SNCF : la privatisation du rail en marche

La privatisation du secteur du rail est en marche. Le président veut franchir une étape mais la mobilisation cheminote est au rendez-vous. Allons-nous vers un nouveau décembre 1995 ?

On retrouve des échos du discours du pouvoir exécutif dans les conversations. Au club de sport de Verrières-le-Buisson, dans l’Essonne, la semaine dernière : « Les conducteurs de TGV, ils gagnent au moins 2500 euros par mois grâce à leur statut ! Ils ne sont vraiment pas à plaindre et en plus ils vont faire grève ! » A Paris, dans un quartier plus populaire que la moyenne, un sympathisant de La République en marche croit dans les vertus de la concurrence : « En Angleterre, il a fallu que les compagnies privées apprennent à gérer ce secteur qui avait été monopolisé pendant des décennies par une compagnie publique. Je crois qu’il n’y a plus de problème, les Anglais sont contents. »

Pour le premier, les cheminots se mobiliseraient uniquement pour garder leurs « avantages », comme les billets gratuits dont ils disposent, eux et leurs familles. La dette de la SNCF est lourde mais ses salariés n’en sont pas responsables : elle a été contractée par l’entreprise pour suivre les directives

données par l’Etat de miser sur le TGV. Cette dette était d’ailleurs supportée par l’Etat jusqu’au milieu des années 1990, lorsque la facture a été transférée à l’entreprise : il fallait couper le lien entre la SNCF et le Trésor public afin de préparer l’ouverture à la concurrence. Déjà. Le second est mal informé. La concurrence a déjà été essayée dans le rail.

En France, c’était avant 1938, pendant cent ans. Les compagnies privées constituaient des monopoles locaux et n’investissaient pas afin de maximiser leurs profits. C’est ce système injuste et inefficace qui a été supprimé par le Front populaire. Au Royaume-Uni, les Anglais sont plus mécontents que jamais. Jeremy Corbyn, à la tête du Labour Party, fait un tabac à chaque meeting lorsqu’il promet la renationalisation du secteur. Et, les rangs Travaillistes se renforcent comme jamais en vingt ans. Le message est clair, là-bas. Il l’est aussi ici pour les usagers qui refusent de devenir des clients.

« L’Apparition » de Xavier Giannoli :  quand l’enquête devient quête

Il est des filiations qui se devinent, se préparent de longue date et se prolongent, telle celle qui existe entre Martin Scorcese et Xavier Giannoli. Celui-ci découvre le cinéaste américain, une toute première fois en rentrant en Corse, sur le ferry. Désormais, il sera marqué comme lui, par les thèmes de la violence et de la rédemption, il sera sensible aux fêlures et ouvert à l’inquiétude, à cette sorte de spiritualité diffuse qui ne se cantonne pas dans les églises mais habite plutôt la trame ordinaire des vies. Tous les deux furent, un moment de leur jeunesse, enfant de chœur et scout. Une trace chrétienne s’impose en eux : la part de questionnement et d’ouverture au mystère, témoin cette phrase de l’évangile qui vous saute au visage à la toute fin du film de Scorcese, Raging Bull.

Bien avant L’Apparition (2018) le cinéphile aura noté, outre le professionnalisme des films que Giannoli porte à l’écran, la série des parcours atypiques de personnes conduites par les circonstances, dépossédées d’elles-mêmes, se laissant embarquer un moment et puis sombrant le plus souvent. Dans Quand j’étais chanteur (2006), romance sans prétention, reprenant un air de Michel Delpech en conversion, il embarque des rêveurs en des espérances impossibles. Avec A l’origine (2010) au titre volontairement biblique , on croit, grâce au jeu de François Cluzet, à l’adhésion forcenée de toute une population à un projet démesuré d’autoroute en souffrance… jusqu’à l’évidence. Avec Marguerite (2015) Catherine Frot en actrice principale, il se place à l’intime des êtres qui peuvent s’illusionner sur leurs talents, encouragés par des flatteurs, jusqu’au désastre final. D’une certaine manière, depuis vingt ans, Xavier Giannoli distille des fables sur les formes d’adhésion sociale : qu’est-ce qui fait donner sa confiance ? En 2012, il faisait jouer Kad Mérad en Superstar d’un jour : qu’est-ce qui conduit un homme ordinaire à devenir célèbre, du jour au lendemain, à devoir porter la célébrité des modes mensongères ? Cet arrière-plan, comme une diagonale en pointillé, ne pouvait que convoquer un jour la croyance religieuse avec sa part de démonstration voire de fascination médiatique. C’est ce qu’il manifeste aujourd’hui avec L’Apparition qui sort sur les écrans et provoque les débats. Xavier Giannoli a trouvé en Vincent Lindon un acteur capable d’incarner sa propre quête : qu’est-ce qui se cache derrière ces mouvements sociaux d’adhésion pouvant aller jusque embrigader, utiliser, voire détruire des sujets ?

