Le trouble jeu du cardinal Barbarin

Le cardinal-archevêque de Lyon, Philippe Barbarin, s’apprête à  ouvrir les portes du diocèse de Lyon au chemin néo-catéchuménal.

Leur installation est normalement prévue (début 2007) sur la paroisse Ste Marie de la Guillotière, haut lieu sensible suite aux opérations immobilières menées par le cardinal Philippe Barbarin.

Or ce mouvement international catholique (fondamentaliste), riche de plus de 600.000 « disciples », pose des questions¦

A quoi joue le Primat des Gaules dans cette affaire ?

Alors que :

– nombre d’évêques de par le monde refusent d’accueillir ce groupe influent qui fonctionne comme une secte ;

– le pape Benoît XVI, lui-même, a rappelé à  l’ordre les fondateurs de ce mouvement le 30 décembre 2005, sans que ceux-ci, d’ailleurs, tiennent compte réellement de l’avertissement reçu ;

– ce mouvement n’a reçu du Vatican, concernant ses statuts, qu’une approbation « ad experimentum » (c’est-à -dire expérimentale) pour 5 ans (2002-2007). Or, ses responsables l’utilisent pour dire que Rome les reconnaît désormais sans aucune réserve ;

– les services du Vatican concernés par l’instruction du dossier « Chemin néo-catéchuménal » ne savent toujours pas, à  l’heure actuelle, si les statuts qui leur ont été soumis sont ou pas les textes authentiques du mouvement, vu la difficulté qu’ils ont rencontré à  les obtenir.

Le cardinal Barbarin ne manquera sà»rement pas de s’expliquer sur ces questions. Mais d’ores et déjà , la dérive que connaît le diocèse de Lyon (cf. Golias n°111) ne fait que se confirmer, voire même s’amplifier.

Le « Chemin » fonctionne comme une « secte »

Les communautés du Chemin néo-catéchuménal ont essaimé dans le monde entier (16.700 communautés dans 90 diocèse de par le monde, 46 séminaires « Redemptoris Mater » pour près de 2000 séminaristes, 70 évêques soutiennent le Chemin). Elles disposent d’une structure centralisé et efficace au taux de croissance vertigineux. Mais jusqu’à  présent ces communautés semblent être parvenues à  convaincre le Vatican que leur organisation n’existait pas en tant que telle ! Ce qui n’a pas empêché leur catéchèse – pourtant qualifiée d’hérétique par nombre d’experts – d’être approuvée par les plus hautes instances ecclésiales…

Quoi qu’il en soit, fort de leur reconnaissance officielle en 1990 par le pape Jean Paul II, le Chemin néo-catéchuménal continue d’appliquer ses méthodes si souvent contestées sans devoir rendre des comptes à  qui que se soit. Son organisation est assez simple. Entourés de la même aura que les Focolari , les catéchistes du Chemin néo-catéchuménal , en majorité des célibataires, en constituent les personnages clés.

Même si ses visites sont espacées, le catéchiste qui évangélise une communauté a autorité sur elle et sert de lien entre elle et la direction centrale. Chaque communauté nomme des responsables de la gestion du quotidien. Les catéchistes itinérants se rendent en équipe dans les régions pour y propager le message du Chemin néo-catéchuménal . A l’instar d’une petite communauté ecclésiale itinérante, chaque équipe comprend un couple marié avec ses enfants, un jeune homme et un prêtre.

Dans chaque pays de mission, l’autorité suprême est dévolue à  l’équipe nationale, qui coordonne les activités au niveau local et assure la liaison directe avec Kiko Arguello et Carmen Hernandez, les deux fondateurs résidant à  Rome. Les groupes du monde entier s’y réunissent une fois par an pour une cession de recyclage. Comme pour les Focolari et Communion et Liberation , l’expansion du mouvement et la multiplication de ses activités autonomes ne manquent pas de rendre ses structures de plus en plus complexes.

Jusqu’à  présent, les communautés du Chemin néo-catéchuménal semblent être parvenues à  convaincre le Vatican qu’elles n’existent pas en tant qu’organisation !

Comment le Chemin infiltre les paroisses
Le schéma de la prise de pouvoir du Chemin néo-catéchuménal est identidque dans toutes les paroisses même si, pour les observateurs locaux, ce processus apparaît aléatoire. Il est dicté par l’application implacable et constante du système du Chemin néo-catéchuménal. Lorsque les diplômés atteignent un certain stade, on leur demande de s’immiscer et, en fait, de prendre possession, de toutes les activités de la cétchèse et de l’enseignement dans la paroisse afin qu’en dernier ressort, la seule doctrine valable et disponible soit la leur. Les groupes ciblés sont ceux qui préparent les candidats aux sacrements de la communion privée, de la communion solennelle et du mariage, ainsi que les parents des enfants qui doivent être baptisés. Il est également envisagé que dans de telles paroisses, tout adulte souhaitant être reçu dans l’Eglise catholique devrait rejoindre les communautés du Chemin néo-catéchuménal plutôt que de recevoir les instructions par le biais du processus habituel connu sous l’abréviation RICA (Rite d’initiation chrétienne pour adultes). Le Chemin néo-catéchuménal s’oppose à  tous les groupes de paroissiens organisés par activité ou catégorie tels que les associations caritatives ou de jeunes. Il espère plutôt les voir dépérir et mourir, supplantés par ses propres communautés.

Encore plus étrange : leur catéchèse, pourtant condamnée comme hérétique, car portant atteinte aux fondements de la foi catholique, par exemple dans les domaines de transsubstantiation et de la Résurrection, a été approuvée par les plus hautes instances ecclésiales, malgré certaines réticences en haut lieu.

Le cardinal Philippe Barbarin joue donc sur du velours…

L’indécence des évêques de France

A la veille du Téléthon, le patron des évêques de France est enfin sortie de son silence en déclarant que «l’Eglise n’appelle pas au boycott » de cette manifestation.

Quelle indécence dans cette prise de position de dernière minute alors que les dégâts sont déjà  là , après un mois de campagne alimentée par nombre d’évêques contre le Téléthon, en relais de l’appel au boycott de leur confrère de Toulon, le très médiatique Mgr Rey, membre aussi de la communauté charismatique de l’Emmanuel.

