Trombinoscope : pourquoi l’église de France fait fausse route ?

Quelle cuvée ! Plus le temps passe et plus c’est pire ! En un peu plus de dix-huit mois, entre la publication du Trombinoscope 2016-2017 et cette nouvelle mouture, la situation ne s’est guère améliorée. L’année 2017 serait presque une annus horribilis pour l’Eglise en France : de Mgr Ravel, évêque victorin aux Armées promu archevêque de Strasbourg en février à Mgr Aupetit, évêque de Nanterre promu archevêque de Paris en décembre, de la nomination du tradismatique Mgr Malle à Gap-Embrun (de la Communauté de l’Emmanuel, ancien thuriféraire du candidat François Fillon) en avril 2017 à celle, en février 2018, de son confrère Mgr Christory à Chartres, lui aussi chacha de l’Emmanuel anti-choix virulent1, aucune occasion ne nous fut donnée de sabrer le champagne, à part peut-être la nomination de Mgr Hérouard, apparatchik de la Conférence des évêques de France durant des années et qui est devenu, après un court passage au Séminaire français à Rome, évêque auxiliaire de Lille. Mais attention, pas de quoi s’enflammer…

Le plus étonnant, c’est que cela fait cinq ans que cela dure. Au niveau universel, bravo cher François ! Exceptés deux ou trois points, nous ne pouvons qu’applaudir. Mais au niveau français ? Un vrai désastre ! Des évêques nommés et promus qui ne correspondent pas à ce que les diocésains attendent, des pasteurs qui ne peuvent – avec de telles idées – porter un discours d’ouverture dont a tant besoin pourtant notre société. Certes, on pourra toujours dire : « Le pape argentin ne connaît pas les spécificités nationales dans les détails : on lui dit de signer là, il signe là… » L’épiscopat est donc à l’Église ce que la préfectorale est à l’État : un haut-fonctionnariat. Les évêques appliquent, pour beaucoup, des directives venues de Rome, certes moins dogmatiques qu’auparavant, mais tout part encore du sommet pour atteindre la base. Une autre forme de ruissellement, quelque part… Ils n’ont plus qu’une seule expression à la bouche : « disciples missionnaires ». Ce concept bergoglien – fourre-tout – permet aux esprits ouverts comme à ceux des plus fermés de se réclamer de l’évêque de Rome – c’est là son génie, d’une certaine manière. Mais pour quelle vision ? L’Église en France, au vrai, navigue à vue, traversée par maintes divisions.

Elle est prisonnière de ses propres choix et de ceux imposés par Rome depuis 1978. On a tout fait pour faire fuir les chrétiens de gauche au profit des communautés traditionnelles et charismatiques, riches en vocations presbytérales. Il s’agit d’une preuve que l’on n’a pas cherché à investir davantage les laïcs et quand on les a intégrés au système, on les a transformés en laïcs cléricalisés : des sous-curés exaspérants. Par ailleurs, ce nouveau christianisme, très à droite sur tous les plans, a transformé le catholicisme en idéologie prenant le contrepied de notre société, comme si le monde dans lequel nous vivions lui était étranger, devait être redressé. On n’a jamais demandé à l’Église de se taire et de ne pas défendre ses points de vue. Cependant, l’anticléricalisme nouveau que nous vivons prend sa source dans la volonté acharnée du clergé et de ces chrétiens réactionnaires d’imposer leurs idées aux États. Pis ! Parmi les chrétiens n’adhérant pas du tout à ce catholicisme typé, on sent monter cet anticléricalisme, nourri – de surcroît – par les affaires d’abus sexuels commis par des clercs et des religieux. La façon dont la Conférence des évêques de France (CEF) – et Rome – a géré ces histoires est indigne. On a beaucoup glosé sur l’Église chilienne et l’implication de prélats dans la protection de clercs pédophiles (cf. Golias Hebdo n° 523), mais c’est bien ce qui pend au nez des évêques de France si des décisions énergiques et emblématiques ne sont pas prises dans les semaines qui viennent.

