Langage

Il est souvent d’une grande et dommageable ambiguïté. Je pense par exemple aux mots, dont on parle beaucoup actuellement, d’antisémitisme et d’antisionisme.

Pour le premier, désignant la haine des Juifs, il vaudrait mieux parler d’antijudaïsme, ne serait-ce que parce que les Arabes, les premiers hostiles aux Juifs, sont eux-mêmes des sémites. Comment pourraient-ils en vouloir à eux-mêmes ?
Pour le second, il est extrêmement équivoque. Il peut désigner, comme le dit par exemple le dictionnaire Robert dans une formule embarrassée, à la fois une « hostilité contre la politique des juifs, contre l’État d’Israël ». Mais ce sont là deux choses tout à fait différentes. Une chose est de critiquer la politique de l’État d’Israël, et une autre d’en vouloir à cet État lui-même, jusqu’à désirer sa disparition. On peut bien dire que l’actuelle politique de cet État est du colonialisme, réduisant certains à n’être que des citoyens de seconde zone, et transformant le pays en apartheid, comme dans l’ancienne Afrique du Sud – et pour autant ne pas être hostile à cet État lui-même et aux juifs qu’il contient. D’ailleurs ces critiques sont faites à l’intérieur de cet État lui-même par certains de ses membres.
Malheureusement le mélange des deux notions est vite fait. Déjà notre actuel président a naguère déclaré, le 16 juillet 2017 : « L’antisionisme est la forme réinventée de l’antisémitisme. » Maintenant, au vu des actes antijuifs auxquels on assiste, un député LREM, Sylvain Maillard, veut une loi visant à pénaliser l’antisionisme lui-même.
Cela me semble extrêmement grave, car c’est s’attaquer à la liberté d’opinion et d’expression. Les actes d’antijudaïsme sont déjà suffisamment punis par la loi. Pourquoi vouloir bâillonner les esprits, en leur interdisant de porter des appréciations sur telle ou telle politique ? Je vois là un totalitarisme idéologique, le même que j’avais dénoncé en son temps à propos de la loi pénalisant le négationnisme, portée par un homme politique issu d’un parti lui-même totalitaire. Cette question, avais-je dit, relève des historiens et de leur savoir informé. Ce n’est pas à la loi de faire la police des esprits.
J’apprends encore que notre président a dit au dîner du CRIF du 20 février 2019 : « L’antisionisme est l’une des formes modernes de l’antisémitisme. » Or ce n’est pas parce que certains pour masquer leur haine des Juifs se disent antisionistes, que l’antisionisme signifie forcément la haine des Juifs. En matière de langage comme en matière de droit abusus non tollit usum (l’abus ne supprime pas l’usage).

“Religieuses abusées, l’autre scandale de l’Eglise”

Christian Terras, directeur du magazine chrétien “Golias”, témoigne dans “Religieuses abusées, l’autre scandale de l’Eglise”, le documentaire choc diffusé ce mardi 5 mars à 20h50 sur Arte. Il dénonce depuis des décennies les dérives du clergé. Interview coup de poing.

Dans les affaires des religieuses abusées et de pédophilie, la priorité pour l’Eglise est de maintenir l’omerta

Depuis trente-cinq ans aux manettes de Golias 1, magazine chrétien contestataire, Christian Terras continue d’être la bête noire de l’Église catholique. Insulté, menacé, il n’a jamais abdiqué, portant sur la place publique, dossier après dossier, les dérives de l’institution. Non pour la détruire, comme le clament ses détracteurs, mais pour réformer un système nécrosé de l’intérieur. Grand témoin du film Religieuses abusées, l’autre scandale de l’Église 2, diffusé ce soir (5 mars 2019 à 20h50) sur Arte, il revient pour nous sur les révélations de ce film explosif, les nécessaires remises en cause qu’il suscite. [La suite de ce long interview se trouve sur [le site de TÉLÉRAMA]]

Quel a été votre rôle dans le film ?
Il s’est limité à de ponctuelles interventions.

Les réalisateurs sont venus passer une journée à la rédaction.

