Au nom du libre évangile : Rendez-nous l’église !

Nous poursuivons notre réflexion sur le cléricalisme et l’élitisme tels que dénoncés par François dans sa Lettre au peuple de Dieu et alors que s'est conclu le Sommet sur les abus à Rome. Depuis août dernier, nous donnons largement la parole aux théologiens, journalistes et clercs désireux de participer à cette réflexion (Jacques Musset, Paul Fleuret, Mgr Dagens, René Poujol…) car nous sommes convaincus que c’est ensemble, à notre modeste échelle, que nous pourrons trouver une autre façon de faire Eglise, plus proche de l’Evangile mais surtout plus proche de l’humanité.

Nous poursuivons notre réflexion sur le cléricalisme et l’élitisme tels que dénoncés par François dans sa Lettre au peuple de Dieu et alors que s’est conclu le Sommet sur les abus à Rome. Depuis août dernier, nous donnons largement la parole aux théologiens, journalistes et clercs désireux de participer à cette réflexion (Jacques Musset, Paul Fleuret, Mgr Dagens, René Poujol…) car nous sommes convaincus que c’est ensemble, à notre modeste échelle, que nous pourrons trouver une autre façon de faire Eglise, plus proche de l’Evangile mais surtout plus proche de l’humanité.

L’entretien que nous avons eu avec Marie-Christine Bernard, théologienne spécialisée en anthropologie, est réjouissant sur bien des plans. Nous l’avions sollicitée il y a quelques mois et cherchions ensemble le meilleur moment pour évoquer ces turbulences que connaît l’Eglise. La parution de son article : « La grosse fatigue des cathos de base » dans Réforme1 en janvier dernier nous est apparu approprié pour aller plus loin, creuser les idées lancées dans cet article, innover. Marie-Christine Bernard note ainsi très justement la « rupture de confiance » entre les clercs et les laïcs, accentuée par la crise des abus qui a mis en lumière l’abus de pouvoir, la compréhension corrompue de ce pouvoir qui fait des prêtres des « ministres sacrés », pour parler comme le Code de Droit canonique (nous y reviendrons), et des fidèles des « sujets » (trois occurrences dans ce même code) ; sujets qui n’exercent aucun contre-pouvoir, cela n’existe pas dans l’Eglise. Cette « rupture de confiance » est aussi due au fait que l’Eglise n’est plus capable de produire des prêtres issus du peuple et donc de tous les milieux : tous, la plupart, sortent du même moule, avec les mêmes craintes, les mêmes lubies. Ensoutanés, colromanisés, encensés, les voilà armés pour la reconquête tout en charriant un mal-être qui laisse songeur (incapables de vivre seul, pris en charge sur tous les plans par des communautés archi-cléricales…). Sans compter le célibat imposé – qui n’aide pourtant pas à la bonne compréhension du pouvoir, qui apparaît comme un terreau, un facteur de déviances dans certains cas –, le meilleur allié du cléricalisme, dont ils sont en général des thuriféraires… Bien sûr, il ne s’agit pas de noircir le tableau, Marie-Christine Bernard elle-même note que les exceptions existent. Mais on ne pourra pas faire l’économie de cette réflexion : et si le mal-être de ces prêtres souvent identitaires était dû au système qu’ils défendent pourtant mordicus ?

Car nous avons déjà, avec les outils dont nous disposons, des moyens de faire autrement. Le Code de Droit canonique explique en effet que pour qu’il y ait une paroisse, il faut qu’il y ait un curé. Pivot de ce lieu, il assume tout, exerce tous les pouvoirs : gouvernement, enseignement et sanctification, ce que note Marie-Christine Bernard. Or, certains laïcs2 (hommes et femmes) missionnés par l’évêque peuvent déjà exercer certaines charges, notamment quand il y a pénurie de prêtres (c. 517 § 2). Ainsi, un laïc peut-il validement baptiser (c. 861 § 2), prêcher (c. 766), catéchiser (c. 776), donner la communion (c. 910-911), assister aux mariages (c. 1112 § 2), présider les prières liturgiques et célébrer les funérailles (c. 230 § 33). Rien ne nous empêche déjà, en pratique, d’appliquer ces canons et il ne tient qu’aux évêques de les utiliser. Cela permettrait dans un premier temps de décléricaliser nos communautés et de les responsabiliser par la même occasion. Cela permettrait également de décléricaliser les esprits de celles et ceux en demande de sacrements (par exemple), de changer les mentalités car chez beaucoup, encore aujourd’hui, des funérailles célébrées par des laïcs, des mariages célébrés par des diacres, passent encore pour des cérémonies au rabais. C’est pourquoi Marie-Christine Bernard note que « le cléricalisme a besoin de laïcs cléricalisés pour perdurer », et c’est bien vrai : il ne s’agit pas de prendre le pouvoir mais d’exercer un pouvoir au nom de notre baptême, d’exercer ses droits et devoirs élémentaires de chrétiens. Elle en profite également pour faire un sort aux séminaires et à ces « appels » qui permettent de mouiller Dieu à bons frais parfois. Ce à quoi nous ne pouvons que souscrire : quand on voit ce qui est imaginé, par exemple, dans le Vaucluse, avec ce séminaire du Chemin néo-catéchuménal (cf. Golias Hebdo n° 547) ou ce qui sera mis en place dans les séminaires de Rennes, Nantes, Orléans et de la Communauté Saint-Martin (cf. Golias Hebdo n° 549), on pressent que nos lendemains devraient être difficiles. Les sujets sont complexes, nombreux, et nous ne pouvons que remercier chaleureusement Marie-Christine Bernard de les avoir pris de front, d’avoir avancé au large avec nous en mettant des mots libérateurs sur quantité de nos intuitions et espérances.

1. https://www.reforme.net/idees/vie-en-questions/eglise-catholique-la-grosse-fatigue-des-cathos-de-base/ (article payant)
2. Formés et compétents, ils sont rémunérés justement (c. 231).
3. Selon ce canon, un non-prêtre peut « exercer le ministère de la parole, présider les prières liturgiques, conférer le baptême et distribuer la sainte communion », in CIC latin-français, Paris, Centurion-Cerf-Tardy, 1984, p. 37.

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4 réponses sur “Au nom du libre évangile : Rendez-nous l’église !”

  1. Au nom du libre évangile : Rendez-nous l’église !
    « Eglise »ne nous détourne pas du Christ.Nous Peuple de Dieu, osons !Mais croyons nous vraiment en JESUS-CHRIST?

  2. Au nom du libre évangile : Rendez-nous l’église !
    dériclariser : difficile
    De plus quand je vois déjà les « ravages » que peuvent provoquer des laïcs qui ont certes leur place dans l’Eglise, mais savent-il d’eux mêmes où commence leur « mission » et où elle « s’arrête ».

    J’ai plus que des doutes.
    Tous les abus ont eu la vie belle et continueront de persister allègrement.

  3. Rendez-nous l’église
    Je vous remercie pour toutes les questions et informations que vous donnez. J’ai sur mon site un lien avec le vôtre:
    http://www.jean-pierre-dalibot.net
    Je regrette dans l’article, Au nom du libre évangile : Rendez-nous l’église.
    Pour moi, l’Evangile et pour tous de même que la véritable Eglise et la grande maison que l’on j’appelle Univers.

  4. Au nom du libre évangile : Rendez-nous l’église !
    L’Évangile est une Parole . Son émetteur est libre , mais une fois la Parole dite elle est dite . Parler de Libre Évangile , veut dire que cette parole est interprétable au gré de chacun. Je ne dis pas les querelles ! Tant que cette interprétation est in petto cela va .

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