Art

On admettait naguère que son but était la recherche de la Beauté, et que ses temples étaient précisément les musées des « Beaux-Arts ». Mais aujourd’hui tout cela a bien changé. Certains « artistes » revendiquent hautement la laideur et la médiocrité de leurs créations. Ils assument par exemple totalement l’idée d’une mauvaise peinture (bad painting). Voyez la pratique de Jean-Michel Basquiat : l’« œuvre » est volontairement bâclée et négligée, elle mêle collages, graffitis, couleurs vives, traits grossiers, publicités, etc. Mieux, l’artiste belge Jacques Lizène revendique lui-même un « art nul » et des créations lamentables et sans intérêt. On peut consulter (preuve qu’il a de l’écho) sa notice sur Wikipédia.

Sur le même site on pourra voir la longue rubrique consacrée au Museum of bad art (MOBA), ouvert récemment dans le Massachussets. Ce musée s’est fixé pour but de collecter et d’exposer des œuvres « trop mauvaises pour être ignorées ». Ses fondateurs disent que la collection est un hommage à la sincérité des artistes qui ont persévéré, malgré la catastrophe du résultat : « Nous sommes là pour célébrer le droit de l’artiste à l’échec glorieux ». De fait, la sélection est sévère, et neuf tableaux sur dix sont refusés, car ils ne sont pas assez laids. Le but est de désinhiber les candidats-artistes, en leur montrant ce qu’il y a de pire, pour les délivrer de la peur à s’exprimer eux-mêmes – quitte évidemment à ce qu’ils fassent la même chose.
Le point de départ de la collection a été une toile déchirée découverte dans une poubelle de Boston, par quelqu’un qui à l’origine voulait en récupérer seulement le cadre. La déchirure même en a fait la valeur. Autrement dit, tout peut toucher, et l’intérêt qu’on porte à quelque chose n’a aucun rapport avec sa qualité.
Lorsque Bourdieu dans La Distinction affirmait la relativité des jugements esthétiques, avait-il prévu le résultat de son entreprise de déconstruction ? Arroseur arrosé, ou pompier pyromane, est-on fondé ensuite à critiquer le nihilisme, à quoi aboutit nécessairement la mise en avant de l’échec ?

Il s’est opposé à « La Marche pour la vie » : le courage du MRJC

Dimanche 21 janvier dernier, des chrétiens d’extrême droite ont pu défiler pour la vie alors qu’il s’agissait surtout de se positionner en contre : l’IVG, la contraception, la PMA, la GPA, la fin de vie… avec, en toile de fond, des relents écœurants qui consistent à expliquer que l’on souhaite remplacer les embryons avortés par des migrants, que c’est un plan voulu par les Etats occidentaux. En prévision de ces diatribes qui n’ont rien d’évangéliques, le Mouvement rural de la Jeunesse chrétienne (MRJC) a formulé un communiqué « se désolidaris[ant] » de cette marche. Que n’avait-il fait là ! A peine publié, le communiqué engendra une multitude de réactions, c’est bien le mot, allant de l’insulte caractérisée à l’appel au retrait obligeant le mouvement à préciser ses propos.

Depuis quand ne peut se dire chrétien que celui qui suit les positions hiérarchiques de l’Eglise ? Depuis quand, pour être d’Eglise, faut-il marcher au pas de l’oie, le doigt sur la couture du pantalon ? Depuis quand la Conférence des évêques de France (CEF) peut-elle sermonner un mouvement car il n’adhère pas à une position hiérarchique ô combien polémique ? Alors que l’on a béni les catholibans marchant pour la vie réduite à l’embryon dimanche 21 janvier dernier (jour de l’anniversaire de la mort de Louis XVI, le « roi très chrétien », tout un programme), le Mouvement rural de la Jeunesse chrétienne (MRJC) s’est fait chapitrer par le porte-parole adjoint de la CEF, l’inénarrable Vincent Neymon, un catho quasi-réac qui a la haute main sur la communication épiscopale, qui pense faire de la théologie mais ne promeut qu’une idéologie.

