Les bonnes questions d’un évêque allemand

Mgr Norbert Trelle, évêque de Hildesheim, dans un entretien récent à  un journal, vient d’allumer un nouveau feu par cette déclaration importante : « Bien que l’Eglise soit plus proche de la Fraternité Saint- Pie X que des protestants, je me sens plus proche de n’importe quel luthérien que des lefebvristes. »

Cet évêque rejoint ses confrères autrichiens Manfred Scheuer (Innsbruck) et Alois Kothgasser (Salzbourg) pour critiquer les très graves erreurs du pape actuel. Mgr Trelle : « Je ne peux parvenir à  imaginer que le pape ait su [concernant les positions négationnistes de Williamson, ndlr] – et ait néanmoins consenti à  lever l’excommunication ». L’évêque allemand ajoute : « Je ne comprends pas, et je suis en colère, comme les autres évêques. » Norbert Trelle s’interroge encore : « Comment est-il possible qu’en Allemagne lorsqu’un siège épiscopal se libère on enquête pendant plus d’un an, alors que pour ces quatre évêques personne n’a vérifié leurs antécédents ? »

Mgr Norbert Trelle fait allusion sans le citer au cas incroyable du diocèse de Trèves, vacant depuis… novembre 2007 (!) date de la promotion de Mgr Reinhard Marx comme archevêque de Munich, le diocèse étant géré par un administrateur Mgr Robert Brahm. Cette durée exceptionnelle tiendrait, d’une part au tempérament scrupuleux du nonce à  Berlin, le Suisse, Jean-Claude Périsset et à  la volonté du pape de ne laisser passer aucun évêque jugé trop peu sà»r au plan doctrinal.

Namur : un Dieu d’épicerie…

Soucieux d’une revalorisation esthétique de la liturgie, le pape Ratzinger se préoccupe aussi de réhabiliter certaines démarches de piété, pourtant très suspectes.

Il en va ainsi des indulgences, dont on sait que leur prédication, il est vrai très mercantile, par le dominicain Tetzel, fut directement la cause de la révolte de Martin Luther. Les indulgences, qui peuvent être plénières (totales) ou partielles, consistent en la remise des peines temporelles dues au péché, quantifiées de façon assez déroutante et improbable, comme au cours d’une opération commerciale. Hors de Rome, cependant, cette pratique douteuse n’a guère cours. Une exception au moins à  ce peu d’enthousiasme pour les indulgences doit être relevée. Dans le diocèse de Namur, Mgr André-Mutien Léonard, qu’il n’est plus besoin de présenter tant son caractère est entier et ses positions conservatrices, proposait aux fidèles, à  l’occasion de la fête de la conversion de saint Paul, de se rendre à  la cathédrale ou à  défaut dans une église décanale (siège d’un doyenné) le jour du 25 janvier, précisément pour y bénéficier de l’indulgence plénière. En effet, le pape Benoît XVI a accordé la faculté aux évêques de concéder largement l’indulgence plénière dans leur diocèse. Beaucoup d’évêques n’en demandaient d’ailleurs pas tant. Des chrétiens belges ont protesté vivement en raison du caractère anti-oecuménique d’une telle initiative mais d’autre part à  cause de image sous-jacente d’un Dieu d »épicerie » qui pèse et soupèse. Un Dieu qui monnaye parcimonieusement ses grâces et n’a pas grand chose à  voir avec le Père miséricordieux de l’Evangile, rétribuant également les ouvriers de la première heure et ceux de la dernière.

Révolte en Avignon : trop c’est trop !

Dans le climat déjà  chargé d’électricité qui règne dans le catholicisme français suite à  la levée de l’excommunication des évêques intégristes, c’est à  présent un cri d’exaspération qui se fait entendre du côté du Vaucluse.

Un vent de révolte gronde, tant l’archevêque du lieu a multiplié non seulement les déclarations et les mesures les plus conservatrices mais jusqu’à  des incongruités déplacées, comme des visites surprises dans des presbytères de son diocèse pour s’assurer que monsieur le curé ne couche pas avec une femme (ou un homme !) et dit bien son bréviaire. Le clergé d’Avignon est en général très loin d’être frondeur. Il a supporté avec patience et indulgence Mgr Raymond Bouchex, un théologien assez replié sur lui-même, et de plus en plus frileux, pendant près d’un quart de siècle. Cette fois-ci cependant, les outrances de Mgr Cattenoz ont conduit à  un blocage de la situation, de sorte que son propre conseil épiscopal adopte une motion de défiance à  l’endroit de l’archevêque. Cette décision bloque l’institution et prive Jean-Pierre Cattenoz de tous ses relais paroissiaux.

