Témoins du divin, de la Catalogne à  l’Arménie

On pourrait s’étonner de voir des figures semblables reprises sur le même thème et sensiblement à  la même période aussi bien en Catalogne orientale qu’au monastère de Geghard en Arménie, aux marches de la chrétienté d’alors.

Ce n’est guère étonnant quand le thème traité par le peintre de la fresque (en Catalogne) et le sculpteur du tympan (en Arménie) se référait au texte biblique évoquant la vision d’Isaïe : « Je vis le Seigneur assis sur un trône grandiose et surélevé. Des séraphins se tenaient au-dessus de lui, ayant chacun six ailes, deux pour se couvrir la face, deux pour se couvrir les pieds, deux pour voler. Ils se criaient l’un à  l’autre ces paroles : Saint, saint, saint est l’à‰ternel Sabaoth, sa gloire emplit toute la terre. » (Isaïe 6, 1-3). Une même source mais deux traductions : en Catalogne c’est une fresque monumentale gorgée de couleurs qui transcrit la vision d’Isaïe ; en Arménie, la sobriété domine dans un monde o๠l’expression minérale a été privilégiée.

A Santa Maria (d’Esterri) d’ Aneu , proche de la frontière franco-espagnole, au sud-est du Val-d’Aran, la fresque occupant la voà»te de l’abside a été déposée pour être conservée et exposée dans le très beau Musée national d’art catalan (MNAC) de Barcelone. La gloire de l’à‰ternel manifestée dans le Fils incarné est le thème central de cette composition centrée autour de la figure d’une Majestas Mariae : un choeur d’archanges entoure la Vierge offrant son fils à  l’hommage des Rois d’Orient, préfiguration de l’ensemble des peuples de la terre appelés au salut. Sujet classique quoique d’importance majeure, mais qui se double à  Santa Maria d’ Aneu d’une seconde évocation profondément ancrée dans la révélation biblique.

(lire l’intégralité de l’article dans Golias Hebdo 108)

Guy-Marie Riobé : prêtres demain… de quelles communautés ? Et pour quel(s) ministère(s) ?

Dans un contexte o๠des chrétiens et des non chrétiens sont amenés à  poser des actes de résistance et de ruptures, l’association des amis du Père Riobé, en partenariat avec l’association Dom Helder Camara, organise, ce samedi 28 novembre, un colloque intitulé : «Ruptures et fidélité, sur les traces de Guy-Marie Riobé et de Dom Helder Camara»1.

Les ruptures dont il sera question au cours de cette rencontre sont des ruptures relatives à  des orientations religieuses ou sociales qui posent problème par rapport au message évangélique et/ou à  l’esprit des droits de l’Homme. La fidélité s’entend, pour Guy Marie Riobé et Dom Helder Camara, d’abord comme une fidélité au Christ et à  l’Evangile, mais aussi à  l’Eglise qui, en dépit de ses faiblesses, porte le message. Pour d’autres, cette fidélité s’entend comme une fidélité au respect de la dignité de la personne. Ainsi, en hommage à  Guy-Marie Riobé, Golias publie la lettre sur l’avenir des ministères dans l’Eglise qu’il avait adressée le 8 décembre 1972 à  ses prêtres, suite à  l’article qu’il avait signé sur ce sujet dans Le Monde quelques semaines auparavant. (voir Golias Hebdo n°86). D’une troublante actualité !

Les Jésuites, Karl Marx et le Mur de Berlin

La «Civilità  cattolica» prestigieuse revue romaine des jésuites, organe officieux de la Secrétairerie d’Etat dont le cardinal Tarcisio Bertone relit régulièrement les bonnes feuilles, vient de publier un essai signé du Père Georg Sans, professeur d’histoire de la philosophie contemporaine à  l’Université Grégorienne de Rome et intitulé «Que reste-t-il de Marx après la chute du mur de Berlin ?».

Il est à  noter que l’Osservatore Romano lui-même a publié de vastes extraits significatifs de cet essai. Selon le Père Sans, la chute du marxisme-léninisme a finalement permis d’aborder autrement la pensée de Marx, dans ses intuitions et intentions les plus authentiques.

