A peine moins que Dieu

« Il dit » et « Il fait » les formules reviennent comme un refrain, et le « fait » est déjà  dans le « dit ». Les deux moments sont comme un seul. Cette hymne à  la Création multiplie les allusions aux croyances contemporaines de leurs auteurs. Nous sommes à  Babylone, la religion d’empire a son « credo » expliquant l’origine du monde. La communauté des exilés s’empare du mythe. Par petites touches et « mine de rien », elle s’en prend aux « vérités » de la civilisation contemporaine. Elle s’oppose à  la multiplicité des dieux babyloniens, concentre notre attention vers un seul Acteur, rabaisse le Soleil et la Lune (divinisés par les religions antiques) aux rangs de luminaires, création du quatrième jour. L’auteur sacré récapitule toute la religion à  partir du Dieu Unique : le premier jour, Il « dit » et la Lumière « fut »¦

En cette nuit pascale, nous sommes gagnés par la poésie, et la mélodie d’un texte qu’aujourd’hui nous savons ne plus prendre à  la lettre. Le récit est catéchèse pour nous parler du 7èmejour réservé à  la prière et pour situer l’homme dans l’Univers. Précisément que dit-il de nous ?

La Bible et sa Culture dans le commentaire dense consacré à  cet extrait observe : « Dieu crée en séparant, c’est-à -dire en instaurant des relations entre les réalités qu’il individualise. On notera que cette pensée est loin d’être étrangère à  notre psychologie moderne, qui sait combien il est important de sortir de l’indistinction et du fusionnel, pour que l’être humain trouve son identité en entrant dans un monde de différences et de relations ».

Donc après avoir séparé les divers entités de sa création, le Seigneur Dieu en vient à  une sorte de délibération par un verbe à  la première personne du pluriel inédit jusqu’alors : « faisons l’homme à  notre image, comme notre ressemblance ». Et cette nouvelle créature est d’emblée masculin et féminin. Le commentateur précité observe encore les différences par rapport à  la consigne d’être féconds et de se multiplier adressée aux animaux : à  présent cette consigne est donnée de personne à  personne : « il leur dit ».

« A peine les fis-tu moindre qu’un dieu » : le verset 6 du psaume 8, ferait allusion aux anges. Mais est-ce qu’à  l’heure du Big Bang supposé à  l’origine de notre monde, de l’agnosticisme, du relativisme, le texte de la Genèse ne dit-il pas davantage ? A l’heure o๠l’homme préfère rester ouvert à  toutes les hypothèses sur ses origines et ceux de l’Univers, à  l’heure o๠l’homme se sait capable des plus grandes prouesses techniques tout en n’aspirant qu’aux bonheurs de la terre, à  l’heure o๠la mort devient une fin absolue sauf hypothétique ré-incarnation, que peut bien nous révéler de solide, de crédible et d’engageant ce texte de la Genèse ?

Il pose le principe Dieu, -Quelqu’un d’autre-, est à  l’origine des existences et de notre existence (un postulat somme toute raisonnable ou tout au moins envisageable). Pour l’homme, à  la fois masculin et féminin, il a voulu des êtres à  son image et à  sa ressemblance, des êtres libres, autonomes, bénéficiaires de toute la création pour le bon (il vit que tout cela était bon), pour le bonheur. Qu’avons-nous fait de notre toute puissance, qu’en faisons nous quotidiennement, que faisons-nous de notre environnement, que faisons-nous de nos relations, quelle est notre ouverture à  l’Autre et aux autres ?

Le Fils de l’Homme est Fils de Dieu¦ Il est venu rétablir l’amitié et la filiation méconnues. Il a aimé les foules, il a aimé les pauvres, il a reçu et interpellé les riches, il nous a aimé et il nous aime¦ Il s’est donné à  la mort, pour nous ramener à  la Vie. Changer notre regard sur le monde, chercher sa Présence, aimer et se savoir aimé.

© Jean Doussal

« Qu’as-tu fait de ton frère ? » (fin)

Les évêques nous interpellent en vue des prochaines élections présidentielles par une formule biblique.

Caïn a tué son frère Abel¦ Indifférent le coupable continue à  vivre sa vie : « suis-je le gardien de mon frère » ? Le Seigneur bouscule sa conscience d’homme, et la sanction tombe : « maintenant sois maudit et chassé du sol fertile qui a ouvert la bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère ».

