Ils désignèrent des Anciens pour chacune de leurs à‰glises

Paul et Barnabé sont venus une première fois¦ Ils repassent à  présent dans les communautés évangélisées. Certains ont été touchés quelque temps, d’autres réclament un affermissement, du courage pour persévérer dans les épreuves. Les Apôtres apportent ces encouragements, ces soutiens, et ces compléments de formation¦ mais il leur faut aussi aller ailleurs ; la communauté doit trouver en elle les moyens de continuer, de persévérer, de grandir. Alors ils choisissent des « anciens », invitent la communauté à  jeà»ner et se mettre en prière et confient à  la grâce de Dieu ces personnes qui ont mis dans le Seigneur leur confiance.

Les prêtres se réclament de cette institution des « anciens », des « presbytes »¦ Toute une vie et expérience d’Eglise rend compte de leur statut actuel, qui continuera sans doute d’évoluer¦ L’écrivain sacré du 1er siècle nous met en présence d’une institution calquée sur les pratiques de son temps : la société est patriarcale¦ elle aurait pu être matriarcale ou encore démocratique¦ Les Apôtres utilisent comme premiers critères ceux en usage dans la société du temps, pour mettre à  la tête des Eglises Locales, des Responsables¦ C’était alors un père de famille reconnu, ce pourrait être aujourd’hui des hommes ou femmes cooptés ou élus par la communauté.

Parmi les désignables, parmi les élus de la communauté, les Apôtres choisissent « ceux qui ont mis leur confiance dans le Seigneur ». Ce n’est pas nécessairement l’ « ancien » le plus apprécié, le plus capable, le plus populaire¦ mais celui qui a mis et qui continue à  mettre toute sa confiance en Dieu. Le « parfait » utilisé pour le verbe en grec représente un état présent résultant d’une action passé : ils avaient mis leur confiance en Dieu et sont toujours dans cet état. Quant à  la racine du verbe ( pistis) elle ne vise pas une vague croyance, ni même simplement une croyance orthodoxe, mais la confiance.

Les critères sont-ils à  notre portée, sommes-nous en mesure de choisir ?¦ La communauté prie et pratique l’ascèse pour confier à  Dieu ces hommes qui avaient mis leur foi en Lui, et qui leur sont à  présent désignés et affectés. Ces hommes peuvent venir d’une autre communauté, d’une autre paroisse, il leur faut des qualités humaines et sociales, mais par dessus tout une aptitude à  mettre leur confiance en Dieu dans le passé, le présent et le futur.

Tout paraît limpide¦ L’auteur des Actes nous met cependant indirectement en garde. Régulièrement il rapproche « les Chefs des Juifs, les anciens et les scribes », de l’autre « les Apôtres et les anciens ». D’un côté les « anciens » associés au rejet de la Bonne Nouvelle, de l’autre les « anciens » associés à  sa diffusion, son affermissement et à  ses décisions (par exemple: en 15,22 « Alors les apôtres et les anciens, d’accord avec l’à‰glise tout entière »). Les anciens associés aux apôtres et les uns et les autres d’accord avec l’Eglise toute entière : la barre est mise très haute !¦

Quant à  l’Apôtre Paul lui-même¦ celui-là  même qui est dit (par les Actes¦) avoir (collegialement avec Barnabé) désigné des « anciens » dans chacune des Eglises fondées, il ne mentionne pas cette institution dans ses lettres¦ L’adresse de celles-ci est faite à  l’Eglise de tel et tel endroit, à  ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ, aux saints dans le Christ Jésus, à  Timothée son enfant, son frère etc¦ Une fois, dans la lettre aux Philippiens, les épiscopes et les diacres sont cités mais¦ après les saints, en seconds.

L’important n’est pas le titre, la fonction, mais la confiance, la foi que chacun doit personnellement mettre et maintenir en Dieu. L’institution n’est pas secondaire, mais elle est seconde. La structuration des communautés est nécessaire, mais avant d’avoir besoin d’une hiérarchie, l’Eglise a besoin de fidèles.

