Religieuses : la vie sans prêtre

Les communautés religieuses, qui célèbrent l’eucharistie quotidiennement, font face à un sérieux problème qui met en péril ce temps fort : le manque de prêtres.

En Suisse comme ailleurs en Europe, plusieurs communautés de sœurs se sont attachées les services de spécialistes en liturgie. Des cours qui doivent pallier le manque de messes quotidiennes. Mais un tel changement ne s’impose pas de lui-même dans les communautés. Certains membres rejettent des célébration sans communion, ce qui est souvent sources de tensions entre les sœurs d’une même communauté.

Pluralisme religieux et vivre ensemble au Liban

Etymologiquement, le mot grec ekklesia est composé de deux racines grecques: ek signifie sortir et klesia signifiant appelé. En reliant ces deux mots, nous comprenons que la vocation de l’Eglise est de s’ouvrir sur l’extérieur et de dépasser le repli sur soi. C’est cet appel que veut lancer l’auteur de l’article aux hommes et femmes de bonne volonté, à aller à la rencontre de l’autre au sein même de notre maison commune, pour reprendre l’expression du Pape François. Cet article s’inscrit dans un contexte où le Patriarche de l’Eglise Maronite au Liban s’apprête lui-même à rencontrer le Roi d’Arabie-Saoudite, une étape historique sans précédent sur le plan diplomatique.

Les occidentaux connaissent souvent le Liban malheureusement en raison de la guerre civile qui dura plus de quinze ans et qui laissa des traces considérables tant sur le plan géographique, économique, que culturel. Le conflit israélo-palestinen, l’occupation d’une partie du pays par la Syrie hantent également les pensées européennes. D’une manière plus globale, pour un européen, l’idée sur le Liban est souvent associée aux difficultés que rencontrent le Moyen-Orient, les guerres, l’occupation terroriste et les menaces quelle fait peser sur l’occident, etc. En définitive, il semblerait, toujours pour un européen moyen, que se rendre au Liban pour un séjour de découverte serait inenvisageable car cela pourrait mettre en Péril jusqu’ à sa propre vie. Mais qu’est est-il réellement ?

En réponse à ses fausses idées, il faudrait d’abord rappeler que le Liban est un Etat confessionnel démocratique, même si cette démocratie pourrait se voir contester, au même titre que celle d’Israël en raison de leur alliance avec la religion. En effet, cette conception de la démocratie contraste énormément avec la démocratie européenne majoritairement laïque, et plus singulièrement la France depuis la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat. A ce propos, faudrait-il comprendre qu’un pouvoir, un état, ne peut être démocratique s’il est influencé par la religion ? La question n’est pas si aisée que cela, et la réponse ne saurait être manichéenne. En effet, peut-on imaginer un seul instant qu’un pays ne saurait être démocratique en étant lié à la religion ? Autrement dit, la religion, serait-elle un obstacle à la liberté d’expression ou de penser, à l’épanouissement d’un peuple et surtout plus qu’une autre institution? La démocratie à la française, à l’européenne, la démocratie laïque, serait-elle le seul modèle viable ? Nous ne répondrons pas ici à ces questions, mais chacun peut se faire une idée en s’appuyant sur l’histoire et même son bon sens.

Une chose est certaine, et nul ne pourrait le nier, la France a construit son histoire et son identité avec l’Eglise catholique, et ce depuis notamment le baptême de Clovis jusqu’à Jean-Paul II avec sa célèbre affirmation «  France, fille aînée de l’Eglise, es-tu fidèle à ton baptême ? ».

Dépasser le repli sur soi

Dépasser le repli sur soi est une exigence sociétale moderne, née de la mondialisation, mais également, pour le lecteur chrétien une exigence évangélique. Dire que l’humanité est une, c’est dire aussi notre responsabilité commune. La mondialisation permet de donner corps à cette responsabilité commune. C’est le mérite de Jean-Paul II que d’avoir dit clairement que l’interdépendance n’est pas seulement un fait, mais aussi une responsabilité morale.

Pablo Bonavia écrit « Globalizar la esperanza  » où il évoque des sujets forts : les gens sont coresponsables du destin commun ; la dignité des moins compétitifs doit être respectée ; l’interdépendance doit remplacer l’individualisme ; la solidarité doit remplacer l’absolutisme du marché ; les pauvres ne doivent pas être marginalisés : ils ont des droits. L’Eglise doit partir de ceux qui n’ont aucun pouvoir et l’objectif de la croissance économique est la construction de la personne humaine(1). La solidarité joue beaucoup dans la foi chrétienne.

La bible nous invite sans cesse à aller vers l’autre, à quitter notre pays, nos frontières, à comprendre nos limites humaines, pour rejoindre l’autre, l’universel vivant, celui qui nous ressemble ou qui est différent de nous. Le Christ dans l’évangile n’a pas hésité à montrer le chemin, en dépassant les coutumes, les communautarismes de toute sorte.

Le Liban, une expérimentation du Concile : diversité des religions/esprit du Concile
Commençons par faire une parenthèse d’histoire contemporaine. Le véritable objectif poursuivi par le Concile Vatican II est le recentrage de l’Eglise sur l’Evangile pour une meilleure annonce de l’évangile au monde en pleine mutation.

Le document principal du Concile Vatican II qui a abordé la notion de la relation de l’Eglise avec les autres confessions est le « Décret sur l’œcuménisme. » Dès le départ, le document (Section 1) affirme que la restauration de l’unité entre les peuples chrétiens « est l’une des principales préoccupations » de Vatican II. Les membres de l’Eglise doivent reconnaître le bien qu’ils reçoivent des autres; les catholiques peuvent apprendre de ces communautés de foi. Pourtant, le catholicisme est considéré comme la seule foi qui détient la plénitude des moyens de salut.
Il y a vingt-deux (certains disent vingt-trois) traditions catholiques de rite oriental divisés en cinq catégories: Alexandrie, Antioche, arméniens, chaldéens (syrien de l’Est), et byzantins. Vatican II déclare ces Eglises autonomes. Elles sont caractérisées par la fidélité au pape, mais il y a beaucoup de différences liturgiques dans les rites de célébration. En outre, les rites orientaux ont un clergé marié.

Alors qu’Unitatis redintegratio aborde le concept de l’œcuménisme, Nostra Aetate se consacre principalement au dialogue interreligieux. Plus directement, le document parle du respect tenu pour les musulmans. D’une manière générale, le document résume son enseignement dans une déclaration profonde : «L’Eglise ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions non-chrétiennes » (article 2).
La population libanaise moderne d’environ 3,7 millions d’habitants contient plus de musulmans que de chrétiens, avec des musulmans libanais divisés presque également entre les groupes sunnites et chiites. La majorité des chrétiens libanais sont des Maronites, qui reconnaissent l’autorité du pape tout en pratiquant leurs propres rites liturgiques orientaux. D’autres chrétiens appartiennent soit à l’église grecque catholique (Melkites) ou à diverses branches de l’église orientale orthodoxe. Le Liban accueille également quelque 350 000 réfugiés palestiniens, ce qui crée de nombreux problèmes d’intégration dans la société.

