Traduction

Le passage d’une langue à une autre peut conduire à de graves méprises. Ainsi en Israël un palestinien a été arrêté après une traduction particulière de Facebook. L’homme avait publié une photo de lui dans une colonie israélienne, posant avec un bulldozer, un véhicule déjà utilisé par le passé pour des attaques, et écrit « Bonne journée ! » en arabe, phrase que le logiciel du réseau social a traduit par « Attaquez-les ! » en hébreu, et « Faites-leur du mal ! » en anglais. Aucun traducteur n’est intervenu avant l’arrestation. Après interrogatoire, l’homme a été libéré, la police s’apercevant de son erreur (Source : le parisien.fr, 22/10/2017).

Il est heureux que l’affaire se soit bien terminée. Mais plusieurs remarques me viennent à l’esprit. D’abord sur la méfiance qu’il faut avoir, n’en déplaise aux partisans de l’intelligence artificielle qui croient aux miracles en la matière, vis-à-vis des logiciels de traduction automatique informatisée. Si puissants que soient les algorithmes utilisés, ils ne peuvent rien saisir du sens d’expressions ou de phrases complexes. Efficaces peut-être pour traduire un manuel pratique, ils sont totalement inopérants pour tout ce qui touche à la sémantique. La signification du langage proprement humain leur échappe par nature. Et d’ailleurs, pour le cas qui nous occupe, qui nous dit que « Bonne journée ! » n’aurait pas pu être antiphrastique ?
En second lieu, la traduction a déjà eu des conséquences tragiques. Ainsi le bombardement états-unien sur Hiroshima et Nagasaki vient, au dire de certains historiens, d’une traduction particulière sur un mot japonais, Mokusatsu, que le gouvernement nippon avait employé pour répondre à l’ultimatum qui lui avait été adressé. Ce mot peut signifier soit « opposer une fin de non-recevoir » soit « s’abstenir de tout commentaire ». Ce n’est évidemment pas la même chose. Mais la première traduction a été choisie, et non la seconde, et le feu nucléaire a été lancé. Montaigne avait bien raison, quand il disait que « la plupart des causes de trouble du monde sont grammairiennes. »

Des compagnes de prêtres témoignent

On est à fleur de peau tout le long de l’ouvrage ; à fleur de cœur. Des compagnes de prêtres se livrent (éd. Golias, décembre 2017) parle d’amour, de part en part, de ces rencontres magiques, inexplicables, qui bouleversent la vie ; de cette alchimie mystérieuse qui fait que les choses changent en un instant, que le regard est renouvelé ; plus rien ne sera jamais comme avant… Un livre qui parle d’amour et donc souvent de souffrances. On a la chair de poule, on se sent parfois comme écorché : ce sont des vies qui sont ici révélées, sans fard.

Le témoignage de ces femmes et de ces hommes est précieux car rare : il s’agit d’anciens prêtres et de leurs époux et épouses qui expliquent ici comment « ça » s’est passé pour eux, comment ils ont vécu « ça », comment ils « en » ont parlé à l’évêque… Vingt ans après Femmes et prêtres mariés dans la société d’aujourd’hui (1), il s’agit de faire le point sur ces prêtres ayant quitté le ministère par amour et leurs conjoints, rappeler les faits, circonstances, conséquences…, sur cette rencontre, cette révélation. Dans chacun des témoignages, on distingue toujours cet amour qui emporte tout, comment Dieu prend une place finalement différente : il n’est plus dans les hauteurs, impalpable, mais bien là, au milieu de nous, au milieu de deux êtres qui s’aiment et se donnent en totale communion avec lui. Evidemment, ce sont des mots faciles à écrire après lecture, surtout quand on n’est nullement soi-même concerné… Car ces courageux sont passés par bien des affres que beaucoup trouveraient insupportables. Dans ces unions interdites, un tiers vient inévitablement s’incruster : non pas Dieu mais l’Eglise.

Le prêtre consacre sa vie à Dieu à travers elle, « il a eu le temps de mûrir cet appel » (pour le dire comme un prêtre qui ne comprenait pas le départ de collègues) durant le séminaire ; et l’Eglise n’est pas partageuse, d’où son intransigeance devant le fait amoureux d’un de ses fils à qui elle a permis d’étudier, qu’elle a construit, sur qui elle a misé. L’Eglise, finalement, ne prend pas assez en compte qu’elle a affaire à des hommes ; elle estime qu’une fois ordonnés les prêtres n’en sont plus totalement, ce sont des demi-dieux, des intercesseurs entre les laïcs et Dieu, des
« médiateurs ». En conséquence, ces êtres à part ne peuvent plus raisonnablement partager la même vie que leurs contemporains et en premier lieu lorsqu’il s’agit d’amour. Est demandé au prêtre de le sublimer, de l’absolutiser : en refusant d’aimer une seule personne, cela permettrait d’aimer tout le monde, ce serait imiter le Christ. Première nouvelle ! L’amour que l’on porte à un conjoint n’empêche pas d’aimer ses enfants, ses collègues, ses amis, ses voisins… N’aimer personne en particulier n’a jamais permis d’aimer tout le monde : combien d’êtres seuls misanthropes ? Et combien de chrétiens laïcs, couples investis, au nom de l’amour de Jésus-Christ pour tous – en particulier pour les plus pauvres (Mt 25, 31-46) – , qui servent leurs frères et sœurs en souffrances, éloignés d’eux sous bien des formes ? Par ailleurs, l’Eglise estime que le service de l’autel nécessite des êtres purs, les relations sexuelles n’étant pas réputées pour l’être… L’Eglise ne comprend pas naturellement qu’on puisse avoir des relations sexuelles dans l’amour (hormis pour la procréation), on a parfois le sentiment que pour elle, il s’agit toujours de fornication (quand le but de créer une nouvelle forme de vie n’est pas premier). Dès lors pour toucher les saintes espèces, il faut absolument être irréprochable sur tous les plans, a fortiori ceux qui touchent à la chair (sous toutes ses formes). L’Eglise mère devient belle-mère par l’intercession de ses représentants les plus zélés, qui veulent des curés le doigt sur la couture de la soutane.