Au-delà  et en amont des relectures idéologiques et politiques, loin d’une langue de bois du parti, il est passionnant de se replonger dans l’immense et foisonnant corpus philosophique de Karl Marx. L’ambition de changer le monde n’est pas totalement discréditée par les dérives du totalitarisme marxiste.

Le Père Sans s’est beaucoup intéressé aux « manuscrits de 1844 », exprimant la pensée humaniste de celui que Louis Althusser présentait comme le « premier Marx ». On trouve aussi chez Marx ce refus d’accepter que la vocation de l’homme s’épuise dans sa rentabilité et dans son efficacité. La valeur anthropologique du travail ne consiste pas davantage dans un juste salaire (évidemment indispensable). Il y a aliénation tant que le travail ne permet pas une certaine réalisation de soi. Dès lors que l’homme et sa capacité créatrice se trouvent en quelque sorte dépossédés d’eux-mêmes. Nous sommes aux antipodes du totalitarisme.

L’un des grands mérites de Marx, selon le Père Sans, est d’avoir intelligemment établi que la pauvreté et la richesse ne sont pas des fatalités mais les produits de structures mises en place par l’homme lui-même dans différentes civilisations.

Ce que l’homme a tissé, il lui revient de le détisser et de le réinventer. C’est sa responsabilité. Et son devoir.

Marx fait entendre aujourd’hui encore une voix prophétique. Et ce sont des jésuites qui le disent.

Reconquista : que le sang coule !

Loin de Madrid, Tolède ou Séville, o๠leurs Eminentissimes Seigneurs s’émoustillent à  acheter la soie cramoisie au kilomètre pour des capa magna réhabilitées, je parcours la gazette bimensuelle d’un petit diocèse enraciné dans la terre fertile du grenier de l’Espagne. L’avortement est ici un âpre débat d’actualité avant d’être, comme ailleurs, une question sans jamais de vraie réponse.

Dans cette région très catholique d’une Espagne monarchique et très catholique, mais pas vraiment en retard sur les questions de moeurs (se rappeler de la légalisation du mariage homosexuel), on n’y va pas par quatre chemins. Je vous livre la chronique.

Entre lieux communs et propos sanguinolents

«Les droits des «non-nés». – Il existe sur cette terre de nos péchés un monstre, nommé avortement, qui s’est développé, bien nourri et bien desservi de sang et d’argent. Et aussi, des larmes des femmes sans défense. C’est un monstre qui a grandi des démagogies de toutes couleurs sociales et politiques. Et des silences complices. Et des excuses vaines. Et des tractations affreuses. Ce monstre, pour notre honte, a droit de cité. Ils ne sont pas rares ceux qui font profil bas (ou au moins qui s’émeuvent) quand quelqu’un leur rappelle qu’il se promène par nos rues avec le progressisme en bandoulière. Et jusqu’aux lois qui le défendent. N’attendez pas aujourd’hui, dans cette modeste chronique, que je polémique avec des partisans de l’avortement ou des féministes extrêmes. Je ne veux juger personne. Encore moins ces pauvres femmes qui désiraient un enfant de leurs entrailles, mais que la peur a vaincues et qui se sont effrayées devant la solitude. «Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés». Ne jugeons personne ; mais regardons en face les faits et les problèmes.

Ceux qui invoquent l’avortement pour défendre je ne sais quel droit, me semblent simplement ambigus. Le premier droit de l’être humain n’est-il pas de le laisser naître ? Si l’on ne reconnaît pas ce droit, tous les autres droits sont superflus : avec quelle gorge vont-ils crier leurs droits ceux pour qui s’est interrompu le chemin vers la lumière du soleil ? Avec quelle langue le «non-né» va-t-il se défendre contre la mort qui l’attend ? Avec quelles mains va-t-il écrire celui a qui on a coupé les mains avant qu’il ne puisse les utiliser ? Une société dans laquelle les pauvres et les «sans voix» comptent moins que peu est-elle une société développée et majeure ? Est-elle une société progressiste ? Une telle société se montre plutôt une société malade, ou un grenier obscur et glacé. Et que l’on ne nous dise pas que l’embryon n’est pas une «personne» dans le sens que ce sacro-saint mot s’est donné dans le monde moderne. Qu’est-ce que c’est alors ? Un conglomérat de cellules anarchiques, dispersées, désunies ? Les biologistes disent que nous étions tout entiers compris dans un embryon, comme un désir implicite de développement.