Dans un pays de 10 452 km², le Liban compte 18 confessions religieuses officiellement reconnues par la Constitution. Certains de ces groupes religieux sont venus au Liban chercher dans son paysage montagneux un refuge sûr et paisible, loin des persécutions. En d’autres termes, c’est le paysage ardu qui a attiré tous ceux qui cherchaient à vivre librement leurs croyances politiques et religieuses. Ils préféraient la dure vie dans les montagnes, plutôt que le confort de la vie en ville, juste pour préserver et défendre leurs croyances religieuses et leur liberté chérie. Au fil des ans, et à cause de la diversité religieuse qui s’est développée dans ce pays, le Liban est devenu une «mosaïque de religions»: Mais toute mosaïque est fragile par définition. Salah Stetie(2) a écrit que cette terre de montagne et de haut plateau a toujours attiré les rebelles: ceux qui refusent de se plier à l’idéologie dominante actuelle. Ici, abrité par les rochers magnifiques et les vallées étroites … vous pouvez dire « Non » à ceux qui essaient de vous faire dire « Oui » quand vous ne le souhaitez pas, dit-il.

En juillet 2017, les principaux dirigeants chrétiens et musulmans et les représentants du gouvernement libanais ont convenu que le Liban devrait être un exemple de coexistence pacifique, notant que « l’approfondissement de la démocratie au Liban envoie un message d’espoir aux Arabes et au monde« .

Ils ont également réitéré les appels à la paix et au soutien de diverses Églises pour «le peuple palestinien et ses droits nationaux» et pour que les chrétiens restent en Terre Sainte(3).

Notons enfin une petite citation du Président libanais, Michel AOUN qui peut donner une idée de ce que peut représenter la diversité religieuse au Liban :
« Je vais proposer aux Nations Unies de créer à Beyrouth un centre international de dialogue entre les civilisations et les religions. Il me semble que notre force est d’être un pays cogéré par différentes religions. Dans le contexte actuel, c’est très sécurisant. »(4)

Pourquoi se tourner vers nos frères d’Orient ?
Une exigence historique et diplomatique

Le Liban est un élément essentiel dans l’avenir géopolitique et économique du Moyen-Orient et, en tant que tel, il doit s’engager dans la sécurité régionale, les aspects économiques et politiques de la région. Il doit s’engager dans des partenariats stratégiques et des alliances dans la région afin d’assurer la stabilité sociale, économique et politique.

La France est l’un des principaux partenaires tant historiques (notamment dans son rôle joué dans l’émancipation du Liban) que politiques, comme en témoignent les intenses relations bilatérales politiques (visites, notamment celle du président de la République, François Hollande, 16 et 17 avril 2016) et le soutien constant de la France aux résolutions soutenant la souveraineté libanaise aux Nations Unies. La France soutient la stabilité, l’unité, l’indépendance et la souveraineté du Liban.

Une urgence évangélique

La situation des chrétiens d’Orient est très difficile aujourd’hui. En Irak, l’ancienne Mésopotamie, terre d’Abraham, le christianisme semble voué à l’extinction. La même chose se passe en Syrie, avec un nombre croissant de chrétiens se déplaçant en Turquie, au Liban et en Jordanie, ces deux pays étant aussi très instables. Les nombreux assassinats de chrétiens coptes, semblent indiquer un avenir incertain pour cette grande communauté chrétienne qui existe encore en Orient ; une région où la montée de l’islam radical, conjuguée aux faibles taux de natalité et l’émigration, ont causé un déclin rapide des communautés chrétiennes qui, pendant des siècles, ont résisté avec succès aux invasions, aux empires et aux processus de décolonisation souvent sanglants. Si la situation n’est pas remédiée, il serait hautement probable que le christianisme, devenu un phénomène résiduel, finisse par disparaître.

Entre temps, que faisons-nous en Occident ?

Le climat des sociétés occidentales est trop mou. Il manque d’énergie, de foi, de passion, d’élan, d’empathie et de bienveillance. Rien de grand ne se fait sans passion. Il faudrait reconstruire sur de nouvelles bases. Peut-être comme le fait le Pape François, mais est-ce suffisant?

Ne faudrait-il pas une énergie presque révolutionnaire, comme celle du Christ qui renversa les tables des marchands de son temple et les chassa ? Christ était un révolutionnaire, non un soumis. Il n’était soumis qu’à la loi du Père, c’est-à-dire à l’acceptation de l’inévitable.

Pour le reste, ce qu’il pouvait modifier pour le mieux, il le modifiait, avec la foi qui fait bouger les montagnes. A-t-on oublié cet exemple, cet enseignement ? S’est-on avachi dans le confort, dans l’oubli de nos origines (rappelons que le christianisme est né en Orient), dans les sociétés aisées de l’Occident, où on ne bouscule plus les codes, comme à l’époque des premiers chrétiens et martyrs? Pourtant le Liban, tout comme les autres pays occidentaux nous montre l’exemple d’une fidélité sans faille au Christ, à l’évangile. Ou on s’insère, pour ne pas déranger, pour ne pas se faire juger ou mal voir, pour être accepté ? Le Christ n’a pas demandé à se faire accepter. Il a imposé ses règles, sa foi, son combat. Où sont passés l’invitation à la persévérance dans l’effort, l’esprit ascétique, les enseignements des Pères du désert tellement riches en méditation ? Les Eglises orientales, et singulièrement les Maronites qui ont inspiré cette réflexion, sont très dynamiques sur ce point, elles sont très attachées à la tradition y compris monastique et à la pratique de l’ascèse.
Nous aimons souvent dire qu’un chrétien seul est un chrétien en danger. Ou encore, nous insistons sur le rôle du partage, de l’aumône durant le carême. Le Christ enseigne même que c’est à l’amour que nous avons les unes pour les autres qu’on nous reconnaîtra comme ses disciples (Jean 13,35). Un amour qui va jusqu’à donner sa propre vie pour ses amis (Jean 15,13). Alors, saurons-nous rester indifférents à nos frères chrétiens d’Orient ?

Jean-Paul II nous a laissé une expression chère, celle que le Christianisme respire de ses deux poumons. Privée de ses deux branches, on peut penser qu’elle souffre d’une amputation, d’une pneumectomie et qu’elle ne respire que d’un poumon (même s’il est vrai que l’Eglise de Rome vit une pleine communion ecclésiastique avec certaines Eglises orientales (maronites, melkites, syriaques, coptes…).
Saint-Paul nous exhorte à cette bienveillance mutuelle dans sa première épitre aux corinthiens. En effet, il va jusqu’à dire, que l’Eglise est comme un corps et le Christ est la tête, tous nous sommes membres de ce corps… Si un membre souffre, tous les membres souffrent, si un membre est à l’honneur, tous les membres sont à l’honneur » (1 co12,12-27).

