Paul III (Alexandre Farnèse) 1534 – 1549

La carrière de Paul trois ne fut pas fortuite :
Très lointain descendant de Boniface huit,
Diplômé en lettres classiques,
Il est vite promu chez les ecclésiastiques.

Par l’entremise de sa sœur
Qui avait les faveurs
Papales, Alexandre, âgé de vingt-cinq ans,
Est nommé cardinal. Quelques années plus tard,
Il est père de quatre enfants,
Trois garçons et une fille, tous des bâtards
Qui vivent fort à l’aise
Dans le palais Farnèse*
Grâce à d’opulents bénéfices.
Après son élection, il promeut deux jeunots

Au rang de cardinaux :
C’étaient ses petits-fils.
A cette époque, népotisme
Rimait avec catholicisme.
Les quelques mécontents turent leurs remontrances
Parce que profitaient de ses munificences
De nombreux artistes et le peuple romain.
Sous l’égide de Charles-Quint,
Le pape convoque le Concile de Trente
Afin de dénoncer les idées protestantes :
On doit adhérer à ce que l’Eglise dit
Sur le péché originel* (Cf. Pavé insolent)
Et sur la présence réelle
De Jésus dans la sainte hostie.
Paul Trois était un personnage
A qui l’on doit l’abolition de l’esclavage*.
A qui les Jésuites savent encore gré
Du soutien décisif qu’il leur a apporté.
Parmi eux, il y eut l’austère Bourdaloue,
L’énigmatique Daniélou
Et Teilhard de Chardin*, un fervent visionnaire
Que d’aucuns ont jugé trop révolutionnaire.

Le palais Farnèse

Ce Palais est avant tout la demeure de la famille Farnèse voulue par Alexandre Farnèse, le futur Paul III, qui avait chargé l’architecte Antonio da Sangallo d’en concevoir les plans. Après la mort de ce dernier en 1546, lui succède Michel-Ange qui avait déjà remporté un concours pour la corniche monumentale qui domine l’édifice. Après Michel-Ange, les architectes Vignole et Della Porta poursuivent les travaux qui ne s’achèveront qu’en 1589.
Le chantier aura duré près de 75 ans.
Le Palais est passé aux descendants de Paul III : ses petits-fils Ranuccio (1530-1565), surnommé le « Le Grand cardinal ou cardinal Saint-Ange », et Alexandre « le Jeune » (1520-1589), le « Grand cardinal », puis son arrière-petit-fils Edouard (1573-1626), tous trois cardinaux, qui en complèteront la construction et la décoration.
En 1874, le palais devient le siège de l’Ecole française de Rome.
En 1911, il est vendu par la Maison des Bourbon de Naples au gouvernement français.
En 1936, l’Italie et la France signent une convention établissant que le gouvernement italien redevient propriétaire du palais mais en cède l’usage, pour une durée de 99 ans, au gouvernement français pour y accueillir l’ambassade de France en Italie

Abolition de l’esclavage

Le 3 juillet 1315, Louis X Le Hutin (Le querelleur)  publie un édit qui affirme que ‘Selon le droit de nature, chacun doit naître franc’. Officiellement, depuis cette date, ‘Le sol de France affranchit l’esclave qui le touche’.

L’ordonnance n’est cependant valable que dans le domaine royal et les serfs doivent
racheter leur liberté.

En  1537, Paul III condamna officiellement la pratique de l’esclavage. Compte tenu des conséquences économiques, cette dénonciation n’eut pas d’effet sur les souverains d’Occident. Avant même que l’Église ne prît position sur ce sujet, seul Charles-Quint avait interdit l’esclavage.  

Teilhard de Chardin (1881-1955)

Pour Teilhard, prêtre de la Compagnie de Jésus (autrement dit ‘jésuite’) matière et esprit ne sont que deux facettes d’une même réalité, ce qui lui permet de donner un sens à sa foi en l’incarnation du Christ : Cosmogenèse, biogenèse et noogenèse (formation de l’âme et de la conscience) sont les moments essentiels de l’évolution dans laquelle il voit une spiritualisation progressive de la matière, dont l’homme est la clé, et Dieu, le point initial et final, l’alpha et l’oméga.

Il s’oppose ainsi à la tradition chrétienne biblique et aux courants créationnistes qui ne tiennent pas compte des millions de données paléontologiques conservées dans de nombreux musées dans le monde.

Papes pères de famille
Félix III (483-492) : Veuf et père de deux enfants
Hormisdas (514-523) : Marié avant d’être ordonné ; père du pape Silvère
Adrien II (867-872) : Marié et père**d’une fille (1)
Serge III (904-911) : Avec lui, commence la période dite de la pornocratie. Selon le Liber pontificalis (2), avecMarozia,duchesse de Toscane, devenue sa maîtresse à l’âge de 13 ou 15 ans, il eut un fils, le futur pape Jean XI.

**
Jean XVII (1003) : Marié avant d’être pape ; père de trois fils qui devinrent évêques.
Clément IV (1265-1268) : Veuf, père de plusieurs enfants dont au moins
deux filles.
Félix V (1439-1449) : Veuf et père d’un fils ; dernier antipape
Innocent VIII (1484-1492) : Marié avant d’entrer dans ordres, père de
plusieurs enfants légitimes et illégitimes.
Alexandre VI Borgia (1492-1503) : Père, en tant que prêtre, de quatre
enfants qu’il eut en 1470 avec Vannozza Cattanei, une jeune patricienne
romaine, puis, en 1489, père de Laura avec sa maîtresse Giulia Farnèse.
Jules II (1503-1513) : Probable père de trois filles illégitimes quand il
était cardinal.
Pie IV (1559-1565) : Père supposé de trois fils illégitimes.

**
(1) : Information fournie par Claude Fleury, prêtre et historien, auteur d’une/‘Histoire ecclésiastique parue en 20 volumes entre 1691 et 1720.
(2) Le Liber Pontificalis (Livre des papes), constitué à Rome à partir du Ve siècle , est un catalogue chronologique de tous les papes et évêques de Rome.

