La sainte capote

Le Conseil pontifical pour la pastorale de la santé, présidé par le cardinal mexicain Javier Lozano Barragan, prépare actuellement un document de 200 pages sous la forme d’un dossier d’étude au sujet de l’utilisation du préservatif. Il ne trancherait pas la question de manière abrupte mais l’aborderait sous différents angles. Il laisserait à  la fois s’exprimer la position la plus intransigeante (celle par exemple du cardinal italien Carlo Caffarra, selon laquelle la contraception serait toujours illicite), ainsi que celle, par exemple du cardinal autrichien Christoph Schà¶nborn, dite du « moindre mal », admettant, « à  défaut » d’un autre moyen, dans certains cas, le recours au préservatif dans un but prophylactique).

Le Pape souhaitait une clarification de la question. D’une part, en raison du tollé médiatique suscité par l’intranqigeance de Jean Paul II sur la question; d’autre part, car il s’agit d’une « vexata quaestio », d’une question discutée par les moralistes et qui ne fait pas l’unanimité, même des plus conservateurs.

Cette controverse s’inscrit dans un contexte. La pandémie du Sida décime le monde. A l’évidence, pour l’enrayer, dans la mesure o๠l’immense majorité des humains n’est pas disposée à  se priver toujours de toute pratique sexuelle, le « safer sex », c’est-à -dire le respect de certaines mesures de précaution, comme l’usage du préservatif dès qu’il y a risque, constitue le seul rempart efficace face à  une prolifération mortifère.

Les évêques du monde entier ont souvent manié la langue de bois, contournant l’obstacle, se contentant de pieuses considérations. Pas tous néanmoins. Des évêques français comme le cardinal Robert Coffy, archevêque de Marseille ou Mgr André Collini, archevêque de Toulouse, n’ont pas hésité à  se prononcer en faveur de l’usage du préservatif en cas de danger.

En 1996, la Commission sociale de l’épiscopat, présidée par Mgr Albert Rouet, évêque de Poitiers, juge le recours au préservatif nécessaire mais insuffisant. A l’époque, cette prise de position qui ouvrait une brèche suscita un peu partout dans la hiérarchie catholique des réactions dans des sens opposés.

En l’an 2000, c’est le Brésil qui s’est trouvé dans l’oeil du cyclone. Mgr Eugène Rixen, d’origine belge, évêque de Goias, chargé de la question au niveau national, reprend et souligne la position du cardinal Paulo Evariste Arns, le célèbre archevêque franciscain de Sao Paulo, qui estime licites une information et une prévention incluant mention du préservatif.

Cette opinion soulève l’ire de Mgr Barragan, déjà  à  l’époque ministre de la santé du Pape. Ce prélat connu pour ses positions rigoristes tranche durement la question :  » quand un évêque s’éloigne des façons de penser de l’épiscopat, il est dans l’erreur« . Le nouvel archevêque de Sao Paulo, Mgr Claudio Hummes, nommé depuis cardinal-préfet de la Congrégation du clergé, désavoue la thèse de son suffragant Rixen et se montre défenseur de la ligne la plus intransigeante.

Les Pères Blancs, par exemple, sont en première ligne. L’action du Père Bernard Joinet, en Tanzanie depuis 1998, provoque des remous. Le religieux lance l’initiative « flotte de l’espérance« . Il diffuse un poster qui représente trois barques sur la mer agitée du Sida. Elles ont pour nom : «  fidélité « , «  préservatif  » et «  abstinence « . Les trois consignes sont traitées à  égalité. Le mot d’ordre se veut clair et précis : « montez sur les navires« .

Les jésuites de Kinshasa s’engagent également dans la lutte contre le sida. Ils lancent ainsi une campagne sur le thème « Le Sida tue. Protège-toi! Protège les autres!« . Le Père Edward Rogers, leur responsable, tient à  mettre les points sur les « i » : « l’Eglise doit tolérer le préservatif comme un moindre mal« .

La revue italienne « Testimoni », des pères déhoniens, interpelle le Vatican et lui demande d’adopter une position humaine et raisonnable sur la question.

En novembre 2004, le remous vient de l’Eglise espagnole. Mgr Juan Antonio Martinez Camino, jeune porte-parole de l’épiscopat, soutient que ce dernier reconnaissait « que les préservatifs ont un rôle dans la prévention intégrale et globale du Sida« . Les évêques ibères encouragent donc la stratégie abc :  » abstinence « , « be faithful » ( fidélité ), «  condoms « , initiative lancée par la revue « The Lancet ».

La Curie romaine en est fort indisposée. Elle oblige les prélats à  se corriger. Une riposte vient en particulier de Mgr Jose Luis Redrado Marchite, secrétaire du dicastère présidé par le cardinal Barragan.

Mgr Redrado est lui-même espagnol. Selon lui, « la doctrine de l’Eglise au sujet du préservatif n’a pas changé. L’utilisation du préservatif implique en effet une conduite sexuelle immorale« . « L’abstinence de relations sexuelles illégitimes et la fidélité réciproque constituent l’unique conduite sà»re en face du péril du Sida« .

Malgré ces grognements vaticanesques, le porte-parole Camino persiste et signe : « la vision de l’Eglise ne coïncide pas totalement mais pourtant en substance avec la stratégie abc. Un programme intégral de prévention, s’il ne veut pas être partial, doit tenir compte de ces trois piliers, dans cet ordre, et se différencier en fonction de la population à  laquelle il s’adresse« .

Au début de l’année 2005, Rome semble avoir revu sa copie, au moins en partie. Le cardinal Georges Cottier, théologien de la Maison Pontificale, dominicain suisse de l’école thomiste se jette vraiment à  l’eau :  » en certains cas, l’utilisation du prophylactique peut être considérée comme moralement légitime » « Face à  un risque imminent de contagion, il est difficile de s’engager sur la voie normale de protection contre l’épidémie, à  savoir l’éducation à  la sacralité du corps humain« . En outre, dans la mesure o๠« le virus se transmet à  travers un acte sexuel, il y a le risque de transmettre, non seulement la vie, mais la mort« . Et à  cet égard, c’est le commandement « ne pas tuer! » qui compte. Il faut avant tout respecter la défense de la vie« .

Le cardinal Barragan lui-même, ô divine surprise, infléchit sa position. Pour lui, désormais, mais il s’agit d’une simple prise de position et non d’un acte officiel de Rome, la femme a le droit d’exiger du mari qu’il utilise un préservatif. Les épiscopats locaux enfoncent le clou. En particulier les évêques sud-américains qui se prononcent très courageusement. Mgr Franz Kamphaus, évêque allemand de Limbourg, connu pour ses positions progressistes, va plus loin : « dans un programme d’éducation à  la protection, ne pas faire référence aux préservatifs serait cacher de l’information de manière coupable« .