Nouvel article

Homélie pour le Jeudi Saint.

Frères,

Les deux lectures qui viennent d’être faites nous rappellent deux gestes de Jésus, accomplis quelques heures avant son arrestation, et qu’il est bon de méditer.

Jésus, d’abord, s’est agenouillé devant des hommes, ses disciples, pour laver leurs pieds de la poussière du chemin. Lui qu’ils considéraient, avec raison, comme leur « Maître » et leur « Seigneur », a agi envers eux comme leur serviteur.

Il n’était pas seul, d’ailleurs, dans cette position puisque, nous le savons, il est dans le Père et le Père est en lui; puisque nous savons, aussi, que « qui voit le Fils voit le Père ». Le geste de Jésus nous apprend donc que le Créateur de l’univers, que nous imaginons très haut et très loin au dessus de nous et vers qui nous levons les yeux est là , tout proche, agenouillé devant nous comme un serviteur attentif à  discerner les besoins de son maître et à  y répondre.

C’est quelque chose dont nous devons nous souvenir sans cesse et qui nous permet, notamment, de mieux comprendre le sens des paraboles dans lesquelles Jésus nous parle de Dieu comme du « maître » d’un domaine. Le maître qui licencie son intendant infidèle, par exemple, n’est pas un propriétaire courroucé qui punit un homme qui s’est approprié indà»ment les revenus de son domaine; c’est un homme qui se désole de ce que son bien, en son absence, ait été géré dans un esprit de lucre, et qui se réjouit quand il apprend que les débiteurs ont reçu des mains de l’intendant infidèle, même si c’est pour de mauvaises raisons, une part des fruits de ce qui lui appartient.

Quand Jésus, un peu après, le même jour, a institué l’eucharistie, il était entouré de douze hommes qu’il aimait et qui l’aimaient. Sachant que, pour lui, le temps de l’épreuve était venu, il ne songeait pas à  lui-même mais à  eux, qui allaient vivre des heures terribles, au cours desquelles ils auraient le sentiment que tout ce qu’il avaient espéré, au cours des mois pendant lesquels ils l’avaient accompagné, était définitivement écroulé.

Il songeait aussi, certainement, aux remords qu’ils éprouveraient pour l’avoir abandonné; au remords plus grand encore de Pierre, qui allait le renier; à  la haine de soi qui allait naître en Judas au moment o๠il découvrirait le résultat de sa folie.

Se faisant, pour la première fois, pain et vin de vie, il leur a donné un signe que, probablement, dans l’instant, il n’ont pas compris. Signe de ce que sa mort n’était pas un échec puisqu’il serait là , vivant, au-dedans de chacun d’eux. Signe aussi de ce que leur péché à  venir ne ferait d’aucun d’eux un rejeté.

Nous sommes, aujourd’hui, rassemblés au nom de Jésus et il est là , au milieu de nous. Il est là , aussi, dans ces hosties consacrées déposées sur la table, heureux de s’être fait à  nouveau pain de vie pour pouvoir venir en nous, o๠il amènera avec lui ce Père désolé de ce que, à  son approche, les fils d˜Adam et d˜Eve, ordinairement se cachent.

Du simple fait que nous allons nous avancer pour recevoir l’hostie, nous allons agir comme des fils d’Abraham qui, à  l’appel de Dieu, répondait toujours « me voici »! Songeons un instant à  la joie que cette avancée va donner au Fils et au Père.

Puisse notre faim de le recevoir augmenter toujours pour nourrir cette joie.

Louis CONSTANS

Sur la paille

Luc 2 1-14
En ces jours-là , parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre. Ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinus était gouverneur de Syrie. Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à  la ville de David appelée Bethléem car il était de la maison et de la descendance de David. Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là , arrivèrent les jours o๠elle devait enfanter. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.

Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur s’approcha et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis dune grande crainte mais l’ange leur dit :
« Ne craignez pas car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui, vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà  le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable qui louait Dieu en disant : « Gloire à  Dieu au plus haut des cieux et paix sur terre aux hommes qu’il aime. »

Sur la paille

De Nazareth à  Bethléem, il faut prévoir
Quatre jours à  pied ou sur un âne bâté,
Pour être recensés
Au pays de Jessé.
Marie, courbaturée, sur le point d’enfanter,
Doit subir les cahots du matin jusqu’au soir.
Mais au bout du chemin, c’est une vraie pagaille.
Il n’y a pas de place dans la salle commune
Pour poser le bébé. Le berceau de fortune
Est une mangeoire garnie d’un peu de paille.
Le patron, charitable,
Invite la famille à  dormir à  l’étable.
A défaut de flambée,
La chaleur de l’âne réchauffe le bébé.
Au milieu de la nuit, des bergers, dans les champs,
Qui gardaient leur troupeaux, virent leurs vêtements
Soudain enveloppés d’une lumière étrange.
Puis, du ciel, retentit un concert de louanges
Cependant qu’une voix clamait : « N’ayez pas peur,
Je viens vous annoncer une bonne nouvelle :
Ce jour, à  Bethléem, vous est né un Sauveur.
C’est le Messie promis, c’est Dieu qui se révèle. »

Si on avait vécu au temps de ces rabbins,
Qu’aurait-on dit ? Qu’aurait-on fait ? Aurait-on cru
Que le Messie promis n’était que ce bambin
Couché sur de la paille et prénommé Jésus ?

Les exilés de luxe

Depuis la création du trafic planétaire
Des Terriens ont bâti dans des quartiers lunaires
De grands laboratoires
Sur de hauts promontoires.

De nouveaux troglodytes,
A coup de dynamite,
Occupent leurs week-ends à  nicher leur cabine
Dans le flanc d’un cratère ou sous une colline.

On a même couvert en faveur des croyants
Des amphithéâtres naturels mais payants
Dont le piton central
Forme un autel astral.

Au cours de son offrande
Le prêtre recommande,
A l’amour du Seigneur, les régions de la Terre
Que les fidèles voient par un grand oculaire.

Et l’arène s’emplit d’une douce musique
Tandis que vers le ciel s’élève un chant lyrique.
Mais, parmi les témoins,
Nul ne voit d’aussi loin
Les visages étiques
Des enfants faméliques
Ni l’oeil de leurs parents, creusé par la rancune.
C’est vrai, que tous ces gens, là -haut, sont dans la Lune.

In Vino Veritas

Jean 2 1-10
Il y avait un mariage à  Cana en Galilée. La mère de Jésus était là . Jésus aussi avait été invité au repas de noces avec ses disciples. Or, on manqua de vin ; la mère de Jésus lui dit :
« Ils n’ont pas de vin. »,Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Sa mère dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu’il vous dira. »

Or, il y avait là  six cuves de pierre pour les ablutions rituelles des Juifs ; chacune contenait environ cent litres. Jésus dit aux serviteurs : « Remplissez d’eau les cuves. »
Et ils les remplirent jusqu’au bord. Il leur dit : « Maintenant, puisez et portez-en au maître du repas. »
Ils lui en portèrent. Le maître du repas goà»ta l’eau changée en vin. Il ne savait pas d’o๠venait ce
vin mais les serviteurs le savaient, eux qui avaient puisé l’eau. Alors le maître du repas interpelle le
marié et lui dit : « Tout le monde sert le bon vin en premier et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à  maintenant. »

In vino veritas

C’est toujours la fête lorsque l’on se marie :

On mange, on boit, on chante, on s’amuse et on rit.

Mais pourtant, ce jour-là ,

Quelque part à  Cana,

Un maître de maison se rend compte soudain
Qu’il n’y a plus de vin
Pour la fin du repas.

Voyant son embarras,
Une femme, effacée parmi les commensaux,
Murmure à  l’oreille de son fils quelques mots.
Jésus, c’était son nom,

un peu à  contrecoeur,
Parvient jusqu’au cellier, demande aux serviteurs
De remplir d’eau les cuves
Servant de maniluves.