Évoquons encore et enfin les laïcs salariés, les laïcs en mission ecclésiale (LEME), tous sacrifiés dans les diocèses pour raisons économiques et… pour continuer de pouvoir payer prêtres et séminaristes (le cléricalisme a encore de beaux jours devant lui) alors que la situation n’a jamais été aussi tragique. L’Église en France est en train de mettre en œuvre un plan social de grande ampleur, qui ferait les gros titres de la presse s’il s’agissait d’une usine appartenant à une entreprise du CAC 40. La chance des évêques, c’est que cela ne concerne que quelques unités par diocèse, ce qui a pour intérêt de lisser cette charrette de licenciements, de les dissoudre dans la masse des anonymes qui chaque jour perdent leur travail. Mais que de souffrances provoquées par des chrétiens chez des chrétiens ! Heureusement, il demeure parmi nos pasteurs des gens intelligents, qui s’intéressent à tout et aux autres, pour qui le mot « humain » signifie encore quelque chose. Mais cette livraison du Trombinoscope des évêques de France 2018-2019 nous rend pessimistes pour l’avenir. Non désespérés : face à l’idéologie chrétienne, l’Évangile demeure la meilleure arme. Notre Église marche actuellement sur des œufs, elle n’a pas encore pleinement pris conscience que cela fait plus de vingt ans qu’elle fait fausse route. Que lui faudra-t-il pour qu’elle ouvre enfin les yeux ?

[découvrez l’ensemble de notre dossier : http://golias-editions.fr/article5539.html]

1. Cf. son mot final lors de son ordination épiscopale : https://www.chartres.live/fr/videos/c-agglo/ordination-nouvel-eveque-de-chartres-796.html (à partir de 2’44’’00).

Solitude

Je viens de lire qu’au Japon, pays où la population vieillit et où les solidarités familiales se défont, certaines personnes âgées volent dans les magasins des produits qu’elles auraient pourtant les moyens financiers d’acheter, uniquement pour être mises en prison et ainsi ne plus êtres seules. Il s’agit surtout de femmes veuves : ainsi 20% des détenues japonaises sont des personnes âgées, la plupart du temps incarcérées pour des infractions mineures. Pendant la journée, elles bénéficient des soins d’auxiliaires de vie. Mais la nuit, c’est aux surveillants de se charger de ces tâches et de jouer ce rôle. En conséquence, le nombre de démissions de ceux-ci augmente. (Source : Slate.fr, 20/03/2018]])

Ce m’est ici l’occasion de méditer sur la solitude. Il y en a de deux types : celle qui est choisie, car elle peut être très féconde et créative si on sait bien l’habiter, et celle qui est subie, cas des femmes évoquées plus haut. Dans ce dernier cas il vaudrait mieux parler d’isolement. Il croît d’ailleurs dans le monde entier. On n’a jamais eu autant de contacts virtuels avec Internet, et autant d’absence de contacts réels, c’est-à-dire autant de situations d’isolement. Les « amis » de Facebook par exemple ne sont que des pseudo-amis (voir mon billet « Amitié », Golias Hebdo, 19/08/2010).
Certains aussi compensent leur sentiment d’isolement de façon bizarre. Ainsi, toujours au Japon, on voit fleurir les poupées d’amour en silicone (love dolls), qui ne sont pas seulement des objets sexuels, mais véritablement des êtres à l’image des humains, que certains hommes entourent de soins quotidiens (voir mon billet « Poupée », Golias Hebdo, 13/07/2017).
Jusqu’à présent ce sont aussi les animaux de compagnie qui servent d’objets transitionnels, et permettent de rompre un peu l’isolement. À l’avenir, ce peut être aussi les robots, sur lesquels on fonde de grands espoirs. Mais si attentionné et écoutant soit un chien par exemple, ou bien sûr dans une moindre mesure un robot, cela remplacera-t-il un échange et un contact véritablement humains ?

Paul III (Alexandre Farnèse) 1534 – 1549

La carrière de Paul trois ne fut pas fortuite :
Très lointain descendant de Boniface huit,
Diplômé en lettres classiques,
Il est vite promu chez les ecclésiastiques.

