Le Portugal dans la tourmente de la Banco Espirito Santo…

L’affaire fait grand bruit dans le monde de la finance et donne même des vapeurs à l’économie française : la Banco Espirito Santo, en pleine faillite, devait recourir à l’Etat portugais, lequel a injecté 4,4 milliards d’euros pour renflouer l’établissement bancaire lusitanien ! C’est qu’il fallait éviter la contagion à l’ensemble du secteur financier du Portugal, et même d’Europe ! Dans cette histoire, le Crédit agricole – détentrice de la BES à 15 % – a perdu 708 millions d’euros…

Cette déroute financière est due à l’ancien P-DG de la BES, Ricardo Salgado, surnommé par ses compatriotes « Dono Disto Tudo » (« le propriétaire de tout ça »). Il a été mis en examen en juillet dernier dans le cadre d’une enquête pour blanchiment d’argent au terme d’une audition de sept heures devant un juge d’instruction de Lisbonne. Ce dernier enquête sur un mécanisme de fraude fiscale et de blanchiment d’argent dans lequel trempent des gestionnaires de fortune helvétiques et des clients portugais. « Tout ça » tombe bien mal, la BES n’est pas dans une forme extraordinaire ces temps-ci : la holding familiale Espirito Santo Financial Group (ESFG) a été placée en redressement judiciaire par les autorités luxembourgeoises, trois autres holdings Espirito Santo ont déposé le bilan en raison du peu de transparence de leurs comptes (ce qui effrayait les investisseurs potentiels)…

Bref, tout va mal. Mais il faut noter que le patriarche de la famille Espirito Santo, Ricardo Salgado, a ceci de particulier qu’il appartient à l’Opus Dei, comme d’autres membres de sa famille. Voilà encore une affaire qui tombe bien mal pour la pieuvre catholique au moment où elle a regagné des galons à Rome, bénéficiant de l’entière confiance de François s’agissant des finances et de l’administration vaticane (cf. Golias Hebdo n° 345). C’est à se demander si le pape Bergoglio ne manque pas de discernement. Encore qu’il la connaît bien, l’ayant pratiqué et vu agir en Argentine et dans toute l’Amérique latine.

Certes, l’Opus Dei pourra toujours arguer qu’elle n’est pas responsable des déviances de ses membres et qu’elle est totalement étrangère à ces pratiques. Pourtant, on ne peut que s’interroger car la locution « proche de l’Opus Dei » ou « membre de l’Opus Dei » revient très souvent dans les médias lorsqu’il s’agit de scandales financiers. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Et que dire des dérives sectaires dont elle est très souvent accusée ? Il nous semble donc dangereux et imprudent d’avoir confié les cordons de la bourse de l’Eglise à l’Opus Dei, peu réputée finalement – en dépit de ce qu’elle veut faire croire – pour ses capacités de gestion. A moins qu’il ne s’agisse d’un plan de François, qui souhaite « une Eglise pauvre pour les pauvres » ? Car il est certain que la gestion des finances vaticanes par l’« Œuvre de Dieu » ne pourra qu’à terme appauvrir l’Eglise.

Harlem Désir d’avenir !

« Promoveatur ut amoveatur ! » J’utilise souvent cette locution latine illustrant le Principe de Peter et qui signifie : « qu’il soit promu pour que l’on s’en débarrasse ! » Je l’aime beaucoup. Chacun ses petites manies… Elle est souvent appliquée à Rome, du côté du Vatican. Tel monsignore dont on ne sait que faire dans tel dicastère et que l’on renvoie dans son pays d’origine à la tête d’un diocèse – avec parfois la dignité d’archevêque – en fonction du niveau d’incompétence. Plus on échoue, plus on grimpe les échelons dans la hiérarchie…

