Après l’éviction de Mgr Fellay : Rome à l’épreuve de la surenchère intégriste

Les intégristes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) ont donc un nouveau patron. Après vingt-quatre ans de règne sans partage de l’évêque Fellay, ordonné sans mandat pontifical par Mgr Lefebvre en 1988, voici donc un Italien de 47 ans,
le prêtre – ordonné par l’évêque Fellay en 1996 – Davide Pagliarani élu pour douze ans.

Ce serait une petite révolution – horresco referens  ! – que vit la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX), fondée par l’archevêque schismatique spiritain, Mgr Lefebvre, dans la foulée de Vatican II. Dirigée après la mort du fondateur en 1991 par l’évêque Fellay – ordonné sans mandat pontifical – durant près d’un quart de siècle, ce dernier vient d’être débarqué par le chapitre général réuni à Ecône (Valais suisse) jusqu’au 21 juillet. Les cathos de l’extrême ont choisi un Italien, le prêtre Davide Pagliarani – ordonné par l’évêque Fellay en 1996 – afin de présider aux destinées de la FSSPX pendant les douze prochaines années.

D’abord très franco-française, cette Fraternité dispose aujourd’hui de 637 prêtres à travers le monde (il y a 400.000 prêtres catholiques), c’est la raison pour laquelle Rome fait tout pour ramener cette minorité dans le giron de l’Église officielle. L’ex-supérieur général Fellay était de ceux – chez les intégristes – à vouloir ce rapprochement avec – à la clef – la possibilité d’une prélature personnelle (comme l’Opus Dei). Dans cette optique, le « prélat personnel » aurait été élu à vie et n’aurait obéi qu’au seul pape. Manque de pot, les intégristes étaient divisés sur ce rabibochage. D’une part car beaucoup de schismatiques ne digèrent toujours pas le Concile, surtout les textes concernant l’œcuménisme, la liberté religieuse et l’ecclésiologie plus horizontale instituée par les Pères conciliaires (dont Mgr Lefebvre !) ; d’autre part car la « Rome apostate » (selon le vocabulaire propre à ces extrémistes) est aujourd’hui dirigée, selon eux, par un dangereux progressiste qui veut relativiser l’immuable doctrine sur le mariage (entre autres). Quand bien même François a reconnu la validité des sacrements de Réconciliation et du Mariage (1) conférés par les prêtres de la FSSPX dans le cadre de l’Année sainte extraordinaire de 2015-2016, cela n’a pas suffi et l’évêque Fellay, 60 ans, qui est désormais pré-retraité.

Le nouveau triumvirat lefebvriste est donc composé du supérieur général Pagliarani et de deux assistants : l’évêque de Galarreta – lui aussi ordonné sans mandat pontifical par Mgr Lefebvre et peu enclin à lâcher du lest vis-à-vis du Concile – et du prêtre français Bouchacourt, ancien de Saint-Nicolas-du-Chardonnet (Paris-Ve), église annexée et occupée par la FSSPX depuis 1977, moins fermé que son collègue assistant. Signe particulier de ce trio : tous trois ont exercé leurs talents… en Argentine. Et qui était alors cardinal-archevêque de Buenos Aires ? Mgr Bergoglio puis Mgr Poli, créature bergoglienne, lesquels ont aidé la FSSPX à obtenir les différentes autorisations officielles afin de pouvoir œuvrer en toute légalité sur le territoire argentin. Les choses sont donc plus complexes. Bien sûr, la réconciliation Rome-Ecône a pris un coup dans l’aile avec cette élection. Mais la porte n’est pas fermée. La FSSPX mise désormais davantage sur la relation interpersonnelle, pariant sur la connaissance mutuelle des différents protagonistes (François, donc, et la direction intégriste) pour faire avancer son dossier. La mise à l’écart de l’évêque Fellay n’a rien d’un coup de tonnerre dans un ciel bleu. C’est plutôt son ambivalence, si ce n’est son ambiguïté, qui a été sanctionnée par ses camarades. Mais que l’on ne s’y trompe pas : le dialogue n’est pas rompu avec l’élection de ces nouvelles têtes. Au contraire, la FSSPX estime qu’elle est en mesure de faire avancer son dossier plus efficacement avec des gens qui ont côtoyé l’évêque de Rome dans une autre vie. Il est vrai qu’avec le pouvoir romain, il faut s’attendre à tout.

