Espagne : « état de péché » pour les partisans de l’avortement

Les députés espagnols devront se prononcer au sujet d’un projet de loi en faveur de la libéralisation de l’avortement. Ce projet entend réformer une loi de 1985, qui n’avait dépénalisé l’avortement que de façon très partielle, sous certaines conditions restrictives. Le nouveau texte prévoit au contraire une liberté totale d’avorter dans un délai de quatorze semaines.

Si les députés espagnols approuvent ce projet de loi, ils seront alors « en état de péché » et ne pourront communier, a affirmé mercredi le secrétaire général de la conférence épiscopale espagnole, Juan Antonio Martinez Camino, évêque auxiliaire de Madrid . Et véritable bras droit du cardinal Rouco Varela, qu’il assiste dans sa croisade conservatrice.

Jésuite très conservateur, un temps cité pour un poste à  la Curie romaine, Mgr Camino espère que son opposition à  Zapatero pourra tirer profit du discrédit de l’actuel gouvernement à  cause des ravages de la crise économique. Mais c’est peut-être en partie un mauvais calcul. L’opinion espagnole sur les questions sociétales, y compris à  droite, a en effet évolué très rapidement.

L’engagement réactionnaire de la hiérarchie espagnole ne semble pas s’infléchir. Au contraire.

Auch : SOS d’un curé en détresse

D’année en année, la diminution du nombre de prêtres se fait sentir. Dans le Gers, la crise des vocations a conduit à  un désert. Le jeune abbé David Cenzon, recteur de la cathédrale et curé de la paroisse Sainte-Marie, est le seul prêtre en activité pastorale dans la cité archiépiscopale.

Un défi inhumain, car dans la mentalité des gens il doit continuer à  tout
faire : « Nos missions sont de plus en plus diverses et souvent bien plus larges que la simple célébration des offices religieux. Il n’est pas rare qu’on m’appelle pour me signaler une fuite d’eau dans la cathédrale ou la présence de pots de fleur vides dans l’une des églises de la paroisse. Souvent, les paroissiens m’appellent monsieur le maire lorsqu’ils me croisent dans la rue. Ils ne sont peut-être pas si loin que ça de la vérité. » (dans la Dépêche du Midi)

Le bon Maurice Gardès, archevêque d’Auch, ne semble guère s’en inquiéter. Pas plus que son prédécesseur, Mgr Maurice Fréchard, que douze ans passés à  la tête du Séminaire français de Rome, avaient conforté dans sa conception cléricale et autoritaire de l’Eglise.

Un temps, les autorités ecclésiastiques ont cherché à  boucher les trous grâce à  des « plombiers polonais ». Le pays exporte – encore, car la crise commence à  le frapper – des prêtres de par le monde.

Mais le réservoir n’est pas inépuisable.

Anglicans : célibat pour les transfuges

Dans les coulisses du Vatican, la tension de ces derniers jours vient de retomber. En effet, la réintégration du giron catholique par des traditionalistes anglicans posait en particulier un problème très délicat. Dans la discipline anglicane, les prêtres peuvent, on le sait, être mariés au jour de leur ordination. Dans la perspective anglicane, il peut y avoir des séminaristes mariés. Ce qui dans le cadre d’un séminaire catholique ne pourrait que poser des problèmes.

Le Vatican – et sans doute Joseph Ratzinger en personne – a donc décidé de réserver la candidature à  la prêtrise dans le cadre de la tradition anglicane à  des hommes célibataires, et bien décidés à  le rester.

Sans doute pour éviter que l’exemple de prêtres mariés ne soit contagieux. Selon nos sources, la décision récente départage deux courants de la Curie. Les uns, comme le cardinal allemand Walter Kasper et même le préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal William Levada, étaient acquis à  l’idée de continuer à  ordonner des hommes mariés à  la suite des traditionalistes anglicans réintégrés. Au contraire, le cardinal Bertone et l’ensemble des hauts prélats de Curie de ligne ratzingérienne avaient tiré la sonnette d’alarme : l’accueil de futur prêtres déjà  mariés favoriserait à  l’évidence l’avancée de l’idée d’ordonner plus largement des hommes mariés au sein de la communion catholique.

Ce dont les conservateurs romains ne veulent en aucune façon.

La Bonne Mère supplie le Saint Père !

A l’évidence, l’avenir de l’OM, le club emblématique de la ville de Marseille, ne se joue pas seulement sur le rectangle vert du stade Vélodrome. Aussi surprenant que cela puisse paraître, la tactique de l’OM passe également par d’autres couloirs de son terrain de jeu habituel, à  savoir les coulisses feutrées des palais apostoliques du Vatican.

