Il y a cinquante ans : Humanæ vitæ

Dans une interview donnée, le 5 mars 2014, au « Corriere della Sera », le pape François déclarait au sujet d’Humanæ vitæ (désormais HV) : « Tout dépend de la manière dont l’encyclique HV est interprétée. Paul VI lui-même, à la fin de sa vie, recommandait aux confesseurs d’être très miséricordieux et attentifs aux situations concrètes. Mais sa génialité a été prophétique, il a eu le courage de se dresser contre la majorité, de défendre la discipline morale, de faire jouer un frein culturel, de s’opposer au néo-malthusianisme présent et futur. La question n’est pas celle d’un changement de doctrine, mais d’un travail en profondeur, qui fasse en sorte que la pastorale tienne compte des situations et de ce que les gens sont en mesure de faire. »

La tristement célèbre encyclique Humanæ vitæ, publiée par Paul VI à la fin de juillet 1968, vient d’avoir cinquante ans. Rappelons qu’elle condamnait la contraception en affirmant « le lien indissoluble que Dieu a voulu entre union et procréation » (n° 12). Seules les méthodes dites naturelles étaient légitimes ; quant aux méthodes artificielles, elles ouvriraient la voie à « l’infidélité conjugale et à un abaissement général de la moralité » ; elles feraient considérer la femme comme « un simple instrument de jouissance » (n° 17). Enfin, elles seraient une arme dangereuse aux mains d’autorités publiques. Si ce dernier argument était fondé, les femmes ayant usé de la contraception en France et ailleurs apprécieront les autres…

Une toute petite minorité de couples catholiques se rallia à l’enseignement de Paul VI, mais la masse des fidèles obéit bien plutôt à sa conscience, d’autant plus aisément que de nombreux épiscopats européens publièrent des « notes pastorales » apaisantes. Ainsi l’épiscopat français écrivait : « La contraception ne peut jamais être un bien. Elle est toujours un désordre, mais ce désordre n’est pas toujours coupable » (n° 16). Et la presse ne manqua pas de répercuter la bonne nouvelle.

Vint Jean-Paul II. Pour le vingtième anniversaire de l’encyclique, devant un congrès international de théologie morale, le 12 novembre 1988, le pape polonais renforçait encore l’autorité d’Humanæ vitæ en déclarant que cette doctrine n’a pas été inventée par l’homme mais « inscrite par la main créatrice de Dieu dans la nature même de la personne humaine et a été confirmée par lui dans la Révélation ». Humanæ vitæ est-elle donc infaillible ? Les évêques durent se taire. Benoît XVI reprit le discours de son prédécesseur et, faute de popularité auprès des catholiques, on s’habitua à parler d’une encyclique « prophétique » !

Mais aujourd’hui ? Il semble bien, en écoutant les rumeurs venues de Rome, que le pape François s’interroge : que faire d’Humanæ vitæ ?

[Pour aller plus loin : découvrez l’ensemble de notre dossier dans Golias Hebdo n°538 : http://golias-editions.fr/article5555.html]