L’attaque épiscopale contre le Téléthon a surpris par sa brutalité, et davantage encore à  cause du moment choisi, à  la veille de la grande opération de collecte, qui nécessite une mobilisation totale du plus grand nombre.

Cette attaque, utilisant la dynamique d’un consensus national, a cherché à  en casser le ressort. Elle est partie du diocèse de Fréjus-Toulon , dont l’évêque est Mgr Rey.

C’est un certain Monsieur Pierre Olivier ARDUIN qui a lancé la bombe. Il est responsable dans ce diocèse de tout ce qui touche « l’éthique » , Commission bioéthique, Formation en bioéthique, Commission bioéthique et vie humaine¦ L’homme incontournable, donc, pour tout ce qui touche aux questions génétiques¦ coeur de la recherche générée par le téléthon.

Les lecteurs de « l’hebdo du net » de Golias ont pu prendre connaissance la semaine dernière, des engagements politiques à  l’ultra-droite de Pierre Olivier Ardouin. Car ce monsieur a une autre spécialité, dont il ne parle guère. Aux dernières élections européennes de 2004, il était sur la liste de l’Alliance Royale, en compagnie de quelques transfuges du Front National et de quelques nostalgiques de l’Algérie Française. Tel est l’homme que Mgr Rey a chargé de défendre ce qui est pour lui l’éthique chrétienne.

Mais faut-il le rappeler, l’éthique ne se limite pas à  la bioéthique. Car qui donc dans l’affaire manque le plus à  l’éthique chrétienne ?

L’appel au boycott comme stratégie d’évangélisation ? ? ?

Cette appel au boycott est inacceptable pour plusieurs raisons :

L’épiscopat français, relayant l’appel du diocèse de Fréjus-Toulon , a participé directement à  une opération visant manifestement à  « casser la baraque » du téléthon.

Que les évêques aient des questions sur telle ou telle pratique des laboratoires de recherche est une chose, que nous ne voulons pas ignorer. En revanche, que ces questions se transforment en condamnation sans appel quelques jours seulement avant le grand week-end du financement en est une autre, et qui a peu à  voir avec la première.

La première touche le fond et ne peut se débattre dans la précipitation, tant le sujet est complexe et sans évidence, comme le montre la réserve des autres Eglises ou religions.

La deuxième concerne la forme de l’intervention qui vise uniquement à  déstabiliser l’opinion publique et à  la couper en deux. Les questions épiscopales pouvaient tout de même bien attendre le lundi matin 11 décembre. Cette stratégie, parfaite dans son montage, fait froid dans le dos des chrétiens engagés dans le monde.

– Une loi a été faite pour encadrer, délimiter le champ d’intervention, éviter les dérives en matière de diagnostics génétiques. Elle est loi de la République, réponse à  un problème de société qui pèse lourd sur des couples et des familles. Pourquoi l’ignorer ou la considérer immédiatement comme une loi scélérate ?

Eternelle tentation des clercs (de toutes couleurs de robe) qui en appellent à  Dieu pour contester la loi des hommes, sans un regard pour la terrible présence de la souffrance.

– L’attaque de l’épiscopat ignore la compassion envers les victimes, patients ou proches, de ces maladies génétiques. Et, surtout, qu’on ne cite pas les piteuses phrases de prétendue sympathie pour les malades et leur famille émises du bout des lèvres et qui sonnent si faux dans le contexte. N’est-il pas révélateur que la seule voix discordante dans le concert des condamnations vienne d’un évêque, Mgr Dubost, évêque d’ Evry, qui a vécu personnellement une expérience familiale de la maladie ?

– La fête du Téléthon, jusque dans ces manifestations les plus populaires, est, personne ne peut le nier, un grand témoignage de solidarité, d’empathie et, pour parler comme l’Evangile, d’ « amour du prochain ».

Les évêques, qui ne manquent pas de déplorer quotidiennement l’égoïsme et l’individualisme de nos contemporains, apparaissent comme incapables de reconnaître cette ouverture à  l’autre, cette générosité, cette volonté de partage, comme s’ils étaient étanches aux sentiments d’humanité, au nom de principes « discutables« , dans le sens o๠ils sont « à  discuter« .

Quelle image de l’Eglise ont-ils montré en cherchant à  casser un dynamisme aussi populaire ? On ne demande pas à  l’Eglise de faire de la démagogie et de caresser le peuple dans le sens du poil. On lui demande simplement de savoir un peu mieux lire les signes d’amour et d’espoir, chez des malades, chez des parents en souffrance et dans une opinion publique pour une fois solidaire.

Dépassant la seule myopathie, les recherches fondamentales financées par les dons ont permis des avancées thérapeutiques pour bien d’autres affections, souvent « orphelines ». Et aussi, comment ne pas signaler le fait que le Téléthon a contribué à  changer le regard des « gens » sur bien des maladies, même les plus déformantes. Si aujourd’hui, par exemple, lentement, sans choquer, les fauteuils roulants trouvent peu à  peu leur place dans notre société, c’est aussi, un peu, grâce au Téléthon.

Et çela, ça n’intéresse pas Dieu ? Et c’est tout cela que veulent casser les évêques ¦

– La source de la contestation ne doit pas manquer, non plus, de nous inquiéter. Les milieux conservateurs dans l’Eglise de France prennent de plus en plus d’influence. Va-t-on connaître la situation des Etats-Unis, même si là -bas ce sont des protestants, évangélistes ou autres, qui mènent le combat que l’on sait ? Avec le retour des tradis, c’est ce monde-là  qui fait son entrée dans l’Eglise de France, et jusqu’au sommet de la hiérarchie.

Beaucoup de chrétiens, « conciliaires » ou pas, ne veulent pas de ce retour en arrière, o๠la morale devient le premier et souvent unique message de l’Eglise.

Si demain les évêques veulent débattre de ces problèmes de bioéthique, des embryons, des manipulations génétiques¦ OK !

Pour sa part Golias y est prêt, avec, nous l’espérons toutes les forces vives de l’Eglise et de la société.

Mais de grâce, arrêtons ces coups bas, trop répugnants pour être évangéliques.

Le scandale du Téléthon

La position de courants intégristes contre le Téléthon suscite un peu partout une très vive indignation.