Elle s’applique encore une fois au sujet des nouveaux secrétaires d’Etat nommés cet après-midi par « le président de la République, sur proposition du Premier ministre ». Harlem Désir, nouveau sous-ministre aux Affaires européennes, vient d’être exfiltré du secrétariat national du PS. Pour une raison simple : il a échoué à diriger le parti présidentiel, dont la déculottée municipale fut la démonstration criante de ses inaptitudes. Mais il sera dans le « gouvernement de combat ». Dans un article du quotidien Le Monde, un dirigeant socialiste ne fait pas mystère de cette comédie qui se joue sous nos yeux : « Une telle opération est une farce. D’un côté, Harlem accepte d’être humilié pour un plat de lentilles ; de l’autre, Hollande et Valls récompensent l’échec en lui disant : ‘Tu as tellement démérité au PS que l’on te nomme au gouvernement de combat !’  »

La situation ne manque évidemment pas de sel… D’autant qu’il est nommé à un poste clef du dispositif gouvernemental (qui touche à l’Europe), pour paraphraser Ségolène Royal, qui est revenue – elle – au poste qu’elle occupa il y a vingt-deux ans… La France est nostalgique, elle regarde ce qui a bien marché dans le passé. Elle aurait voulu Rocard, elle s’est choisi Valls qui fut l’attaché parlementaire du père du RMI et de la CSG… François Hollande rejoue les deux septennats de François Mitterrand en cinq ans ! Revenons donc à ce cher Harlem Désir : il sera encadré, il ne fera rien si ce n’est inaugurer les chrysanthèmes européennes, les dossiers étant traités directement par l’Elysée et le Quai d’Orsay. Un bureau doré sans grande possibilité – pour lui – de participer à la prise de décision. Sans même un rôle d’influence…

Ce n’est pas la première fois que l’on mute un patron de parti en échec (le patron et le parti) à un ministère ou un secrétariat d’Etat. Une promotion, inévitablement. Souvenez-vous de Patrick Devedjian, dirigeant l’UMP après l’élection à la présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 et qui deviendra fin 2008 ministre de la Relance ! Vous souvenez-vous de la Relance ? De l’emprunt d’Etat ? De cette croissance que l’on « irait chercher avec les dents » ? Eh bien, Patrick Devedjian exprimait déjà ce fameux Principe de Peter dont nous parlions au départ. Comme aujourd’hui Harlem Désir.

A coup sûr, le nouveau secrétaire d’Etat aux Affaires européennes sera sans doute débranché rapidement. On n’en entendra pas parler. Il ne devrait pas déclencher une guerre avec un pays de l’UE dans le dos du chef de l’Etat. Il sera inoffensif. Comme cela s’était déjà passé en 2008 : Patrick Devedjian quitta son ministère moins de deux années plus tard. La Relance se passerait finalement de lui. Qu’en sera-t-il d’Harlem Désir ? Connaîtra-t-il le même destin ? Le même avenir ? Lui qui fut imposé par Martine Aubry à sa succession, qui pour l’appuyer à présent ? Ce « plat de lentilles » a un goût amer pour celui qu’il faudra bien recaser quelque part, un jour ou l’autre. D’autant qu’il était député européen et ne le sera plus, qu’il n’a pas de fief bien dessiné si ce n’est l’Ile-de-France (il est conseiller municipal d’opposition d’Aulnay-sous-Bois mais son site officiel n’en fait même pas mention…). Un fromage doit bien traîner quelque part…

Au Sénat ou à la tête d’une région, encore que les régions visiblement devraient voir leurs territoires – et leurs compétences – prendre une nouvelle dimension et l’on imagine mal Harlem Désir à la tête d’un exécutif de premier plan. Hélas, finalement. On peut, quand on y réfléchit, être un excellent président d’association, d’envergure nationale, un président charismatique même et se révéler un piètre homme politique, conventionnel et consensuel et peu auréolé de faits d’armes victorieux.

Si quelqu’un a une idée pour l’exécutif et le nouvel « homme fort » de l’Europe en France et de la France en Europe, qu’il n’hésite pas à en faire part « à qui de droit ». Mais c’est encore un mauvais exemple donné de la part du politique. Qu’il faut déplorer car si Manuel Valls accomplit réellement ses pactes et plans pour la France – entre autres l’évolution territoriale des régions (nouveaux « Länder » français), la suppression des départements d’ici à 2021 et l’évolution des intercommunalités, que je salue et soutiens – il permettra la transformation de la vie politique, l’assainira même. Mais là, Harlem Désir…

La Valls à mille temps !

