Foyers de charité : mains basses sur les retraitantes

Une nouvelle statue vient de tomber au milieu du petit peuple du Renouveau charismatique. Elle pesait lourd celle-là : André Marie Van Der Borght (VDB, son surnom au Foyer de Charité de Tressaint qu’il a fondé en 1966)
et que l’on soupçonne de gestes déplacés et de comportements inappropriés, envers des membres du Foyer ou envers des retraitantes venant écouter ses prêches… Le Renouveau poursuit ainsi sa litanie des anges déchus, après Philippe Madre, Frère Ephraïm, les fondateurs des Points-Cœurs ou de la communauté Saint-Jean ; les gourous, qui rappellent à leurs inférieurs les nécessités d’une chair mortifiée, se disent que cette règle ne prévaut pas pour eux… Eux qui tutoient les anges. Et comme chacun sait :
qui fait l’Ange… met assez vite la main aux fesses.

L’affaire est presque passée inaperçue… Mais, ça y est ! Mi-octobre dernier, les Foyers de Charité ont reconnu dans un « message aux membres et amis des Foyers de Charité »[[https://www.lesfoyersdecharite.com/message-aux-membres-et-aux-amis-des-foyers-de-charite-au-sujet-du-pere-andre-marie-van-der-borght/]] les « gestes déplacés » et « comportements inappropriés », selon les formules désormais consacrées, d’un de ses maîtres à penser : le P. Van Der Borght, dit VDB, fondateur du Foyer de Charité de Tressaint (Côtes-d’Armor) décédé en 2004. Rappelons que les Foyers de Charité ont été fondés par Marthe Robin, une voyante qui ne se nourrissait – paraît-il ? – que d’hosties consacrées, avec l’aide du bon P. Finet ; quantité d’évêques et de prêtres participent régulièrement à ces retraites prêchées dans près de 80 foyers répandus à travers le monde. Une vraie force de frappe.

Les rumeurs couraient depuis des lustres, du vivant même de VDB, mais naturellement, tout cela n’était que « calomnies », « vilénies » créées de toutes pièces par les ennemis de l’Église qu’il ne fallait surtout pas colporter. Le témoignage ci-dessous, de première main, décrit les retraites menées par le gourou VDB et les très spéciales séances de confessions auxquelles il soumettait les retraitantes. Sexe, argent, etc., on retrouvait les éléments des pires SAS au Foyer de Charité de Tressaint, sur fond de cantiques soporifiques et aspergés d’eau bénite[[On peut les trouver facilement sur le site YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=D84nMx5hSr4&list=PLTg2oJQG7x_xKExMq8Uo0Wx3a4wGocSsk]] . Et puis ce doute : Mgr Gosselin, désormais évêque d’Angoulême, ignorait-il vraiment (comme il l’affirme) les agissements de son prédécesseur ? Cela paraît invraisemblable. Avant d’être élevé à la dignité épiscopale, le P. Gosselin s’apprêtait à prendre la responsabilité de tous les foyers de charité comme modérateur (il fut remplacé par le Sénégalais Moïse Ndione, prêtre qui poserait problème dans sa gouvernance, dans des conditions qui, selon nos sources, ne respecteraient pas le droit). Mieux ! Tressaint n’est pas le seul foyer problématique : Baye (Marne) où une enquête est en cours et d’autres (en France et en Europe), également, actuellement passés au crible… L’Église, à bénir tout et n’importe quoi (surtout quand c’est bien dans la ligne romaine et complètement bondieusard), n’en finit pas de découvrir qu’elle a engendré des monstres. Pour le plus grand malheur des victimes et notre profonde honte. GOLIAS

Pour aller plus loin : GOLIAS Hebdo N° 552

Violence (suite)

Elle a été à nouveau au cœur de l’actualité, à la suite de l’agression dont a été victime une enseignante du lycée Branly de Créteil, sur laquelle un élève a braqué un pistolet en exigeant qu’elle le marque « présent » alors qu’il était arrivé en retard. Que le pistolet se soit ensuite avéré factice ne change rien au caractère sidérant de la scène.