Au fur et à mesure de leur enquête, je leur ai indiqué quelques pistes, notamment par rapport à Mgr Barbarin. Eric Quintin souhaitait retrouver l’extrait vidéo de 2006 où il fait l’éloge de Marie-Dominique Philippe lors de ses obsèques. Celui-là même qui avait fondé en 1975 la Communauté Saint-Jean , dont certains membres ont été jugés pour abus sexuels. Avant que le Vatican reconnaisse finalement, en 2016, dans un courrier confidentiel, « l’indulgence suspecte » des frères de Saint-Jean pour la pédophilie, les abus généralisés sur les femmes de la communauté.

Depuis plus de trente ans, vous œuvrez avec Golias pour mettre au jour les dossiers enfouis par l’Église, ses dysfonctionnements. Avez-vous perçu, au fil du temps, une évolution de sa posture, sa volonté de sortir de l’opacité ?

Il y a deux gros dossiers : les affaires de pédophilie, celles des religieuses abusées. A partir de 2010, l’institution prend conscience de la gravité du phénomène planétaire concernant les premières. Benoît XVI sort de la posture sur laquelle campait Jean-Paul II : à savoir que les affaires de pédophilie n’étaient que des complots contre l’Eglise. …

La suite de ce long interview se trouve sur le site de TÉLÉRAMA

L’ÉGLISE, CE GRAND CORPS MALADE

Névrose, emprise, conditionnement, perversité, dissonance cognitive, syndrome de Stockholm. Ces réalités morbides s’appliquent parfaitement à l’Église catholique. Et ce, de manière structurelle, à la racine même.

L’ÉGLISE, CE GRAND CORPS MALADE

« Venez et voyez. »

Jean 1:39

Reprenons :

Névrose : affection caractérisée par des troubles affectifs et émotionnels sans cause anatomique, et intimement liée à la vie psychique du sujet.

Emprise : domination intellectuelle ou morale.

Conditionnement : technique répétitive qui permet l’organisation d’un nouveau comportement par l’acquisition de réflexes conditionnés.

Perversité : tendance maladive à accomplir des actes immoraux, agressifs.

Dissonance cognitive : tension interne propre au système de pensées, croyances, émotions et attitudes (cognitions) d’une personne lorsque plusieurs d’entre elles entrent en contradiction l’une avec l’autre.

Syndrome de Stockholm : phénomène psychologique observé chez des otages ayant vécu durant une période prolongée avec leurs geôliers et qui ont développé une sorte d’empathie, de contagion émotionnelle vis-à-vis de ceux-ci, selon des mécanismes complexes d’identification et de survie.

La société était coupable de tous les maux, pervertie et immorale. Elle souffrait forcément de son éloignement avec Dieu et devait être rachetée de ses fautes. Toute remise en cause de l’Institution religieuse était, à l’inverse, un « péché », un complot, une tentative de Satan pour détruire l’Église du Christ. Il appartenait à l’être humain de se convertir et, à cette fin, de se laisser guider par le Magistère, détenteur infaillible de la Vérité sur terre.

D’où, pour tenter de concilier malgré tout l’inconciliable, la fuite devant la réalité, la chasse aux hérétiques, la menace de l’enfer et les persécutions en tout genre, tantôt physiques, tantôt spirituelles. Le tout, à l’évidence, pour l’Amour de Dieu.

Désormais, l’omerta se fissure de toute part et que voit-on ? L’Église souffre des maux qu’elle dénonçait. Elle a privilégié sa réputation à celle de ses victimes. Elle n’a rien d’une experte en humanité. Les dérives sont innombrables et planétaires – abus de faiblesse, cléricalisme, viols, pédophilie, etc. – et leur dénonciation provient de la société civile et des médias. Il n’est pas de complot ourdi, pas de forteresse assiégée, pas de comportement éthique dans son chef. Seulement d’immenses scandales recouverts impunément du manteau de l’omerta.

Il ne s’agit pas seulement du « péché » de quelques-uns, mais de crimes. Il ne s’agit pas seulement de crimes de quelques-uns, mais d’une structure mortifère qui a permis au Mal absolu de proliférer et d’atteindre d’abord les plus vulnérables, ceux qui ont cru en cette « Église-Mère », protectrice et dispensatrice des dons de « Dieu ». Ainsi, le Mal qui ronge et gangrène l’Église provient bien de l’intérieur. Et il n’est là, en réalité, rien de neuf. C’est juste qu’oublier l’histoire, c’est l’amener à se répéter, inlassablement. Le déni et l’hypocrisie n’ont que trop duré.