Des courants intégristes proche de l’extrême droite, en particulier dans le diocèse de Fréjus et Toulon, sont à  l’origine d’une croisade à  laquelle semble même s’associer l’archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois.

Comment oublier au passage que l’argent récolté a permis depuis vingt ans de prolonger d’une quinzaine d’années l’espérance de vie des malades?

Des recherches importantes ont pu être financées qui sans cela n’auraient pu l’être.

La présidente de l’association française contre les myopathies (AFM), Laurence Tiennot-Herment s’est déclaré profondément choquée et attristée par cette prise de positions de pans importants du catholicisme le plus conservateur.

Il faut savoir que si l’attaque est d’abord venue de milieux marginaux au sein de l’Eglise catholique l’évêque de Fréjus et Toulon, Mgr Dominique Rey, est proche du traditionalisme, une bonne dizaine d’évêques a décidé de relayer ce combat plus que douteux.

C’est le cas, entre autres, de Mgr Maurice de Germiny, l’évêque de Blois qui est allé jusqu’à  opposer un non catégorique. En tout aussi tristement décalé, nous citerons la phrase du bras droit de Mgr Vingt-Trois, son vicaire général, Mgr Michel Aupetit, pour lequel  » le progrès technique n’est pas toujours un progrès humain « .

Que fait-il des malades et des familles ?

Les éventuelles répercussions sur le Téléthon désormais tout proche, pourraient être tragiques si les dons devaient baisser.

Honneur soit rendu à  un évêque moins obscurantiste que ses confrères, Mgr Michel Dubost, d’Evry et Corbeil, qui se montre opposé à  cette malheureuse et funeste croisade. Selon lui,  » il nous faut accepter que l’éthique chrétienne ne soit plus, à  elle seule, celle qui soutient et anime l’éthique de la société  » vient-il de déclarer, fort lucidement. Ce prélat a eu un frère myopathe décédé à  l’âge de quinze ans. Il estime  » très insupportable que l’on commence une guerre avant d’avoir épuisé les solutions qui sont nécessaires pour résoudre un vrai problème « .

Avec beaucoup de courage, un diacre du diocèse d’Amiens, lui-même myopathe, Jean-Christophe Parisot, précise qu’un éventuel appel au boycott, soutenu par une poignée d’évêques intégrisants, serait  » d’une gravité exceptionnelle et contre la morale chrétienne; il découragerait les donateurs, les malades et les familles « .

Lancé il y a vingt par Pierre-Henri Arnstam et Jean-Pierre Spièro, le Téléthon est très vite devenu un grand moment de générosité et de solidarité.

Le combat mené par les intégristes, au nom d’une fausse morale, toute abstraite et inhumaine, pourrait cette fois avoir de vraies et redoutables conséquences.

Golias souhaite que les franges plus éclairées de l’Eglise catholique oseront non seulement s’opposer à  tout éventuel appel au boycott. Ces dernières sauront reconnaître les priorités éthiques et contribuer au service des hommes, en saluant des initiatives de vraie fraternité sachant déployer avec intelligence les moyens nécessaires. Comme celle du Téléthon.

Golias « une secte terroriste » ?

Le forum d’actualité du portail jeune de la Conférence des Evêques, InXL6, vaut le détour.

On y apprend, par exemple que, « si l’info vient de chez Golias … méfiance car ils sont prêts à  tout pour se payer Anatrella et comme c’est pas les soucis déontologiques qui les étouffent … méfiance ! »

Ces mots écrit sous le pseudo « Job » en disent long sur l’amour de cet internaute pour notre revue puisque, lorsque que l’on ose comparer Golias et le Canard enchaîné, il s’enflamme :

« Golias est plus près dans sa déontologie de Closer ou de Gala que du Canard ! »

Et si quelqu’un s’avise de souligner la pertinence du trombinoscope, sa réponse est cinglante : « ce n’est pas de bons informateurs qu’ils sont mais de bons délateurs … ce n’est pas la même chose ! »

Nous voilà  donc mis au banc des accusés, nous qui pensions faire oeuvre non de justice mais simplement d’honnêteté en révélant des informations en notre possession ! Ce qui nous semble être le travail d’un journal !

Pour ce qui concerne le débat d’idée, cela fait bien longtemps que nous l’avons commencé et que nous le poursuivons sans avoir besoin d’une « affaire » pour nuire à  ce prélat !

Mais on sent bien que ce forum sur Anatrella est plus une occasion de déverser le fiel d’une partie de l’Eglise sur Golias.

Pour preuve, cette petite note qu’aucun modérateur ne démentit : « et dire que ce sont des prêtres…. défroqués ! (ceux de Gollias) » !

Voilà  une vraie nouvelle … pour toute l’équipe de rédaction… Il n’y en a aucun dans les proches collaborateurs ! Mais face à  ces désinformations, c’est pourtant nous qui sommes « un papier assez puant (…) Une enquête est en cours et tant mieux. Mais le fait que l’info en question provienne de Golias est (pour moi) un critère négatif sur le plan de sa crédibilité »…

C’est clair que InXL6 est d’une probité et d’une hauteur de vue exceptionnelles !

Il paraît même que nous avons « monté un complot » et qu’il y a eu « de façon presque officielle un appel à  « témoin » pour trouver quelqu’un qui accepte de témoigner contre le Père Anatrella ».

Et nous voilà  considérés comme les « persécuteurs » d’un prélat transformé en « martyr de cette époque qui a pour père le fils du mensonge » ! Mais « Philéas » va plus loin, sans qu’intervienne le modérateur, puisque Golias devient une « secte terroriste »… Nous sommes même qualifiés de « mafieux » ! Les mots ont-ils encore un sens ?

D’autres, il est vrai accuse Christian Terras d’être au CA du réseau Voltaire…

Mais les mêmes, compris InXL6, pensent que le « public est imbécile » ! Qu’ils se retirent donc de ce monde complexe !

Allez encore une dernière citation pour la route qui sera longue vers la probité : « Il est bien évident que la crédibilité de Golias dans une affaire comme celle-ci est proche de zéro. Qu’on se souvienne que même l’Abbé Pierre avait dénoncé le comportement abject de ce journal. Et surtout, qu’on se demande : « à  qui profite le crime ? ».
En l’occurrence, il est évident que l’affaire profite surtout aux gens qui veulent faire taire la voix d’Anatrella
».

