Un livre qui donne l’espoir d’un monde meilleur !

Vous avez envie de partir seule dans une ville lointaine ? Savez-vous que les femmes de l’association Women Welcome Women Worldwide (1) sont prêtes à vous y accueillir gratuitement ? Vous êtes las d’une société où tout s’achète ? De nombreux systèmes d’échange (de savoirs, mais aussi de services) existent un peu partout, qui vous permettront de vivre autrement.

Ces deux exemples, parmi des milliers, Bénédicte Manier les raconte de façon passionnante dans un livre qui vient de paraître et qui fait le tour de la planète de ces « Millions de révolutions tranquilles », menées par des gens comme vous et moi. Dans leur coin, sans faire de bruit, ces citoyens ordinaires plantent des jardins dans les usines abandonnées de Denver, reprennent en coopératives des entreprises argentines menacées par la crise, ou font jaillir l’eau dans les régions désertiques d’Inde ou du Burkina Faso. Incroyable, non ?

Ce désir de changement se retrouve partout, pas seulement chez les « bobos » du monde occidental qui recherchent dans les AMAP ( Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne) une façon de manger mieux et de soutenir l’agriculture locale, mais aussi dans les pays pauvres, qui trouvent ainsi un moyen de résister à la crise et de lutter contre une pauvreté insupportable. Il est le signe d’un souhait profond de retrouver le sens du bien commun, de réapprendre à vivre d’une autre façon dans un monde menacé à la fois par la crise écologique et par un capitalisme effréné à bout de souffle.

L’intérêt de ce livre est justement de faire le lien entre ces innombrables initiatives et de réaliser combien elles sont liées, dans une sorte de mondialisation pleine d’espoir. Grande voyageuse, l’auteure avoue avoir été elle-même étonnée par l’ampleur de ce phénomène inédit dont on est encore loin d’avoir recensé tous les visages.

Des coopératives rurales allemandes aux banques sociales japonaises en passant par le jardinage sur les toits new-yorkais ou la reprise par les habitants de Cochabamba, en Bolivie, du réseau de distribution de l’eau, cet essai met l’accent sur les succès dont la société civile est capable, lorsque chacun-e participe à l’amélioration du quotidien de toutes et tous. Il permet une vision globale de ces expériences, trop souvent ignorées par les media hexagonaux.

A ceux que le cynisme n’a pas encore étouffés, à ceux qui ne croisent pas les bras face au matérialisme des multinationales, cet ouvrage essentiel fait mieux comprendre le monde d’aujourd’hui. Ils le refermeront en rêvant de construire celui de demain.

Moïra Sauvage – EGALITE
Lien et source url : http://www.egalite-infos.fr/2013/01/03/un-livre-qui-donne-l%E2%80%99espoir-d%E2%80%99un-monde-meilleur/

Un sursaut citoyen contre le viol en Inde

Le viol reste, encore aujourd’hui, fondamentalement lié à l’infériorité des femmes, dans une culture patriarcale qui se manifeste surtout dans la partie nord-ouest du pays, celle qui inclut la capitale New Delhi, mais qui constitue aussi la foeticide belt, la zone qui élimine le plus les fœtus féminins.

Les agressions sexuelles s’inscrivent aussi souvent dans un contexte de domination des castes supérieures sur les basses castes. Dans les campagnes, elles sont ainsi souvent perpétrées par des hommes de haute caste sur des femmes intouchables, qui subissent toute leur vie une double infériorité : être femme et intouchable.

Une forte augmentation des viols

De ces crimes, la société indienne s’est longtemps accommodée en silence. Mais si la société indienne se révolte aujourd’hui, c’est parce que les viols augmentent – ils ont plus que doublé entre 1990 et 2008 dans le pays et un cas est signalé toutes les 20 minutes – mais surtout, parce qu’ils touchent maintenant la classe moyenne urbaine. Ce qui rend les viols plus visibles des médias.

Mais les victimes peinent toujours à obtenir justice. Celles qui portent plainte se heurtent souvent au mépris et aux questions goguenardes des policiers, et à des procédures longues qui n’aboutissent pas toujours à des condamnations. En 2012 à New Delhi, sur 754 hommes accusés dans 635 cas de viols relevés entre janvier et novembre, un seul a été condamné (1). Si bien que beaucoup se taisent, parfois sous la pression des violeurs : en réalité, seul un cas de viol sur 10 serait enregistré.

Autre signe de cette tolérance : selon une association indienne, 260 politiciens poursuivis pour agressions sexuelles ont été candidats aux élections ces cinq dernières années. Une pétition vient d’ailleurs d’être lancée pour réclamer leur suspension.

Mais outre le viol, les violences conjugales sont fréquentes en Inde (elles toucheraient la moitié des Indiennes, selon l’International Center for Research on Women (2), et quelque 7.000 crimes liés à la dot s’y s’ajoutent chaque année, chiffre qui, comme les viols, ne concerne que les cas enregistrés.

Dans la société indienne, ce viol a donc agi comme une catharsis : il a permis l’examen de conscience d’un pays en pleine transformation, mais qui ne parvient pas à guérir d’une maladie longtemps négligée, les violences à l’égard des femmes.

Le surnombre d’hommes en Inde a-t-il favorisé la hausse des viols ?

Un des aspects les plus ancrés de la discrimination envers les femmes en Inde est la préférence pour les garçons. Les parents, surtout dans la classe moyenne, privilégient en effet les naissances de garçons, qui perpétuent le nom et le patrimoine familial, et tendent à éviter celles de filles, celles-ci étant jugées inférieures et obligeant à dépenser, pour leur mariage, une dot qui peut endetter la famille pour toute une vie.

Mais trente ans d’avortements sélectifs en Inde ont creusé un déficit de femmes visible dans tout le pays, surtout dans la région du nord-ouest, surnommée la foeticide belt parce qu’elle est celle qui élimine le plus les fœtus féminins. Le Punjab par exemple, ne compte plus que 89 femmes pour 100 hommes et le Haryana 87 femmes pour 100 hommes. De même, dans la capitale New Delhi, le ratio est de 86/100, dans le Rajasthan de 92/100 et dans le Gujarat de 91/100.

Pour la jeune génération, ce déficit rend évidemment plus complexe la recherche d’épouses et multiplie les cas de célibat forcé. Il entraîne aussi des trafics d’épouses, de jeunes femmes étant achetées par des trafiquants à des familles pauvres pour être vendues à des célibataires.