Une question d’éthique

Ici, une question cruciale se pose : dans une approche éthique basée sur la tradition chrétienne, qu’est-ce qui fait la spécificité de notre humanité ?
Du latin oriens, orientis (« orient »), de oriri (« surgir, se lever »), le mot Orient est de la même famille que le verbe orienter. S’orienter soi-même signifie, littéralement, se tourner vers l’Est, où le soleil se lève, pour se repérer. La foi suit le même but que le soleil, dans un sens figuré, dans la pratique du jugement éthique. Cette réflexion est dialogique, car de même que la personne se trouve dans la relation à l’aube, de même l’individu se trouve dans la relation à la foi. Le croyant est en dialogue avec une communauté de personnes engagées de manière similaire, des personnes partageant les mêmes idées. A son tour, la communauté est en dialogue avec une tradition: un corpus de textes et de sacrements, des idées et de l’art. GK Chesterton appelle la tradition « démocratie pour les morts  », il entend par là que la tradition maintient en vie et active les meilleures idées des générations précédentes. La foi doit être choisie pour une relation permanente avec Dieu, avec les autres et avec soi-même selon la dynamique de la vie, la mort et la résurrection de Jésus. C’est l’acceptation de la charge radicale de la liberté humaine de grâce. C’est aussi un engagement dans un contexte éthique, à faire le bien et à s’opposer au mal sous toutes ses formes. La tradition de la foi chrétienne est un horizon théologique sous lequel nous posons les questions les plus difficiles de notre vie, celles qui ont à voir avec la vérité, la justice et la bonté: Qui se soucie de moi? Que dois-je faire pour permettre que cette vie devienne éternelle? Qui est mon prochain?
Religion vient du mot grec Religo, relier ; il signifie relier l’homme à Dieu, à l’univers mais aussi aux autres. Or, qui sont ces autres sinon notre prochain (nos frères d’Orient)? Sont-ils les mêmes que dans l’Occident ? Peuvent-ils être traités de la même manière ? Ne devons-nous pas nous re-lier à eux, à leur situation pour que la religion chrétienne soit juste, éthique ? Se re-lier à eux signifie se mettre à leur place, avec les problèmes qu’ils ont, qu’il faut connaître à fond pour les avoir vécus auprès d’eux, de préférence.

Une des choses les plus frustrantes que nous rencontrons dans notre questionnement, c’est que les réponses ne sont pas sous la forme que nous voulons. Jésus avait une fâcheuse habitude de répondre à des questions directes par des histoires sur les champs de blé, les graines de moutarde, et les pêcheurs.
Nous ne pouvons que nous tromper en pensant que nous avons tout compris que nous sommes arrivés à la connaissance claire et parfaite de nous-mêmes, de notre monde, et de notre Dieu, et que nous pouvons nous suffire à nous-mêmes. L’exclusion institutionnalisée de certaines personnes, la pratique persistante de la guerre et la persécution de nos frères chrétiens en Orient sont des rappels bruts que nous avons encore beaucoup à apprendre et des choix difficiles à faire.
L’ouverture à la relation entre l’éthique et la foi est elle-même une tâche éthique, car l’éthique est la revendication de la foi pour protéger la dignité humaine et donner un sens à la notion de «l’épanouissement humain». L’analyse de la relation entre l’éthique, la foi, l’épanouissement et le récit peut conduire à mieux comprendre les différences dans les débats éthiques. Les principes éthiques chrétiens sont basés sur les enseignements au sein de la Bible. L’éthique chrétienne en général a tendance à insister sur la nécessité de l’amour, la grâce, la miséricorde et le pardon. Avec l’aide de Dieu, le chrétien est appelé à devenir de plus en plus vertueux , en pensée et en action.

Une découverte richissime : le Liban
Découverte d’un peuple, une culture, d’une langue

Il est très surprenant pour un occidental de voir à quel point, le Liban, terre orientale, peut être influencé par la culture occidentale, et ce en raison, entre autres de son long passé en commun avec notre Région. En effet, le Liban est un pays qui a toujours entretenu des liens privilégiés avec la France notamment, bénéficiant de la protection de celle-ci durant les nombreuses persécutions, à l’époque des croisades. Aussi, le Liban se définit avant tout comme un pays francophone. Culturellement, cela se traduit notamment par un arabe très francisé, surprenant pour un français, ou encore par des signalisations routières, des commerces avec des informations en français ; dans les écoles, les cours sont dispensés essentiellement en français et tout le monde y parle la langue française ; de quoi ne pas se sentir dépaysé pour un français attaché à sa langue. Il faudrait également ajouter à quel point un français est bien reçu dans ce pays.

Le général De GAULLE, qui a vécu une expérience du Liban, citait notamment certaines affirmations de ce peuple telles que : « C’est la France qui a créé le Liban, c’est notre mère à tous, et pas seulement celle des chrétiens ».
Tous ceux qui se rendent au Liban diront unanimement et à quel point ce peuple peut être impressionnant par sa capacité à regarder de l’avant et non à ressasser les horreurs et injustices passées. Ainsi, on peut interpréter l’attachement de ce pays à l’Occident et la relation entre les deux comme une relation filiale. Rappelons également que le Liban est le seul pays du Proche Orient qui est dirigé obligatoirement par un chrétien maronite, ce qui peut le placer dans un certain isolement par rapport aux voisins musulmans, et qu’il est l’un des seuls, sinon le seul pays à résister encore à l’invasion islamique.

Découverte d’une spiritualité maronite

L’Eglise maronite doit son nom à Saint Maron, moine syrien mort en 520. Il vivait en Syrie, à Brad. Contrairement à ce que beaucoup pourraient penser, Saint Maron, et ses disciples (donc l’Eglise maronite actuelle) sont très attachés au Concile de Calcédoine. Le premier patriarche maronite a été élu en 686. L’Eglise maronite a beaucoup été persécutée, notamment en raison de sa fidélité au Pape depuis toujours (ce qui en fait une spécificité par rapport aux autres communautés orientales unies à Rome). Lors des croisades, en 1182, les maronites ont eu un grand soulagement avec l’arrivée des occidentaux. Mais ensuite, arriva la persécution avec les musulmans.

L’organisation actuelle de l’Eglise maronite remonte principalement au synode libanais qui a permis d’organiser l’Eglise sous influence latine. Par exemple, chaque prêtre était obligé de créer une école sur sa paroisse. En 1920, le Patriarche proclamait l’Etat du grand Liban. Aujourd’hui, entre 35% et 40% des chrétiens libanais sont maronites, soit 800 000 au Liban contre 4 millions dans la diaspora. La France compte environ 80 000 maronites.

Quelles sont donc les caractéristiques de l’Eglise maronite ?
Sa fidélité au pape depuis les origines,
Son appartenance à la famille syriaque,
Elle a beaucoup été influencée par Saint Jacques, Saint Ephrem notamment
L’Eglise est influencée par la spiritualité monastique (par rapport à Saint Maron),
Beaucoup de séminaristes ont été envoyés à Rome afin de poursuivre leurs études, ce qui a permis une oxygénation de l’Eglise

A noter également,
Un attachement à la Sainte Vierge. Dans toutes les hymnes liturgiques, il y a une référence à Marie
Attachement à la terre : deux titres sont d’ailleurs accordés au Christ dans cette Eglise : médecin et agriculteur
Attachement à la famille : dans l’Eglise maronite, la famille a une place très importante, elle a même adopté le rythme monastique : prières du matin, du midi et du soir ; pratique de l’ascèse.
Au Liban, le Patriarche a un rôle socio-politique très important
Latinisation de la communauté : par exemple avec l’adoration du Saint-Sacrement, le rosaire.

Une vigueur monastique

Nous pouvons mesurer le dynamisme d’une Eglise à l’ampleur de son activité monastique. La spiritualité monastique antiocho-syriaque est caractérisée par sa capacité unique à s’ouvrir aux tendances spirituelles et à adopter certains aspects de l’organisation monastique des autres Eglises: Tout au long de son histoire, la tradition monastique syriaque occidentale a été influencée par le monachisme en Egypte, tout en gardant sa propre identité. Plus tard, elle a été influencée par les enseignants de la spiritualité byzantine, notamment avec Saint Basile le Grand.
Elle a également embrassé les tendances spirituelles et l’organisation institutionnelle de l’Occident chrétien. De nos jours, le monachisme est ouvert à différentes civilisations, il est actif dans le mouvement œcuménique et œuvre activement au dialogue des religions.