Cela fait bien longtemps que l’on assiste à des conduites comparables, et cela, malgré ce qu’on dit, dans la majorité des établissements. Que ces actes en milieu scolaire reflètent la violence générale qui affecte la société est évident, mais ne les excuse en rien. Les sociologues devant ce véritable ensauvagement avancent plusieurs explications : individualisme forcené, revendication exclusive par chacun de ses droits au détriment de ses devoirs, déclin des valeurs ordinairement transmises par la famille, etc. Je suis d’accord avec eux, sauf quand ils font des délinquants des victimes de leur environnement. Cette culture de l’excuse, ce que Pascal Bruckner naguère appelait la « tentation de l’innocence », oublie que d’autres ont subi le même conditionnement, mais n’ont pas réagi de la même façon. Alléguer ici un déterminisme social absolu fait bon marché de la liberté de chacun, réduit ainsi à n’être que le jouet des circonstances.
Le plus préoccupant peut-être ici est la minoration systématique que fait la hiérarchie face à de tels actes, qualifiés d’« incidents », ou d’« incivilités ». Vouloir y répondre fermement relève alors d’une attitude « non pas éducative, mais répressive ». La vérité est que le directeur veut avoir dans son établissement le moins de conseils de discipline possible, pour qu’il soit mieux noté, et que la prime afférente lui soit bien attribuée. En quoi il est bien complice de cette violence. « Complice, disait Péguy, c’est pire qu’auteur, infiniment pire. C’est même pire que faire, car celui qui fait, il a au moins le courage de faire. Mais pour celui qui laisse faire, il y a la lâcheté en plus. » Et il concluait : « Il y a partout une lâcheté infinie. » Il n’y a rien de si actuel. – Voir : #pasdevague

Religieuses : la vie sans prêtre

Les communautés religieuses, qui célèbrent l’eucharistie quotidiennement, font face à un sérieux problème qui met en péril ce temps fort : le manque de prêtres.

En Suisse comme ailleurs en Europe, plusieurs communautés de sœurs se sont attachées les services de spécialistes en liturgie. Des cours qui doivent pallier le manque de messes quotidiennes. Mais un tel changement ne s’impose pas de lui-même dans les communautés. Certains membres rejettent des célébration sans communion, ce qui est souvent sources de tensions entre les sœurs d’une même communauté.

Les seniors précarisés

Le dernier rapport annuel du Secours catholique, publié le 8 novembre 2018, s’inquiète de la précarisation grandissante des seniors et des enfants depuis une dizaine d’années.

En 2017, le Secours catholique a accueilli 1,4 million de personnes dont près de la moitié sont des enfants. Les seniors sont de plus en plus nombreux à solliciter de
l’aide : les plus de 50 ans représentent désormais « un tiers » des personnes rencontrées, « contre un peu plus d’un quart en 2010 » d’après le rapport. Selon le secrétaire général, Bernard Thibaud (Secrétaire général de la CGT de 1999 à 2013) : « C’est le fruit du chômage de longue durée et de parcours de plus en plus hachés, qui débouchent sur des retraites difficiles […] Les ruptures de vie sont plus fréquentes et le phénomène est appelé à s’accentuer. »

L’église en France sera-t-elle « Sauvé » ?

L’assemblée plénière de la Conférence des évêques de France (CEF) qui s’est déroulée début novembre à Lourdes était attendue à plus d’un titre. D’une part en raison de la réception de quelques victimes (dans des conditions plus que discutables), d’autre part à cause de l’éjection de l’Officialité d’Auvergne-Rhône-Alpes du P. Vignon (cf. «Golias Hebdo» n°549) ; enfin parce que tous attendaient les décisions épiscopales en matière d’abus. Pour une fois, les évêques furent peu ou prou au rendez-vous des attentes… ce qui ne fut, hélas, pas le cas partout.