Alors, oui, les prêtres latins sont appelés actuellement à vivre dans le célibat (et non dans la chasteté, ce qui change quand même pas mal de choses). Inutile de revenir ici sur le sujet : cela fait un millénaire que le célibat des prêtres est promulgué, célibat – en totale contradiction avec la Déclaration universelle des Droits de l’Homme – qui n’était pas respecté auparavant (et pour cause : des prêtres étaient mariés dans l’Eglise latine), qui ne le fut que difficilement après et qui l’est toujours aujourd’hui. La réponse officielle est toujours la même : pas d’inquiétude, il ne s’agit pas d’un dogme mais d’une règle disciplinaire, cela peut se changer facilement. Cela fait des décennies que cette réponse est formulée mais que les choses demeurent en l’état. Si c’est si simple, qu’attend-t-on ? La Saint-Glinglin ? Depuis, on a forgé un nouvel argument : accepter des prêtres mariés, ce serait cléricaliser les laïcs…
De fait, il s’agit de déconnecter le presbytérat de l’eucharistie ; le prêtre viennois Paul Zulehner, théologien, estime que « c’est une erreur de subordonner l’eucharistie au célibat du prêtre », idée reprise par le cardinal-archevêque de Munich et Freising, Mgr Marx, par ailleurs membre du C 9(2). Ce sujet serait sur le bureau du pape jésuite, lequel termina ses œuvres de miséricorde l’an dernier lors de l’Année sainte extraordinaire par une visite aux prêtres romains ayant quitté le ministère pour fonder un foyer. Comme le disait Mgr Riobé, évêque d’Orléans (1963-1978), aux prêtres « défroqués » (comme on le disait jadis de manière péjorative), « il faut tenir ! Il faudra bien qu’un jour l’Église reconnaisse la richesse de vos vies et que vous sortiez du silence ». Le moment de sortir du silence est venu, ce que rappelle dans la préface Mgr Gaillot, évêque de Partenia, lequel note in fine que « si l’Église le veut et si elle le peut, ‘‘la vérité la rendra libre’’ [Jn 8, 32]. » Il s’agit en effet de liberté, laquelle fait fi de toute règle disciplinaire, à plus forte raison quand celle-ci est injuste et inhumaine. Il manquera toujours quelque chose à l’Eglise en matière d’humanité tant qu’elle délaissera ce dossier, ouvert depuis tant de décennies et pourtant toujours pas résolu, des prêtres mariés et de leurs conjoints. Des témoignages d’une grande humanité dont elle se prive. Pour aller plus loin : http://golias-editions.fr/article5497.html

1. Jean Landry, Julien Potel, Henri Pousset, Femmes et prêtres mariés dans la société d’aujourd’hui, Paris, éd. Karthala, 1997.
2. http://www.periodistadigital.com/religion/mundo/2017/11/14/religion-iglesia-alemania-cardenal-reinhard-marx-papa-francisco-se-plantea-abolicion-celibato-clerical.shtml

Quand Mgr de Kerimel (Grenoble) justifie Mgr Gaschignard (ex Dax)

C’est assez stupéfiant, à croire que la hiérarchie ecclésiale n’ait toujours rien compris… On ne sait pas quel autre drame ou risque de drames il leur faudra pour enfin prendre des mesures qui satisfassent les victimes mais surtout les respectent dans leurs parcours.

Ainsi a-t-on appris le parachutage dans le diocèse de Grenoble-Vienne de Mgr Hervé Gaschignard, évêque émérite d’Aire et Dax (2012-2017), qui s’y est installé le 8 novembre dernier. « Avec l’accord de Rome », selon la lettre de Mgr de Kerimel, évêque de Grenoble-Vienne et membre de la Communauté de l’Emmanuel (religion politique assoiffée de pouvoir) que nous révélons. En date du 20 novembre, Mgr de Kerimel avoue l’avoir « invité à venir » et s’insurge : son confrère serait victime de « rumeurs », d’« amalgames », « Mgr Gaschignard n’a jamais été accusé ni même soupçonné d’actes de pédophilie et je m’indigne de ceux qui pourraient le laisser sous-entendre. Ce qui lui a été reproché lorsqu’il était évêque d’Aire et Dax est d’avoir eu une attitude non ajustée auprès de jeunes. » Pas de problème, donc !

Placages au sol, baisers volés, confessions orientées sur la masturbation et les questions affectives… Trois fois rien, on vous dit ! Le procureur reconnut qu’il ne pouvait pas poursuivre, les faits ne relevant pas du pénal. Mais en revanche, il reconnut les faits, voire les attesta. Après six mois de silence, voilà l’ex-évêque des Landes en Isère, un beau cadeau du ciel pour ce fou de montagne ! Son confrère – de qui il sera l’évêque auxiliaire officieux – lui a mis à sa disposition en outre une chambre à l’évêché et un bureau à la maison diocésaine. Il y chapeautera les diacres, les pèlerinages et la liturgie (entre autres). Deux questions : les pélés-jeunes seront-ils de son ressort ? Dans le cadre de la liturgie, suivra-t-il les servants d’autel ?

Car le problème demeure. Mgr Gaschignard, en l’espèce, n’en est pas à son coup d’essai… Déjà comme prêtre à Nantes, des collègues et des familles estimaient son attitude vis-à-vis de scouts trop problématiques. Plus tard comme évêque auxiliaire de Toulouse (2007-2012), il dut – pour des raisons similaires à Aire et Dax – se justifier devant la justice. Les différentes plaintes furent là aussi classées sans suite en décembre 2011 ; un mois plus tard, il était transféré dans les Landes… De cela, Mgr de Kerimel – si soucieux de s’expliquer et de faire croire en sa transparence en la matière – ne parle pas. Il récrit l’histoire, c’est plus commode et semble vouloir imposer sa volonté à son diocèse, surtout quand il s’agit de sauver un copain de séminaire (à Rome).