Papes fils d’ecclésiastiques
Damase 1er (366-384) Fils de prêtre
Innocent I (401-417) : Fils du pape Anastase 1er
Boniface I (418-422) : Fils du prêtre Iocundus, selon « Liber pontificalis »
Félix III (483-492) : Fils du prêtre Félix
Agapet I (535-536) : Fils de Gordien, prêtre romain tué pendant une émeute du
temps du pape Symmaque.
Silvère (536-537) Filsdu pape Hormisdas, né avant l’ordination de son père.
Théodore I (642-649) : Fils d’un évêque palestinien.
Etienne VI (896-897) Fils d’un prêtre nommé Jean (selon la Tradition)
Jean XI (931-935) : Fils du pape Serge III
Jean XV (985-996) : Fils de Leo, un prêtre romain.

Pavé insolent

Dialogue entre Michel et Gabriel
à propos du péché originel
M «  Hormis les catholiques purs et durs qui prennent pour argent comptant le récit de la Genèse, le croyant lambda veut bien croire à une faute commise par Adam et Eve mais n’admet pas en être comptable.
G – D’ailleurs, un musulman ne croit pas au péché originel.
M – Mais toi, y crois-tu ?
G – Auparavant, laisse-moi te faire une confidence : Je ne supporte plus la recommandation du célébrant au début de chaque messe : ‘ Reconnaissons que nous sommes pécheurs.’ Si Dieu a fait l’homme à son image, qui est le fautif ?
M – Tu ergotes ! Tu sais très bien que tu as la liberté de choisir entre le bien et le mal.
G – Et alors ? Cela ne signifie pas que je suis nécessairement un pécheur ! Entre nous, cette histoire de pomme n’est pas crédible.
M – Tu adopterais donc la position du Coran ?
G – Sur ce point précis, pourquoi pas ? Je ne suis pas le seul chrétien dans ce cas-là. Dimanche dernier, un célébrant a changé la formule en disant  ‘Reconnaissons nos faiblesses…’.
M – Finalement, ça revient un peu au même.
G – Pas du tout ! Il n’est plus question d’être un pécheur-né mais un pécheur accidentel.
M – D’après toi, les goûts de luxe de Paul Trois sont-ils des exemples de faiblesses ?
G – En l’occurrence, le mot faiblesses me paraît fort faible. »

Avant le Big-Bang

Avant que le premier pollen ne se dépose
Sur le premier pistil …

Avant que le bouton ne s’épanouisse en rose
Aux effluves subtils …

L’amour était déjà prévu dans l’ADN
De la nature humaine.

Avant que les troupeaux ne trouvent les ruisseaux
Pour se désaltérer …
Avant que les bleuets et les coquelicots

N’éclosent dans les prés …

La conscience de l’Homme était en gestation

Depuis la création.

Avant que les fleuves ne sortent de leurs sources
Pour descendre à la mer …
Avant que la Terre ne commence sa course

A travers l’Univers …

L’émergence de l’Homme était préméditée
Depuis l’Éternité.

Avant que le soleil et les astres brillants
Ne constellent la nuit …
Avant que n’existent l’espace puis le temps
Qui rythment chaque vie …
L’homme était d’avance, depuis le premier jour,
Le reflet de l’Amour.

Adrien VI (Adriaan Floriszoon) 1522 – 1523

La tension est si forte entre les électeurs
Qui se querellent pour élire un successeur
A Léon dix que le conclave
S’est transformé en autoclave.

Pour prévenir une explosion catastrophique,
Ils se mettent d’accord pour élire un absent :
Le cardinal d’Utrecht, un austère Flamand,
Surtout versé dans les questions théologiques
Mais dont ils ignoraient le train de vie mesquin
Et qui avait l’appui du puissant Charles-Quint.
C’est la douche froide pour tous les habitués
Des honneurs, des banquets et des festivités.
Cet Adrien venu du nord
S’avère un rustre qui ignore
Tout des belles manières
Des œuvres littéraires
Et celles des Beaux-arts. Ses interlocuteurs
Sont des pauvres, des sans-grades, des gens qui souffrent.
Entre certains prélats et lui, c’est plus qu’un gouffre.
En vain, il essaiera d’être un réformateur
Face à un entourage
Depuis longtemps privilégié et qui enrage
De supporter un trouble-fête
Qui n’en fait qu’à sa tête.
La mort de ce pape incompris,
Qui s’y est sans doute mal pris,
Offre l’occasion aux Romains
D’avoir de meilleurs lendemains
Avec son successeur Clément
Qui tranche avec le rigoriste
Adrien puisqu’il fait revenir les artistes
Pour embellir le Vatican.

et leur époque

1522 Ignace de Loyola, gentilhomme et combattant basque blessé au siège de Pampelune, renonce au monde pour servir Dieu.
Luther publie sa traduction de la Bible en allemand.
Naissance de Joachim Du Bellay à Liré.
Après un voyage de trois ans, la Victoire, seul navire rescapé de l’expédition de Magellan, entre dans le port de Séville, bouclant ainsi le premier tour du monde.

Sous la conduite de Soliman Le Magnifique, les Turcs s’emparent de l’île de Rhodes qui depuis 1309 était gouvernée par les Hospitaliers
de Saint-Jean-de-Jérusalem.
Un tremblement de terre détruit partiellement la ville de Fès.

1523 Zwingli, réformateur religieux suisse, rejette l’autorité de Rome. Le conseil de Zurich prend son parti.
Gustave 1er Vasa chasse les Danois de la Suède et impose le luthéranisme.
Jacques Lefèvre d’Etaples, humaniste et savant français, vicaire de l’évêque de Meaux, publie sa traduction des Evangiles en français. Critiqué, harcelé, il s’exilera à Strasbourg. Deux ans plus tard, il sera mis fin au « Cénacle de Meaux ».

Pavé insolent

Dialogue entre Michel et Gabriel
M «  Un poème ne peut pas tout révéler. Savais-tu que le père d’Adrien était menuisier ?
G – Je l’ignorais … ça me rappelle quelqu’un !
M – Savais-tu qu’il était l’unique pape originaire des Pays-Bas et qu’il est l’un des rares papes à avoir gardé son nom de baptême * ?
G – Ma foi non ! Au fait, quel est le nombre de cardinaux néerlandais qui sont électeurs ?
M – Zéro !
G – Et bien, ce n’est pas demain la veille qu’on aura un pape hollandais ! En revanche je sais qu’Adrien, qui dédaignait les banquets, s’est contenté de quatre serviteurs au lieu de cent du temps de son prédécesseur !
M – Finalement, on se demande pourquoi il n’a pas été canonisé !
G – Je suppose que son ascèse n’a pas enthousiasmé les foules et encore moins ses contemporains prélats qui avaient des goûts de luxe.
M – Et alors ? Il est trop tard pour entreprendre les démarches ?
G – Tu sais bien que pour être canonisé il faut nécessairement que le candidat ait fait des miracles.
M – Donc, aujourd’hui, c’est une mission impossible. »

Papes et leur nom de baptême

Le premier pape qui a changé son prénom au moment de la nomination a été Jean II en 535. Son nom original était Mercurius ou Mercurialis qui faisait manifestement référence à un dieu de la mythologie.