L’affaire est entre Dieu et lui¦ pourtant il devrait y avoir aussi les parents Adam et Eve, étrangement absents de ce récit biblique.

Au reste l’assassin craint la vindicte populaire¦

Caïn poursuit le dialogue avec Celui qui l’a interpellé : « ma peine est trop lourde à  porter¦ tu me bannis du sol fertile¦ je serrai un errant¦ le premier venu me tuera ». Mais le Seigneur lui assure protection et liberté. « La fraternité est un objectif qui donne sens à  la vie sociale et qui invite à  l’action politique. Elle passe par l’attention aux plus fragiles et le respect de chaque personne humaine » cf. conclusion du document épiscopal.

Très bien, mais est-ce que les citoyens ont besoin des évêques pour le découvrir et le réclamer ?

Le récit biblique se poursuit, Caïn se retire de la présence de Seigneur, fonde une famille devient « constructeur de ville »¦ de leur côté Adam et Eve ont un nouveau fils.

Les deux lignées remplissent la terre, la suite se renouvellera au cours des âges : « le Seigneur vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre et que son coeur ne formait que des mauvais desseins à  longueur de journée » 7,5. Un homme trouve cependant grâce aux yeux de Dieu : « Noé était un homme juste, intègre parmi ses contemporains, et il marchait avec Dieu ». L’Histoire se répètera avec les descendants de Noé¦ Le Seigneur se choisira des rois, des prêtres et des prophètes¦ Il y aura aussi la grande tradition des sages en Israà«l.

Notre Eglise a tendance à  enfermer dans des « ordinations » l’expression des fidèles du Christ. Il appartient aux évêques d’authentifier, comment et avec quel succès dans toute l’Histoire de l’Eglise ?

Je lis leur message. « Nous devons travailler à  vivre ensemble ». « La grandeur de l’homme est d’écouter la voix de sa conscience ». Le bien commun « se doit de prendre en compte non seulement l’intérêt des générations actuelles, mais également, dans la perspective d’un développement durable, celui des générations futures ». Les paroles de ce message sont fortes, équilibrées, dérangeantes souvent. Je les reçois et les médite, avec ma conscience d’homme et de chrétien en essayant de rester en présence du Seigneur, Gen. 4, 16, « en essayant de marcher avec Dieu » Gen. 7, 9.

Le message n’est pas du tout cuit, je devrai choisir, engager un débat fraternel, être solidaire. Ce ne sera peut-être pas le bon choix. J’essaierai de le faire en conscience en électeur responsable.

Caïn est laissé libre profondément libre, peut-il le rester sans Dieu et sans responsabilités de ses frères ?

La suite de l’Histoire Sainte conduit le Seigneur à  la mise en place de médiateurs entre nous et Lui.

C’est pas facile pour eux¦, ce n’est pas facile non plus pour nous¦

Lectures du 4ème et 5ème Dimanche de l’Avent

Année C Michée Chapitre 5
Grands et petits prophètes

Le « grand prophète » Isaïe, et le « petit prophète » Michée sont contemporains, ils analysent la même Histoire. Un juste de l’Eglise « d’en haut », en « prélat » écouté et respecté, parle haut et fort à  la Cour des Grands de notre monde. Un juste de l’Eglise « d’en bas » porte un oeil critique sur les réalités qui sont nos actualités nationales mais aussi régionales et locales.

Là  le macro-économique, le macro-politique, la dénonciation du déséquilibre Nord Sud, un « non » sans appel à  la Guerre dite « justifiée »¦ Ici le micro-social, le regard d’un laïc homme du peuple, paroissien de base : « comme les autres prophètes du VIIIème siècle, Michée dénonce les injustices sociales de son temps. Il insiste pour sa part sur l’accaparement des terres par les gros propriétaires, la malhonnêteté dans le commerce et l’attitude criminelle du peuple y compris ses responsables religieux, prêtres et prophètes » La Bible et sa Culture page 298

Isaïe défie le Roi qui compte avant tout sur son habileté diplomatique pour conjurer le malheur. Il suggère à  la famille royale un descendant qui sera Emmanuel, « Dieu avec nous ». Michée annonce que ce Sauveur, ne viendra pas de la cour des Grands. Une femme le portera dans une bourgade méconnue.