Or Mgr (oui, il l’est même s’il n’est pas évêque !) continue de parler à  Rome dans le cadre très officiel de la congrégation dont il est consulteur.

Il faudra nous donner les référence de la dénonciation de l’abbé Pierre !

Et nous voilà  coupable de « crime » !

Bravo le modérateur du site… A tout le moins, peut-on dire qu’il y a une grande liberté d’expression sur ce site !

Turbulences violettes

On ne peut que se réjouir de voir nos évêques réfléchir avec soin sur la question de « « trois différences structurantes dans notre société : homme/femme, père/mère, frère/soeur ».
Là  o๠un seul homme, Mgr Anatrella, régnait en maître, c’est un groupe pluridisciplinaire d’experts qui a travaillé pendant un an (petite précision donc : l’absence de l’expert n’a rien à  voir avec Golias puisque le groupe est né en 2005 et il n’en fait pas partie… mais les évêques étaient sans doute au courant depuis longtemps des accusations portés contre lui.

Mais le trouble apparaît bien vite dans la contradiction des discours de Mgr Buguès et du Cardinal Ricard : Pour le premier, qui présidait le groupe de travail, « Notre mission était d’approfondir des sujets importants pour nos ministères de pasteurs, de comprendre et de fournir des arguments dans le débat du moment » et sa conclusion est des plus claires : « Mission accomplie : après un an de réflexion sur trois différences structurantes de la vie sociale (homme/femme, père/mère, frère/soeur) le groupe de travail, constitué en novembre 2005, a terminé sa mission » ! Les évêques ont donc désormais des compris et peuvent argumenter !

Le président de la Conférence épiscopale tint un langage fort différent, voire contradictoire, puisqu’il avoua dans son discours de clôture que, notamment sur la « théorie du gender », « des approfondissements restent plus que jamais nécessaires : la figure masculine, l’autorité, la fraternité et la filiation, d’autres encore… Pourquoi ne pas intéresser à  cette réflexion, vitale pour l’avenir de notre société, des cercles plus larges : des philosophes, des spécialistes des sciences humaines, des responsables politiques… ? La voie de la recherche sera longue. Nous sommes heureux d’en avoir parcouru aujourd’hui les premiers pas » !

L’alternative est donc entre un travail fini et une réflexion interdisciplinaire qui doit se poursuivre… Et sur ce point, nous suivons le Président des Evêques, non sans souligner, que sur des questions aussi controversées parce que d’une très grande complexité, les responsables de l’Eglise se disent « heureux » de balbutier, puisqu’ils reconnaissent n’avoir fait que « les premiers pas »… Une Eglise joyeuse d’accompagner l’homme nouveau sans prétendre posséder la vérité… Mgr Ricard, on a envie de vous faire la bise ! Et bon courage pour la prochaine visite ad limina ! Ajoutons, Dieu merci, que les deux évêques se retrouvent sur la place fondamentale de la Bible… Tout dépend de son interprétation et de la manière dont on travaille : Mgr Brugès s’est réjoui que ses pairs travaillent « vite » ! Mais il a aussi de ses voeux des lieux de débats et d’échanges avec les responsables politiques « afin de passer du slogan à  une oeuvre politique »… ce qui sous entend que le travail de recherche fondamentale pour « formuler des propositions positives, dynamiques, pratiques, qui permettent de construire une parole d’Eglise claire, audible et compréhensible » n’est pas terminée !

Croyances et Libertés : l’inacceptable

L’épiscopat français a fondé en décembre 1996 une association intitulé « croyances et libertés ». Elle figure dans le journal officiel de la République française, en date du 15 janvier 1997. Elle se fixe pour objet, selon le même document : de « défendre, d’une part, la liberté religieuse, le droit au respect des croyances, d’autre part, les dogmes, les principes, la doctrine de l’église catholique, ainsi que ses institutions ».

Cette association se fixe en réalité pour but non de promouvoir la liberté mais de la limiter. La formulation même de l’objet, au travers d’un balancement faussement subtil, me semble suffisamment éloquent. L’association entend défendre les dogmes. Que l’institution à‰glise catholique défende les dogmes en son sein peut sans doute se défendre, même si une théologie éclairée remet sérieusement en cause cette idolâtrie équivoque d’une vérité coulée dans le bronze; ce qui est inacceptable, c’est de vouloir limiter le droit d’hommes libres, croyants ou mécréants, au nom d’expressions figées d’une minorité trop arrogante. Au nom de la Bible, du Coran, ou de quelque autre doctrine que ce soit.

L’épiscopat revendique le droit au respect des croyances. Fort bien. Pourquoi ne va-t-il pas jusqu’au bout et ne revendique-t-il pas également le respect des incroyances, et d’une critique intellectuelle toujours salubre et roborative? L’épiscopat aurait-il la mémoire courte? Oublierait-il les condamnations portées par le Syllabus de la liberté de conscience? L’index, liste de livres prohibés, est resté en vigueur dans l’à‰glise romaine jusqu’en 1968. L’exemple des fanatismes n’est-il pas concluant? La fatwa portée contre Salman Rushdie, terrorisme des esprits et des corps, montre bien à  quelle extrémité pour le moins fâcheuse peut conduire la « susceptibilité » en matière de convictions religieuses. Nos évêques veulent-ils restaurer la loi sur le blasphème promulguée en 1825 par Charles X? En tout cas, ils en prennent dangereusement le chemin.

En République, un tel objet pour une association nous semble inacceptable et périlleux. Les évêques, comme gênés de leur initiative, prétendent couper ainsi l’herbe sous les pieds de groupuscules intégristes plus radicaux. Sans doute. Après tout, ne se crèverait-on pas un oeil pour éviter de devenir aveugle? La suggestion est avancée avec le plus d’ironie possible dans « le malade imaginaire » de Moili ère. La régression déplorable que constitue la volonté d’établir une censure dogmatique intolérante, imposée à  la société civile, au mépris de tout sens de la laïcité, traduit de la part des évêques français une étonnante étroitesse d’esprit : Flaubert dénonçait déjà  « la bêtise de conclure ».