Quatre membres du conseil épiscopal avaient déjà  renoncé à  leurs fonctions.
Le bras de fer semble s’être engagé au plus haut sommet de l’Eglise vauclusienne. C’est l’ensemble de la vie diocésaine qui se trouve mis en difficulté. Tous relèvent chez leur évêque une sorte de folie des grandeurs et de multiplication des projets aussi ambitieux que discutables. Selon un mot qui circule dans le Vaucluse, «entre l’ancien archevêque et l’actuel, on est passé de Saint-François à  Louis XIV !».

La révolte du peuple de Dieu

Suite à  la décision du pape de lever l’excommunication
des évêques lefebvristes, les mouvements d’Action catholique réagissent de belle manière. Nous publions l’intégralité de leur prise de position

« Chrétiens des mouvements d’Action catholique spécialisée, nous nous étonnons de la décision de Benoît XVI de lever l’excommunication des quatre évêques de la fraternité Saint-Pie X ordonnés par Mgr Lefebvre.

Nous comprenons les explications de la déclaration du Conseil permanent des évêques de France qui éclaire ce geste de réconciliation comme engageant un long chemin qui supposera un dialogue précis vers la réhabilitation. Nous faisons confiance à  la parole de nos évêques qui affirment qu’en aucun cas le Concile Vatican II ne sera négociable. En effet, nous voulons aller dans le sens d’une à‰glise unie autour de l’annonce de la Parole du Christ.

Toutefois, cette décision, qui surprend par son manque de collégialité, ne semble pas le permettre. Elle porte atteinte aux efforts fournis par l’à‰glise pour s’ouvrir, faire face aux défis d’aujourd’hui tout en proposant l’à‰vangile, comme l’essentiel de son message universel.

Le contexte de cette décision dessert les efforts de la communauté des chrétiens pour qui le message de l’à‰vangile est un message de paix, d’amour et d’ouverture. Il nous invite chaque jour, dans la lignée de Vatican II, à  agir dans cet esprit dans le monde d’aujourd’hui.

Le Concile Vatican II reconnaît la liberté de conscience dont découle la liberté religieuse, l’oecuménisme, le dialogue inter religieux, socles d’une à‰glise ouverte sur le monde et ouverte à  ceux qui sont en chemin. Ainsi, Vatican II résonne aussi pour nous dans la lignée des fondements de notre société laïque, en offrant un cadre d’épanouissement à  chaque citoyen, croyant ou non.

Mouvements d’Action catholique, nous voulons contribuer à  offrir à  chacun cette possibilité de découvrir une foi chrétienne qui, inspirée par l’à‰vangile, permette de développer raison critique et envie d’agir en société. Notre société, notre à‰glise aussi avec Vatican II, nous laissent libres de croire et de douter.

En émettant au mieux « des réserves » sur le Concile Vatican II, les Lefebvristes ne vont pas dans le sens du souhait du Christ d’une à‰glise unie. Nous nous inquiétons que cette décision favorise des comportements excessifs et légitime des paroles dangereuses pour l’humanité, paroles qui brouillent le message de l’intuition évangélique. En ce sens nous nous indignons devant les scandaleux propos négationnistes prononcés par Mgr Williamson à  l’égard de nos frères juifs.

L’ensemble de l’à‰glise se doit de reconnaître un socle commun dans lequel le Concile
Vatican II, et ainsi la liberté de conscience, l’oecuménisme et le dialogue inter religieux ne sont pas optionnels. »

Signataires :
Action Catholique des Enfants – Action Catholique Ouvrière – Chrétiens dans le Monde Rural – Jeunesse Etudiante Chrétienne – Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne

L’écran de fumée de Mgr Simon (Clermont)

Intellectuel, respecté et redouté pour sa capacité à  argumenter et ses jugements incisifs, pasteur déterminé autant que souvent incommode,

Mgr Hippolyte Simon, 65 ans, archevêque de Clermont et actuel vice-président de la Conférence des évêques, nous surprend souvent par ses mises au point d’une rare pertinence. Ainsi, lorsqu’il cloua le bec à  l’abbé Christian Delorme semblant justifier le mépris des droits de l’homme (et de la femme) au nom du respect de la singularité de l’islam. Mgr de Clermont rappela alors les exigences minimales d’une éthique citoyenne qui fonde le « vivre ensemble ».
Sur un ton cassant et péremptoire, de façon étrangement décalée, ce prélat dont on sait néanmoins le peu d’affection que lui inspire le courant intégriste – belle litote- vient à  présent de rendre publique une étonnante lettre ouverte pour défendre… Benoît XVI, objet de moult critiques suite à  la levée des quatre excommunications.