Par l’entremise de sa sœur
Qui avait les faveurs
Papales, Alexandre, âgé de vingt-cinq ans,
Est nommé cardinal. Quelques années plus tard,
Il est père de quatre enfants,
Trois garçons et une fille, tous des bâtards
Qui vivent fort à l’aise
Dans le palais Farnèse*
Grâce à d’opulents bénéfices.
Après son élection, il promeut deux jeunots

Au rang de cardinaux :
C’étaient ses petits-fils.
A cette époque, népotisme
Rimait avec catholicisme.
Les quelques mécontents turent leurs remontrances
Parce que profitaient de ses munificences
De nombreux artistes et le peuple romain.
Sous l’égide de Charles-Quint,
Le pape convoque le Concile de Trente
Afin de dénoncer les idées protestantes :
On doit adhérer à ce que l’Eglise dit
Sur le péché originel* (Cf. Pavé insolent)
Et sur la présence réelle
De Jésus dans la sainte hostie.
Paul Trois était un personnage
A qui l’on doit l’abolition de l’esclavage*.
A qui les Jésuites savent encore gré
Du soutien décisif qu’il leur a apporté.
Parmi eux, il y eut l’austère Bourdaloue,
L’énigmatique Daniélou
Et Teilhard de Chardin*, un fervent visionnaire
Que d’aucuns ont jugé trop révolutionnaire.

Le palais Farnèse

Ce Palais est avant tout la demeure de la famille Farnèse voulue par Alexandre Farnèse, le futur Paul III, qui avait chargé l’architecte Antonio da Sangallo d’en concevoir les plans. Après la mort de ce dernier en 1546, lui succède Michel-Ange qui avait déjà remporté un concours pour la corniche monumentale qui domine l’édifice. Après Michel-Ange, les architectes Vignole et Della Porta poursuivent les travaux qui ne s’achèveront qu’en 1589.
Le chantier aura duré près de 75 ans.
Le Palais est passé aux descendants de Paul III : ses petits-fils Ranuccio (1530-1565), surnommé le « Le Grand cardinal ou cardinal Saint-Ange », et Alexandre « le Jeune » (1520-1589), le « Grand cardinal », puis son arrière-petit-fils Edouard (1573-1626), tous trois cardinaux, qui en complèteront la construction et la décoration.
En 1874, le palais devient le siège de l’Ecole française de Rome.
En 1911, il est vendu par la Maison des Bourbon de Naples au gouvernement français.
En 1936, l’Italie et la France signent une convention établissant que le gouvernement italien redevient propriétaire du palais mais en cède l’usage, pour une durée de 99 ans, au gouvernement français pour y accueillir l’ambassade de France en Italie

Abolition de l’esclavage

Le 3 juillet 1315, Louis X Le Hutin (Le querelleur)  publie un édit qui affirme que ‘Selon le droit de nature, chacun doit naître franc’. Officiellement, depuis cette date, ‘Le sol de France affranchit l’esclave qui le touche’.

L’ordonnance n’est cependant valable que dans le domaine royal et les serfs doivent
racheter leur liberté.

En  1537, Paul III condamna officiellement la pratique de l’esclavage. Compte tenu des conséquences économiques, cette dénonciation n’eut pas d’effet sur les souverains d’Occident. Avant même que l’Église ne prît position sur ce sujet, seul Charles-Quint avait interdit l’esclavage.  

Teilhard de Chardin (1881-1955)

Pour Teilhard, prêtre de la Compagnie de Jésus (autrement dit ‘jésuite’) matière et esprit ne sont que deux facettes d’une même réalité, ce qui lui permet de donner un sens à sa foi en l’incarnation du Christ : Cosmogenèse, biogenèse et noogenèse (formation de l’âme et de la conscience) sont les moments essentiels de l’évolution dans laquelle il voit une spiritualisation progressive de la matière, dont l’homme est la clé, et Dieu, le point initial et final, l’alpha et l’oméga.

Il s’oppose ainsi à la tradition chrétienne biblique et aux courants créationnistes qui ne tiennent pas compte des millions de données paléontologiques conservées dans de nombreux musées dans le monde.

Papes pères de famille
Félix III (483-492) : Veuf et père de deux enfants
Hormisdas (514-523) : Marié avant d’être ordonné ; père du pape Silvère
Adrien II (867-872) : Marié et père**d’une fille (1)
Serge III (904-911) : Avec lui, commence la période dite de la pornocratie. Selon le Liber pontificalis (2), avecMarozia,duchesse de Toscane, devenue sa maîtresse à l’âge de 13 ou 15 ans, il eut un fils, le futur pape Jean XI.