Cette histoire n’est pas terminée. Les Landais sont outrés, les victimes d’abus sexuels par un clerc sidérées, bien des chrétiens révoltés. La tâche du nouvel évêque d’Aire et Dax depuis le 15 novembre, Mgr Souchu (jusqu’alors évêque auxiliaire de Rennes-Dol-Saint-Malo), sera rude. Celle des évêques de l’Isère aussi où le Peuple gronde…

La lettre de Mgr de Kerimel

Cimetière

Il en est de virtuels, et Facebook en est un. Il compte déjà 2 milliards d’utilisateurs, et chaque minute trois personnes qui y sont inscrites meurent dans le monde. À cette cadence, le nombre de profils de personnes décédées devrait dépasser celui de personnes vivantes d’ici cinq ans (Source : sudouest.fr, 01/11/2017).

Le profil d’une personne décédée peut être transformé par sa famille et ses amis en ‘« page souvenir », et être alimenté avec des photos ou des hommages. Si cela peut soulager les proches de la victime, cela peut aussi les empêcher de faire leur deuil, et de surmonter la peine de la perte en regardant plutôt vers l’avenir que vers le passé. En outre de telles pages suscitent parfois un voyeurisme malsain.
Dans le cas aussi où nul ne voudrait perpétuer cette « page souvenir », le fait de laisser le profil Facebook d’un mort à l’abandon pose aussi problème. Ces pages fantômes ne disparaissent pas pour autant : elles reviennent hanter les proches de la victime, et s’incrustent dans le monde des vivants à grands coups de notifications automatiques et de rappels d’anniversaire. L’informatique ignore l’oubli, et on peut y traîner des casseroles non seulement toute sa vie, mais encore toute sa mort : une éternité de rappels, qui ne sont pas forcément bienvenus, aussi bien pour sa propre mémoire que pour la vie des survivants.
En vérité, les vivants doivent se séparer des morts pour pouvoir continuer à vivre. En Afrique, on dit qu’il faut « tuer le mort », et le transformer en « ancêtre ». Si le poids du mort sur le vivant est trop grand, le second est vampirisé par le premier. Le vampire est celui qui n’est pas encore mort, un mort-vivant s’acharnant sur les vivants et se nourrissant de leur substance.
L’éternité Facebook oublie cette séparation symbolique nécessaire des deux mondes. Elle est faite dans nos cimetières par le mur, souvent élevé, qui les enclot. Sinon on n’en comprendrait pas l’utilité : ceux qui sont à l’intérieur ne peuvent pas en sortir, et ceux qui sont dehors ne veulent pas y entrer ! Sachons donc en tirer leçon…

Pluralisme religieux et vivre ensemble au Liban

Etymologiquement, le mot grec ekklesia est composé de deux racines grecques: ek signifie sortir et klesia signifiant appelé. En reliant ces deux mots, nous comprenons que la vocation de l’Eglise est de s’ouvrir sur l’extérieur et de dépasser le repli sur soi. C’est cet appel que veut lancer l’auteur de l’article aux hommes et femmes de bonne volonté, à aller à la rencontre de l’autre au sein même de notre maison commune, pour reprendre l’expression du Pape François. Cet article s’inscrit dans un contexte où le Patriarche de l’Eglise Maronite au Liban s’apprête lui-même à rencontrer le Roi d’Arabie-Saoudite, une étape historique sans précédent sur le plan diplomatique.

Les occidentaux connaissent souvent le Liban malheureusement en raison de la guerre civile qui dura plus de quinze ans et qui laissa des traces considérables tant sur le plan géographique, économique, que culturel. Le conflit israélo-palestinen, l’occupation d’une partie du pays par la Syrie hantent également les pensées européennes. D’une manière plus globale, pour un européen, l’idée sur le Liban est souvent associée aux difficultés que rencontrent le Moyen-Orient, les guerres, l’occupation terroriste et les menaces quelle fait peser sur l’occident, etc. En définitive, il semblerait, toujours pour un européen moyen, que se rendre au Liban pour un séjour de découverte serait inenvisageable car cela pourrait mettre en Péril jusqu’ à sa propre vie. Mais qu’est est-il réellement ?

En réponse à ses fausses idées, il faudrait d’abord rappeler que le Liban est un Etat confessionnel démocratique, même si cette démocratie pourrait se voir contester, au même titre que celle d’Israël en raison de leur alliance avec la religion. En effet, cette conception de la démocratie contraste énormément avec la démocratie européenne majoritairement laïque, et plus singulièrement la France depuis la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat. A ce propos, faudrait-il comprendre qu’un pouvoir, un état, ne peut être démocratique s’il est influencé par la religion ? La question n’est pas si aisée que cela, et la réponse ne saurait être manichéenne. En effet, peut-on imaginer un seul instant qu’un pays ne saurait être démocratique en étant lié à la religion ? Autrement dit, la religion, serait-elle un obstacle à la liberté d’expression ou de penser, à l’épanouissement d’un peuple et surtout plus qu’une autre institution? La démocratie à la française, à l’européenne, la démocratie laïque, serait-elle le seul modèle viable ? Nous ne répondrons pas ici à ces questions, mais chacun peut se faire une idée en s’appuyant sur l’histoire et même son bon sens.

Une chose est certaine, et nul ne pourrait le nier, la France a construit son histoire et son identité avec l’Eglise catholique, et ce depuis notamment le baptême de Clovis jusqu’à Jean-Paul II avec sa célèbre affirmation «  France, fille aînée de l’Eglise, es-tu fidèle à ton baptême ? ».

Dépasser le repli sur soi

Dépasser le repli sur soi est une exigence sociétale moderne, née de la mondialisation, mais également, pour le lecteur chrétien une exigence évangélique. Dire que l’humanité est une, c’est dire aussi notre responsabilité commune. La mondialisation permet de donner corps à cette responsabilité commune. C’est le mérite de Jean-Paul II que d’avoir dit clairement que l’interdépendance n’est pas seulement un fait, mais aussi une responsabilité morale.