Cet ajustement spirituel a conduit à un renouveau monastique. Il est maintenant prêt à s’engager sur une nouvelle voie tout en préservant la solitude, l’ascétisme, l’esprit apostolique et la fidélité à la tradition représentée dans la spiritualité des premiers pères de l’Église.

Les ordres dans leurs deux branches (hommes et femmes) portent un riche héritage qui leur a valu de la crédibilité, notamment en ce qui concerne leur capacité à attirer des vocations. Soutenus par leur longue expérience, ils ont pu enrichir l’héritage chrétien maronite grâce à leur travail dévoué. Les moines «nous ont transmis un héritage humain respectueux, spirituel et liturgique» et ont rempli le pays de monastères et d’églises au point qu’un auteur contemporain a consacré tout le cinquième chapitre de son livre à ce sujet, intitulant le chapitre «Liban, une terre monastique ».(5) Le plus significatif des fruits du monachisme est l’abondance de la grâce due aux prières régulières dans la plupart des monastères et des ermitages. Le siècle dernier a été marqué par la béatification et la canonisation de certains des moines et moniales, tels que le Père Charbel Makhlouf, la Soeur Rafqa et le Père Naamatullah Kassab el-Hardini. En conséquence, leur style de vie monastique maronite est devenu populaire dans tous les monastères chrétiens.

Certains monastères sont devenus des sanctuaires accueillant non seulement des chrétiens, mais aussi des personnes de toutes les religions du Liban, du monde arabe et du reste du monde à la recherche de services spirituels. Les ordres accompagnaient aussi les préoccupations œcuméniques de l’Église universelle et locale; ainsi, ils ont contribué à faire revivre l’héritage antiochien et ont continué à le faire en utilisant des intellectuels et de tous les moyens de dialogue entre les religions pour promouvoir le respect mutuel et la coexistence.

Pour conclure notre route, nous pouvons méditer cette prière pour l’Eglise prononcée dans la liturgie du dimanche des Rameaux (le Pardon) du missel Maronite :
Christ, notre Roi et notre Rédempteur, pour nous sauver, quand tu préparais tes disciples à leur mission, tu en as envoyé deux pour qu’ils te trouvent un ânon ; ainsi tu as traversé les rues de Jérusalem sous les acclamations de la foule où il y avait des enfants qui chantaient tes louanges. Voici que nous nous préparons à ta rencontre car nous croyons que tu es le Fils du Vrai Dieu. Nous te demandons, par l’offrande de (notre encens et de) nos prières, de nous rendre dignes d’aller à ta rencontre, en te glorifiant et en proclamant joyeusement: «Hosanna au Fils de David, qui a pris corps dans le sein de la Vierge Marie, fille de David !

Hosanna, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit sa venue parmi nous, et qu’il soit béni le Père qui l’envoie ! Seigneur Dieu, que ton Église soit glorifiée et comblée de l’abondance de tes grâces ! Aide-la à supporter les épreuves du temps et protège-la des forces du Mal. Souviens-toi de tes fidèles défunts qui reposent dans ton Espérance. Aussi nous te glorifierons et te rendrons grâce, comme à ton Père et à ton Esprit Saint maintenant et à jamais. » DEROND Charles, (Martinique, Docteur en Ethique et Religion (Faculté de Théologie catholique de l’Université de Strasbourg- 4377- Equipe d’accueil de théologie catholique et de sciences religieuses)- Par ailleurs, l’auteur est marié, père de deux enfants, professeur certifié de Mathématiques (Education Nationale).L’auteur, à partir de son expérience, notamment au Liban, fait partager son cheminement à tout lecteur, chrétien ou pas, sensibilisé par la situation préoccupante des chrétiens en Orient.)

Notes :

1. BONAVIA P., Globalizar la esperanza, ed. Dabar Mexico, 1998, p.66
2. Salah Stétié, né le 28 septembre 1929, est un écrivain français d’origine libanaise.
3. Ziad Fahed, The Religious Coexistence in Lebanon: Messages and Lessons
4. Paris Match », le 24 septembre 2017
5. Leroy J., Moines et monastères du Proche-Orient, Paris 1957, p.129.

L’indépendance de la Catalogne en question…

Ce qui se passe en Espagne n’est pas une « affaire interne ». Une volonté populaire très forte exprimée par la démocratie directe – le référendum – est réprimée avec le soutien implicite de la communauté internationale. A aucun moment la volonté démocratique ne semble peser face, d’une part, à la volonté centralisatrice de l’état espagnol, et d’autre part, face au risque de perte de puissance des états-nation. La volonté populaire pour Juncker semble avoir peu de valeur. Il ne veut pas d’une « Europe avec 98 états », inquiet d’une hypothétique réaction en chaîne. « Démocratie ? » semble-t-il dire en concert avec tous les chefs d’état puissants, « mais seulement si cela ne va pas contre nos intérêts ». La position de l’Union Européenne surtout qui prend parti pour la politique de répression de Rajoy est inquiétant pour l’exemple qu’il donne au monde concernant le droit des minorités, nous ne le voyons déjà avec le Kurdistan irakien, mais que se passera-t-il en Kabylie, au Sahara Occidental etc. ? Jusqu’à quel niveau de répression pourra aller Rajoy et la droite espagnole face à une volonté populaire, sans qu’il n’y ait de désapprobation claire de la communauté internationale et du reste de l’Espagne ?

Est-ce une coïncidence ? La Catalogne est justement un lieu où la souveraineté populaire permettrait de soutenir de nombreuses initiatives venues de la base, fonctionnant en démocratie directe. Barcelone et la Catalogne fourmillent de coopératives sans but lucratif énergétiques, agricoles, financières, d’habitat etc. Et l’indépendance dans cette zone pourrait créer un environnement d’innovation sociale vraiment intéressant.

Il reste une certaine ignorance sur les évènements espagnols en Europe. Soit-disant l’indépendantisme catalan serait un mouvement de droite, alors qu’il y a des liens depuis le 19eme siècle entre mouvement ouvrier et indépendantisme. L’ERC qui remet en cause la constitution post- franquiste de 1978 et la CUP, franchement anticapitaliste, sont de gauche et très actifs dans le mouvement indépendantiste qui a une histoire très différente de la France. Le mouvement catalan a une histoire anti-franquiste, en opposition à un nationalisme espagnol de racines très conservatrices. Car la transition démocratique n’a pas été menée à terme en Espagne : les terres appartiennent encore aux descendants des franquistes, personne n’a été jugé pour les tortures et les centaines de milliers de morts durant la dictature, et personne ne s’est excusé des exactions (des deux cotés), et la constitution est toujours toujours contrôlée par le roi qui nomme les membres du conseil constitutionnel dont une majorité soutient le Parti Populaire (PP) de Rajoy.

Soit-disant ce serait un mouvement égoïste composé de familles catalanes bourgeoises qui défendent leurs intérêts, alors que la haute bourgeoisie ne soutient pas ou très peu l’indépendantisme, et que déjà plus de 2000 entreprises catalanes ont migré leur siège hors Catalogne, et que les grands entrepreneurs catalans sont pour la plupart contre l’indépendance. Les catalans semblent n’avoir que faire des compensations financières de Madrid.