Le traiteur n’en croit ni ses yeux ni ses papilles.

Buvant à  la santé de toute la famille,
« Mes félicitations, dit-il aux deux mariés,
Qu’il traite plaisamment de petits cachottiers,
Jamais je n’ai goà»té un vin si bouqueté. »

Jésus, incognito, rejoint les invités.

Un pharisien, choqué, eut quelques suspicions
A l’égard de celui qui fit remplir de vin
Des cuves destinées par le grand sanhédrin
Aux seules ablutions.

Jésus a choisi ce moment
Pour passer de l’Ancien
Au Nouveau Testament,
Au nez des pharisiens.

Baiser Lamourette à  la Mutualité

Lundi 19 novembre, des catholiques de diverses sensibilités se sont retrouvés à  la Mutualité pour envisager l’avenir et essayer de trouver un minimum de consensus.

Plusieurs centaines de fidèles étaient présents, pour la plupart traditionalistes.

On a pu s’étonner de voir Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire La Vie assis non loin de Bruno Larebière, rédacteur en chef du magazine d' »extrême droite «  Choc du mois « .

Georges Hourdin s’en est certainement retourné dans sa tombe.

Certaines complaisance ont portée de reniement.

Au fil des débats, beaucoup ont avancé l’idée d’une sorte de réconciliation fraternelle de toutes les tendances du catholicisme.

Au nom de quel Evangile?

La question demande a être posée. Nous regrettons vivement la présence irénique de M. Denis. Les combats que mènent M. Larebière et l’abbé Laguérie, dans le sens du Front National, tout comme Daniel Hamiche, un journaliste très connu dans les milieux intégristes sont-ils acceptables pour un catholique d’ouverture?

Que peut signifier un voisinage artificiel faussement fraternel lorsque les convictions profondes de l’un constituent la négation des convictions de l’autre?

Nous sommes en plein dans l’illusion, sinon dans la duperie réciproque (surtout à  l’avantage des intégristes, notons-le).

Jean-Pierre Denis s’st fait racoleur. Pour lui, ‘une des difficultés du christianisme dans la société est l’excès de tiédeur’ A décrypter : je suis d’accord avec vous pour une croisade intégriste. Il y a quelque chose de méprisable dans cette façon de mettre ainsi son drapeau dans la poche au bénéfice d’une illusoire réconciliation d’un instant.

On songe à  un épisode connu de la Révolution française. Adrien-Antoine Lamourette, parlementaire et ….évêque constitutionnel (comme par hasard) proposa un jour à  toute l’assemblée de s’embrasser cordialement en signe de réconciliation. C’était en 1792.

Deux ans plus tard, le cher homme périt la tête tranchée sur l’échafaud.

Cherchez l’erreur.

Retour sur l’affaire Milingo

L’archevêque zambien Emmanuel Milingo a fait scission et schisme en épousant une coréenne et en ordonnant quatre évêques.

Le Vatican est très inquiet et redoute qu’une telle initiative n’en suscite d’autres analogues.

Mgr Milingo a fondé l’association « married priest now » visant à  faire avancer la cause de prêtres mariés.

On sait que Benoît XVI serait sur le point de publier une exhortation apostolique relative au synode de l’an dernier sur l’eucharistie. Il trancherait la question en soulignant que l’ordination d’hommes mariés n’est pas la voie à  suivre pour endiguer la pénurie des vocations.

Cette règle finalement inhumaine du célibat crée bien des problèmes au sein du catholicisme africain (et ailleurs). Nombre de ses adeptes pourraient être tentés de lorgner du côté d’Emmanuel Milingo.

Le Pape soumet donc ce sujet aux chefs de dicastère de la Curie. Il s’agit de couper plus ou moins l’herbe sous les pieds aux prêtres et aux fidèles qui seraient tentés de se rallier à  l’archevêque africain.

Epine dans la chair du Vatican, cette affaire Millingo met le doigt sur deux plaies :

d’une part, l’échec d’une inculturation trop artificielle sans assomption véritable des traditions africaines (et autres);

d’autre part, l’inconvénient qu’il y a à  nier la nature humaine, qui implique un besoin d’aimer, avec une âme et un corps.

