Bruno-Marie Duffé, secrétaire du Dicastère à la solidarité : « Un défi pour la sauvegarde de la maison commune »

C’est une vraie bonne nouvelle, comme nous l’évoquions déjà la semaine dernière (cf. Golias Hebdo n° 486). « Un défi », pour lui. Il s’agit du P. Bruno-Marie Duffé, secrétaire du nouveau Dicastère pour le service du développement humain intégral. Ce nouveau ministère romain (créé en août dernier mais en fonction depuis le 1er janvier) regroupe quatre entités : Justice et Paix, Cor Unum et les Conseils pontificaux pour la pastorale des migrants et pour la pastorale des services de la santé. Il va, disons-le, devenir le bras armé de l’Eglise dans le vaste domaine de la charité. Saluons François pour qui celle-ci reste la vertu théologale par excellence, et qui a choisi de confier la responsabilité de ce super-ministère à deux hommes qui ont toute sa confiance : le cardinal Turkson, 68 ans, préfet ; le P. Duffé, 65 ans, secrétaire.

De fait, ce dernier est l’homme de la situation, un homme de terrain qui connaît les grandes souffrances humaines. Prêtre du diocèse de Lyon, proche de Mgr Matagrin, emblématique évêque de Grenoble (1969-1989), aumônier national du Comité catholique contre la faim et pour le développement – CCFD-Terre solidaire -, le communiqué1 du Comité lors de sa nomination rappelait qu’il était « vicaire épiscopal ‘‘Famille, Santé et Société’’ depuis 2012, il anim[ait] le Conseil diocésain de la solidarité, créé en 2013 et a initié la Coordination Urgence Migrants du diocèse de Lyon (2013) dans laquelle il [était] très impliqué ». En effet, mi-2015, Libération le présentait cherchant une solution pour les trois centaines de migrants délogés d’un squat en banlieue de Lyon2. Il rappelait le besoin d’assistance juridique auprès de ces exilés et la volonté des chrétiens de « montrer que l’on n’abandonne pas ces gens, qu’il existe encore un tout petit peu d’asile humanitaire ». Et de noter que la « caisse de solidarité [était] soutenue par des gens souvent assez modestes ». Le P. Duffé tirait souvent le diable par la queue et devait recourir au « système D », selon le reporter, devant tant d’attentes. Le secrétaire du Dicastère ne sera pas seulement, à Rome, l’homme de la charité, mais aussi celui de la solidarité, des petites rivières qui font de grands fleuves, à l’exemple du CCFD-Terre solidaire – première ONG française de développement – pour qui cette nomination est une reconnaissance pour le travail accompli – et qui se poursuit toujours – depuis sa création en 1961. Régulièrement conspué par la sphère tradi (en raison des supposées libertés qu’il prendrait avec l’enseignement moral de l’Eglise), la nomination du
P. Duffé avalise les choix du Comité, lequel met l’homme au centre, prend en compte ce qu’il est, d’où il vient, établit avec lui des liens, des partenariats. Cherche à le rendre libre, en définitive, de la même manière que le Secours catholique, l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT), ATD Quart monde, etc., qui agissent pour que l’homme se remette debout.

Docteur en philosophie politique, maître de théologie, ancien élève de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) et de l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) de Genève, le P. Duffé est également maître de conférences en éthique sociale à la Faculté de théologie catholique de Lyon où il enseignait la pensée sociale de l’Eglise, en s’intéressant notamment « aux questions contemporaines d’éthique de la santé à l’adresse des acteurs de santé »3. Il a accompagné des personnes atteintes de cancer, co-présidé le centre de lutte contre le cancer Léon-Bérard à Lyon… Le P. Duffé réunit sur sa personne les quatre dimensions assemblées pour former le nouveau Dicastère pour le service du développement humain intégral, dont il a suivi la mise en place en travaillant avec des membres du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et sur les sujets écologiques. Autant dire que ce genre de prêtre s’est raréfié au sein de la Curie : cela devrait les changer (peut-être les convertir) ! Le lecteur pourra s’en rendre compte grâce à l’entretien que le P. Duffé nous a accordé. Qu’il en soit ici chaleureusement remercié ainsi que le CCFD-Terre solidaire qui a bien voulu faire le lien entre nous. Le nouveau secrétaire est aussi un homme de prière. Ainsi affirmait-il, selon le communiqué du Comité : « Le travail de la pensée est au cœur de mon ministère, il est pour moi la respiration nécessaire qui permet de se tenir dans une attitude compréhensive à l’égard des personnes et des situations complexes dans lesquelles nous évoluons. L’échange entre les cultures et les religions est au cœur de toutes les problématiques de solidarité, de justice et de paix. Cela dit, je dois ajouter que la mission m’a constamment appelé à la contemplation. Et la prière m’a permis de nommer devant le Père ceux que la mission me donnait à connaître. Entre la présence et l’offrande, entre l’écoute et le chemin partagé, le Christ, je le crois, nous précède. » Encore merci, François !