Pour ce faire, l’inénarrable maire de la capitale phocéenne, Jean-Claude Gaudin, surnommé « La bonne mère», s’est rendu récemment à  Rome avec l’entourage rapproché du Premier ministre en exercice, Francois Fillon, lors de la visite de ce dernier chez le Saint Père (voir Golias Hebdo n° 103).

Mais que faisait donc le très catholique maire de Marseille dans les vestiaires du Vatican ? Le club marseillais vise tout simplement un terrain qui appartient à  des religieuses. A l’occasion de son séjour à  Rome, pour la canonisation de Jeanne Jugan, le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, en bon catholique, a donc demandé une faveur au pape Benoît XVI.

En effet, le terrain concerné, dénommé centre de la Commanderie (désormais centre d’entraînement Robert-Louis-Dreyfus après le décès de l’ex-patron de l’OM), situé dans le quartier de la Valentine, est un monastère qui appartient depuis la fin XIXe siècle à  des religieuses contemplatives qui, de droit pontifical, dépendent directement du Saint-Siège et non pas de l’archevêque de Marseille, Mgr Georges Pontier. Cela n’est pas acquis. Une part du terrain est présentement occupée par le… jardin potager des religieuses. Qui tiennent à  cette propriété.

Mais, peuchère ! pourront-elles rechigner si Benoît XVI lui-même leur demande un tel sacrifice ?

Quant à  Jean-Claude Gaudin, inutile de dire qu’il a tout à  gagner en matière de popularité à  faciliter la vie de l’OM dont la devise est : « Droit au But » !

La résistance foncière des curés lozèriens

En Lozère, une polémique est actuellement en cours au sujet du bâtiment, bien trop grand et coà»teux, qui accueille aujourd’hui la maison diocésaine. Alors que la communauté chrétienne est exsangue, beaucoup posent des questions sur l’entretien de cette magnifique bâtisse.

Au départ, le diocèse se gardait bien de révéler les chiffres. Mais ses services n’occupent aujourd’hui qu’un petit tiers du bâtiment qui abritait l’ancien séminaire voilà  encore quinze ans. L’idée est donc de revendre cet édifice, bien imposant. L’évêque, Mgr François Jacolin, se serait d’abord rallié à  l’idée, avant d’y renoncer et de persister à  vouloir garder la bâtisse.

En fait, une majorité de fidèles et de prêtres était opposée au projet de vente.
« Cette décision de l’évêque, nous l’avons apprise dans la presse », rappelle au journal local Midi libre, l’un d’eux qui souhaite garder l’anonymat. Et de poursuivre « Nous étions beaucoup à  trouver curieux que quelqu’un qui arrive dans un diocèse prenne une décision comme celle-là , sans consulter, sans prendre le temps de réfléchir. » Face au front d’opposition, l’évêque avait décidé de soumettre le projet au vote – à  bulletin secret – des membres de l’association diocésaine. C’est le non qui l’a emporté (31 voix contre sur 52 votants). L’évêque s’est donc rallié.

Selon d’autres témoignages, des opposants au projet étaient prêts à  saisir le droit canonique ou à  faire appel à  la justice civile. « Si le diocèse a vraiment besoin d’argent, pourquoi alors ne vend-il pas la propriété ou la maison o๠vivent l’évêque et le vicaire général. Il pourrait ainsi venir dans l’aile ouest de la maison diocésaine¦ » indique par ailleurs, et de manière pertinente, un prêtre du diocèse.

Mgr François Jacolin a en tout cas levé le voile sur le montant des négociations un temps envisagées, telles qu’elles se présentaient voilà  encore quelques jours, avant le recul de l’évêque. « Le conseil général a demandé une estimation aux Domaines, qui ont fixé le prix de la maison diocésaine à  2,5 millions d’euros, a-t-il confié. Nous, nous avions fait appel à  un cabinet qui a estimé la maison diocésaine à  2,9 millions d’euros. » A titre indicatif, construite entre 1898 et 1902, la maison diocésaine est une vaste bâtisse de 135 m de long située au milieu d’une propriété de 2,5 ha qui compte quelque 6 000 m2 de planchers. Cette situation délicate, et fort inquiétante, est comme l’illustration éclatante de la situation générale de nos diocèses français, à  l’exemple des plus grands, en particulier de Paris et Lyon, et des deux concordataires, Strasbourg et Metz.

Le député Carayon (Tarn) invite les aumôniers de prison à  se confesser !