**
Jean XVII (1003) : Marié avant d’être pape ; père de trois fils qui devinrent évêques.
Clément IV (1265-1268) : Veuf, père de plusieurs enfants dont au moins
deux filles.
Félix V (1439-1449) : Veuf et père d’un fils ; dernier antipape
Innocent VIII (1484-1492) : Marié avant d’entrer dans ordres, père de
plusieurs enfants légitimes et illégitimes.
Alexandre VI Borgia (1492-1503) : Père, en tant que prêtre, de quatre
enfants qu’il eut en 1470 avec Vannozza Cattanei, une jeune patricienne
romaine, puis, en 1489, père de Laura avec sa maîtresse Giulia Farnèse.
Jules II (1503-1513) : Probable père de trois filles illégitimes quand il
était cardinal.
Pie IV (1559-1565) : Père supposé de trois fils illégitimes.

**
(1) : Information fournie par Claude Fleury, prêtre et historien, auteur d’une/‘Histoire ecclésiastique parue en 20 volumes entre 1691 et 1720.
(2) Le Liber Pontificalis (Livre des papes), constitué à Rome à partir du Ve siècle , est un catalogue chronologique de tous les papes et évêques de Rome.

Papes fils d’ecclésiastiques
Damase 1er (366-384) Fils de prêtre
Innocent I (401-417) : Fils du pape Anastase 1er
Boniface I (418-422) : Fils du prêtre Iocundus, selon « Liber pontificalis »
Félix III (483-492) : Fils du prêtre Félix
Agapet I (535-536) : Fils de Gordien, prêtre romain tué pendant une émeute du
temps du pape Symmaque.
Silvère (536-537) Filsdu pape Hormisdas, né avant l’ordination de son père.
Théodore I (642-649) : Fils d’un évêque palestinien.
Etienne VI (896-897) Fils d’un prêtre nommé Jean (selon la Tradition)
Jean XI (931-935) : Fils du pape Serge III
Jean XV (985-996) : Fils de Leo, un prêtre romain.

Pavé insolent

Dialogue entre Michel et Gabriel
à propos du péché originel
M «  Hormis les catholiques purs et durs qui prennent pour argent comptant le récit de la Genèse, le croyant lambda veut bien croire à une faute commise par Adam et Eve mais n’admet pas en être comptable.
G – D’ailleurs, un musulman ne croit pas au péché originel.
M – Mais toi, y crois-tu ?
G – Auparavant, laisse-moi te faire une confidence : Je ne supporte plus la recommandation du célébrant au début de chaque messe : ‘ Reconnaissons que nous sommes pécheurs.’ Si Dieu a fait l’homme à son image, qui est le fautif ?
M – Tu ergotes ! Tu sais très bien que tu as la liberté de choisir entre le bien et le mal.
G – Et alors ? Cela ne signifie pas que je suis nécessairement un pécheur ! Entre nous, cette histoire de pomme n’est pas crédible.
M – Tu adopterais donc la position du Coran ?
G – Sur ce point précis, pourquoi pas ? Je ne suis pas le seul chrétien dans ce cas-là. Dimanche dernier, un célébrant a changé la formule en disant  ‘Reconnaissons nos faiblesses…’.
M – Finalement, ça revient un peu au même.
G – Pas du tout ! Il n’est plus question d’être un pécheur-né mais un pécheur accidentel.
M – D’après toi, les goûts de luxe de Paul Trois sont-ils des exemples de faiblesses ?
G – En l’occurrence, le mot faiblesses me paraît fort faible. »

« Gaudete et Exsultate » : l’hymne à la joie du pape François

Après la joie de l’Evangile (Evangelii Gaudium) et celle de la miséricorde (Amoris Laetitia), la troisième exhortation de l’évêque de Rome nous invite à la joie de la sainteté : « Soyez dans la joie et l’allégresse. » (Gaudete et Exsultate) Il n’est pas anodin que le titre de ce troisième volet soit extrait des béatitudes qui constituent pour François « la carte d’identité du chrétien ».