Pablo Bonavia écrit « Globalizar la esperanza  » où il évoque des sujets forts : les gens sont coresponsables du destin commun ; la dignité des moins compétitifs doit être respectée ; l’interdépendance doit remplacer l’individualisme ; la solidarité doit remplacer l’absolutisme du marché ; les pauvres ne doivent pas être marginalisés : ils ont des droits. L’Eglise doit partir de ceux qui n’ont aucun pouvoir et l’objectif de la croissance économique est la construction de la personne humaine(1). La solidarité joue beaucoup dans la foi chrétienne.

La bible nous invite sans cesse à aller vers l’autre, à quitter notre pays, nos frontières, à comprendre nos limites humaines, pour rejoindre l’autre, l’universel vivant, celui qui nous ressemble ou qui est différent de nous. Le Christ dans l’évangile n’a pas hésité à montrer le chemin, en dépassant les coutumes, les communautarismes de toute sorte.

Le Liban, une expérimentation du Concile : diversité des religions/esprit du Concile
Commençons par faire une parenthèse d’histoire contemporaine. Le véritable objectif poursuivi par le Concile Vatican II est le recentrage de l’Eglise sur l’Evangile pour une meilleure annonce de l’évangile au monde en pleine mutation.

Le document principal du Concile Vatican II qui a abordé la notion de la relation de l’Eglise avec les autres confessions est le « Décret sur l’œcuménisme. » Dès le départ, le document (Section 1) affirme que la restauration de l’unité entre les peuples chrétiens « est l’une des principales préoccupations » de Vatican II. Les membres de l’Eglise doivent reconnaître le bien qu’ils reçoivent des autres; les catholiques peuvent apprendre de ces communautés de foi. Pourtant, le catholicisme est considéré comme la seule foi qui détient la plénitude des moyens de salut.
Il y a vingt-deux (certains disent vingt-trois) traditions catholiques de rite oriental divisés en cinq catégories: Alexandrie, Antioche, arméniens, chaldéens (syrien de l’Est), et byzantins. Vatican II déclare ces Eglises autonomes. Elles sont caractérisées par la fidélité au pape, mais il y a beaucoup de différences liturgiques dans les rites de célébration. En outre, les rites orientaux ont un clergé marié.

Alors qu’Unitatis redintegratio aborde le concept de l’œcuménisme, Nostra Aetate se consacre principalement au dialogue interreligieux. Plus directement, le document parle du respect tenu pour les musulmans. D’une manière générale, le document résume son enseignement dans une déclaration profonde : «L’Eglise ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions non-chrétiennes » (article 2).
La population libanaise moderne d’environ 3,7 millions d’habitants contient plus de musulmans que de chrétiens, avec des musulmans libanais divisés presque également entre les groupes sunnites et chiites. La majorité des chrétiens libanais sont des Maronites, qui reconnaissent l’autorité du pape tout en pratiquant leurs propres rites liturgiques orientaux. D’autres chrétiens appartiennent soit à l’église grecque catholique (Melkites) ou à diverses branches de l’église orientale orthodoxe. Le Liban accueille également quelque 350 000 réfugiés palestiniens, ce qui crée de nombreux problèmes d’intégration dans la société.

Dans un pays de 10 452 km², le Liban compte 18 confessions religieuses officiellement reconnues par la Constitution. Certains de ces groupes religieux sont venus au Liban chercher dans son paysage montagneux un refuge sûr et paisible, loin des persécutions. En d’autres termes, c’est le paysage ardu qui a attiré tous ceux qui cherchaient à vivre librement leurs croyances politiques et religieuses. Ils préféraient la dure vie dans les montagnes, plutôt que le confort de la vie en ville, juste pour préserver et défendre leurs croyances religieuses et leur liberté chérie. Au fil des ans, et à cause de la diversité religieuse qui s’est développée dans ce pays, le Liban est devenu une «mosaïque de religions»: Mais toute mosaïque est fragile par définition. Salah Stetie(2) a écrit que cette terre de montagne et de haut plateau a toujours attiré les rebelles: ceux qui refusent de se plier à l’idéologie dominante actuelle. Ici, abrité par les rochers magnifiques et les vallées étroites … vous pouvez dire « Non » à ceux qui essaient de vous faire dire « Oui » quand vous ne le souhaitez pas, dit-il.

En juillet 2017, les principaux dirigeants chrétiens et musulmans et les représentants du gouvernement libanais ont convenu que le Liban devrait être un exemple de coexistence pacifique, notant que « l’approfondissement de la démocratie au Liban envoie un message d’espoir aux Arabes et au monde« .

Ils ont également réitéré les appels à la paix et au soutien de diverses Églises pour «le peuple palestinien et ses droits nationaux» et pour que les chrétiens restent en Terre Sainte(3).

Notons enfin une petite citation du Président libanais, Michel AOUN qui peut donner une idée de ce que peut représenter la diversité religieuse au Liban :
« Je vais proposer aux Nations Unies de créer à Beyrouth un centre international de dialogue entre les civilisations et les religions. Il me semble que notre force est d’être un pays cogéré par différentes religions. Dans le contexte actuel, c’est très sécurisant. »(4)

Pourquoi se tourner vers nos frères d’Orient ?
Une exigence historique et diplomatique

Le Liban est un élément essentiel dans l’avenir géopolitique et économique du Moyen-Orient et, en tant que tel, il doit s’engager dans la sécurité régionale, les aspects économiques et politiques de la région. Il doit s’engager dans des partenariats stratégiques et des alliances dans la région afin d’assurer la stabilité sociale, économique et politique.

La France est l’un des principaux partenaires tant historiques (notamment dans son rôle joué dans l’émancipation du Liban) que politiques, comme en témoignent les intenses relations bilatérales politiques (visites, notamment celle du président de la République, François Hollande, 16 et 17 avril 2016) et le soutien constant de la France aux résolutions soutenant la souveraineté libanaise aux Nations Unies. La France soutient la stabilité, l’unité, l’indépendance et la souveraineté du Liban.