L’Eglise n’en finit pas de rater sa cible…

Oui, il s’agit bien d’idéologie car ces marcheurs pour la vie – où l’on retrouvait toute la fine fleur de l’ultra-catholicisme français – ignorent délibérément tout un pan de la pensée de l’Eglise, Vincent Neymon en tête ! Après tout, plus la ficelle est grosse… Oui, dimanche dernier, il ne pouvait y avoir qu’une seule parole autorisée venant de l’Eglise catholique, celle qui promeut l’obscurantisme sans chercher à comprendre la vie réelle des gens. Disons-le ici nettement : avec cette polémique sur ce communiqué, la CEF a montré dans quel camp elle se situait implicitement, prouvant par là même la désunion de l’épiscopat sur les questions dites « de vie ». Quelle est la faute du MRJC ? D’avoir écrit dans un communiqué ne pas partager « les messages de culpabilisation, d’intolérance et de haine portés lors de cette marche, sous couvert de valeurs chrétiennes. Nous défendons le droit fondamental pour les femmes et les couples d’avoir recours à l’IVG. Ce droit assure la liberté de conscience ». La litanie de commentaires venimeux et insultants que les jeunes durent subir atteste bien de la pertinence de leur position, le porte-parole de la CEF les enjoignant, presque menaçant, à retirer leur communiqué. Il n’eut en revanche aucun mot pour dénoncer les torrents de boue déversés sur les réseaux sociaux sur le MRJC. Après tout, que connaît Vincent Neymon de l’Action catholique, lui qui fréquente les chachas de l’Emmanuel de la paroisse Saint-Marc-des-Bruyères à Asnières ? Que connaît-il de la vie, la vraie, enfermé au siège de la CEF, avenue de Breteuil, dans le très chic 7e arrondissement de Paris ?

La même chose pourrait être écrite pour la majorité des évêques qui ne savent que faire de l’Action catholique jugée moribonde. Quand bien même les principes qu’elle porte, son « voir-juger-agir » n’a pourtant jamais été aussi adéquat pour appréhender nos sociétés qui n’ont plus que faire des positions de l’Eglise, surtout après cet ultime épisode de la marche pour la vie. Le grand nombre, à cette aune, estime que l’institution est bel et bien encalminée, il n’y aurait plus qu’à attendre qu’elle s’effondre sur elle-même. Sombre perspective à laquelle nous ne pouvons nous résoudre : le message chrétien n’est pas la marche pour la vie et la foi n’est déposée ni dans les bureaux de la Curie ni dans ceux de la CEF. L’Evangile est plus grand que l’Eglise, que sa hiérarchie et ses fidèles ultras qui n’ont plus rien de fidèles mais qui s’apparentent davantage à des militants politiques. L’Eglise n’en finit pas de rater sa cible : elle confond l’annonce de la Bonne Nouvelle avec la Loi et ses principes moraux indépassables, comme si c’était la morale qui permettait l’adhésion à la foi chrétienne ! En pleine semaine pour l’unité des chrétiens, cet épisode malheureux vécu par le MRJC démontre que dans l’esprit de la structure ecclésiale, l’unité est surtout uniformité et que s’il est clamé une volonté de dialoguer, en vérité, il n’en est rien : des sujets demeurent tabous, la transgression toujours vivement châtiée. Et pourtant, il faudra bien que l’Eglise sorte de cette ornière et se décide à entamer une réelle réflexion sur ces questions, sans passion ni idéologie mais en faisant un peu de théologie, comme elle a toujours su le faire dans les siècles passés.

Les Jeunes Ruraux, qui ne vivent pas à côté du monde mais bien dans le monde, l’ont compris et, avec courage, ont écrit ce que quantité de chrétiens, dans l’Eglise et en-dehors, pensent ; ils ont permis de faire entendre la voix de cet immense cortège qui n’était pas dans les rues de Paris aux côtés des plus vindicatifs, celles et ceux qui souffrent dans leur vie quotidienne de ces prises de positions ultras qui déconsidèrent leurs témoignages et la foi en Jésus mort et ressuscité. Golias soutient pleinement le MRJC et souscrit totalement à ce communiqué. Courage, les jeunes !

Découvrez l’ensemble de notre dossier en téléchargeant le n°512 de Golias Hebdo : http://golias-editions.fr/article5507.html

Divertissement

40 000 tonnes de CO2 vont être gaspillées pour la compétition du Dakar, qui vient de s’élancer depuis le Pérou à destination de l’Argentine. J’ai vu à la télévision de splendides images de dunes de sable, avec des barkhanes qui d’en-haut ressemblent à des tableaux abstraits propres à faire rêver, et à inspirer une méditation recueillie et silencieuse. Mais elles étaient violées par l’irruption sauvage de tous ces engins motorisés, bardés de publicités chantant le péan de notre civilisation : la consommation. On était loin des solitudes érémitiques appelant la retraite : un capharnaüm de bruit et de fureur les avait remplacées.