En effet, la veille de la clôture de l’assemblée plénière, Mgr Pontier, archevêque de Marseille et président de la CEF – flanqué de Mgr Crepy, évêque eudiste du Puy et président de la Cellule permanente de lutte contre la pédophilie, et de Mgr Ribadeau-Dumas, porte-parole et secrétaire général de la CEF –, convoquait la presse et annonçait la création d’une « commission indépendante chargée de faire la lumière sur les abus sexuels sur mineurs dans l’Église catholique depuis 1950 »[[1]]. A la tête de cette commission (qui enquêterait durant 18 à 24 mois) : Jean-Marc Sauvé, 69 ans, vice-président honoraire du Conseil d’Etat et président de la Fondation d’Auteuil. D’origine modeste, formé chez les jésuites, proche de la gauche qu’il servit – notamment les gouvernements Mauroy –, ancien secrétaire général du gouvernement de quatre Premiers ministres, la nomination de M. Sauvé fut saluée par l’opinion. De fait, ce choix n’est pas mauvais : réputé impartial, c’est aussi un catholique pratiquant qui ne fait pas mystère de sa foi sans pour autant l’étaler. A lui désormais de choisir les membres de cette commission et de mettre en place ce travail de mémoire et de vérité. A lui aussi de convaincre les évêques réticents à ouvrir leurs archives, répugnants de déterrer ce qu’ils espérèrent longtemps mettre sous le boisseau. Naturellement, le choix des membres sera primordial. D’après Jean-Marc Sauvé, seront désignés par lui seul des membres « de toutes opinions, de toutes confessions et par conséquent des croyants et des non-croyants »[[2]]. Déplorons néanmoins l’impasse faite sur les abus de pouvoir et de conscience, cette commission n’étant chargée que des abus sexuels même si son président postule que « son mandat est large et ne comporte aucune restriction ». L’autre aspect de cette assemblée plénière concerne les indemnités versées aux victimes d’abus commis par des clercs. Par principe, la CEF n’y est pas opposée, ce qui était loin d’être joué à l’avance : certains évêques renâclaient, arguant les difficultés financières rencontrées dans les diocèses. Quand bien même le moteur des victimes n’est pas l’indemnisation, la charge symbolique ne peut être négligée puisqu’elle participe à la réparation intérieure de celles-ci. En définitive, on ne peut que se réjouir du changement de braquet épiscopal après plusieurs années d’errance ; seule ombre au tableau : la présence toujours aussi malfaisante et inconsistante du cardinal Barbarin qui chercha à faire capoter cette assemblée d’automne en démettant de ses fonctions le P. Vignon à la veille de la rencontre lourdaise. Cette histoire n’est pas terminée : le code de droit canonique ayant été foulé aux pieds par le primat des Gaules, le P. Vignon a déposé plusieurs appels « en haut lieu »[[3]].

La CORREF au rendez-vous

Quelques jours plus tard, c’étaient 450 membres de la Conférence des religieux et religieuses de France (CORREF) qui étaient réunis à Lourdes pour leur assemblée générale bisannuelle. Présidée par la dominicaine Véronique Margron, elle a décidé de « s’associer pleinement à la décision prise par la Conférence des évêques de France (CEF) concernant la mise en place d’une ‘‘commission indépendante’’ »[[4]]. Par ailleurs, la CORREF – qui, à la différence de la CEF, ne découvre pas les ravages causés par les abus – souhaite continuer à développer les outils développés depuis longtemps : « Travailler ensemble sur la formation initiale et la formation continue dans nos Instituts, proposer aux Instituts des protocoles sur la protection des mineurs et des personnes vulnérables, rendre possible une meilleure prise en charge des auteurs, avancer sur différentes modalités de réparation pour les personnes victimes (…). Se saisir de la difficile question de l’accès à la parole des membres de nos Instituts qui ont été victimes, en France mais aussi en d’autres pays où nous avons des sœurs et des frères (…). Organis[er] groupes de travail et journées spécifiques, dans lesquels des personnes victimes pourront être parties prenantes, comme nous le faisons déjà. » On ne peut que saluer le travail courageux mené par les religieuses et religieux depuis de longues années au sujet des abus, entre autres sous l’impulsion de Sr Véronique Margron, et la ferme volonté de regarder en face un passé pas toujours reluisant.

Les évêques américains retoqués

Les évêques de France rejoignaient leurs diocèses quand ceux des Etats-Unis quittaient les leurs pour Baltimore où se tenait leur assemblée plénière. Là aussi, cette rencontre était très attendue. En effet, la Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis (USCCB) vit une crise majeure, la pire sans doute de son histoire, une partie de ses membres flirtant nolens volens avec le schisme depuis 2013 et l’élection du pape jésuite. Dès son élection, François chercha à reprendre en main cet épiscopat dont le conservatisme confine à la caricature en nommant aux postes clé des évêques ouverts[[5]]. En parallèle, le pape argentin se montre volontiers critique vis-à-vis de l’ultralibéralisme, la peine de mort (le Vatican n’est devenu abolitionniste qu’il y a quelques mois), et a voulu – mezzo voce – desserrer l’étau doctrinal à l’endroit des lépreux de l’Eglise (divorcés, remariés, LGBTI+…).