Les personnages sont placés dans le contexte de la France du Sud-Est, – on se rappelle ce que fut l’épisode du Mandarom de triste mémoire – mais on voit bien qu’il s’agit en filigrane d’interroger aussi les apparitions de Medjugorge. Un article sur ce lieu fut un déclic assumé par le réalisateur. Là aussi, en ce lieu reconstitué, Anna, la voyante, est protégée par un ou des prêtres, franciscains missionnaires, et entourée de religieuses. Le Vatican a fait appel à un journaliste de guerre, Jacques, qui travaille pour le compte du quotidien Ouest-France, afin de participer à une enquête canonique. Lui ne connaît rien au sujet, mais bientôt il voudra utiliser tous les moyens de sa formation pour mener à bien sa mission. Nous sommes tenus en haleine et plongés dans le réel d’un contexte trouble que le présent impose (foyer d’accueil, camps de réfugiés, prison).

L’enquête rudement menée progresse. La part de l’amplification médiatique met du temps à se révéler. Il est clair qu’à un premier niveau ce film pourrait donner dans la critique la plus virulente des processus psychologiques qui peuvent continuer à faire croire que depuis trente ans la Vierge de Medjugorge continue à envoyer des messages au monde, messages dont la longueur inhabituelle et l’insipidité moyenne frôle l‘invraisemblance.

Toujours est-il que dans ce film, le dévoilement de l’excès et de l’imposition médiatique de vérités construites de toutes pièces, pour la bonne cause, se fait insistant, pesant et crédible. On comprend trop bien que les mécanismes insidieux de l’influence – pour de bonnes intentions toujours – conduisent des êtres affaiblis par la souffrance et les blessures d‘enfance à maintenir un discours d’adhésion totale. Habituellement, les foules, c’est connu, maintiennent facilement le cap et on trouve toujours des multitudes intéressées par les flux financiers venant d’adoration béate. Giannoli signale qu’il avait retenu le bon mot du pape François disant que Medjugorge « ne lui semblait pas trop catholique ». On s’attendait à une mise en veilleuse du phénomène. Il faut croire que depuis, d’autres justifications ont invité à surseoir.

Serait-il dit que le film de Giannoli s’achève comme une enquête qu’elle est, par une boîte d’archives classée dans une armoire. Fin d’une manipulation avérée. Il y a pourtant dans ce film qui vous tient en haleine, un moment « où l’enquête se fait quête » comme le dit le cinéaste. Loin d’être une fin de non-recevoir, comme si les religions n’étaient que manipulations, le journaliste est discrètement rejoint par des signes qui lui sont suffisamment nets (et bien filmés) pour que l’auteur témoigne de cette foi possible qui « voyage incognito », « à hauteur d’homme » et se donne à s’éprouver dans des détails de rien, parlant pour soi, suffisant à mettre en route. Les différences entre les êtres ne sont pas là où on le croit. Il en est qui « se sont perdus » dans un système englobant les sécurisant dans une pratique mobilisante à base de mensonges construits. Il en est d’autres qui naissent à eux-mêmes en quittant les seules analyses réductrices et reconnaissant les pas légers qui semblent les mener ailleurs. A ras de l’évangile, en pleine terre humaine. Là où s’entend une petite musique qui ne se livre pas tant à la vue trop évidente mais à l’oreille intime
(thème récurrent dans le film). Tel un jeu de plumes virevolant dans les airs comme y invite l’auteur.