Le dossier est très loin d’être clos.

Histoire parallèle

Toute ressemblance avec un affaire récente révélée par Golias … n’est pas fortuite et donc pas le fruit du hasard.

Un énorme scandale sexuel éclabousse le président de la NAE (National Association of Evangelicals)

Qui veut faire l’ange fait la bête?

Le très médiatique Ted Haggard, pasteur playboy d’une des plus grandes ‘mega churches’ américaines (New Life Church, à  Colorado Spring) est au centre de ce qui est en passe de devenir un des plus gros scandales sexuels de l’histoire évangélique américaine.

Il y en a pourtant eu d’autres (affaires Swaggart et Bakker dans les années 1980), mais cette fois-ci on franchit un seuil. La raison est simple. Tandis que les épigones de Swaggart étaient des second couteaux, celui qui est impliqué cette fois-ci est une figure centrale du monde évangélique américain. Il s’agit en effet du médiatique pasteur charismatique Ted Haggard, président (jusqu’à  ce week-end) de la puissante National Association of Evangelicals (NAE).

L’affaire a anticipée sur internet, la divulgation d’une enquête conduite par l’hebdomadaire Newsweek, en kiosque le 13 novembre 2006. Ce qu’on y apprend va secouer de stupeur au moins 70 millions d’évangéliques américains, et constitue un véritable séisme pour la Nouvelle Droite Chrétienne.

Cette dernière, en vue des élections Mid-term, avait beaucoup misé sur le repoussoir des droits homosexuels pour mobiliser en faveur des républicains un électorat évangélique devenu plus réticent face à  G.W.Bush.

Les faits

Le beau, le puissant, le charismatique Ted Haggard, à  la tête d’une ‘mega church’ très médiatisée de 14.000 fidèles, président influent de la National Association of Evangelicals (NAE), marié et père de cinq enfants, est accusé de s’être drogué, et d’avoir entretenu contre rémunération une relation homosexuelle de trois ans avec un masseur gay de Denver, Mike Jones. Il aurait agi sous un nom d’emprunt, « Art », mais son partenaire occasionnel l’a reconnu par hasard, un jour o๠il regardait une émission évangélique à  la télévision.

Haggard a d’abord nié connaître Mike Jones, mais ce dernier a pu produire des pièces (notamment des courriels vocaux) qui ont fait s’effondrer la défense du pasteur. Il semble que la consommation régulière de drogue (methamphetamine) était liée, chez Haggard, au souci d’améliorer la performance sexuelle lors de ses rencontres avec Jones.

Il faut savoir qu’Haggard se distingue par un zèle évangélique transfrontière (il a notamment été invité en France, pour parler à  la megachurch controversée de La Porte Ouverte Chrétienne, à  Mulhouse), un engagement appuyé en faveur de la politique de Bush, du libre échange économique et des valeurs morales conservatrices. Entre autres, il prône la sévérité répressive contre l’usage de la drogue, et dénonce l’homosexualité comme contraire à  la volonté de Dieu.

En 1996, il s’était opposé à  la Gay Pride en disant :  » Ce serait comme organiser un Murderer Pride Day  » (jour de la fierté des assassins, entretien avec The New Republic). Haggard s’est pourtant montré de plus en plus modéré sur le thème de l’homosexualité, insistant notamment pour un élargissement de l’agenda évangélique aux questions d’environnement. Il reste que dans le film Jesus Camp, dont j’ai déjà  parlé dans une note précédente, Haggard est montré en train de prêcher contre l’homosexualité.

Et voilà  cet homme, respecté par des millions d’évangéliques, pris la main dans le sac, ou presque. L’histoire de l’arroseur arrosé… Les preuves semblent suffisamment accablantes pour qu’il ait été démis de ses fonctions de pasteur par son église  » pour conduite sexuelle immorale « , et mis au ban de la NAE. Que penser d’une telle affaire? Trois réflexions me viennent à  l’esprit.