Soit-disant il y aurait des violences des deux côtés, or le mouvement catalan reste profondément non-violent et espère que des soutiens s’exprimeront à l’extérieur. Lors des heurts du référendum, le gouvernement Rajoy pourtant spécialiste de propagande n’a pas trouvé une seule image de violences de manifestants envers la police espagnole, alors que l’on trouve à foison des images incriminant la police espagnole. Les manifestations ont été d’une non-violence remarquable même face à la violence du gouvernements ou des unionistes.

Il y a en Espagne un grand risque actuellement de droitisation extrême. Le gouvernement du Parti Populaire, avec le soutien de Ciudadanos et du parti socialiste espagnol ont mis sous tutelle la Catalogne, qui voulait appliquer les résultats du référendum d’autodétermination du premier octobre, avec la mise en application de l’article 155 de la constitution espagnole. Cet article permet de faire fi des structures démocratiques d’une région afin d’imposer directement un représentant du pouvoir central. Ainsi le Parti Populaire qui n’a eu que 8 % des votes aux dernières élections et une seule municipalité sur 930 en Catalogne peut maintenant diriger cette région. Le parti Populaire a en son sein une vieille garde phalangiste et franquiste et Ciudadanos des plus jeunes dans la même mouvance. Le parti socialiste espagnol avalise (mais aussi tempère un peu). Dans cette situation l’extrême droite espagnole, notamment la phalange, dont les violences sont implicitement soutenue par le gouvernement central d’Espagne, se sent en droit de terroriser les Catalans indépendantistes.

La France l’a déclaré par son site officiel, elle ne soutien pas la Catalogne, mais au contraire une Espagne Unie et forte. Elle n’est pas choquée par l’interdiction du matériel électoral, que de nombreux évènements publics soient interdits, peu importe l’arrestation de fonctionnaires dévoués à leur travail, le contrôle de la presse, la justice manipulée par les objectifs politiques de Madrid, les écoles catalanes occupées, de nombreux comptes bancaires et sites internet bloqués, l’emprisonnement des militants non-violents Jordi Sanchez et Jordi Cuixart, les violences policières contre des personnes qui votent, la cessassion d’un parlement élu, les menaces de 30 ans de réclusion (des peines prévues pour les plus grands meurtriers) pour les ministres et Puigdemont, pour ceux qui ont défendu le droit le vote et respectent le choix des urnes. En réalité, la France et l’Europe ne sont pas choqués que les éléments d’une dictature se mettent en place en Europe.

Quels sont les ingrédients ?

Une volonté centralisatrice très forte justifiée par la défense de la « légalité » basée sur la constitution espagnole conçue en 1978 sous pression militaire et interprétée par un conseil constitutionnel favorable au PP.

Une réaction populaire très large de la population catalane depuis que le statut d’autonomie est remis en cause par le gouvernement de Madrid.

Un référendum d’autodétermination qui traduit de manière claire la volonté populaire en faveur de l’indépendance de la Catalogne.

Des pressions économiques intenses de la part de Madrid mais aussi de la communauté internationale sur la Catalogne – C’est un élément clé qui permet au pouvoir central de gagner. Face à cela, il est clair que la Catalogne a une carte à jouer en soutenant toutes les entreprises qui sont basées en Catalogne, et notamment les coopératives locales. A ce stade soutenir les coopératives alternative n’est pas une démarche simplement éthique mais devient une démarche vitale dans la situation actuelle. Ceux qui ont des coopératives locales pour la finance, l’alimentation, le logement, l’énergie (…) ne sont pas sujets aux pressions. C’est un enseignement important pour le monde.

La Catalogne défend un nouvel état nation basé sur un héritage historique catalan. Mais il faut prendre en compte l’émigration importante venue d’autres régions de l’Espagne depuis les années 50, mais aussi de nombreux autres pays plus récemment. Il est clair que la Catalogne actuelle n’est pas composée que de Catalans « de souche », loin de là. Les indépendantistes en sont conscients, et parlent de « nationalisme cosmopolite ». L’apprentissage de la langue catalane est notamment un moyen de devenir « catalan » quelques soient ses origines. Mais cette approche cosmopolite devrait être beaucoup plus réaffirmée dans le camp indépendantiste ainsi que la reconnaissance d’une grande diversité en Catalogne. Le castillan aura toujours sa place en Catalogne, et la guerre de drapeaux est porteur de tensions entre communautés. Tous les habitants de catalogne sont catalans et l’article 155 est une prise de pouvoir anti-démocratique sur tous les catalans.

A moins que la gauche espagnole ne ressuscite, l’option de la transformation de la constitution Espagnole maintenant– comme préalable à la tenue d’un référendum d’autodétermination – est très risqué. Dans quel sens irait réellement une modification de la constitution lorsque la situation est à ce point manipulée par le Parti Populaire. Dans les coulisses, la Phalange espagnole demande, en effet, aussi, une modification constitutionnelle, mais pour retirer l’autonomie des régions et renforcer le pouvoir central. Mais il est clair qu’il faudrait demander en Espagne – face aux blocages du royaume – une transformation en République. Bien sûr le roi ne veut pas, et la constitution actuelle perpétue cette situation de blocage, car sans l’accord du roi rien ne peut bouger dans cette constitution. Cependant, par rapport à une proposition d’indépendance de la Catalogne qui divise la gauche en Espagne, l’idée d’une confédération républicaine remplaçant la monarchie aurait le potentiel de réunir les forces d’opposition au PP et Ciudadanos.

La répression de Rajoy nous concerne tous. Plutôt que d’utiliser les outils démocratiques, le gouvernement de Rajoy utilise la pression économique, en poussant les entreprises à sortir de Catalogne (près de 2000 ont déplacé leur siège hors de la Catalogne), il utilise la pression physique par la répression policière pure, nous l’avons vu pendant la journée du référendum. Plutôt que les forces de police espagnoles soient au service des gens, en sécurisant face au terrorisme, en luttant contre les malversations (nous savons que le PP est spécialiste en la matière avec plus de 45 milliards de fonds publics détournés). Cette violence physique se fait aussi par une légitimation des violences venant des anti-indépendantistes contre des indépendantistes non-violents. Rajoy et le PP utilisent aussi l’outil judiciaire, avec des amendes colossales, des peines de prison, menaçant tout citoyen qui a participé à la désobéissance civile de poursuites

Impudemment et le gouvernement catalan, qui pourtant n’ont fait que respecter leur mandat politique (ce qui est rare), risquent 30 années de prison pour rébellion, le même nombre d’année Lluis Companys et son gouvernement en 1934 qui avaient déclaré l’autonomie de la catalogne (dans une une confédération républicaine espagnole qu’il appelait de ses vœux) et avait été condamné par la droite de l’époque avant d’être fusillé en 39 par les Franquistes après avoir livré par les nazis. Un politicien du PP n’a pas manqué de menacer que Puigdemont risquait le même sort.

Pourtant que les gens veuillent s’autogouverner dans des territoires plus petits est une avancée vers plus de démocratie si elle s’accompagne d’un ancrage local et d’une responsabilité au niveau international. La catalogne peut créer un état beaucoup plus démocratique que l’Espagne, qui reste ancré à la constitution de 1978, et dans laquelle demeure une emprise post-franquiste, et inclut un pacte de ne pas rouvrir les dossiers noirs de la guerre civile. Cette constitution a été votée avec la peur dans le ventre en négociation avec les militaires qui étaient loyaux à Franco. A l’opposé, empêcher le droit de voter à un mouvement très fort n’est pas démocratique.