Un film aux milles présences

Ce film de sensations est constitué de mille présences, moins du discours que du langage des mains qui savent s’approcher, se reconnaître et se livrer. C’est l’une des clefs du film. La foi qui se dit là, ne se mesure pas à des visions quand elles s’habillent de conventions et cherchent l’engagement médiatique, le soutien numérique, mais se diffuse comme un parfum se livrant dans l’amitié des êtres qui se confortent et peuvent nourrir la confiance. Ce serait trop simple d’enfourcher la condamnation des entraînements sociologiques, ils existent bien et Medjugorge n’en est pas dégagé loin de là. Mais on ne peut que reconnaître l‘honnêteté foncière de cette parole qui se glisse à l’oreille, comme la révélation appauvrie, déstabilisée dans ses certitudes, conduisant à un surplus d’humanité. Ce film rare, qui paraît de dénonciation, est d’un humanisme spirituel subtil et respectueux. Avec lui, nous sommes invités à quitter le tout ou rien et à respecter bien des nuances. Le mystère demeure. « Dieu voyage le plus souvent incognito » est pour l’auteur un quasi-leitmotiv depuis qu’il a lu cette phrase de Kierkegaard dans le témoignage de Jean-Claude Guilbaud.

N.B. A propos de Vincent Lindon, Xavier Giannoli écrit :« Comme tous les grands acteurs, c’est d’abord un corps, une force de vie qui touche les objets et interroge la présence physique des gens en face de lui et des décors qu’il traverse. Cette force d’incarnation, je savais que je l’aurai et que cela donnerait une réalité à l’enquête de Jacques, justement dans un univers où il est question de spiritualité. Jacques commence donc par être un corps étranger dans l’univers d’Anna… et il va rencontrer un regard. À la fin du film, on voit que le regard de Jacques a changé, qu’il perçoit désormais autre chose du monde et des êtres. Le journaliste, qui a passé sa vie à chercher des preuves tangibles, a rencontré sa limite. Il a découvert un monde où la preuve n’est rien et où l’invisible gardera ses secrets.»

Pâques… une traversée de la fragilité

En cette année où la liturgie nous fait relire l’Evangile de Marc, les éditions Grasset viennent de publier la traduction du livre de Sandro Veronesi, « Selon saint Marc ». Texte incisif comme l’est le second Evangile. Ou le premier… à être écrit. « Ce que j’entreprends dans ces pages, écrit notre auteur, c’est de montrer en quoi cette primitivité de Marc est en réalité une formidable modernité. » Un « Evangile d’action » à redécouvrir.

Nous voici donc en cette grande semaine pour faire mémoire de la mort et de la résurrection de Jésus. Si la mort de cet homme, condamné par les autorités religieuses et politiques, ne fait guère de doute pour la plupart, il n’en est pas de même pour sa résurrection qui ne cesse de poser question au point que beaucoup, y compris parmi les catholiques, n’y croient pas. Rassurons-nous, les disciples eux-mêmes eurent des difficultés à reconnaître le Ressuscité. Tous les évangiles en témoignent et Paul ne réussit pas à convaincre les Athéniens : « Nous t’entendrons là-dessus une autre fois. » (Ac 17, 32) Les premiers chrétiens n’ont donc pas voulu gommer leurs doutes et celui qui les exprima le mieux est saint Marc qui nous accompagne en cette année liturgique. Nous vous proposons de le suivre dans sa description de l’itinéraire des disciples. Piètres disciples qui ne comprennent rien. A la mort de Jésus, ils sont loin. Et les femmes qui prennent le relais, témoins du tombeau vide au matin de la Pâque, sont paralysées par la peur. Elles gardent le silence au lieu d’aller transmettre la nouvelle que Jésus, vivant, précède ses amis en Galilée. L’évangile de Marc, dans sa première version, s’arrête sur ce silence craintif et cette finale ne cesse d’interroger. On aurait pu rêver mieux pour un écrit de propagande !

A moins que… Marc ne désire pas poser plus de questions qu’il ne veut en résoudre ! Et si la résurrection était moins une certitude intellectuelle qu’une invitation à faire confiance au-delà de nos peurs ? Le tombeau est vide, désespérément vide, à moins qu’il ne faille dire « espérèment » vide ! Pourquoi vouloir combler ce manque ? L’incompréhension et la peur dominent les disciples. Peur de quoi ? De ce Jésus qui sans cesse dérange, peur de la puissance de la résurrection ? Peur de découvrir un Dieu qui nous précède en Galilée… Dans l’évangile de Marc, Jésus déserte la pieuse Jérusalem pour aller dans cette contrée aux croyances approximatives… le carrefour des nations !