Tout ceci cristallisa davantage encore une USCCB déjà sur des charbons ardents… Les révélations autour de l’archevêque émérite de Washington, McCarrick (et sa démission du collège des cardinaux), le rapport pennsylvanien, les pamphlets de l’ex-nonce aux Etats-Unis, Mgr Viganò[[6]] (qui écrivit même aux évêques nord-américains alors qu’ils s’apprêtaient à siéger pour leur assemblée plénière !), la démission du cardinal-archevêque bergoglien de Washington, Mgr Wuerl, mirent sous le feu des projecteurs les dissensions et multiples divisions qui traversent cette conférence. Une trentaine d’évêques nord-américains soutiennent en effet l’ex-nonce – qui réclame la démission de l’évêque de Rome – dans ses accusations… Bien décidé à sortir de l’ornière, l’épiscopat voulait mettre en place de nouvelles mesures : nouveau code de conduite, nouveau mécanisme de signalement, création d’une commission d’enquête sous la direction de personnes n’appartenant pas à l’Eglise catholique. Las ! Rome – sur le conseil du nonce français aux Etats-Unis, Mgr Pierre – bloqua toutes initiatives jusqu’à la rencontre de février prochain de tous les présidents des conférences épiscopales avec le pape jésuite, ce qui ne manqua pas d’interloquer les observateurs et les évêques eux-mêmes, en premier lieu le président de l’USCCB, le cardinal-archevêque conservateur de Galveston-Houston, Mgr DiNardo, « [çu] »[[7]] car voyant dans cette décision un mauvais signal envoyé à l’opinion. Or, il apparaît que l’injonction était motivée. Ces nouvelles mesures ne faisaient pas l’unanimité au sein de l’épiscopat nord-américain (ce qui aurait renforcé l’image d’évêques divisés). Par ailleurs, il semble que Rome attendait de l’USCCB qu’elle aille plus loin, jugeant ces dispositions inadaptées à la situation.

Pour désamorcer le germe de polémique dans les médias relatif à cette injonction romaine, François nomma, le jour même où l’on apprenait cette dépossession des prérogatives épiscopales nord-américaines, un homme de confiance, réputé pour sa lutte contre les abus, au sein de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) : Mgr Scicluna, archevêque de Malte et désormais, en même temps, secrétaire adjoint de ce dicastère, soit numéro 3. Lui qui fit la lumière sur les dérives des Légionnaires du Christ et de leur fondateur Maciel, lui qui supervisa l’enquête sur l’épiscopat chilien après le calamiteux voyage pontifical de janvier dernier, est chargé d’organiser la rencontre de février prochain avec les présidents des Conférences épiscopales et, assurément, de dessiner la nouvelle ligne romaine en matière d’abus, charge ensuite aux épiscopats locaux de l’aménager chez eux. De fait, le pape argentin, chantre de la synodalité, s’aperçoit qu’il ne peut compter là-dessus s’agissant des abus ; il doit lui-même imprimer une ligne, les évêques étant incapables (par nature mais aussi par fonction) d’audace et de courage. Ainsi, en février prochain, Rome devrait décider de la direction à suivre par tous, les épiscopats étant chargés de l’appliquer (en l’adaptant çà et là aux particularités locales). A noter en outre que Mgr Scicluna prendrait la place à la CDF de Mgr Di Noia, un archevêque dominicain natif des Etats-Unis, réputé pour son archi-conservatisme8 et ayant dépassé les 75 ans depuis peu…