Cette femme est aujourd’hui pour nous, visitant sa cousine Elisabeth¦ Durant ce temps de gestation, puis bientôt d’enfance, Michée nous avertit : « Le Seigneur va abandonner son peuple en attendant le moment o๠la femme qui doit être mère aura un fils ». Cette traduction de la Bible en Français Courant est conforme à  l’original : « le temps de délaissement » annoncé dans le Lectionnaire est bien ce temps o๠Dieu se détourne de nous, nous laissant à  nos choix¦ Pourquoi ne pas rendre ceux-ci, gestes simples de Marie et d’Elisabeth ?

Après et pendant l’exil la Communauté croyante relit grands et petits prophètes : elle précise ici que ceux qui sont partis, rejoindront leurs frères d’Israà«l. Hommes et femmes de Dieu, grands et petits, nous parlent du même Seigneur : après le temps d’abandon, le Messie attendu sera avec nous. Il se dressera et il sera notre berger par la puissance de Celui qui l’envoie, par la majesté du nom de notre Dieu.

25 Décembre Année C Isaïe Chapitre 52 (Messe du Jour)
Qui donc revient ?

La péricope n’est pas d’Isaïe lui-même mais d’un disciple exilé à  Babylone. Cyrus a autorisé le retour des déportés, les exilés sont pleins d’espoir ; ils vont pouvoir revenir à  Jérusalem, relever les ruines du Temple, laisser éclater leur joie sur la colline de Sion. De Babylone à  Jérusalem, de montagnes en montagnes, de guetteurs en guetteurs, la Bonne Nouvelle est relayée : le Seigneur revient.

Le retour visé n’est pas d’abord celui de ceux qui sont partis, c’est le retour du Seigneur. Chaque Noà«l voit « revenir » de nombreux paroissiens. Nous les accueillons avec joie. Ils étaient là  pour nos messes de la veille, les messes de « minuit ». Mais pour la messe du jour, notre église est à  nouveau clairsemée. Nous retrouvons les pratiquants habituels, nous nous retrouvons entre nous, entre paroissiens actifs et convaincus.

Les messagers, les guetteurs¦ ont-ils vraiment fait leur office. L’assemblée était fournie cette nuit : par qui et par quoi était-elle appelée, convoquée ? La chaleur de la famille réunie, le doux spectacle des enfants au pied de la crèche, le folklore de tous les « papas Noà«l »¦ L’appel était médiatique et médiatisée, nous n’avions pas besoin de relayer le message, les guetteurs pouvaient se reposer : l’église serait pleine, et la chorale n’avait qu’à  se mobiliser pour les « Minuits chrétiens » attendus et espérés.

Le disciple d’Isaïe nous invite à  réviser notre préparation de ce Noà«l : avons-nous vu de nos yeux, le retour du Seigneur ? Avons-nous réellement perçu le pas du messager de la bonne nouvelle, qui mobilisait notre attente tout au long de l’Avent ? Avons-nous été la voix de guetteurs « sauvés » pour annoncer la réalité du retour ?

L’auteur inspiré poursuit : « partez, sortez de là  »¦ Le propos s’adresse à  nous, avant de « convertir » les autres, nous avons à  nous convertir nous-même. Et là  le travail est de longue haleine. Il nous faut relire le chapitre 52 en son entier¦ il se termine par le début du quatrième chant consacré au Serviteur Souffrant¦ Nous voudrions tellement que les autres reviennent, alors que notre joie communicative devrait être annonce du Seigneur qui revient.

© Jean Doussal

Billet évangélique du Quatrième Dimanche de l’Avent
Mi 5, 1-4 “ He 10, 5-10 “ Lc 1, 39-45

Pourquoi Marie est-elle bienheureuse ? Parce qu’elle a cru en l’accomplissement des paroles qui lui furent adressées de la part de Dieu. En cette veille de Noà«l, il est important de relire précisément cette béatitude : l’intervention divine, pour surprenante qu’elle fà»t, n’eut rien de magique. C’est la foi de Marie qui rendit possible l’incarnation car, dans l’Esprit, elle a laissé agir la Parole en elle. Jésus reprendra d’ailleurs cette béatitude en l’appliquant à  tous ceux qui croit en la Parole et en vivent. Ce qui fait aussi de chacun de nous une mère de Dieu selon la foi et notre vie devient, pour reprendre les mots d’Elisabeth de la Trinité, l’occasion d’une « incarnation de surcroît ». Voilà  comment du plus petit des clans de Juda peut surgir un berger de paix ! Voilà  comment d’une femme sans prestige dans la société peut rayonner un bonheur pour toutes les générations ! Voilà  comment nous aussi, nous pouvons vivre la même béatitude. Il s’agit de nous associer à  celui qui est venu faire la volonté de Dieu. Comme Marie, comme Jésus, saurons-nous, dire simplement « me voici » pour goà»ter ce que Dieu nous donne, c’est-à -dire lui-même. Fini le temps des holocaustes et de l’ancien culte : une fois pour toutes, le Christ s’est donné dans son corps pour que nos corps, c’est-à -dire nos vies, deviennent offrande d’amour ! En contemplant le mystère insondable du Très Haut qui se fit le Très Bas, par amour, saurons-nous dire : « Me voici pour faire ta volonté ». Laisserons-nous la Parole nous travailler pour devenir le peuple qui enfante la paix ?