Cette association entend pourfendre affiches, livres ou slogans dont le contenu serait susceptible de blesser la sensibilité des croyants. Les évêques ont-ils perdu le sens d’humour, si lié parfois au bon sens. J’ai envie de leur citer ce mot de Joseph Folliet : « heureux qui sait rire de lui-même, il n’a pas fini de s’amuser ».

Affaire Anatrella : Henri Tincq, désinformateur en chef du journal « Le Monde »

L’affaire ne manque pas de sel et le journaliste de souffle.

Alors que deux patients se plaignent d’avoir été abusés par le prêtre-psychanalyste Tony Anatrella, le Monde du 21 novembre 2006, sous la plume de Henri Tincq ne trouve rien de mieux, en rendant compte de cette affaire, que de se placer du côté du mis en cause, avec le titre : « le Père Anatrella se dit victime d’une dénonciation calomnieuse ».

D’apres le Monde, il aurait d’ailleurs porte plainte contre X. Le choix du journaliste est ainsi clairement annoncé. La moindre honnêteté aurait été de partir des victimes et de la « dénonciation ».

L’événement est tout de même antérieur à  la plainte de Tony Anatrella.

De l’article il ressort que les deux patients qui se plaignent des méthodes de leur psychanalyste ne peuvent qu’être des affabulateurs manipulés, en premier lieu par … Golias, bien évidemment.

Impressionnante cette haine que le journaliste nous porte…

Toute la présentation des faits par ce journaliste va se faire à  partir du point de vue du psychanalyste mis en cause, comme si le Monde était en charge de sa défense… L’objectivité ne semble plus guère une vertu journalistique.

Pour y voir clair, remontons à  la genèse des faits tels qu’ils ont été vécus par Golias.

Depuis plusieurs mois, la revue était excédée par l’arrogance et l’étroitesse d’esprit de Tony Anatrella manifestées dans ces articles ou interventions portant sur les questions éthiques sexuelles, en particulier sur l’homosexualité dont il se prétend le spécialiste ecclésiastique.

Et dans toute une série d’articles, Golias a fait plancher ses propres spécialistes pour analyser et critiquer ses positions. Travail normal d’une revue comme la nôtre participant à  un débat général. Mais jamais nous n’avons insinué quoi que ce soit sur ses méthodes thérapeutiques. L’idée d’un dérapage ne nous était jamais venue.

Or à  la suite de ces articles, un ancien patient de Tony Anatrella, qui se nomme Daniel Lamarca, et totalement inconnu de nous jusqu’alors, demande à rencontrer le directeur de Golias.

Il y aura plusieurs longues rencontres qui permettront de constater que le témoignage du patient est sà»r, fiable, émanant d’une personne digne de confiance, fournissant les preuves qu’il avait, en son temps, informé ses supérieurs ou des évêques et que les différents psychiatres qu’il avait consultés par la suite avaient été informés. Christian Terras, directeur de Golias a même été à  plusieurs reprises en contact avec l’ancien supérieur religieux de Daniel Lamarca, lequel lui confirmera les faits dont il avait été le confident en l’an 2000.

De son côte, D. Lamarca se dit prêt à  signer de son nom l’article où il raconte son expérience de patient avec une franchise impressionnante. Nous le mettons en garde, il risque un procès. Est-il prêt à  l’assumer ? Il répond oui. Le témoignage paraît dans le numéro 110.

Il se trouve qu’au mois de mars et sans que Golias en ait eu connaissance, une deuxième victime avait porté plainte et tout cela sans passer par Golias. Selon le Monde, rapportant la réaction de l’avocat d’Anatrella, cette simultanéité démontre le complot. Ce qui n’a aucun sens, les deux personnes ne se connaissant pas.

Pourquoi, et la question est récurrente, les plaintes viennent-elles si tard , nous objecte-t-on ? Parce qu’il faut un mûrissement. Ces affaires touchent le plus profond de la personne et les griefs, toujours imprégnés de culpabilité, sont longs et difficiles à  exprimer. Il ne s’agit pas d’une plainte contre un garagiste malhonnête ou un mauvais payeur… Et puis lorsque le responsable de la souffrance est vu paradant à la télé, montant dans les honneurs, prenant des responsabilités, le mal fait devient insupportable pour celui qui souffre à cause de ce prétendu maître… Nous avons déjà eu l’occasion de le voir dans une autre affaire. Quand on veut jouer la vedette, il ne faut pas avoir trop de casseroles au derrière.

Voilà  comment les choses se sont passées dans cette affaire où Golias a été sollicité sans rien avoir cherché. « Vous êtes, nous dit-on souvent, et ceci explique nos sources spontanées, les seuls à accepter de sortir l’affaire du silence. »

Alors, de la part de Mr Tincq, retourner le procès contre Golias est parfaitement malhonnête. D’autant qu’il avait la possibilité de contacter la source, comme l’ont fait ses confrères : à  la suite de la publication du dossier Anatrella dans le N° 110 de la revue, plus de trente journalistes ont appelé Christian Terras pour en discuter et demander des précisions. Seul Henri Tincq n’a pas appelé ! C’est son droit, mais en revanche nous refusons de le voir mentir sans honte. Comment peut-il, se cachant derrière « l’entourage de M. Anatrella », prétendre que  » Golias avait diffamé Mgr Lustiger«  ? Le terme de « diffamation » a un sens juridique précis. Et bien, jamais le cardinal Lustiger, et nous lui rendons volontiers cette justice, n’a intenté le moindre procès à Golias pour les critiques que nous avons pu lui faire sur la manière dont il a assumé sa fonction. Zéro pointé pour le journaliste.

Heureusement dans la presse nationale, certains ont fait leur travail de journalistes avec compétence et déontologie à l’instar de Sophie des Déserts qui a consacré deux pages dans le Nouvel Observateur, Eric Vavreau (Libération) et Nelly Terrier (Le Parisien), sans oublier Europe qui, le premier a relayé notre dossier.