François à l’épreuve du changement

Cette réunion des présidents de conférences épiscopales, si elle n’est pas un synode (et encore moins un concile) prouve cependant la volonté bergoglienne d’associer l’ensemble des évêques au changement indispensable. La crise des abus qui traverse la planète de part en part démontre aux plus récalcitrants que la réforme de l’Eglise est plus que nécessaire : inévitable. Comme l’asséna à plusieurs reprises le National Catholic Reporter dans une lettre ouverte aux évêques des Etats-Unis à la veille de leur assemblée plénière : « C’est fini ! »[[9]] En effet, le roi est nu : plus aucun prêtre ne sera plus jamais vu comme « à part  » (soit sacré) ; l’exercice de l’autorité et même du magistère devront changer, se vivre de manière autre car le Peuple ne l’acceptera plus. Il va falloir penser les fonctions hiérarchiques différemment, le modèle que nous connaissons étant totalement obsolète et même mortifère. Oui, qu’on se le dise une fois pour toutes : « C’est fini !  »

1. https://eglise.catholique.fr/espace-presse/communiques-de-presse/463217-monsieur-jean-marc-sauve-vice-president-honoraire-conseil-detat-president-de-commission-independante/
2. https://www.liberation.fr/societe/2018/11/16/pedophilie-dans-l-eglise-la-commission-d-enquete-n-aura-aucune-restriction-selon-son-president_1692555
3. http://www.cheriefmvalleedurhone.fr/drome-entretien-avec-le-pere-pierre-vignon/?fbclid=IwAR00xnDUU3rZ-A5gz42OsrzS80mvImFyy_q57SIeU56KkclW933WaYmjYa8
4. https://www.viereligieuse.fr/Declaration-de-la-Corref-a-l-issue-de-l-AG-de-Lourdes
5. Mgr Cupich à Chicago, Mgr Tobin à Newark, Mgr McElroy à San Diego…, les deux premiers ayant été créés cardinaux en novembre 2016.
6. Notons que ce redresseur de torts vient d’être condamné par la justice à rembourser plus de 2 millions d’euros à son frère, qu’il a spolié intentionnellement : https://www.tdg.ch/monde/archeveque-spolie-frere-handicape/story/11522258
7. https://www.20minutes.fr/monde/2370819-20181113-etats-unis-vatican-bloque-mesures-eveques-americains-contre-abus-sexuels
8. Il fut un éphémère vice-président (juin 2012-septembre 2013) de la commission Ecclesia Dei, désireuse de récupérer les lefebvristes dans le giron romain, et en charge des discussions avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX).
9. https://www.ncronline.org/news/opinion/open-letter-us-catholic-bishops-its-over

Pour ne plus fermer les yeux devant les dérives sectaires dans l’Église : agissons ensemble !

« À partir du moment où la victime fait exploser sa prison,
la vie devient très difficile pour les prédateurs.
Ce qui est en train de se passer sous nos yeux doit se faire dans toute la société. »

« Suite à la lettre du Pape François au Peuple de Dieu que je reçois dans son entier, il me paraît évident que l’heure est venue de passer aux actes. »

Pierre Vignon, prêtre et Juge ecclésiastique

Déplorer les abus, c’est déjà en prendre conscience, mais agir, chacun et chacune à sa mesure, c’est encore mieux si l’on souhaite, à terme, les éradiquer. À cet égard, depuis que la loi du silence s’est fissurée sous l’impulsion de la société civile et des médias, force est de constater que l’Église catholique nous montre désormais une face bien moins évangélique. C’est peu dire, tant les abus commis de par le monde sont innombrables et de notoriété publique.

Parmi ces abus, je voudrais aborder, plus particulièrement, les abus de pouvoir sur les consciences qui trahissent de profondes dérives sectaires. La gravité et l’ampleur de celles-ci ont été révélées en 2013 au travers des médias français. Pour mémoire, le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Georges Pontier, avait alors répondu officiellement à une quarantaine de victimes d’abus sexuels et spirituels mettant alors en cause pas moins de quatorze communautés, mouvements d’église et congrégations religieuses(1) : Béatitudes, Famille monastique de Bethléem, Légion du Christ, Regnum Christi, Fraternité Eucharistein, Emmanuel et Fraternité de Jésus, Sœurs mariales d’Israël et de Saint Jean, Ancien collaborateur du père Labaky, Memores Domini (Communion et Libération), Communauté de Nazareth, Opus Dei, Points-Cœur, Communautés Saint-Jean, Fraternité diocésaine de Saint-Jean-de-Malte.