En 2006, le cardinal Godfreed Dannels, archevêque de Malines et Bruxelles, se prononce dans un sens analogue : « si un homme malade du Sida oblige sa propre épouse à  avoir des relations sexuelles, il doit pouvoir qui lui imposer le préservatif; dans le cas contraire, il ajoute un autre péché, celui d’homicide« .

Peu après, accordant un entretien très remarqué à  Ignazio Marino, pour l’hebdomadaire « l’espresso », l’ancien archevêque de Milan, le cardinal Carlo Maria Martini, admet sans l’ombre d’une équivoque, l’utilisation du préservatif comme prophylactique de moindre mal.

Est attendue désormais du Vatican Une parole qui dissipe enfin l’accusation très lourde de complicité de meurtre.

Jean-Christophe Parisot, myopathe et diacre : « Boycotter le Téléthon est un péché »

Jean-Christophe Parisot, myopathe et diacre a réagi à  la campagne de dénigrement des évêques contre la Téléthon.

Il leur a envoyés une lettre ouverte que Golias publie dans son intégralité.

Jean-Christophe Parisot a bien voulu répondre aux questions de la rédaction sur ses prises de position.

Lettre ouverte aux évêques des France

Pères evêques, disciples de l’Amour,

J’ai 39 ans, je suis diacre de l’Eglise catholique d’ Amiens – myopathe sous assistance respiratoire. Issu d’une famille de 3 enfants myopathes (il y avait 3 fauteuils roulants à  la maison…), cela fait 30 ans que je vis immobile, avec des intervenants multiples, sans pouvoir bouger, avec 4h de soins par jour. Le Christ nous demande du concret, pas de paroles vaines. Le Téléthon a permis et permet à  nos familles éprouvées de sortir de l’anonymat, d’être secourus car l’Etat a déserté…

Comme diacre je voudrais vous dire deux choses:

1) je suis contre le tri embryonnaire et favorable à  l’ouverture d’un débat éthique mais pas n’importe quand et avec plus de respect du téléthon.

2) je suis scandalisé par les appels au boycott de ces chrétiens moralisateurs. Casser la dynamique du Téléthon c’est désespérer les familles. Au nom de l’éthique, on est en train « de jeter le bébé avec l’eau du bain ».

Veut-on faire couler les familles sous « perfusion médiatique » ?

Va t-on leur dire « vous n’aurez pas d’aides cette année à  cause de l’Eglise »?

Ne pas défendre ces familles désespérées, ce n’est pas digne de notre foi et de notre espérance… Il faut réagir et mettre au défi ces personnes favorables au boycott de créer une association d’aide ou bien qu’ils se taisent!

Encourageons l’AFM à  mettre en place deux lignes téléphoniques (aides aux familles et aides à  la recherche)…

L’heure est gravissime pour les familles. Sans argent, qui va payer le fauteuil électrique du petit? J’invite ceux qui ne veulent plus donner à  venir donner un coup de main concret ou assumer la responsabilité de mettre la tête sous l’eau d’un père ou d’une mère déjà  épuisée de savoir son enfant condamné. Je termine par cette anecdote : tenant un soir le standard du Téléthon, j’ai eu une petite fille 6 ans qui a cassé sa tirelire pour les enfants handicapés…Aller lui dire que son geste est immoral?

Le Christ est du côté des petits, les familles autant que les embryons.

Boycoter le Téléthon est un péché. Venez au secours des malades et des familles de votre diocèse!

Jean-Christophe Parisot, myopathe & diacre
hexagone@nnx.com

Entretien avec Jean-Christophe Parisot
« L’Eglise n’a pas à  prendre en otage les malades »

Golias : Vous êtes diacre et vous avez souhaité exprimer votre désaccord avec les prises de positions de responsables catholiques contre le Téléthon. Qui êtes-vous ? puis pouvez-vous expliquer les raisons de votre engagement dans cette polémique ?

J-C. Parisot : J’ai 39ans, je suis diacre, myopathe sous assistance respiratoire, immobile sur mon fauteuil électrique depuis trois décennies. Je respecte bien sà»r les choix éthiques de chacun mais je désapprouve le temps et la façon dont cette prise de position antithéléthon est menée.

Le temps, tout d’abord. A quinze jours du Téléthon, cela n’est pas propice à  l’ouverture d’un débat serein vous devez bien vous en douter. Cela ressemble plus à  une « entreprise de démolition » et donc d’atteinte à  l’Espérance des malades, dont je suis. La façon, ensuite.

Les appels au boycott manquent de générosité, de bienveillance. O๠sont les solutions alternatives ? Que proposent les « critiqueurs »… qui ne sont pas les « payeurs » ? Le Christ demande du concret et je n’en vois guère…

Golias : Pourquoi vous sentez vous profondément blessé par cette campagne ?

J-C. ParisotVous ne soupçonnez pas le sentiment d’abandon des familles, leur désespoir… Si le Téléthon ne tient pas ses promesses, ce désespoir augmentera encore. Que leur proposera t-on de concret ? J’ai mal pour ces familles modestes qui se trouveront seules pour payer le fauteuil électrique du petit… Les familles de myopathes que je connais sont plongées littéralement dans l’angoisse de ne plus avoir d’aides financières du fait des propos déconnectés de la vie des pourfendeurs du Téléthon.

Golias : Le pédigree du responsable du comité d’éthique du diocèse de Toulon , à  l’origine de l’affaire et bras droit de l’évêque, Mgr Rey puisqu’il est aussi le responsable de l’observatoire sociopolitique du même diocèse, laisse à  penser que certains réseaux catholiques liés à  l’extrême-droite aient décidé de longue date de lancer une campagne contre le Téléthon à  l’occasion justement de son 20ème anniversaire. Qu’en pensez vous ?

J-C. Parisot : Je regrette que M. Arduin ne fasse pas la vérité sur son engagement aux élections européennes de 2004 sur une liste o๠figure une conseillère régionale mégrétiste. Cela n’est pas l’image que j’ai d’un honnête homme qui appelle ses frères à  la transparence. O๠est l’unité de vie ? Quel crédit cela donne-t-il à  son discours éthique ? Beaucoup de questions encore sans réponses, hélas.

Golias
: En tant que responsable associatif, pensez vous que certains groupes dans l’Eglise aient voulu torpiller le Téléthon ?

J-C. Parisot
: Il y a beaucoup de jalousie vis à  vis de l’AFM et une pensée structurée sur la haine des médias. Dénoncer le « grand show médiatique » relève d’une pensée archaïque, comment ne pas intégrer cette dimension au 21ème siècle ? Pourtant Jean-Paul II a tracé la voie !

Golias
: Avez vous entretenu une correspondance avec les deux principaux protagonistes à  l’origine de cette véritable croisade, à  savoir l’évêque de Toulon et son responsable du comité d’éthique, Pierre-Olivier Arduin ? Et si oui quelle en a été la teneur ? Puis les réponses éventuelles ?