Mais ce déficit entraîne-t-il aussi une recrudescence des viols ? La question est souvent évoquée en Inde, sans trouver de réponse définitive, car le lien n’a pas été scientifiquement étudié. Mais il serait étonnant que le surnombre d’hommes dans ces régions soit totalement étranger au nombre d’agressions. En tout cas, sur place, les habitant-e-s font clairement le lien. Les familles ne laissent ainsi plus les filles se rendre seules à l’école ou aux champs, et les médecins des dispensaires de village ne comptent plus les viols collectifs commis par de jeunes célibataires qui ne trouvent pas d’épouses.

Changer les mentalités

Le seul espoir qui en est sorti, est au fond, qu’une génération s’est levée pour dire « non ». C’est une génération jeune, active, émancipée, financièrement autonome et qui veut pouvoir assumer sa modernité sans craindre de sortir le soir dans les villes.Cette génération a intégré l’égalité filles-garçons dans les études et le travail (les manifestations ont d’ailleurs rassemblé autant d’hommes que de femmes) et elle rejette aujourd’hui ce vieil héritage patriarcal, face sombre de la société indienne.

Pour répondre à sa colère, il faudra bien sûr faire évoluer la police et les lois, et améliorer la sécurité. Mais faudra aller bien au-delà. En réalité, c’est la mentalité de toute une société qu’il faut changer. A commencer par des discriminations de plusieurs siècles, qu’il faut combattre dès la naissance, dès l’école. Et il faudra aussi aider des associations féministes qui prêchent depuis trop longtemps dans le désert. Ce changement d’ensemble prendra du temps : l’évolution des sociétés est toujours lente, et dans un contexte différent, les pays occidentaux ne sont pas parvenus, eux non plus, à éliminer tous leurs stéréotypes, et encore moins le viol (3).

Mais il faut y travailler d’urgence. Et plus largement, repenser aussi le développement économique inégalitaire de l’Inde. Car si celui-ci est une chance historique pour ce pays, il ne s’est traduit jusqu’à présent que par l’amélioration des conditions de vie d’une minorité, et il n’a pas changé le statut de la majorité des femmes. Il devra donc, désormais, donner une chance à tous, femmes et hommes, hautes et bases castes, ruraux et urbains. L’histoire de l’Inde doit désormais aller dans le sens de plus d’égalité, de progrès social et d’émancipation pour tous et toutes.

Bénédicte Manier, journaliste, auteure

Bénédicte Manier. “Quand les femmes auront disparu. L’élimination des filles en Inde et en Asie” . La Découverte, 200 p. 2008.
source et lien url : http://www.egalite-infos.fr/2013/01/07/un-sursaut-citoyen-contre-le-viol-en-inde/

1 The Indian Express, « One conviction out of 635 rape cases in Delhi this year », New Delhi, 30 décembre 2012. www.indianexpress.com/news/one-conviction-out-of-635-rape-cases-in-delhi-this-year/1052106/

2 http://www.icrw.org/files/publications/Domestic-Violence-in-India-3-A-Summary-Report-of-a-Multi-Site-Household-Survey.pdf

3 En France, plus de 75.000 femmes et presque autant d’enfants en sont encore victimes chaque année – soit un viol toutes les huit minutes- et des campagnes doivent encore y être organisées pour que les victimes osent parler et que « la honte change de camp ». Voir notamment: “Je déclare avoir été violée” : l’Obs lance le manifeste des 313.

Un rapport inédit de l’IGAS sur la prostitution et ses enjeux sanitaires

L’IGAS précise qu’ « il n’y a pas une mais plusieurs prostitutions » et cite ses différentes pratiques : dans la rue, une chambre d’hôtel, un bar, ou encore un établissement. Le rapport relève que la majorité des personnes pratiquant la prostitution de rue sont des femmes étrangères en situation irrégulière et souvent en situation précaire. Le nombre exact de personnes prostituées demeure inconnu ; l’IGAS les estime de 1 à 20.

L’IGAS rappelle que les risques sanitaires liés à cette pratique sont le VIH/Sida, les hépatites et les autres maladies sexuellement transmissibles, ainsi que le recours à l’IVG. Les violences exercées à leur encontre constituent un autre facteur de risques. Toutefois, les personnes prostituées sont plus ou moins exposées à ces risques, en raison de leurs mode et conditions d’exercice. Les prostitué-e-s en situation de clandestinité et/ou d’isolement sont davantage exposé-e-s aux risques sanitaires, puisqu’elles accèdent plus difficilement aux moyens de prévention. L’IGAS fait également état des troubles liés à leur mode de vie, mais non-imputable à la prostitution elle-même (troubles psychiques, alimentaires, usage de produits psycho actifs).

Le rapport souligne les difficultés du milieu associatif à rencontrer et sensibiliser les personnes prostituées, surtout depuis la loi de 2003 sur le racolage passif, qui les incite à exercer dans des lieux difficilement accessibles. D’autre part, les associations souffrent d’une restriction budgétaire générale imputée à une diminution importante des subventions publiques. L’IGAS précise que les associations n’assurent pas la prévention auprès des réseaux parallèles de prostitution (internet, bars, établissement), pour se concentrer sur la prostitution de rue.

L’Inspection Générale des Affaires Sanitaires démontre qu’il n’existe pas une seule catégorie de population, et qu’une politique générale de la prostitution paraît par conséquent inadaptée. L’IGAS recommande l’adoption d’une démarche pragmatique et le travail autour des différentes problématiques liées à la prostitution (sécurité, ordre publique, immigration, régime juridique).

Selon les conclusions établies par l’IGAS, les réseaux cachés de la prostitution doivent être mieux étudiées et appréhendées, afin d’y apporter une meilleure politique de prévention. Il faut également porter une attention particulière aux publics les plus fragiles (personnes en situation d’irrégularité et/ou de précarité) et notamment aux mineures.

La ministre des Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem appuie cette réflexion en précisant qu’ « un travail spécifique sera engagé avec les Conseils généraux pour que les dispositifs de protection qui existent dans le cadre de l’Aide Sociale à l’Enfance soient pleinement mobilisés pour protéger les prostituées mineur-e-s. »

Najat Valllaud-Belkacem salue la qualité et la méthode du rapport et rappelle que le gouvernement abrogera le délit de racolage passif. Elle rejoint l’IGAS en affirmant la nécessité de renforcer le rôle des associations et d’améliorer leurs conditions de financements ; ce point sera traité par la mission interministérielle pour la protection des femmes.