Alors, ça y est ! La France aurait donc un nouveau Premier ministre : Manuel Valls. Ne nourrissant aucune animosité pour cet homme, je dois bien admettre que cela reste un mauvais choix. D’une part, parce que le président de la République semble choisir l’homme de l’opinion. Une bien mauvaise idée. L’opinion n’a pas toujours raison : en 1981, en suivant son opinion publique, François Mitterrand n’aurait jamais demandé à Robert Badinter, Garde des Sceaux et ministre de la Justice, de faire voter l’abolition de la peine de mort. D’autre part, parce que Manuel Valls n’est pas l’homme de la situation.

Après la dégelée municipale que vient de subir le pouvoir en place, il fallait faire preuve d’audace. On nous parle de vague bleue, voire de vague bleu marine, alors qu’il s’agit surtout d’une vague blanche : l’abstention n’a jamais connu de tels sommets pour une élection municipale… Qui s’est abstenu ? Les électeurs de gauche qui préféreront toujours aller à la pêche quand ils sont mécontents plutôt que d’aller voter.

Les électeurs de gauche ne se sont pas abstenus par amour du gardon… Au contraire ! Ils voulaient montrer à l’actuel pouvoir leur mécontentement : aucune mesure progressiste adoptée depuis 2012, un gouvernement qui part dans tous les sens sans savoir où il va, un flou – même pas artistique car les artistes savent ce qu’ils font en général – jamais rencontré jusqu’alors s’agissant de la direction d’un pays comme le nôtre. Chacun pense que nous sommes gouvernés par des amateurs… Peut-on vraiment les démentir ?

De fait, la gauche perd 155 villes… Un Waterloo… Elle les perd car le gouvernement est, certes, en situation d’échec. Elle les perd aussi en raison des visages qu’elle présentait. Deux exemples : Tours avec Jean Germain et Dunkerque avec Michel Delebarre. Le premier était maire depuis 1995, cerné par les affaires et pourtant réinvesti par le PS ; le second était maire depuis 1989, archi-cumulard dans tous les mandats, qui n’en finissait pas d’exaspérer ses concitoyens. De qui se moque-t-on ?

Puisque Manuel Valls est à présent nommé à Matignon, il faudra qu’il mette en place des réformes profondes s’agissant des mandats : non-cumul – qui rentrera dans les faits en 2017… – et surtout limitation dans le temps ! Un bon élu est un élu qui accomplit deux mandats maximum, ensuite les électeurs sont lassés et comparent leurs élus à des moules qui s’accrochent à leur bouchot en espérant que la marée ne les emporte pas vers le grand large… Surtout, ils décrédibilisent l’idée politique et poussent, quelque part, extrémistes et populistes qui engrangent des voix sur ces façons de faire.

Il n’empêche, Manuel Valls – malgré ses bons sondages – n’est pas l’homme de la situation. En effet, changera-t-il de politique ? Répondra-t-il aux attentes des abstentionnistes ? Fera-t-il oublier ce désastre pour la gauche alors que l’UMP – grande gagnante de ces municipales – n’affiche pourtant aucune idée et est bourrée d’affaires où je pense ? C’est tout de même cocasse ! Depuis 2002 – date de la création de l’UMP – c’est la première élection intermédiaire qu’elle gagne ! Faut-il que nos gouvernants soient vraiment nuls, comme l’affirment « Les Guignols de l’info » ?

Il fallait nommer une personnalité neuve, auréolée de succès, exemplaire sur le non-cumul des mandats et limités dans le temps. Cette personnalité, à gauche, existe : il s’agit de Bertrand Delanoë. L’ancien maire de Paris n’est pas connu pour sa mollesse, bénéficie d’une bonne image dans le pays, reste neuf aux yeux de nombre de Français.

François Hollande, finalement, est encore passé à côté du message que lui ont adressé les électeurs. A croire qu’il cherche à ne pouvoir se représenter en 2017. C’est sans doute mieux ainsi : François Hollande est le Jacques Chirac de la gauche… Le pire, c’est qu’il nous faille encore attendre trois ans…

Jean François XXIV

Changer de nom, c’est toujours un symbole. Moi-même, j’ai choisi de prendre le prénom de grand-père – Gino – et de porter devant la Justice cette demande afin que ce prénom devienne pleinement le mien à l’état-civil. Aujourd’hui, 85 % de mes interlocuteurs m’appellent Gino.