Après Adrien VI, Marcel II en 1555 a été le dernier pape à garder son prénom de baptême.

Les papes… et leur époque : Jules II (Giuliano della Rovere) 1503 – 1513

Sur le site d’une ancienne carrière,
Le corps du Christ recouvert d’un linceul
A reposé sur une pierre
Pendant deux nuits entières, seul.
Une meule sans fioritures
A clos la sépulture.

Quinze cents ans après, dans la ville éternelle,
Que fait donc en ces lieux
Le guide des Hébreux,  
Imposant, solennel,
Au centre d’un vaste monument funéraire ?
C’est lui le gardien honoraire
D’un Jules qui avait la folie des grandeurs,
Stratège militaire et politique
Spécialiste en renversement d’alliances,
Et qui eut l’impudeur
De concevoir une grandiose basilique
Pour y être honoré dans la magnificence
Tandis que les tout récents gardes suisses*
Surveillent les abords pendant le Saint-Office.

Depuis que Jules II est arrivé au ciel,
Intervient-il pour convaincre tous les pontifes
D’être moins attachés aux valeurs matérielles ?
Quoi qu’il en soit, le résultat est négatif.

Dates clés
1503 Bayard s’illustre au pont de Garigliano.
1504 Le 26 novembre, Isabelle la catholique, reine de Castille, meurt d’un
cancer de l’utérus. Elle avait 53 ans.
1505 Martin Luther entre chez les
augustins.
1506 Mort de Christophe Colomb à 56 ans.
1507 Mort, à 31 ans, de César Borgia, fils du pape Alexandre VI.
L’île de Socotra est conquise par les Portugais.
1509 Naissance à Noyon de Jean Calvin.
1510 Albuquerque, navigateur portugais , s’empare de Goa, au sud de Bombay. La ville sera restituée à l’Inde en 1961.
1511 Parution de « L’éloge de la folie » d’Erasme.
1512 Copernic entreprend la rédaction de son œuvre, « Révolution des sphères
célestes ».
1513 Découverte de la Floride par Juan Ponce de León, conquistador espagnol.

Les Gardes suisses

La garde suisse pontificale est une force militaire chargée de veiller à la sécurité du pape et du Vatican. Elle a été créée le 22 janvier 1506 sur l’ordre du pape Jules II. Avec 110 militaires, elle est la plus petite armée du monde. A titre de comparaison, la Garde monégasque en compte 113.
Pour y être incorporé, il faut être :
– citoyen suisse et fidèle de la religion catholique et romaine
– jouir d’une réputation irréprochable
– être diplômé d’une école secondaire du deuxième degré
– avoir effectué l’école de recrues
– avoir entre 19 et 30 ans
– être célibataire
– mesurer au moins 1,74 mètre.
L’allemand est la langue officielle de la garde. Etre plurilingue est apprécié.

La Garde suisse est actuellement composée de 5 officiers, 26 sous-officiers,
1 chapelain avec le rang de lieutenant-colonel et 78  hallebardiers (une hallebarde mesure 2,30m).

Depuis2008, le commandant de la Garde est le colonel Daniel Anri. En novembre 2005, son prédécesseur, le colonel Elmar Théodor Mäder, a exclu que des femmes fassent partie de la Garde pour des raisons d’exiguïté de la caserne et de discipline.

Les gardes portent un uniforme de couleur rouge, jaune et bleu, dessiné par Michel-Ange.

Le 4 mai 1998,  vers 21 heures, le colonel Alois Estermann, promu la veille commandant de la garde, est retrouvé sans vie dans son appartement privé, aux côtés de son épouse également décédée. (Un officier supérieur a le droit d’être marié). Un troisième cadavre, celui de Cédric Tornay* (23 ans), vice-caporal de la garde y est également découvert.

Tous trois ont été tués d’une balle de pistolet appartenant au sous-officier. L’enquête a officiellement conclu à « un coup de folie » du jeune garde. Ce dernier, furieux de s’être vu refuser une décoration, aurait abattu son supérieur et son épouse avant de se suicider ; cette version officielle est cependant remise en cause par plusieurs témoignages relayés dans la presse qui a évoqué un dépit amoureux. Il est probable que cette tragédie doive être attribuée aux relations tendues qui régnaient à ce moment-là dans la « petite Suisse », comme l’attestent certains témoignages. En dépit des trois lettres qu’elle a adressées à Jean-Paul II, la mère de la jeune victime n’a pas réussi à obtenir l’ouverture d’une enquête auprès du Vatican.

Pavé insolent
Dialogue entre Michel et Gabriel

G «  Ce drame m’a bouleversé. J’ai lu un document sur Internet en
tapant Cédric Tornay. En voici un court extrait :
… le Saint Siège a démontré qu’il est tout sauf « la maison de verre » voulue par Jean-Paul II. Au Vatican, l’omerta est le principe, et le refus de collaborer efficacement avec l’extérieur, la règle. A proprement parler, l’état de la Cité du Vatican est hors la loi puisque aucune procédure n’est prévue qui garantisse la possibilité aux familles des victimes de saisir la justice vaticane ou d’obtenir d’elle le moindre accès au dossier. Et bien entendu, le Vatican qui prêche à travers le monde le respect des droits de l’homme se refuse toujours à ratifier la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et du citoyen et qui permettrait à toute personne dont les droits fondamentaux auraient été méconnus de s’adresser à la Cour Européenne.