Sophie Louy – EGALITE
Lien et source url :http://www.egalite-infos.fr/2012/12/19/rapport-de-l%E2%80%99igas-sur-la-prostitution-et-ses-enjeux-sanitaires-%C2%AB-il-n%E2%80%99y-a-pas-une-mais-plusieurs-prostitutions-%C2%BB/

Féministes et islamiques

Pourquoi le titre de votre ouvrage est-il au pluriel ?

Il n’y a pas un seul modèle de féminisme. Les priorités des féministes égyptiennes par exemple ne sont pas celles des féministes irakiennes. En France, la question du féminisme musulman est souvent abordée sous l’angle de l’agenda féministe dominant ; c’est-à-dire qu’on calque un modèle et qu’on demande aux musulmanes de répondre à des questions prédéfinies par exemple sur l’avortement, la liberté sexuelle, etc.

Or, les priorités des féministes françaises ne sont pas forcément celles des musulmanes. Le féminisme musulman part d’une démarche spirituelle, d’une quête du divin. Le but du livre est de présenter les différents courants qui nourrissent ce concept depuis une vingtaine d’années dans les milieux intellectuels musulmans, mais qui en réalité date des débuts de l’Islam. Il y a toujours eu des revendications féministes à l’intérieur du cadre religieux. Les féministes musulmanes cherchent à répondre à leurs propres questionnements en tant que croyantes musulmanes. On trouve à la fois un féminisme académique avec des études, des recherches menées par des universitaires, notamment dans le monde anglo-saxon, et un féminisme militant engagé dans les pays musulmans ou au sein des communautés musulmanes en Occident.

Avez-vous des liens avec des féministes d’autres religions ?

A titre personnel, j’aimerais bien avoir des relations avec d’autres croyantes féministes, des catholiques et des juives notamment, mais le féminisme musulman a déjà tellement peu de légitimité, on a déjà tellement peu d’espace pour s’exprimer que ça n’a pas encore pu se faire ; pourtant, je pense que ce serait très enrichissant. Je pense aussi que les féministes chrétiennes ont les mêmes préjugés que le reste de la société dominante, cet héritage colonial attribue à l’Islam une dimension patriarcale plus importante qu’aux autres religions. Ma porte est ouverte ; j’aimerais qu’on me reconnaisse comme une égale dans cette lutte féministe.

Que revendiquent les féministes musulmanes ?

Il existe de nombreuses associations dans le monde musulman ; les plus connues sont Sisters in Islam en Malaisie, le réseau Musawah ou encore le réseau Karamah ; elles travaillent sur la réforme des statuts personnels, sur la sensibilisation des femmes concernant leurs droits à l’intérieur même du cadre religieux. Quand on utilise le religieux pour justifier notre revendication d’égalité, on a tout gagné parce qu’on s’adresse à des femmes pour qui c’est le référent majeur. On dit aux femmes, non seulement ce que vous vivez est injuste, mais Dieu n’est pas d’accord avec ça. L’égalité entre les hommes et les femmes est au cœur même du Coran. Dieu est le seul à avoir un attribut d’autorité sur les êtres humains. Les revendications féministes peuvent être acceptées si elles se font sous couvert religieux. Mais ça ne suffit pas. Dans le contexte musulman, il faut aussi une élévation du taux d’instruction, d’alphabétisation, etc. En France, les choses ont avancé quand les femmes ont pu investir le monde du travail. Il y a tout un cadre économique, social et politique qui doit être réformé. Ce qu’on a appelé les révolutions arabes par exemple peuvent apporter quelque chose de positif parce qu’elles sont l’expression d’une volonté de réforme de fond de la société.

On voit cependant aujourd’hui que les droits des femmes régressent, comme en Tunisie par exemple.

C’est vrai, mais à mon sens, ces mouvements vont vraiment porter des fruits sur le plan de la pensée féministe musulmane. Dans les soulèvements, dès le début, les femmes étaient présentes. Mais de la même manière qu’à un moment donné on a dit aux femmes, la lutte contre le capitalisme est plus importante que la lutte des femmes, de la même manière on dit aujourd’hui, la lutte pour la démocratie, pour la justice, pour la dignité de tous, est prioritaire et les femmes passent après. Je pense que c’est aux femmes d’être extrêmement prudentes et de lutter pour que leurs revendications ne soient pas oubliées et qu’elles puissent être au centre des décisions politiques. En Tunisie, on a vu une forte mobilisation contre la notion de complémentarité introduite dans la constitution et c’est finalement celle d’égalité qui a été retenue.

Mais comment expliquer tout ce qu’on fait subir aux femmes sous le prétexte de la loi coranique, de la sharia ? Où est l’égalité à ce moment-là ?

Il existe une confusion qui est entretenue à l’intérieur même de l’Islam. Dans la tradition musulmane, le terme Sharia désigne la voie ; c’est un principe supérieur de l’Islam comme la justice, l’égalité, etc. Et dans l’islam politique il y a une instrumentalisation de la Sharia. Parce que ce terme sonne positivement pour les croyants – et surtout les croyantes – on va l’utiliser pour appliquer ce qui est en fait, le fiq, c’est-à-dire la jurisprudence ; des lois édictées par une élite d’hommes qui lisent les sources selon leur bon vouloir et qui imposent une vision patriarcale de la religion et ne respectent pas la volonté de Dieu. Dans de nombreux pays islamiques, il y a aussi des femmes au pouvoir. Par exemple, en Iran, qui n’est pourtant pas une grande démocratie, il y a plus de femmes parlementaires qu’en France. Il ne faut pas avoir une vision homogène simpliste du monde musulman. Une femme peut être libérée, émancipée, sans avoir l’apparence de l’être quand on voit les choses uniquement sur un mode occidental !

Et en France, comment le concept de féminisme islamique s’est-il développé ?

A partir de la fin des années 90, dans un contexte de forte politisation de l’Islam à travers la question du voile, il y a eu une espèce d’autonomisation du champ associatif musulman et de plus en plus d’associations de femmes ont commencé à s’affirmer en disant aux frères : on est avec vous sur les questions d’islamophobie et de racisme, mais on va parler en notre nom parce qu’on est les premières victimes de l’exclusion et de la discrimination. On est passé d’un discours sur la défense d’une religion à un discours de citoyennes à part entière voulant être traitées à égalité.

Cette question du voile qui semble tellement importante en France, quelle place occupe-t-elle dans vos combats militants ?

