A la veille du sommet de Copenhague : les justes combats du MRJC

Le Mouvement Rural de la Jeunesse Chrétienne (MRJC)fête cette année quatre-vingts ans d’une aventure humaine qui relie l’action locale à  des valeurs universelles. Portés par des convictions profondes, ses militants entendent être citoyens à  part entière, associer engagement social et action collective, engagement ecclésial, intelligence de la foi et analyse du monde.

Plus de 12 000 ados et adultes de 13 à  30 ans ont rejoint aujourd’hui le Mouvement Rural de la Jeunesse chrétienne , portés par la volonté de mettre en oeuvre des projets de développement fondés sur des valeurs de justice sociale et de solidarité. Né en 1929 sous le signe de la Jeunesse agricole catholique, au coeur de la Lorraine, le mouvement tient ses réunions fondatrices du 17 mars et du 24 novembre dans les locaux de l’Association catholique de la jeunesse française. Si la J.A.C. est l’héritière de plusieurs organisations qui avaient engagé des animations en milieu rural, elle emprunte à  la Jeunesse ouvrière chrétienne, établie en France depuis 1927, sa méthode basée sur le « voir, juger, agir ».

Des jeunes, dont la diversité s’affirme, des ruraux ouvriers et scolarisés de plus en plus nombreux, la mixité au travail et dans les écoles appellent bientôt à  un nouveau mode d’organisation. La Jeunesse agricole catholique (J.A.C.) devient le Mouvement rural de la jeunesse chrétienne (M.R.J.C.), et la Jeunesse agricole catholique féminine (créée en aoà»t 1930) s’intitule désormais Mouvement rural de la jeunesse chrétienne féminine (M.R.J.C.F.).

Les deux branches – MRJC et MRJCF – fusionnent en 1965, après le congrès de Vannes (Morbihan) de février 1964. Dix ans plus tôt naissait dans son prolongement, le Mouvement international de la jeunesse agricole et rurale catholique, communément appelé M.I.J.A.R.C. (cf. notre article page 4), dont le premier congrès mondial de 1960 à  Lourdes devait rassembler 25 000 délégués venus de soixante pays et des cinq continents pour débattre de la faim dans le monde. « Le Mrjc est un mouvement de jeunes, géré et animé par des jeunes, qui fait partie de l’Action catholique spécialisée, comme Chrétiens dans le monde rural avec lequel il partage les mêmes valeurs », commente Audrey Massié, présidente depuis septembre 2007. Tombée toute petite dans l’Action catholique des Enfants (A.C.E.) dans un village du Tarn au nord d’Albi, elle poursuit « logiquement» avec le MRJC, anime une équipe, base du Mouvement, devient permanente départementale puis régionale avant d’accéder au national. « J’ai un enracinement dans le rural et trouvé dans le MRJC une ouverture et une capacité de réflexion très importantes. Et puis, les responsabilités m’ont fait grandir, j’ai évolué peu à  peu. Le MRJC ? « Un mouvement d’Eglise qui a fait le choix de la laïcité, o๠on ne se fond pas dans le moule, o๠on s’interroge. » Option réalisée avec finesse dans son rapport d’orientation 2007-2014 : « La participation au sein du mouvement, de chrétiens et de non chrétiens, de croyants et de non-croyants, de jeunes en recherche de spiritualité, est pour nous synonyme de richesse et donne tout son sens à  cette foi. »

Une foi qui invite à  l’action

Comment la formation tout au long de la vie peut-elle favoriser l’émancipation des personnes, la coopération et contribuer au développement d’un territoire ? Question centrale pour le MRJC qui incite à  des formations Bafa, brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur, ou comment animer une réunion, parler en public, première étape d’un engagement citoyen. Qui organise aussi des stages en région parisienne qui abordent le projet du Mouvement et réunissent des jeunes gens et jeunes filles de Picardie, du Maine-et-Loire, de la Loire-Atlantique, du Pays basque. Façon d’élargir son horizon au-delà  des cultures, sans ignorer pour autant les spécificités régionales, et s’ouvrir à  l’action collective.

La citoyenneté mondiale au coeur de la foi

« Ils sont invités à  se poser des questions, à  réfléchir à  leur métier, à  ce qu’ils veulent apporter à  leur territoire », développe Olivier Joly, formateur de permanents. Les sujets débattus : aussi bien le prix du lait qui prive les agriculteurs d’une juste rémunération que l˜utilisation de produits phytosanitaires et le développement des algues vertes, le système Monsanto , la souveraineté alimentaire et l’avenir de la planète à  l’approche du sommet de Copenhague. Pour Emeline Braud, il s’agit aussi « de mener des actions qui ont un sens sur son propre territoire ». Une ouverture au commerce équitable et un festival de loisirs inter-gérationnels, par exemple, à  Vauchrétien , village du Maine-et-Loire de 1500 habitants. « En créant des liens, en renforçant la solidarité, poursuivre des coordinations associatives avec le CNAJEP et le CELAVAR. » (Comité national et international de jeunesse et d’éducation populaire et Comité d’études et de liaisons des associations à  vocation agricole et rurale, ndlr). « On aborde également la proposition de la foi, et il va sans dire que nous ne nous retrouvons pas dans les mouvements charismatiques, dans l’émotionnel, poursuit Olivier Joly.