Dans un ouvrage paru en 2010 (le temps passe vite), Olivier Legendre(2) relevait déjà, de son côté, les propos audacieux d’un Cardinal : « Quatre mouvements principaux ont fait l’objet d’accusations de dérives sectaires: les Focolari, le Chemin Néocatéchuménal, l’Opus Dei, les Légionnaires du Christ. Il est dangereux de couvrir ces accusations du manteau du silence, il serait préférable d’investiguer pour arriver à une conclusion claire. »

Abus et dérives sectaires : une pétition pour agir

Depuis l’invitation du pape François « au Peuple de Dieu », les langues commencent à se délier au sein même de l’Église pour dénoncer le cléricalisme et ses dérives.

Ainsi, dans sa lettre du 20 août 2018, le pape invite expressément chacun et chacune :« …chaque baptisé (doit) se sentir engagé dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin. […] Il est impossible d’imaginer une conversion de l’agir ecclésial sans la participation active de toutes les composantes du peuple de Dieu. Plus encore, chaque fois que nous avons tenté de supplanter, de faire taire, d’ignorer, de réduire le peuple de Dieu à de petites élites, nous avons construit des communautés, des projets, des choix théologiques, des spiritualités et des structures sans racine, sans mémoire, sans visage, sans corps et, en définitive, sans vie. Cela se manifeste clairement dans une manière déviante de concevoir l’autorité dans l’Église – si commune dans nombre de communautés dans lesquelles se sont vérifiés des abus sexuels, des abus de pouvoir et de conscience – comme l’est le cléricalisme, cette attitude qui « annule non seulement la personnalité des chrétiens, mais tend également à diminuer et à sous-évaluer la grâce baptismale que l’Esprit Saint a placée dans le cœur de notre peuple. » Le cléricalisme, favorisé par les prêtres eux-mêmes ou par les laïcs, engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup des maux que nous dénonçons aujourd’hui. Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme. »(3)

Dans un article fort instructif retraçant l’histoire du cléricalisme catholique, que je vous invite à lire attentivement, Jacques Musset résume parfaitement notre propos en ces termes : « Commençons d’abord par une brève définition du cléricalisme en général, car le cléricalisme n’est pas le monopole du catholicisme. Le mot désigne la manière autoritaire dont le clergé d’une religion convaincu de détenir la Vérité par mandat divin prétend imposer sa doctrine et sa loi aux fidèles de cette religion et même au-delà. On en trouve de nos jours une illustration hors christianisme en Iran où non seulement l’Islam est religion d’État, mais où le clergé chiite exerce un pouvoir tout puissant en matière de foi, de mœurs et de politique, les résistants risquant la prison voire la mort.

Le cléricalisme catholique, lui, se manifeste par la manière dont les responsables de l’Église (pape, évêques et prêtres) et par extension certains groupes catholiques traditionalistes, tendent à imposer autoritairement la doctrine et la morale catholique officielle à l’intérieur de l’Église et aussi dans la société civile. Ces autorités catholiques sont en effet persuadées que l’Église catholique est dépositaire de la Vérité divine dont les autres Églises et traditions religieuses ne possèdent que des fragments, et en conséquence elles se croient mandataires du Christ et de Dieu pour diriger l’Église, conserver et interpréter la révélation divine transmise par le Christ et inspirer la conduite des affaires publiques dans le sens des principes catholiques. Tel est ce qu’on peut appeler le cléricalisme catholique. »(4)

C’est dans le contexte prérappelé que souhaite s’inscrire la présente démarche. De quoi s’agit-il au juste ? Par le biais d’une pétition en ligne sur « Change.org »(5), il s’agit prioritairement de dénoncer les abus commis dans et par certaines communautés et mouvements d’église et, de manière plus spécifique, au sein de la Légion du Christ, de l’Opus Dei et des Focolari.