Lorsqu’il parle de Golias et de nos dossiers sur le Rwanda, M. Tincq se plante encore plus magistralement : dans le procès intenté à  Golias par « Reporters sans frontières » et qui concernait un prêtre rwandais journaliste (c’est à  ce seul titre professionnel que RSF était en capacité juridique d’intervenir) cet organisme a été débouté et c’est le contraire qu’il aurait dù écrire, à savoir que c’est Golias qui a gagné.

Nous mettons H. Tincq au défi de produire un jugement contraire à  que ce que nous affirmons ici. Et à travers ces mensonges ramassés sans contrôle auprès de « l’entourage de M. Anatrella » ou en se fiant à « ses proches », éclate une volonté de nuire à n’importe quel prix, de salir coûte que coûte, quitte à fouler au pied le minimum de sérieux que l’on est en droit d’attendre d’un journaliste du Monde.

Et puisque cet éminent connaisseur des choses d’Eglise est si préoccupé du Rwanda (où d’ailleurs il n’a jamais mis les pieds), pourquoi ne parle-t-il pas de la condamnation que vient de subir dans son pays le Père Wenceslas Munyeshyaka ? Il y a pourtant plus de 11 ans que ce même abbé Wenceslas, réfugié en France, a été mis en examen par la Justice Française et que, depuis, rien ne bouge, malgré une condamnation de la Cour Européenne de Justice pour longueur abusive de procédure.

Qu’a-t-il fait pour dénoncer la situation d’un homme qui s’affirme innocent et qui traîne derrière lui, sans jugement, des accusations infamantes depuis si longtemps. Il veut parler du Rwanda ? D’accord, Golias y est prêt.

Mais pour le moment, revenons à  ce que dit son article de M. Anatrella, en se contentant de faire parler son « entourage » et ses « proches ». Ce monsieur mis en cause n’avait-il donc rien à dire à un ami apparemment bien disposé ? Bel exemple d’enquête !

L’avocat d’Anatrella annonce, toujours dans « le Monde », un dépôt de plainte et donc un procès. On attend pour voir.

On peut s’étonner aussi que l’avocat d’Anatrella s’étonne de l’anonymat dans lequel veut rester la deuxième victime. Une plainte n’est jamais anonyme.

A Golias, nous n’aimons pas les procès qui nous coûtent argent, temps et énergie. Mais s’il le faut, nous irons sans crainte. Pour le moment, nous attendons la suite. Dans ce genre d’affaires, nous avons été trop habitués à l’effet d’annonce : la personne, accusée et dépourvu d’arguments, annonce un procès pour jouer l’innocence qui ne craint pas les lumières du prétoire. Le temps passe, rien ne bouge, le procès n’a jamais lieu car aucune plainte n’a été déposée, ou la consignation n’a pas été faite. L’opinion publique oublie, restant à son idée d’innocence. C’est gagné.

Et le meilleur pour la fin. Henri Tincq répercute aimablement l’idée de la « machination », du complot que lui aurait soufflé les « proches » toujours eux !. Il s’agirait selon le défenseur d’Anatrella, d’une affaire montée par les homosexuels pour se venger et se débarrasser de leur pourfendeur.

Le complot… Nous y voilà  ! Recours un peu trop facile en l’absence d’enquête sérieuse. Dernière cartouche, en général réservée à certains tribuns. Demain va-t-on voir ressortir la main judéo-maçonnique ? On a connu le même système de défense avec François Lefort, ce prêtre condamné pour pédophilie et qui dénonçait un complot des proxénètes d’enfants… Les deux personnes qui accusent Anetrella ne participent à aucun mouvement d’homosexuels. Daniel Lamarca, pour sa part, vit loin de la capitale, dans la montagne, portant seul le poids de sa douloureuse expérience. Que les organisations gays s’intéressent à l’affaire, ça se comprend, mais elles ne sont nullement à son origine et elles ne l’ont pas instrumentalisée.

Non, M. Tincq, il n’y a pas de complot ! Il y a seulement deux personnes, et peut-être davantage demain, qui ont souffert des méthodes du Docteur Anatrella et qui veulent le faire savoir, pour au moins que cesse le scandale. Et cela, il semble bien que Monsieur Tincq, dans sa rage de se « payer » Golias, ne l’a pas compris ou n’a pas voulu le comprendre, persuadé qu’il est d’être investi de la mission de sauver l’institution menacée une nouvelle fois par un gros scandale.

Golias

Croyances et liberté : l’inacceptable

La cour de cassation a cassé le 14 novembre dernier un arrêt de la cour d’appel de Paris, interdisant une publicité mettant en scène… la Cène.

La photo reproduisait la Cène peinte par Leonard de Vinci en 1497. A une différence près que les Apôtres étaient remplacés par des femmes. Un seul homme figurerait de dos, torse nu, à  la droite du Christ.

L’épiscopat français, choqué, avait réagi par le biais de son association « Croyances et libertés » et avait assigné un référé le 25 février 2005 l’agence de publicité Air Paris, à  l’origine de ce « crime de lèse majesté catholique » pour « injure visant le catholicisme ». Le 10 mars 2005, l’interdiction de la publicité est prononcée. Le jugement sera confirmé en appel en avril 2005 comme « acte d’intrusion agressive dans le tréfonds des croyances intimes ».

La cour de cassation ne suit pas la cour d’appel et casse l’arrêt. Pour la plus haute juridiction française en effet il n’y a pas en l’état « d’atteinte personnelle et directe ». Analyse.

L’épiscopat français a fondé en décembre 1996 une association intitulé  » Croyances et libertés « . Elle figure dans le journal officiel de la République française, en date du 15 janvier 1997. Elle se fixe pour objet, selon le même document : de  » défendre, d’une part, la liberté religieuse, le droit au respect des croyances, d’autre part, les dogmes, les principes, la doctrine de l’église catholique, ainsi que ses institutions « .

En réalité, cette association se fixe pour but non de promouvoir la liberté mais de la limiter. La formulation même de l’objet, au travers d’un balancement faussement subtil, semble suffisamment éloquent. L’association entend défendre le dogmes. Que l’institution Eglise catholique défende les dogmes en son sein peut sans doute se défendre, même si une théologie éclairée remet sérieusement en cause cette idôlatrie équivoque d’une vérité coulée dans le bronze; ce qui est inacceptable, c’est de vouloir limiter le droit d’hommes libres, croyants ou mécréants, au nom d’expressions figées d’une minorité décidément bien trop arrogante. Au nom de la Bible, du Coran, ou de quelque autre doctrine que ce soit.

