Le théologien Roger Haight mis à  l’index

Le père Roger Haight est connu dans le monde entier comme l’un des meilleurs spécialistes des religions non-chrétiennes. Ce théologien jésuite de 72 ans est une bête noire de Joseph Ratzinger qui lui reproche son « relativisme ».

En effet, Roger Haight estime que les religions non-chrétiennes peuvent également être canaux de la grâce et du salut, non comme seules causes occasionnelles (« à  l’occasion de » mais « non par elles-mêmes ») mais en elles-mêmes. Ce qui veut dire que le pluralisme des religions n’est pas un malheur ou une fatalité mais un bien voulu par Dieu ! C’est ainsi reconnaître non seulement qu’une personne peut se sanctifier et se sauver dans une religion non-chrétienne (et presque malgré elle !), mais encore par elle, ce que Rome refuse d’admettre. Il y a quatre ans déjà  le Père Haight reçut une instruction sévère et implacable de l’ex Saint-Office (rédigée dit-on par le secrétaire d’alors, l’archevêque salésien Angelo Amato) recavit pour son livre Jésus : symbole de Dieu. Le Vatican lui interdit alors de poursuivre son enseignement universitaire, sur place fort apprécié, à  la Western School of Theology de Cambridge dans le Massachusetts, dirigée par ses frères de la Compagnie de Jésus.

Interdit définitivement de publication et d’enseignement

Aujourd’hui, une nouvelle sanction, plus dure, frappe le père Haight. Tout au long de l’année dernière, en effet, des pourparlers se sont succédé entre les jésuites et la Curie romaine, car cette dernière entend véritablement « faire taire » ce théologien dérangeant. […]

Lire l’article complet in Golias hebdo n°64

Synode : la colère d’un archevêque africain

Mgr Buti Joseph Tlhagale, archevêque de Johannesburg, exprime son inquiétude lors d’un entretien accordé à  la revue missionnaire Nigrizia au sujet du Synode pour l’Afrique prévu en octobre 2009 à  Rome et qui, selon lui, risque d’être très peu africain.

Pour ce prélat, en effet, l’Assemblée synodale aurait dà» au contraire se tenir sur le continent africain. De fait, l’archevêque de Johannesbourg ne critique pas seulement le lieu du Synode mais aussi son contenu à  travers les  » lineamenta  » (travaux préparatoires) présentés en 2006. Mgr Buti Joseph Tlhagale pointe en particulier l’exclusion de thèmes qui sont pourtant brà»lants comme celui de l’obligation du célibat pour les prêtres. Qui plus est, les évêques ne jouiront que d’un temps très limité d’intervention (5 minutes) au risque d’être ainsi neutralisés dans les propos dérangeants qu’ils pourraient avoir à  coeur de tenir. Le Vatican se montre de façon générale de plus en plus rétif à  toute idée d’inculturation. Celui-ci entend imposer partout un modèle romain conservateur, discrédité pourtant en Europe occidentale. A la curie, actuellement, il n’y a d’ailleurs plus aucun chef de dicastère africain. alors que sous Jean Paul II on en comptait deux : l’anglophone Francis Arinze et le francophone Bernardin Gantin.

Benoît XVI pourrait cependant promouvoir à  la tête d’un dicastère romain l’archevêque Robert Sarah, secrétaire de la congrégation pour l’évangélisation des peuples, ou faire venir à  Rome l’un des deux cardinaux suivants, plus romains que les romains, et qui tendent à  émerger comme possibles papabili noirs : Policarp Pengo de Tanzanie et Théodore-Adrien Sarr du Sénégal.

La Procure rachetée par le groupe de presse conservateur «Media-Participations»

Le public parisien connaît très bien cette immense librairie du sixième arrondissement, très bien achalandée, regorgeant d’ouvrages de toute sorte, comprenant un rayon religieux assez remarquable.

La Procure, appartenant jusqu’à  aujourd’hui au Monde, est estimée et appréciée pour l’éclectisme de ce qu’elle vend. Le réseau la Procure est la première librairie (27 librairies en France, Suisse et Rome) en Europe dans le domaine des religions. Employant 80 personnes pour un chiffre d’affaires annuel de 16 milions d’euros, elle se situe aux antipodes de l’intransigeantisme qui a cours dans certains milieux et cultive à  l’évidence une volonté d’ouverture. Ce, malgré les pressions du cardinal Lustiger qui demanda jadis que les exemplaires de Golias ne soient pas faciles à  trouver pour le grand public. L’index existait donc toujours pour son éminence. Or, le groupe Le Monde vient d’annoncer juste avant Noà«l, comme pour profiter de la trêve des confiseurs afin de faire passer la pilule amère, la cession prochaine de La Procure à  un groupe de professionnels de l’édition, dont Media-Participations (39 %) qui aura la majorité des actions, le fond de pensions Accent Investissement (20 %), Bayard Presse
(5 %), le Cerf (5%), le groupe Eyrolles (5 %) etc. Or, Media-Participations est entre les mains de catholiques conservateurs, acquis à  la volonté de restauration mise en oeuvre par Benoît XVI (voir notamment l’hebdomadaire Familles chrétiennes qu’ils éditent). L’heure est donc grave, car cette importante et remarquable librairie tombe sous leur coupe, leur contrôle et sans doute leur censure. […]