L’histoire mérite toute notre attention. Elle nous rappelle cette répartie de jadis d’un amiral français (de Joybert) à  l’évêque d’Orléans, soucieux du désarmement, Mgr Guy-Marie Riobé : « Occupez vous de vos oignons ! »

Dans un courrier adressé le 15 septembre à  Bernard Carayon, député de la IVe circonscription du Tarn , l’équipe d’aumônerie du centre régional de détention de Saint-Sulpice fait part de sa réflexion sur la loi pénitenciaire.

Les trois aumôniers s’interrogent sur l’avènement d’une prison o๠l’on passerait d’un état social à  un état carcéral : « L’obsession disciplinaire de l’opinion (le tout sécurité) et, bien sà»r, des responsables politiques, caractérise l’incarcération des délinquants juvéniles notamment à  travers la création des établissements pénitenciaires pour mineurs. Le durcissement de la politique pénale, notamment à  l’égard des jeunes, des étrangers et des malades mentaux, entretient une surpopulation carcérale constante qui fait des prisons françaises un scandale permanent et une injure aux droits de l’homme. »

Ces paroles justes ne laissent pas indifférent le député. Qui répond très vertement, n’hésitant pas à  faire comparaître le Christ comme témoin en sa faveur : « Votre mission est admirable, et peu de clercs l’assurent. Vous avez le droit d’avoir de l’amitié pour les prisonniers, comme le Christ a exprimé de la charité pour le brigand ou la femme adultère. Mais efforcez-vous de ne pas tomber dans les travers que vous dénoncez : l’autoritarisme, la diabolisation, l’intolérance. Je ne me sens pas le droit de vous inviter à  la confession mais je connais quelques saints prêtres, au solide bon sens, qui sont prêts à  vous entendre, dans l’humilité et le pardon

A toute fin utile, rappelons que Bernard Carayon, né en 1957, a fait ses études à  Paris II-Assas, université connue pour la forte implantation de l’extrême- droite. Il a été très proche alors des milieux étudiants de cette mouvance.

[lire l’intégralité de cet article dans Golias Hebdo n°103]

Radio Notre Dame ne fréquente plus les protestants

Pour des raisons d’économie faciles à  deviner, « Radio Notre Dame » partageait son antenne avec « Fréquence protestante ».

Or, après des années de colocation très paisible, la partie catholique a pris de façon tout à  fait unilatérale la déplorable décision d’éconduire sa partenaire protestante.

La raison d’un tel choix serait avant tout idéologique. Se positionnant de plus en plus dans le sens de la restauration ratzingérienne, dans la ligne officielle du diocèse de Paris, « Radio Notre Dame » ne supportait plus l’ouverture jugée tous azimuts de sa partenaire protestante. Exit, donc. Manifestement, les cathos se soucient comme d’une guigne de la survie menacée de la radio protestante, dont on sait pourtant qu’elle bénéficie de moyens moindres.

Radio Notre Dame bénéficiera donc désormais de 100% du temps sur le canal numérique. Elle grignote les 25% jusqu’à  présent dévolue à  Fréquence protestante.

Il s’agit d’un camouflet très grave à  l’idée d’une promotion de l’oecuménisme. C’est triste même si ce n’est hélas pas surprenant.

Centre Afrique : Bras de fer entre le clergé local et les missionnaires

Le premier président de la République de Centre Afrique (RCA), Barthélemy Boganda, était un ancien prêtre révoqué par son évêque pour concubinage notoire. Déjà  à  l’époque, il était de notoriété publique qu’un grand nombre de prêtres d’origine locale, pour ne pas dire la majorité, en Afrique centrale vivaient maritalement. La situation aujourd’hui n’a guère évolué.

A l’occasion de la visite papale au Cameroun en mars dernier une enquête de Golias (cf. Golias magazine n°125) montrait qu’environ le quart des évêques camerounais avaient une concubine.

Chez les prêtres la proportion est très nettement plus élevée (80 à  90 %). Le sida est la première cause de mortalité des prêtres en Afrique (cf. Golias magazine n°77). Cette réalité est bien connue au Vatican , mais le blocage idéologique sur le mariage des prêtres jette un voile pudique sur cette réalité au risque de divisions graves au sein des Eglises africaines.

C’est ce qui est en cours en République Centre Africaine. En avril dernier, l’archevêque de Bangui , la capitale de la RCA, Monseigneur Pomodimo, était « démissionné » par le Vatican pour concubinage auquel il faut ajouter les graves problèmes de corruption dans son diocèse. Cette démission était l’aboutissement d’une série d’événements que le Vatican et la conférence épiscopale française (voir plus loin) tentent de gérer depuis plusieurs mois. Ce jeune évêque de 55 ans est le prototype d’une nouvelle génération épiscopale qui émerge en Afrique : brillante, politique, romaine et de haute culture. Mais ces qualités se traduisent aussi dans certains cas par des princes de l’Eglise, sà»rs d’eux mêmes, à  la chasteté et à  la morale à  géométrie
variable.