François nous offre une nouvelle exhortation enthousiasmante. Au sens littéral, il s’agit bien de se laisser saisir par Dieu. L’appel à la sainteté de tous et pas seulement d’une petite élite hors-monde, rappelé par le Concile, est ici reformulé avec force. Mais le pape n’est pas un donneur de leçon, et il ne veut pas non plus faire un traité théologique. Non, il veut nous faire réentendre un appel à la joie de croire et d’aimer. Dans le monde tel qu’il est. Pour que l’Eglise soit ce qu’elle doit être : le témoin de la miséricorde de Dieu. Le mot « joie » revient plus de quarante fois comme un refrain mais aucune mièvrerie dans les propos de l’évêque de Rome. Sa sérénité n’a d’égale que sa combativité, et il rappelle le texte qui devient le critère de discernement : « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir. » (25, 35-36) Et François de « supplier les chrétiens » de recevoir ces paroles « avec une ouverture d’esprit sincère, “sine glossa”, autrement dit, sans commentaire, sans élucubrations et sans des excuses qui les privent de leur force. Le Seigneur nous a précisé que la sainteté ne peut pas être comprise ni être vécue en dehors de ces exigences, parce que la miséricorde est « le cœur battant de l’Évangile ».

Le bonheur paradoxal des béatitudes se réalise dans la joie de lutter pour un monde qui ressemble au rêve de Dieu. Bonne lecture pour ce chemin de sainteté.

La prière peut nous aider et notamment celle, combative et sereine, attribué à Thomas More, que « recommande » François et qu’il dit tous les jours : « Donne-moi une bonne digestion, Seigneur, et aussi quelque chose à digérer. Donne-moi la santé du corps avec le sens de la garder au mieux. Donne-moi une âme sainte, Seigneur, qui ait les yeux sur la beauté et la pureté, afin qu’elle ne s’épouvante pas en voyant le péché, mais sache redresser la situation. Donne-moi une âme qui ignore l’ennui, le gémissement et le soupir. Ne permets pas que je me fasse trop de souci pour cette chose encombrante que j’appelle ‘‘moi’’. Seigneur, donne-moi l’humour pour que je tire quelque bonheur de cette vie et en fasse profiter les autres. Ainsi soit-il. » (téléchargez l’ensemble de notre dossier sur : http://golias-editions.fr/article5521.html)

Henri Tincq : La grande peur des catholiques de France

C’est un livre(1) qui tombe à point nommé. Un livre qui décrit bien le catholicisme actuel en France, qui cherche à comprendre comment on en est arrivés là. Et ce qu’écrit Henri Tincq, ancien vaticaniste aux quotidiens La Croix et Le Monde, la rédaction de Golias aurait pu le signer des deux mains. D’hebdomadaires en revues, depuis plus de trente ans, nous ne cessons d’avertir sur une certaine dérive de l’Eglise en France. Comme Henri Tincq, nous disons depuis longtemps : « Je ne reconnais plus mon Eglise !  », nous entendons de la part de prêtres et de laïcs ce même constat, mâtiné de désespoir et de chagrin souvent. Peu ou prou, La Grande Peur des catholiques de France valide nos propres constatations ; nous le notons d’autant plus volontiers que l’auteur de cet ouvrage n’a jamais été et n’est pas proche de la rédaction, loin de là.

Henri Tincq a grandi dans l’Eglise préconciliaire, a vécu le souffle de Vatican II, a observé et commenté la vie du catholicisme romain et français. Il tire aujourd’hui une sonnette d’alarme en distinguant le repli identitaire des catholiques français, comme révélé à la face du pays par les scores de François Fillon et de Marine Le Pen aux dernières élections présidentielles et l’extrême diminution des « cathos de gauche », lesquels colorèrent longtemps la vie politique de la France, « four où se cui[sait] le pain intellectuel de la chrétienté tout entière »(2), dixit Paul VI en mai 1964. De l’enfouissement qui consistait à être « ferment » (Mt 13, 33/Lc 13, 20-21), nous voilà passés aux « tradismatiques », mot-valise forgé par le chercheur à l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès, Gaël Brustier, que l’auteur reprend à son compte et qu’il complète en évoquant un « néo-intransigeantisme ». L’Eglise en France en 2018 est prisonnière des mêmes fondamentalistes qui œuvraient déjà au XIXe siècle et dans l’entre-deux-guerres, des gens qui ont peur – et qui la communiquent – de leur époque.