L’épiscopat revendique le droit au respect des croyances. Fort bien. Pourquoi ne va-t-il pas jusqu’au bout et ne revendique-t-il pas également le respect des incroyances, et d’une critique intellectuelle toujours salubre et roborative?

L’épiscopat aurait-il la mémoire courte?

Oublierait-il les condamnations portées par le Syllabus de la liberté de conscience? L’index, liste de livres prohibés, est resté en vigueur dans l’Eglise romaine jusqu’en 1968.

L’exemple des fanatismes n’est-il pas concluant? La fatwah portée contre Salman Rushdie, terrorisme des esprits et des corps, montre bien à  quelle extrémité pour le moins fâcheuse peut conduire la « susceptibilité » en matière de convictions religieuses.

Nos évêques veulent-ils restaurer la loi sur le blasphème promulguée en 1825 par Charles X? En tout cas, ils en prennent dangereusement le chemin.

En République, un tel objet pour une association nous semble inacceptable et périlleux. Les évêques, comme gênés de leur initiative, prétendent couper ainsi l’herbe sous les pieds de groupuscules intégristes plus radicaux. Sans doute.

Après tout, ne se crèverait-on pas un oeil pour éviter de devenir aveugle? La suggestion est avancée avec le plus d’ironie possible dans « le malade imaginaire » de Molière.

La régression déplorable que constitue la volonté d’établir une censure dogmatique intolérante, imposée à  la société civile, au mépris de tout sens de la laïcité, traduit de la part des évêques français une étonnante étroitesse d’esprit : Flaubert dénonçait déjà   » la bêtise de conclure « .

Cette association entend pourfendre affiches, livres ou slogans dont le contenu serait susceptible de blesser la sensibilité des croyants.

Les évêques ont-ils perdu le sens d’humour, si lié parfois au bon sens.

Nous avions envie de leur citer ce mot de Joseph Folliet :  » heureux qui sait rire de lui-même, il n’a pas fini de s’amuser « .

La grave responsabilité des évêques français dans l’affaire Anatrella

Quel étrange silence vient de s’installer dans les médias depuis la publication par Golias de son dossier sur « monsignore » Anatrella.

Silence donc dans les rangs de la presse qui, en général, et parce que c’est là  son travail d’informateur ne craint pas de venir à  la source du renseignement, ne serait-ce que pour en vérifier l’authenticité (ce qui est son droit et même son devoir).

Ici, curieusement, mis à  part Europe 1 et un hebdomadaire qui devrait, dit-on, publier prochainement un « papier  » sur cette affaire, il y a comme une énorme frilosité (vraiment un très grand froid) ou – plus joliment un de ces accès de pudeurs bien étranges

Il est vrai qu’il faut caler juridiquement le papier – ce que l’on peut comprendre – en s’assurant que la plainte de la deuxième victime a bien été déposée en bonne et due forme. Passons !

Reconnaissons qu’il y a vraiment de quoi frémir avant de s’aventurer à  publier quelque article en la matière : voilà  le psychologue patenté de l’église de France, (mieux même de la catholicité tant serait grande, dit-on son influence dans certains milieux romains), qui tonne à  qui mieux mieux dans toutes les colonnes qui veulent bien l’accueillir sur l’homosexualité par exemple.

Mais il ne saurait se limiter à  ce sujet qui lui tient sans doute particulièrement à  coeur : il donne sans barguigner son avis sur tout ce qui touche à  la sexualité. Il vous commente avec brio tout ce que doivent faire les couples dans leur vie conjugale pour être en conformité avec ces règles édictées par quelques vieux garçons de la Curie qui n’ont sans doute jamais lu le patriarche Athénagoras ( » Quand un homme et une femme s’aiment en vérité, je n’ai pas à  entrer dans leur chambre. Ce qu’ils font est saint  » aurait-il un jour avancé).

Mais il se trouve que ce « psy » est, par ailleurs, prêtre, ce qui est un état éminemment respectable jusqu’à  ce que le pavillon couvre une marchandise frelatée !

Il se trouve qu’il est la coqueluche d’un certain nombre d’organisateurs de sessions et d’éditeurs. Il se trouve enfin qu’il a la prétention d’exercer une espèce de magistère moralisateur qui se double d’une aura d’expert. Il est devenu ainsi la voie autorisée, le porte parole d’une certaine Eglise officielle, le consultant qu’on met (et qui se laisse mettre) à  toutes les sauces. Il est ainsi devenu – mais sans doute pas à  son corps défendant – le directeur de conscience de ces milliers (ou plutôt centaines de milliers) de couples qui essaient de vivre leur vie d’époux – et d’amants – en louvoyant entre des directives catholiques romaines absconses, hors de toute réalité et pour tout dire inhumaines.

Pitoyables discours qui n’auraient d’ailleurs jamais du voir le jour si l’enseignement des Béatitudes n’avait pas été au fil des siècles, accaparé et faussé par ceux qui ont oublié que la Parole à  transmettre devait ouvrir sur des perspectives d’amour et de liberté.

On conçoit sans peine que l’institution soit aujourd’hui embarrassée et qu’elle se réfugie dans un silence qui en dit long sur cet embarras !

On conçoit sans peine qu’elle se serait bien passée, par les temps qui courent, de cette nouvelle affaire qui vient se télescoper avec le dossier des prêtres intégristes et la remise en cause implicite des acquis de Vatican II (bien qu’on nous affirme le contraire !).

Car c’est bien là  que gît le problème. Celui qui entendait marquer de son empreinte l’Eglise de France, et qui l’a fait en partie au demeurant, le cardinal archevêque de Paris pour ne point le nommer était au courant de cette affaire depuis plusieurs années, ainsi que deux autres évêques : Mgr Gilson (ex de Sens-Auxerre) et Mgr Sandreau (ex Le Mans). Qu’a-t-il fait ? Rien. Et pendant ce temps, le pitoyable « consultant » a continué de sévir, d’aggraver parfois la détresse de ceux qui lui était adressés en toute bonne foi, de distribuer des « enseignements » qui se révèlent aujourd’hui particulièrement fallacieux.