J-C. Parisot : Monseigneur Rey ne remet rien en question et prie pour moi. M. Arduin refuse de répondre à  mes questions sur sa présence sur une liste très marquée à  droite en 2004 et prie aussi pour moi. J’essaie de comprendre cette fermeture, elle me choque… mais rassurez-vous, je prie aussi pour eux !

Golias : Alors que le Téléthon existe depuis 20 ans, les partisans de cette croisade fondent leurs positions sur la demande d’un débat éthique. Pourquoi avoir attendu si tard ? Et qu’en pensez vous ?

J-C. Parisot
: En fait, je partage avec eux le souhait d’un vrai débat éthique mais ce que je dénonce c’est cet appel au boycott qui fait passer les embryons avant les malades et les familles. C’est franchement intolérable de prendre en otage les familles éprouvées qui attendent les aides financières de l’AFM !

Golias : Vous souhaitez en tant que porte parole du mouvement « la force citoyenne et handicapée, pour une France plus humaine » vous vous présenter à  l’élection présidentielle de mai prochain. Que visez vous à  travers ce projet ? Quel est votre espoir pour réunir les fatidiques 500 signatures ? Comment nos lecteurs pourraient vous aider ? Avez vous l’intention de lancer un appel ?

J-C. Parisot : Je suis candidat pour donner une place à  ceux que l’on entend jamais : les personnes handicapées, malades, âgées. Qui s’intéresse aux 3000 polyhandicapés exilés en Belgique faute de places en France ? Je suis un humaniste apolitique. Pour m’aider, mes amis et moi, il faut solliciter le parrainage des maires que l’on connaît.

Golias : Que pense votre propre évêque de votre initiative pour contrer la campagne de certains milieux catholiques contre le Téléthon et de votre projet de candidature aux présidentielles ?

J-C. Parisot
: Le Père Bouilleret est très à  l’écoute, heureusement. Je ne me sens pas seul.

Golias
: Quels soutiens avez vous reçus de la « famille-église » dans le combat que vous menez aujourd’hui à  propos du Téléthon ? On entend beaucoup les adversaires de cette manifestation mais quid des chrétiens qui soutiennent cette initiative?

J-C Parisot : Des évêques, des diacres et de nombreux laïcs me remercient de contribuer par mon témoignage de vie à  maintenir l’Espérance dans les familles. L’Eglise est du côté des vulnérables et s’émerveille des médias, de la recherche et de la générosité!

Golias : Vous venez d’écrire un livre. Pouvez vous nous en parler dans ses grandes lignes pour le faire connaître ? comment vous aider à  le diffuser ?

J-C. Parisot : J’ai écrit « Vivre libre ou mourir » (8 euros franco de port, chèque à  l’ordre de M. le mandataire financier de JC Parisot, 103 bis rue saint-Léger 80080 Amiens) qui sortira le jour du Téléthon pour parler de mon incroyable aventure humaine et montrer qu’on peut toujours construire un monde nouveau même handicapé à  vie.

Le voyage de tous les dangers

Benoît XVI se montre parfois téméraire.

Les risques d’un attentat en Turquie, y compris son propre assassinat sont au rouge à  l’occasion d’un voyage qui s’annonce comme celui de tous les dangers.

On se souvient de l’assassinat du prêtre italien Abndréa Santoro en février.

On ne peut oublier les traces dont sont l’objet le clergé catholique et les religieuses accusés de prosélytisme.

Or, le discours incendiaire de Rastibonne , en septembre, a suscité “ et pas seulement dans les milieux islamistes “ une colère vengeresse qui n’est pas encore retombée.

Et, dans le cas présent, la colère, parfois feutrée contre le catholicisme, se double alors d’une haine personnelle contre l’actuel occupant du siège de Pierre : le cardinal Ratzinger, à  l’époque patron de l’orthodoxie romaine au Vatican, n’avait-il pas vivement combattu, en première ligne, l’hypothèse d’une entrée de la Turquie au sein de l’Europe , qualifiée de décision contre l’Histoire.

Ainsi le motif religieux est multiplié par une véritable raison politique. Sans oublier la maladresse persistante chez le pape Ratzinger à  vouloir continuer à  dénommer Constantinople la ville qui s’appelle désormais Istambul ¦.

Au départ, le voyage du pape en Turquie “ il avait été prévu bien avant « l’accident » Rastibonne “ avait essentiellement pour objectif de renouer les liens avec l’orthodoxie chrétienne, passablement mis à  mal sous le pontificat précédent. La controverse de Rastibonne a changé la donne même si l’essentiel des rencontres du pape se fera avec les autorités catholiques et orthodoxes.

En effet, « l’événement » Rastibonne n’est pas un accident de parcours. Il y a chez Benoît XVI une volonté, peut-être subconsciente, de provoquer. En réalité, cette volonté n’est que l’expression dans une circonstance particulière “ la montée de l’Islam dans le monde “ d’une pente vers un catholicisme intransigeant que l’on peut résumer ainsi et sans caricaturer : « en dehors de l’Eglise (catholique) pas de salut ! »

Une vision totalisante de la Vérité qui fait assurément courir aux hommes et aux femmes de notre temps les plus grands risques.

On ne rencontre pas impunément et longuement, le 1er aoà»t 2005, dans sa résidence d’été des papes à  Castel Gondolfo , la passionaria italienne (aujourd’hui décédée), Oriana Fallaci (« la rage et l’orgueil »), critique implacable des raisons religieuses et culturelles qui, à  son sens, amènent le monde musulman à  défier l’Occident et la chrétienté.

Joseph Ratzinger, devenu pape, s’est tout simplement pris les pieds dans le tapis du « choc des civilisations » dont un de ses principaux collaborateurs, le cardinal-vicaire de Rome, Camillo Ruini, est un fervent partisan.

Benoît XVI en a-t-il, à  la faveur de ce voyage périlleux en Turquie, qu’il doit, au contraire, user de son autorité religieuse pour contribuer à  réintégrer l’islam positivement dans la grande histoire intellectuelle du bassin méditerranéen. La teneur de ses discours à  Istambul apportera certainement un début de réponse.

Mais sans illusion, il portera davantage sur la forme que sur le fond.

Benoît XVI est un pape déterminé. Concernant les relations entre la Rome catholique et l’ancienne Byzance “ le véritable objectif du voyage “ force est de constater que les deux poumons (oriental et occidental) de l’Europe ont à  cette occasion la possibilité de recomposer la fracture séculière entre l’Occident et l’Orient chrétiens pour bâtir une grande Europe chrétienne, la grave visée théologico-politique de Benoît XVI.