Une urgence évangélique

La situation des chrétiens d’Orient est très difficile aujourd’hui. En Irak, l’ancienne Mésopotamie, terre d’Abraham, le christianisme semble voué à l’extinction. La même chose se passe en Syrie, avec un nombre croissant de chrétiens se déplaçant en Turquie, au Liban et en Jordanie, ces deux pays étant aussi très instables. Les nombreux assassinats de chrétiens coptes, semblent indiquer un avenir incertain pour cette grande communauté chrétienne qui existe encore en Orient ; une région où la montée de l’islam radical, conjuguée aux faibles taux de natalité et l’émigration, ont causé un déclin rapide des communautés chrétiennes qui, pendant des siècles, ont résisté avec succès aux invasions, aux empires et aux processus de décolonisation souvent sanglants. Si la situation n’est pas remédiée, il serait hautement probable que le christianisme, devenu un phénomène résiduel, finisse par disparaître.

Entre temps, que faisons-nous en Occident ?

Le climat des sociétés occidentales est trop mou. Il manque d’énergie, de foi, de passion, d’élan, d’empathie et de bienveillance. Rien de grand ne se fait sans passion. Il faudrait reconstruire sur de nouvelles bases. Peut-être comme le fait le Pape François, mais est-ce suffisant?

Ne faudrait-il pas une énergie presque révolutionnaire, comme celle du Christ qui renversa les tables des marchands de son temple et les chassa ? Christ était un révolutionnaire, non un soumis. Il n’était soumis qu’à la loi du Père, c’est-à-dire à l’acceptation de l’inévitable.

Pour le reste, ce qu’il pouvait modifier pour le mieux, il le modifiait, avec la foi qui fait bouger les montagnes. A-t-on oublié cet exemple, cet enseignement ? S’est-on avachi dans le confort, dans l’oubli de nos origines (rappelons que le christianisme est né en Orient), dans les sociétés aisées de l’Occident, où on ne bouscule plus les codes, comme à l’époque des premiers chrétiens et martyrs? Pourtant le Liban, tout comme les autres pays occidentaux nous montre l’exemple d’une fidélité sans faille au Christ, à l’évangile. Ou on s’insère, pour ne pas déranger, pour ne pas se faire juger ou mal voir, pour être accepté ? Le Christ n’a pas demandé à se faire accepter. Il a imposé ses règles, sa foi, son combat. Où sont passés l’invitation à la persévérance dans l’effort, l’esprit ascétique, les enseignements des Pères du désert tellement riches en méditation ? Les Eglises orientales, et singulièrement les Maronites qui ont inspiré cette réflexion, sont très dynamiques sur ce point, elles sont très attachées à la tradition y compris monastique et à la pratique de l’ascèse.
Nous aimons souvent dire qu’un chrétien seul est un chrétien en danger. Ou encore, nous insistons sur le rôle du partage, de l’aumône durant le carême. Le Christ enseigne même que c’est à l’amour que nous avons les unes pour les autres qu’on nous reconnaîtra comme ses disciples (Jean 13,35). Un amour qui va jusqu’à donner sa propre vie pour ses amis (Jean 15,13). Alors, saurons-nous rester indifférents à nos frères chrétiens d’Orient ?

Jean-Paul II nous a laissé une expression chère, celle que le Christianisme respire de ses deux poumons. Privée de ses deux branches, on peut penser qu’elle souffre d’une amputation, d’une pneumectomie et qu’elle ne respire que d’un poumon (même s’il est vrai que l’Eglise de Rome vit une pleine communion ecclésiastique avec certaines Eglises orientales (maronites, melkites, syriaques, coptes…).
Saint-Paul nous exhorte à cette bienveillance mutuelle dans sa première épitre aux corinthiens. En effet, il va jusqu’à dire, que l’Eglise est comme un corps et le Christ est la tête, tous nous sommes membres de ce corps… Si un membre souffre, tous les membres souffrent, si un membre est à l’honneur, tous les membres sont à l’honneur » (1 co12,12-27).

Une question d’éthique

Ici, une question cruciale se pose : dans une approche éthique basée sur la tradition chrétienne, qu’est-ce qui fait la spécificité de notre humanité ?
Du latin oriens, orientis (« orient »), de oriri (« surgir, se lever »), le mot Orient est de la même famille que le verbe orienter. S’orienter soi-même signifie, littéralement, se tourner vers l’Est, où le soleil se lève, pour se repérer. La foi suit le même but que le soleil, dans un sens figuré, dans la pratique du jugement éthique. Cette réflexion est dialogique, car de même que la personne se trouve dans la relation à l’aube, de même l’individu se trouve dans la relation à la foi. Le croyant est en dialogue avec une communauté de personnes engagées de manière similaire, des personnes partageant les mêmes idées. A son tour, la communauté est en dialogue avec une tradition: un corpus de textes et de sacrements, des idées et de l’art. GK Chesterton appelle la tradition « démocratie pour les morts  », il entend par là que la tradition maintient en vie et active les meilleures idées des générations précédentes. La foi doit être choisie pour une relation permanente avec Dieu, avec les autres et avec soi-même selon la dynamique de la vie, la mort et la résurrection de Jésus. C’est l’acceptation de la charge radicale de la liberté humaine de grâce. C’est aussi un engagement dans un contexte éthique, à faire le bien et à s’opposer au mal sous toutes ses formes. La tradition de la foi chrétienne est un horizon théologique sous lequel nous posons les questions les plus difficiles de notre vie, celles qui ont à voir avec la vérité, la justice et la bonté: Qui se soucie de moi? Que dois-je faire pour permettre que cette vie devienne éternelle? Qui est mon prochain?
Religion vient du mot grec Religo, relier ; il signifie relier l’homme à Dieu, à l’univers mais aussi aux autres. Or, qui sont ces autres sinon notre prochain (nos frères d’Orient)? Sont-ils les mêmes que dans l’Occident ? Peuvent-ils être traités de la même manière ? Ne devons-nous pas nous re-lier à eux, à leur situation pour que la religion chrétienne soit juste, éthique ? Se re-lier à eux signifie se mettre à leur place, avec les problèmes qu’ils ont, qu’il faut connaître à fond pour les avoir vécus auprès d’eux, de préférence.