« L’à‰glise, c’est nous, et lL’à‰glise sans engagement dans le monde marche sur une jambe.» Après des orages avec l’institution, le MRJC confirmait sa vision du monde et ses convictions sociales à  la fin des années 1960. Précurseur en la matière, le Mouvement s’orientait dès 1996 vers les à‰quipes d’aumônerie diversifiée o๠« le croisement des regards permet un engagement plus proche des jeunes et des chrétiens en général ». Diacre dans la Mayenne, Jacky Hérault se déclare confiant : « Pour moi cette diversité est une richesse, il faut qu’on la découvre et qu’on admette de travailler ensemble. » La restructuration des exploitations, leur agrandissement et la diminution des actifs agricoles, l’impact environnemental des pratiques productivistes et la dépendance croissante vis-à -vis de l’industrie agro-alimentaire questionnent les jeunes générations. Aujourd’hui, dans un contexte o๠la spéculation foncière freine l’installation des agriculteurs, o๠on assiste à  la remise en cause des services publics dont le monde rural paie le prix fort, le MRJC est confronté à  de nouveaux défis. Objets de débats dans les régions : de nouvelles orientations vers une économie viable, socialement équitable, respectueuse de l’environnement. Une agriculture à  la fois cohérente avec son territoire et solidaire des pays en développement. La Jeunesse Agricole Catholique devenue MRJC voyait le jour en 1929, l’année du krach de la bourse de New-York. En 2009, une crise financière, sociale, économique, alimentaire sans précédent ravage la planète. Pour reprendre l’expression de Mark Twain affichée dans le livret des 80 ans, « ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait ».

NB :

Mouvement Rural de la Ieunesse Chrétienne :
53, rue des Renaudes, 75017 Paris. Tél 01 42 27 74 18,
fax 01 47 66 38 67. mrjc@mrjc.org – www.mrjc.org

1. Qu’est-ce que le Mrjc ? Marie-Pierre Cattet
(présidente nationale 2003-2007), éd. l’Archipel 2004.

Autres publications :
-Accueillir les jeunes en milieu rural,
-Une école pour s’enraciner et s’émanciper,
-Créer et travailler en milieu rural.

La dérive pétainiste

Sous le débat lancé par le ministre Eric Besson sur l’identité nationale, une
opération de marketing politique destinée à  stigmatiser les immigrés, à  obscurcir le débat sur des reculs sans précédents et à  faire oublier les entorses à  la laïcité. Pour laisser le champ libre à  une recentralisation du pouvoir, entre les mains d’un Etat au service des puissances industrielles et financières. Dans le mépris d’une Histoire faite de métissages qui a su rassembler autour de valeurs communes.

Le 2 novembre, Eric Besson ouvrait « le grand débat sur l’identité nationale qui se déroulera jusqu’au 31 janvier 2010 », selon l’annonce de son ministère.
« Il devra favoriser la construction d’une vision mieux partagée de ce qu’est l’identité nationale aujourd’hui », notamment « auprès des ressortissants étrangers qui entrent et séjournent sur le territoire national ». Ce débat devra aussi, « à  partir des propositions mises en débat et des contributions des participants », faire émerger « des actions permettant de conforter notre identité nationale et de réaffirmer les valeurs républicaines et la fierté d’être français ». Fermez le ban.

Vingt-quatre heures après le lancement d’un volet online de la consultation par le ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, des internautes se plaignaient déjà  de la censure imposée par le site. Quelques interventions auxquelles vous avez peut-être échappé (rapportées par Rue89) : « Réfléchir à  une identité nationale hypothétique, c’est faire le lit du nationalisme, en douceur, mine de rien. Notre identité est toute personnelle, toute intérieure, et si elle devait s’apparenter à  autre chose qu’à  l’intime, ce serait à  l’Europe. » Cet autre témoignage ne manque pas non plus d’intérêt : « Pour moi, être français, c’est avant tout avoir honte de la politique en matière d’immigration de mon pays. Cette politique me fait honte, au-delà  du traitement extrêmement choquant réservé aux réfugiés et immigrés en transit ou en attente de régularisation. » Pour l’instant, Besson a eu une idée géniale : les écoliers devront chanter la Marseillaise et saluer le drapeau. Deux symboles d’un intérêt colossal, attributs dans le passé d’aventures nationalistes et populistes qui ont menacé l’idéal démocratique.

En mai 2007, huit universitaires du conseil scientifique de la Cité internationale de l’histoire de l’immigration (Paris) démissionnaient pour protester contre la création d’un ministère à  l’intitulé vichyssois, qui associe « immigration » et « identité nationale ». Le communiqué précisait : « (…) Là  o๠le pari de la Cité internationale de l’histoire de l’immigration était celui du rassemblement tourné vers l’avenir, autour d’une histoire commune que tous étaient susceptibles de s’approprier, ce ministère menace au contraire d˜installer la division et une polarisation dont l’histoire a montré les ravages. » Golias Magazine
(n° 127-128, octobre 2009) développe dans Immigration et identité nationale, 17 octobre 1961 une journée pour mémoire, une période vichyssoise et un passé colonial mal assumé qui perpétuent une logique de domination. L’association des termes « immigration » et « identité nationale » avaient été lancée par le Club de l’Horloge et le Grece, deux officines d’extrême-droite, avant d’être diffusée par le Front national… et remise au centre de l’actualité par Nicolas Sarkozy pendant les présidentielles.

Opposer immigration et identité nationale, c’est gommer une longue marche faite de métissages, de cultures régionales traversées de multiples courants et dont le multilinguisme s’imposera jusqu’au XIXe siècle ; c’est reprendre le récit dominant de la IIIe République, se réapproprier le mythe d’une nation caractérisée par une culture monolithique, d’une France sans commencement dont le champ se resserre autour des « ancêtres gaulois ». Vision distanciée par les annexions successives depuis le domaine contrôlé par Hugues Capet en 987 (à  peine l’Ile-de-France actuelle) jusqu’à  Nice et la Savoie en 1860. Dans Un rude hiver, dont l’action se situe en 1916, Raymond Queneau rappelle l’origine du nom de la France, « pays des Francs » ; Germains, libres voyageurs venus sans papiers d’au-delà  du Rhin, avant de se sédentariser en Gaule romaine et d’enrichir, comme tant d’autres, une langue jamais figée, émaillée de surprises et d’inventions.