Il en va de même pour Jorge-Maria Bergoglio, plus connu sous le nom de François. Il faut dire qu’il est pape de l’Eglise catholique latine, et que – comme successeur de Pierre et de Paul (anciennement appelés Simon et Saül) – il s’inscrit, comme ses 265 prédécesseurs dans une tradition. Celle de l’Eglise instituée par Jésus-Christ, prenant sa source dans l’Ancien Testament (cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Nom_de_r%C3%A8gne_des_papes). Jésus suis donc cette tradition.

Sauf qu’un article – voire un entrefilet – de l’hebdomadaire « La Vie » nous apprend que Bergoglio, en 2005, s’il avait été élu face à Josef Ratzinger, aurait choisi le nom de Jean, devenant Jean XXIV (http://www.lavie.fr/religion/catholicisme/s-il-avait-ete-elu-pape-en-2005-francois-se-serait-appele-jean-xxiv-13-02-2014-49869_16.php). Cette information en corrobore une autre : l’actuel pape était donc le challenger du futur Benoît XVI lors du conclave suivant la mort de Jean Paul II. Jusqu’à présent, cela n’était qu’une rumeur – invérifiable –, à présent, la rumeur est affirmée.

Souhaite-t-on devenir pape ? Je ne sais. Je n’ai jamais été confronté à cette situation. Accepte-t-on ou refuse-t-on aussi facilement cette mission ? On peut s’interroger. Le pape Roncalli en 1958 aurait été élu – selon la rumeur sédévacantiste, après la renonciation du cardinal Siri, archevêque de Gênes (anti-communiste notoire), suite aux menaces de l’URSS. L’élu avait déjà choisi son nom de règne : Grégoire XVII. Ce qui préfigurait une Eglise catholique romaine aux antipodes de Vatican II…

Qu’importe ces supputations. L’histoire officielle nous apprend que Jean XXIII fut élu en raison de son âge : 77 ans. Le nouveau pape serait un pape de transition. Il le fut : son pontificat dura quatre ans et demi. Mais ces courtes années furent « révolutionnaires » : l’élu – trois mois après son élection – convoqua un concile œcuménique, concile qui rompit – selon les historiens et théologiens de renom – avec l’Eglise de Constantin ! 1500 ans – à la louche – traversés en à peine cinq années !

Ma grand-mère connut l’Eglise ancienne, où l’on ne comprenait rien à la messe en latin si l’on ne possédait pas un missel bilingue – ce qui n’était pas le cas de mon aïeule issue d’une famille pauvre. Elle suivait la messe du dimanche à 10h (7h pour les agriculteurs, 10h pour le commun, 11h, grand-messe chantée pour les plus riches) ; catéchisme – appris par cœur – le mardi et le vendredi à 7h30 avant la classe avec « M. le Doyen » qui – dans ma paroisse – était chanoine… L’Eglise vécue comme une corvée…

Et je ne parle pas des processions, rogations, adorations, lundis de communion… vécus non par foi mais par observance d’une religion somme toute plus païenne que chrétienne, si éloignée des préceptes évangéliques, institués par Jésus-Christ (comme on peut le comprendre dans Matthieu 5, 38-48 de ce dimanche 23 février).

Bref, après cette digression, François se serait appelé Jean s’il avait été élu plus tôt. Une bonne nouvelle en soi. Le « bon pape Jean » est une figure lumineuse de l’Eglise. Il noua de chaudes relations avec nos frères orthodoxes pendant dix ans (jusqu’en 1935) comme visiteur apostolique en Bulgarie ; il sauva des Juifs lorsqu’il exerçait comme délégué apostolique en Turquie et en Grèce pendant la Seconde Guerre mondiale (jusqu’au 1er janvier 1945) ; il permit à 95 % des évêques français de se dédouaner de leur collaboration plus ou moins passive avec le gouvernement de Vichy jusqu’en 1953 comme nonce apostolique en France.