Les frasques de monseigneur Pomodimo étaient connues depuis longtemps à  Rome , mais elles devenaient trop visibles, et les messages alarmistes des congrégations religieuses missionnaires qui remontaient à  Rome devenaient encombrantes. En novembre 2008, le cardinal guinéen Sarah, secrétaire de la congrégation pour l’évangélisation des peuples, était dépêché en visite canonique à  Bangui pour rencontrer les 9 évêques de la conférence épiscopale. Ce qu’il y a découvert sur le plan de la chasteté des prêtres lui a fait prononcer cette phrase qui n’a pas été appréciée par le clergé local : « En RCA, il n’y aura pas d’évêques autochtones avant dix ans. » Le clergé local y a vu du néocolonialisme religieux

Monseigneur Lacrampe, archevêque de Besançon , qui a déjà  fait de nombreux voyages dans la région, s’est rendu en janvier dernier à  Bangu i pour se faire une idée de la situation et tenter de calmer les vives tensions entre le clergé autochtone et les congrégations religieuses missionnaires. Il a pu constater qu’une véritable fracture existe entre le clergé local et le clergé missionnaire sur la question de la chasteté. Ces derniers dénoncent la vie licencieuse de leurs collègues centrafricains. Le clergé local, regroupé dans un collectif lance des accusations graves de détournement d’argent, d’homosexualité et de pédophilie de la part des prêtres et religieuses expatriés. A cette époque, le départ de l’évêque de Bossangoa , Monseigneur Yombandjé, poussé à  démissionner parce qu’il avait voulu mettre de l’ordre sur la question des moeurs, a été fêté par des prêtres de son diocèse.

Dans ce contexte délétère, le cardinal Dias, préfet de la congrégation pour l’évangélisation des peuples, envoyait en avril dernier une lettre à  la conférence épiscopale centre africaine rappelant aux évêques et aux prêtres que leur conduite n’était pas conforme à  leurs engagements « à  la suite du Christ, pauvre, chaste et obéissant ». Dans la foulée, le 26 mai, l’archevêque de Bangui , président de la conférence épiscopale était poussé à  la démission. Un spiritain, le père Dieudonné Nzapalainga était nommé archevêque par intérim. Le lendemain, une lettre collective des prêtres diocésains refuse cette nomination, appelle à  la suspension de toutes les activités pastorales et dénonce : « la mainmise de certains missionnaires expatriés dans toutes les instances de responsabilité au niveau de l’Eglise de Centrafrique ». Selon cette lettre, non seulement les missionnaires s’accaparent les postes de responsabilité mais ils empêcheraient également les donateurs étrangers d’apporter leur concours au clergé local. Le secrétaire général de la conférence épiscopale est signataire de cette lettre, ce qui laisse supposer que Monseigneur Pomodimo serait derrière. Des prêtres et des religieuses étrangers (africains et européens) ont fait l’objet de menaces et on a signalé quelques agressions physiques. En juin, la Délégation Catholique pour la Coopération a dà» suspendre l’envoi de volontaires en Centrafrique. Depuis, un calme précaire est revenu et Monseigneur Pomodimo vient d’être nommé médiateur de la République par le Général Bozizé, chef de l’Etat Centrafricain.


Ces événements posent deux questions.

La première est de savoir jusqu’à  quand le Vatican refusera de regarder en face la question de la sexualité des prêtres, en Afrique particulièrement.

La seconde est celle de l’identité des Eglises locales africaines qui, pour la plupart, sont maintenant sous la responsabilité d’évêques locaux. La crise en Centrafrique tient peut-être au fait que sur les neuf évêques, six sont encore étrangers. Paradoxalement, elles affichent toutes d’un côté une image très romaine : une Eglise hiérarchique traditionnelle, un lieu de pouvoir laissant peu de place aux laïcs, des princes de l’Eglise montrant peu l’exemple de la pauvreté et d’un autre côté dans leurs pratiques quotidiennes, elles laissent des marges de manoeuvre importantes aux clercs sur les question sexuelles.

Bouvard et Pécuchet à  Lyon

Dans le diocèse de Lyon, la formation permanente semble une exigence cultivée par le cardinal Philippe Barbarin. A l’occasion d’une rencontre, des prêtres du diocèse sont venus s’informer des tenants et aboutissants d’une crise économique pourtant fort complexe.