Pascal Janin

Lectures du 2ème et 3ème Dimanche de l’Avent

Ils se réjouissent parce que Dieu se souvient.

« Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées, les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies »

Est-ce que Jean le baptiste ne place la barre trop haute pour nous ?

Les mêmes images sont proposées par un disciple de Jérémie. Mais là , le Seigneur lui-même remodèle pour nous la route. Il la balise, l’aplanit, la borde d’arbres odoriférants. Par elle, il s’apprête à  nous conduire dans la joie, à  la lumière de sa gloire.

« Avez-vous lu Baruch, c’était un beau génie » constatait le fabuliste La Fontaine¦ Le livre est attribué au secrétaire du prophète Jérémie. En réalité la communauté de croyants à  l’origine de cette compilation est nettement plus proche de l’ère chrétienne. Les déportés sont revenus depuis deux siècles. Revenus¦ le sont-ils vraiment ?

le sommes-nous vraiment ? L’interpellation nous atteint là  o๠nous sommes.

La communauté en prière observe tout autour d’elle. Elle campe à  Jérusalem , sur la hauteur. Elle porte son regard du côté de l’Asie et de l’Océanie, puis vers l’Afrique, l’Europe, les Amériques : « vois tes enfants rassemblés du levant au couchant par la parole du Dieu Saint ».

Là -bas¦ ici dans mon église paroissiale, tous nous nous mettons à  former une assemblée qui se réjouit.

« Ils se réjouissent parce que Dieu se souvient ». Tu les avais vu partir¦ Dieu te les ramène. En tant que « recommençants », nous sommes allés voir Jean le Baptiste¦ Il a secoué notre torpeur¦ mis en doute notre justice.

A présent nous sommes dans l’attente : est-ce que Jean n’est pas le Christ ? Luc 3,15¦ Jésus va ébranler le prophétisme du Baptiste : les aveugles voient¦ la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres.

Nous sommes prêts à  faire l’impasse de Jean, de son appel à  la conversion et à  la pénitence. Nous ignorons que le livre de Baruch s’ouvre dans le deuil et les gestes concrets d’offrandes : « les gens pleuraient, jeà»naient, priaient devant le Seigneur. Puis ils rassemblèrent de l’argent chacun donnant selon ses moyens » 1, 5¦ La communauté confesse ensuite ses fautes 1, 15- 3,8, puis redécouvre la Sagesse divine, 3,9- 4,4, avant de chanter le poème qui est lecture de ce dimanche.

Paroissiens aujourd’hui réunis, chrétiens de toute confession, hommes et femmes de bonne volonté, « quittez votre mine de tristesse et de découragement », le Dieu Sauveur est à  l’oeuvre aujourd’hui¦ comme hier.

3ème dimanche de l’Avent Année C Sophonie Chapitre 3

Le Seigneur ton Dieu est en toi,

La traduction du lectionnaire intériorise davantage encore les textes originaux qui affirment la présence du Seigneur au milieu de son Peuple. Le clin d’oeil est sans doute volontaire vers Marie portant pour nous le Sauveur annoncé : « Pousse des cris de joie, fille de Sion ». La communauté toute entière est concernée : « à‰clate en ovations, Israà«l ». « Le Seigneur est au milieu de toi ».

« Ne baisse pas les bras ». « Ne laisse pas tes mains défaillir ». Dans l’Evangile Jean énumère les gestes concrets pour préparer la venue d’un Autre déjà  au milieu de nous.

Les appels à  la conversion, nous font un peu peur, mais puisque le héros qui apporte le salut est en nous ?¦ Pourquoi des efforts resteraient-ils nécessaires ?