Une des choses les plus frustrantes que nous rencontrons dans notre questionnement, c’est que les réponses ne sont pas sous la forme que nous voulons. Jésus avait une fâcheuse habitude de répondre à des questions directes par des histoires sur les champs de blé, les graines de moutarde, et les pêcheurs.
Nous ne pouvons que nous tromper en pensant que nous avons tout compris que nous sommes arrivés à la connaissance claire et parfaite de nous-mêmes, de notre monde, et de notre Dieu, et que nous pouvons nous suffire à nous-mêmes. L’exclusion institutionnalisée de certaines personnes, la pratique persistante de la guerre et la persécution de nos frères chrétiens en Orient sont des rappels bruts que nous avons encore beaucoup à apprendre et des choix difficiles à faire.
L’ouverture à la relation entre l’éthique et la foi est elle-même une tâche éthique, car l’éthique est la revendication de la foi pour protéger la dignité humaine et donner un sens à la notion de «l’épanouissement humain». L’analyse de la relation entre l’éthique, la foi, l’épanouissement et le récit peut conduire à mieux comprendre les différences dans les débats éthiques. Les principes éthiques chrétiens sont basés sur les enseignements au sein de la Bible. L’éthique chrétienne en général a tendance à insister sur la nécessité de l’amour, la grâce, la miséricorde et le pardon. Avec l’aide de Dieu, le chrétien est appelé à devenir de plus en plus vertueux , en pensée et en action.

Une découverte richissime : le Liban
Découverte d’un peuple, une culture, d’une langue

Il est très surprenant pour un occidental de voir à quel point, le Liban, terre orientale, peut être influencé par la culture occidentale, et ce en raison, entre autres de son long passé en commun avec notre Région. En effet, le Liban est un pays qui a toujours entretenu des liens privilégiés avec la France notamment, bénéficiant de la protection de celle-ci durant les nombreuses persécutions, à l’époque des croisades. Aussi, le Liban se définit avant tout comme un pays francophone. Culturellement, cela se traduit notamment par un arabe très francisé, surprenant pour un français, ou encore par des signalisations routières, des commerces avec des informations en français ; dans les écoles, les cours sont dispensés essentiellement en français et tout le monde y parle la langue française ; de quoi ne pas se sentir dépaysé pour un français attaché à sa langue. Il faudrait également ajouter à quel point un français est bien reçu dans ce pays.

Le général De GAULLE, qui a vécu une expérience du Liban, citait notamment certaines affirmations de ce peuple telles que : « C’est la France qui a créé le Liban, c’est notre mère à tous, et pas seulement celle des chrétiens ».
Tous ceux qui se rendent au Liban diront unanimement et à quel point ce peuple peut être impressionnant par sa capacité à regarder de l’avant et non à ressasser les horreurs et injustices passées. Ainsi, on peut interpréter l’attachement de ce pays à l’Occident et la relation entre les deux comme une relation filiale. Rappelons également que le Liban est le seul pays du Proche Orient qui est dirigé obligatoirement par un chrétien maronite, ce qui peut le placer dans un certain isolement par rapport aux voisins musulmans, et qu’il est l’un des seuls, sinon le seul pays à résister encore à l’invasion islamique.

Découverte d’une spiritualité maronite

L’Eglise maronite doit son nom à Saint Maron, moine syrien mort en 520. Il vivait en Syrie, à Brad. Contrairement à ce que beaucoup pourraient penser, Saint Maron, et ses disciples (donc l’Eglise maronite actuelle) sont très attachés au Concile de Calcédoine. Le premier patriarche maronite a été élu en 686. L’Eglise maronite a beaucoup été persécutée, notamment en raison de sa fidélité au Pape depuis toujours (ce qui en fait une spécificité par rapport aux autres communautés orientales unies à Rome). Lors des croisades, en 1182, les maronites ont eu un grand soulagement avec l’arrivée des occidentaux. Mais ensuite, arriva la persécution avec les musulmans.

L’organisation actuelle de l’Eglise maronite remonte principalement au synode libanais qui a permis d’organiser l’Eglise sous influence latine. Par exemple, chaque prêtre était obligé de créer une école sur sa paroisse. En 1920, le Patriarche proclamait l’Etat du grand Liban. Aujourd’hui, entre 35% et 40% des chrétiens libanais sont maronites, soit 800 000 au Liban contre 4 millions dans la diaspora. La France compte environ 80 000 maronites.

Quelles sont donc les caractéristiques de l’Eglise maronite ?
Sa fidélité au pape depuis les origines,
Son appartenance à la famille syriaque,
Elle a beaucoup été influencée par Saint Jacques, Saint Ephrem notamment
L’Eglise est influencée par la spiritualité monastique (par rapport à Saint Maron),
Beaucoup de séminaristes ont été envoyés à Rome afin de poursuivre leurs études, ce qui a permis une oxygénation de l’Eglise

A noter également,
Un attachement à la Sainte Vierge. Dans toutes les hymnes liturgiques, il y a une référence à Marie
Attachement à la terre : deux titres sont d’ailleurs accordés au Christ dans cette Eglise : médecin et agriculteur
Attachement à la famille : dans l’Eglise maronite, la famille a une place très importante, elle a même adopté le rythme monastique : prières du matin, du midi et du soir ; pratique de l’ascèse.
Au Liban, le Patriarche a un rôle socio-politique très important
Latinisation de la communauté : par exemple avec l’adoration du Saint-Sacrement, le rosaire.

Une vigueur monastique

Nous pouvons mesurer le dynamisme d’une Eglise à l’ampleur de son activité monastique. La spiritualité monastique antiocho-syriaque est caractérisée par sa capacité unique à s’ouvrir aux tendances spirituelles et à adopter certains aspects de l’organisation monastique des autres Eglises: Tout au long de son histoire, la tradition monastique syriaque occidentale a été influencée par le monachisme en Egypte, tout en gardant sa propre identité. Plus tard, elle a été influencée par les enseignants de la spiritualité byzantine, notamment avec Saint Basile le Grand.
Elle a également embrassé les tendances spirituelles et l’organisation institutionnelle de l’Occident chrétien. De nos jours, le monachisme est ouvert à différentes civilisations, il est actif dans le mouvement œcuménique et œuvre activement au dialogue des religions.