Jésus est seul quand il meurt. Comme nous sommes, ultimement, seuls face à la souffrance et à la mort. Marc, par son écriture, nous questionne : le Christ sera-t-il définitivement seul ou trouvera-t-il des compagnons pour dire que la mort n’a plus le dernier mot ? Bonne Pâque, bonne traversée de la fragilité avec Celui qui l’a vécue pour que nous puissions l’assumer comme lui. Dans le cri qui déchire le rideau du temple, « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », il y a bien la solitude du désespéré mais aussi la foi : « Mon Dieu ». C’est cette foi qui traverse l’épreuve que nous vous souhaitons. [Pour aller plus loin : téléchargez l’ensemble de notre dossier : http://golias-editions.fr/article5517.html]

Lézard

Ce petit reptile bien inoffensif n’a rien apparemment qui puisse inspirer de grandes pensées, et je ne pensais pas jusqu’à présent qu’il pourrait me mener à réfléchir sur un épisode évangélique. Pourtant c’est ce qui s’est produit. Je viens de lire dans Wikipedia qu’une variété, le lézard basiliscus, peut courir sur l’eau sur de courtes distances, et que pour cette raison on l’appelle « Lézard Jésus-Christ ». À l’origine de cette capacité, la combinaison d’une vitesse de onze kilomètres par heure et de la forme de ses pattes qui lui permettent de créer des bulles d’air à la surface de l’eau et de s’appuyer dessus avant qu’elles éclatent. Pour qu’un être humain puisse faire la même chose, il faudrait qu’il coure à environ 110 kilomètres par heure et qu’il possède des muscles quinze fois plus puissants.

Peut-être Jésus était-il lui-même dans ce cas ? C’est la question qu’un littéraliste pourrait se poser. L’épisode de Matthieu 14/25-31 nous le montre marchant à la surface d’un lac. Laissant mon lézard, j’ai relu l’épisode. Et je me suis dit que le littéralisme ici ne menait pas très loin, sauf à exposer à la noyade ceux qui voudraient eux-mêmes faire l’expérience. Cela s’est vu paraît-il sur une plage de Libreville où un jeune pasteur d’une église pentecôtiste s’est noyé en voulant marcher sur l’eau, selon plusieurs sites Internet dont je ne connais pas la fiabilité.
Mais peu importe ! Il me paraît bien étrange que le même Jésus qui refuse tout miracle dans sa Tentation au désert ait pu réellement ici en faire un. À l’évidence, le sens est symbolique. À Pierre qui s’élance vers lui, et qui a peur de se noyer, Jésus répond : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » (v.31)
En effet ce qui cause nos noyades dans nos vies est le manque de confiance. Comme lorsqu’on perd un équilibre physique que l’on pourrait tenir naturellement, simplement par la pensée, par la peur de le perdre, l’intervention du mental qui parasite tous nos élans.
Brave lézard, qui m’a mené à une conclusion essentielle : c’est de la peur qu’il faut avoir peur, et non d’autre chose !

Barbarie

Je viens de lire que tous les ans, aux îles Philippines, le Vendredi saint est célébré par des crucifixions réelles. À travers cet événement, aussi traditionnel que sanglant, ce sont les dernières heures de la Passion du Christ qui sont reconstituées. Légionnaires romains en armes, couronnes d’épines, flagellations, entailles aux rasoirs : chaque élément se veut le plus fidèle possible aux dernières souffrances du Christ (Source : Lefigaro.fr, 14/02/2017).

On trouve pareils actes au Mexique, où finalement le Dieu chrétien n’est  pas très éloigné de la cruelle divinité mexicaine Quetzalcóatl, qui exigeait en permanence des sacrifices humains.
Ce dolorisme et ce masochisme sont une modalité bien connue et fort ancienne de la dévotion catholique. On la trouve déjà sous forme symbolique dans le Stabat Mater : Fac me plagis vulnerari / Cruce hac inebriari / Et cruore Filii (Fais que je sois blessé par ses blessures / Que je m’enivre de cette croix / Et du sang répandu de ton Fils). L’imagination s’hallucine à l’évocation empathique de la scène, maints « Exercices spirituels » y invitent, avec même le concours d’esprits de renom comme Pascal, et il ne faut donc pas s’étonner que de là on aille très vite à l’incarnation dans le réel. On pense à la Passion tuméfiée, vrai match de boxe, du film de Mel Gibson La Passion du Christ (2004).
Assurément il y a là une déviation pathologique de la foi, et cette vision de la Croix, attestée malheureusement par certains textes, est théologiquement contestable. Mais ce qui surprend en l’espèce, c’est la marchandisation du spectacle. En effet les organisateurs veulent préserver cette tradition pour que les enfants continuent d’y participer, « par dévotion ou pour s’amuser » (même source). En outre spectateurs philippins et touristes étrangers affluent tous les ans : tout au long des chemins de croix se trouvent des vendeurs de boissons fraîches et de gâteaux. L’imposture de cette pratique est donc double : à la fois vraie folie pour ceux qui y croient, et oubli du sens pour les autres, simple amusement et intérêt commercial.