Une histoire dévoyée

En tant qu’entité géo-politique, nommée dans les textes, le royaume de France
n’existe qu’à  partir du XIIIe siècle. La nation française ? Elle s’est forgée cinq siècles plus tard, et elle est d’abord une construction politique, en aucun cas une communauté, qui se résume pour l’essentiel à  l’idée républicaine… avec deux grandes étapes : la création de l’état-civil en 1792 et la loi de séparation de 1905, le choix de la laïcité qui porte en ses fondements le principe d’égalité. La laïcité ? Nicolas Sarkozy ne cesse de la saper depuis sa fameuse comparaison entre les valeurs transmises par le prêtre et l’instituteur. En mai 2009, était annoncée la reconnaissance par l’Etat des diplômes de l’enseignement supérieur catholique, et un nouveau pas était franchi avec l’adoption de la loi Carle (28 septembre 2009) qui fragilise l’école publique et offre un pont d’or au privé. Marche en avant vers un système d’éducation sans référence scommunes, facteur de replis communautaires (L’Ecole en danger, de la stratégie du ministre de l’Education nationale aux manoeuvres des réseaux catholiques conservateurs, Golias Magazine n° 122 septembre-octobre 2008). Déjà , en 2004, Nicolas Sarkozy s’était exprimé dans La République, les religions, l’espérance, dont l’un des coauteurs est un certain Thibaud Collin, membre de la Fondation de service politique, très marquée par la droite extrême et proche de l’Opus Dei. Disparu le 17 avril 2008, Aimé Césaire, le « Nègre vertical » comme il aimait à  se surnommer, avait refusé de recevoir Sarkozy en 2005 après le vote de la loi consacrant « le rôle positif de la colonisation ». Quelques mois plus tard, après le retrait du texte incriminé, Césaire revenait sur sa décision et acceptait d’ouvrir la porte de son bureau de Fort-de-France (Martinique) au candidat éconduit… en lui offrant son Discours sur le colonialisme dont Nicolas Sarkozy n’a manifestement tenu aucun compte. C’est si vrai que le gouvernement vient d’annoncer la création d’une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, en application de l’article 3 de cette loi du 23 février 2005 dont un alinéa de l’article 4, aujourd’hui disparu, voulait inciter les enseignants à  présenter les « aspects positifs de la colonisation ». Avec le risque de récupération qu’on imagine aisément.

Mépris de l’homme et du citoyen

De mère libanaise et de père français pilote-instructeur pour l’armée française, Eric Besson a vu le jour à  Marrakech. Pensionnaire dans un collège agricole jésuite de Témara au sud de Rabat, il entre ensuite au lycée Lyautey de Casablanca, avant de rejoindre la France en 1975 à  l’âge de 17 ans. On n’ose croire à  un traumatisme chez ce garçon qui a connu les avantages et le confort des coloniaux et néo-coloniaux. Mais peut-être faut-il voir chez ce transfuge du Parti socialiste (durant la campagne présidentielle de 2007) le zèle des néophytes… Le grand inquisiteur Torquemada n’était-il pas lui-même issu d’une famille de nouveaux convertis ? C’est donc avec tout le cynisme désirable qu’Eric Besson appuie la stratégie de l’hyperprésident. Oubliant ses anciennes et virulentes dénonciations du sarkozisme, le ministre des basses oeuvres patauge en eaux troubles et poursuit sa croisade anti-immigrés sur les terres du Front national.

N’oublions pas qu’Eric Besson, à  la suite de Brice Hortefeux, est ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et… du Développement solidaire. Lorsqu’on entend expulser des mineurs sans tenir compte de leur situation scolaire, sans doute est-ce pour exprimer une vision toute sarkozienne du codéveloppement… Poursuivie par ses fantasmes d’ancienne puissance coloniale, la France ne respecte ni la Convention européenne des droits de l’homme ni la Convention internationale des droits de l’enfant dans sa politique de rétention de personnes non reconnues coupables d’un crime par une cour de justice. Et on sait ce qu’il est advenu du vote majoritaire des Français en faveur du rejet du traité constitutionnel européen en 2005. Les Irlandais connaîtront le même sort. C’est dans l’air du temps. Mais on ne peut s’empêcher de penser – et d’espérer – que le fameux débat sur l’identité nationale s’apprête à  essuyer quelques tempêtes… Ceux qui ont soutenu les sans-papiers et appelé à  la désobéissance civile, qui demeurent attachés aux principes républicains et à  la démocratie n’ont pas l’intention de baisser les bras.

Assemblée de Lourdes : le virage douloureux de l’épiscopat français

Lors de leur assemblée plénière d’automne, qui s’est déroulée du 3 au 8 novembre à  Lourdes, les évêques ont abordé des questions décisives, les enjeux vitaux pour l’avenir. En l’occurrence la recomposition du maillage territorial catholique, la redéfinition du rôle de la paroisse et la redéfinition du
témoignage visible dans un monde marqué par l’indifférence. D’une certaine façon au pied du mur, en raison de l’effondrement des vocations et d’une
sécularisation accélérée, les prélats ont analysé la question de la « visibilité » de l’à‰glise, c’est-à -dire de son rôle et de sa place dans la société, face à  une indifférence religieuse grandissante. Le tout à  huis clos ! Comme pour cacher leur misère et surtout leurs désaccords.

Il convient de saluer en positif, dans le discours d’ouverture du cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la conférence épiscopale française, la référence claire au devoir d’accueillir l’étranger. L’allusion au contexte politique actuel, et à  la volonté répressive du ministre Eric Besson, est transparente.

L’archevêque a évoqué aussi en termes précis une crise économique qui n’est pas terminée. Mgr André Vingt-Trois s’est inquiété des effets de la crise économique sur les catégories les plus faibles de la société. Il a évoqué « les hommes et les femmes acculés au désespoir dans certains secteurs d’activité» et appelé à  «une réforme de notre pratique sociale ». L’archevêque de Paris a mis en garde contre «une tentation de repli» et le risque de «se crisper sur la défense catégorielle de nos avantages».

L’archevêque de Paris a sans doute voulu ainsi ne pas laisser enfermer l’à‰glise dans l’image d’une forteresse assiégée. Alors que les évêques vont notamment réfléchir à  la visibilité du catholicisme, il montre que l’institution a son mot à  dire sur les grands enjeux de cette société et y revendique pleinement sa place. Il bouscule les nouveaux conservateurs très «spiritualistes» et prompts à  s’enfermer dans les chapelles et les sacristies.