Cet ajustement spirituel a conduit à un renouveau monastique. Il est maintenant prêt à s’engager sur une nouvelle voie tout en préservant la solitude, l’ascétisme, l’esprit apostolique et la fidélité à la tradition représentée dans la spiritualité des premiers pères de l’Église.

Les ordres dans leurs deux branches (hommes et femmes) portent un riche héritage qui leur a valu de la crédibilité, notamment en ce qui concerne leur capacité à attirer des vocations. Soutenus par leur longue expérience, ils ont pu enrichir l’héritage chrétien maronite grâce à leur travail dévoué. Les moines «nous ont transmis un héritage humain respectueux, spirituel et liturgique» et ont rempli le pays de monastères et d’églises au point qu’un auteur contemporain a consacré tout le cinquième chapitre de son livre à ce sujet, intitulant le chapitre «Liban, une terre monastique ».(5) Le plus significatif des fruits du monachisme est l’abondance de la grâce due aux prières régulières dans la plupart des monastères et des ermitages. Le siècle dernier a été marqué par la béatification et la canonisation de certains des moines et moniales, tels que le Père Charbel Makhlouf, la Soeur Rafqa et le Père Naamatullah Kassab el-Hardini. En conséquence, leur style de vie monastique maronite est devenu populaire dans tous les monastères chrétiens.

Certains monastères sont devenus des sanctuaires accueillant non seulement des chrétiens, mais aussi des personnes de toutes les religions du Liban, du monde arabe et du reste du monde à la recherche de services spirituels. Les ordres accompagnaient aussi les préoccupations œcuméniques de l’Église universelle et locale; ainsi, ils ont contribué à faire revivre l’héritage antiochien et ont continué à le faire en utilisant des intellectuels et de tous les moyens de dialogue entre les religions pour promouvoir le respect mutuel et la coexistence.

Pour conclure notre route, nous pouvons méditer cette prière pour l’Eglise prononcée dans la liturgie du dimanche des Rameaux (le Pardon) du missel Maronite :
Christ, notre Roi et notre Rédempteur, pour nous sauver, quand tu préparais tes disciples à leur mission, tu en as envoyé deux pour qu’ils te trouvent un ânon ; ainsi tu as traversé les rues de Jérusalem sous les acclamations de la foule où il y avait des enfants qui chantaient tes louanges. Voici que nous nous préparons à ta rencontre car nous croyons que tu es le Fils du Vrai Dieu. Nous te demandons, par l’offrande de (notre encens et de) nos prières, de nous rendre dignes d’aller à ta rencontre, en te glorifiant et en proclamant joyeusement: «Hosanna au Fils de David, qui a pris corps dans le sein de la Vierge Marie, fille de David !

Hosanna, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit sa venue parmi nous, et qu’il soit béni le Père qui l’envoie ! Seigneur Dieu, que ton Église soit glorifiée et comblée de l’abondance de tes grâces ! Aide-la à supporter les épreuves du temps et protège-la des forces du Mal. Souviens-toi de tes fidèles défunts qui reposent dans ton Espérance. Aussi nous te glorifierons et te rendrons grâce, comme à ton Père et à ton Esprit Saint maintenant et à jamais. » DEROND Charles, (Martinique, Docteur en Ethique et Religion (Faculté de Théologie catholique de l’Université de Strasbourg- 4377- Equipe d’accueil de théologie catholique et de sciences religieuses)- Par ailleurs, l’auteur est marié, père de deux enfants, professeur certifié de Mathématiques (Education Nationale).L’auteur, à partir de son expérience, notamment au Liban, fait partager son cheminement à tout lecteur, chrétien ou pas, sensibilisé par la situation préoccupante des chrétiens en Orient.)

Notes :

1. BONAVIA P., Globalizar la esperanza, ed. Dabar Mexico, 1998, p.66
2. Salah Stétié, né le 28 septembre 1929, est un écrivain français d’origine libanaise.
3. Ziad Fahed, The Religious Coexistence in Lebanon: Messages and Lessons
4. Paris Match », le 24 septembre 2017
5. Leroy J., Moines et monastères du Proche-Orient, Paris 1957, p.129.

Demain, plus de séminaristes ?

La session de novembre de l’assemblée plénière de la Conférence des évêques de France (CEF) qui s’est tenue à Lourdes, il y a une dizaine de jours ,était particulière à plus d’un titre.

Il s’agissait en effet des adieux du cardinal-archevêque de Paris, Mgr Vingt-Trois, à ses confrères ; âgé de 75 ans depuis le 7 novembre et donc démissionnaire de sa charge, fortement affaibli par le syndrome de Guillain-Barré, il n’a pas l’intention de s’éterniser dans la capitale et son successeur devrait être désigné avant la fin de l’année. En outre, la chute des vocations presbytérales fut au cœur de leurs débats : les évêques sont à l’os ; c’est peu ou prou ce qu’ils expliquèrent au secrétaire de la Congrégation pour le clergé, Mgr Patrón Wong, qui était venu expliquer la reprise en main bergoglienne des séminaires… Ambiance… lourde.