1. http://ccfd-terresolidaire.org/qui-sommes-nous/la-vie-de-l-association/bruno-marie-duffe-5169
2. http://www.liberation.fr/societe/2015/06/02/les-migrants-decampent-leur-avenir-toujours-en-suspens_1321730 (article payant)
3. http://ccfd-terresolidaire.org/qui-sommes-nous/la-vie-de-l-association/bruno-marie-duffe-5169

Vampirisme

Une version à peine métaphorique vient d’en être donnée par l’entreprise californienne Ambrosia LLC, qui propose à ses clients, pour la somme de 8.000 dollars, une transfusion de sang provenant d’un sujet jeune, qui pourrait ainsi ralentir le vieillissement du receveur. Elle mise sur une discipline scientifique peu connue appelée parabiose, déjà étudiée chez les souris, qui explore la possibilité que le sang jeune transfusé chez une personne âgée puisse inverser les symptômes du vieillissement. Ce plasma vient donc d’adolescents et de jeunes adultes, âgés maximum de 25 ans. Pour les clients, il faut avoir 35 ans minimum, mais le directeur de l’entreprise confirme que la plupart sont proches de la retraite (Source : mashable.france24.com., 02/06/2017).

Cela signifie donc vider des adolescents de leur sang au profit des personnes âgées. Deux remarques alors viennent à l’esprit. D’abord cette obsession de l’allongement de la vie, très répandue dans la Silicon Valley, qui sous-tend aussi le mouvement transhumaniste, montre la déraison ou l’hybris de l’homme occidental : la mort en tant que destin inéluctable n’est plus acceptée, et on ne voit pas quelle borne pourrait être mise à cette ambition dont l’horizon est l’immortalité.
Ensuite, et c’est sûrement plus grave, on voit avec horreur se développer une société duale, où les riches prospèreront sur la détresse des pauvres, se nourrissant littéralement de leur substance. On connaît le cas de la comtesse Erzsébet Báthory, qui pour garder une éternelle jeunesse se baignait dans le sang de vierges : l’histoire en est racontée dans le film de Julie Delpy, La Comtesse (2009). Mais aussi je pense au film prémonitoire d’Alain Jessua, Traitement de choc (1973), où une clientèle fortunée séjournant dans une clinique de luxe profitait du sang prélevé sur de pauvres ouvriers portugais employés dans cette institution.
Ne sourions pas des fictions fantastiques et des visions d’horreur, telles celles concernant les Vampires. Elles peuvent bel et bien se réaliser.

Migrants : l’Eglise contre les défenseurs de la« race blanche »

S’il y a bien un point sur lequel l’Eglise n’a jamais trop tergiversé, surtout après Vatican II, c’est sur la question des migrants et réfugiés. En ce sens, les différents papes qui se sont succédé sur le siège de Pierre depuis une soixantaine d’années ont su se mettre du bon côté, en totale adéquation avec l’Evangile de Jésus-Christ.

Bravo François ! Le nouveau Dicastère pour le service du développement humain intégral, en fonction depuis le 1er janvier dernier, avait bien un préfet – le cardinal ghanéen Turkson – mais toujours pas de secrétaire. C’est chose faite depuis le 16 juin et c’est le P. Bruno-Marie Duffé, du diocèse de Lyon, qui a été choisi. Il s’agit d’une très bonne nomination pour plusieurs raisons. D’une part, le P. Duffé est un théologien moral d’envergure, spécialisé en éthique, un homme d’ouverture ; d’autre part, c’est un prêtre qui connaît les souffrances humaines, engagé dans la pastorale de la santé. Enfin, il était jusqu’à sa nomination aumônier national du CCFD-Terre solidaire , une association de qui nous nous sentons proches et qui est régulièrement égratignée par la sphère tradi en raison de son humanisme, du fait qu’elle prend comme point de départ de son action l’homme, la femme, l’enfant en difficulté non les articles du catéchisme touchant tel ou tel point moral.