« Jésus le Messie » : ils veulent convertir les musulmans !

Allez hop ! Après les LGBTI (cf. Golias Hebdo n° 517), au tour des musulmans d’être convertis au christianisme ! C’est la grande entreprise de « Jésus le Messie », un groupe ayant pour but d’annoncer l’Evangile aux musulmans et, entre autres, d’« informer et montrer aux catholiques, pasteurs compris, qu’ils ont une responsabilité dans l’accueil ou le non-accueil, dans le soutien ou l’absence de soutien aux convertis à cause de l’interdiction islamique de se convertir au christianisme » (http://www.jesus-messie.org/le-forum/les-objectifs)

Environ deux cents catéchumènes venus de l’islam (soit 5,42 %) seront baptisés lors des prochaines Veillées pascales dans différents diocèses français, selon La Croix(1). Si la rencontre entre le Christ et le croyant touche à l’intime, on peut malgré tout se questionner sur la façon dont celui-ci a connu la foi chrétienne et comment il en est venu à demander le baptême, comment il a cheminé vers le sacrement, comment il a discerné cet appel. Cette interrogation se pose après notre enquête sur Jésus le Messie, un « Forum [qui] vise à appeler l’attention de l’Église, du monde politique et du monde musulman sur la situation des musulmans qui deviennent chrétiens. Il réunit des convertis venus de l’islam et des groupes ou associations qui œuvrent pour l’accueil et l’évangélisation des musulmans. »(2)

En effet, Jésus le Messie, ses intervenants, son site Internet…, tout respire l’extrême droite de Dieu, rejointe par les charismatiques que ces histoires de conversions intéressent au plus haut point. Selon les témoignages de participants à ces forums, l’islam y est dénigré, Vatican II et la liberté de conscience relativisés et déconsidérés… Il s’agit d’apprendre à évangéliser des musulmans, non pas dialoguer avec eux mais proposer la foi chrétienne, seule vraie religion digne de confiance, si l’on ose dire, qui s’impose à tous. Ces discours fondamentalistes sont assénés par des figures du traditionalisme et du Renouveau charismatique, très conquérantes, pour certaines très sulfureuses. Il s’agit d’user de prosélytisme, « ce avec quoi le Concile a rompu », nous rappelait en substance le P. Feroldi, directeur du Service national des relations avec les musulmans au sein de la Conférence des évêques de France, à qui nous avons demandé son éclairage et que nous remercions. Il note par ailleurs qu’en fonction des catholiques, les approches sont différentes, qu’il y a comme une tergiversation, mais qui apparaît à nos yeux comme une ambiguïté au vu de cette enquête. Au vrai, l’Église hésite entre deux options : l’annonce ou le dialogue. Les catholiques ne savent pas trop. Le dialogue nécessite de réfléchir, de faire appel à des connaissances théologiques, de connaître ses propres racines. Il s’agit de faire preuve d’intelligence et de reconnaître la richesse spirituelle et religieuse de l’islam qui n’est pas une dénégation de sa foi au Christ. Le dialogue implique une connaissance de l’islam(3) et une connaissance de soi. Avec Jésus le Messie, qu’importe de savoir qui est l’autre et qui l’on est ! Il faut juste avoir quelques talents de bateleurs pour alpaguer le musulman sur les marchés ou jusque chez lui, c’est une affaire de « kérygme », soit – selon Le Grand Robert de la langue française – l’« annonce de la bonne nouvelle à un incroyant, par un missionnaire ». Le catholicisme est en train d’être contaminé par l’évangélisme protestant, très actif, beaucoup plus que ne peut l’être l’islam pourtant par nature prosélyte. Son approche populaire aurait le vent en poupe, serait appréciée à la différence du catholicisme, trop cérébral et même élitiste, qui « ne propose plus rien de crédible  », comme nous le confiait un prêtre engagé dans le dialogue avec les musulmans. Finalement, il faut faire du chiffre, faire nombre, et qu’importe la foi, ce sur quoi elle se fonde : le monde religieux est un gâteau qui se partage en parts, le but étant d’obtenir celle du lion. On a longtemps cru que les chrétiens étaient « sel de la terre  » (Mt 5, 13), « levain dans la pâte  » (Mt 13, 33). C’était une erreur ! Jésus le Messie nous propose d’être en plus farine, œufs, sucre, beurre…, avec une certaine mansuétude de la part des autorités ecclésiastiques, lesquelles jugeront, après les temps de levée et de cuisson nécessaires, si la recette est digeste, sans voir les poisons d’ores et déjà instillés par ces forums non seulement dans l’Église mais aussi dans la foi nouvelle de ces nouveaux baptisés.