Le public aussi amassé sur le parcours criait à qui mieux mieux, dans un grand enthousiasme. Détourné sans nul doute de la considération de sa condition, il applaudissait à tout ce saccage, à cet indécent barnum. On sait que depuis la Rome antique la foule aime les jeux, le spectacle, le cirque. Comme dit Lucrèce : « Toutes choses sont toujours pareilles » (Eadem sunt omnia semper).
Il y a incohérence alors à inviter les gens à faire des économies d’énergie pour éviter d’accentuer le réchauffement climatique, si on consent à ce que chaque année soit organisée et autorisée une telle pollution. On me dira que l’importance n’en est pas très grande à l’échelle de la planète, qu’elle n’est que symbolique. Eh bien, dans ce cas, je dirai que le pouvoir du symbole est très grand. Celui qui ne s’arrête pas aux petites choses est ordinairement incapable de s’occuper des grandes.
Pour le détournement de soi, j’ai pensé aux textes de Pascal sur le divertissement : « L’homme est si vain que la moindre chose, comme un billard ou une balle qu’il pousse, suffit pour le divertir. » Ici il s’agit d’autos et de motos, ailleurs ce sera autre chose, mais le résultat est le même.
Nous vivons aujourd’hui une apocalypse joyeuse, comme l’orchestre du Titanic qui sur le pont continuait de jouer en plein naufrage. Notre moraliste a bien raison : « Nous courons sans souci dans le précipice, après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de le voir. »

Genre

L’Église suédoise, évangélique luthérienne et dont l’Archevêque est une femme, va encourager prêtres et fidèles à proscrire les termes genrés pour désigner Dieu. Ainsi il ne faudra pas employer des termes comme « Le Seigneur », ou « Il » pour leur préférer le mot « Dieu » (neutre en suédois), moins spécifique. (Source : courrierinternational.com, 24/11/2017)

Cela ne m’étonne pas de la part de la Suède, où à la suite d’un lobby féministe influent on veut tout « neutraliser » : ainsi les parents sont-ils invités à choisir n’importe quel prénom pour leur enfant, sans tenir compte de son sexe : par exemple on pourrait appeler une fille Jack, et un garçon Lisa, etc. (voir mon billet Totalitarisme dans le n°324 de Golias Hebdo).
L’argumentaire de l’Archevêque tient dans sa déclaration : « Théologiquement, nous savons que Dieu est au-delà de nos déterminations de genre, car Dieu n’est pas humain. » Il est vrai que parfois on désigne Dieu comme le « Tout autre », comme dans la théologie négative ou apophatique, selon laquelle on ne peut dire de Dieu que ce qu’il n’est pas. Mais alors il faudrait le désigner par une écriture inclusive « le.la Tout autre », avec tous les problèmes que j’ai déjà soulignés (Voir Inclusion, Golias Hebdo, n°452).
Mais plus profondément l’argument théologique ne tient pas, ou plus précisément il ne vaut que pour un juif ou un musulman, pour qui « Dieu n’est pas humain », car il ne s’est pas incarné. Au contraire, depuis le concile de Nicée, le christianisme affirme que Dieu s’est incarné dans la figure du Christ, dont on ne peut nier qu’il fut un homme, au sens masculin du terme. L’Église suédoise risque donc de se séparer des églises chrétiennes nicéennes, majoritaires, et de passer à leurs yeux pour hérétique.
Pour la consoler, disons-lui que l’Esprit, la troisième figure de la Trinité, est féminin en hébreu : Ruah. Cela introduit une composante féminine dans la conception chrétienne de Dieu. Je ne sais si cela suffira. En tout cas, si on s’est gaussé autrefois des disputes byzantines, on voit qu’elles ne sont pas terminées.