Les communautés à la base, où existent des équipes du CCFD se réjouissent elles aussi de cette nomination car il s’agit pour elles d’une forme de reconnaissance de leurs luttes, avec des moyens pauvres souvent, faisant appel à toutes les bonnes volontés. Une multitude de petites actions au nom la Grande Action, si l’on peut dire, soit l’Évangile de Jésus Christ. Cette nomination est la meilleure réponse à ce prêtre liturgiste en chef d’un diocèse au nord de Paris qui – il y a quelques années – interrogeait un couple de chrétiens impliqués dans le Secours catholique et au CCFD : « Où va l’argent que l’on donne au CCFD ? Vous êtes sûrs qu’il va bien aux pauvres ? » Oui, il est des gens pour qui Mt 25, 31-46 (« J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger… ») veut encore dire quelque chose. Et d’autres non. Comme ce prêtre. Comme les identitaires aussi. Ces gens aculturés pour qui ne prévaut que la « culture chrétienne », la « race blanche », ont réussi à rassembler 60.000 euros dans le but d’« affréter un grand bateau et naviguer sur la mer Méditerranée pour contrecarrer les bateaux des ONG qui agissent à l’unisson avec les trafiquants d’êtres humains ». Ce financement participatif a été lancé il y a un mois… Combien de chrétiens parmi ces fascistes en herbe ? Combien de chrétiens parmi les donateurs ? On pourrait être surpris. C’est pourquoi la nomination du P. Duffé, bien conscient de ces enjeux, est une bonne nouvelle. La hiérarchie doit aussi poser des actes qui soutiennent le combat contre la pauvreté et la misère mené à la base par les fidèles. Quand elle agit de cette manière, elle est crédible et fidèle aux enseignements de son Seigneur ; nous ne pouvons qu’applaudir. En vérité, sur ce sujet, elle ne peut être rarement prise en défaut. La preuve, à la mi-juin : « Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) salu[ait] le rôle de sensibilisation joué par les communautés religieuses face aux drames des migrations forcées. »1 Les chrétiens sont aux avant-postes de ces drames quasi quotidiens : ainsi le 10 juin, au large des côtes libyennes, 52 personnes étaient portées disparues et huit étaient retrouvés noyées ; ils sont aussi en pointe s’agissant de l’accueil et de l’intégration des réfugiés et des demandeurs d’asile. Pas seulement les catholiques, les protestants aussi, ainsi que les juifs, selon Julia Dao, responsable de la communication pour le Bureau suisse du HCR2, qui note par ailleurs que l’engagement des croyants et des structures confessionnelles apportent beaucoup « notamment sur la teneur des débats politiques actuels, où le besoin légitime d’assistance que rencontrent les populations déplacées et réfugiées en Suisse doit être rappelé sans relâche ». Il n’y a pas que de l’autre côté du lac Léman que ces choses « doi[vent] être rappelé[es] », en France aussi où nous n’accueillons que quelques dizaines de milliers de ces malheureux afin de ne pas nous fâcher avec les électeurs… Pour aller plus loin : http://golias-editions.fr/article5473.html

1. http://www.cathobel.be/2017/06/14/hcr-eglises-participent-a-sensibilisation-aux-drames-migrants/
2. https://www.cath.ch/newsf/hcr-salue-role-eglises-sensibilisation-aux-drames-migrants/

Nomophobie

Ce n’est pas malgré ce qu’on peut penser à partir du grec la peur des lois, dont par exemple celle des lois fiscales, qu’a alléguée récemment un de nos ministres s’abritant derrière sa « phobie administrative » pour ne pas déclarer ses revenus et échapper à l’impôt. Non, il s’agit tout simplement de la peur d’être séparé de son téléphone mobile. Ce mot est construit par contraction de l’expression anglaise « no mobile-phone phobia ». Il désigne tout un syndrome pathologique fait d’addiction, comme le souligne l’article qui lui est consacré dans Wikipédia.