Dans l’attente d’une «voix au-dessus»

Je ne suis pas un hispanophone confirmé et je reconnaîtrais bien volontiers quelques approximations dans la traduction, mais la «terre de nos péchés», le «monstre [¦] bien nourri et bien desservi de sang et d’argent», l’ «enfant de leurs entrailles», les mains coupées, tout cela je ne l’ai pas inventé. L’avortement fait partie de ces interrogations si difficiles à  propos desquelles, pour paraphraser Vandel, je ne suis pas certain d’être «de mon avis». La société espagnole parcourt ce débat que nous avons parcouru, avec ses violences, ses outrances, ses souffrances, mais aussi avec des voix qui s’élèvent au-dessus, très au-dessus, de la mêlée. Pour le moment, de métaphores sanguinolentes en lieux communs, mon petit diocèse attendra encore un peu sa voix «au-dessus».Pour la petite histoire, un encart placé juste à  côté de l’article sur l’avortement annonçait une prochaine formation à  la communication sur le thème : « Iglesia y comunicacion : una relacion posible ? »¦ Eh oui¦ justement, je me posais la question¦

Le théologien espagnol Juan Masia à  l’index

Théologien moraliste de renom, jésuite espagnol, présentement professeur de bioéthique à  Osaka et à  Matsuyama au Japon, déjà  victime d’attaques inquisitoriales des secteurs conservateurs de l’épiscopat ibérique, Juan Masia s’est vu privé en 2006 de la chaire de bioéthique à  l’Université pontificale de Comillas à  Madrid. Exilé au Japon, il n’en demeure pas moins la cible des inquisiteurs catholiques.

Les évêques espagnols, qui ne perdent jamais une occasion de ferrailler contre la modernité et contre les avancées sociétales, ont multiplié les pressions auprès des supérieurs de la Compagnie de Jésus .

Ayant quitté la Péninsule, le Père Masia croyait pourtant avoir échappé à  leurs griffes. Que nenni ! Juan Masia s’est également vu contraint de fermer son blog, très suivi, « Vivere e pensare alla frontiera » qui se trouvait sur le portail Religion Digital. Il a préféré devancer la sanction qui le menaçait et éviter à  son ami, le Père Shogo Sumita, Provincial des jésuites du Japon, de devoir se faire l’intermédiaire de la sanction ecclésiastique.

L’initiative répressive de faire taire le Père Masia vient des évêques espagnols, de leur président le cardinal Antonio Maria Rouco Varela, archevêque de Madrid , et certainement des milieux conservateurs de la Curie. Selon l’un des amis de Masia, le Père Pedro Miguel Lamet, écrivain et journaliste, vaticaniste connu, auteur d’un livre remarquable sur Jean Paul II, le Pape aux deux visages (éd. Golias, 1999), la goutte qui aurait fait déborder le vase aurait été l’un des derniers post de son blog. Le théologien, comparant l’encyclique Caritas in veritate à  une sorte de paella dont il met en relief les limites et les contradictions, critiquait l’enseignement du Magistère actuel.

Réagissant à  la persécution dont il est l’objet, le Père Masia a opposé le « vice du secret » à  la « vertu de l’information » qu’il entend promouvoir. Une vertu qui se fait rare dans l’Eglise actuelle.

Le moins que l’on puisse dire est que l’institution ecclésiastique n’agit pas vraiment dans la transparence.