Le pape au Chili ou le voyage de tous les dangers

Trente ans après Jean Paul II, le pape François se rend au Chili, où il séjournera trois jours, du 15 au 18 janvier. Mais le contexte de ce voyage diffère à bien des points de vue de la situation qui avait permis au pape polonais de faire de sa visite un événement majeur.
Le Chili d’aujourd’hui a beaucoup évolué par rapport à celui qui avait reçu Jean Paul II. En 1987, le pays comptait 80.000 migrants (0,7% de la population). Ils seraient actuellement 465.000 (2,5%). Le taux de fécondité est tombé de près de 3 enfants par femme à 1,8. L’espérance de vie a augmenté de 10 ans. La population a augmenté de 50 % passant de 12,4 à 18,3 millions.
En 1987, l’Eglise catholique du Chili participait activement à organiser le départ de Pinochet, ce qui avait créé une forte attente à l’égard de la présence du pape. Aujourd’hui, les conditions du voyage pontifical sont beaucoup moins favorables. Le retour à la démocratie s’est fait selon des règles constitutionnelles héritées du pouvoir militaire, et révisées depuis, seulement à la marge, ce qui aboutit à un Etat faible. Le pays est confronté à des problèmes notamment la question des mapuches, une immigration récente mais qui s’accélère, une revendication territoriale de la Bolivie. Avec l’élection de Sebastian Pinera, la droite revient à La Moneda, mais avec 50 % d’abstention, et un parlement qui ne sera pas très coopératif.
François a choisi, pour ce court séjour, de visiter, outre Santiago, deux points chauds : Temuco, en pays mapuche et Iquique, dans le nord, lieu où se concentre une (relativement) forte population immigrée, située par ailleurs dans la région qui ‘‘intéresse’’ la Bolivie. Mais surtout, l’Eglise catholique est largement déconsidérée par un positionnement qui tourne le dos à ce qu’il était il y a trente ans, et par des problèmes de pédophilie, particulièrement aïgus.

Pendant la période du régime de Pinochet (1973-1989), l’Eglise du Chili passe pour avoir eu un rôle exemplaire pour la défense des droits humains. Tempérons : le premier mouvement n’a pas été de condamner unanimement le coup d’Etat, la conversion demanda un peu de temps, et pour certains évêques, ne vint jamais. Il reste toutefois que, quelques semaines après le coup d’Etat du 11 septembre 1973 contre le président Salvador Allende, un « Comité de la Paix » a été créé à l’initiative de l’archevêque salésien de Santiago (1961-1983), le cardinal Raul Silva Henriquez. Il associait catholiques, protestants, juifs et autres dans la lutte contre les violations des droits humains commises par les forces armées chiliennes.

La junte de Pinochet contraignit en 1975 le Comité à se dissoudre, amenant l’archevêque de Santiago à obtenir du pape Paul VI la création, en 1976, du Vicariat de la Solidarité, placé sous la protection pontificale. De nombreuses actions pour rendre publiques les atteintes graves aux droits humains, et pour soutenir les victimes et leurs familles, ont laissé des souvenirs bien vivants. Le Vicariat travaillait dans le domaine juridique, et dans le domaine de l’aide sociale assurant des soins médicaux et des aides alimentaires. Il fut distingué par des prix internationaux, et notamment de l’ONU.

L’action du Vicariat se poursuivit au temps du cardinal Juan Francisco Fresno (1983-1990) qui initia, en 1985, les actions en vue du retour à un ordre démocratique. Il cessa de fonctionner en 1992, avec la transition vers la démocratie. Il fut remplacé par une Fondation du Vicariat de la Solidarité, qui continua à émettre des rapports sur les droits de l’homme au Chili, et qui constitue un lieu de mémoire de l’Eglise et de la société chilienne, souvenir des temps difficiles.

Et depuis ?

Au cours des vingt dernières années la proportion de catholiques dans la population a diminué de près de 20 %. Actuellement, ils représentent 57 % de la population. Comme aucune autre Eglise latino-américaine, l’Eglise chilienne a subi l’impact des scandales d’abus sexuels du clergé, et le manque de collaboration des autorités religieuses pour rendre justice aux victimes. Les laïcs sont choqués. Les jeunes perçoivent le clergé comme une étrangeté. Le cléricalisme en général est devenu insupportable. Cette désaffection est probablement la cause principale de la demande des évêques pour une visite du pape au Chili. Ils en attendent une relance du dynamisme des catholiques.