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1. Accordé en mars-avril 2017 dans une lettre du cardinal-préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Mgr Müller, dans une lettre adressée à l’ensemble de l’épiscopat.

Douze ans après nos révélations sur le « psy de l’Eglise » : Affaire Anatrella : la fin de l’Omerta

Ce n’est pas trop tôt ! Tony Anatrella, « prêtre et psychothérapeute », a été sanctionné par l’archevêque de Paris, Mgr Aupetit, au début de ce mois de juillet.

En Australie, Mgr Philip Wilson, archevêque d’Adelaïde âgé de 68 ans, vient d’être condamné à 12 mois de prison pour dissimulation d’agressions sexuelles. Le tribunal l’a condamné à purger une peine de six mois de prison minimum avant de pouvoir demander une libération conditionnelle et le Premier ministre australien, immédiatement après le verdict, a invité Mgr Wilson à démissionner. Réponse ? Non ! L’archevêque d’Adelaïde a bien l’intention de faire appel (qui peut prendre des années). Et d’expliquer qu’il présenterait cette démission si cet appel était perdu. La même semaine, en France, c’était l’affaire Anatrella qui revenait sur le devant de la scène ecclésiale.

De fait, sous le coup d’une « enquête préliminaire » (et non d’un procès canonique), le prêtre et soi-disant psychothérapeute Tony Anatrella, monsignore de 77 ans, vient d’être sanctionné par l’archevêque de Paris, Mgr Aupetit. Soupçonné d’abus sexuels, il a été « réprimand[é] » (selon le Code de droit canonique n°1339 §2 (1)), à savoir il lui est interdit d’exercer son ministère (célébrations, confessions, accompagnement spirituel) et d’exercer ses talents de thérapeute inconnu dans les sphères de la psychanalyse. Et que fit Anatrella ? Il déposa un recours ! Il serait innocent des crimes dont on l’accuse. Ces gens ne doutent de rien, ils s’estiment tout-puissants, intouchables ; un sentiment d’impunité les habite, en toutes circonstances.

Dans le cas de Tony Anatrella, Golias ne peut que se satisfaire de cette sanction (certes suspendue mais l’on ne voit pas trop bien comment on pourra revenir en arrière) qui valide, douze ans après, nos premières révélations à l’automne 2006 sur « les étranges méthodes du docteur Anatrella » (cf. Golias Magazine n° 110 (2)). A l’époque, des lecteurs nous avaient quittés et la hiérarchie – par la voix de l’archevêque de Paris, Mgr Vingt-Trois – assurait dans une lettre au presbyterium parisien que le prêtre et prétendu psychothérapeute bénéficiait toujours « de notre estime, de notre amitié et de notre prière ». Mgr Vingt-Trois ne faisait que prendre le relais de son maître Lustiger, grand protecteur de Tony Anatrella devant l’Éternel et qui n’avait pas bougé le petit doigt lorsqu’il fut saisi par les premiers témoignages de victimes. Il n’était pas possible de toucher alors à ce dit « expert » homophobe et concepteur de la fameuse « théorie du genre », cette mystification forgée par la Curie romaine visant à décrédibiliser les études de genre. C’est que ce personnage est toujours (visiblement) consulteur au Conseil pontifical pour la Famille, et chargé de mission sur les drogues et la toxicomanie auprès du Conseil pontifical de la Santé à Rome. Pis ! François l’avait nommé parmi les experts lors du premier Synode sur la Famille en 2014 ! C’est que sans compter sur les appuis des cardinaux Lustiger et Vingt-Trois, il pouvait aussi s’appuyer sur des protections romaines parmi lesquelles le cardinal-président émérite du Conseil pontifical pour la pastorale des services de santé (1997-2009), Mgr Barragan, un Mexicain très conservateur, et celle du cardinal-préfet sulpicien pour la Congrégation des évêques, Mgr Ouellet, que l’on ne présente plus et qui a préfacé l’un de ses ouvrages. Ces irresponsables sont toujours en poste ou coulent une retraite paisible… C’est dire si l’Église est entre de bonnes mains…