Pour l’archevêque de Clermont : « Trop c’est trop ». Le prélat dénonce le déchaînement médiatique qui accablerait aujourd’hui le pape. Mgr Simon critique la confusion très grave entre la levée des excommunications et une réintégration à  part entière, ce qui est vrai en soi, mais ne saurait faire oublier
l’intention de Benoît XVI et la perspective dynamique “ si l’on ose dire dans le cas d’espèce – qui se dessine à  l’horizon. Hippolyte Simon entend donc blanchir le pape de toute collusion avec les intégristes. Là  encore, nul ne conteste que Joseph Ratzinger est indisposé par le simplisme théologique de la Fraternité St Pie X, et encore plus par des propos politiques insoutenables, sans même parler du négationnisme. Pour autant, comment éluder une certaine collusion objective dans le sens d’une défense intransigeante d’une conception rigide et absolutiste de la vérité, un peu vite confondue et identifiée avec ce que nous en comprenons, et surtout avec ce que l’Eglise impose aux hommes de penser. […] (lire l’article dans son intégralité dans Golias Hebdo n°66, disponible en téléchargement)

Mgr Thorne (Pérou) ne craint pas la compromission

La récente décoration reçue par le cardinal péruvien Juan Luis Cipriani Thorne fait couler beaucoup d’encre dans son pays, et bien au-delà .

L’archevêque de Lima, membre de l’Opus Dei, vient d’être reçu dans l’ordre du soleil du Pérou au grade considérable de Grand Croix. Agé de 66 ans, très discuté, le cardinal Cipriani entretenait des relations amicales et confiantes avec le président péruvien Alberto Fujimori, gravement accusé aujourd’hui de corruption. Artisan d’une reconquête ultra-conservatrice et de l’éradication de la théologie de la libération, ennemi juré des ordres religieux qu’il trouve progressistes, cet ancien joueur de basket professionnel, parfois cité, mais un peu rapidement, du moins nous l’espérons, comme papabile, mène un combat idéologique inquiétant, tout comme le sont ses collusions avec le pouvoir politique.

Il est très significatif que le président de la République péruvienne lui-même, Alan Garcia, que l’on surnomme parfois le « caballo loco », déjà  accusé à  plusieurs reprises d’enrichissement personnel, ait tenu à  saluer le « sens de la discipline ecclésiale » du cardinal Cipriani, un aspect qui pourtant se présente comme étranger à  sa compétence gouvernementale. Façon de sceller une alliance toute stratégique, bien qu’idéologiquement contre-nature, car Garcia se dit encore « révolutionnaire », entre un président soucieux de rester aux manettes de commandes. Que ne fait-on pour gagner du pouvoir, ou en conserver !

Le prédicateur du Pape n’est pas du genre à  évoluer…

On sait combien le Vatican est hostile à  «la théorie du genre», très répandue dans les pays anglo-saxons, et selon laquelle, au-delà  de la détermination biologique des sexes, c’est un ensemble d’éléments culturels qui s’avère décisif, y compris l’orientation sexuelle.

Cette philosophie est développée en particulier par la psychanalyste Judith Butler. Elle conteste de façon radicale l’idée d’un ordre naturel et d’une loi naturelle. Le père capucin Raniero Cantalamessa, prédicateur de la maison pontificale (il prêche les exercices spirituels de la Curie), connu d’un vaste public pour son commentaire hebdomadaire de l’Evangile sur la Rai Uno, vient de prendre également position sur la question. Ce petit homme barbu et souriant, qui se range sur le fond du côté des conservateurs, a en effet déclaré que l’insistance sur « l’égale dignité des homosexuels et des transexuels a conduit à  des propositions folles, comme celle d’abolir la distinction des sexes et de la remplacer par la distinction des « genres » ou par la volonté de libérer la femme de l’esclavage de la maternité ». Pour lui, l’idéologie délétère du genre traduit une volonté de prendre la place de Dieu, tout aussi dangereuse que le marxisme de jadis. Né en 1934, le père Cantalamessa pourrait devenir cardinal lors d’un prochain consistoire (avec d’autres italiens, comme les archevêques de Palerme, Paolo Romeo, et de Florence, Giuseppe Betori, ainsi que deux ou trois chefs de dicastère de la même origine). Un signe que donnerait Benoît XVI à  une Italie qui lui reproche parfois, pour son style, de ne pas savoir faire « il Papa » !