Espagne : le voyage du pape surfacturé

Le voyage de Benoît XVI à  Valence, en Espagne, en 2006 continue à  beaucoup faire parler de lui. La musique d’ambiance diffusée lors des interventions du pape a été en effet surfacturée à  la télévision régionale par les autorités locales. C’est le quotidien espagnol El Pais qui vient de le rapporter. Cette révélation survient alors qu’éclate le scandale de corruption qui entoure depuis février le Parti populaire (droite). Le réseau d’entreprises au coeur du scandale de corruption qui éclabousse la droite espagnole se serait en effet enrichi en surfacturant des frais de sonorisation à  la télévision régionale. La police ibérique a saisi des documents montrant que ce réseau d’entreprises avait facturé pour 6,4 millions d’euros les frais de sonorisation des allocutions publiques du pape retransmises en direct par la télévision régionale. Ce qui est considérable. La valeur réelle de ces prestations était inférieure de plus de la moitié du montant facturé. 3,3 millions ont ensuite été répartis entre deux entreprises liées à  Francisco Correa, cerveau présumé de ce réseau de corruption et à  une entreprise de construction.

Cette affaire survient également alors que les forces conservatrices du pays tentent de mobiliser leurs troupes en faveur du retrait de la nouvelle loi de libéralisation de l’avortement. L’épiscopat soutenant le combat du parti de Mariano Rajoy, chef du Parti populaire.

La montagne du Synode africain accouche d’une souris blanche aux pantoufles rouges

Cette fois, c’est bien fini. Le Synode vient de délivrer son message final. Demain, les Pères célébreront la messe revêtus d’une chasuble offerte par Benoît XVI et qui porte son sceau !

Geste d’honnêteté pour ce Synode qui fut avant tout romain ou ultime manifestation d’un autoritarisme pontifical qui maintient les Eglises africaines dans une soumission qu’aucun évêque n’a osé dénoncer ? On avait d’ailleurs eu soin d’éloigner les théologiens et leur rêve de Concile. Ils ont dà» se rassembler dans le cadre de l’Observatoire organisé par la Conférence des Instituts missionnaires (dont certains supérieurs généraux participaient au Synode…) et l’Union de la Presse Catholique Italienne. On ne s’étonnera donc pas du résultat : Le Synode qui se tenait dans la ville aux sept collines a accouché d’une souris blanche aux pantoufles rouges, tout comme le Pontife qui le présidait ! Au-delà  de toute colère ou lassitude que peut susciter la pauvreté du message synodal, on ne peut, en raison, que constater que les évêques africains ont suivi les recommandations de leur Chef. Alors que les théologiens réunis dans les « catacombes » attendaient des paroles fortes face aux situations dramatiques, les Pères, reconnaissant pourtant l’urgence de la situation (§ 6), n’auront su transmettre qu’une insipide prédication alliant la superficialité des analyses et les voeux pieux qui n’engagent personne. Et, de fait, aucune étude ne fut faite de la réception du précédant Synode, sans doute parce qu’elle aurait révélé une bien maigre moisson.

Mais, plus affligeant encore, la visée théologique nous fait régresser avant la naissance de la théologie africaine, dans les années 60. On ne parlait pas encore d’inculturation mais d’adaptation du message. Ainsi, la Doctrine Sociale de l’Eglise telle qu’elle est résumée dans le Compendium, est le « vadémécum » que les évêques recommandent (§ 9). Certes, pourquoi pas, mais les « petites communautés ecclésiales » souhaitées par l’Assemblée de 94 n’aurait-elle eu aucune inventivité, n’aurait-elle pas déjà  « incarné » la foi qu’il faille encore les guider uniquement par des textes venus de Rome ? (Cf. § 22) Qui parlera des « centres de résistance et d’innovations » chers au regretté Jean-Marc Ela ? Les évêques, quant à  eux, se placent en donneurs de leçon. Ils sont sans doute les seuls chrétiens à  réfléchir (et nul doute que les rencontres furent riches, un des rares points positifs de ce synode) sans se remettre en cause, comme s’ils n’avaient aucune responsabilité dans la situation du Continent. Constat qui laisse perplexe ! Pour être tout à  fait honnête, ce qui est toujours difficile quand on est sous le coup de la déception, le « message » note que certains évêques africains ne soutiennent pas comme il devrait le SCEAM (§ 17). Et l’on sait que ce Symposium des Conférences Episcopales d’Afrique et de Madagascar devait célébrer ses quarante ans¦ mais faute de moyens, la fête n’eut pas lieu. On imagine que le pape préférait réunir les évêques à  Rome. Doit-on lire entre les lignes ?