Disons-le clairement. Remontons à la source du Mal : l’Église a un problème avec le sexe. Avec la vérité faite de chair et de sang. Elle prétend parler au nom de « Dieu ». Elle ne cesse de brimer la vie. Elle s’est, de fait, construite et développée grâce à la contrainte, au malheur des gens, à la peur et à l’ignorance. Sa structure même s’est édifiée sur un régime totalitaire et un prétendu péché originel, censé être la cause du malheur de l’humanité.

Faute originelle. Chute. Rédemption. Voilà le triptyque, la pierre angulaire, le venin insufflé dès notre premier souffle. Les Sacrements – à commencer par le baptême -, les prières, les rites, les pèlerinages sauront vous rappeler, jour après jour, mois après mois, année après année que vous êtes « pauvres pécheurs ».

Comme le relève Jean Delumeau, dans Le péché et la peur. La culpabilisation en Occident (XIIIe – XVIIIe siècles), parlant de la névrose collective de culpabilité : « Un Dieu terrible plus juge que père en dépit de la miséricorde dont on le crédite par raccroc ; une justice divine assimilée à une vengeance ; la conviction que, malgré la Rédemption, le nombre des élus restera petit, l’humanité entière ayant mérité l’enfer par le péché originel ; la certitude que chaque péché blesse et injurie Dieu ; le rejet de toute distraction et de toute concession à la nature parce qu’elles éloignent du salut : tous ces éléments d’une ‘théologie primitive du sang’, pour reprendre l’expression de Bultmann, renvoient à une ‘névrose chrétienne’ que les recherches de la psychiatrie contemporaine ne permet plus de mettre en doute. » Voilà qui est dit avec clarté et qui, de fait, ne saurait laissé sans séquelle le croyant par trop fidèle.

Et face à l’ampleur du Mal, et de la pédophilie des clercs en particulier, comment réagit l’Institution religieuse ? Après le déni, elle parle de « péché », de conversion, de prière et de faute à… Satan. Sa vision de l’homme, de la femme et de « Dieu » n’a pas changé d’un iota. Sa doctrine mortifère, incapable d’aimer la vie et de prendre en compte le désir, poursuit son oeuvre de destruction. Empreinte d’un imaginaire religieux, elle se montre viscéralement incapable d’examiner ses propres défaillances pour ce qu’elles sont et, dès lors, de traiter les causes par des moyens rationnels et radicaux. Le déni s’est juste déplacé. Telle est l’anthropologie chrétienne, viciée d’un bout à l’autre, de la racine à ses fruits.

Après vingt et un siècles donc, voilà l’Église vouée à se réformer, encore et encore. Elle semble, soudain, découvrir l’ampleur du séisme. Aucun prophétisme, aucun exemple à en tirer, aucune leçon à donner. « De l’art sacré, des œuvres de bienfaisance », me dit-on parfois. Était-ce donc là sa Vocation première ? Était-ce donc le lieu où elle devait se distinguer du reste du monde ? Dans l’affirmative, qu’elle s’y cantonne. Dans la négative, force est de constater qu’elle a raté sa Vocation première, et commis d’effroyables abus de pouvoir sur les consciences.

Structurellement immorale, elle n’aura pas agi autrement qu’un pervers. Et, du haut de sa domination sur les corps et sur les âmes, elle n’aura cessé d’engendrer névroses, emprise, conditionnement, dissonance cognitive et syndrome de Stockholm. Selon la compliance des croyants à l’Église « une, sainte, catholique et apostolique ». Selon l’époque et le lieu de votre naissance.

Et, en prétextant conduire l’humanité au « monde à venir » (son « Credo »), elle se sera désintéressée de notre bien-être ici-bas. Luttant, à l’inverse, contre l’émancipation des femmes, la liberté de conscience, la modernité, la Démocratie. Ainsi, elle s’avère incapable de nous offrir le « salut », « ici-bas » comme « au Ciel »…

L’Église aura, bel et bien, créé un « dieu pervers », à son image. Un dieu anthropomorphique, miséricordieux mais juge, selon que vous confessiez, ou non, vos fautes et croyiez, ou non, en la sainte Doctrine. Mais, ce « Dieu » n’existe évidemment pas, pas plus que le « livre sacré » composé au fil du temps et interprété par le Magistère, censé contenir toute la Révélation divine.