Nous continuons à  intérioriser au niveau de notre personne un texte avant tout communautaire. Les bras levés sont ceux des gestes concrets de conversion, et de la prière : nous faisons pénitence ensemble, nous sommes sauvés ensemble, nous célébrons ensemble¦

Et voilà  qu’ensemble et en assemblée, nous percevons en chacun de nous la présence du Seigneur. Il met en nous sa joie et son allégresse, il écarte pour nous le malheur et les humiliations.

Le livre de Sophonie est d’abord une succession de critiques à  l’encontre de la société de son temps¦ Chacun en prend pour son grade à  l’intérieur comme à  l’extérieur de « l’Eglise ». Le dernier chapitre exalte le « reste d’Israà«l » une fois écartée « les orgueilleux triomphants » 3,11-13. Cette communauté résiduelle chante le « psaume » de ce dimanche. Le Seigneur au milieu d’elle, sauve les éclopées et rallie les égarés. Il restaure son peuple parmi tous les peuples de la terre 3, 19-20.

© Jean DOUSSAL

Billets évangéliques du 2ème et 3ème Dimanche de l’Avent

10 décembre “ Deuxième Dimanche de l’Avent
Ba 5, 1-9 “ Ph 1, 4…11 “ Lc 3, 1-6

Jean propose un baptême de conversion, littéralement, une plongée dans un changement de mentalité ! Pourtant, c’est à  la marche que nous sommes conviés : une marche en sécurité sur une terre aplanie pour que nous ne trébuchions pas ! Dieu va en effet tracer une voie royale pour le triomphe de ses élus comme les empereurs en faisaient construire pour célébrer une victoire en comblant les ravins et en abaissant les montagnes.

Mais cette grandiose promesse de Dieu n’est pas de l’ordre de la mythologie ; elle s’inscrit bien dans l’histoire comme en témoigne la liste des sept noms que cite Luc. Ce seront aussi ces sept qui s’opposeront au chemin de Jésus : pour un lecteur juif, sept est le chiffre des nations. Elles aussi sont donc invitées à  se réjouir comme Jérusalem ainsi que le montre la communauté de Philippes , ville qui avait la citoyenneté romaine et que Paul affectionne tout particulièrement. Sa prière pour les Philippiens qui le comblent de joie est d’ailleurs remarquable : c’est Dieu qui travaille en nous et achève ce qu’il a lui-même commencé. C’est l’amour qui nous fait progresser dans la connaissance et le discernement. Mais pour recevoir la plénitude de la justice, encore faut-il marcher, préparer le chemin. La traduction : « Vous aurez en plénitude » risque de nous faire croire qu’il s’agit d’une possession. Or le verbe est au passif que les théologiens appellent divin parce qu’il dit que c’est Dieu qui agit. La conversion est donc d’abord notre acquiescement à  cette action de Dieu. De fait, si nous devions compter sur nos seules forces, nous aurions sans doute du mal à  nous réjouir…

17 décembre “ Troisième Dimanche de l’Avent
So 3, 14-18 “ Ph 4, 4-7 “ Lc 3, 10-18

On appelle ce dimanche « Gaudete ». Il nous faut nous « réjouir », car Dieu écarte nos ennemis. Il danse même pour son peuple ! Le violet liturgique de l’attente s’éclaire de la promesse dont la réalisation approche. La couleur sombre devient rose.

Noà«l approche ! Mais ce n’est pas une histoire à  l’eau de rose.

Si l’heure n’est plus à  l’inquiétude mais à  l’action de grâce, elle est aussi celle de la supplication. Et notre première demande à  Dieu est de savoir ce qu’il nous faut faire . C’est la même question qui est posée à  Jean alors qu’il baptise dans l’eau et à  Pierre alors qu’il vient de recevoir le baptême dans l’Esprit et le feu à  la Pentecôte.

C’est notre question à  nous aussi mais nous sommes invités à  (nous) la poser dans la joie parce que Dieu ne nous demande rien d’impossible comme Jean ne demandait rien d’extraordinaire à  ceux qui le questionnaient !

Tous, même les soldats étrangers et les publicains collaborateurs sont appelés à  former le peuple de Dieu. C’est peut-être cela le motif de notre joie et la différence entre Jean et Jésus : l’humanité enfin rassemblée, ne serait-ce pas aussi notre demande la plus pressante à  Dieu ?

Heureusement, sa paix « dépasse tout ce qu’on peut imaginer » ! N’ayons donc pas peur de la paille qui doit brà»ler : il faut bien nettoyer un peu, enlever tout ce qui est inutile et qui pourtant nous encombre en nous attristant ; mais surtout, soyons « dans l’attente » : c’est l’attitude du peuple de Dieu qui implique ouverture et confiance… à  vivre dans la joie !