La révolte des prêtres équatoriens et argentins

Beaucoup de catholiques d’ouverture en France sont particulièrement désolés de constater l’inertie d’un épiscopat de plus en plus conformiste et conservateur, ainsi que le vieillissement du clergé conciliaire aujourd’hui remplacé par de jeunes clergeons souvent très réactionnaires. Il est rassurant de constater que dans d’autres pays des voix s’élèvent, y compris de prêtres, contre une soumission aveugle et indigne de la liberté des Fils de Dieu.

En équateur, l’archevêque de Guayaquil, Mgr Antonio Arregui, qui appartient à  l’Opus Dei, prétend dicter ses choix politiques réactionnaires au peuple de Dieu de ce pays (qui n’est même pas le sien d’origine !). Des prêtres équatoriens lui ont adressé une lettre au ton vigoureux pour dénoncer une semblable façon de faire, une ingérence dans le droit de la conscience, un retour à  la théocratie sous sa forme la plus cléricale.
Selon eux, il n’est pas juste que la hiérarchie épiscopale dépasse les limites de sa compétence et de son autorité pour édicter des choix qu’il revient à  chacun de prendre en liberté. D’autant plus, soulignent les prêtres, que les croisades menées jadis par la hiérarchie catholique et ses compromissions, n’ont pas été toujours des gages de lucidité et de courage. Les causes de vrai progrès et d’avancée de l’homme ont été souvent défendues par des personnes étrangères au sérail clérical et même à  la foi chrétienne.

En Argentine, de nombreux prêtres s’insurgent contre l’esprit inquisitorial de traque à  l’hérésie dont est notamment victime un bibliste argentin de renommée internationale, Ariel Alvarez Valdez, persécuté, comme par hasard, par son évêque (Mgr Francisco Polti Santillan, qui appartient lui aussi à  l’Opus Dei) non pas pour avoir nié un quelconque dogme de foi mais pour avoir simplement contesté l’existence historique d’Adam et Eve ainsi que l’entrée « réelle » de l’ange Gabriel dans la maison de Marie à  Nazareth.

Le groupe de prêtres soucieux de fidélité à  la mémoire d’un évêque martyr assassiné sur ordre des sicaires du dictateur Jorge Videla, Mgr Enrique Angelelli, proteste vivement contre la persécution dont est l’objet le Père Alvarez Valdez de la part de son évêque ainsi que de l’archevêque de Cordoba, Mgr Carlos Jose Nanez qui interdit à  cet éminent bibliste de participer à  des journées de formation. Cette attitude odieuse de certains hiérarques argentins ultraréactionnaires (comme Mgr Hector Aguer, archevêque de La Plata) tombe très mal, alors que l’opinion publique demeure indignée par la compromission gravissime de certains membres du clergé, comme le cardinal Jorge Bergoglio de Buenos Aires, avec la dictature et les tortionnaires.

L’objection de conscience du Grand Duc du Luxembourg ?

Le Grand Duc Henri du Luxembourg est bien connu pour son catholicisme intransigeant. Il refuse aujourd’hui un projet de loi constitutionnelle autorisant de façon partielle et mesurée l’euthanasie.

Il pourrait en fait payer son intransigeance au prix fort. Il s’expose en effet à  une limitation de ses prérogatives, et notamment le pouvoir de « sanctionner » la loi. Si le vote des députés est confirmé en deuxième lecture, les fonctions de la monarchie luxembourgeoise ne seraient plus que protocolaires, à  l’exemple de la Belgique. En effet, les députés luxembourgeois ont adopté le 11 décembre un projet de loi constitutionnelle qui réduit les pouvoirs du souverain.

On l’imagine volontiers, le Saint-Siège a tenu à  apporter son soutien à  l’objection de conscience du Grand Duc. A la suite de la décision du prince, le Premier ministre Jean-Claude Juncker (démocrate-chrétien) a proposé un changement de Constitution, permettant de débloquer la situation en réduisant considérablement le vrai pouvoir discrétionnaire d’un souverain qui ne semble pas disposé à  vouloir jouer le jeu de la décision démocratique.