[découvrez l’ensemble de notre dossier : http://golias-editions.fr/article5515.html

Notes
1. https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/France/Ils-accompagnent-des-catechumenes-venant-de-lislam-2018-03-06-1200918638?from_univers=lacroix (article payant)

2. http://www.jesus-messie.org/

3. On ne peut que conseiller « Questions d’islam » de Ghaleb Bencheikh, chaque dimanche de 7h à 8h sur France Culture et balado-diffusables : https://www.franceculture.fr/emissions/questions-dislam

Lettre ouverte à Madame Marine Le Pen, Présidente de l’ex-futur Front National – Rassemblement National,

Madame la Présidente,

J’ai été, je vous l’avoue, agréablement surpris par la qualité de votre discours, de vos propos. J’ai eu le sentiment que le temps s’était arrêté et cela a ravi le quinquagénaire que je suis. En effet, je n’avais pas vieilli au moins depuis la dernière campagne présidentielle où vous avez concouru en finale. Lors de cette dernière échéance qui s’est achevée dans les malheureuses conditions que tous nos concitoyens ont vécues en « prime » – veuillez excuser, Madame, cet anglicisme*, lors du débat de l’entre deux tours face au « jeune » concurrent inexpérimenté et peu compétent comme vous venez de l’évoquer durant ce beau discours de Lille, ce sont les mêmes thématiques, les mêmes mots, les mêmes errements, les mêmes violences, la même condescendance dont vous avez fait preuve. Personne ne pourrait cependant vous reprocher des bifurcations idéologiques ou politiques. J’aurais pu m’assoupir devant votre discours retransmis par une chaîne de télévision – ce que diable je n’ai pas fait, vous pouvez m’en faire crédit – j’aurais pu me réveiller et imaginer me retrouver en mai 2017!

Que de progrès faits par les transhumanistes certainement, passage qui a retenu toute mon attention sur l’Homme augmenté. Vous auriez pu nous gratifier de l’Homme réparé, cela aurait permis de nous engager sur la voie de la « normalisation » d’un lendemain brun…Mais je m’éloigne de ce qui m’amène à vous écrire, Madame la Présidente l’ex-futur Front National – Rassemblement National.

D’ailleurs, quel suspense insoutenable, qui a du tenir en haleine toute l’intelligentsia politico-médiatique que vous vouez pourtant aux gémonies. C’est probablement pour moi aussi tenter de singer la démarche de vos conseillers en communication et fins politistes que je n’en viens que maintenant à l’essentiel de mon adresse. Je fais parti de ces mécréants, droits de l’hommistes congénitaux, ex-président – un point commun que diable!…d’une association accompagnant les migrants et les accueillant – pourtant issu d’un milieu populaire et dont l’école de la République a contribué à faire de la personne que je suis un citoyen à part entière; un citoyen pour qui l’émancipation et l’esprit critique – trop à votre goût me direz vous…mais dites moi, Madame, vous qui êtes une adepte des frontières où se situe-t-elle dans cette situation – demeurent l’essentiel de l’ADN qui ont du rester coi lorsque vous avez enfourché votre costume de chasseur – chasseuse mais je pense que vous ne goûtez guère la féminisation des noms, ne souhaitant pas changer le monde – de migrants!