Un article ahurissant de l’Osservatore Romano sur la pilule !

Le Vatican semble s’être ridiculisé, y compris auprès de ceux qui se montrent proches de ses positions, en fustigeant les méfaits supposés de la pilule contraceptive tant au plan personnel pour la femme qui l’ingurgite qu’au plan écologique dans la mesure o๠l’urine de la femme ayant ingurgité la fameuse pilule contraceptive infecte tout l’environnement.

L’Osservatore Romano a en effet publié un article de l’espagnol José Maria Simon Castellvi, président de la Fédération internationale des associations médicales catholiques, tentant d’établir toutes les conséquences désastreuses de la pilule. Y compris l’infertilité masculine par le biais de nourriture contaminée par les hormones ainsi répandues par les mictions des femmes les ayant absorbées. En effet, ces hormones baladeuses et éparses seraient l’une des causes de la pollution expliquant que l’homme ait désormais moins de spermatozoïdes.
Le catalogue des maux supposés provoqués par la pilule contraceptive vise à  justifier la conviction de Castellvi selon laquelle « Humanae Vitae » interdisant la pilule, serait en fait une encyclique prophétique et salutaire, y compris pour la santé publique et pour la défense de l’environnement. A l’inverse, l’idéologie libertaire aurait donc été néfaste, non seulement pour les âmes mais encore pour les corps et aussi pour l’environnement.

Embryon : le Professeur fait la leçon au Pape !

Le professeur Jacques Lansac, président du Collège national des gynécologues de France, critique de la part du Vatican une « sacralisation des ovocytes et des spermatozoïdes ».

Cette critique incisive prend d’autant plus de relief que le Président Lansac est lui-même un catholique convaincu, très engagé. Il n’hésite pas à  préciser sa pensée : « j’ai l’impression, et je suis loin d’être le seul médecin catholique à  penser en ce sens, que Rome reproduit, dix siècles plus tard, ses interdits définitifs concernant l’ouverture des cadavres humains et l’apprentissage de l’anatomis humaine ». Le scientifique poursuit : « je suis chagriné et blessé d’apprendre que le Vatican se prononce de manière apparemment définitive contre tout ce qui permet aujourd’hui de faire que des couples inféconds puissent enfin donner la vie ».

D’un point de vue moral, il est de plus déplorable, selon le Professeur Lansac, que  » le Vatican fasse l’économie de ces vertus éminemment chrétiennes et catholiques que sont à  la fois l’amour et la compassion ». Le professeur réagissait ainsi à  un, document du Saint-Siège du 12 décembre, intitulé « dignitas personae » dans lequel ce dernier confirme, tout en soignant mieux l’argumentation, l’enseignement très étroit de « donum vitae ». Le genre même du catalogue de pratiques interdites nous semble déjà  particulièrement discutable. L’intransigeance romaine est d’autant plus contestable qu’elle se situe en contraste avec bien des témoignages de la tradition catholique elle-même.

Ainsi, le Docteur « Commun » du catholicisme, St Thomas d’Aquin, estimait-il au contraire du Vatican actuel que l’embryon n’était pas une personne humaine et que l’avortement aux stades précoces n’était pas un crime! Ainsi, cette ligne dure n’est même pas vraiment fidèle à  la tradition qu’elle invoque. Quant à  la science, comme l’a montré parmi d’autres un Francis Kaplan, elle établit la dépendance stricte de l’embryon par rapport à  la mère, donc son manque de l’autonomie supposé pour former un être humain distinct.

Nouvelle reconnaissance pour les ultras tradis

L’institut du  » Christ Roi Souverain Prêtre « , très frou frou et dentelles, vient d’être érigé de droit pontifical par le Pape Benoît XVI.

Ce dernier a voulu ainsi reconnaître ce groupe fondé par un prélat d’opérette, Gilles Wach, qui fut un temps vicaire général du diocèse de Mouila au Gabon – cela sent la combine à  plein nez – avant de s’implanter à  Gricigliano dans le diocèse de Florence. Proche de l’intégrisme, cet institut pour le moins baroque est toujours l’objet de vives critiques, notamment en raison de la personnalité du fondateur. Manifestement, le Vatican de Benoît XVI apprécie tout ce qui est « old style » ! Inutile de dire que c’est la messe de Pie V qui y est célébrée, avec des cardinaux en  » cappa magna  » s’il vous plaît. Plus que fellinien !