D’o๠la volonté du pape actuel de faire sortir l’Eglise catholique de l’impasse oecuménique dans laquelle celle-ci a été entraînée sous le pontificat précédent de Jean Paul II ; au point que ce dernier, malgré son désir, n’a pu accomplir un voyage en Russie à  cause de l’opposition de l’Eglise orthodoxe l’accusant de prosélytisme avec sa « nouvelle évangélisation ».

Or, sur l’échiquier géopolitique de la chrétienté, le patriarcat de Constantinople est le passage obligé pour, un jour, peut-être, se rendre à  Moscou afin de rencontrer le Patriarche de toutes les Russies : le grande dessein que s’est fixé Benoît XVI.

Car Rome et Moscou sont obligés, face aux défis de l’histoire, de trouver des chemins de convergence pour affronter la sécularisation du monde moderne et¦ la montée de l’islam. et cet itinéraire passe par Istambul .

Le serpent de mer Bruguière sort de l’eau

à€ l’heure o๠nous mettons en ligne, la teneur de l’instruction conduite depuis mars 1998 par le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière fait une nouvelle fois l’objet de fuites organisées dans les médias.

Le magistrat français a délivré fin novembre neuf mandats d’arrêt internationaux contre autant de responsables rwandais, civils et militaires.

En retour, Kigali a rompu ses relations diplomatiques avec la France.

Dans une ordonnance de soit-communiqué de soixante-quatre pages, Jean-Louis Bruguière fait la synthèse de son instruction et détaille les investigations qui lui ont permis, estime-t-il, de démontrer l’implication Paul Kagame et de ses hommes dans l’attentat qui a marqué le signal de départ du génocide des Tutsi.

Ainsi est-il désormais possible de juger sur pièces.

Le juge semble avoir mené son instruction main dans la main avec les principaux personnages rwandais et français suspectés d’avoir été les instigateurs de l’attentat ou, au minimum, d’avoir tout fait depuis le 6 avril 1994 pour en masquer les véritables auteurs : le capitaine Paul Barril (qui travaillait en 1994 pour les principaux organisateurs du génocide), le colonel Grégoire de Saint-Quentin (qui conseillait et formait jusqu’au début avril 1994 les unités des FAR qui seront parmi les plus impliquées dans le génocide) ou encore les militaires rwandais Théoneste Bagosora ou Gratien Kabiligi (tous deux actuellement jugés à  Arusha pour génocide)…

Le résultat : une tentative pathétique, la énième depuis 1994, de réécrire l’histoire du génocide des Tutsi en exonérant les « amis de la France » – ses auteurs – et la France elle-même – activement complice – de toute responsabilité , sous l’oeil de médias amorphes.

Nous reviendrons en détail, dans notre prochain numéro, sur l’ordonnance de Jean-Louis Bruguière.

Depuis le temps qu’on nous l’annonçait (six ans !), nous nous en voudrions de la commenter dans l’urgence…

L’affaire du Téléthon

Après Mgr Cattenoz (Avignon), Mgr Vingt Trois (paris), et Mgr Lafitte, vice président de l’Académie Pontificale pour la vie (Vatican), c’est Mgr Aupetit, vicaire général de l’archevêché de Paris et spécialiste en éthique médicale qui insiste à  son tout sur les dérives éthiques du Téléthon.

Il a notamment rappelé que dernièrement  » les chrétiens se sont associés dès le départ à  cette oeuvre généreuse  » mais que  » depuis, la plupart se sont retirés de l’opération car les fonds recueillis étaient de plus en plus destinés à  des travaux éthiquement discutables « .

En effet,  » le téléthon finance l’institut I-STEM qui est le premier centre français de recherche sur l’embryon humain. Or l’utilisation des cellules embryonnaires à  des fins de recherche nécessite la destruction de l’embryon humain « .

En outre,  » le professeur Marc Peschanski, directeur de l’institut I-STEM financé par le Téléthon, milite activement pour le clonage « .

Mgr Aupetit évoque aussi le mensonge des  » bébéthons qui sont présentés comme un grand succès thérapeutique  » alors  » qu’ils ne sont pas le fruit d’une guérison due à  la recherche sur le génome (…) mais le fruit d’une sélection embryonnaire « .Il est donc, selon ce vicaire général  » légitime de faire part ouvertement de questions de conscience face à  une opération aussi médiatisée. Oui, il faut aider la recherche. Mais lorsqu’elle porte sur l’être humain, elle doit plus encore que jamais accepter une réflexion éthique approfondie. Il s’agit de garantir la finalité humaine de la science « .

Le Vatican au secours de l’évêque de Toulon

Mgr Jean Lafitte, vice président de l’Académie Pontificale pour la vie, a donné un entretien au journal de Saône et Loire sur ce qui est permis et ce qui est interdit en bioéthique : «  » Je n’ai pas à  me mêler des décisions que prend un évêque dans son diocèse. Néanmoins, je dois convenir qu’un chrétien, évêque ou simple croyant à  le devoir de se conformer aux prescriptions du Magistère de l’église. La doctrine de l’Eglise, c’est qu’on peut faire des expérimentations sur les cellules souches adultes (…). Mais l’Eglise s’oppose à  l’utilisation des cellules souches embryonnaires. Aucune finalité, même noble en soi, comme la prévision d’une utilité pour la science, pour d’autres êtres humains ou pour la société, ne peut en quelque manière justifier l’expérimentation sur des embryons ou des foetus humains vivants, viables ou non, dans le sein maternel ou en dehors de lui. L’évêque de Toulon-Fréjus agit donc en conformité avec la doctrine officielle de l’église. On ne peut pas en effet encourager quelqu’un qui agit à  l’encontre de ces directives « .

Les gardiens de la loi et du dogme catholique nagent décidément en plein obscurantisme.

Une campagne orchestrée par le très influent lobby catho-politique conservateur « Liberté Politique », proche aussi du mouvement international d’origine italienne « Communio et Liberation ».

Les évêques changent de psy : après Tony Anatrella, Jacques Arènes !

Les évêques semblent avoir oublié leur ami Tony Anatrella.

Ce dernier, depuis un certain nombre d’années, rédigeait des textes incendiaires, simplistes et homophobes, souvent de pure rhétorique agressive, dans lesquels il adoptait les points de vue de les plus extrêmes, repris tout de même comme documents de l’épiscopat.

Désormais, Nos seigneurs semblent très gênés. Les accusations portées de façon très convaincantes par des victimes contre leur psy de service les incitent à  épouser à  nouveau une stratégie très cléricale : on lâche en cours de route – sans rien dire bien entendu – celui qui nous a été utile un certain temps.

De fait, Tony Anatrella était devenu très gênant, ne faisait pas partie du groupe de réflexion mise en place par les évêques à  Lourdes pour réfléchir sur la question du ‘genre’.