La vision de Mgr Dagens

Mgr Claude Dagens semble prendre ses distances avec le courant identitaire et restaurateur. Fà»t-ce de manière voilée et à  pas feutrés. Ainsi, lors d’une rencontre avec quelques journalistes à  Lourdes, l’évêque d’Angoulême s’est exprimé sur son rapport ( toujours non publié ) qui a fait l’objet de vifs débat au sein de l’assemblée des évêques. En effet, pour Mgr Dagens, « la notion d’identité catholique doit être valorisée de l’intérieur même de la foi, sans esprit défensif et avec une exigence de vérité ». « Le terme d’identité catholique est lourd et peut être manipulé », reconnaît-il.

En réalité, ce que propose l’évêque d’Angoulême, dans la ligne de Vatican I I, dans un esprit d’ouverture, s’oppose diamétralement à  l’esprit de reconquête intransigeante de ses pairs et au modèle restaurateur des évêques ratzingériens.

L’évêque d’Angoulême ne voit pas en l’indifférence actuelle une sorte de mal absolu, totalement fermé à  l’évangélisation. En ce sens, il s’inscrit pour le moins en retrait par rapport à  la croisade contre le relativisme que mène Benoît XVI et ses épigones. Et se démarque très nettement et définitivement du modèle de catholicisme dit «intransigeant». Fà»t-ce sous une forme relookée.

Dans le contexte actuel, il ne s’agit évidemment pas d’une simple considération générale. En l’air. Suivez notre regard. Certains évêques présents à  Lourdes ont dà» ravaler leur salive. Comme pour enfoncer le clou, Mgr Dagens ajoute encore : « L’identité catholique, c’est à  la fois une histoire et un avenir. » Là  encore, on se saurait mieux dire.

Nous poursuivrons, la semaine prochaine, l’analyse de l’Assemblée des évêques.

[lire l’intégralité de l’article dans Golias Hebdo n°106]

Aide à  mourir : 43 curés italiens condamnés par Rome

Le mois de novembre, qui s’ouvre par la grande fête de la Toussaint, est
traditionnellement consacré à  l’évocation de nos « chers disparus » et de notre destinée outre-tombe. L’occasion aussi de s’interroger sur la mort, sur sa nature encore mystérieuse, et sur les débats éthiques très passionnés autour de la fin de vie. Et de son début. En lien direct avec l’actualité ecclésiale. Il y a quelques semaines, le Vatican prenait en effet une initiative répressive sans précédent.

la Congrégation pour la Doctrine de la Foi vient de lancer un avertissement chargé de menaces aux quarante-trois religieux italiens signataires d’un appel pour la liberté de réflexion sur les questions de fin de vie. Appel lancé, qui plus est, par la grande revue intellectuelle transalpine MicroMega suite à  l’affaire Eluana Englaro et à  l’occasion de la discussion au Sénat italien d’un projet de loi sur la biologie.

Ainsi, fin aoà»t déjà , brisant la torpeur de la canicule romaine, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a envoyé à  tous les « ordinaires » (évêque ou supérieur religieux), une lettre leur enjoignant de convoquer le signataire qui était leur sujet, de le tancer et éventuellement de prendre des mesures canoniques. Le Vatican justifiait cette sévérité, hors de l’ordinaire, par la gravité des enjeux.

En effet, l’appel lancé justifiait d’interrompre l’alimentation et l’hydratation d’un malade en phase terminale et sans espoir de guérison. Une forme d’euthanasie du point de vue du Vatican . Lequel, au demeurant, court-circuite la réflexion subtile et nuancée, cas par cas, sur la question. L’appel faisait observer que l’alimentation et l’hydratation forcées ne sauraient être assimilées à  un traitement normal et obligatoire mais relèvent en définitive d’un acharnement thérapeutique réellement discutable.

Les signataires invoquaient la force de la raison et la sérénité de la foi. La liberté de conscience informée et responsable. Qu’il n’est pas de la compétence de l’Etat, et encore moins d’un gouvernement ou d’un Parlement de mettre en cause. Il est rare, que le Vatican s’en prenne, non pas simplement, à  une personne mais à  un groupe de personnes. Citons en 1974 la suspens a divinis infligée à  de nombreux prêtres italiens qui s’étaient déclarés publiquement en faveur du « Non » au référendum destiné à  empêcher le divorce. Parmi ces prêtres se trouvait une figure connue de l’Eglise italienne, Dom Giovanni Franzoni, Abbé de Saint-Paul-Hors-les-Murs , qui, par la suite, quitta les ordres. En 1989, une partie des 64 théologiens signataires de l’appel de Cologne, dénonçant la restauration en cours (déjà  il y a vingt ans !) fut également sanctionnée. Pour mémoire, Don Vittorio Cristelli, directeur de l’hebdomadaire diocésain Vita trentina fut limogé pour le seul fait d’avoir abrité dans sa publication cet appel.

L’Eglise se doit de revoir ses positions !

Le cardinal Carlo Maria Martini, ancien archevêque de Milan, prenant le contre-pied de l’orientation restauratrice du pontificat actuel, insiste sur l’incertitude qui continue à  régner au sujet de décisions éthiques aussi délicates
(voir à  ce sujet son « contre-manifeste » publié dans Golias Magazine n°115). Il n’est pas possible de trancher de façon binaire et de se replier sur une morale simpliste du « tout ou rien ». De plus, bien qu’ « experte en humanité » selon la formule consacrée, l’Eglise doit dialoguer avec des experts compétents. Elle n’a pas des lumières sur tout. Pas plus qu’elle n’en avait au temps de Copernic ou de Galilée sur le cours des astres.

Au Concile Vatican II, déjà , le cardinal de Bruxelles, Léon-Joseph Suenens, mettait en garde ses pairs de ne pas susciter de nouvelles affaires Galilée .