On y lit que les utilisateurs en question consultent leur smartphone 150 fois par jour, soit en moyenne toutes les 6 minutes et 30 secondes, au cours d’une journée de 16 heures, et que plus d’un nomophobe sur deux n’éteint jamais son téléphone portable. Si ce dernier est perdu, si la batterie est épuisée, ou s’il n’y a pas de couverture réseau, une panique irrépressible s’empare du propriétaire.
Ces chiffres sont effrayants. Ils montrent à quel degré d’aliénation est parvenu l’homme contemporain. Il a besoin d’une prothèse qui le protège de sa solitude, à laquelle il ne peut faire face. Il vit dans le divertissement, c’est-à-dire au sens propre le détournement de soi, et dans la dispersion continuelle. Le cerveau n’est pas fait pour être multitâche, et incessamment sollicité par les stimuli divers, comme les courriels, les SMS, etc., autant ceux qui sont à écrire que ceux auxquels il faut répondre. Quel temps reste-t-il pour la concentration, l’attention sur un seul sujet, la vacuité même de l’esprit qui est la condition essentielle de la créativité ? Cet écrasement sous une masse permanente d’informations est une vraie noyade spirituelle.
Le smartphone est le contraire de la liberté. Son possesseur y est attaché et ne peut s’y dérober, comme le chien accourt quand on le siffle : c’est une laisse électronique, qu’il faudrait briser si on en prenait conscience. Mais à voir tous ces esclaves penchés sur l’instrument qui les obsède, rares sont ceux qui peuvent le faire.

Surprises de l’été à Rome : vers un nouveau dogme marial

C’est « Crux », le média nord-américain catholique en ligne financé par les Chevaliers de Colomb, qui l’a révélé le 7 juin dernier : l’été pontifical pourrait être plein de « surprises »1. Trois intervenants bien informés en général – Austen Ivereigh, apologète bergoglien ; Charles Collins, rédacteur en chef de « Crux » et membre de la rédaction de Radio Vatican ; John Allen, éditorialiste de « Crux » – participaient à une émission de radio catholique dans laquelle ils évoquèrent trois surprises que nous réserverait François lors du prochain été. L’on sait, en effet, que le pape jésuite ne prend jamais de vacances (surtout pas à Castel Gandolfo transformé en musée) et que son prochain voyage ne se déroulera qu’en septembre en Colombie. D’ici là, François nous mijoterait des surprises. Un spécialiste dans le genre.

Dans l’intervalle où nous publions deux résumés – à grands traits, encore une fois, imparfaits et sans doute difficiles pour certains lecteurs – du Dimanche en déroute de François Wernert (cf. Golias Hebdo n° 482 et 483), nous arrivaient différentes nouvelles d’ici et là sur le traditionalisme rampant qui gangrène l’Église en France, en faisant croire que les curés en soutane et l’idéologie qui va avec seraient des sortes de super-héros permettant de sauver le système médiéval qui structure toujours notre Église. En lisant ces différents faits, on ne pouvait que penser au bon mot de Pierre Dac : « L’avenir de Monsieur est devant lui, et il l’aura dans le dos à chaque fois qu’il fera demi-tour. » Pareillement pour l’Église qui ne cesse de regarder l’avenir en jetant un œil énamouré sur son passé, sur ce qui faisait sa gloire jusque dans sa représentation. C’est le but du traditionalisme, devenu une norme ecclésiale, qui ne choque plus personne ou presque. Au fait, qu’est-ce que le traditionalisme ? Selon le grand spécialiste du christianisme nord-américain J. Pelikan (1923-2006), « la foi morte des vivants » qu’il oppose à la Tradition, « la foi vivante des morts  »(1). L’Église hiérarchique a choisi – plutôt que de s’interroger, d’inventer, de créer – de faire sien ce traditionalisme, de proposer une foi morte aux vivants d’aujourd’hui.