Sur le fond, le changement de ton des évêques, perceptible chez un Jean-Louis Bruguès -l’évêque d’Angers – plus subtil,prélat en charge de ces questions, constituerait plutôt un point positif. Même si Jacques Arènes, il est vrai, plus proche de la « Vie » que de « Famille chrétienne », reste pour le moins réticent au sujet de tout ce qui concerne l’homosexualité.

Ne rêvons pas.

Certes l’ouverture faite par le cardinal Ricard, dans un discours final à  lourdes, aux questions touchant le genre sont à  noter.

Cependant il faudrait nous expliquer comment l’épiscopat passe sans transition -et toujours sans s’expliquer sur ce point anthropologique capital pour la théologie chrétienne d’une posture toute anatrellienne de croisade contre la différence structurante à  une autre plus encline à  accepter de se laisser interroger par ces questions ?

Et surtout comment l’épiscopat, si l’on suit toujours le texte de clôture du cardinal Ricard, en appelle à  l’unité au sein de l’Eglise en demandant aux fidèles « historiques » de Mgr Lefebvre?

Comment l’épiscopat arrive à  faire tenir dans le même ensemble théologique et pastoral l’ouverture à  la question du ‘genre’.

L’abbé Laguérie doit avoir une idée précise sur la question d’ailleurs…

Un grand écart dont le cardinal Ricard risque de ne pas se remettre d’ici quelques temps, même s’il a réussi à  rassembler ses troupes autour de lui dans un concert d’unanimité qui fait rire sous cape, tant les tensions entre évêques sont grandes à  propos de leurs divergences de vue sur des sujets aussi variés que l’école catholique, l’identité du prêtre, la catéchèse, les questions du genre, quelques uns des thèmes abordés à  Lourdes.

L’épiscopat demeure en réalité dans une stratégie défensive face aux avancées sociétales. Moins caricaturale, moins franchement odieuse, mais toujours largement pathétique.

Quant à  Anatrella, il a été lâché en rase campagne. Mais chut ! on ne dit rien.

Nota bene
Précision sur le ‘genre’ : la biologie n’est pas le seul critère déterminant pour définir le rôle de l’homme et de la femme. Il y a aussi la psychologie, la culture, l’histoir, etc.

Turbulences violettes

Du 4 au 9 novembre se tient à  Lourdes l’Assemblée plénière des évêques de France, sous la présidence du cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux.

Trois des questions débattues divisent les évêques lesquels se répartissent en une minorité progressiste, une minorité conservatrice (pas toujours sur le même modèle) et une majorité, qu’on nous passe l’expression « ventre mou ».

Les trois sujets en question sont la morale sexuelle, le caractère identitaire de l’école catholique et le retour des intégristes. Un quatrième thème, celui du ministère des prêtres diocésains pourrait également susciter des dissensions.

Un petit noyau d’évêques, autour de Mgr Albert Rouet, archevêque de Poitiers et de Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes semble acquis à  l’idée de la nécessité d’une autre conception du ministère.

Par contre, la plupart des évêques pratiquent azllègrement la politique de l’autruche et se contentent de déplorer la raréfication des ordinations.

Enfin, une bonne vingtaine d’évêques au moins défend la vision la plus tridentine du prêtre et non seulement se montre hostile à  toute réforme du statut du clerc séculier mais encore entend contrinuer à  une restauration du style le plus rétro du prêtre. Parmi eux : Mgr Jean-Pierre Cattenoz, archevêque d’Avignon, Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon et surtout Mgr Raymond Centène, jeune évêque de Vannes, qui semble à  l’idée de retrouver les petits séminaires à  l’ancienne.

Autour du sexe : « positivez »

Les évêques sont obligés, au moins pour la plupart d’entre eux, de reconnaître que le discours de l’Eglise sur le sexe n’est pas bien perçu. C’est pourquoi, ils ont choisi en novembre 2005, de mettre en place un groupe de travail pour mieux situer leur discours, sans rien renier de l’ancrage anthropologique et biblique mais en articulant les mises en garde à  un discours plus positif.

Ce groupe est présidé par Mgr Jean-Louis Bruguès, évêque d’Angers et président de la Commission doctrinale. En sont également membres, trois autres évêques : NN SS Michel Dubost (Evry), Jean-Paul James (Beauvais) et Jacques Perrier (Tarbes et Lourdes). Huit experts les entourent : les psychanalystes Jacques Arènes et Marie Balmary; les théologiens Xavier Lacroix et Véronique Magron, l’exégète Philippe Lefebvre, la juriste Catherine Labrusse-Riou, l’historien Michel Rouche et le philosophe Thibault Collin.

On note que Mgr Tony Anatrella n’en fait pas partie (nos évêques deviendraient-ils lucides?). On remarque également que ces experts, idéologiquement parlant, sont loin de chanter à  l’unisson. Sur la question de l’homosexualité, par exemple, Michel Rouche et Thibault Collin défendent les positions les plus dures contrairement au Père Lefebvre.

Ce groupe a étudié des sujets divers tels que  » problématique du genre « ,  » enjeux de la paternité « ,  » frères et soeurs « ,  » aimer sans crainte « ,  » effets sur le langage de la disparition de la différence des sexes « ,  » enjeux des revendications en faveur du mariage homosexuel « ,  » lecture analytique de du récit biblique sur la différence des sexes « , etc.

Mgr Bruguès
devrait faire une intervention à  Lourdes pour recentrer les débats autour d’une dénonciation de la théorie du  » genre « . Selon cette dernière, développée en particulier aux Etats Unis par la philosophe Judith Butler, le sexe serait second par rapport aux singularités sociologiques et psychologiques irréductibles. Ainsi le clivage homme/femme devrait-il s’effacer au profit d’une vision plurielle des sexualités. Ce qui, bien entendu, met en cause à  la racine toute forme de machisme. Mais ce qui, également, légitime la reconnaissance des affects homosexuels par la société à  équiparité avec les unions hétérosexuelles, ce qui inquiète les évêques.

Suite au propos plus doctrinal, et certainement dans le sens intransigeant, de Mgr Bruguès, les évêques tenteront de formuler des propositions de manière plus positive sur la question. J’avoue avoir beaucoup de doutes à  cet égard. En effet, il se peut que le discours puisse se présenter sous une forme plus lénifiante mais c’est le contenu qui est en cause, et sur ce point les verrous sont trop serrés.

Quelle identité pour l’enseignement catholique?

Sur cette questions, deux pôles très opposés sont pezrceptibles. Pour les uns, dans l’héritage de la pastorale française des années soixante-dix, il faut mettre l’accent sur l’ouverture à  tous, l’éducation humaniste. Pour d’autres, l’école catholique doit retrouver son identité confessionnelle et sa fierté.

Ce dernier point de vue est discrètement soutenu par Rome. Récemment, Mgr Jean-Pierre Cattenoz, archevêque d’Avignon, l’un des leaders de l’aile intransigentiste de l’épiscopat, s’en est pris, avec la violence de ton qui lui est coutumière, à  l' » humanitarisme bon teint  » qui serait actuellement de mise dans les écoles catholiques. Le contenu moral et doctrinal serait, selon lui, obscurci, au profit d’un flou impressionniste délétère.