[lire l’intégralité de l’article dans Golias hebdo n°105]

Les enjeux des tractations ou le Concile en otage

C’est désormais officiel : en cette fin octobre commencent – « enfin » diront certains – les négociations du Vatican avec les intégristes en vue de déblayer le terrain au niveau proprement doctrinal. En effet, la fracture avec Ecône tient d’abord, et avant tout, au refus des disciples de Mgr Lefebvre d’accepter le Concile Vatican II et les nouveautés introduites. Non seulement au plan disciplinaire et liturgique, mais encore, et surtout, sur le fond.

On sait que Marcel Lefebvre vomissait l’oecuménisme, le dialogue interreligieux et l’idée même d’un droit positif à  la liberté religieuse. Pour l’ancien archevêque de Dakar , il n’est pas possible d’accepter les nouveautés du Concile et de rester catholique. Autrement dit, le Concile conduit à  l’apostasie, à  la perte et au reniement de la foi. D’oà¹, dans son esprit, le combat mené, très radical, et le risque assumé d’une rupture. Finalement consommée en octobre 1988 avec le sacre de quatre évêques contre Rome, et en opposition avec l’interdit du pape. Le Rubicon était franchi.

Sans doute, la galaxie traditionaliste est-elle bien disparate. Chez certains, l’attachement aux formes anciennes, fastueuses et très sacrées, corresponde sans doute d’abord à  un choix esthétique. Certes. Dans la plupart des situations, cependant, et particulièrement en France l’option pour l’ancienne messe coïncide avec une vision du monde, y compris, très souvent, au niveau politique. Suivez notre regard.

L’enjeu est donc bien une conception d’ensemble des choses, et du christianisme, et non d’abord une affaire de goà»t ou de sensibilité. D’o๠l’importance, évidente, des tractations qui s’ouvrent ces jours-ci. Il s’agit en quelque sorte de mettre cartes sur table. Avant d’accepter ou de refuser un texte, il convient en effet de se demander quel est le sens exact des enseignements et des textes contestés. Que disent exactement les textes du Concile ? Surtout les plus controversés comme celui qui traite de la liberté religieuse. Quelle est l’autorité du Concile? La lecture qui tend à  situer Vatican II en rupture est-elle acceptable ou fausse? C’est l’ensemble de ces questions qui doit être abordé. Au niveau historique, mais aussi spéculatif, car l’histoire est un point de départ et une référence constante. Mais le théologien discerne une intention objective d’un texte ou d’un événement qui échappe d’une part au contexte mais également à  l’intention de chacun des protagonistes. Une oeuvre qui échappe à  son auteur. Vatican II aux évêques présents. Et même aux papes […]

5lire l’intégralité de l’article dans Golias Hebdo n°104]

Maradiaga et Camdessus : des distinctions en trompe l’oeil

C’est officiel, le cardinal-archevêque de Tegucigalpa Oscar Rodriguez Maradiaga s’apprête à  recevoir les insignes de Docteur « Honoris Causa ». Un homme dont le curriculum vitঠet les méthodes ne s’inspirent guère des principes évangéliques. Le second récipiendaire, son alter ego laïc en quelque sorte, sera l’ancien directeur général du Fonds monétaire international. Double hommage qui ne laisse pas d’étonner, prévu le 24 novembre 2009 à  l’Institut catholique de Paris… en présence d’André Vingt-Trois, cardinal-archevêque de Paris, et du vice-président de la Conférence des évêques de France, Mgr Hippolyte Simon, archevêque de Clermont-Ferrand.

Non, vous ne rêvez pas… Le cardinal-archevêque de Tegucigalpa et l’ancien directeur général du Fonds monétaire international seront faits Docteurs Honoris Causa à  l’Institut catholique de Paris. Le premier est lié à  une actualité très récente qui a provoqué l’éviction de Manuel Zelaya, président élu du Honduras, destitué par le putsch militaire du 28 juin 2009 et expédié par avion au Costa Rica voisin. Depuis plusieurs semaines, les principales institutions du Honduras – Parlement, justice, armée, Eglise catholique – ainsi que les Eglises évangéliques, accusaient Manuel Zelaya de violer la constitution. En faisant mine de s’appuyer sur le fait que celui-ci avait appelé les Honduriens à  se prononcer par la voie d’une consultation populaire, le 28 juin justement, sur la convocation d’une Assemblée nationale après les élections du 29 novembre 2009. Assemblée qui aurait pu élaborer une nouvelle constitution.

[…]

« Cardenal golpista »

Porte-parole de la Conférence épiscopale hondurienne, Oscar Andrés Rodriguez Maradiaga se prononçait dès le 4 juillet en faveur du putsch et du gouvernement de facto de Roberto Micheletti, et faisait entendre sa voix depuis la radio et la chaîne de télévision nationale sur fond de drapeau hondurien. « Nous pensons qu’en ce moment une action précipitée, comme le retour au pays, pourrait déclencher un bain de sang », déclarait le cardinal-archevêque à  l’adresse de Manuel Zelaya avec une papelardise éprouvée. Le titre du communiqué de la Conférence épiscopale, Edifier à  partir de la crise, est en lui-même une véritable mystification qui tente de maquiller un coup d’Etat. « Les trois pouvoirs de l’Etat sont en vigueur, en accord avec
la constitution de la République du Honduras », souligne le document qui affirme qu’au moment o๠Zelaya a été capturé par les militaires, il n’avait plus la charge de président de la République. Rejoignant un discours complaisamment répandu sur une soi-disant lettre de démission de Zelaya que celui-ci a démentie. On peut supposer que le nouveau gouvernement aura su marquer sa reconnaissance, selon une tradition bien établie.