Ainsi, dans les diocèses d’Aix-Arles et Tulle, les évêques – NN. SS. Dufour et Bestion – ont décidé d’appeler à la rescousse la Communauté Saint-Martin, selon deux publi-reportages de La Croix(2) (06/06 et 08/06). Pour quelles raisons ? Le manque de prêtres, le but étant de sauver ce qui ne peut plus l’être, retarder l’inévitable, un peu comme le condamné réclamant une minute de plus au bourreau. Selon l’évêque de la Corrèze, que cette perspective horrifie, « nous avons ici des jeunes qui n’ont jamais vu un jeune prêtre… » C’est peut-être préférable quand on voit et entend ce que ces « jeunes prêtres » (dans leur grande majorité) peuvent véhiculer. Qu’importe, la Communauté Saint-Martin – qui choisit les diocèses où elle s’implante, étudiant en amont les orientations pastorales diocésaines (quel renversement de perspectives !) afin de déterminer si elles concordent ou non avec ses propres visées – prendra en charge en Corrèze la famille et les jeunes ! Il s’agit d’une mauvaise nouvelle. Nous savons bien ce que donnent ces curés : ainsi à Bayonne-Lescar et Oloron, Mgr Aillet, issu de cette même communauté, ne cesse de faire rappeler par ses porte-flingues que c’est lui le « boss », que les curés sont des « rois » dans les paroisses, que les laïcs qui ne sont pas d’accord avec eux doivent se soumettre. L’Église pyramidale dans toute sa splendeur !

La Communauté Saint-Martin n’est pas la seule à sévir ; l’Institut du Bon Pasteur (IBP) – des lefebvristes affiliés à l’abbé Laguérie rattachés à Rome – et les curés qu’elle a formés, aussi. Tel le P. Spinoza – qui l’a quitté depuis pour créer en 2013 la Fraternité enseignante des Cœurs de Jésus et de Marie (FECJM) –, vieille connaissance puisqu’il fut l’un des héros de l’émission « Les Infiltrés » sur France 2 en 2010, consacrée aux enseignements bordelais de cet établissement « à l’extrême droite du Père »(3). Le P. Spinoza était « directeur pédagogique » de l’école Saint-Projet au cœur de la polémique en raison des horreurs antisémites et extrémistes enseignées aux élèves. Il a créé – avec l’aide de l’IBP qui était propriétaire du bâtiment – une école nommée « L’Angélus », dans le Cher ; enfin, plutôt une maison de corrections si l’on en croit les faits de « maltraitance et [d’]agressions sexuelles  »(4) évoqués par le procureur de la République début juin. Depuis, l’école est fermée, mais cela interroge sur le discernement épiscopal : Mgr Maillard, archevêque de Bourges, a en effet incardiné ce prêtre à son diocèse en 2015 et a reconnu en juillet dernier le caractère catholique de cet établissement où l’on ne célébrait que le rite ancien et où régnait une discipline de fer ! Voilà où nous en sommes : la hiérarchie est complètement dépassée et s’est laissée submerger par la chute des vocations. Et au lieu de réfléchir sérieusement à la situation, elle préfère se tourner vers ces communautés prétendues dynamiques mais qui n’attirent que des nostalgiques d’un passé révolu qu’ils n’ont pas connu.

La situation des chrétiens de Blois nous semble par ailleurs particulièrement préoccupante. Il ne s’agit pas là de communautés intégrisantes mais d’un prêtre diocésain nullement effrayé par le traditionalisme – loin s’en faut et il n’est pas le seul –, et ceci avec la bénédiction de son évêque, Mgr Batut, lequel n’hésite pas à comparer sans nuance Golias à Minute ! Un évêque fin comme du gros sel dans une boîte à sucres. Là-bas, ce sont les filles qui sont stigmatisées : elles ne sont plus acceptées auprès de l’autel, « ‘‘puits de la grâce’’ qui met en communication avec le ciel  », mais à sa périphérie : le service de l’autel est masculin car il mène au « sacerdoce  », selon la formule consacrée, donc exit les filles que, de toute façon, ces prêtres ne calculent même pas (ils n’ont aucune idée de la femme, qu’ils regardent uniquement comme des mères en puissance). Néanmoins, une place au premier rang est réservée à ces vilaines, lesquelles sont revêtues d’une cape blanche. De fait, ce prêtre blésois « pense que l’égalité homme-femme, faussée par la société civile, et la doctrine de l’égalitarisme politique, est périlleuse lorsqu’elle devient le prisme d’appréhension des réalités ecclésiales », selon l’échange épistolaire qu’il eut avec des chrétiens. En bref, cet enseignant à l’Institut d’études religieuses de la Catho de Paris, proche des milieux monarchistes, est un adepte de la discrimination homme-femme, pourtant hors-la-loi ; un chef d’entreprise se comportant de la même manière se retrouverait illico presto devant un tribunal… Les chrétiens de Blois ont saisi la rédaction de Golias et nous relayons leur alerte bien volontiers car de nombreuses communautés connaissent ces dérives préconciliaires : aux chrétiens de se battre contre ces fous de Dieu, qui veulent les enfermer dans un rite comme s’ils pouvaient le canaliser en instillant çà et là des aberrations liturgiques au nom d’une vision ecclésiale décatie. Le prêtre n’est rien sans les chrétiens, sans la communauté fraternelle qu’ils constituent.