Henri du Luxembourg souhaite suivre la voie inaugurée jadis par le roi Baudouin de Belgique lors du vote de la loi belge autorisant l’euthanasie légalement assistée, démissionnant pour la durée d’un jour pour ne pas avoir à  promulguer cette loi ! Il est appuyé également par la droite catholique conservatrice en France, en particulier avec les députés français Jean-Marc Nesme, Marc Le Fur, Dominique Souchet, Véronique Besse, Bernard Depierre et l’inévitable Christian Vanneste. La fondation conservatrice « Liberté politique » lance d’ailleurs une pétition de soutien à  cette initiative grand ducale.

On l’aura compris, le fond du problème demeure inchangé. La loi condamne souvent dans bien des pays de façon hypocrite des pratiques en fait tolérées secrètement. Quant à  l’Eglise, son absolutisation de principes rigides conduit souvent à  sa mise sur la touche (ce qui va arriver à  Henri du Luxembourg) et à  sa marginalisation, faute de prendre véritablement en compte les questions éthiques. Mais c’est surtout le refus de la décision démocratique au nom en définitive de principes théocratiques (même inavoués ou subtilement enrobés) qui suscite une indignation légitime.
Réginald Urtebize

Affaire Vingt-Trois : du buzz au pschitt !

Le cardinal de Paris André Vingt-Trois vient de présenter ses excuses pour des propos tenus, dans lesquels il semblait émettre un doute – se croyant spirituel – sur l’aptitude des femmes à  rendre des services dans l’Eglise. Interrogé en effet sur le rôle des femmes dans la célébration des offices, l’archevêque de Paris avait alors répondu : « Le plus difficile, c’est d’avoir des femmes qui sont formées. Le tout n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête. » La connotation misogyne du propos pour le moins déplacée n’échappe à  personne.

Quinze femmes ont donc décidé de saisir les tribunaux ecclésiastiques de l’officialité de Paris, créant d’une certaine façon la jurisprudence avec cette plainte. Elles s’appuient sur deux articles du droit canon : l’égale dignité des baptisés et la responsabilité de ceux qui causent le scandale en situation d’autorité. D’ailleurs, dans le droit canon comme dans la morale catholique la plus catholique, il existe la légitimité de faire des observations envers un frère ou une soeur qui s’égare et la possibilité de faire amende honorable. Auparavant de nombreux cathos d’ouverture (et pas tous des femmes) notamment associés aux réseaux du Parvis, avaient adressé une lettre ouverte à  Mgr Vingt-Trois. Radio Notre-Dame a également reçu de nombreux mails d’auditeurs outrés par ces propos odieux ponctués en plus d’un rire gras.
Le cardinal a daigné présenter ses excuses. Comme la plainte a été retirée, l’affaire ne concernera désormais plus la justice. […]

L’annonce faite à  Mgr Aillet (Bayonne): œQuittez la soutane !

Mgr Marc Aillet, depuis le 30 novembre évêque de Bayonne, est issu de la communauté traditionaliste Saint-Martin, et a été pendant plusieurs années le vicaire général très « carré » de Mgr Dominique Rey, évêque de Toulon et membre de la communauté de l’Emmanuel.

Précisons que Don Marc Aillet porte toujours la sinistre soutane et ce, de manière ostentatoire sinon provocatrice.

Son élévation à  l’épiscopat est significative du grand virage conservateur des désignations d’évêques ces derniers temps. Elles sont d’ailleurs facilitées par le départ de Rome de Mgr François Duthel, responsable de la section française de la secrétairerie d’Etat, dont on sait qu’il exerçait une influence certaine en « bloquant » des évêques trop « tradis » et au contraire favorisait des évêques plus conciliaires.

En fait, l’homme-clé, qui a l’oreille du cardinal Secrétaire d’Etat, Tarcisio Bertone, est le jeune et influentissime « monsignore » Martin Viviès, un ecclésiastique de 46 ans, lui aussi, comme par hasard, membre de la communauté Saint-Martin et qui favorise les candidatures très conservatrices.

Quant aux « responsables » de la Congrégation des évêques, en principe en charge de la nomination, le cardinal Giovanni Battista Re et Mgr Francesco Monterisi, ils sont en disgrâce et le Pape se méfie d’eux.

En coulisses, le nonce tance Aillet !

Les catholiques d’ouverture du diocèse de Bayonne n’entendent cependant pas rester les bras croisés béats d’admiration devant leur nouvel évêque qui, au passage, lors de son discours d’intronisation – en présence d’une trentaine d’évêques – a renouvelé toute sa reconnaissance spirituelle au Chemin néo-catéchumenal dont à  Golias nous ne cessons de dénoncer les dérives théologiques et sectaires !