M – La mère de Cédric Torrnay a peut-être le tort d’être protestante et divorcée. »

Alexandre VI (Rodrigo Borgia*) 1492 – 1503

Ce pape est un mécène
Qui a chargé Pinturicchio*
Artiste godillot
De le peindre à genoux en gros plan sur la scène
Du Christ ressuscité, glorifié par des anges.
En fait, il veut donner le change
En adoptant la posture d’un pénitent
Alors que c’est un charlatan
Qui a la prétention folle d’être un modèle
Pour ses contemporains.
Mais tout le monde sait que c’est un chaud lapin,
Epoux et amant infidèle.
Doublé d’un carriériste
Car il n’était même pas prêtre,
Avant d’être nommé cardinal par Calixte,
Son oncle. Depuis lors, il aima se repaître
De titres, de pouvoir, de fastes et de femmes.
Cinq ans avant sa mort, il se rendit infâme
En faisant pendre puis brûler sur un bûcher
Un moine rigoriste ayant pris la parole
En public pour lui reprocher
Ses débauches. Il s’appelait Savonarole*.

Les Borgia
C’est une famille italienne originaire de Borja en Espagne. Parmi ses membres, elle compte :
Alonso (1378-1458) qui fut le pape Calixte III.
Rodrigue (1431-1503), neveu du précédent, qui fut le pape Alexandre VI. (Cf. Poème).
César (1475-1507), fils du précédent avant que celui-ci ne soit pape. Après avoir été cardinal
à l’âge de seize ans, il abandonna la vie religieuse. (Il inspira ‘Le Prince’ à Machiavel).
Lucrèce (1480-1519), sœur du précédent, belle, cultivée, protectrice des arts et des sciences.
V. Hugo en a fait une courtisane criminelle dans son drame ‘Lucrèce Borgia’.
François (1510-1572), troisième général des jésuites. Il était le petit-neveu d’Alexandre VI.

Pinturicchio
Pinturicchio est un peintre italien né à Pérouse en 1454 et mort à Sienne en 1513. Il collabora avec Pérugin, un compatriote, à la décoration de la chapelle Sixtine. Grâce à son style fastueux, il se vit confier de nombreux travaux, notamment par Alexandre VI pour
décorer ses nouveaux appartements Borgia du Vatican et du Belvédère. A partir de 1502, il travailla à la cathédrale de Sienne pour le futur Pie III. Parmi ses tableaux de chevalet, il y a une série de Madones.
Savonarole
Savonarole est né à Ferrare en 1452 et mort à Florence en 1498. Entré chez les dominicains, il prêcha d’abord sans grand succès dans plusieurs villes d’Italie avant de devenir prieur du couvent San Marco de Florence en 1491 où ses prêches exhortaient les Florentins à la repentance. Après l’invasion de l’Italie par Charles VIII, il s’imposa comme leader politique remaniant la constitution, réformant les mœurs, notamment en supprimant les fêtes profanes, en dressant son ‘bûcher des vanités’ où disparurent de nombreux livres et de nombreuses œuvres d’art.
Son austérité intransigeante finit par diviser les Florentins en arrabbiati (enragés) ses adversaires et en piagnoni (pleureurs), ses partisans. Convoqué à Rome par Alexandre VI, il ne s’y rendit pas et fut excommunié. Les arrabbiati attaquèrent le couvent San Marco. Savonarole fut condamné à mort, pendu puis brûlé avec deux de ses partisans.

Pavé insolent
Dialogue entre Michel et Gabriel

M «  A la lecture du poème, le doute m’a envahi : Comment un pape a-t-il pu avoir un tel comportement ! ? Après consultation d’un dictionnaire, j’ai dû me rendre à l’évidence : Le fameux Alexandre a été promu cardinal à vingt-cinq ans ! Il a eu des enfants illégitimes avec Rosa Vannozza Catanei (mère de César et de Lucrèce Borgia) puis avec Julie Farnèse !
G – Ce n’est pas tout ! Quand il a appris la découverte de l’Amérique, il a soumis les conquêtes futures à l’évangélisation des indigènes et a délimité les zones d’influence espagnole et portugaise !
M – En somme il s’est comporté comme un stratège !
G – Et même comme un conquistador !
M – Comment ne pas comprendre les anticléricaux !
G – C’était l’époque de la Renaissance pour les lettres et pour les arts mais sûrement pas pour l’esprit évangélique ! »

Repères historiques
1492 Découverte de l’Amérique.
1493 Rome apprend la découverte de
l’Amérique.
Lucrèce Borgia se marie avec Giovanni Sforza âgée de 13 ans, union décidée par son père le pape Alexandre VI
et par son frère César Borgia.
1494 Alexandre VI contraint l’Espagne et le Portugal à s’entendre sur le partage des territoires du Nouveau Monde (traité de
Tordesillas).
1495 Charles VIII fait une entrée
spectaculaire à Naples.
1496 Naissance de Clément Marot à Cahors.
1497 Manuel 1er, roi du Portugal, ordonne
le baptême forcé des enfants juifs.
1498 Les Juifs sont expulsés de Navarre.
1499  Louis XII se marie avec la duchesse
Anne de Bretagne, veuve de Charles VIII.
1500  Les Portugais découvrent le Brésil.
1501 Crue du Rhône à Lyon.
1502 Christophe Colomb prend le Honduras
pour l’Indochine.
L’île Sainte-Hélène est découverte par les Portugais, le 21 mai, fête de Sainte Hélène.
1503 Selon Amerigo Vespucci, les terres découvertes par Christophe Colomb ne sont pas les Indes mais un nouveau continent.

Les papes … Benoît XIII ? (Pedro Martinez de Luna) 1394 – 1423

Qui connaît aujourd’hui l’histoire peu commune
De cet Aragonais nommé Pierre de Lune,
(En espagnol : Pedro Martinez de Luna)

Obligé de quitter le palais d’Avignon,
Où d’aucuns l’appelaient cardinal d’Aragon,
Pour s’installer dans celui de Peniscola* ?
C’était à l’époque du schisme d’Occident

Où deux papes voulaient régner en même temps,
L’un, Benoît Treize, anciennement Pierre de Lune,
L’autre, Boniface Neuf qui siégeait à Rome
Et qui bénéficiait d’une audience opportune.
Peniscola devint alors un oppidum.

Soutenu par quelques évêques,
Par quatre cardinaux et des moines copistes
Acharnés au travail dans leur bibliothèque,
Sans oublier un fort contingent de lampistes,
L’exilé résista pendant dix-neuf années,
Certain d’être le seul pontife légitime
Avant d’être perfidement abandonné
Par son ami intime,
Vincent Ferrier, son confesseur,
Qui fut aussi un célèbre prédicateur.
Usé, Benoît mourut à quatre-vingt quinze ans,
En martyr pour certains, pour d’autres en faisan.