Pour nous, le combat autour du voile n’a quasiment pas eu lieu. Ce qui est commun à toutes les féministes musulmanes, les voilées et les non voilées, c’est une idée finalement très féministe qui est de dire : c’est aux femmes elles-mêmes de choisir comment elles souhaitent se vêtir. On va s’opposer à toute interdiction mais aussi à toute imposition du voile, car il y a des contextes où c’est une réelle oppression. En Iran, il est obligatoire et c’est absolument scandaleux ! Il ne faut pas oublier la dimension politique importante, les féministes musulmanes étant aussi dans une posture post-coloniale nourrie du refus d’un modèle dominant. Porter le voile, c’est aussi affirmer son refus d’une société qui érotise le corps des femmes et qui le marchandise ; les femmes musulmanes choisissent de faire la promotion d’un autre modèle. En France, la question du voile est extrêmement médiatisée. Moi, je préfère passer plus de temps à discuter du sens de l’égalité à l’intérieur de l’Islam parce que justement, c’est ça qui va impliquer tout le reste, les luttes pour l’égalité, la justice, la liberté, etc. Ce qui compte, ce n’est pas si on a un truc sur la tête ou pas !

Etes-vous reconnues par les associations féministes laïques ?

Ce n’est pas facile. Les mouvements féministes dominants en France se sont beaucoup nourris de la question de l’Islam. Un moment donné, les musulmans sont devenus la figure repoussoir et certaines féministes sont aussi tombées dans cette instrumentalisation. Le sexisme n’existait en France que dans les banlieues et ne concernaient que le garçon musulman et la fille voilée. Mais, de nouvelles associations féministes voient le jour et permettent des évolutions. Par exemple à Rennes, l’association de femmes musulmanes Al Houda qui existe depuis pas mal d’années est maintenant reconnue par des associations non religieuses comme Mix-Cité ou Questions d’Egalité. C’est positif.

Actuellement, vous vivez à Londres où vous poursuivez vos recherches, est-ce plus facile qu’en France ?

La vie quotidienne en Angleterre n’a rien à voir avec la vie quotidienne en France. Le rapport au religieux n’est pas le même. C’est un espace sacré. Là-bas, ça ne se fait pas de demander aux gens pourquoi ils croient ou aux femmes pourquoi elles portent le voile. En France, c’est dix fois par jour qu’on nous pose la question. A Londres, on peut marcher pieds nus dans la rue, personne ne regarde ! J’ai vu des policiers avec des dreadlocks, des conducteurs de bus punks, moi je suis encore choquée et je me dis : je suis vraiment très Française ! En France, on est loin de tout ça, il y a un modèle normatif encore très important.

Propos recueillis par Geneviève ROY – EGALITE
Source et lien url : http://www.egalite-infos.fr/2012/12/03/feministes-et-islamiques/

Sexisme : Najat Vallaud-Belkacem souhaite basculer dans un nouveau monde

« Ce sont les idées qui changent le monde », explique la Ministre en introduction, alors que les stéréotypes, pourtant « à la racine des pires violences », et loin d’être « les lubies de quelques unes », ne changent pas. Lorsque nous les voyons, « ils nous apparaissent anodins, badins, voire sympathiques ». Au point qu’on « ne sait plus très bien ce qui relève de l’inné et de l’acquis, de la culture et de la nature ».

Brigitte Grésy (Inspectrice Générale des Affaires sociales) explique comment les stéréotypes, ces confortables « pétrifications mentales », assignent les personnes à des rôles inégalitaires en « plaçant systématiquement le masculin dans une position privilégiée et asymétrique », et « le féminin dans une position relative et subordonnée », par exemple en considérant que toutes les femmes sont LA femme. Dans une démonstration vivante et efficace, mettant à distance les recettes naturalisantes fondées sur des supposées caractéristiques féminines, comme le « leadership au féminin », elle précise qu’il « n’est pas question de nier les différences entre les sexes » mais de mettre en cause le surinvestissement dont ces différences font l’objet.

Quels leviers d’action proposent les huit intervenant-e-s ? Le premier est l’implication des hommes dans la sphère domestique et familiale, avec des conséquences bénéfiques sur le travail et sur les modèles éducatifs proposés à nos enfants. Le deuxième est le développement de l’esprit critique pour rendre visibles les stéréotypes et proposer des alternatives égalitaires dans l’éducation, l’image, la presse, avec des conséquences positives sur le rapport au corps et à l’image de soi. Le troisième est l’utilisation massive, efficace et progressiste des TIC et des réseaux sociaux, puisque « des idées nouvelles peuvent se frayer un chemin en quelques heures », souligne Najat Vakaud-Belkacem, qui ajoute qu’elle s’appuiera sur les idées, ressources et initiatives existantes.

Les “3D”

Affirmant que « la différence fondamentale entre les hommes et les femmes réside dans la différence de légitimité dans les deux sphères publiques et privées », Brigitte Grésy en appelle au nécessaire engagement des hommes. Si les femmes ont massivement un travail rémunéré, eux n’ont pas investi parallèlement la sphère familiale et domestique, oscillant, explique-t-elle, entre les « 3D » (Déni des normes masculines, Dépit d’être dépossédé et Désir de changement).

Francine Raymond, auteure d’un web-documentaire sur la journée marathon de six familles, se demande quel « exemple familial nous donnons à nos enfants », puisque « c’est au sein de la famille que prennent racine les inégalités » et que « réserver le rôle parental aux femmes, c’est priver les hommes de l’expérience la plus nourrissante ».

Quant à Antoine de Gabrielli, fondateur de Companieros et de l’association Mercredi c’est papa, il préconise l’engagement massif des hommes, notamment à travers le programme Happy men share more.

Blandine Métayer, auteure et actrice, invite ouvertement la Ministre, via un extrait de son spectacle « Je suis top ! », à créer un VRAI congé de paternité… rémunéré.

C’est à partir de l’observation des corps dans les encyclopédies pour enfants pour l’une, et du complexe mode-beauté-sexualité-publicités des magazines féminins pour l’autre, que Christine Detrez et Grégory Lassus-Debat proposent un analyse critique de l’image des femmes. Elle, Maîtresse de conférences en sociologie à l’ENS de Lyon, souhaite que nos enfants puissent dire « Je décide quel corps je veux et quelle place je veux lui donner ». Lui a fondé le mensuel Causette, initialement via internet.

L’outil internet, ses jeux de sensibilisation et ses campagnes virales constituent également un espoir dans la lutte contre les violences selon Lindsey Nefesh-Clarke (fondatrice de Women’s Worldwide Web), qui rappelle que le génocide de femmes compte plus de victimes en une seule décennie que tous les génocides du vingtième siècle réunis.

Claire Gibault, chef d’orchestre, a initié des pratiques égalitaires dans son mandat de députée européenne comme dans la charte du Paris Mozart Orchestra (auditions musicales derrière un paravent, remboursement des frais de garde les soirs de répétition ou de concert).