© Pascal Janin

« Qu’as-tu fait de ton frère ? » (Suite)

« L’argumentation rationnelle », le « réveil des forces spirituelles » initiés par le message des évêques de France en vue de l’élection présidentielle peut donner lieu à  débat : ce message « indiffère » la tradition syndicale à  laquelle j’appartiens !

Deux grandes traditions (au moins¦) font l’histoire du syndicalisme français. La plus ancienne s’est forgée dans les luttes ouvrières, la seconde prend appui sur la doctrine sociale de l’Eglise avec un point incontournable la régulation par la recherche du « bien commun » : est-il légitime pour un fidèle chrétien de contester ce point de régulation ?

Je respecte les autres traditions syndicales. Ma référence s’est également fourvoyée un temps et sans doute encore pour certains, dans le service de partis politiques ou de grandes causes. Les distinctions sont devenues plus claires : toutes les organisations syndicales aiment à  dire qu’elles sont apolitiques et areligieuses, le sont elles vraiment ?

Donc par rapport au message de la Conférence des évêques ma conscience chrétienne peut être interpellée (ce sera l’objet du troisième billet) mais l’essentiel reste pour moi le respect et le service des hommes et des femmes qui me soumettent leurs problèmes. Avec eux j’ai à  chercher les solutions, sans avoir nécessairement en vue le souci du bien commun¦ La formule revient, seul le premier mot change : liberté, démocratie, mondialisation, religion, république, blasphème, environnement¦ « que de crimes commis en Votre nom »¦

Je suis gêné par la dualité de ce document, d’un côté l’Eglise, toute vierge, libre des obligations familiales, entrepreneuriales, étatiques etc. de l’autre nous. Nous sommes soumis aux regards moralisateurs des évêques sur nos vies de familles, nos vies citoyennes, la vie tout court¦

Ils s’en défendent, mais avec quelle crédibilité ?

Car l’Eglise n’a-t-elle pas aussi à  se faire bousculer dans ses organisations, ses structures, ses embauches, ses élections ou plutôt ses absences d’élections ?¦

Régulièrement il est fait appel dans ce message, à  notre sens de l’histoire, à  la mémoire : « Nier l’histoire, la passer sous silence, c’est supprimer toute possibilité d’aboutir à  la fraternité ».

Justement messeigneurs, si le syndicalisme s’est construit en oppositions, en luttes, en grèves, il l’a fait lorsque vos prêtres du passé étaient naturellement et le plus souvent du côté des puissants.

Vous nous interpellez, nous vous interpellons !

1er dimanche de l’Avent. Année C- Livre de Jérémie Chapitre 33

En ces jours-là 

L’expression projette vers l’ « Avent». Elle prépare à  la lecture de l’Evangile : « en ce jour-là  » on verra venir le Fils de l’homme dans une nuée avec puissance et grande gloire¦ Jésus annonce la fin de Jérusalem et invite ses disciples à  la vigilance.

Le propos susciterait-il une religion fondée sur la peur, la crainte, tant est menaçant « tout ce qui doit arriver » ?

Le chapitre 33 de Jérémie situe le propos dans un tout autre contexte, le malheur est là ¦ Le peuple de Dieu est divisé, les responsables ont failli, la nation est sous occupation, les fidèles subissent l’injustice et la persécution, certains sont déportés.

Jérémie annonce la restauration, la fin de la colère divine, le retour du bonheur que Dieu souhaite pour Israà«l et Juda à  nouveau réunis.

« Le droit et la justice » sont annoncés, espérés. Juridiquement, nous demandons pour chacun de nous le respect des lois, des règlements, des codes, des conventions, des accords¦ Les Droits de l’homme sont devenus « bien commun » de notre humanité¦ L’Eglise Catholique revendique l’application de son Droit¦ Canonique . Dans les pays latins le droit et la justice sont fondés sur les « écrits ».

« Identifier la justice et l’observance de la Loi, c’est le principe même du légalisme » Le Vocabulaire de Théologie Biblique décortique pour nous ce qu’il convient d’entendre par Justice Divine. Elle est d’abord miséricorde, volonté de sauver et de secourir.

Les commentateurs observent que les versets 15 et 16 du chapitre 33, sont l’exacte reproduction des versets 4 et 6 du chapitre 23. Il y est question des « pasteurs » des responsables tellement sous l’emprise de Dieu qu’ils sont identifiés « Le-Seigneur-est-notre-justice ».

