° 449). Qu’importait alors si ces religieuses étaient présentes à Lourdes depuis 1889, Mgr Brouwet n’en avait cure, n’ayant d’yeux que pour ses séminaristes… Il réitère désormais mais avec les laïcs, chassés littéralement des services depuis son arrivée. De manière presque méthodique. C’est ce que décrit ce diocésain, qui y voit – à juste titre – l’empreinte d’un cléricalisme poussé à l’excès, ravageur pour les laïcs que l’on veut exclure pour réinstaller des clercs, des religieux. Les laïcs ne sont acceptables qu’assis face à la chaire, à genoux devant l’autel et la main au porte-monnaie, pour paraphraser le père dominicain Congar.

La situation n’est pas plus brillante dans le Limousin. Cependant, si Mgr Bozo, évêque de Limoges, est aussi traditionnel que son confrère de Tarbes-Lourdes, il serait davantage pastoral. Un homme qui écoute et dialogue (même s’il n’est pas question de le voir changer de positions). Et voilà que cette description, qui nous en avait été faite après la parution du dernier Trombinoscope 2018-2019 des évêques de France, vole en éclats en lisant le témoignage d’un membre du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) de Limoges. Depuis presque quatre décennies, le MRAP loue un local à une paroisse de Limoges mais Mgr Bozo a désormais d’autres projets pour ce local : installer une école hors contrat sous la houlette du très sinistre Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (ICRSP), ne célébrant que l’ancienne messe. En mars prochain, le MRAP déménagera et l’Église diocésaine se coupera ainsi d’un nouveau lien avec les personnes engagées pour davantage de fraternité. Bravo, Mgr Bozo, pour ce beau numéro de cirque ! Il faut d’ailleurs noter que l’ICRSP, dans l’intervalle, a aussi étiré une de ses tentacules jusqu’en Charente-Maritime où, en sus de lui confier une chapelle et une partie de la gestion de la maison diocésaine (à Saintes), l’évêque de La Rochelle-et Saintes, l’inconséquent Mgr Colomb, serait prêt à nommer l’un de ces prêtres comme… secrétaire particulier ! Quand on y réfléchit, l’Église en France vit une vraie dérive des continents ; la nouvelle génération d’évêques, nommés sous Benoît XVI et François, ne prend même plus la peine de respecter les histoires diocésaines qu’ils rejoignent. Avant eux, rien n’existait ou plutôt tout aurait été galvaudé et gâché par la génération conciliaire. Mais eux vont – on va voir ce que l’on va voir – remettre l’église au milieu du village. Quand bien même le cléricalisme est un des pires maux de l’Église, ces représentants du pouvoir ecclésiastique persistent dans cette démarche mortifère.

Au vu de ces comportements irresponsables, le peu de chrétiens ouverts qui demeuraient quittent toujours davantage les communautés sur la pointe des pieds, vont voir davantage encore ailleurs si l’herbe est plus verte et laissent cette caste égocentrique accompagner jusqu’au cimetière ce qui reste de l’Église pratiquante ; Église pratiquante invitée à adorer le Saint-Sacrement pour des vocations « sacerdotales », comme à Cambrai chaque jeudi, à l’invitation du nouvel archevêque, Mgr Dollmann, de même facture que les évêques de Tarbes-Lourdes, Limoges et La Rochelle et Saintes. Des évêques qui marchent à côté de leurs pompes – et qui en sont fiers ! –, convaincus que ce monde dans lequel vivent les laïcs (mais eux aussi !) est décidément voué à la géhenne alors qu’il nous faut l’aimer. Quant à nous, il nous faut à présent réfléchir à l’avenir. Comment continuer à témoigner du Christ quand cette génération aura totalement éradiqué le christianisme de notre société ?

Foyers de charité : mains basses sur les retraitantes

Une nouvelle statue vient de tomber au milieu du petit peuple du Renouveau charismatique. Elle pesait lourd celle-là : André Marie Van Der Borght (VDB, son surnom au Foyer de Charité de Tressaint qu’il a fondé en 1966)
et que l’on soupçonne de gestes déplacés et de comportements inappropriés, envers des membres du Foyer ou envers des retraitantes venant écouter ses prêches… Le Renouveau poursuit ainsi sa litanie des anges déchus, après Philippe Madre, Frère Ephraïm, les fondateurs des Points-Cœurs ou de la communauté Saint-Jean ; les gourous, qui rappellent à leurs inférieurs les nécessités d’une chair mortifiée, se disent que cette règle ne prévaut pas pour eux… Eux qui tutoient les anges. Et comme chacun sait :
qui fait l’Ange… met assez vite la main aux fesses.

L’affaire est presque passée inaperçue… Mais, ça y est ! Mi-octobre dernier, les Foyers de Charité ont reconnu dans un « message aux membres et amis des Foyers de Charité »[[https://www.lesfoyersdecharite.com/message-aux-membres-et-aux-amis-des-foyers-de-charite-au-sujet-du-pere-andre-marie-van-der-borght/]] les « gestes déplacés » et « comportements inappropriés », selon les formules désormais consacrées, d’un de ses maîtres à penser : le P. Van Der Borght, dit VDB, fondateur du Foyer de Charité de Tressaint (Côtes-d’Armor) décédé en 2004. Rappelons que les Foyers de Charité ont été fondés par Marthe Robin, une voyante qui ne se nourrissait – paraît-il ? – que d’hosties consacrées, avec l’aide du bon P. Finet ; quantité d’évêques et de prêtres participent régulièrement à ces retraites prêchées dans près de 80 foyers répandus à travers le monde. Une vraie force de frappe.

Les rumeurs couraient depuis des lustres, du vivant même de VDB, mais naturellement, tout cela n’était que « calomnies », « vilénies » créées de toutes pièces par les ennemis de l’Église qu’il ne fallait surtout pas colporter. Le témoignage ci-dessous, de première main, décrit les retraites menées par le gourou VDB et les très spéciales séances de confessions auxquelles il soumettait les retraitantes. Sexe, argent, etc., on retrouvait les éléments des pires SAS au Foyer de Charité de Tressaint, sur fond de cantiques soporifiques et aspergés d’eau bénite[[On peut les trouver facilement sur le site YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=D84nMx5hSr4&list=PLTg2oJQG7x_xKExMq8Uo0Wx3a4wGocSsk]] . Et puis ce doute : Mgr Gosselin, désormais évêque d’Angoulême, ignorait-il vraiment (comme il l’affirme) les agissements de son prédécesseur ? Cela paraît invraisemblable. Avant d’être élevé à la dignité épiscopale, le P. Gosselin s’apprêtait à prendre la responsabilité de tous les foyers de charité comme modérateur (il fut remplacé par le Sénégalais Moïse Ndione, prêtre qui poserait problème dans sa gouvernance, dans des conditions qui, selon nos sources, ne respecteraient pas le droit). Mieux ! Tressaint n’est pas le seul foyer problématique : Baye (Marne) où une enquête est en cours et d’autres (en France et en Europe), également, actuellement passés au crible… L’Église, à bénir tout et n’importe quoi (surtout quand c’est bien dans la ligne romaine et complètement bondieusard), n’en finit pas de découvrir qu’elle a engendré des monstres. Pour le plus grand malheur des victimes et notre profonde honte. GOLIAS

Pour aller plus loin : GOLIAS Hebdo N° 552