Des moyens pour faire reculer le sexisme ordinaire?

Un chantier de « rénovation mentale » est indispensable, indique Brigitte Grésy, parce que les stéréotypes constituent « une menace pour autrui » lorsqu’il conduit à l’intolérance et à la discrimination et « une menace contre soi » lorsqu’il fragilise le sentiment de compétence personnelle.

« Basculer dans un nouveau monde », comme le souhaite la Ministre, sera long et difficile, le sexisme ordinaire s’étendant sans limites. Le faire reculer implique de repenser la place et l’organisation du travail, les pratiques et les savoirs scolaires, les modèles familiaux auxquels les enfants sont exposé-e-s de toute part et la responsabilité de l’Etat dans la reproduction plus ou moins consciente de la répartition sexuée des rôles. Face à l’ampleur des travaux, la Ministre aura besoin de « tous les savoirs, toutes les expériences » et du soutien de l’ensemble du gouvernement.

Un bémol, si l’analyse des causes des inégalités est forte, si de nombreuses propositions sont avancées, les moyens concrets à mobiliser ne sont pas abordés.

Violaine Dutrop-Voutsinos – EGALITE
source et lien : Egalité – Les femmes et les hommes font l’info (http://www.egalite-infos.fr/2012/11/27/sexisme-najat-vallaud-belkacem-souhaite-basculer-dans-un-nouveau-monde/)

Mary Cassatt : une impressionniste américaine méconnue

Le nom de Mary Cassatt vous semble peut-être inconnu, pourtant cette femme est l’une des seules – avec Berthe Morisot – à avoir contribué au mouvement des impressionnistes. Deux bonnes raisons de vous rendre au Mona Bismarck American Center pour découvrir une partie de l’œuvre de cette artiste.

Au détour d’une exposition consacrée à la période des impressionnistes, vous avez déjà sans doute observé des toiles de Mary Cassatt, sans vous en souvenir. Votre regard s’est certainement posé sur les chefs d’œuvre de ces grands messieurs, Manet ou Renoir, essentiellement parce que leur nom vous est familier. Pourtant, les toiles de Mary Cassatt sont aussi remarquables que celles de ses homologues masculins.

Regards sur une Américaine à Paris

Mary Cassatt est une Américaine, née en 1844 à Pittsburg en Pennsylvanie. Elle passe son enfance en Allemagne puis en France. Après des études à la Pennsylvania Academy of Fine Arts, elle s’inscrit à l’atelier Charles Chaplin, puis dans celui de Jean-Léon Gérôme. Ses premières œuvres sont exposées au Salon de Paris en 1868.
Sa rencontre en 1877 avec Edgar Degas est déterminante puisque c’est à ce moment-là qu’elle rejoint le groupe des impressionnistes.
Au Salon des Impressionnistes de 1880, Cassatt présente huit toiles et pastels ainsi que huit eaux-fortes. Le marchand Durand-Ruel commence à lui acheter des toiles, puis finira par acquérir la majeure partie de son œuvre.

Le Mona Bismarck American Center propose de découvrir les dessins et gravures de Mary Cassatt à travers un parcours en trois thématiques : la présentation de l’artiste, l’influence japonaise et les contre-épreuves au pastel.

Couleurs douces, portraits de femmes et d’enfants, Cassatt cherche à représenter les femmes dans leur quotidien : au théâtre, autour du thé ou dans les activités de la vie quotidienne. Une réalité qui correspond aussi au milieu aisé dans lequel elle a évolué, mais sans jamais idéaliser les femmes. Elle touche le spectateur par la vérité qui émane de la toile, par la touche et la palette de couleurs qui rehaussent un peu plus les portraits. Il n’est pas rare de voir les femmes en mouvement, souriantes au contraire des portraits peints par des hommes où les modèles semblent davantage poser.

Etre une femme artiste

Cette exposition témoigne aussi de la difficulté d’être une femme artiste expatriée en France à la fin du XIXe siècle. On les tolère en tant qu’aquarellistes ou amatrices mais bien moins en tant que peintres ou graveuses. La jeune femme persévérera et parviendra à s’inscrire dans un mouvement impressionniste résolument masculin.

Mary Cassatt ne se mariera jamais et n’aura pas d’enfants. Un choix qui correspond certainement à une vie vouée à l’indépendance, en dehors des codes traditionnels de la société. À l’image de Georges Sand qui s’illustra dans la lutte pour la reconnaissance des droits des femmes, Mary Cassatt a dès 1915 et jusqu’à sa mort, en 1926, participé à la campagne en faveur du droit de vote des femmes aux Etats-Unis.

Rencontre avec Eddie McDonnell, directeur du Mona Bismarck American Center

Avoir choisi une femme pour votre première exposition est-ce important ?

Nous avons délibérément choisi Mary Cassatt pour notre première exposition au Mona Bismarck American Center pour plusieurs raisons.
Tout d’abord parce que ses œuvres, plus précisément ses gravures, sont d’un point de vue technique extrêmement novatrices et d’une finesse incomparable.
En tant que femme étrangère et de surcroît à une époque qui ne laisse que très peu de place aux femmes artistes, il est d’autant plus exceptionnel qu’elle ait réussi à intégrer le petit groupe des impressionnistes.
En 1880, Degas écrira dans une lettre à Pissarro : « elle a tellement de talent… Il n’est pas permis à une femme de peindre comme cela ».

Est-ce une manière de vous démarquer car très peu de musées consacrent des expositions uniquement à l’œuvre d’une femme ?

Nous considérons que notre fondatrice, Mona Bismarck, une femme forte et moderne, aurait apprécié notre politique qui consiste à mettre en valeur les œuvres d’une artiste telle que Mary Cassatt.

Est-ce une manière de montrer que l’art américain laisse plus de place aux artistes femmes ?

D’une manière générale, les femmes sont sous représentées dans les musées aussi bien en France qu’aux Etats-Unis.
Nous avons à ce titre, organisé au mois de mai dernier, une conférence sur le sujet. Notre invitée, Susan Fisher Sterling PhD, Directrice du National Museum of Women in the Arts de Washington nous a informés que 52% des artistes étaient des femmes mais que seulement 2% d’entre elles étaient représentées dans les musées. Le fait qu’il existe un musée dédié à la promotion des femmes artistes, démontre une prise de conscience et une volonté d’équilibrer la situation.

En quoi l’ impressionnisme de Mary Cassatt est-il spécifiquement américain ?