Ce Benoît-là, selon les pères connaisseurs,
Fut un antipape. Trois cent trente ans plus tard,
Ressurgit Benoît* Treize. Etait-ce un avatar 
Pâle reflet de son lointain prédécesseur ?
On ne retient de lui qu’il fut mal inspiré
Au moment de choisir son collaborateur :
Le cardinal Coscia, réputé magouilleur.
Et déconsidéré.
La papauté est loin d’être une sinécure,
On la quitte incompris, vénéré ou obscur
Et parfois
Malgré soi.

… et leur époque
1395 A Nicopolis, ville bulgare sur le Danube, déroute des chrétiens commandés par Sigismond, roi de
Hongrie.
1399 Le maréchal de France Boucicaut contraint les Turcs à
lever le siège de Constantinople.
1400 Naissance de Gutenberg
et de Fra Angelico.
1404 Mort de Philippe II le Hardi, duc de Bourgogne.
Naissance de Gilles de Rais qui sera identifié à Barbe-Bleue.
1409 Concile de Pise qui dépose Grégoire XII à Rome et Benoît XIII en Avignon pour élire Alexandre Vqui sera jugé illégitime.
1414-1418 Concile de Constance qui mit fin au grand schisme d’Occident avec l’élection du pape Martin V en 1417.
1415 Défaite de l’armée française àAzincourt.
1417 Henri V, roi d’Angleterre s’empare de la Normandie.
1419 Assassinat à Montereau de Jean sans Peur par un proche du
dauphin Charles futur Charles VII.
1422 Mort de Charles VI et avènement de Charles VII.
1423 Naissance de Louis XI.
Vaincu par les Anglais et leurs alliés les Bourguignons,
Charles VII se replie à Bourges.
1428 Jeanne d’Arc se rend à Vaucouleurs pour rencontrer Robert
de Baudricourt, gouverneur du roi.
1429 Jeanne d’Arc délivre Orléans.

Peniscola


C’est une presqu’île rocheuse au nord de la Communauté valencienne en Espagne.
Son château se situe au point le plus élevé du rocher, à 64 m au-dessus du niveau de la mer. Construit par les Chevaliers du Temple sur les restes d’une ancienne casbah arabe, il a été aménagé par Benoît XIII pour en faire une résidence papale.

Les papes prénommés Benoît (Hormis Benoît XVI, Cf. Pavé insolent)

Ceux dont l’Histoire n’a retenu que leurs dates de pontificat
Benoît Ier (575-579)
Benoît II (684-685)
Benoît IV (900-903)

Ceux qui ont appartenu au clan Tusculum
Benoît VIII (1012-1024)
Benoît IX  de 1032 (il avait 20 ans) à 1044, puis du 10 mars au 1er mai 1045 et du 8 nov. 1047 au 16 juil. 1048. Il utilisa la force et l’argent pour se
maintenir au pouvoir. Il fut excommunié.
Benoît X (1058-1059), antipape.

Ceux qui ont été déclarés antipapes
Benoît X, cité plus haut
Benoît XIII (Cf. poème ci-dessus)
Benoît XIV (1425-1430) élu à Peniscola

Ceux qui ont été assassinés
Benoît VI, étranglé en 974.
Benoît XI, empoisonné en 1304.

Ceux qui ont eu affaire à des empereurs germains  
Benoît III (855-858) élu malgré l’opposition de Lothaire II et de Louis II le Jeune.
Benoît V, dit Grammaticus,  (964-965) déposé et arrêté par Othon Ier au profit de Léon VIII.
Benoît VI (972-973) qui, à la suite de la mort d’Otton Ier, son protecteur, fut interné par l’antipape Boniface VII et mourut étranglé en 974.
Benoît VII (974-983), du clan Tusculum ; il excommunia l’antipape Boniface VII et, avec l’appui d’Otton II, calma l’agitation féodale.
Benoît VIII (1012-1024) qui eut l’appui de l’empereur Henri II.

Ceux dont l’Histoire a reconnu des actions positives  
Benoît XI (1303-1304). Il réconcilia la papauté avec Philippe le Bel, amnistia deux frères Colonna impliqués dans l’attentat d’Anagni. Il quitta Rome pour s’établir à Pérouse où il mourut, empoisonné.
Benoît XII (1334 -1342). Après avoir fait démolir le palais épiscopal d’Avignon, il fit construire sur son emplacement une forteresse, selon ses goûts sobres d’ancien moine. Il s’opposa au népotisme.
Benoît XIII (1724-1730). Dominicain austère et humble, il interdit aux prêtres de se
prosterner devant lui mais il subit l’influence du peu scrupuleux cardinal Niccolo Coscia.
Benoît XIV (1740-1758). Il fut le pape de la conciliation. Il promut l’enseignement des sciences historiques et naturelles dans un sens libéral : il fit accorder l’imprimatur aux œuvres de Galilée.
Benoît XV (1914-1922) Il fit preuve d’une grande activité humanitaire et diplomatique mais avec un sens de la neutralité contesté par certains. (Cf. plus loin, le poème qui lui est consacré).

Pavé insolent
Dialogue entre Michel et Gabriel

à propos de Benoît XVI
M «  Benoît XVI a dit qu’il avait choisi son prénom en souvenir d’abord de Benoît XV qui a guidé l’Église durant la Première Guerre mondiale, ensuite de Benoît de Nursie (480-547) fondateur de l’ordre des bénédictins.
G – Mais peut-être aussi en l’honneur du 16 avril, jour de sa naissance qui est aussi la fête de St. Benoît.
M – Peut-être ! Mais ce qui me chiffonne, c’est qu’il n’ait pas tenu compte, d’une part des casseroles qui traînent aux basques de Benoît IX et, d’autre part, des trois antipapes qui portent le même prénom !
G – Cela confirme ce que tous les deux on pense des inconditionnels de la Tradition. Pour eux, elle est la somme exclusive de toutes les contributions qu’ils jugent positives venues des conciles, des papes, des dogmes et, parallèlement, l’omission volontaire et hypocrite des cruautés perpétrées durant les Croisades, des ravages de l’Inquisition, de la condamnation de Galilée, de la vie de débauches de certains papes du népotisme et de la simonie, de l’antisémitisme de plusieurs papes
M – … et la liste n’est pas close. Mais que penses-tu de sa référence à Benoît de Nursie* ?
G – Il devrait s’inspirer de sa sobriété vestimentaire. D’autre part, c’est fort louable pour un théologien d’être à la recherche de Dieu dans la vie quotidienne à condition de prendre en compte les réalités terrestres auxquelles ses contemporains sont confrontés.
M – Je crois qu’il est en train d’évoluer. Il est prêt, paraît-il, à permettre à des divorcés remariés de communier.
G – Eh bien, formons des vœux ! »

* La Nursie se trouve en Italie centrale.