Ces abus avaient encore été épinglés dans un livre paru en 2017 : « De l’emprise à la liberté. »(6) La parole, une fois n’est pas coutume, y est donnée à des personnes ayant été victimes de dérives sectaires dans les communautés et mouvements précités. Il importait également que ces témoignages soient analysés et interprétés par une diversité d’experts, étant en l’espèce : Dominique Auzenet, Prêtre, Exorciste (France), Vitalina Floris, Soeur, Ermite (Belgique), Vincent Hanssens, Psychosociologue, Professeur émérite à l’Université catholique de Louvain, Jean-Marie Hennaux, S.J., Professeur à la Faculté de Théologie des Jésuites de Bruxelles, Pascal Hubert, Avocat au barreau de Bruxelles, Damiano Modena, Assistant personnel de feu le Cardinal Carlo Maria Martini (Italie), Renata Patti (Italie), Miguel Perlado, Psychanalyste (Espagne), Monique Tiberghien, Psychothérapeute (Belgique) et Pierre Vignon, Juge ecclésiastique (France). Louis-Léon Christians, Professeur à l’Université catholique de Louvain, a préfacé l’ouvrage collectif.

Pierre Vignon, coauteur du livre « De l’emprise à la liberté. » et auteur de la pétition appelant à la démission du cardinal Barbarin(7), est également l’un des signataires de la présente pétition.

Pour vous faire une idée plus précise des dérives dénoncées et des (cinq) objectifs que soutient la pétition, je vous invite à vous rendre sur mon blog « Deviens ce que tu es. » (PINDARE)(8) (avec mises à jour régulières). Si, vous aussi, vous êtes convaincus de la nécessité de passer aux actes, pour faire « changer les choses », venez signer la pétition sur « Change.org  »(9).

Au vu notamment du soutien qui lui sera réservé, d’autres actions pourraient suivre.

Pour toute suggestion, n’hésitez pas à m’écrire : hubert.pascal333@gmail.com

1. Yves Hamant, Xavier Léger, Aymeri Suarez-Pazos, Appel de Lourdes 2013 : nous avons été entendus !, http://www.lenversdudecor.org/Appel-de-Lourdes-2013-nous-avons-ete-entendus.html. Voy. également : Golias Hebdo, n° 312, 21 au 27 novembre 2013.
2. Olivier Legendre, Confessions d’un Cardinal, J.-C. Lattès, 2010, p. 266.
3. http://urlz.fr/7DmH
4. Jacques Musset, « Lutter contre le cléricalisme catholique », Protestants dans la ville, octobre 2018, http://urlz.fr/83dq
5. À l’adresse http://urlz.fr/81n9
6. Sous la direction de Vincent HANSSENS, « De l’emprise à la liberté. Dérives sectaires au sein de l’Église. Témoignages et réflexions », éditions Mols, 2017.
7. « Appel d’un prêtre au cardinal Barbarin  », Change.org, http://urlz.fr/81mC
8. À l’adresse suivante : http://urlz.fr/83dk
9. http://urlz.fr/81n9

Chasse (suite)

Elle est au cœur des débats, à la suite du décès récent d’un vététiste britannique en Haute-Savoie, tué accidentellement par un chasseur. Dans ce contexte, répondant aux anti-chasse qui souhaitent interdire la chasse le dimanche, le député de La République en Marche de l’Aude, Alain Perea, vice-président de la commission développement durable à l’Assemblée nationale, n’a rien trouvé de mieux que de proposer sur Twitter d’interdire la pratique du VTT pendant la période de chasse : « La chasse ne dure que 4 mois par an. Pourquoi ne pas interdire le VTT pendant la chasse ? » (Source : cnews.fr, 10/10/2018)

On croit rêver. C’est culpabiliser les simples promeneurs victimes potentielles des inconscients à fusil : s’ils meurent, c’est bien fait pour eux, ils n’avaient qu’à ne pas se trouver sur la trajectoire fatale. Aussi faut-il leur interdire le droit de vagabonder où bon leur semble. À ce compte-là, pourquoi ne pas interdire l’accès de la voie publique aux passants, au prétexte qu’ils peuvent y être renversés et tués par un chauffard ? Ou encore interdire aux automobilistes de rouler le samedi soir, parce qu’ils peuvent être percutés par un énergumène alcoolisé ?
La vérité évidemment est que le lobby des chasseurs est très puissant, et que son poids électoral compte beaucoup. Ils viennent d’obtenir une diminution de 50% du prix du permis de chasse, qui est passé de 400 à 200 euros. Constamment ils demandent, et souvent obtiennent, des dérogations pour leurs « prélèvements », excipant parfois de leur « utilité scientifique » ! Que ne demandent-ils alors à ce compte l’indulgence pour les meurtres qu’ils commettent sur des personnes qui n’ont pas à se trouver sur leur chemin !
On doit évidemment y regarder maintenant à deux fois avant d’envisager une promenade dans la campagne en période de chasse. Mais le pire est moins d’y risquer éventuellement sa vie que de s’y sentir constamment un intrus et d’y voir les rôles renversés, à suivre le tweet délirant d’un membre de la représentation nationale !