Interprétation

Ce type d’affaire n’est pas représentatif des élites évangéliques dans leur ensemble, ni exclusivement propre à  ces milieux.

On peut trouver des cas similaires partout, y compris en France (récente affaire Tony Anatrella).

Mais ce qui rend ce scandale spécifique est ce cocktail explosif: les très hautes responsabilités de l’intéressé, combinées avec une distorsion particulièrement forte entre des obsessions rhétoriques anti-homosexuelles, et la pratique en sous-main de ce qu’on condamne publiquement. Il me semble qu’on est en face, non pas d’un cas d’hypocrisie, mais plutôt d’une forme particulière de schizophrénie (dissociation mentale) induit par le contexte d’Haggard.

Il existe des conjonctures (et c’est le cas actuellement aux Etats-Unis) o๠des milieux évangéliques peuvent se laisser dominer par un discours moralisateur et légaliste, qui en vient à  occuper la première place (parfois à  des fins clairement électorales). Dans cette configuration, la pression à  la conformité et à  l’orthopraxie (conduite conforme aux normes prescrites) devient si forte qu’elle peut produire, par réaction, des échappatoires transgressifs. A force de verrouiller la cocotte minute, elle explose… et fragmente l’individu (la vieille histoire de Dr Jekyll and Mister Hide).

Cette affaire rappelle aussi le revers de la médaille des pasteurs starisés. L’explosion des megachurches a mis en avant des pasteurs-vedettes sous la pression constante de l’image, de la caméra, sans espace privé. Enjoints d’avoir toujours la pêche, d’arborer le sourire conquérant de celui dont le Tout Puissant bénit le ministère, ces pasteurs-stars donnent une image lisse et triomphante. Point n’est besoin de faire beaucoup de sociologie du charisme pour souligner qu’il existe fatalement un décalage entre cette image projetée sur écran géant et une réalité anthropologique moins rutilante, moins glamour, moins parfaite. Haggard, grande figure du mouvement charismatique états-unien, a beaucoup donné dans le culte de la performance et la starisation, en allant jusqu’à  commercialiser un best-seller signé de son nom, vantant le  » régime de Jérusalem  » (Jerusalem Diet), panacée biblique pour perdre du poids.

Habitué des plateaux télévisés, Haggard était devenu une icône médiatique. Au risque de recourir à  la drogue pour tenir le coup?

Enfin, ce scandale me fait penser aussi aux remarques pertinentes de Baptiste Coulmont sur le  » plastron de rectitude  » (breastplate of righteousness), expression reprise d’une étude sociologique de Laud Humphreys. La formule se réfère au texte biblique d’Ephésiens 6/14, qui appelle à  revêtir la cuirasse de la justice.

Commentant un autre scandale sexuel qui a poussé à  la démission un membre éminent du congrès républicain, Mark Foley, proche de George W.Bush, Baptiste Coulmont observe qu’une partie des déviants recourt, pour se protéger, à  ce « plastron ». En d’autres termes, ils se blindent publiquement par un discours ultra-conservateur et une surenchère à  la vertu, mais cela cache en réalité une propension aux penchants déviants.

J’ignore si cette hypothèse fonctionne ou non pour Ted Haggard, mais c’est une piste interprétative possible.

Une chose est sà»re: la vieille intuition de Pascal, suivant lequel  » qui veut faire l’ange fait la bête « , se vérifie décidément tous les jours: les  » anges  » ne sont pas toujours ceux qui matraquent à  longueur de journée des discours moralisants.

Après avoir commencé à  nier en bloc, Ted Haggard a fait lire une confession écrite lors du culte du 5 novembre 2006, dont le texte a été rendu public. En voici un extrait:

 » A cause de mon orgueil, j’ai commencé à  tromper ceux que j’aime le plus parce que je ne voulais pas leur faire du mal ou les décevoir… Le fait est que je suis coupable d’immoralité sexuelle. Et je prends la responsabilité de tout le problème. Je suis un tricheur et un menteur. Il existe une partie de ma vie si répulsive et sombre que j’ai dà» combattre avec cela tout au long de ma vie d’adulte… Les accusations qui ont été proférées contre moi ne sont pas toutes justes, mais une part suffisante est vraie pour motiver le fait que je sois charitablement et justement révoqué de mon ministère  » (Ted Haggard, 5 novembre 2006, trad. S.Fath).