Mais il faut dire aussi qu’il n’est qu’une femme idéale aux yeux de ces ayatollahs : Marie. Et cela tombe bien. François s’apprête en effet à enterrer Vatican II en proclamant d’ici peu un cinquième dogme marial (annoncé cet été, selon les bruits romains) : celui de « médiatrice, co-rédemptrice et avocate  », réclamé à cors et à cris par la minorité conciliaire puis par les ultra-conservateurs nord-américains. Inutile de dire que ce dogme aurait des répercutions œcuméniques considérables, qu’il déchirerait encore plus la fameuse « tunique sans couture », qu’il se trouve en totale inadéquation avec les propres mots du pape argentin le 9 juin au Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux au sujet des femmes qui « [auraient] pleinement le droit de s’insérer activement dans tous les domaines »(5), même ecclésial. Qu’importe ! François n’est plus à une contradiction près ; ses curés tradis pas davantage. Golias Pour aller plus loin : http://golias-editions.fr/article5472.html

1. J. Pelikan, La Tradition chrétienne. Histoire du développement de la doctrine, Paris, PUF, 1994, t. I, p.9-10.

2. http://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Actualite/Carnet/communaute-Saint-Martin-simplante-deux-nouveaux-dioceses-2017-06-06-1200852888 (article payant) et http://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/France/Comment-les-pretres-de-la-communaute-SaintMartin-simplantent-dans-les-dioceses-de-France-2017-06-08-1200853425 (article payant)

3. Toujours visible ici : https://www.youtube.com/watch?v=I5BewjNASBQ

4. http://www.leberry.fr/presly/faits-divers/justice/2017/06/03/labbe-spinoza-pretre-traditionaliste-et-directeur-decole_12429689.html

5. http://www.news.va/fr/news/le-pape-francois-encourage-les-femmes-a-investir-d

Potager

Ce mot bon-enfant est bien rassurant. Il s’associe heureusement au besoin que nous avons de nous nourrir, qu’il satisfait pour notre plus grand plaisir. On vient cependant de l’associer à un contexte apparemment tout opposé, celui de la mort. En effet, une exposition à l’église Westerkerk d’Amsterdam a attiré plus de 3.500 visiteurs en leur offrant une panoplie insolite de gadgets funéraires. Parmi eux, la présentation de tombes qui font office de potagers. L’organisateur indique qu’elles peuvent permettre « de rendre hommage à un vieux parent amateur de jardinage, ou plus pratiquement de rentabiliser la superficie occupée. Les plantes sont cultivées dans des récipients autonomes au-dessus de la tombe, ce qui évite tout risque de contamination. » (Source : AFP, 25/05/2017)

Cette idée de sépultures légumières choquera certains, qui la verront comme attentatoire à la digité des honneurs funèbres. Mais ils oublient que les funérailles sont faites pour les vivants, et non pour les défunts, et que, selon la phrase évangélique, il faut « laisser les morts enterrer les morts ».
Au reste, l’homme vient de la terre, et y retourne. Adam, le premier homme, est « tiré du sol ». Chouraqui traduit même : « le Glébeux ». En latin aussi homo est apparenté à humus, auquel, un fois inhumé, il revient : grande leçon d’humilité. Ramassons donc simplement une motte de terre, et nous aurons à la fois humus, homme, et humilité. Pourquoi récuser alors l’idée d’un grand potager cosmique ? La mort est ce qui prend et donne. Mourir n’est rien d’autre que ranimer la nature sous une autre forme. « Le don de vivre a passé dans les fleurs », dit Valéry dans Le Cimetière marin.
Maupassant avait dans ses dernières volontés demandé à être enterré sans cercueil, à même la terre au cimetière Montparnasse, pour que sur son corps décomposé pussent naître au plus vite de nouveaux « petits Maupassants » : mais à l’époque la procédure réglementée de l’inhumation s’y opposa. Aujourd’hui, grâce aux tombes potagères, les choses pourront peut-être changer !