Ils veulent devenir des « acteurs sociaux responsables ». Ouah, ça jette grave ! La naïveté était au rendez-vous de ces journée de formation. C’est un banquier, François Villeroy de Galhau, membre de l’exécutif de BNP Paribas, qui était chargé de délivrer la bonne parole. On pourrait organiser une session sur les incendies de forêt en invitant un pyromane !

Avec beaucoup de candeur, Bruno Millevoye, secrétaire du conseil presbytéral, explique : « En tant qu’acteur social, nous devons porter un discours responsable, en veillant à  ne pas dénigrer les responsables économiques ou politiques1 ». En effet, « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». « Nous ne sommes pas économistes », s’excuserait presque le P. Thierry Cuilleret, curé à  Villeurbanne, venu « chercher un éclairage permettant de prendre du recul lors de nos interventions, et ne pas tomber dans des analyses trop faciles : nous devons reposer nos avis sur l’à‰vangile et sur la réalité2 ». Un prêtre s’inspirant de ce qui se fait en Espagne, o๠la crise sévit davantage il est vrai, et o๠les prêtres séculiers se trouvent dans une situation plus confortable, le P. Bertrand Chatain, a suggéré une initiative symbolique. Que les prêtres du diocèse, anonymement et sur la base du volontariat, versent à  deux associations caritatives “ l’une confessionnelle, l’autre non “, un mois de leur traitement annuel, soit environ 900 €. Excellente idée au demeurant. Mais on aurait pu suggérer une initiative analogue aux banquiers, puisque l’un des leurs était présent !

1. Dans La Croix du 22/09/09 – 2. Ibidem

L’évêque de St Dié accueille à  bras ouverts les Lefebvristes

Alors que s’ouvriront prochainement à  Rome des négociations en vue d’une réintégration des intégristes dans le giron officiel, les signes fleurissent ici ou là  d’une bonne disposition des évêques à  ouvrir les portes à  l’extrême droite du Christ.

Tandis que, pendant trois décennies, l’épiscopat français s’est opposé avec le plus de détermination à  la complaisance de la Curie, il se montre aujourd’hui étonnement affaibli et fragilisé. On se souvient de la fermeté avec laquelle Mgr Michel Kuehn, alors évêque de Chartres, refusait l’accès de sa cathédrale au pélerinage du Centre Charlier. C’était il y a vingt ans. Autres temps, autres moeurs.

Le diocèse de Saint-Dié a été dirigé pendant vingt ans par Mgr Paul-Marie Guillaume, connu pour ses penchants traditionalistes. Aujourd’hui, son successeur, Mgr Jean-Paul Mathieu, qui fut son vicaire général, vient de franchir un nouveau pas dans le sens de la complaisance à  l’endroit des intégristes. En effet, il a décidé – par souci oecuménique? – d’ouvrir les portes de la basilique de Domrémy qui se trouve sur le territoire de son diocèse. Et ce à  l’occasion du pélerinage annuel de la Fraternité Saint- Pie X qui aura lieu le 27 septembre. Vous avez bien lu : il s’agit de la Fraternité Saint-Pie X, les lefebvristes purs et durs. Et non de ralliés à  l’autorité romaine. Comme la Fraternité Saint-Pierre.

Mgr Mathieu justifie son choix par une volonté d’éviter toute polémique inutile. Comme si justement ce n’était pas en créer une que de recevoir ainsi à  bras ouverts les dissidents intégristes. En outre, dans ce cas particulier, Domrémy est un symbole très dérangeant. Il ne s’agit pas d’un lieu de pélerinage parmi d’autres mais justement de celui d’un lieu qui évoque Jeanne d’Arc, récupérée on le sait par l’extrême droite. Interrogé sur cette étrange complaisance, l’évêque des Vosges enfonce le clou et ne semble guère troublé. Dans les colonnes du journal France Lorraine, il ajoute même, péremptoire : « Je souhaite la réconciliation avec eux. » En 1995, déjà , Mgr Guillaume avait accueilli, mais avec moins de publicité, ces pélerins pas comme les autres. Le tollé fut général, malgré la discrétion choisie. C’est pourquoi, l’année suivante, l’évêché maintint ses portes fermées.

Une telle initiative de Mgr Mathieu n’a rien de fortuit ou d’anodin. Comme le geste d’un prélat trop débonnaire ou naïf. Elle traduit – et trahit – une volonté de signifier à  Rome que les évêques français d’aujourd’hui ne s’opposeront pas à  l’accueil des lefebvristes et à  l’enterrement du Concile. C’est grave, très grave !