Pourquoi les gens sont-ils tant émotionnels quand il s’agit d’indépendance ? En réalité, les états prennent une importance beaucoup trop grande. De nombreuses questions se traitent, ou devraient se traiter au niveau international, comme l’effet de serre, la réduction de l’utilisation des ressources minérales, les droits de l’homme, les transports internationaux etc. Par ailleurs, il nous faut une gestion au niveau le plus local possible pour une bonne gestion, en ce sens une indépendance catalane va dans le bon sens : nous avons besoin de la division en état plus petits confédéralistes. Ce serait une très bonne chose que les grands états se partitionnent, mais pas pour créer de nouvelles frontières, ou de nouveaux murs, ou réduire les solidarités entre pays, mais au contraire pour favoriser une solidarité et une écoute réciproque, et non pas une « solidarité » imposée d’en haut. Il est juste qu’il y ait une solidarité entre les pays favorisés et les pays plus pauvres. De même il ne s’agit pas de regarder ailleurs quand la voisine se fait violenter. Lorsque la France regarde ailleurs quand les catalans qui veulent voter se font violenter, ou quand un gouvernement légitime est mis en prison, il y a un vrai problème. La France, et l’Europe, devaient réagir en 1936-1939 et à la fin de la guerre alors que de nombreux espagnols anti-franquistes avaient participé à la résistance, et elle doit réagir en 2017. Son influence pourrait aider à l’organisation d’un référendum d’autodétermination ratifié par tous, une possible solution.

Pour conclure/ouverture, il semble important :

– de soutenir ce qui peut constituer un autre modèle d’indépendance avec la catalogne s’affirmant comme république solidaire des autres états, il faut vraiment que la Catalogne démentisse l’accusation qu’elle veut l’indépendance pour des raisons égoïstes, ceci est possible par un bon dialogue : il faudrait une clause de solidarité avec les régions pauvres.

– de lancer un appel au soutien massif à l’économie alternative en Catalogne (et ailleurs)

– de développer et soutenir une réelle défense non-violente. A l’heure actuelle les états et de large segments de la population espagnole soutiennent la manière forte de Rajoy, soutenu par une police violente et l’armée prête à intervenir.

– de placer l’indépendance de la catalogne dans un mouvement de démocratisation qui se fait à différentes échelles. S’il est une des compétences qui doit rester plus large c’est le respect de règles humanitaires de base, par exemple la violence sur des gens qui votent n’est pas acceptable.

– Finir la transition démocratique en Espagne par la promotion d’une confédération républicaine espagnole, être clair qu’une telle confédération, si elle voyait le jour, pourrait remettre en cause le processus d’indépendance.

– Il reste à faire les procès du franquisme, c’est le point douloureux, tabou, qui déclenche la furie contre ceux qui remettent en cause la « constitution ».

Et si ce référendum était un test de démocratie ? Le résultat est clair : très facilement nos démocraties peuvent devenir des états totalitaires. Aujourd’hui c’est une démonstration de forces à l’encontre des indépendantistes catalans, demain pour qui que ce soit voulant transformer la société.

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Le référendum du premier octobre est plus valide que nombreuses de nos élections de démocratie représentative.

François Schneider

Le référendum d’autodétermination a une participation très importante : plus de deux millions de personnes ont réussi à avoir leur vote comptabilisé (sur 7,5 millions de catalans et 5 millions d’inscrits), sachant que 770000 bulletins avaient été saisis par la police espagnole et que les intentions de vote étaient d’environ 60%. Certes le référendum était jugé illégal par Madrid et le camps du non a largement délaissé les urnes, à part des électeurs de Podem (Podemos en catalogne, qui soutient le droit à l’autodétermination mais est contre la séparation). Mais le pourcentage d’un des camps (dans notre cas le « oui à la république catalane ») en relation au total des inscrits est beaucoup plus important que dans de nombreuses élections soit disant valides.

Il y avait clairement une très grande volonté de voter à un référendum d’autodétermination en Catalogne, ce qui est confirmé par les statistiques, par les manifestations énormes (1 million de manifestants 7 ans de suite pour une population de 7,5 millions), et par le niveau de participation énorme pour des élections interdites. Imaginons en comparaison que 8 millions de français manifestent à Paris sept années de suite, ne prendrions pas en compte les demandes ? En comparaison il est totalement injuste que le Brexit ait été reconnu comme valide car il ne venait pas d’une demande populaire massive comme en Catalogne, et la part du oui par rapport aux inscrits était moindre : 38,5 % des inscrits pour le oui (et 90 % des votants) en catalogne sans compter les votes saisis alors que 37,5 % ont voté oui au Brexit.

Le vote se faisait sur une question simple et précise, plutôt que de voter, souvent par défaut, pour une personne dont la politique menée est difficile à évaluer pour des électeurs.

Un autre aspect qui rend ce référendum valide est le grand niveau d’engagement citoyen dans son organisation et sa défense par les CDR, les Comité de Défense du Référendum disséminés dans tout le territoire et fonctionnant en démocratie directe: la motivation de voter était énorme et venue de la base. Le fait que le scrutin ait pu quand même se tenir malgré les pressions de la police espagnole montre le sérieux du compromis. Toute une population a réussi à amener des urnes, malgré la police qui se dédiait à les traquer.

L’illégalité du référendum est discutable : quand trois millions de catalans voulaient voter au référendum de personnes sur 7,5 millions s’opposent à une illégalité, un gouvernement démocratique se doit de se questionner sur la validité de cette illégalité. En réalité l’illégalité du référendum n’était pas inscrite dans la constitution, elle est le résultat d’une interprétation du conseil constitutionnel. Francois Schneider

Colombie : un référendum pour la paix

L’accord de paix entre le gouvernement du pays et les Forces armées révolutionnaires de Colombie est en bonne voie à l’issue des pourparlers. Le président Juan Manuel Santos souhaite néanmoins depuis le début des négociations que l’accord final soit validé par référendum national. Il faudra 13 % d’approbations de la part de la population colombienne soit 4,5 millions de votes en faveur de la paix pour que les affrontements cessent. La campagne a déjà commencé dans les deux camps avec, à l’issue, la possible fin d’un conflit vieux d’un demi-siècle dont les morts se comptent par milliers.

La Finlande, le nouvel « homme malade » de l’austérité en Europe

A écouter les promoteurs de l’orthodoxie, la dette publique est liée à la paresse. Regardez au Sud de l’Europe, disent-ils. La Finlande qui a fait partie de cette chorale et
en dépit de tous les clichés, ce pays de la Baltique, ancien modèle de la zone euro, est en perdition.