Vous devez, dans votre discographie, aimer écouter peut être en boucle – je serai ravi dans votre réponse que vous leviez le voile – pardon de ce mot…sur cette intimité, le beau « tube » de Julio Iglésias « Et toi non plus tu n’as pas changée »…De mon côté, c’est une chanson que je partage en karaoké avec ma belle mère, d’origine portugaise – je comprends mieux mon beau père, français de souche et ses souffrances… Je crois vous entendre me dire que je cumule « les mauvais points »…Car vous n’avez pas changé, Madame la Présidente de l’ex-futur Front National – Rassemblement National! Cela me fait penser à une histoire écrite en slam – j’ai fait un tel exercice avec ma fille qui est en 4ème dans un collège public et qui accueille des enfants d’ici et d’ailleurs, plutôt d’ailleurs, d’ailleurs – un peu de légèreté ne vous heurtera pas je le crois – et qui fait du migrant le coeur de ce texte: migrant, AME, hôtel, soins, travail…Tout y passe…La délinquance et le terrorisme aussi! Tout le couplet de la haine ordinaire, sur fond de « on est chez nous scandé, je dirai même éructé par vos sympathisants et militants! Cela a du vous faire chaud au coeur. Les frontières ont eu droit de citer et l’exemple de la Hongrie a certainement été choisi avec toute la délicatesse que j’imagine…Tout cet argent dépensé à foison pour ces personnes qui sont les seules à imaginer, selon ce que vous dites, que leurs enfants auront un avenir meilleur qu’eux-mêmes…Tout cet argent gaspillé pour des non-nationaux, délinquants en puissance! Quelle gabegie! Et puis, comme un moment de grâce. Vous évoquez, dans un passage bucolique, les rivières, les paysages qui font de notre France, un pays unique! Moi qui ai le bonheur de vivre au coeur du Pays Basque, je ne vous dirai pas le contraire et bien au contraire! Je me vois flâner à vos côtés sur les chemins de Saint Jacques…Non, il ne faut pas non plus exagérer…Mais comme un « flash », je devrai dire un éclair dans notre langue, l’image de l’oiseau migrateur m’est venue à l’esprit! J’ai décidé de prendre sa défense, de créer une association, un mouvement internationaliste pour contrer le corpus idéologique de votre Rassemblement! J’y accueillerai tous mes concitoyen(ne)s d’ici et d’ailleurs, celles et ceux qui s’interrogent légitimement sur leur devenir, sur les voies aériennes qu’ils empruntent pour migrer, les vétérinaires à qui il arrive de soigner des oiseaux migrateurs et dont la loi criminaliserait les pratiques! Oui, Madame la Présidente de l’ex-futur Front National – Rassemblement National, les oiseaux migrateurs ne disposent pas de titre de séjour, de carte vitale ou de complémentaire santé, n’ont pas davantage les moyens de payer les soins sur le territoire national! Contourner les frontières? Mais si l’Europe que vous proposez conduit chaque pays à se cadenasser derrière ses propres murs, les oiseaux migrateurs vont ils être contraints de tourner et voler en rond, de se poser et nicher dans les « logements » de nos oiseaux nationaux et créer ainsi des tensions inacceptables dans le monde de la faune et par conséquent de la flore? Madame la Présidente de l’ex-futur Front National – Rassemblement National, cette question me hante, me brûle…J’interroge mes amis, mes voisins! Vous comprendrez bien volontiers, Madame la Présidente de l’ex-futur Front National – Rassemblement National, l’urgence de réponse qu’impose cette question! De cette dernière, dépend l’avenir de cette terre qui nous nourrit, de cet environnement qui est notre nouvelle frontière, de notre vie en commun, de ce vivre ensemble que vous honnissez plus que tout au monde. Le corpus idéologique de votre futur Rassemblement n’a pas changé. Plus que jamais, je remercie Franck Pavloff d’avoir fait du brun la couleur d’un matin dont on ne souhaite que jamais il ne se lève.

Dans l’attente de votre réponse sur la question existentielle des oiseaux migrateurs et accessoirement des migrants, je vous prie d’agréer, Madame la Présidente de l’ex-futur Front National – Rassemblement National, l’expression de mon voeu que jamais, les frontières n’éloignent les oiseaux migrateurs de notre imaginaire constitutif de notre patrimoine commun.

Bertrand Gaufryau, citoyen d’ici et d’ailleurs…