L’influence de l’Opus Dei

La complicité de Maradiaga se manifeste de façon éclatante, puisque celui-ci n’a, à  aucun moment, dénoncé ni même évoqué les assassinats, les arrestations massives, les tortures rapportés par des membres d’organisations des droits de l’homme, des avocats et la presse internationale. Les chiffres avancés : 12 syndicalistes tués, 500 blessés, 1000 détenus. On a pu voir sur les murs du Grand Séminaire de Tegucigalpa, tracés en lettres noires : Cardenal golpista, cardinal pro-coup d’Etat. La nuit, la terreur règne au Honduras, et nul ne sait combien de personnes sont agressées, rançonnées, humiliées, violées. Rien non plus, de la part du cardinal-archevêque, sur la suppression des libertés civiques ou la fermeture des médias qui n’avaient pas fait allégeance aux putschistes, comme Radio Progreso animée par des Jésuites. Ajoutons les menaces de mort contre les journalistes, les écoutes téléphoniques et le blocage d’accès à  internet.
Une fois de plus on retrouve l’empreinte de l’Opus Dei qui s’est consolidé sous la protection de Pinochet au Chili, Videla en Argentine, Fujimori au Pérou. Mise en avant par Maradiaga, l’Å’uvre a fait une entrée en force dans le gouvernement et les milieux d’affaires, malgré l’opposition constante de Manuel Zelaya.

[…]

Camdessus et Trichet main dans la main !

Le 24 novembre, ce sera donc Hippolyte Simon, vice-président de la conférence des évêques de France qui prononcera la laudatio d’Oscar Rodriguez Maradiaga. La référence aux paroles de circonstance prononcées par ce dernier en 2008 lors d’une audience papale – « Sans solidarité et justice sociale il est difficile d’apporter la paix » – suffira-t-elle à  gommer le parcours d’un arriviste passablement corrompu, qui n’a dans son cercle de relations aucun charpentier, ni galiléen ni hondurien. Et qui a au surplus dénoncé, dans les années 1980, « ses » prêtres sympathisants des luttes des peuples salvadorien et nicaraguayen, ce qui entraînait torture, mort ou expulsion. Le second récipiendaire n’est autre que Michel Camdessus. Présenté comme « un chrétien fervent père de six enfants », cet ancien président du Fonds monétaire international (1987-2000) a brillamment participé à  l’impérialisme économique qui saigne à  blanc le tiers-monde et l’écrase sous le poids de la dette. Il n’est pas sans rien, puisqu’il préside depuis octobre 2008 la nouvelle société de refinancement des activités des établissements de crédit. Il est même président du jury du Prix pour la prévention des conflits lancé par la Fondation Chirac. Mieux encore, Michel Camdessus est, depuis le 25 aoà»t 2009 chargé par Nicolas Sarkozy de surveiller les bonus versés aux traders.

Pour compléter la mascarade qui s’annonce à  la « Catho » de Paris, le panégyrique de Michel Camdessus sera prononcé Jean-Paul Trichet, président de la Banque centrale européenne. Selon l’Express, sa rémunération est de 345 252 € plus sa résidence de Francfort et les frais de représentation. Il est titulaire de près d’une dizaine de distinctions honorifiques étrangères et de plusieurs titres de Docteur Honoris Causa décernés par des universités. Des bons points en quelque sorte, échangés entre personnes du même monde et qui savent être généreuses pour qui les sert. Les 163,9 millions de dollars octroyés par le Fonds monétaire international au gouvernement de Micheletti, venus à  point nommé, referment un peu plus le cercle restreint de ceux qui en ce monde ont droit aux premières places.

On peut légitimement se poser des questions sur les raisons profondes qui ont poussé l’Institut catholique de Paris et son recteur Pierre Cahné, le vice-président de la Conférence des évêques et l’archevêque de Paris à  se prêter à  ce qu’il convient d’appeler un sommet de l’hypocrisie. Paris a condamné le coup d’Etat et continue de reconnaître le président Zelaya. Le visa d’entrée en France devrait donc être logiquement refusé à  un prélat considéré comme putschiste par le gouvernement légal hondurien. Ce qui aurait en outre l’avantage d’éviter une honte encore plus cuisante aux personnes impliquées dans cette cérémonie qui tient du mauvais théâtre.

Neuilly sur scène et Monsieur fils

Qu’on ne s’y trompe point : si le débat qui s’est ouvert avec l’annonce de l’élection de Jean Sarkozy à  la présidence de l’EPAD fait tant de bruit c’est qu’il est révélateur d’un malaise profond, bien plus profond que ce que veulent bien admettre le président et sa cour. Le pays ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas là  d’une erreur quelconque imputable au père abusif et inconscient d’un candidat déjà  porté au pinacle et encensé, sur ordre ou par flagornerie, par des courtisans soucieux de leur carrière.

Nous avons entendu, ressassé à  satiété, le mot de légitimité : celle de cet homme jeune à  peine sorti de l’adolescence, un tâcheron qui peine dans son cursus universitaire, et qui va recevoir en apanage1 la présidence de l’EPAD et en attendant celle de l’EPASA appelée à  gérer la zone d’affaire la plus vaste d’Europe : 700 hectares aux portes de Paris !

Mais revenons à  sa légitimité : il la tirerait du suffrage populaire à  en croire les péans entonnés en son honneur ou pour sa défense. Qu’en est-il en réalité ? S’il a bien été élu conseiller général des Hauts-de-Seine (au titre du canton de Neuilly), ce que personne ne peut contester, il faut quand même rappeler qu’il est des circonscriptions dans lesquelles le résultat est pratiquement assuré d’avance.
A fortiori quand on a la chance de porter un nom de « référence ».

Un second mandat est appelé à  la rescousse : celui de président du groupe UMP du conseil général des Hauts-de- Seine. C’est déjà  plus¦ tangent en matière de légitimité : qui peut affirmer sans rire qu’il n’y pas eu de consignes plus
ou moins comminatoires venues de l’Elysée ? On sait bien qu’en la matière il suffit d’un voeu exprimé même de manière feutrée, mais sans équivoque, par le souverain pour que toutes les difficultés, si tant est qu’il y en ait, s’aplanissent et que le dauphin reçoive la couronne qu’il se croit en droit de porter ! Ses pairs auront accédé au souhait du président, la mort dans l’âme ou la rage au coeur peut-être, mais ils se seront couchés. Belle légitimité !

Reste le mandat à  venir : celui de président du conseil d’administration de l’EPAD, organisme qui gère notamment La Défense (un budget de 1,3 milliard d’euros). On nous claironne que cette charge, elle aussi, sera légitime, car le fils du président sera élu par ses pairs à  cette fonction dès qu’il aura rejoint en qualité d’administrateur le Conseil d’administration de l’EPAD (grâce à  un poste opportunément libéré). Toutefois, ce que ses thuriféraires se sont bien gardés de préciser c’est que cette « élection » sera pour le moins suspecte quant à  sa « légitimité ».