Je ne reprends ici qu’un seul thème parce qu’il fut une nouveauté du Synode. C’est la question de la femme. Les Pères s’adressent aux religieuses dans un paragraphe séparé (§ 21) pour les remercier, sans évoquer leurs désirs, et il a plus loin « un mot spécial, pour vous, chères femmes catholiques » ! (§ 25). Il « recommande à  nos Eglises locales de dépasser les déclarations générales d’EIA (l’exhortation post-synodale de Jean-Paul II) pour mettre sur pied des structures concrètes en vue de réaliser la participation des femmes ˜aux niveaux adéquats’ »¦ et d’ajouter que le « Saint Siège a donné un bon exemple en nommant des femmes à  des postes très élevés ». Conformément à  la pratique et à  la doctrine pontificale, les africaines devront se méfier pour ne pas se « laisser prendre en otage par les promoteurs d’idéologies étrangères (j’ignorais que Rome fà»t africaine !) et moralement empoisonnées à  propos du genre et de la sexualité humaine » ! On ne sera pas étonné de cette charge mais on se souviendra que l’Occident participa à  la libération d’une femme aux prises avec des traditions africaines qui ne la respectait pas. Rien n’est dit de situations dramatiques telles que les viols dans de nombreux pays en guerre¦ Des femmes attendaient pourtant un message fort ! Mais le paragraphe suivant est très éclairant : pour les « hommes catholiques », le Synode en les interpellant, parle de « responsables » ! Le cadre est ainsi posé : les hommes aux responsabilités et les femmes « au niveau adéquat »¦ On n’en saura pas plus mais on devine que rien ne changera¦
Si on avait laissé plus de place aux femmes, peut-être le Synode aurait-il accouché d’une vraie Bonne Nouvelle !

L’autofinancement des Eglises africaines en question

Nous sommes toujours dans l’attente du message final du Synode qui se prépare. Les Pères ont déjà  écrit pour soutenir les diocèses situés dans la région des Grands Lacs o๠la violence continue : « Afin de sauver leur vie, des centaines de milliers de personnes ont été obligées à  abandonner leurs maisons et à  se réfugier dans les Pays limitrophes dans des conditions d’extrême précarité. Le phénomène des enfants-soldats ne manque également pas de nous préoccuper, tout comme celui des orphelins, des mutilés de guerre et des personnes avec de graves problèmes de santé physique et psychique. » Le Synode rappelle que « le sang des innocents crie vengeance face à  Dieu qui, tôt ou tard, devra aussi juger ceux qui ont tâché leurs mains avec le sang des pauvres, qui sont les privilégiés de Dieu » mais rien n’est dit du rôle de la communauté internationale¦

Deux évêques ont transmis un texte qui n’a pas été lu en congrégation générale. Il s’agit d’abord du nouveau grand pénitencier du Vatican, l’ancien nonce en France, Fortunato Baldelli, que nous saluons fraternellement s’il continue à  nous lire de Rome. Vu sa nouvelle fonction, il n’est pas étonnant qu’il évoque le sacrement de la réconciliation. Comme d’autres Pères, il a insisté sur son caractère communautaire qui « au cours de circonstances particulières, pourrait porter ses fruits du point de vue catéchétique et pastoral »¦ Une piste à  explorer même si, pour lui, « la célébration communautaire du sacrement de la réconciliation, selon les normes établies par l’à‰glise, doit pourtant trouver son sommet dans la confession et l’absolution individuelles des pénitents, et ne peut en aucune façon assombrir la célébration individuelle du sacrement comme moment de rencontre personnelle avec la grâce de la conversion. » On n’attendait pas moins de celui qui demande que l’on fasse « attention à  ne pas semer le désordre au sein des consciences des fidèles avec des enseignements et des opinions divergentes, dans la théologie, la prédication, la catéchèse et la direction spirituelle, concernant des questions graves et délicates de la vie chrétienne » (vous pensez à  qui Mgr ?) Il n’empêche, la dimension communautaire de ce sacrement est désormais reconnue au plus haut niveau ! Et d’ajouter : « le soin de l’aspect célébratif, en donnant une importance adéquate à  la Parole de Dieu proclamée et expliquée et en adaptant de façon opportune le rituel à  la mentalité et à  la culture des différentes populations africaines, contribuera à  vivifier la pratique du sacrement et à  empêcher qu’elle ne déchoie en un geste formel et coupé de la vie et de l’engagement quotidien du chrétien. » C’est encore le vocabulaire de l’adaptation que l’on pensait dépasser mais contentons nous d’un appel à  faire de ce sacrement autre chose que ce qu’il est trop souvent, en Afrique et ailleurs !