Le pape François l’apprécie tellement qu’il le canonisera au printemps prochain, en même temps que le Polonais – Roncalli n’a pas de chance : il fut béatifié en même temps que Pie IX, son antithèse, et sera canonisé avec le pape qui freinera le plus sa volonté de réformes après lui ! Mieux ! Il va créer cardinal son secrétaire, l’archevêque Loris Capovilla, âgé de 99 ans, comme signe de sa reconnaissance pour ce que Jean XXIII apporta à l’Eglise !… Il n’y aura pas besoin de second miracle pour l’enfant de Sotto il Monte : son parcours plaide pour lui et je m’en réjouis : c’est le plus grand pape du XXème siècle, à mon sens.

Il ne faut pourtant pas attendre un Vatican III de François. Son « C8 » et sa volonté profonde d’en finir avec le vieux système curial n’en font pas un pape réformateur. Certes, il a l’intention de tout axer sur la pastorale et moins sur la dogmatique, pendant son pontificat – qui ne durera pas vingt ans (il a été élu au même âge à peu de choses près que Jean XXIII). Mais déjà, la rumeur bruisse qu’il n’y aura pas ou peu de changement pour nos frères divorcés-remariés, pas de changement pour nos frères gays, pas de changement pour nos frères partisans de l’euthanasie, pas de changement sur la condition de nos frères prêtres condamnés à rester célibataires, pas d’évolutions pour nos frères laïcs pouvant assumer le rôle de presbytres dans nos paroisses… La forme plus que le fond, jetée en pâture aux fidèles, comme on jette un os au chien pour qu’il le ronge, afin de le calmer…

Bref, François ne sera hélas pas Jean XXIV. Signe des temps, le secrétaire du pape Jean XXIII ne viendra recevoir à Rome sa barrette de cardinal, « [ses] forces [étant] grandement diminuées, et [se sentant] mal à l’aise de rencontrer tant de gens » (cf. « La Stampa », http://www.lastampa.it/2014/02/19/esteri/vatican-insider/it/capovilla-non-viene-roma-ricever-la-berretta-a-sotto-il-monte-ISxCgFGKd4nsrc9pmeemxM/pagina.html). Don Loris aurait-il le nez fin, du haut de son grand âge, ou ne souhaiterait-il pas cautionner ce pontificat qui veut faire paraître ce qu’il n’est pas réellement ? N’est pas Jean qui veut. Et Bergoglio, même s’il est François, n’est pas – à ce jour – Jean XXIV. Encore moins Jean François.

« Tous à poil », même Jean-François Copé !

La théorie du genre et autres fadaises de la même farine, serinées par les extrémistes de tout poil (politiques et religieux), n’en finissent pas de faire des ravages dans notre pays. Et notamment à droite où l’on surveille ces mouvements de contestation comme le lait (maternel) sur le feu en se demandant comment les récupérer, au bout du compte.

Dernière victime de ces âneries proférées avec force pancartes bleues (pour les garçons) et roses (pour les filles) : le président de l’UMP, Jean-François Copé – qui devait s’être levé ce dimanche 9 février de mauvais poil. Ce dernier s’est emporté au « Grand Jury RTL/LCI/ Le Figaro » contre un livre prétendument recommandé aux enseignants : « Tous à poil » . En feuilletant cet ouvrage, le député-maire de Meaux n’a pas hésité à manier l’ironie pour le dénoncer : « A poil la maîtresse… Vous voyez, c’est bien pour l’autorité des professeurs ! On ne sait pas s’il faut sourire, mais comme c’est nos enfants, on n’a pas envie de sourire. A poil le bébé, à poil la baby-sitter, à poil les voisins, à poil la mamie, à poil le chien… » (http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/02/10/cope-s-outre-contre-le-livre-pour-enfants-tous-a-poil_4363155_823448.html).