Dans l’argumentaire que l’on a servi au bon peuple, un point “ majeur- à  été soigneusement négligé : siègent au conseil d’administration de l’EPAD composé de 17 membres, 8 représentants de l’état et 9 représentants des collectivités locales (4 à  gauche aujourd’hui et 4 à  droite auquel vient s’ajouter un représentant de la chambre de commerce de Paris). L’exécutif “ et donc l’Elysée “ a la haute main sur l’élection et il suffit de la majorité absolue (soit 9 voix) pour peu qu’en séance soient présents ou représentés les 2/3 du conseil (soit 12 personnes). C’est donc le président de la République qui est totalement maître du jeu pour l’élection de son fils.

Magnifique légitimité !

Irénée, reviens ! Ils sont devenus fous

Parmi les diocèses de France, l’un des plus prestigieux et des plus marquants, déjà  en considération de son étendue et du nombre de ses prêtres, demeure celui de Lyon. A sa tête, il eut jadis de grandes figures épiscopales comme le cardinal Albert Decourtray. Cité fondée en 43 avant Jésus-Christ, juste après l’assassinat de Jules César, Lyon est la capitale des Gaules. Le sang des martyrs, vierges comme Blandine, ou vieillards, comme Pothin, y a été semence de chrétienté. Saint Irénée, défenseur d’une foi incarnée contre le gnosticisme, car toute chair verra Dieu, demeure une figure tutélaire.

Au fil des âges, le catholicisme lyonnais s’est beaucoup développé dans un double sens : celui d’un enracinement profond, aux sources du christianisme (la collection patristique Sources chrétiennes y fut fondée), mais aussi d’une ouverture très large aux autres et d’un élan vers le grand large. Homme mangé au service de ses frères, Antoine Chevrier incarne un nouveau modèle de prêtre séculier, pauvre et fraternel. L’héritage pradosien demeure très fort. Au XXe siècle, l’oecuménisme y fut particulièrement cultivé, grâce à  des figures comme Paul Couturier. Le souvenir plus ancien de Pauline Jaricot, à  l’origine de l’oeuvre de la Propagation de la foi, exprime ce souci des terres lointaines. Alors que la botte nazie déferlait sur le monde, et que Vichy cultivait la connivence, des résistants, à  Lyon, combattirent l’inacceptable. Au nom d’un Evangile incarné qui implique un combat pour l’homme, pour sa liberté, pour sa
libération.

A partir du Concile, le catholicisme lyonnais, volontiers frondeur à  ses heures, cultivant un esprit d’indépendance assez salubre et se défiant d’une soumission aveugle à  la hiérarchie, se plaçait à  l’avant-garde. Qu’on se souvienne du témoignage de Mgr Alfred Ancel, évêque au travail ! Sans oublier la réflexion théologique, la recherche historienne, l’innovation catéchétique et pastorale. Qu’on se souvienne, pour ne citer que des hommes que nous avons connus et qui nous ont transmis l’intelligence de la foi : les Georges Duperray (qui vient de s’éteindre) les Henri Bourgeois, les Christian Duquoc ou les Henri Denis. Pour une foi adulte, et critique au coeur d’un engagement pastoral pour faire Eglise (et monde) autrement.

Depuis quelques années, l’Eglise de France, dont le clergé a vieilli, est tentée par un repli identitaire. Il est vrai que beaucoup de jeunes prêtres, sans doute plus fragiles que leurs aînés, se cramponnent à  des modèles identitaires quelquefois bien désuets, ou castrateurs. Il s’agit d’un phénomène qui n’est pas propre à  l’Eglise diocésaine de Lyon et que l’on constate dans toutes les chrétientés de type occidental (y compris les Etats-Unis). Il ne s’agit pas seulement d’un retour en arrière, mais de l’expression paradoxale d’un passage que beaucoup ont du mal à  vivre : entre l’Eglise d’avant, cléricale et intransigeante, et celle en dialogue, dans un monde pluriel et incertain, lui-même en évolution constante et acclérée. Ce passage a été voulu par le Concile, mais l’application a finalement été trop timide. Paul VI a eu peur. Faute de quoi le tournant n’a été qu’à  demi négocié. Un peu entre deux chaises, le clergé conciliaire s’est senti dans une position inconfortable. Ce qui a favorisé l’arrogance des intégristes et des intransigeants de tout poil. Il s’agit d’un effet de retour, d’une réaction au courant dominant. On voit mal, sur le long terme, ces guerriers du Christ inversant durablement et profondément le cours des choses. Ceci dit, la restauration est de saison.

[lire l’intégralité de l’article dans Golias Hebdo n°102]

Racket scolaire !

Les députés viennent d’entériner, en date du lundi 28 septembre, un texte modifiant le financement des écoles privées. Dans un sens plus que contestable. En effet, les municipalités seront désormais tenues de financer des écoles privées d’autres communes, si leurs résidents ont choisi d’y scolariser leurs enfants. Dans quatre cas bien spécifiés : lorsque les parents peuvent prouver que la capacité d’accueil de la commune de résidence est insuffisante, pour des raisons médicales, en cas d’« obligations professionnelles » des parents, ou encore lorsqu’un frère ou une soeur de l’enfant est déjà  scolarisé hors de la
commune. 5400 écoles sont concernées. Elles recevront une manne de 500 millions d’euros !

Ce nouveau texte entend préciser un article de la loi du 13 aoà»t 2004 relative aux libertés et responsabilités locales. Il est présenté comme motivé par des raisons pragmatiques et non idéologiques. Pour Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale : « C’est un texte d’apaisement et d’équilibre. »

A voir.