L’islam cristallise un certain nombre d’inquiétudes : la pensée réactionnaire – que l’on retrouve dans l’épiscopat français – subvertit chaque jour davantage les différentes structures de l’Eglise en France pour qui le dialogue interreligieux – malgré les événements et un bon responsable national, le P. Feroldi – ne semble plus la priorité ; nous le mentionnions déjà il y a quelques semaines, il est à présent question non de discuter mais de « convertir les musulmans  » (cf. Golias Hebdo n° 519). De même s’agissant des questions morales : les ultra-catholiques font beaucoup de bruit et influencent l’Eglise en France, « tétanisée », selon Henri Tincq, d’où cette pusillanimité, voire cette couardise, que d’aucuns relèvent s’agissant des évêques français. Catholique, aujourd’hui, a pour synonymes « anti-choix », « anti-mariage pour tous », « anti-euthanasie »… On ne discute plus, on assène des vérités ; on ne cherche pas à comprendre, on veut imposer. Ce qui fait l’essence du catholicisme de gauche – l’aspect social et humanitaire, l’économie au service de l’Homme, une planète plus respectée – est dénigré par ces tenants d’un absolutisme chrétien qui considèrent le pape argentin comme un marxiste populiste dangereux. Parallèlement, la laïcité a elle aussi muté : les attentats liés aux fondamentalistes de l’islam, mais aussi à l’aspiration des catholiques réactionnaires à vouloir imposer leurs points de vue à tous, ont rendu moins ouverts, plus revendicatifs, ceux qui croient que le fait de croire relève de la sphère privée. Henri Tincq développe les grandes idées de son ouvrage dans l’entretien qu’il a bien voulu nous accorder et pour lequel nous le remercions chaleureusement. C’est un chrétien aussi inquiet que nous qui s’exprime aujourd’hui. Puisse-t-il être entendu par les évêques : l’avenir de l’Eglise en France passe par le dialogue et la main tendue. [découvrez l’ensemble de notre entretien avec Henri Tincq dans Golias Hebdo n°523 : http://golias-editions.fr/article5520.html]

Notes : 1. Henri Tincq, La Grande Peur des catholiques de France, Paris, Grasset, 2018. 2. L’auteur en fait un intertitre dans le chapitre 7.

Pudibonderie

Elle est le fait de Facebook, et ce jusqu’à la caricature. Ainsi le tableau de Delacroix La Liberté guidant le peuple a été censuré par le célèbre réseau social, parce que montrant le buste dénudé de Marianne. Celui qui l’avait posté s’est entendu répondre par le modérateur : « Nous n’autorisons pas les publicités avec de la nudité, même si cela n’est pas d’ordre sexuel. Cela inclut la nudité à des fins artistiques ou éducatives. Les publicités de ce type sont de nature sensible et ne sont donc pas autorisées » (Source : lefigaro.fr, 17/03/2017).

Ainsi le moindre bout de sein féminin qui sera visible tombe systématiquement sous les foudres du censeur. On pense à Tartuffe : « Couvrez ce sein que je ne saurais voir ! » Le gouvernement français n’avait pourtant pas vu d’offense à la pudeur dans le célèbre tableau, puisqu’il figurait sur un billet de banque à l’époque du franc, comme symbole de la République.
À côté de cela, Facebook ne censure pas les propos haineux qui inondent son réseau, et qui sont parfois de vrais appels au meurtre. La violence lui fait moins peur que le sexe. Il ne prend pas non plus des précautions suffisantes pour préserver l’intimité des internautes, et pour éviter qu’elle ne soit captée et utilisée à des fins commerciales ou même politiques, comme il vient de se voir dans une affaire impliquant une Agence de communication ayant favorisé par ce biais l’élection de Donald Trump. À l’évidence, notre réseau pratique allégrement le « Deux poids, deux mesures ».
De toute façon, si le ridicule tuait, il ne réchapperait pas de sa pudibonderie. Non content d’avoir censuré L’Origine du Monde et les Nus de Modigliani, il a refusé que paraisse sur la Toile la reproduction d’une Vénus préhistorique, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’est pas sexy ! Simplement elle était nue, et ce fut rédhibitoire. Le comble est qu’il a maintenant accepté une version de Marianne avec un bandeau cachant sa gorge et portant le logo Facebook. L’internaute qui l’a postée en représailles dit que c’est à pleurer de rire, et il a bien raison !