Un autre évêque, Mgr Alfred Leonhard MALUMA, de Njombe, en Tanzanie, a quant à  lui, abordé la question décisive de l’autofinancement des Eglises : « peu de choses ont été faites concernant une planification systématique en termes de renforcement de sa soutenabilité économique et financière. Par conséquent, un grand nombre de programmes pastoraux de l’à‰glise africaine dépend encore beaucoup des donateurs. La continuité de cette tendance perpétue les risques de sacrifier l’autonomie et la propriété dans les programmes, les projets et les structures, au détriment de l’à‰glise et de ses bénéficiaires ». Et il ajoute : « afin de revendiquer pleinement son rôle prophétique, le paiement d’un salaire juste pour les travailleurs doit être vu comme un synonyme de justice et de rectitude. C’est pour cette raison, que je demande à  l’à‰glise en Afrique de prendre au sérieux l’aspect de la viabilité financière. » Il ne s’agit pas de faire des profits mais de voir qu’une « base financière soutenable en Afrique ouvrira la voie à  la réalisation humaine. » Et notre évêque de souligner trois points : le premier concerne « l’engagement des laïcs dans la planification, l’amélioration et la distribution des produits qui dérivent des entreprises économiques soutenables (qui) est crucial. Une véritable appartenance et le soutien de la famille de Dieu (l’à‰glise) signifie aussi puiser dans la créativité des laïcs et leur offrir la possibilité d’assumer efficacement leur propre rôle aux différents niveaux des activités de l’à‰glise en son sein, y compris l’aspect du bien-être matériel. » Vous avez dit « créativité des laïcs » ? Nous signons ! Le deuxième point est un appel à  la vigilance : « la soutenabilité économique doit rester un moyen pour une fin, un instrument au service de l’évangélisation. Jésus nous met en garde, parce qu’il est difficile pour un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu (cf. Mc 10,23). En même temps, il faut abandonner la mentalité qui vise à  rendre populaire cette pauvreté abjecte qui pourrait être une entrave à  la vie éternelle. » Et troisième point : « une soutenabilité véritable de nos entreprises économiques dépendra enfin de l’efficacité et de la bonne gouvernance selon la modalité du bon administrateur. En vérité, il faut que l’à‰glise insiste sur la gestion professionnelle, mais le secret du succès réside dans le fait de mettre l’accent et de cultiver une spiritualité solide ainsi que d’authentiques valeurs humaines. » Pour le dire brièvement, c’est le projet de Vatican II !

On a retrouvé François Fillon… chez le pape !

Dans Golias Hebdo n°100 , nous posions malicieusement cette question : mais o๠est donc passé François Fillon, notre Premier ministre ? Golias a retrouvé sa trace… au Vatican. Enquête.