Mary Cassatt faisait partie du groupe impressionniste français. Bien qu’Américaine elle a passé toute sa vie d’artiste en France.
Aujourd’hui, beaucoup de musées et de galeries américaines réclament Mary Cassatt comme artiste impressionniste américaine, mais ce n’est pas le cas. Bien que d’origine Américaine, elle a cependant fait partie du mouvement des impressionnistes français. Il y a bien un mouvement nommé Impressionnisme américain, inspiré par l’impressionnisme français, mais il a vu le jour quelques années plus tard, aux Etats-Unis, vers 1890-1910. Parmi les artistes nous pouvons citer : Childe Hassam, Frank Weston Benton et William Merritt Chase, Theodore Robinson.

Les questions de parité ou d’égalité sont-elles présentes au sein du Mona Bismarck American Center ?

Tout à fait. Nous essayons de maintenir une parité dans notre composition et nos actions. Par exemple, nous avons une parité exacte dans notre personnel (50% femmes, 50% hommes) et nous essayons d’offrir une programmation aussi équilibrée. Tout cela sous la présidence d’une femme, Caroline Porter.

Marina Corvillo – EGALITE

Informations pratiques
« Mary Cassatt : dessins et gravures de la collection Ambroise Vollard » à voir jusqu’au 20 janvier 2013.
Au Mona Bismarck American Center – 34, avenue de New York 75016 Paris
Métro : Alma Marceau, Iéna
Du mercredi au dimanche de 11h à 18h.

Lien et source url : http://www.egalite-infos.fr/2012/11/22/mary-cassatt-une-impressionniste-americaine-meconnue/

Menace sur la santé des femmes” :
ces substances qui nous veulent du mal

Le 21 septembre dernier, la communauté internationale a reconnu « les effets néfastes des perturbateurs endocriniens sur la santé humaine et l’environnement » et le « besoin de protéger les sous-ensembles vulnérables des populations humaines et des écosystèmes contre ces atteintes (1) ».

En mars 2013, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) rendra un avis scientifique sur les risques sanitaires provoqués par les perturbateurs endocriniens, mais les ONG alertent depuis plusieurs années sur les risques potentiels sur la santé. Women in Europe for a common future (WECF) publiait le 4 octobre dernier un ouvrage, Menace sur la santé des femmes (2). De son côté la Grennepride 2012 faisait des perturbateurs endocriniens le thème de son défilé annuel.

Ces substances qui nous perturbent

Une multitude de troubles de la santé reproductive féminine serait directement liée aux perturbateurs endocriniens. C’est ce que met en lumière Menace sur la santé des femmes publié par WECF. L’ouvrage synthétise les travaux de 18 scientifiques réunis en 2008 en Californie et est adapté de l’ouvrage américain Girls disrupted.

«2.000 substances chimiques sont connues pour interférer avec l’appareil reproducteur masculin, mais on en sait encore peu pour les femmes » précise Elisabeth Ruffinengo, chargée de mission pour WECF, qui a travaillé à la traduction de l’ouvrage.

Ainsi, l’ouvrage publié par WECF dresse un constat inquiétant des effets nocifs des perturbateurs endocriniens pour les femmes.

Aujourd’hui de nombreux troubles liés au système hormonal se multiplient au sein de la population : cancers de la prostate ou du sein, obésité, diabète, puberté précoce ou baisse de la fertilité masculine… Mais ces troubles sont décuplés pour le fœtus lors d’une grossesse, si bien que les femmes enceintes et les jeunes enfants sont plus vulnérables.

«Les troubles de la santé reproductive féminine sont une question complexe, tout comme leur étude. Pour autant, il est inacceptable de se retrancher derrière la complexité pour retarder l’action en matière de santé publique. Ces troubles peuvent avoir des conséquences désastreuses pour les femmes qui y sont confrontées. Devant les liens mis en évidence ou fortement suspectés entre des perturbateurs endocriniens bien connus et certains de ces troubles, il est devenu urgent de protéger les périodes de vulnérabilité identifiées par les scientifiques, par l’application de mesures limitant l’exposition des populations », explique Elisabeth Ruffinengo.

Ces 70 dernières années, 80 000 produits chimiques ont été introduits sur le marché sans que l’on ait de données sur leurs effets sur l’environnement ou la santé. Il faudra attendre 2018 avant obtenir toutes ces informations conformément à la réglementation européenne REACH (3) entrée en vigueur en 2007, qui obligent les industriels et importateurs à informer les consommateurs sur les risques posés par les produits chimiques qu’ils utilisent ou mettent sur le marché.

A ce titre, beaucoup de produits du quotidien contiennent des substances chimiques dangereuses pour la santé : les anti-bactériens comme le triclosan que l’on retrouve dans les dentifrices, certains cosmétiques et produits ménagers ; le formaldéhyde, composé organique volatil (COV) présent dans les colles des meubles en bois aggloméré. Les jouets des enfants ne sont pas non plus épargnés puisque certains contiennent encore du chrome, des phtalates ou du formaldéhyde.

Lutter pour la santé des femmes et des enfants

WECF, encore mal connue en France, est une organisation européenne inscrite à l’ONU qui, depuis 1994, fait entendre la voix des femmes dans le développement durable. En 2008, un bureau français a été crée avec à sa tête Anne Barre :

« Notre but est de mener des projets de terrain et pas seulement des plaidoyers. Nous sensibilisons le grand public et les politiques sur les problématiques liées à la santé et à l’environnement. Nos priorités sont l’information du public et la protection des femmes enceintes et des enfants ».

WECF a publié de nombreux guides pour combler le manque d’informations sur les substances chimiques. Par ailleurs, l’organisation a mis en place un site internet, Nesting, qui permet à chacun et chacune de se renseigner sur les polluants de notre environnement intérieur. Présenté comme un « outil ludique », Nesting organise aussi des ateliers et des formations à travers la France entière.
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Politique : vers une interdiction globale ?

Aujourd’hui, si les perturbateurs endocriniens sont arrivés dans le débat public e politique c’est avant tout par le biais du bisphénol A, devenu un emblème de ces subsantces chimiques dangereuses pour la santé.

Le 23 juin 2010, l’Assemblée nationale adoptait une loi visant à interdire la commercialisation des biberons contenant du bisphénol A suite à un avis mitigé émis par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA). Bien que prometteuse, cette loi était immédiatement jugée insuffisante de la part d’organisations environnementales qui attendaient que l’interdiction soit élargies à tous les plastiques alimentaires comme le prévoyait la première formulation de la loi en juillet 2009.