Ici Jérusalem , la Ville sainte¦ la communauté toute entière deviennent signes, expressions du Dieu qui ne demande qu’à  nous sauver, qui veut pour nous le bonheur sur la terre¦ comme au Ciel.

« Qu’as-tu fait de ton frère ? »

Le 18 octobre la Conférence des évêques de France mettait en ligne son message en vue des prochaines élections présidentielles. Adressé aux catholiques, aux politiques et à  l’opinion publique, ce document
– renforce mon soutien à  l’association des anciens ministres des cultes et anciens membres de congrégations religieuses
– indiffère la tradition syndicale à  laquelle j’appartiens
– aiguise ma conscience religieuse
Ces trois points constitueront la matière des trois billets à  suivre.

« L’à‰glise ne peut ni ne doit prendre en main la bataille politique pour édifier une société la plus juste possible. » Les évêques citant Benoît XVI s’attribuent un rôle de paroles, « d’argumentation rationnelle » « de réveil des forces spirituelles ». Que les évêques puissent dire ce qu’ils pensent, qu’ils s’expriment sur ce qui leur parait être le bien commun, l’unité nationale, la nation dans l’Europe, qu’ils parlent de la famille, du travail, de la mondialisation, pourquoi pas ? Peuvent-ils le faire seulement de leur « chaire », sans interpellation par leurs fidèles, sans mise au point des politiques confrontés à  des choix qui ne sont ni tout blanc ni tout noir, sans réactions de citoyens divers et légitiment attachés à  la liberté d’opinions et de conscience ?

Un point parmi d’autres page 8, le message invite à  « accepter, pour un salarié, de se syndiquer et de penser que les entreprises ont besoin de ce partenariat pour continuer à  s’adapter ». Concrètement que font les diocèses au niveau de chacune de leurs associations diocésaines ? Les congrégations et collectivités religieuses dans chacune de leurs institutions?

Une réponse peut être donnée au travers des solutions défendues depuis trente ans par l’Association pour une retraite convenable (APRC)¦ L’association est au service de tous les anciens ministres des cultes et anciens membres des congrégations (AMC) en étant a-politique et a-religieuse, comme un syndicat, comme une association de défense des usagers. Mais quel partenariat avec les autorités du culte catholique ?

Des avancées ont eu lieu depuis 30 ans, non sans mal, avec beaucoup de persévérance de la part des équipes qui se sont succédées. Mais un clivage de fond demeure, la solution par l’aumône et la charité ou la solution par les règles de la Sécurité Sociale, comme pour tous les autres citoyens. Le point de vue exprimé ici est celui d’un simple militant de cette association : à  lire les réactions des uns et des autres, http://aprc.forumactif.com/index.forum , à  observer ce que Mgr GARNIER en charge du dossier a rétorqué devant les journalistes à  Lourdes, nous sommes dans les situations habituelles, points de vue « patronaux » et points de vue « syndicaux ».

Mais alors la Conférence des Evêques peut “elle prétendre se situer au-dessus ou en dehors des lois communes, hors de toutes les bonnes paroles qu’elles nous assènent et qu’elles assènent aux politiques et aux opinions publiques.

A suivre

Les marchands du temple

Au nord, Capharnaà¼m ;

Jérusalem au sud ;

Entre les deux, au moins quatre jours à  dos d’âne,
Sur de mauvais chemins étroits.

La multitude,
Aux abords du Temple, forme une caravane
Qui en gêne l’accès.

Jésus et ses disciples
Louvoient au milieu de marchandises diverses :
Colombes et brebis, statères et sesterces.

Le Messie perd son calme et devient irascible ;

De son front rembruni perlent des gouttelettes.

A terre, il ramasse des bouts de cordelettes,
Les fixe à  un bâton pour faire un martinet
Qu’il fait claquer à  gauche, à  droite sur les étals
Des changeurs, des marchands, qui osent profaner
Le Temple pour en faire un centre commercial.

« La maison de mon Père

Est un lieu de prières,

Et vous en faites un repaire de brigands. »

Dit-il à  tous ces gens.

« Seigneur, regarde un peu

Du côté de Lisieux

Ou du côté de Lourdes,

Ces statuettes, ces croix, ces lumignons, ces gourdes,
Qu’on expose en vitrine ou bien sur des comptoirs
Qui diminuent d’autant la largeur des trottoirs.