D’après nos informations le conseil du presbyterium a exigé de la part de son nouvel évêque un engagement à  oeuvrer dans un sens résolument conciliaire. Le vicaire épiscopal du diocèse aurait même demandé comme signe de bonne foi conciliaire à  Mgr Aillet de renoncer au port habituel de la soutane, relayé en ce sens, en coulisses, par le nonce apostolique, Mgr Fortunato Baldelli, qui avait déjà  exprimé en 2005 la même exigence à  l’abbé « tradi » Raymond Centène, lors de sa nomination comme évêque de Vannes en 2005.

Alors prêtre du diocèse de Perpignan, Raymond Centène portait fréquemment la soutane. Il faut donc que les loups tradis montrent patte blanche. En soi, cela ne contredit pas leur regain d’influence (avec l’appui de prélats comme le cardinal de Lyon, Mgr Barbarin) mais montre du moins que la voie n’est tout de même pas si largement ouverte que cela.

Les cathos «hérétiques» de Barack Obama

Malgré les trésors de diplomatie déployés par le cardinal Francis George, archevêque de Chicago et président de la conférence épiscopale des USA, ainsi que par Mgr Gerlad Kicanas, évêque de Tucson et vice-président, un homme d’ouverture, la situation est des plus tendues entre la hiérarchie épiscopale et le futur gouvernement Obama en train de se constituer.

ette tension s’étend d’ailleurs bien au-delà  de la petite cinquantaine d’évêques connus pour leur intransigeance extrême. Mgr Robert Hermann, administrateur apostolique de l’archidiocèse vacant de Saint-Louis (dont l’ancien fut l’ultra-conservateur Raymond Burke, transféré à  Rome) vient de déclarer que ce serait un honneur pour les évêques de mourir dans leur combat contre l’avortement.

De façon provocante, un cardinal américain de la Curie, Francis Stafford, vient de déclarer lors d’une conférence à  Washington que Barack Obama était un être « agressif, perturbateur et apocalyptique ». Ces propos relèvent de l’incident diplomatique puisque celui qui les a tenus est l’équivalent d’un ministre à  l’échelle d’un état.

De son côté, le Vatican est particulièrement irrité par la récente désignation de deux catholiques « libéraux » (= progressistes) à  des postes de confiance, ce qui en fait, selon lui, des alliés objectifs et scandaleux de la politique sociétale désastreuse (sinon criminelle) de Barack Obama. […]

Jésuites : le courage d’un Général

Parmi les figures de l’Eglise catholique qui donnent à  espérer en ce temps de restauration comment ne pas citer, outre le cardinal jésuite Carlo Maria Martini, un autre jésuite, de grande renommée, actuel Supérieur Général de la Compagnie, le Père Adolfo Nicolas, un grand intellectuel d’origine espagnole de 72 ans.

Il y a peu, lors d’un entretien accordé alors qu’il se trouvait à  Barcelone , le Père Nicolas prend très fortement ses distances à  l’égard de ce qu’il désigne comme les « religions systématiques« , autrement dit comme une prétention des religions à  imposer des solutions générales à  la société de façon autoritaire et arrogante.

L’à‰glise aurait tort, selon lui, de s’ériger en juge ultime sur des questions aussi délicates que l’euthanasie, l’avortement ou la contraception, et à  partir d’elles de se poser en grand arbitre politique.

Allusion notamment à  l’attitude actuelle de l’à‰glise espagnole.

Il envisage un renouveau de l’à‰glise dans le sens de plus d’ouverture à  la société actuelle. Il évoque l’histoire d’une à‰glise qui a su changer grâce à  certains groupes importants comme les franciscains, les dominicains, sans oublier les groupes de base. Dans la situation actuelle, le maître général des jésuites a au moins le courage d’envisager, à  l’opposé d’une restauration conservatrice, une relance des réformes.

Le «droit de mourir» est fondé théologiquement

Les courants intransigeants du catholicisme pourfendent l’invocation d’un éventuel « droit de mourir » qui leur semble scandaleux. Dans un excellent article republié dans la revue du conseil Pontifical de la santé « Dolentium hominum », le Père Mario Beltrami (1911-1998), un jésuite de la célèbre communauté intellectuelle de Gallarete-Milano se montre plus nuancé, distinguant en fait vraie et fausse euthanasie, façon d’ouvrir une brèche dans le mur de la doctrine rigide de l’Eglise.

Le Père Beltrami va encore plus loin :  » il appartient justement à  la liberté de chaque personne de décider de son propre destin en face du moment décisif de la mort « .

C’est pourquoi selon ce théologien jésuite il est juste de parler d’un véritable droit de mourir en interrompant un traitement. […]