Le 9 octobre, le Sénat repoussait au 1er juillet 2015, au lieu de 2014, l’interdiction du bisphénol A dans tous les contenants alimentaires. Mais, contre toute attente, et surtout contre l’avis du gouvernement, le Sénat a adopté des mesures interdisant le bisphénol ainsi que tout autre perturbateur endocrinien et substance cancérogène dans tous les dispositifs médicaux destinés aux bébés et femmes enceintes.

Marina Corvillo — EGALITE
Lien et source url : http://www.egalite-infos.fr/2012/10/23/menace-sur-la-sante-des-femmes-ces-substances-qui-nous-veulent-du-mal/

(1) Lors de la 3ème session de la Conférence Internationales sur la Gestion des Produits Chimiques (ICCM3).

(2) Menace sur la santé des femmes, éditions Yves Michel, 2012, 11€.

(3) Regulation on Registration, Evaluation, Authorisation and Restriction of Chemicals (Réglementation sur l’enregistrement, l’évaluation, l’autorisation et la restriction des substances chimiques).

Procès des viols collectifs à Créteil : un verdict clément pour les violeurs

Le verdict est tombé dans la nuit de mercredi à jeudi. Dix des quatorze hommes poursuivis pour des viols collectifs, sur les deux jeunes femmes, dans des cités de Fontenay-sous-Bois, ont été acquittés par la Cour d’assises du Val-de-Marne. Les quatre autres ont été condamnés à des peines légères, allant de trois ans de prison avec sursis à un an de prison ferme.

Après trois semaines de débats à huis clos, la Cour d’Assises de Créteil a reconnu des viols sur une seule des plaignantes. Les jeunes femmes avaient 15 et 16 ans lorsque les faits ont été dénoncés. Les quatre condamnés l’ont été pour des viols commis sur Nina, qui a aujourd’hui 29 ans. Mais, les quatre hommes poursuivis pour les mêmes faits sur Aurélie, 28 ans, ont été acquittés.

Amar Bouaou, l’un des avocats d’un acquitté et d’un condamné a affirmé à l’énoncé du verdict : Aurélie « a menti ». Selon lui, « on évite un fiasco judiciaire, il fallait que des personnes soient condamnées ».

Les peines qui ont été prononcées sont bien en deçà des réquisitions du parquet qui avait demandé 5 à 7 ans de prison pour huit des accusés. L’avocate générale s’en était remise aux jurés pour décider du sort des six autres, évoquant un manque d’éléments à charge à leur encontre.

L’avocate des jeunes femmes, Me Laure Heinich-Luijer, a quant à elle souligné « l’échec » du procès. « Quelle peine aurait un sens, quand on entend que des coupables de viols en réunion sont condamnés à trois ans avec sursis, on s’interroge » a-t-elle déclaré.

Solidarité envers les jeunes femmes

Dans un communiqué, la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, a exprimé son « émotion » suite au verdict et sa « solidarité » envers les deux jeunes femmes, qualifiant le viol de « crime » :

« Un viol commis en réunion ne mérite aucun diminutif. Les pouvoirs publics et la société doivent permettre aux victimes de mettre les mots justes sur la réalité qu’elles ont vécu ».

De son côté, Marisol Touraine, ministre des Affaire sociales a exprimé son « malaise » ce matin sur France Inter : « Face à une affaire comme celle-là [on ressent] beaucoup de malaise évidemment. Il faut rappeler que les viols sont insupportables. Beaucoup de femmes n’osent pas aller porter plainte parce qu’elles redoutent la procédure judiciaire ».

Et sur Europe 1, Christiane Taubira, ministre de la Justice, a confié être « personnellement choquée par les tournantes » et par « les violences faites aux femmes ». « Le temps est l’ennemi des victimes » a-t-elle ajouté. Elle a évoqué la possibilité d’un appel du parquet et des parties civiles qui ne porterait que sur les intérêts civils et pas sur le verdict. Mais selon sa circulaire générale de politique pénale, elle « ne donnerait – quant à elle – aucune instruction individuelle ».

« Porter plainte ne sert plus à rien »

La peur de nombreuses associations est que désormais les victimes n’osent plus porter plainte. Pourtant, chaque année, 75.000 femmes (1) sont violées en France. Seulement 10% d’entre elles osent porter plainte et seuls 2% des violeurs sont condamnés (2).

Aurélie, l’une des deux victimes qui n’a pas été reconnue comme telle, déclarait au micro d’ Europe 1 être « détruite une seconde fois ».

« Qu’est-ce que c’est six mois de prison pour une vie gâchée ? C’est ridicule. Autant ne pas les condamner », déplore Aurélie. « J’aurais dû ne pas porter plainte », regrette la jeune fille.

Osez le féminisme s’est dit « scandalisé » par le verdict du procès qui envoie « un message catastrophique à l’ensemble de notre société. Aux victimes de viol : porter plainte ne sert à rien ! Aux violeurs : il est permis de violer ! Il fait écho aux scandaleux dysfonctionnements de l’institution judiciaire dans ce dossier : instruction bâclée, absence de soutien et non protection des victimes. L’enfer que vivent les plaignantes depuis 10 ans est inacceptable ».

Femmes Solidaires affiche aussi sa colère sur ce procès qui « s’achève sur un verdict désastreux et inadmissible pour les victimes en premier lieu mais également pour toutes les femmes ». L’association se dit « alertée » par « l’incapacité de la justice à faire face à ce type de dossier ».

Un jugement que le collectif national pour les Droits des femmes rejoint en parlant de verdict « atterrant », dénonçant « l’incapacité de la justice française à prendre en compte les récits des victimes de viols » et appelle à un rassemblement lundi soir devant le ministère de la justice à 18h30, place Vendôme.

MC — EGALITE

Source et lien url : http://www.egalite-infos.fr/2012/10/11/proces-des-viols-collectifs-a-creteil-un-verdict-clement-pour-les-violeurs/

(1) Source : Observatoire National de la délinquance

(2) Statistiques du Collectif Féministe Contre le Viol en concordance avec celles du ministère de la Justice.

L’été à Lyon : « Allez avorter ailleurs »

En août, tous les établissements de santé pratiquant des interruptions volontaires de grossesse dans le département du Rhône, excepté un seul, étaient fermés ou en activités réduites. De plus 3 médecins sur 17 habilités à pratiquer l’IVG médicamenteuse dans leur cabinet étaient en congés.

Résultats:

– Des délais de prise de rendez-vous allongés, un minimum de 3 semaines pour obtenir un rendez-vous pour une IVG. Des femmes étaient alors obligées se rendre dans d’autres départements de la région, ou d’autres régions. La ville de Grenoble s’est même plainte d’être obligée de recevoir des femmes de Lyon.