Les papes … Urbain VI (Bartolomeo Prignano) 1378 – 1389

L’enfer* existe-t-il ?
Le démon a-t-il pris la forme d’un reptile ?

Mais comment peut-on jouir du bonheur dans les cieux
Aux côtés d’Urbain VI, un pape sanguinaire,
Qui a fait torturer ses propres dignitaires

Avant de les faire tuer comme des factieux ?
Ce pape criminel
A-t-il sa place au ciel* ?
Qu’a-t-il pu se produire à l’instant de sa mort
Dans son âme en apesanteur ?
Un face à face avec Jésus le Rédempteur
Lui offrant la chance d’éprouver du remords ?
On va dire qu’Urbain repentant l’a saisie
Au risque de frapper les prudes d’aphasie.

Clément VII (Robert de Genève) 1378 – 1394

Clément VII vaut-il mieux qu’Urbain VI, son rival ?
La peste vaut-elle mieux que le choléra ?
Question sans intérêt à l’âge médiéval
Où le glaive alternait avec le goupillon.
C’est ainsi que Robert de Genève, légat
De Grégoire dont il sera le successeur,
Se chargea d’occire quatre mille agresseurs
Qui voulaient déloger le pape d’Avignon.
Mais Grégoire, poussé par la dominicaine
Catherine de Sienne,
Se résolut enfin à revenir à Rome
Fêté par la foule sur un ancien forum.
A sa mort, les Romains,
Voulant un pape Urbi, choisirent donc Urbain
Qui combattit Clément élu grâce aux Français
Dans la Cité des papes.
Mais au cours du procès
C’est Clément VII qui fut déclaré l’antipape.
Ce fol antagonisme
Qui produisit le Grand schisme
Fit tourner en bourriques
Des brebis catholiques.

… et leur époque

1378 Début du grand schisme d’Occident. Les cardinaux annulent l’élection à Rome d’Urbain VI et désignent Clément VII qui retourne en Avignon.
1380 L’Islande est rattachée au Danemark. Mort de Du Guesclin et de Charles V.
Avènement de Charles VI.
1382 Révolte des Maillotins, nom donné aux Parisiens armés de maillets pour protester contre un nouvel impôt indirect.
1384 La Flandre devient bourguignonne.
1385 Le roi Jean 1er du Portugal bat les Castillans à Aljubarrota et assure l’indépendance de son pays.
1389 La Serbie est vaincue par la Turquie (l’empire Ottoman). Boniface IX est pape à Rome. (Cf. Le pape suivant)
1392 Charles VI est victime d’un accès de folie dans la forêt du Mans.
1393 Au cours du bal des ardents, Charles VI faillit mourir brûlé par des torches tandis que cinq seigneurs périrent.
1394 Charles VI décrète l’expulsion de tous les Juifs de France.

Pavé insolent – Dialogue entre Michel et Gabriel

M – « Crois-tu à l’existence réelle de l’enfer ?
G – Le fait que tu aies précisé ‘réelle’ en dit long sur ton point de vue.
M – A vrai dire, je suis perplexe. Selon les évangiles, le Christ, à plusieurs reprises, parle du feu de la géhenne dans lequel seraient jetés toux ceux qui, conscients de leurs erreurs, refusent l’amour du Père au dernier moment de leur existence terrestre. Pourquoi ses menaces ne seraient-elles pas uniquement destinées à faire peur ? Qui, face à la mort, peut résister au témoignage d’amour de son Père ? D’autre part, quel élu au ciel peut être heureux de savoir que son frère ou son ami ou son voisin est condamné à souffrir moralement pour l’éternité ? Si le Christ est venu pour sauver les pécheurs, alors il aurait failli à sa mission ?

En conclusion, à mon avis, l’enfer est virtuel.

G – Tu ne peux pas forcer les gens à être heureux s’ils s’entêtent à ne croire ni en Dieu, ni en son amour.
M – Et bien, si son Fils a accepté de mourir, c’est précisément pour sauver ces gens-là.
G – Mais dis-moi, il y a donc eu deux papes en même temps : l’un à Rome, l’autre en Avignon ! C’est un pontificat bicéphale !
M – Oui, à cette différence près que chacun dénonce l’autre.
G – Que pensent les traditionalistes de cette rivalité ?
M – Il faut leur poser la question ! »

Les papes … Clément V (Bertrand de Got) 1305 – 1314

Cela fait presque un an que Benoît onze est mort
Et le siège de Saint-Pierre reste vacant.

Cardinaux italiens et cardinaux français
Ne sont pas parvenus à se mettre d’accord
Chacun voulant élire un pape de son clan.

Sous la pression de cavaliers aragonais
Ils élisent finalement Bertrand de Got,
Archevêque en poste à Bordeaux
Mais qui refusera d’être sacré à Rome
Devenue à ses yeux un vrai capharnaüm.

Sous peine de passer pour un prélat rebelle,
Bertrand se résigne : son intronisation,
Selon la volonté de Philippe Le Bel,
Aura bien lieu dans l’église St. Just à Lyon.
Car à cette époque les princes de ce monde
Manœuvraient pour élire un pape qui abonde
Dans leur sens, par exemple
Pour dissoudre l’Ordre du Temple *

Que reste-t-il de lui
Chez les fidèles d’aujourd’hui ?
Sa soumission au roi ? Le sort des Templiers ?
Rien ? Peut-être certains n’ont-ils pas oublié
Que ce fut le premier des papes d’Avignon*
Que discrédite une certaine tradition.