Mgr Louis Sankalé, évêque de Nice, s’est prononcé, bien qu’avec plus de diplomatie, dans le même sens. L’archevêque Cattenoz va très loin : il demande qur l’admission effective des élèves soit soumise à  leur détermination à  participer au cours de catéchèse et à  la vie spirituelle (sans nécessairement recevoir les sacrements puisque l’Eglise fixe des conditions plus exigentes pour ces derniers).

L’évêque de Versailles, Mgr Eric Aumônier, en charge du dossier, bien que de tendance conservatrice, est obligé de ménager la chèvre et le chou. Au final, les évêques devraient lancer un appel à  une identité catholique retrouvée sans suivre pourtant Mgr Cattenoz dans ses oukases abrupts.

Le grand retour des intégristes

La création récente par Rome de l’ Institut du Bon Pasteur de l’abbé Philippe Laguérie et les rumeurs d’une prochaine libéralisation de l’ancienne liturgie (surtout pour la messe : le rite de Saint Pie V) ont suscité bien des remous ces dernières semaines. Les évêques sont majoritairement plus que réservés. Le clivage ne sépare plus les conservateurs des progressistes. Seule une poignée de prélats se montre favorable à  la politique vaticane sur la question, comme NN SS Centène ou Rey.

Sur la question, il existe un groupe de travail, présidé par un évêque favorable dit-on aux intégristes : Mgr Alain Planet, de Carcassonne. Dans ce Comité Mgr Bernard-Nicolas Aubertin, archevêque de Tours a, au contraire, le pied sur le frein, et le cardinal Bernard Panafieu, archevêque émérite de Marseille, fait figure de sage décidé à  trouver une solution de compromis. Très irénique, il n’hésite pas à  s’exprimer en ces termes :  » Le problème n’est pas seulement stratégique mais spirituel. Je suis persuadé que des chemins de réconciliation sont possibles avec les lefebvristes, dans la mesure o๠ils sont vécus dans la prière et le respect, notamment celui de la hiérarchie catholique. Le Saint-Père ne dit pas autre chose quand il souligne la nécessité d’un accueil dans la charité et dans la vérité « .

En fait, de nombreux évêques se montrent plus qu’irrités au sujet des complaisances manifestes de Rome à  l’endroit des intégristes.

Des régions métropolitaines entières, comme celle de Rouen et celle de Besançon (à  laquelle s’ajoutent Metz et Strasbourg qui dépendent directement du Saint-Siège) ont exprimé leur crainte au sujet du retour à  l’ancienne liturgie.

Des prélats plutôt classiques, comme Mgr Claude Dagens, évêque d’Angoulême, Mgr Pierre Raffin, évêque de Metz, et surtout Mgr Robert Le Gall, archevêque de Toulouse ont fait entendre leur sentiment, étonnament clairement. Le Pape et la Curie en tiendront-ils compte? Rien n’est moins certain.

Lors d’un récent colloque à  l’Institut catholique de Paris, le cardinal Francis Arinze, préfet de la Congrégation pour le culte divin, a non seulement fait la sourde oreille à  la grogne épiscopale mais s’en est pris en des termes cassants aux abus liturgiques qui selon lui auraient lieu en France.

Réinventer le ministère de prêtre diocésain

Nombre d’évêques gémissent du petit nombre de candidats au ministère de prêtre diocésain en France, hormis quelques exceptions, en fait très très relative, à  Paris et à  Strasbourg.

Pourtant très peu d’entre eux semblent disposés à  réinventer l’exercice du ministère et à  changer le statut du prêtre. Tout au plus, comme Mgr Joseph Doré, archevêque démissionnaire de Strasbourg, envisagent-ils l’ouverture du sacerdoce à  des hommes mariés, si prudemment.

Notable exception, Mgr Albert Rouet, archevêque de Poitiers, a mis en place l’an dernier un groupe de travailo intitulé  » ministère des prêtres et vie des communautés chrétiennes « .

Il s’agit d’associer davantage les laïcs à  la vie de l’Eglise, en leur accordant aussi plus d’autonomie. Pour le reste, ce groupe de travail en reste à  des pistes. Cible des intégristes et des conservateurs, Mgr Rouet s’est armé de la cuirasse de la modération, précisant en outre que ce que ce groupe de travail envisagerait éventuellement, ne saurait constituer un modèle devant s’imposer à  d’autres diocèses.

Quand on connaît les relations idéologiques conflictuelles qui opposent les archevêques de Poitiers et dAvignon, on imagine volontiers qu’un modèle alternatif progressiste ne sera pas immédiatement mis sur pieds dans le Vaucluse.

Le groupe rassemble autour de Mgr Rouet des évêques d’une même sensibilité, ou du mons qui n’y sont pas totalement fermés (sans la rejoindre). Il s’agit de NN SS Francis Deniau (Nevers), Bellino Ghirard (Rodez), Marcel Herriot (Soissons), Daniel Labille (Créteil), Yves Patenôtre (Sens-Auxerre), Marc Stenger (Troyes), Georges Gilson (émérite de Sens-Auxerre) et Jean Vilnet (émérite Lille).

Il faut quand même savoir que beaucoup d’évêques de la génération montante considèrent ces collègues comme les derniers des Mohicans progressistes! Leur poids est en tout cas devenu très faible.

Un programme chargé

Outre ces quatre questions très épineuses qu’ils devront aborder, les évêques auront beaucoup de pain sur la planche. Ils entendront

Mgr Patenôtre leur parler de la situation missionnaire de l’Eglise de France;

Mgr Stenger évoquer les demandes pastorales concrètes des fidèles dans lesz paroisses;

Mgr Labille dresser un bilan des rapports prêtres, diacres et laïcs.

Ils se prononceront également sur les questions qu’ils retiennent comme les plus urgentes dans les prochains mois.

Enfin, Mgr Anthony Fisher, évêque auxiliaire de Sydney, viendra présenter l’état actuel de la préparation des prochaines journées mondiales de la jeunesse programmées en Australie, fin juillet 2008.

Le cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec, est l’invité d’honneur de ces journées. Un prélat qui a repris en main, avec habileté, dans le sens conservateur, une Eglise en main plus libre par rapport à  Rome que la gallicane.

Ce qui fait déjà  rêver certains, à  Rome, et ailleurs.

Quand le balancier devient fou

Pour rester dans l’ambiance des prétoires, le journal télévisé d’Antenne 2, du mardi 24 octobre à  la mi-journée, nous a livré des images et une information surréaliste.

Dans la région de Meaux se déroule aux Assises un procès qui met en cause un prêtre accusé de viol et d’autres crimes du même ordre.