Viens nous débarrasser, Seigneur Dieu, je t’en prie,
de ces bondieuseries.
»

Le cheval et l’âne

Un âne qui logeait à  côté d’un pur-sang
Se lamentait d’être petit et mal foutu

Et de toujours passer pour être un peu obtus.

Voici ce qu’il disait en faisant ses hi-han :

« Regarde un peu comme j’ai de longues oreilles.

– Réjouis-toi, tu n’as donc pas besoin d’appareil
Pour entendre, lui dit Son voisin d’écurie.

– A l’école, pourquoi met-on un bonnet d’âne
Aux enfants qui paraît-il n’ont rien dans le crâne ?

– C’est de l’histoire ancienne !

Aujourd’hui, tu promènes

Les enfants dans les parcs ou sur les avenues.

Il y a deux mille ans, tu as porté Jésus

D’abord à  Bethléem

Puis à  Jérusalem.

Aucun autre animal

Ne peut se glorifier

D’avoir été monté par un tel cavalier.

– Merci camarade, tu es un bon cheval. »

Certains pourraient tirer profit de la leçon
A moins qu’ils ne veuillent qu’on leur donne du son.

Ils s’éveilleront…

Le « Catéchisme de l’Eglise Catholique » resitue pour nous une vérité que avons beaucoup de mal à  appréhender : « L’enseignement de l’à‰glise affirme l’existence de l’enfer et son éternité. Les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent immédiatement après la mort dans les enfers, o๠elles souffrent les peines de l’enfer,  » le feu éternel  » (cf. DS 76 ; 409 ; 411 ; 801 ; 858 ; 1002 ; 1351 ; 1575 ; SPF 12). La peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui, seul, l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été crée et auxquels il aspire ». (paragraphe, 1035)

Laurent Lavaud dans un article de la revue Sénevé n°146 suggère d’éviter deux écueils : « le premier consiste à  affirmer que l’enfer est une fiction… mais l’autre écueil à  éviter est de soutenir que l’enfer est une réalité ».

Autant dire que le sujet est difficile, mais puisque le texte proposé ce dimanche est de ceux qui fondent notre foi en « la Résurrection et la Rétribution » (titre que lui donne la Bible de Jérusalem), attachons-nous à  méditer cette première lecture en vue de mieux nous approcher du… Mystère.

Le mot « enfer » n’est pas usité ici. Il est d’ailleurs quasiment absent de la « Concordance de la Bible de Jérusalem » réalisée par l’Abbaye de Maredsous : quatre occurrences sont relevées avec souvent le mot au pluriel.

Le Vocabulaire de Théologie Biblique privilégie d’ailleurs ce pluriel, avec pour l’Ancien Testament cette représentation commune à  beaucoup de peuples : le shéol, ce séjour des morts ou justes et pécheurs se retrouvent sans valeur et sans joie, une existence proche de la poussière.

A ce stade le texte de prophète Daniel annonce le réveil « les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et la déchéance éternelles ». Les mots justes prennent dès lors une importance particulière.

A cette traduction du Lectionnaire, la Bible de Jérusalem et la TOB, opposent des formules plus redoutables : « les autres pour l’opprobre, pour l’horreur éternelle ».

La Septante privilégie la « honte » et c’est sans doute autour de ce mot qu’il convient de prendre toute la mesure du texte sans trop nous laisser aller à  des termes… d’enfer.

Le prophète Daniel atteste qu’après le temps des épreuves, le peuple fidèle triomphera. Auront définitivement raison ceux qui ont mis leur Foi dans le Dieu vivant. Celle-ci sera vie éternellement, tandis que les incroyants seront à  jamais confondus. La Foi et la Justice rayonneront à  travers tous ceux qui les auront enseignées et pratiquées. « Les Enfers domaine de la Mort, deviennent l’Enfer, lieu de l’absence de Dieu et exclusion du monde à  venir ». (La TOB, introduction au livre de Daniel).

« J’écoutai sans comprendre »… Le prophète continue de regarder et d’écouter : « Beaucoup seront lavés, blanchis et purifiés ; les méchants feront le mal, les méchants ne comprendront point ; les doctes comprendront » verset 10. Daniel est invité à  prendre son repos : « tu te lèveras pour ta part à  la fin des jours » verset 13.

Le Psaume 15 [16] est associé à  la première lecture : « Seigneur, mon partage et ma coupe : de toi dépend mon sort ».