Son épouse a également fait lire un message, o๠tout en se décrivant comme le coeur brisé, elle affirme qu’elle comptait maintenir son engagement d’une vie auprès de son mari, présentant l’épreuve comme le début d’une période de test.

Ted Haggard va être spirituellement suivi dans sa démarche de repentance et de restauration par les pasteurs James Dobson, Jack Hayford et Tommy Barnett.

Source : Publié dans Protestantisme évangélique

31° dimanche

Vous avez remarqué ce dialogue entre Jésus et ce scribe ?

Le scribe a suivi la discussion de Jésus avec les sadducéens sur cette question de casuiste.

Il est content, le scribe.

L’évangile dit : « le scribe voyant que Jésus avait bien répondu… »

Il se met sur pied d’égalité doctrinale avec Jésus pour lui poser à  son tour la question : « Quel est le premier de tous les commandements ? » Jésus répond comme un élève à  son maître. Le scribe approuve et félicite Jésus en le gratifiant du titre de Maître.

Il répète ce qu’a dit Jésus, y ajoutant la réflexion du prophète Amos(Am.5/21ss) : l’amour vaut mieux que tous les holocaustes et tous les sacrifices.

Le scribe connaît par coeur les commandements les lois et les coutumes que Yahvé a ordonnés. Il y en a même un paquet dans le Deutéronome, du chapitre 12 au chapitre 26, et même dans le chapitre 30. Certains valent même leur pesant de noisettes (De 24/11612°

Jésus lui tire son chapeau : « Tu as tout compris ! »

Chapeau à  nous aussi si les textes de ce dimanche nous ont fait comprendre que la première valeur c’est d’aimer.

Le Psaume 118 nous accompagne : « Rendons grâce au Seigneur car il est bon… »

30ème dimanche ordinaire

Bartimé, le fils de Timée, l’aveugle et Jésus, le fils de David : histoire d’une rencontre improbable entre un mendiant, assis au bord de la route, laissé de côté et un roi porté par une foule qui va lui faire une entrée triomphale à  Jérusalem (Mc 11) mais qui ne l’empêche pourtant pas d’entendre le pauvre qui dérange !

Cette foule et cet aveugle ont pourtant un comportement similaire : les deux jettent « leur manteau », la première sous les pieds du fils de David mais se sera pour l’abandonner un peu plus tard quand sa messianité ne correspondra plus à  ce qu’elle attendait ; notre aveugle s’en débarrasse, à  l’appel de Jésus, pour se lever, littéralement : ressusciter, d’un bond !

N’est-il pas déjà  sauvé puisqu’il appelle Jésus par son nom, interpellation rare dans les Evangiles, et « Rabbouni », mon maître !

De fait, il nous est dit, qu’après, « il suivait Jésus » : ce verbe qui qualifie le disciple est à  l’imparfait signifiant la durée… Mais après quoi : après avoir retrouvé la vue ? Ou après avoir été sauvé par sa foi ?

La question de Jésus, « Que veux tu que je fasse pour toi ? », curieuse à  première vue, prend tout son sens. Il l’invitait simplement à  parler, lui que l’on faisait taire ; a exprimer son désir, lui qui n’était autorisé qu’à  recevoir ce qu’on voulait bien lui donner. Or, s’il a été « appelé » par le Christ, c’est sa foi qui lui a non seulement rendu la vue mais donner le salut.

Pour voir le chemin ? Le jeune homme riche aussi avait été appelé mais il avait plus d’un manteau pour l’embarrasser et il reparti tout triste !

Et nous, bondirons-nous à  l’appel du Seigneur pour le suivre sur « le chemin » ?

Pascal Janin