La Finlande a été l’un des pays européens les plus critiques envers la Grèce, cet été, lors des négociations entre les pays de la zone euro et le gouvernement Syriza. Helsinki jouait le rôle de chevaux légers au côté de la cavalerie lourde allemande dans la lutte pour imposer l’orthodoxie financière sur le continent. Il fallait châtier Athènes pour avoir omis de faire les réformes promises et avoir osé contester le système d’esclavage de la dette. Maintenant, c’est au tour du gouvernement finnois de chercher désespérément un moyen de sortir d’une récession qui a duré de 2012 à 2014. L’an dernier, les 270 milliards de dollars de richesses produites restaient inférieurs de 8,3 % par rapport au niveau d’activité atteint avant la crise en 2007, selon les calculs de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Le pays n’a pas connu un tel marasme économique depuis la Seconde Guerre mondiale. Le ministre finnois des Finances, qui cherchait à marquer son opinion publique, a qualifié son pays de nouvel « homme malade de l’Europe ». Difficile, en effet, d’évoquer la paresse méditerranéenne comme explication des grandes difficultés rencontrées par ce petit pays de la Baltique…
[Découvrez l’ensemble de notre article dans Golias hebdo n°411]

L’autre scandale Volkswagen

Mise en cause dans l’affaire de ses moteurs diesel truqués pour contourner les normes antipollution, la firme allemande a aussi entretenu des liens avec la dictature brésilienne. Un cas loin d’être isolé… Lorsqu’une grande partie de l’Amérique du Sud se trouvait sous la coupe des militaires entre les années 1960 et 1980, nombreuses sont les multinationales américaines et européennes qui se sont rendues complices d’atteintes aux droits de l’homme. Petit florilège non exhaustif d’une période de l’histoire qui n’a pas vraiment dit son dernier mot.

Le 20 septembre 2015, le groupe automobile reconnaissait avoir trompé les contrôleurs étasuniens sur les niveaux d’émissions polluantes de ses voitures diesel en utilisant depuis 2009 un logiciel interdit pour contourner la législation. Wolkswagen admettait que la manipulation touchait également l’Europe. Sont concernés 11 millions de véhicules vendus dans le monde, dont plus de 946 000 en France. La fraude avait été révélée par l’International Council for Clean Transportation, organisation non gouvernementale spécialisée dans les transports propres, dont le principal financeur est la ClimateWorks Foundation, une autre ONG engagée dans la lutte dontre le réchauffement de la planète.

Pour réaliser des tests d’émission des véhicules aux Etats-Unis, l’International Council for Clean Transportation avait fait appel au centre pour les émissions, les moteurs et les carburants alternatifs de l’université de Virginie-Occidentale. Entre 2013 et 2014, une série de tests est effectuée en condition réelle. Le
résultat est sans appel dans un rapport de mai 2014 : les principaux polluants atmosphériques sont jusqu’à quarante fois au-dessus des limites fixées. L’agence de l’environnement américain et la California Air Resources Board ouvrent alors leur propre enquête et découvrent un petit logiciel capable de limiter les émissions de gaz polluants le temps des contrôles. Une astuce finement trouvée, mais avec un scandale de dimension mondiale à la clé, dont le coût est est pour l’heure incalculable. Peut-être entre 23 et 78 milliards d’euros entre amendes étasuniennes (on parle de 18 milliards de dollars), amendes européennes, actions menées par les propriétaires de véhicules et des actionnaires… Sans compter une perte de confiance et une baisse des ventes.

Un passé pas franchement honorable

Malgré un chiffre d‘affaires de 202,5 milliards d’euros et un bénéfice de 10,5 milliards d’euros en 2014, le géant allemand aux douze marques risque d’entrer dans une période de turbulence. On parle déjà de licenciements, mais les plus en cause ne risquent pas de se retrouver dans le besoin. Ferdinand Piëch, 78 ans, démissionnait en avril 2015 du conseil de surveillance. Le patriarche est une figure historique en quelque sorte, et le petit-fils de Ferdinand Porsche, le père de la Volkswagen Coccinelle. Déjà un point noir, puisque son grand-père, décoré par Hitler en 1937, a participé à l’effort de guerre allemand avec la conception de son char Tigre et de son chasseur de chars l’Elefant. N’en doutons pas, Ferdinand Piëch a fait sa pelote, et la prime de départ accordée à l’ex-président du directoire Martin Winterkorn pourrait atteindre plus de 60 millions d’euros. Les licenciés « ordinaires », qui ont participé à la réussite de Volkswagen, devront se débrouiller avec beaucoup moins. Découvrez l’ensemble de notre article en téléchargeant Golias Hebdo n° 403 : http://golias-editions.fr/article5351.html

La Banque centrale européenne, grande prêtresse de la casse sociale

Ouvrir le crédit ou le restreindre ? Favoriser la rente ou le salaire ? L’emploi ou la monnaie ? C’est à ces questions que doit répondre la Banque centrale européenne (BCE) en permanence, en dehors de tout débat démocratique.

La sacralisation mortifère
de la monnaie
La monnaie est une illusion. Bien sûr, les pièces qui tintinnabulent dans les poches sont bien réelles. Elles pèsent, mais leur valeur est une illusion. Elles ne circulent et servent d’instruments d’échanges qu’en raison d’une croyance collective. Celle qui veut que l’euro sera accepté en paiement par tous et tout le temps. C’est une expérience que nous faisons chaque jour, mais qui pourrait tout aussi bien devenir caduque. C’est déjà arrivé au mark allemand des années 1920 ou plus près de nous au peso argentin du début des années 2000, pour ne prendre que deux exemples.
Pour garantir la foi du peuple dans la valeur de l’argent, les citées antiques en avaient entouré la création ex-nihilo du plus grand secret. L’opération se déroulait loin des regards, dans leurs temples, lors de cérémonies menées par les grands prêtres. Aujourd’hui, malgré les siècles passés, la modernité et le « Progrès », la foi en la monnaie unique reposent toujours sur le mystère, un culte (l’euro fort), un clergé (les banquiers centraux), ses fidèles (les ministres des Finances) ; sans oublier ses rites purificateurs : chômage, faillites et crises humanitaires, comme en Grèce, sont « nécessaires » à la purge des excès antérieurs. Excès de consommation et de dettes, d’accumulation de richesses et de plein emplois. La zone euro dispose de sa ville sainte : Francfort, en Allemagne. C’est là, sur les bords du Main, rue du Kaiser (Kaiserstrasse), que se dresse la Banque centrale européenne (BCE) et c’est en son sein que la création et la gestion de la monnaie se décide, à huis clos.
Indépendante de par ses statuts gravés dans le marbre du référendum de Maastricht (1992), la BCE se targue de poursuivre de manière experte et dépassionnée son unique but affiché : préserver la valeur de la monnaie en luttant contre l’inflation. Comme lorsque les oracles antiques tentaient de décrypter les augures, les décisions de la BCE sont entourées de mystères, de chiffres ésotériques et de sombres prophéties. Lorsque le conseil des gouverneurs de la BCE – présidé par l’ex-banquier de Goldman Sachs Mario Draghi -, augmente le prix de l’argent ou au contraire l’abaisse, aucune caméra de TF1, de France 2, aucun micro de France inter, RTL ou d’Europe 1 ne se trouve sur place.

Pourtant, ces décisions sont, souvent, bien plus importantes que celles mises en scène par François Hollande ou Angela Merkel. La vie des centaines de millions d’habitants des pays de la zone euro en dépend, car pour l’économie et l’emploi la monnaie agit comme l’huile pour un moteur ou le sang pour un organisme : en son absence tout se grippe, se flétrit. Ce bien public, collectif, qu’est la monnaie est exercé sans aucun contrôle démocratique de la part des parlementaires européens ou des Parlements nationaux. De ce fait, l’institution se fait la voix des banques et des possesseurs de capitaux dont les intérêts particuliers s’opposent souvent à l’intérêt général. [Découvrez l’ensemble de notre dossier dans Golias Hebdo n°398]

Le Pérou et la Bolivie à l’épreuve d’un accord européen

A quelques mois de la conférence sur le climat à Paris, un projet de loi de l’Assemblée nationale autorise la ratification d’un accord de libre-échange aux couleurs de l’ultralibéralisme. Celui-ci favorisera le modèle extractiviste et aura des conséquences sociales et environnementales graves pour les deux pays andins.