Le Premier ministre français, François Fillon, a été reçu par le Benoît XVI le 10 octobre dans la matinée, veille de la canonisation de Jeanne Jugan, fondatrice des Petites Soeurs des pauvres. Participait aussi à  cette cérémonie le sénateur-maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin. Accompagné de son épouse Pénélope, d’origine anglaise et convertie au catholicisme, le Premier ministre Fillon s’est entretenu une vingtaine de minutes avec le pape dans la bibliothèque privée de ce dernier. Les deux hommes ont évoqué la situation au Proche-Orient, l’Afrique et divers problèmes internationaux, comme cela se doit en de semblables circonstances.
Du point de vue du respect de la laïcité, la présence officielle du Premier ministre français à  la canonisation d’une française, est un nouveau signe d’une volonté de revisiter la question des rapports entre l’Eglise et l’Etat. A titre indicatif, on ne délègue pas le Premier ministre à  la cérémonie de remise d’un prix Nobel quand celui-ci est attribué à  l’un de nos concitoyens.

Sans doute, à  titre privé, François Fillon a le droit, comme tout un chacun d’être croyant et pratiquant. Cependant, c’est une chose de participer à  une cérémonie à  titre personnel, et une autre de le faire en qualité de représentant de la République. Le Général de Gaulle, catholique convaincu, se gardait bien par contre de communier lors des messes o๠il se devait d’assister de par ses fonctions. Lorsqu’il voulait pratiquer à  titre personnel il le faisait dans la plus grande discrétion.

L’esprit d’une saine laïcité répugne profondément à  l’idée d’une sorte de reconnaissance officielle de la compétence propre du catholicisme dans l’ordre moral. A fortiori à  l’idée d’une sorte de prix d’honneur à  la compétence morale de l’Eglise catholique. Nicolas Sarkozy a tenu un propos scandaleux lors de sa visite à  Rome de décembre 2007 soulignant une certaine supériorité du prêtre par rapport à  l’instituteur. François Fillon s’est gardé d’une intervention en ce sens, mais confesse indirectement une sorte de suréminence de l’Eglise, des religieux et des religieuses dans l’ordre de la charité concrète.

A l’occasion de sa rencontre avec le pape, le Premier ministre français aurait cependant déclaré selon Le Monde : « Je ne suis pas aussi pratiquant qu’on le répète, je vais deux fois par an à  l’abbaye de Solesmes et de temps en temps à  la messe. » Ce qui suscite une grande déception de la part des milieux traditionalistes et conservateurs qui critiquent cette façon de se défiler et de ne pas vouloir se mouiller, de se dérober au témoignage qu’ils attendent. D’un autre côté, François Fillon avait également reconnu trouver des réponses à  la crise mondiale dans la récente encyclique du pape Caritas in veritate. Se gardant à  gauche comme à  droite, le Premier ministre, plus prudent sans doute que Nicolas Sarkozy, ménage les uns et les autres. Reste à  savoir qui, au bout du compte, y gagnera. Peut-être personne ?

Un financier ultra-libéral à  la tête de la banque vaticane

C’est le cardinal Tarcisio Bertone, Secrétaire d’Etat de Benoît XVI qui aurait pris la décision. Celle de nommer à  la tête de la Banque Vaticane, l’IOR, désormais célèbre pour les nombreux scandales d’un passé encore récent (par exemple l’affaire Marcinkus), le partisan convaincu de l’ultralibéralisme en matière d’économie, partisan d’un capitalisme réhabilité. Ettore Gotti Tedeschi, très connu en Italie. Entretenant des relations avec de nombreux prélats, dont le même cardinal Bertone et le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la congrégation des évêques.

Il est certain que l’IOR connaît actuellement des moments assez difficiles. Un livre récent décrivant ses dérives, dont Golias a d’ailleurs rendu compte, pointe du doigt les méfaits commis dans les précédentes années par des hommes aussi discutés que les prélats Paul Marcinkus et Donato De Bonis. Il ne s’agit pas de spéculations gratuites mais de faits qui émanent de révélations très fiables.

Le livre présente par contre le banquier Angelo Caloia, président de l’IOR depuis quinze ans, comme un chevalier blanc, qui a nettoyé les écuries d’Augias et rendu à  la banque du pape une image de vertu. Proche du cardinal Carlo Maria Martini, il quitte finalement sa charge plus tôt que prévu : un an et demi avant l’échéance de son mandat. Son départ et la nomination de son successeur Ettore Gotti Tedeschi ont été annoncés sur fond de paix et d’estime mutuelle entre les deux hommes. Il n’en demeure pas moins que le tournant est décisif.