Les sacrifiés de Dieu

Parmi les témoignages de victimes d’abus commis par des prêtres, celui porté par Jean-Pierre Sautreau dans son livre(1) est précieux. Il met en lumière des pratiques ecclésiales pour satisfaire le besoin de prêtres et démontre surtout que les abus dans l’Eglise ont toujours existé. L’auteur de cet ouvrage délicat, magnifiquement bien écrit, narre l’expérience vécue au début des années 1960 dans l’ancien Petit Séminaire de Chavagnes-en-Paillers, en Vendée.

L’auteur décrit le processus qui l’amène dans ce Petit Séminaire, comment un « monseigneur à la main leste » recrutait dans les familles les gamins de 10-11 ans afin de préparer le clergé de demain mais aussi satisfaire son penchant pour la chair de jeunes garçons. Avec une certaine mansuétude de la part de la hiérarchie. Pour arriver à bonnes fins, le prédateur faisait miroiter un avenir radieux aux jeunes pousses et à leurs parents, bien heureux à l’idée que leur enfant puisse s’élever socialement en servant l’Eglise et d’avoir « une bouche de moins à nourrir ». Violences sexuelles, violences physiques, violences verbales…

L’époque était assurément violente, l’enfant – et sa parole – sans poids dans le monde des adultes, ces derniers – surtout ceux qui n’avaient pu faire de longues études – s’en remettant avec la plus totale confiance à ceux qui avaient de l’instruction : maire, instituteur et bien sûr prêtre. En ce dernier, en Vendée notamment, la confiance était absolue, son jugement écouté. C’était l’époque où petits et grands séminaires constituaient la voie royale. Pourtant, à certains moments, on ne sait plus si, à Chavagnes, il s’agit d’un Petit séminaire ou d’une arrière-cuisine de l’enfer, où opèrent des démons habillés en curés. Ces gamins passent leur temps à prier en silence, soumis totalement à la cléricature sachante, « gourous » en soutane qui détiennent leur pouvoir de Dieu lui-même. « Du coup l’enfant se retrouve seul. Et quand il sera agressé comme moi et la plupart des abusés par son directeur de conscience, il sera perdu, incapable de comprendre et de peser l’acte et s’enfermera dans une solitude dépressive », note Jean-Pierre Sautreau qui ne sortira de ce carcan que des décennies plus tard, avec la publication d’Une croix sur l’enfance. Combien sont-ils dans son cas ? Combien en sont ressortis brisés à vie ? Combien ont survécu à ce déchaînement de mal ? Combien ont oublié ? Combien n’ont pas parlé ou ne parleront jamais ? De ce récit glaçant, on retient aussi que ces prédateurs ne furent jamais jugés, ils purent continuer de vivre sereinement, continuer de repérer des proies en paroisses pendant que les victimes tentaient de se reconstruire. En l’espèce, Jean-Pierre Sautreau ne fut pas cru, ni par la hiérarchie ni par ses proches. Cette solitude qu’il avait connue au petit Séminaire infernal de Chavagnes persistait au dehors ; comme le désert, l’enfer a-t-il une fin ? Cet ouvrage – témoignage bouleversant – est salutaire : pour les victimes en premier lieu, pour les chrétiens ensuite souvent ignorants de ces turpitudes, pour l’Eglise enfin qui doit affronter ce passé si elle veut se régénérer. Ainsi, il serait temps d’ouvrir les archives et de mettre en accusation ceux qui défigurèrent le visage du Christ, quand bien même ils sont désormais décédés ; pour les victimes et le Peuple, cette exigence de vérité est inévitable. Pour aller plus loin : http://golias-editions.fr/article5569.html

1. Jean-Pierre Sautreau, Une croix sur l’enfance, La Crèche, La Geste Editions, 2018.