Telle est la vérité, telle est la vraie bonne nouvelle. Mais l’emprise est profonde, et peu de croyants veulent la percevoir dans son tréfonds et en tirer les conséquences qui s’imposeraient. Les clercs, moins encore, mais il fallait s’en douter. Pouvoir et perversion ont toujours fait bon ménage. Et le « peuple de Dieu » sait se montrer fidèle et servile.

Nous voilà donc avec une minorité de « fidèles » qui, malgré tout, entend demeurer dans le « sacro-saint » giron ecclésial. Composée, pour l’essentiel, de croyants d’un certain âge qui, pour certains, espèrent encore des réformes substantielles – « Revenons à l’Évangile ! » – et de jeunes identitaires, pour qui les certitudes pérennes rassurent encore – « Revenons à la Tradition ! » Le tout, au nom du même Christ, encore et toujours…

Mais, a-t-on jamais fait du neuf avec du vieux ?

Je suis de ceux qui n’y croient plus. Et c’est alors que, comme tant d’autres avant moi, j’ai commencé à vivre…

« Soyez résolus de ne servir plus, et vous serez libres. »

La Boétie


L’idée de ce billet m’est venue après avoir visionné un documentaire [[PERVERS NARCISSIQUES – France 5 – Le Monde en face.]] poignant sur cinq femmes victimes d’un « pervers narcissique ». Le synoptique est le suivant : « Ce documentaire raconte l’emprise psychologique et la violence verbale d’un conjoint par un autre. De l’anéantissement de leur personne psychique, jusqu’aux déclics qui leur ont sauvé la vie, les victimes retracent leurs failles, leur enfermement jusqu’à leur reconstruction. »

Je me suis alors demandé si l’Église n’était pas elle aussi, à sa manière, une « perverse narcissique » : « Je suis ton salut, et sans moi tu n’es rien… » Derrière la façade, ne se cache-t-il pas une même violence invisible : séduction – emprise – destruction…

Et personne, ou presque, n’aura rien vu venir. Au point où, vingt-et-un siècles plus tard, les catholiques seraient encore plus d’un milliard à croire.

Amour, culpabilité, mensonge, autoritarisme, déni, silence, peur… quelques traits de caractère communs avec, ce qu’il est convenu d’appeler, le « pervers narcissique » ?

À méditer, me dis-je…


L’ÉGLISE, LA SEXUALITÉ ET SATAN : QUEL DÉLIRE ET QUELLE HYPOCRISIE !

Le pape François vient d’invoquer Satan pour expliquer la pédophilie au sein de l’Église. Par-delà la seule homosexualité cachée des prêtres, qui n’est pas un délit, la pédophilie, elle aussi cachée, en est un et doit être moralement condamnée. Mais il faut expliquer cette dérive et l’hypocrisie qui la masque par la vision négative du sexe qu’a le catholicisme, qui doit être rejetée.

Quiniou, L’Eglise, la sexualité et Satan : quel délire et quelle hypocrisie !

ESCLAVES SEXUELLES DE L’ÉGLISE

Des jeunes femmes, novices de l’Église, des sœurs catholiques, forcées aux relations sexuelles avec des prêtres, jusqu’aux portes du Vatican à Rome. Des mères supérieures qui prostituent leurs jeunes sœurs, pour satisfaire les hommes d’Église. Et même des sœurs enceintes forcées d’avorter. C’est l’un des scandales les mieux gardés de l’Église catholique, mais la vérité commence à émerger. Enquête exclusive.

Esclaves sexuelles de l’Eglise. Émission du 28/02/19

Les religieuses abusées de l’Église – C à Vous – 21/02/2019

LA PAROLE LIBÉRÉE

Enfants ou jeunes adultes, ils ont tous été les victimes de prêtres prédateurs, membre de leur famille ou de l’entourage proche. Amnésie et syndromes post-traumatiques, silence coupable et chape de plomb, ils vont mettre des dizaines d’années avant de trouver la force de témoigner.

La parole libérée. Émission du 22/02/19


Vous pouvez également me suivre sur mon blog « Deviens ce que tu es. » (PINDARE)