De fait, François estime que les séminaristes formés actuellement (et leurs prédécesseurs aujourd’hui, au grand maximum quinquagénaires) ne correspondent pas à l’idée qu’il se fait du prêtre : trop rigides, trop arc-boutés sur les dogmes, trop à cheval sur la morale, cléricaux au possible, pas toujours positifs à l’endroit de l’œcuménisme et du dialogue religieux… On est loin des disciples-missionnaires conceptualisés dès le début du pontificat argentin ! Par ailleurs, le pape jésuite considère que certains candidats ont été ordonnés trop rapidement, comme si l’on avait quelque peu mis au placard le discernement indispensable en la matière pour pallier la pénurie ; surtout, la stricte observance de l’orthodoxie romaine permettait parfois de sauver certains candidats pourtant fragiles… C’est pourquoi il a signé en décembre dernier une Ratio fundamentalis, encadrant la formation des séminaristes et qui – pour faire simple – met davantage l’accent sur la pastoralité des futurs prêtres plutôt que sur la philosophie et la théologie et oblige chaque candidat à démarrer son parcours après une année de propédeutique1, facultative jadis, obligatoire désormais. Pour ce faire, il a confié à Mgr Patrón Wong la charge des séminaires au sein de la Congrégation pour le clergé. Ancien évêque de Papantla (au sud-est du Mexique), proche de François qu’il a connu au CELAM, il a été appelé par ce dernier à Rome – avec rang d’archevêque – six mois après son élection afin d’élaborer cette Ratio fundamentalis, de formater les futurs prêtres aux vues bergogliennes (qui demeurent, en la matière, archi-classiques et même réactionnaires à l’endroit des candidats gays, par exemple). En accord avec l’évêque de Rome, Mgr Patrón Wong demande donc aux évêques de consacrer leurs meilleurs prêtres à la formation des séminaristes, ce qui trouble les évêques français déjà démunis. Le responsable romain des séminaires n’est pas dupe : « Nous savons que cet aspect représente un défi, particulièrement pour l’Europe. Si des formateurs s’inquiètent, c’est parce qu’ils ne sont pas eux-mêmes de bons disciples missionnaires. Mais si un prêtre n’est pas formé pour être un bon pasteur, toutes ses connaissances intellectuelles ne lui serviront à rien. C’est ce que dénonce le pape François quand il parle de mondanité spirituelle. Cette nouvelle vision est à son image : c’est un père, un grand-père, pas un intellectuel.2 » Voilà donc nos évêques rhabillés pour l’hiver : s’ils renâclent, c’est qu’ils sont mauvais, pour ne pas dire nuls. En creux, c’est le profil de candidats recherchés par l’Eglise en France qui est pointé du doigt : sous la pression des groupuscules catholiques fondamentalistes et en raison du fait que les communautés et autres instituts de vie qui leur sont proches accueillent tous azimuts les candidats (ce qui donne des succès apparents en termes de chiffres), on en vient à accueillir dans les séminaires des jeunes hommes typés spirituellement voire affectivement si l’on en croit Mgr Beau, auxiliaire de Paris et président de la Commission épiscopale pour les ministres ordonnés et les laïcs en mission ecclésiale (CEMOLEME) : « Nous recevons des jeunes très marqués par des expériences affectives fortes avant d’entrer en formation. Comment les aider à passer d’une expérience d’alliance affective (fiançailles, vie commune, relations diverses, etc.) au service d’une alliance, celle de Dieu, qui, elle, ne l’est pas. En d’autres termes, nos séminaires ne doivent pas être simplement des lieux de maîtrise de l’affectivité, mais ils doivent amener le séminariste à des choix motivés.3» C’est ainsi que nous découvrons officiellement que les séminaires font office de maisons de soins pour des candidats en mal-être affectif voire personnel, que l’on apprend la « maîtrise de l’affectivité » quand on pensait qu’il s’agissait de former des futurs prêtres… Et c’est ainsi que nous comprenons mieux ces nouveaux curés, souvent le doigt sur la couture de la soutane – qu’ils portent pour certains d’entre eux –, qui se projettent littéralement comme des patrons de leur paroisse, qui contrôlent tout, font bosser les laïcs obéissants… [Découvrez l’ensemble de notre article dans Golias Hebdo n°503 : http://golias-editions.fr/article5495.html]

Inclusion

On parle maintenant d’écriture inclusive pour assurer une représentation plus égalitaire des femmes et des hommes dans notre langue. On en trouvera quelques procédés sur Internet : francetvinfo, 02/09/2017.

Ainsi, comme tous les mots ne sont pas épicènes, c’est-à-dire recouvrant les deux sexes (« enfant, secrétaire »), on veut féminiser les fonctions : dire « la présidente » pour « Madame le président ». Soit, encore que je ne sais comment on désignera alors la femme du président.
Mais que dire de l’utilisation du signe « · », appelé point médian ou point-milieu ? Exemple : « Les Français·es sont divisé·es sur cette réforme. » Le résultat est esthétiquement catastrophique, et je souhaite bon courage à ceux qui sur un clavier d’ordinateur veulent trouver ce point médian !
Avant le point médian, on avait pensé aux parenthèses : « Les Français(es) sont divisé(es) sur cette réforme. ». Mais on les a abandonnées au prétexte qu’elles servaient à inclure quelque chose de moins important, d’accessoire. Ce qui montre qu’on ne connaît rien à la fonction des parenthèses. Chez Proust par exemple elles sont loin d’inclure quelque chose de moins important, d’accessoire !
Les habitudes aussi d’écrire sont tellement ancrées en nous qu’il sera difficile d’admettre l’accord de proximité (« Les hommes et les femmes sont belles »), même si cette règle a pu être en vigueur jusqu’au XVIIe siècle. Il y a un attachement affectif à ce qu’on a appris depuis sa petite enfance, qu’il sera difficile à combattre.
Mais le plus ridicule et le plus dangereux à mon avis est le refus d’employer les noms seuls d’« homme » et de « femme » en s’aveuglant sur leur sens général possible. Ainsi les « droits de l’homme » doivent disparaître au profit des « droits humains », et la « journée de la femme » doit être proscrite, parce que, pour le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes, parler de « la femme » évoque « le fantasme, le mythe, qui correspondent à des images stéréotypées et réductrices telles que la figure de ‘l’Arabe’ ou ‘du Juif’. » Eh bien, n’en déplaise au Haut Conseil, je continuerai à essentialiser la Femme, à la suite des derniers mots de Goethe dans le Second Faust : « Et l’Éternel féminin toujours vers le haut nous attire. »
Au reste, défendre vraiment les femmes, c’est lutter contre le harcèlement de rue, l’excision, l’inégalité des salaires avec les hommes, etc. Laissons nos nouvelles Précieuses féministes s’amuser du langage :

« Nous serons par nos lois les juges des ouvrages.
Par nos lois, prose et vers, tout nous sera soumis.
Nul n’aura de l’esprit, hors nous et nos amis.
Nous chercherons partout à trouver à redire,
Et ne verrons que nous qui sache bien écrire. »

(Molière, Les Femmes savantes, III, 2)