… Et leur époque …

1305 Le nationaliste William Wallace est écartelé à Londres pour s’être opposé à Edouard 1er.
1306 Philippe le Bel expulse les Juifs de France. Dante commence à écrire ‘La Divine Comédie’.
1307 Philippe le Bel fait arrêter les Templiers et confisque leurs biens.
1308 Albert 1er de Habsbourg est assassiné par son neveu.
1313 Mort de Guillaume de Nogaret.
1314 Mort de Philippe le Bel. Le templier Jacques de Molay est livré aux flammes d’un bûcher.

L’Ordre du Temple (ou des Templiers)

L’ordre à la fois religieux et militaire a été créé en 1119 par Hugues de Payns et Godefroi de Saint-Amour pour la défense des pèlerins en Terre sainte. Sa règle fut rédigée par saint Bernard de Clairvaux. Des dons l’enrichirent et il se dota d’une organisation internationale. Chacun des établissements, au nombre de 9000, était une seigneurie, dite commanderie. L’ordre servit de banque aux pèlerins et même aux rois. En 1191, Robert de Sablé acheta Chypre à Richard Cœur de Lion mais la population s’étant révoltée, il dut la revendre à Gui de Lusignan.
Après la perte de la Terre sainte, l’ordre se retira en Europe. En butte à de nombreuses hostilités parce qu’il ne relevait que du pape, il fut, à partir de 1307, persécuté par Guillaume de Nogaret et Philippe le Bel qui l’accusa de corruption et qui pressa Clément V de le dissoudre. Ses biens immobiliers furent donnés à l’Ordre de Malte. Plusieurs templiers, dont Jacques de Molay, grand maître de l’ordre, moururent sur le bûcher.

Les papes d’Avignon

Clément V (1305 – 1314) (Cf le poème ci-dessus)
Jean XXII (1316 – 1334)  
Alias Jacques Duèse ou D’Ossa. Il organisa la Curie et fit faire des aménagements pour adapter le palais épiscopal aux nécessités de la cour pontificale.
Benoît XII (1334 – 1342)
Alias Jacques Fournier, cistercien, ancien abbé de Fontfroide dans les Corbières. Après avoir fait démolir le palais épiscopal, il fit construire sur son emplacement une forteresse, vaste et austère.
Clément VI (1342 – 1352)
Alias Pierre Roger de Beaufort, bénédictin, ancien archevêque de Sens dont les exigences et les goûts étaient à l’opposé de ceux de son prédécesseur. Jugeant le palais indigne de la majesté pontificale, il en fit bâtir un second juxtaposé, « le Palais Neuf », de style plus fleuri. En 1348, il acheta la ville d’Avignon à la reine Jeanne de Naples, comtesse de Provence.  (Cf. Pavé insolent)
Innocent VI (1352 – 1362)
Alias, Etienne Aubert. Il s’employa à pacifier les territoires italiens du Saint-Siège mais renonça à retourner à Rome. Il réduisit les dépenses somptuaires de ses prédécesseurs.
Urbain V (1362 – 1370)
Alias Guillaume de Grimoard, bénédictin, ancien abbé de Saint-Victor de Marseille, il fit aménager des jardins autour du palais. En 1367, il rétablit à Rome le Siège Apostolique, mais, trois ans plus tard, les luttes des factions romaines le contraignirent à revenir en Avignon. Il est le seul pape d’Avignon à être reconnu bienheureux.
Grégoire XI (1370 – 1378)  
Alias Pierre Roger de Beaufort, neveu de Clément VI. Son principal souci fut de rétablir le siège de la Papauté à Rome, ce qu’il réalisa en 1376.
Clément VII (1378 – 1394), antipape.
Alias Robert de Genève. Elu par les cardinaux mécontents d’Urbain VI, il obtint la reconnaissance de la France, de l’Ecosse, de la Savoie, de l’Autriche puis de l’Aragon et de la Navarre.
Benoît XIII (1394 – 1423), antipape
Alias Pedro de Luna. A la suite d’un désaccord avec les cardinaux et le roi de France, il est contraint de partir d’Avignon après avoir subi un éprouvant siège de cinq ans. Il se réfugie dans la forteresse de Peniscola, au royaume d’Aragon. Il mourra à 95 ans, persuadé d’être un pape légitime.
Clément VIII d’abord antipape (élu en 1423 mais se soumit en 1429).
Benoît XIV (1425-1430) antipape élu par un seul cardinal à Peniscola contre Clément VIII.

Pavé insolent

Dialogue entre Michel et Gabriel

M – Certains papes se comportent comme de riches et puissants monarques en se faisant construire de somptueuses résidences sous prétexte que rien n’est trop beau ni trop coûteux pour loger le représentant de Dieu sur Terre.
G – Oui et en oubliant évidemment la sobriété vestimentaire de Jésus et la rusticité de ses hébergements. Mais, tout va bien, puisque d’autres papes ont eu des goûts plus modestes ! Alors, ceux-ci compensent ceux-là !
M – Tu plaisantes, j’espère ! Tous les papes sans exception devraient faire preuve de simplicité vestimentaire.
G – Arrête ! Je vois mal Benoît XVI vêtu d’une bure et chaussé de sandales !
M – Non mais je lui reproche de s’être fait faire des mules sur mesure et rouges comme le sang des martyrs. Ce sont des exigences que j’assimile à des caprices onéreux, indignes d’un ecclésiastique
qui par ailleurs n’hésitera pas à vanter l’esprit de pauvreté. »

Célestin V (Pietro del Morrone)

5 juil. 1294 – 13 déc. 1294
Felipe, le berger, écarquille les yeux
Devant ce curieux scénario :
Un homme distingué, légèrement boiteux,
Entre dans la grotte de San Onofrio
Où depuis peu s’est réfugié
Un modeste ermite ne cessant de prier.

Mais le plus étonnant
Est, qu’après un peu plus d’une heure,
Surgit de la grotte l’étrange visiteur
Qui, joyeux, lance : « A très bientôt, mon révérend ! »
Le cinq juillet suivant, le mystique vieillard
Acceptait humblement de recevoir la tiare.

Après avoir été vacant
Pendant plus de deux ans,
Le siège de Pierre reçut donc Célestin
Qui, provisoirement, mit fin
Aux démêlés entre deux clans antagoniques :
Le romain et le germanique.