En effet, les groupes socialiste, radical et citoyen (SRC) et de la gauche démocrate et républicaine (GDR, PC et Verts) se mobilisent contre. Pas d’abord pour des raisons idéologiques, ou simplement pour défendre la laïcité. Mais parce que cette disposition est malheureuse et aura des conséquences funestes. Selon le député socialiste Yves Durand : « ce texte va organiser l’exode scolaire (…) assécher, désertifier les écoles rurales (…) les quartiers de banlieue dits défavorisés. »

Le député de gauche Jacques Desallangre dénonce cette proposition de loi qui
« prétend mettre un terme à  un imbroglio juridique
», mais elle renforce en fait les nouvelles obligations créées par l’article 89 au bénéfice des écoles privées implantées sur le territoire de communes autres que celle de résidence. Le principe global devrait être toujours : « à  enseignement privé, fonds privés ». Des exceptions à  cette norme ne sauraient être qu’exceptionnelles.

Selon cette proposition, l’accord du maire n’est ni demandé ni requis alors que les finances des collectivités locales seront directement engagées. Le maire ne pourra même pas vérifier au préalable que les conditions légales sont respectées. Le préfet, se substituant au conseil municipal et au maire, pourrait ainsi obliger la collectivité à  financer l’école privée : « Par leur caractère obligatoire et automatique ces dispositions législatives contreviennent au principe constitutionnel de libre administration des collectivités territoriales. Elles font de surcroît primer l’intérêt particulier sur l’intérêt général. Comment justifier auprès des contribuables qu’une commune se voie obligée de fermer une classe ou une école car quelques parents auraient décidé de placer leurs enfants dans la commune voisine pour des raisons de convictions religieuses, au demeurant tout à  fait respectables ? »

Les décisions de fermeture tiennent parfois à  la présence d’un seul ou de deux enfants. Cette proposition risque donc de favoriser considérablement les fermetures de classes et d’écoles publiques. Ce qui suscite l’inquiétude : « Ce serait préoccupant car, quand l’école publique ferme ses portes, c’est le processus d’intégration à  la communauté des citoyens et la République laïque qui régressent. »

L’Afrique en mission à  Rome

Du 4 au 25 octobre prochain, se tiendra à  Rome la Deuxième Assemblée Spéciale pour l’Afrique du Synode des à‰vêques, communément appelé « Synode africain ». Mais les mots ont leur importance. Depuis 1977, en effet, des théologiens et des évêques s’étaient pris à  rêver d’un « concile africain ».

Un tel projet avait même été évoqué devant le pape. Mais en 1985, alors que le Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM) avait déjà  entrepris de consulter les conférences épiscopales sur ce projet, la Congrégation romaine pour l’évangélisation des peuples court-circuita la consultation africaine par la sienne, secrète, qui émettait des réserves quant à  l’idée d’un concile africain ! En 1989, le pape annonce la convocation d’une Assemblée synodale… à  Rome. La différence est de taille : dans le cas d’un concile, les évêques, en communion avec celui de Rome, délibèrent. Dans le cas d’un Synode, ils ne font que le conseiller. De plus, à  Rome, la parole sera-t-elle libre ? Que dire quand un cardinal de Curie a parlé de manière péremptoire comme Tomko sur le célibat, ou Sodano sur la Conférence du Caire sur la famille qui a lieu au même moment, ou encore Ratzinger faisant la promotion de son nouveau Catéchisme de l’Eglise Catholique ? On n’oubliera pas non plus que la Congrégation pour la Liturgie publia juste avant le Synode une Instruction sur le respect de la liturgie romaine, ni que la Curie ne se priva pas d’intervenir à  sa guise¦ souvent en toute indélicatesse !

Pour un Concile africain !

Essayons d’établir un petit bilan de cette première rencontre qui se tint du 10 avril au 8 mai 1994, pour mieux suivre celle qui se vivra en octobre prochain. Il est clair, qu’outre les liturgies, notamment celle d’ouverture et de clôture qui firent résonner la Basilique vaticane de rythmes et de chants africains inconnus de la plupart des fonctionnaires curiaux, le rapport introductif du Cardinal Thiandoum, successeur de Mgr Lefebvre sur le Siège de Dakar et rapporteur général du Synode, fera date. Il pose, d’un ton franc, la « question principale » : « Eglise d’Afrique, que dois-tu devenir maintenant pour que ton message soit pertinent et crédible ? » De fait, il n’omet pas les questions difficiles, à  commencer par les crises économiques et politiques qui traversent le continent. Sur la question de la justice et de la paix, qui sera justement le thème de la prochaine assemblée synodale, les évêques ne se sont pas voilé la face. S’ils veulent un nouvel ordre économique international plus juste, appelant leurs frères du Nord à  lutter avec eux pour un tel avènement, ils osent cet appel dans leur message final :
« Nous rappelons à  tous nos frères africains qui ont détourné des fonds publics qu’ils sont tenus en justice de réparer le tort fait à  nos peuples » (n°32). Condamnant « les oppositions tribales qui conduisent à  ces guerres fratricides », le Synode ne peut qu’appeler les pays vendeurs d’armes à  cesser leur commerce mortifère et les pays acheteurs à  « mettre un terme à  ces énormes dépenses militaires et de donner priorité à  l’éducation, à  la santé et au bien-être de leur peuple » (n° 49). Mais les évêques vont encore plus loin, alors que les massacres au Rwanda avaient commencé quelques jours avant le début du Synode : « Nous ne voulons pas non plus nier nos propres responsabilités de pasteurs. Nous n’avons pas fait tout ce que nous pouvions pour former les laïcs à  la vie dans la Cité, au sens chrétien de la politique et de l’économie » (n° 33). Avouons aussi un autre manque de leur part qui
était flagrant lors de cette première Assemblée : la difficulté d’analyser la complexité de la situation ; ce qui a souvent transformé la parole épiscopale en voeu pieux plus ou moins déconnecté de la réalité comme en témoignaient les condamnations de la Conférence du Caire alors qu’aucune vraie solution n’était apportée pour enrayer la croissance démographique ! En ce sens, peut-on voir une prise de conscience dans l’invitation du président de la FAO à  la prochaine assemblée ?

[lire l’intégralité de l’article dans Golias Hebdo n°100]