Il appartient à  la Cour saisie du dossier de se prononcer sur la culpabilité ou l’innocence de l’accusé mais jusqu’au prononcé du verdict c’est la règle de la présomption d’innocence qui doit prévaloir.

Golias a osé depuis des années s’attaquer à  ce qui était un tabou dans l’institution ecclésiale. On ne voulait pas voir et quand l’alerte était donnée, quand les faits s’avéraient par trop brà»lants, on biaisait, on camouflait, parfois sans s’assurer que les précautions, essentielles pourtant, étaient prises pour que d’autres victimes ne viennent pas s’ajouter au tableau de chasse des prédateurs.

On sait le désastre qu’a provoqué cette politique en France peut-être, mais plus sà»rement aux Etats-Unis o๠l’église se trouve dans de grandes difficultés financières à  la suite des condamnations dont elle fait l’objet pour n’avoir pas pris en temps utiles les décisions opportunes qui auraient mis fin aux agissements de tels ou tels membres de son clergé (ou tout au moins qui auraient manifesté qu’elle avait satisfait aux obligations de moyens qui s’imposaient naturellement à  elle).

Il semblerait que la Conférence épiscopale de France ait commencé à  prendre la mesure de ce problème qui est à  la fois douloureux ( des êtres, jeunes souvent , ont été brisés et avec eux des familles entières) et qui touche à  l’image – on n’ose dire à  l’exemple – que l’institution ecclésiale se doit de donner.

Il ne suffit pas d’assurer telle victime de sa prière et de laisser se perpétuer, sans agir de quelque manière que ce soit, des actes inadmissibles (aussi bien sur le plan déontologique que sur le plan humain ). (1)

Et voilà  que nous apprenons  » sur les étrange lucarnes  » que l’évêque du lieu, Mgr Albert de Monléon, s’est porté partie civile contre le prêtre accusé. On veut croire qu’il ne s’agit pas là  d’une tactique élaboré au niveau de l’épiscopat car soyons francs : elle nous paraîtrait particulièrement indigne.

Pendant des années l’institution n’a eu comme solution au problème de la pédophilie de certains de ses prêtres que de se voiler la face, de se refuser à  voir en face un problème qui n’est pas neuf, c’est vrai, mais qui a flambé dans un monde érotisé à  l’extrême tandis que les tabous qui assuraient une certaine  » police  » ont volé en éclat.

Mais de là  à  se porter partie civile ! C’est en fin de compte une attitude plutôt lâche et en tout cas pitoyable. La place de l’évêque n’était pas aux côtés des parties civiles.

Il faut commencer par balayer devant sa porte, Monseigneur, et ne pas tenter de se défausser, à  bon compte pourrait-on croire, alors qu’il n’en est rien.

La solution adoptée risque de se révéler à  terme plus dévastatrice que ses concepteurs auraient pu le penser. Pense-t-on ainsi donner des gages à  une opinion publique qui ne le demandait pas mais qui attendait de la part des responsables d’une église qui a trop souvent pratiqué la politique de l »autruche, un langage vrai et des décision courageuses pour s’attaquer à  la racine du mal.

Que cette Eglise s’interroge donc sur la formation qu’elle donne à  ses séminaristes en matière sexuelle, qu’elle examine le sérieux et le bien fondé de ses décisions à  l’heure de l’ordination, et qu’elle fasse loyalement son examen de conscience sur l’aide qu’elle apporte à  ceux qui se trouve confrontés à  une forme douloureuse de misère affective et parfois de terrible solitude.

Elle doit reconnaître qu’elle fut parfois négligente dans le soutien qu’elle se devait d’apporter à  ceux de ses prêtres qui se débattaient dans des situations inextricables mais qu’elle fut aussi négligente dans la mise place de mesure de sauvegarde et de protection des victimes potentielles. Nous avons bien compris qu’il fallait avant tout sauver la face, ne pas risquer de compromettre une institution qui ne voulait pas voir à  l’image de ces statuettes asiatiques nous montrant trois singes qui se refusent à  entendre, à  parler et à  voir !

Espère-t-on avec de tels procédés s’en tirer aussi facilement ? Il n’est pas certain que cette étrange tactique soit même d’un quelconque secours pour la victime comme pour sa famille. Si l’accusé est reconnu coupable il doit être sanctionné après avoir bénéficié de toutes les garanties en matière d’instruction mais avec lui doivent être jugés ceux qui, sachant, ont détourné les yeux et ont refusé de prendre les mesures qui s’imposaient.

A Lisieux, il y a quelques années, ce qui était reproché à  Mgr Pican, c’était en fin de compte l’absence de toute parole de regret, de toute demande de pardon -osons le mot – pour n’avoir pas su prévenir (au mieux) ou mettre fin aux agissements d’un prêtre qu’il savait pédophile. On ne lui reprochait en aucune manière cette absence d’attitude  » juridique « , un quelconque recours à  cette forme de pose ostentatoire qui rappelle étrangement celle d’un procurateur romain se lavant les mains avant de livrer à  ses accusateurs appelés à  devenir ses bourreaux l’homme qu’on avait déféré devant lui.

Mais le comble a été atteint quand s’est affichée sur l’écran l’image de l’épiscope, mitre en tête, armé de sa crosse et revêtu de ses ornements sacerdotaux. Qu’on ne nous raconte pas d’histoire : cette image n’était apparemment pas une image volée ou détournée et si, tel est le cas, que l’évêque, si attaché à  la procédure, ose attaquer pour atteinte à  la vie privée, ou à  son image ou à  tout ce qu’on voudra. Mais qu’on sache , nom de Dieu, s’il s’est prêté de lui-même- ou non à  ce carnaval inadmissible et tragiquement dérisoire. Car au delà  de l’utilisation à  des fins douteuses de ces insignes d’un pouvoir, ou plutôt d’une charge, il galvaude – et bafoue en quelque sorte – des symboles qui se rattachent étroitement au ministère qui lui a été confié.

Quand Mgr Pican s’était montré, hélas, très en dessous de ce qu’on était légitimement en droit d’attendre d’un successeur des apôtres, Michel Kubler dans La Croix, avait osé dire courageusement qu’une démission aurait du suivre, logiquement, ce qui avait été un contre-exemple.

Que dire alors de cette pitoyable, de cette misérable attitude de Mgr de Mauléon qui non seulement n’avait pas se fourvoyer sur le banc des parties civiles mais plus encore à  parader avec les insignes de sa fonction.

Si sa bonne foi a été surprise qu’il nous en apporte la preuve et nous serons les premiers à  dire que les images qui ont été vues par des milliers de téléspectateurs ne sont que tromperie et mise en scène fallacieuse. Mais si tel n’est pas le cas, qu’il quitte sa charge, qu’il s’en aille !