En septembre 2007, les gouvernements de la Colombie, de l’Equateur, du Pérou, de la Bolivie et l’Union européenne entamaient des négociations pour trouver un « accord d’association » portant sur la coopération et le commerce. La Bolivie et l’Equateur, membres de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique, quittaient rapidement les négociations, estimant que cet accord serait de la même eau que celui de l’Alena, l’Accord de libre échange nord-américain qui a permis aux Etats-Unis et au Canada de piller le Mexique. Un véritable forcing et un déni de démocratie de la part de l’Union européenne, puisque l’accord avec le Pérou est entré « provisoirement » en vigueur le 1er mars 2013 et le 1er août suivant avec la Colombie… avant même qu’il ne soit ratifié par les Parlements nationaux. C’est ce que la France s’apprête à faire, après avoir présenté le 15 avril 2015 en conseil des ministres, en procédure accélérée, un projet de loi (n° 2774) autorisant ladite ratification de l’accord commercial entre l’Union européenne, la Colombie et le Pérou. [Découvrez l’ensemble de notre article dans Golias Hebdo n° 396]

Emmanuel Todd : « Ce qui menace notre société est l’acceptation de l’inégalité, pas l’Islam »

Pour tenter de mieux comprendre ce qui s’est joué en janvier dernier et anticiper les répercussions que les attentats, la réaction du gouvernement et des médias peuvent avoir sur notre vie de tous les jours, nous versons au dossier le dernier livre d’Emmanuel Todd : Qui est Charlie ? Sociologie d’une crise religieuse, éd. Le Seuil, mai 2015. [Découvrez l’intégralité de notre entretien das Golias Hebdo n° 387] : http://golias-editions.fr/article5324.html

La présentation qui en est faite dans les grands médias ne permet pas, sauf rare exception, de comprendre ses nombreux apports. Ils réduisent cet essai, qui s’appuie sur un travail scientifique, à un brûlot et posent toujours à son auteur les mêmes questions : comment pouvez-vous dire ces horreurs sur les manifestants ? Alors vous n’êtes pas Charlie ?, etc. S’il n’aimait pas les thèmes traités par Charlie Hebdo (l’essentialisation des musulmans, le dénigrement des milieux populaires à travers l’image du « bof »), Todd est obligé de dire qu’il était l’ami de Bernard Maris, « un économiste doué d’une qualité trop rare : il était capable de changer d’avis ».
Tout cela est hors de propos. Le livre démontre qu’un État accaparé par les catégories sociales supérieures et la fine frange des classes moyennes supérieures maintient un choix économique (euro fort, libre-échange) qui défavorise la grande majorité de la population, et plus particulièrement la masse des jeunes. Cet édifice est rendu de plus en plus instable à mesure que les inégalités s’accroissent. Cette instabilité rend essentielles des opérations de contrôle idéologique à destination des professions intermédiaires, c’est-à-dire la frange inférieure de la classe moyenne, qui est la clé de la stabilité du pouvoir en France. Emmanuel Todd a raison d’étudier l’utilisation d’attentats atroces par les pouvoirs d’Etat et le développement dans les strates les plus privilégiées de notre société de l’islamophobie. Celle-ci divise les catégories populaires et soude les classes moyennes, indépendamment de leurs sensibilités politiques, contre un ennemi commun fantasmé. Il se révèle digne de la meilleure tradition intellectuelle en appelant à éviter toute nouvelle guerre de religion et en désignant le principal fauteur de trouble : un laïcisme intransigeant s’apparentant à une interdiction de la liberté de conscience, s’éloignant ainsi de la conception républicaine de la laïcité. De même, le lecteur pourra réfléchir à la thèse d’une revigoration de la doctrine républicaine de l’égalité par l’assimilation d’une partie de la culture venant de l’Islam !

Il ne s’agit pas pour autant de dire amen à tout ce qu’écrit Emmanuel Todd. D’abord, son analyse cartographique, outil auquel il recourt depuis quarante ans, est difficilement démontable pour ceux qui ne sont pas des hommes de l’art. De même que, si la logique de ses raisonnements de démographe se suit très bien, il faudrait que le lecteur ait une sacrée formation pour être en mesure de vraiment vérifier la validité de chaque étape. Ensuite, malgré son intérêt, le livre comporte quelques faiblesses : une petite agression injustifiée à l’égard de l’école de Pierre-Bourdieu. Il reste le plus grand sociologue critique français, plus de dix ans après sa mort. Il s’agit aussi de la sélection d’une citation, malheureusement exacte, de Robespierre, le présentant sous son jour le plus sanglant. Maximilien, le bien nommé, est aussi celui qui a lutté avec le plus de fougue contre les inégalités, aussi bien économiques que juridiques (égalité des noirs et des blancs, des catholiques et des juifs, des hommes et des femmes). Dommage de priver les Français de telles ressources pour leur émancipation.

Plus grave encore, à nos yeux, Emmanuel Todd prétend que l’antisémitisme se développe en banlieue. Il ne s’appuie que sur des faits divers sanglants et odieux pour avancer une telle affirmation qui se trouve être le viatique, jamais prouvé et si commode, des « théoriciens de l’échec de l’intégration », à savoir Eric Zemmour et Alain Finkielkraut, comme les désigne Todd avec justesse. Mais, ce dernier avoue avoir été totalement éprouvé par les assassinats récents de Français juifs. D’où peut-être sa confusion sur l’antisémitisme supposé des banlieues.

Emmanuel Todd n’est pas le provocateur que se plaisent à dépeindre les grands médias. « C’est à deux ans de la retraite que je me fais clouer au pilori de cette façon. Je vérifie à près d’un siècle d’écart l’analyse de mon grand-père Paul Nizan, Les chiens de garde. Il avait raison, le contrôle idéologique est un travail incessant de la part des institutions  », confie ce chercheur qui a étudié l’histoire à la Sorbonne et la démographie à Cambridge. Issu d’une famille d’intellectuels, ses travaux valent le détour. A la fin des années 1970, il anticipe l’effondrement de l’URSS, à rebours des universitaires français alors les plus en vue. Puis, dans les années 1990, il prévoit l’horreur économique de Maastricht et ne cesse depuis de pourfendre, implacablement, l’euro fort et le libre-échange. A raison (voir son classique, parmi les classiques : L’Illusion économique, Gallimard, 1997). Il suit cette ligne avec son nouveau livre.

Rwanda : une déclassification partielle

Le 7 avril 2015, l’Élysée a annoncé la déclassification de documents concernant le génocide au Rwanda émis entre 1990 et 1995 par la présidence de la République.

D’autres archives pourraient suivre notamment celles de l ‘Assemblée nationale, de la Défense et des Affaires étrangères sans échéances précises. Un premier pas vers plus de vérité qu’il faut saluer tout en relativisant sa portée. Nombre d’informations résident dans les archives des services de renseignement notamment sur des points plus sensibles comme les dossiers instruits par le pôle crimes contre l’humanité et génocide dans le cadre de l’opération Turquoise. Des éléments qui devraient rester bien au chaud…