Vous comprenez, « son sang n’a fait qu’un tour » en lisant ces ignominies et du coup, il a démarré au quart de poil ! Ne coupons pas le cheveu en quatre : on pourrait – si l’on est un tantinet rétrograde – être scandalisé face à un livre qui fait l’apologie de la nudité, soi-disant recommandé par le Centre national de documentation pédagogique, « maison d’édition » du ministère de l’Éducation nationale, qui « contribue au développement des technologies de l’information et de la communication pour l’éducation (TICE) ainsi qu’à l’éducation artistique et culturelle », dixit sa fiche Wikipédia (http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_national_de_documentation_p%C3%A9dagogique). Pour paraphraser Molière dans « Tartuffe » (Acte 3, scène 2) : « Couvrez [ces poils pubiens] que je ne saurai voir ! »

Sauf que l’ancien ministre délégué au Budget et à la Réforme de l’État de Jacques Chirac a tout faux : ce bouquin est recommandé par une association ardéchoise au beau nom de L’Atelier des Merveilles (http://ateliermerveille.canalblog.com/). Comment Jean-François Copé – à une heure de grande écoute – a-t-il pu proférer une telle bêtise ? Comment un représentant de la Nation, ancien ministre, chef de parti, peut-il mensongèrement montrer du doigt un ministère ô combien important : celui de l’Éducation nationale, qui a pour charge non seulement nos professeurs mais surtout les élèves qui sont nos enfants ?

Je reprendrai ses mots : « Il y a un moment où il va falloir qu’à Paris on atterrisse sur ce qui est en train de se faire dans ce pays ». Effectivement, il a raison, prenons-le à rebrousse-poil : il faut qu’à Paris – comme en province – on comprenne que le président de l’UMP raconte n’importe quoi. Qui est « pétri d’idéologie » en l’espèce ? L’UMP ou le gouvernement de Jean-Marc Ayrault  ? La frange droitière du parti conservateur ou Vincent Peillon ?

Certes, Jean-François Copé n’en est pas à son coup d’essai. Pendant la campagne interne pour la présidence de l’UMP, il stigmatisait des enfants des cités – de confession musulmane – volant – paraît-il ? – des pains au chocolat à des bons Français bien blancs et bien chrétiens en plein Ramadan ! C’est dire si, parfois, le président de l’UMP roule sur les jantes…

Mais, au-delà de cette polémique idiote, qui ne sert qu’à remuer du vent – pour ne pas dire autre chose – pour faire peur aux Français, je m’interroge sur l’ancien porte-parole des gouvernements Raffarin. En effet, je me dis que finalement pour le patron de l’UMP qui paraît si hérissé par toutes ces toisons, heureusement, Eve a croqué la pomme. Nous connaissons cet épisode biblique, relaté dans la Genèse. Après les deux premiers chapitres – magnifiques, si empreints de poésie –, le troisième relate la première discordance entre le Créateur et ses créatures, entre Dieu et nous, les Hommes. Une pomme croquée, des pagnes élaborés avec des feuilles de figuier, le complexe du corps et de la nudité.

Jean-François Copé doit avoir honte de se montrer nu. Certes, cela est sans doute un excès de pudeur… Ou bien alors est-ce de la pudibonderie ? Toutefois, il n’a jamais été question de se montrer nu et d’en faire un cheval de bataille. Cette publication qu’il stigmatise veut juste la relativiser, si j’ose dire : la nudité doit être dédramatisée car nous sommes tous faits de la même manière, femmes et hommes. Il n’y a que peu de différence entre nous. Le corps est divers, multiple. Chez les humains, il se décline sous deux formes : féminin et masculin. C’est cette diversité qui nous rend si riches, qui nous attire aussi.

Jean-François Copé a oublié que « Dieu sonde les reins et les cœurs » (Jr, 11, 20). Il se fout pas mal de notre corps, plus ou moins poilu. Il peut lire « Tous à poil » s’il le veut. Mais, au préalable, qu’il replonge dans Marc 7, 18-23 : «’ Êtes-vous donc sans intelligence, vous aussi ? Ne comprenez-vous pas que tout ce qui entre dans l’homme, en venant du dehors, ne peut pas le rendre impur, parce que cela n’entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, pour être éliminé ?’ C’est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments. Il leur dit encore : ‘Ce qui sort de l’homme, c’est cela qui le rend impur. Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur.’ »

La nudité, avec ou sans poil, n’est pas impure car elle ne sort pas de l’homme : elle le façonne.