Note :

(1) Le dernier numéro de Golias livre un dossier atterrant : certains dignitaires – et non des moindres – ont été prévenus des graves manquements à  la déontologie et même à  la loi – d’un thérapeute bien en cour et  » faisant autorité  » dans le domaine …de la morale sexuelle. Mais on a continué à  lui dérouler le tapis rouge et à  le laisser agir au mépris de toutes les règles alors qu’il était amené à  intervenir auprès de personnes  » vulnérables « .

Délit ou crime ?

En tous cas faute professionnelle extrêmement grave.

Le discours de Verone

Un réel point d’orgue a été atteint.

Depuis quelques semaines, le véritable visage de ce Pontificat devient perceptible à  tous. Benoït XVI donne le ton de l’intransigeantisme le plus absolu. Y compris avec les accents les plus réactionnaires.

Même dans le domaine de la liturgie. Le moins que l’on puisse dire est que ce¨Pontificat se présente comme très cohérent. Nous sommes depuis plusieurs semaines parvenus au deuxième volet d’un plan stratégique finement conçu.

De fait, après une année de relatif attentisme, Joseph Ratzinger s’exprime désormais de manière très claire et très abrupte. L’orientation de fond, à  savoir le combat contre le relativisme et les Lumières, était déjà  précisée. Désormais, le Souverain Pontife passe à  la vitesse supérieure.

Après le discours choquant de Ratisbonne puis les complaisances manifestées aux intégristes, le Pape, vrai chef de l’Eglise italienne, et indirectement peut-être de l’Etat italien, a tenu des propos tranchants et radicaux.

Les Assises de l’Eglise italienne à  Vérone , du 16 au 20 octobre, constituent non seulement pour les catholiques de la péninsule mais pour le pays tout entier un moment important, très suivi. Les enjeux ne se limitent évidemment pas aux questions intraecclésiales.

Le Pape sait gré au cardinal Camillo Ruini d’avoir pendant quinze ans contribué à  redresser la barre.

L’interventionnisme récurrent, mais souvent très habile, de Don Camillo en matière politique lui vaut toute la reconnaissance du Pontife romain. Le Pape a eu mots très durs contre le projet de Pacs – officiellement inscrit dans le programme de l’actuelle majorité de gauche – et a fustigé en des termes agressifs les unions gays « formes faibles et déviantes d’amour« . Le Souverain Pontife s’en est également pris à  la « sécularisation interne » qui mine l’Eglise de l’intérieur. Joseph Ratzinger a encouragé également les alliances stratégiques avec des néoconservateurs qui ne partageraient pas la foi catholique.

Le discours pontifical relève d’un appel au combat sinon à  la croisade. Romano Prodi, présent à  Vérone , déjà  mis à  mal par une chute spectaculaire dans les sondages, en aura été pour ses frais. A l’opposé, un Silvio Berlusconi, trop heureux de jeter de l’huile sur le feu, se dit prêt à  reprendre bientôt le flambeau du pouvoir suite à  des élections anticipées. De fait, il semble plus en phase par rapport aux accents placés par le Pontife actuel. Par exemple sur la famille ou sur la vie.

Les propos guerriers du Pape, par exemple sur un Pacs, à  l’italienne, ont choqué les franges les plus ouvertes en Italie.

En même temps, au sein de l’épîscopat, majoritairement à  la fois conservateur et bon enfant, Benoît XVI ne devrait guère rencontrer de résistance. Même si beaucoup d’évêques n’auraient pas spontanément adopté une ligne aussi dure, il s’en accommodent. D’ailleurs Joseph Ratzinger a été très applaudi à  Vérone .

Dans quelques jours, le nom du successeur du cardinal Camillo Ruini comme président de la Conférence épiscopale italienne devrait être connu. Des noms circulent. En considération du durcissement très net qu’exprime ce discours de Vérone , il paraît désormais probable que le nouveau patron des évêques italiens sera choisi parmi les plus intransigeants : à  savoir les cardinaux Carlo Caffarra (Bologne) et Angelo Scola (Venise).

De la balkanisation de l’Eglise à  l’éradication de Vatican II

Une sacrée giffle pour tout l’épiscopat français, tenu complètement en dehors des décisions et pourtant contraint d’obtempérer, comme on dit chez les gendarmes.

Ce procédé marque un réel mépris pour l’Eglise de France, pour ce qui s’y vit, ce qui s’y cherche, ce qui s’y fait.

Le Cardinal Ricard a avalé la couleuvre, Rome savait qu’il n’oserait même pas protester. Après Jean-Paul II qui était déjà  du genre autocrate, Benoît XVI avait laissé entrevoir la nécessité d’une certaine collégialité.

Nous voici éclairés.

L’implosion de la Fraternité St Pierre ou quand le cardinal Barbarin se met à  l’abri

Les ralliés de Saint-Pierre ne sont pas restés longtemps spectateurs du malheur de leurs  » frères « .

Quelques jours plus tard, exactement le dimanche 1° octobre 2006, ils apprenaient que le fleuron lyonnais de leur propre Fraternité venait de passer avec barrettes et soutanes dans le giron diocésain du Cardinal Barbarin. On se souvient, le cardinal Decourtray avait installé la Fraternité Saint Pierre à  l’église Saint Georges, située dans le quartier historique du Vieux Lyon, près de la cathédrale Saint Jean. Cinq prêtres y officiaient.

Or, ce fameux 1° octobre, trois de ces prêtres ont annoncé brutalement qu’ils quittaient la Fraternité et rejoignaient le clergé diocésain lyonnais, tout en conservant la responsabilité de Saint Georges. Vous imaginez le scandale dans ce monde clos.

Non seulement la Fraternité perd trois prêtres, mais elle perd aussi et surtout son église. Les deux prêtres restés fidèles à  la Fraternité ont été priés de vider les lieux et se sont vu refuser même la possibilité d’y dire la messe, la messe de Pie V, pourtant.

Sur les quais de la Saône, les traditionalistes présents ont assisté à  des scènes d’un autre âge, bien dans la grande Tradition des combats de sacristie. Les serrures, même, ont été changées, ce qui est un signe qui ne trompe pas. Ces fidèles sont aujourd’hui traumatisés. On les comprend, mais on souhaite sincèrement que l’épreuve qu’ils traversent les aident à  sortir du monde fermé dans lequel ils se complaisent et o๠ils tentent de se sécuriser.

Monde fermé, disons-nous ? Les réactions le prouvent. Les trois prêtres, devenus diocésains, continueront de célébrer la messe de Pie V.

De quoi, pourrait-on penser, satisfaire ces tenants de la  » messe de toujours « . Mais là  se révèle la vérité profonde. Ils ont  » leur  » messe, mais ça ne suffit pas et on voit ainsi qu’elle n’est souvent qu’un prétexte.

Ce qu’ils veulent, c’est rester dans le cocon de leur Fraternité.