Il ne suffit pas d’être pieux
Pour avoir l’art de gouverner.
Sur les incitations d’un prélat ambitieux,
Le canoniste Caetani
L’influant en catimini,
Célestin Cinq jugea bon de démissionner.
Le conseiller devint le pape Boniface*.

Pour éviter que Célestin, dolent, ne fasse
D’embarrassantes confidences,
Le nouveau pontife le mit en résidence
Forcée où il mourut à peine un an plus tard.

Ce pape humble et discret, relégué au placard
Pour n’avoir pas su s’imposer,
Fut promptement canonisé.
C’est lui Saint Pietro del Morrone,
Fêté le dix-neuf mai jadis
Mais, de nos jours, jamais invoqué dans les prônes.
De profundis !

A la même époque
1294 Guillaume de Nogaret, professeur de droit romain à Montpellier depuis 1287, est au service du roi de France Philippe le Bel et devient juge-mage de la sénéchaussée de Beaucaire.   Quelques années plus tard, il sera à l’origine de l’arrestation des Templiers.

Pavé insolent
Dialogue entre Michel et Gabriel
M «  En somme, dans le milieu ecclésial, on se comporte comme dans le milieu politique : Pousse-toi de là que je m’y mette !
G – On peut se demander si ce pauvre Pietro n’a pas été choisi uniquement parce qu’il était vieux et sans doute inoffensif.
M – ça me rappelle l’élection de Jean XXIII dont certains pensaient
qu’en raison de son âge avancé, ce serait un pape de transition qui ne ferait pas de vagues.
G – En fait, Boniface VIII a montré à quel point un pape peut ne pas être chrétien.
M – Ni même tout simplement humain ! 
G – Crois-tu en la justice immanente ?
M – Pas trop. Pourquoi cette question ?
G – Parce que Boniface est mort des suites du traumatisme qu’il a subi lors de l’attentat d’Anagni sous la direction de Guillaume de Nogaret, garde du sceau royal. Il faut dit qu’il avait projeté d’excommunier Philippe le Bel, rien que ça !
M – Où se trouve Anagni ?
G – Dans le Latium, non loin de Rome.
M – En somme, tu penses que les brimades qu’on lui a fait subir ont un lien avec le triste sort qu’il a infligé à son vieux prisonnier, quelques années plus tôt.
G – J’ignore s’il y a un rapporte de cause à effet mais le rapprochement entre les deux situations est troublant. »

Grégoire X (Tebaldo Visconti) 1271 – 1276

Pendant plus de trois ans
Le siège de Saint Pierre est demeuré vacant*.
A Viterbe, on a eu de l’imagination
Pour débloquer la situation.

Bien qu’il ne fût ni cardinal ni même prêtre,
Tebaldo était archidiacre
A Liège où il aurait préféré ne pas être
Au point de rejoindre les Croisés de Jean d’Acre
Loin des frictions entre la France et l’Italie
L’une et l’autre exigeant un pape du pays.

Hélas ! Tebaldo doit quitter la Terre Sainte,
Les cardinaux l’ont pressenti pour mettre un terme
À leur mésentente. Des gardes les enferment
Dans le palais muré qui devient une enceinte
Où ils devront se contenter d’eau et de pain
Tant que le successeur du feu pape Clément
Ne sera pas élu.
Et pour permettre à l’Esprit-Saint
D’œuvrer, ils enlèvent le toit du bâtiment*

La petite histoire ne dit pas s’il a plu
Ou si des cardinaux ont souffert d’une angine.
Depuis, on a construit la chapelle Sixtine.

Qu’a retenu l’Histoire
Du pontificat de Grégoire ?
Deux échecs : la Terre Sainte non reconquise
Et l’union des Eglises
D’Orient et d’Occident tellement éphémère
Qu’elle a pris depuis lors l’aspect d’une chimère.

… et leur époque

1271 Philippe III le Hardi, fils de Louis IX mort en 1270 à Tunis, est sacré roi de France à Reims le 15 août.
1271-1272 Philippe III incorpore au domaine royal l’héritage de son oncle Alphonse de Poitiers : le comté de Toulouse, le Poitou et une partie de l’Auvergne.
1274 Philippe III cède au pape le comtat Venaissin qui comprend entre autres Apt, Avignon, Carpentras, Cavaillon, Orange.

Marie de Brabant épouse Philippe III. Elle succède à Isabelle d’Aragon, mère de
Philippe IV le Bel, décédée au retour de la croisade en 1271.
A neuf ans, Dante, alors âgé de 9 ans, rencontra Béatrice, dame italienne qui lui inspira un amour durable. Il la célébrera dans ‘La Vita nuova’.

Vacance du Saint-Siège supérieure à douze mois

Remarque : Aux yeux de certains puristes, le siège de Pierre n’est jamais vacant puisque l’Esprit-
Saint veille en permanence sur le fonctionnement de l’Eglise.
304, mort de saint Marcellin ; élection de saint Marcel, 308
1241, mort de Célestin IV ; élection d’Innocent IV, 1243
1268, mort de Clément IV ; élection de Grégoire X, 1271
1292, mort de Nicolas IV ; élection de Célestin V, 1294
1314, mort de Clément V ; élection de Jean XXII, 1316

Viterbe


Viterbe   se trouve dans le Latium au nord-ouest de Rome.

Papes ayant vécu à Viterbe

Alexandre IV (1254-1261)
Il préfère s’installer à Viterbe dont il fait agrandir le palais épiscopal qui deviendra le palais des papes. Au XIIIème siècle en effet, sévissait à Rome la rivalité entre deux partis rivaux, les Gibelins partisans de l’empereur et les Guelfes partisans du pouvoir pontifical en Italie.
C’est à cause des premiers qu’Alexandre a quitté Rome.
Urbain IV entre 1261 et 1264.
Clément IV entre 1265 et 1268.
Grégoire X au début de 1272.
Innocent V peu de temps en 1276.
Jean XXI entre septembre 1276 et Mai 1277.
Nicolas III entre 1277 et 1280, de façon irrégulière.

Pavé insolent


Dialogue entre Michel et Gabriel


M «  L’anecdote du toit enlevé est-elle authentique ?
G – Dispose-t-on de moyens fiables pour la vérifier ? En tout cas, on aurait dû rendre ouvrant le toit de la chapelle Sixtine pour faciliter l’intervention du Saint-Esprit ; ça aurait peut-être évité d’élire des papes incompétents, indignes ou magouilleurs. »