Les biographies d’Angelo Caloia étaient succinctes, ses actes publics rarissimes et sa pensée insondable. Son successeur à  la tête de la banque du Vatican est à  l’opposé : d’Ettore Gotti Tedeschi on connaît toute la vie, les sympathies, les fréquentations, l’agenda et les idées. C’est un homme du monde et non pas un banquier solitaire et austère. Son dernier acte public avant sa nomination date du 19 septembre, au Palazzo della Borsa, à  Gênes. En présence du cardinal Angelo Bagnasco, archevêque de la ville et président de la CEI, Ettore Gotti Tedeschi a évoqué l’encyclique Caritas in veritate de Benoît XVI, qui s’accorde pourtant mal avec son libéralisme. Il a affirmé que l’actuelle crise mondiale de l’économie « vient de ce que l’on n’a pas suivi les indications d »Humanae vitae’, c’est-à -dire qu’elle vient de la négation de la vie et du blocage des naissances. » Il se positionne ainsi très fortement comme un ultra de la défense des positions morales traditionnelles.
Ultra conservateur aussi !

Ettore Gotti Tedeschi avait déjà  exprimé cette idée dans un éditorial publié par L’Osservatore Romano du 6 juin. Si la domination économique du monde va passer de l’Occident à  la Chine, écrivait-il, c’est en raison de la différence entre les taux de natalité et la densité de population. L’évolution démographique détermine l’augmentation ou la diminution de la capacité de production d’une économie. Gotti Tedeschi se pose donc comme un anti-Malthus. Pour lui, ce n’est pas la limitation des naissances qui s’impose, mais une très forte natalité. Catholique pratiquant, il va à  la messe tous les jours, sans exception.Ettore Gotti Tedeschi a cinq enfants, « d’un seul mariage » précise-t-il. Il vit à  la campagne près de Piacenza, dans la région o๠il est né il y a 64 ans, à  Pontenure, non loin du Pô. Il enseigne l’éthique de la finance à  l’Université Catholique de Milan. Mais il est aussi conseiller de la banque San Paolo de Turin et de la Cassa Depositi e Prestiti, bras opérationnel du ministère du Trésor.

Le 23 septembre, alors que le Vatican annonçait qu’il était nommé président de l’IOR, Gotti Tedeschi participait, à  Rome, à  une réunion décisive de la Cassa, portant sur l’approbation d’un plan industriel de 50 milliards d’euros en infrastructures et en logements populaires. La Cassa est l’enfant chéri de Giulio Tremonti, l’actuel ministre du Trésor, ultra-libéral lui aussi, et berlusconien affirmé, dont Gotti Tedeschi est le conseiller « pour les problèmes économiques, financiers et éthiques dans les systèmes internationaux », un poste créé spécialement pour lui.

Avant sa nomination, Ettore Gotti

Tedeschi n’avait jamais mis les pieds à  l’IOR et ne s’en était jamais occupé. Mais, depuis quelque temps, on le voyait souvent au Vatican. Le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’état, l’avait appelé à  l’aide, il y a un an, pour redresser la gestion financière du Gouvernorat de la Cité du Vatican, dont les comptes ont été dans le rouge en 2008 pour plus de 15 millions d’euros. en raison des imprudences du cardinal Edmund Szoka, qui a converti par exemple l’or en espèces. Le traitement paraît avoir réussi. Parmi les actes publics d’Ettore Gotti Tedeschi, certains doivent être absolument mentionnés. En 2007 Gotti Tedeschi, le plus catholique des banquiers, a signé un manifeste ultralibéral en 13 points lancé par l’ancien secrétaire du très laïc parti radical, Daniele Capezzone. S’il est un reproche que l’on ne peut sans doute pas adresser à  Ettore Gotti Tedeschi c’est de manquer d’ambition ou d’envergure. Sa vision du management et de l’économie exprime cependant un credo ultralibéral mis à  mal par la crise actuelle et moralement discutable d’un point de vue chrétien. L’efficacité à  tout prix ?