Car si l’on peut croire des témoins qui se font tuer pour ce qui leur paraît essentiel, quel sort faut-il réserver aux paroles d’un homme qui a profondément failli à  ses obligations professionnelles élémentaires et qui a finalement dupé tous ceux qui lui faisaient confiance. Ceux qui l’ont couvert et qui ne l’ont pas empêché de nuire sont, d’une certaine manière, tout aussi coupable que lui !

Une fois de plus, les atermoiements, le refus d’intervenir, de prendre les mesures de sauvegarde pour éviter que de tels prédateurs continuent à  sévir, viennent ternir gravement l’image que l’Eglise se doit de donner dans un monde déboussolé (pensons au débordements du libéralisme sauvage, aux souffrances qu’il engendre, aux délires plus ou moins mystiques de l’homme le plus puissant du monde).

Il n’est plus temps aujourd’hui de jeter pudiquement le manteau de Noé sur ces débordements; Ils sont d’autant plus inadmissibles qu’ils atteignent des êtres souvent fragiles et qu’ils enfreignent les règles les plus élémentaires de la déontologie.

Quels cadavres ont été exhumés des placards pour qu’on ait réussi cet exploit de juguler littéralement la presse dite d’information ?

Que l’on enquête, que l’on vérifie deux, trois, dix fois l’information, rien que de plus normal et même souhaitable, nous l’avons dit.

Mais quand il n’y a rien qu’un silence étrange, inquiétant, quand on se contente de détourner les yeux et la tête parce que le brouet est par trop nauséabond, que faut-il penser ?

Sans doute les pressions (ou les menaces) ont dà» être à  ce point contraignantes qu’elles ont réduit au silence des chroniqueurs que l’on dit « talentueux » et généralement « bien informés » (et bien en cour). Nous ne pouvons croire qu’il n’y aurait plus d’honneur et de courage chez nos confrères ? O๠est-il ce « quatrième pouvoir » qui devrait faire trembler tout autant les hommes d’Eglise que les politiques.

Initium sapientiae, timor domini nous faisait-on apprendre dans nos humanités. On aurait pu croire que cet adage était transposable dans une société qui use et abuse du terme de transparence, et qu’à  défaut de la crainte de Dieu, celle du dévoilement pouvait être salutaire.

Mais la presse se tait peut-être parce qu’au delà  des intimidations probables, elle traîne encore ces vieux préjugés selon lesquels la personne et les actes des clercs, dont l’Eglise, sont hors de tout critique.

Notes
(1) Rectifions tout de suite une erreur assez fréquente : ce monsignore n’a d’ailleurs pas eu les honneurs du Trombinoscope car il n’a jamais eu charge d’âmes dans un diocèse,…et c’est heureux. Tout au plus a-t-il grappillé dans une quelconque cour romaine – ecclésiastique bien entendu – ce titre vaguement ronflant mais sans grande signification. Même si « l’expert en psychiatrie sociale » occupent deux portes de consulteurs au Vatican dans les dicastères de la santé et de la famille ».

Lecture idéologique ? Tiens donc !

Le discours inaugural de l’Assemblée de Lourdes que vient de prononcer le cardinal Jean-Pierre Ricard constitue un camouflet injurieux pour tous les catholiques de progrès malgré les précautions d’usage qui sont exprimées ici ou là  et les concessions faites à  une vision ouverte de la mission de l’Eglise.

Mgr de Bordeaux entend nous faire avaler la pilule amère de la réintégration des intégristes dans le giron. En décochant au passage une pique aux catholiques (progressistes cela va sans dire) qui font une lecture « idéologique » du Concile Vatican II.

Le Président de la Conférence des évêques participent là  à  cette oeuvre bien déplorable de révisionnisme de l’espérance conciliaire en cours à  Rome.

Au fond, il s’agit de donner une interprétation châtrée de Vatican II qui rend superflu le combat des intégristes contre le dernier Concile.

Les discours inauguraux des Assemblées plénières revêtent toujours une importance particulière. L’orientation de fond est donnée.

Le texte doit être décrypté avec attention.

En effet, le patron des évêques doit d’une certaine façon ménager un peu toutes les sensibilités de ses pairs. Néanmoins, une lecture attentive permet de discerner la direction imprimée, de façon toute ecclésiastique, cela s’entend.

Au début, Mgr Ricard donne dans le discours moraliste convenu à  deux sous :  » Dans une société o๠une économie de consommation exacerbe les besoins de l’individu, nous risquons de devoir n’exprimer que la défense des intérêts individuels, voire catégoriels. On défendra plus ses droits qu’on n’obéira à  ses devoirs. La perspective du bien commun, avec les sacrifices et les ajustements qu’il exige, court le risque d’être oubliée « . L’individualisme a toujours bon dos.

Le cardinal Ricard revient sur la défense du mariage et de la famille.  » Il est donc important que notre législation défende le statut du mariage et que l’Etat soutienne les familles. On ne peut que les fragiliser si on aidait des modèles pluriels d’unions et de familles, si on pense que tous se valent et qu’il faut aujourd’hui s’aligner sur la pluralité de fait des situations « .

Les évêques ont trouvé une cible facile qui leur vaudra les félicitations romaines : le mariage gay.

En ce qui concerne la situation ecclésiale, Mgr Ricard déplore un  » mouvement profond de sécularisation « ; Il émet un jugement négatif :  » des courants d’opinion relégueraient volontiers le christianisme dans la pure sphère du privé et de l’intime « .

Le jargon prétentieux ne saurait dissimuler l’inconsistance d’une analyse qui devrait être affinée.

Enfin, last but not the least, le cardinal revient sur le sujet très épineux de la réintégration des intégristes. Au fond, les problèmes viendraient des progressistes qui défendraient leur propre idéologie et liraient le Concile de travers.

Notons d’ailleurs que les intégristes ne lisent pas du tout Vatican II, qu’ils n’aiment pas, ou alors le font de manière critique.

Une phrase de Mgr Ricard nous semble tout à  fait insupportable :  » ce n’est pas à  une lecture idéologique de Vatican II que nous sommes appelés mais bien à  une relecture spirituelle…« .

Au fond, un Concile pour rien ?