Dans un article publié le 14 novembre, Jorge Costadoat, jésuite, adresse au pape François des demandes « qui, soulevées depuis ce coin de la planète, peuvent être pertinentes pour le gouvernement de l’Eglise ». Ses demandes portent sur l’annonce aux pauvres que le Royaume de Dieu leur appartient, la participation des femmes à la vie de l’Eglise, « conformément aux normes de la civilisation contemporaine », la place des laïcs, une proclamation intelligible de la foi, plutôt que d’essayer de transmettre le credo dans une langue que personne ne comprend ou ne supporte plus », la création de communautés de base, telles que celles « qui se rassemblaient autour de la lecture de la Bible », mais qui ont été torpillées. On voit que si l’Eglise est universelle, les problèmes le sont aussi !

Mais Costadoat dresse aussi un diagnostic sur le positionnement actuel de la hiérarchie : « De 1961 à 1991, (l’) approche pastorale peut être qualifiée de catholicisme social. En 1961, l’épiscopat décida la cession des biens des diocèses, ce qui fut fait par Manuel Larrain4 et le cardinal Silva Henriquez. De 1973 à 1991, par son action de défense des victimes de violations des droits humains…, l’Eglise catholique du Chili a vécu l’Evangile comme elle ne l’avait jamais fait dans son histoire... » Il dénonce ensuite la résistance des milieux conservateurs aux réformes du concile Vatican II, qui se sont renforcés, en mettant l’accent sur les questions de morale familiale et sexuelle : « Une nouvelle étape pastorale s’est ouverte que l’on peut appeler catholicisme sexuel. Mais rien n’a été pire, poursuit Jorge Costagoat, que d’avoir déclaré une crise de la morale sexuelle dans la société, pour ensuite constater au grand jour de graves abus sexuels du clergé envers des mineurs et des personnes fragiles, ainsi que la négligence et les efforts d’une partie de la hiérarchie catholique pour les couvrir… En vingt-cinq ans ans la perte de notre crédibilité (nous les prêtres) a mis en danger la transmission de la foi. »

Le 26 octobre, une enquête d’opinion a été publiée5, basée sur 20.200 entretiens réalisés dans 18 pays d’Amérique latine, entre le 22 juin et le 28 août 2017. Il en ressort clairement que l’Eglise est l’institution qui recueille la plus grande confiance sur le continent (65 %), dépassant largement tous les corps constitués. Mais c’est au Chili que l’Eglise enregistre le niveau de confiance le plus faible, avec seulement 36 % de personnes qui lui font confiance.

Le financement du voyage

S’agissant d’une visite pastorale, le gouvernement ne financera que ce qui est du ressort de la visite d’Etat de François, en tant que chef de l’Etat du Vatican. Seuls les frais découlant du protocole et de la sécurité des personnes seront pris en charge. Ils sont estimés à 7 milliards de pesos (9,5 millions d’euros). Le reste, soit 4 milliards de pesos (5,4 millions d’euros) devra être financé par l’Eglise :
– appel aux entreprises qui bénéficieront d’une déduction fiscale ;
– appel aux institutions catholiques ;
– appel aux fidèles à qui on demande de « donner une journée de salaire au pape ».

Dans les paroisses pauvres, on n’arrive déjà pas à payer les dépenses courantes.
Et, même comme cela, il se trouve des voix pour exprimer leur révolte que les deniers publics financent une visite d’un responsable religieux qui n’était pas vraiment réclamée.

La Commission nationale pour la visite du Pape François, présidée par l’évêque auxiliaire de Santiago, Mgr Fernando Ramos, a lancé une campagne (« Pape François, je t’invite »), avec le concours d’experts en communication d’entreprise, ce qui a fait mauvais effet quand on a appris ce que coûterait la visite de François. Dans les milieux ecclésiaux, il se dit que les appels lancés aux entreprises privées n’ont pas été un franc succès : quand elles ont répondu, elles ont contribué d’une manière insuffisante.

Selon Cambio 216, « dans les réseaux sociaux et dans les émissions de radio interactives des classes moyennes et populaires, à travers tout le Chili, cette campagne a provoqué un rejet catégorique de François, car les dépenses annoncées pour sa visite sont considérées comme un scandale… dans un contexte où l’Eglise est perçue par les gens comme ayant couvert des prêtres pédophiles grâce à de puissants réseaux complices. » Le climat général et le rejet ainsi provoqué pourraient affecter l’autorité des propos de François, s’il s’avérait que le pape veuille leur donner une portée sociale. Pas de quoi déplaire, au fond, à l’Opus Dei dont il se dit, justement, qu’il maintient un contrôle sur les finances et la communication touchant à la visite pontificale. [découvrez l’intégralité de notre article dans Golias Hebdo n°509]