– Des difficultés pour certaines femmes qui le souhaiteraient d’accéder à l’IVG précoce par méthode médicamenteuse. (1)

– Pour les femmes proches du « délai limite » (14 semaines d’aménorrhée, c’est-à-dire 12 semaines de grossesse) obtenir un rendez-vous pour une IVG, déjà difficile le reste de l’année, devenait plus compliqué.

« Pour Le Planning, c’est une remise en cause la possibilité du choix inscrit dans la loi », Valérie Radix, conseillère conjugale et familiale au Planning Familial 69 ajoute : « François Hollande dans ses 40 engagements pour l’égalité femmes/hommes avait promis de faire respecter la loi qui oblige chaque structure hospitalière à disposer d’un centre IVG ».

Un bilan contrasté

Chaque année pourtant, le ministère de la Santé transmet à toutes les Agences régionales de santé (ARS) une circulaire leur demandant de coordonner, pour la période estivale, l’activité des établissements de santé participant à la prise en charge de l’IVG. L’objectif est de « permettre, durant la période estivale, à toutes les femmes faisant une demande d’IVG dans les délais légaux de trouver une réponse adaptée, médicamenteuse ou instrumentale, y compris pour les demandes se situant entre 12 et 14 semaines d’aménorrhée…. ».

Suite à cette alerte, la direction de l’ARS – Rhône-Alpes s’engageait à trouver une solution afin que toutes les femmes puissent obtenir un rendez-vous dans les meilleurs délais dans le département. Rappelons que la Haute Autorité de Santé préconise un délai de 7 jours de réflexion après une demande d’IVG. Une responsable de l’ARS en charge de cette question s’est ainsi rendue dans certains hôpitaux pour comprendre d’où venaient les dysfonctionnements. L’idée était de mettre en place un dispositif d’urgence passant par le planning.

Le Planning Familial 69 s’inquiète aussi des restructurations qui pèsent sur les Centre d’IVG à Lyon, comme il y en a eu à Paris et ailleurs en France. A l’hôpital de la Croix-Rousse, le projet serait un éclatement du service pour organiser les hospitalisations en gynécologie. A Lyon Sud, le CIVG serait lui carrément rattaché au service de gynécologie.

Fin septembre, une réunion de bilan partagé réunit des responsables des centres d’IVG du département, de l’ARS et du Planning Familial.

A la suite de cette rencontre, l’association met en avant les points positifs : le dispositif d’alerte de l’été mis en place peut être réactivé en cas de besoin, un groupe de travail continuera à se réunir dans la cadre du projet régional de santé et pourrait être étendu. Il pourrait s’inspirer de celui qui est en place en Ile de France.

Mais certaines positions des institutions tentant à minimiser les problèmes que vit le département, pointant le fait qu’ils ne concernent que peu femmes, qu’elles ne viennent pas aux rendez-vous ou qu’un bon délai de réflexion ne peut que favoriser leur choix …, ne satisfont pas Le Planning.

« Les femmes doivent avoir un vrai choix » conclut Valérie Radix.

Caroline Flepp – EGALITE

(1) Cette prise de médicament doit se faire avant 7 semaines d’aménorrhée (c’est-à-dire 5 semaines de grossesse).

Source et lien url : http://www.egalite-infos.fr/2012/09/28/l%E2%80%99ete-a-lyon-%C2%AB-allez-avorter-ailleurs/

Ombline : devenir mère en prison

Ombline est d’une blondeur pâle qui tranche avec la noirceur du monde carcéral. Pour avoir, dans un geste fou, planté un couteau dans la cuisse d’un flic au moment où son dealer d’homme saute par la fenêtre pour échapper à l’arrestation, Ombline « prend » trois ans. Après le suicide de celui-ci. Elle découvre, à son arrivée à la centrale, qu’elle est enceinte.

Au travers d’une mise en scène qui a la force de son minimalisme, on vit au plus près avec Ombline – merveilleusement joué par Mélanie Thierry – sa grossesse, son accouchement, les premiers moments partagés avec Lucas dans l’aile des mères-détenues. Ombline est seule. Et lorsque Rita, la copine qui lui tient lieu de famille, cesse de lui rendre visite, le règlement carcéral exige le placement du petit Lucas en famille d’accueil à l’âge de 18 mois. Il trouve des grands-parents aimants, présents sans être encombrants, et qui donnent sans compter ni juger.

Pour récupérer la garde de Lucas à sa sortie, Ombline doit faire un parcours sans faute : il lui faut résister à la violence carcérale, aux provocations de ses co-détenues, aux protocoles fossilisés de l’administration et des services sociaux. Et surtout elle doit lutter contre ses propres démons : avec une mère morte quand elle avait un an et un père incarcéré depuis qu’elle en a treize, ils sont légion à l’assaillir. « Tiens bon sinon ton enfant sera comme toi ! » lui dit une co-détenue à sa sortie. Autour d’elle, on se bagarre, on se suicide. La vie compte peu. Seule celle des enfants porte les mères.

Ce film pourrait être une sorte de fiction documentaire, et pourtant il n’en est rien. Avec des plans minutieusement travaillés et une lumière qui campe aussi bien le sordide des lieux que la force des personnages, Stéphane Cazes suscite, dans un savant dosage, l’empathie du spectateur pour les détenues et la révolte contre la dureté de l’univers carcéral.

Ce film est sombre et pourtant optimiste. Il ne juge pas. Il n’est pas pleurnichard non plus. Sans jamais se perdre dans l’écueil attendu du discours sur le déterminisme social, il nous raconte un parcours fait de coups et de blessures. Et d’amour aussi.

Ombline a une force inattendue qui force notre respect.-

On sort du film avec cette envie qui ne trompe pas de vouloir faire encore un bout de route avec Ombline/Mélanie.

Stéphane Cazes, jeune réalisateur, à peine trentenaire, raconte, avec la puissance des histoires qui jaillissent « de l’intérieur », l’univers de ces femmes incarcérées, et surtout de la maternité en prison. Lui, si jeune et surtout homme, filme avec une extraordinaire justesse et une immense tendresse la naissance et le lien mère-enfant.

Merveilleux paradoxe que ce jeune homme qui filme avec son ventre, et qui fait un cinéma engagé sans rien perdre de la justesse des images et des sentiments.

Un premier film qui rend impatient…

Sortie en salle le 12 septembre 2012

Danielle Michel-Chich – EGALITE
Source et lien url :http://www.egalite-infos.fr/2012/09/12/ombline-devenir-mere-en-prison/