Quant à la Conférence des évêques de France (CEF), c’est un véritable silence de cathédrale ! Pas un évêque n’a eu la moindre réaction après la réprimande ni après le recours du curé douteux. Il faut dire que la grande majorité des évêques français a déroulé le tapis rouge devant Tony Anatrella durant au moins deux décennies. Combien de conférences et de retraites animées par ce pseudo-psychothérapeute dans les diocèses et séminaires ? Rome et les huiles ecclésiales françaises lui donnaient un nihil obstat, les accusations contre lui – à plus forte raison portées par Golias, suppôt de Satan et mauvais catholique – n’étaient que des machinations, du grand n’importe quoi. On voit aujourd’hui le résultat. Certes, l’Église est composée d’humains, par définition faillibles. Mais la faillibilité n’est pas synonyme d’amateurisme ; or, ce sont bien des amateurs qui gouvernent cette Église, des dilettantes qui font confiance au premier curé venu capable d’aligner à la suite deux concepts psychanalytiques, surtout si ce dernier sert a fortiori les visées idéologiques de la réaction. Des gens qui n’ont pas de vision à long terme du message qu’ils portent et pas plus d’honnêteté intellectuelle vis-à-vis d’eux-mêmes n’ont rien à faire dans notre Église. Il est grand temps qu’ils en prennent conscience.

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1. « A la personne dont le comportement a provoqué un scandale ou une grave perturbation de l’ordre, l’Ordinaire [c’est-à-dire l’évêque, NDLR] peut même donner une réprimande d’une manière adaptée aux conditions particulières de personne et de fait. » (cf. http://www.vatican.va/archive/FRA0037/_P4W.HTM)

2. Toujours disponible en version papier et pdf (cf. http://www.golias-editions.fr/article1092.html

Perplexité

Je viens d’y être encore plongé avec le dernier film sur la foi que je viens de voir : La Prière, de Cédric Kahn. J’avais déjà eu des réticences avec L’Apparition de Xavier Giannolli, à cause d’une vision traditionnelle et doloriste de la foi catholique (Golias Hebdo, n°470). Ensuite c’est Marie Madeleine qui m’a ennuyé par son académisme, exception faite de la toute dernière séquence sur la nécessité d’intérioriser le Royaume (Golias Hebdo, n°480). Et maintenant c’est seulement le dernier plan du film de Cédric Kahn qui m’a intéressé. Si cela continue, j’irai voir les films de ce type juste quelques secondes avant la fin de la projection !

L’histoire est celle d’une rédemption, calquée sur le scénario chrétien majoritaire depuis saint Paul, et que j’ai trouvée banale parce que mille fois vue : voyez par exemple tous les films de Scorsese, avant le remarquable Loup de Wall Street, dont la fin refuse tout rachat de ce type. Devant tant de positivité, j’ai pensé à la phrase de Gide : « On ne fait pas d’œuvre d’art sans la collaboration du Démon ». On a cité Bresson : mais ce dernier n’élude pas la négativité, au contraire. C’est elle qui triomphe à la fin du Diable probablement, avec le suicide du héros. Les cheminements de la grâce se font chez lui par de bien plus tortueux abîmes.
Dans le film le jeune garçon revenu à Dieu veut se faire prêtre. Mais le souvenir d’une relation avec une jeune fille fait qu’il hésite. En route pour le séminaire, il bifurque brusquement et va retrouver la jeune fille. Le film s’arrête là-dessus, fort habilement. À nous de conclure : vient-il lui faire ses adieux ? Ou veut-il vivre avec elle, et renoncer à la prêtrise ?
Finalement seul ce dilemme m’a intéressé. J’ai réfléchi à l’absurdité du célibat des prêtres, même paré du nom de sacrifice. Et j’ai repensé à cette réplique du film de Buñuel Belle de jour : Semen retentum venenum est (Retenir sa semence est un poison). Quelle violence dans cette attitude ! Violence faite à soi d’abord, et dont les autres même peuvent pâtir. Dommage qu’il faille attendre ce dernier plan pour y réfléchir !