Pyramide

Plus que la pyramide en pierre m’impressionne et me touche la pyramide humaine. J’ai regardé sur Arte, le dimanche 12 mars dernier, en début de soirée, le documentaire Géo intitulé : Catalogne – Le défi des pyramides humaines. J’ai déjà vu avec même émotion, lors de mes séjours annuels dans la Cerdagne française, ces tours humaines qui montent à l’assaut du ciel. On en trouvera une description avec photos en consultant sur Internet l’article Castells de Wikipédia.

L’ambition en semble démesurée. En effet, il faut bâtir un Château humain de six à dix étages, sans qu’il s’effondre, aussi bien à la montée vers le ciel que lors de la redescente, une fois l’édifice bâti. D’où vient l’émotion que cela procure ? D’abord de la performance physique, les compétiteurs faisant assaut de surenchères constantes : le cœur bat et on se demande si leur ambition sera récompensée, ou non : il y a donc du suspense. Ensuite le spectateur philosophe pourra méditer sur la finalité de la chose : un peuple aussi croyant que celui-là veut-il arriver ainsi à être plus près de Dieu ? Il pourra penser à saint Siméon stylite, qui dans le même but vécut quarante ans en prières au sommet de sa colonne. À côté de cela, il pourra voir dans ce spectacle l’orgueil des constructeurs de la tour de Babel, qui furent châtiés par un dieu qui ne voulait pas être détrôné.
Mais le plus émouvant à mon avis est la gradation observée dans l’édification de ces châteaux humains. En bas sont les gros bras, puis au fur et à mesure qu’on s’élève les acteurs ont un poids qui va diminuant, jusqu’à faire couronner l’édifice par un tout jeune enfant, qui lève la main en signe de triomphe. Magnifique symbole : les adultes se réunissent et font corps, et tous se mettent au service de cet enfant salvateur. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser au puer aeternus de toutes les religions et spiritualités du monde. Si la société a besoin de la force adulte unie pour s’édifier, son salut se parachève en la personne de ce faible enfant et de sa petite main levée.

RWANDA: LE PARDON DU PAPE FRANCOIS

Sur le site du Monde :
« Grâce au pape François, on assiste à une réconciliation entre le Rwanda et l’Eglise catholique »

Le journaliste Christian Terras décrypte l’avancée que représente la demande de pardon du pontife « pour l’Eglise et ses membres » impliqués dans le génocide de 1994.

L’ensemble de l’interview est en suivant le lien çi-après :

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/03/21/grace-au-pape-francois-on-assiste-a-une-reconciliation-entre-le-rwanda-et-l-eglise-catholique_5098462_3212.html#7d6Szi7oWblJpVbp.99

Laïcité (2)

J’ai appris avec stupéfaction qu’un professeur de l’enseignement public, dans l’Indre, a été suspendu par son Inspecteur d’Académie pour avoir fait travailler ses élèves sur quelques extraits de la Bible. Une enquête administrative a été ouverte, mais les parents d’élèves qui ont envoyé une lettre au rectorat pour se plaindre de l’étude d’un texte religieux en classe restent anonymes et ne parlent pas – en quoi évidemment on peut admirer leur courage… (Source : francetvinfo.fr, 04/03/2017)

Cette sanction d’une gravité exceptionnelle me choque totalement. Cela me fait penser à mes débuts de professeur en lycée public. Comme j’avais fait allusion en cours au Notre Père chrétien, où le croyant demande à Dieu de « ne pas le faire entrer en tentation », pour faire réfléchir les élèves, après Paul Ricœur, à l’idée du « Dieu méchant dans la vision tragique de l’existence », mon proviseur me convoqua et me reprocha de faire réciter dans tous mes cours le Notre Père et l’Ave Maria ! Tant la calomnie sournoise et courageusement anonyme peut faire des ravages, comme le dit Basile dans Le Mariage de Figaro !
Je ne sais pas évidemment quel a été le contenu de l’enseignement de ce collègue, au demeurant très bien vu de la quasi-totalité de ses élèves et de leurs parents, d’après la source susmentionnée. Mais je sais bien que l’étude d’un texte dit « sacré », biblique ou autre, est tout à fait possible en cours de français, et ne contrevient pas au principe de laïcité. Seuls les laïcistes ou laïcards, ces myopes intellectuels, peuvent s’en formaliser. Leur convient tout à fait le proverbe oriental : « Quand on montre la lune du doigt, l’imbécile regarde le doigt ».
Au reste, je soutiens que vouloir étudier la littérature sans faire référence aux contenus religieux qui la sous-tendent, textes compris, est une ineptie. Comment comprendre Pascal, Racine, Hugo, Baudelaire, etc., sans y faire des allusions, et parfois fort développées ? Ne confondons pas les plans. C’est affaire ici de culture, et non pas de catéchisme.

Des chrétiens contre l’extrême droite : Le manifeste

En vue des prochaines présidentielles et législatives, le mouvement
« Chrétiens en Vaucluse » a lancé un « manifeste »1, « un appel à toutes les communautés chrétiennes, aux associations diverses, aux chrétiens et, plus largement, à tous ceux qui le souhaitent, pour qu’ils témoignent avec nous à partir de leurs initiatives locales que le refus des différences et le repli sur soi que défend l’extrême-droite ne sont pas des solutions. » Ce département de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) est menacé depuis des années par l’extrême-droite, laquelle grappille – au fil des ans – de plus en plus de voix et de mandats électifs, et se renforce. Elle est bien aidée par l’archevêque d’Avignon, Mgr Cattenoz, tradi-friendly et volontiers provocateur, proche d’elle idéologiquement. Engagé contre les délires de son évêque, le mouvement« Chrétiens en Vaucluse » va ici plus loin en proposant cet appel très concret, issu de ses réflexions et engagements collectifs.

Un appel à toutes les communautés chrétiennes

Il y a quelques jours, La Croix1 nous narrait l’engagement de prêtres dans la campagne présidentielle. Tous à droite (même très à droite), pro-Fillon et actifs sur les réseaux sociaux, nous n’étions pas loin de ce qui est devenu un cliché pour beaucoup de Français : « Catho ? Donc de droite par nature. » Voire tradi. Ils n’ont pas toujours tort… Dans une paroisse lyonnaise tenue par l’Emmanuel où l’on demande aux fiancés, lors de la préparation au mariage, de clouer un péché sur un crucifix (ces bonnes âmes inculquent que « la mort de Jésus nous libère de notre péché »), on distribuait dimanche 5 mars au sortir des offices une prière pour la France aspergée d’eau bénite, très dirigée dans un sens filloniste. Et pour cause : le même jour, le candidat LR mis en examen le 15 mars dernier rassemblait une trentaine de milliers de croisés au Trocadéro ; il s’agissait de soutenir spirituellement le candidat « rebelle », celui qui – lorsqu’il était président du conseil régional des Pays de la Loire (1998-2002) – avait fait aménager un bureau en chapelle au 3e étage du siège de Région, celui réservé au cabinet du président. Dixit Le Canard enchaîné (08/03), « un crucifix, un prie-Dieu et des images pieuses orn[aient] ce lieu saint, où les collaborateurs de Fillon p[ouvaient] à loisir venir prier le Seigneur sur leur temps de travail ». Tout cela, à deux pas de la préfecture de Nantes…

Mais avec toutes ces casseroles – présumées ou non – derrière lui, le candidat revendiqué comme « chrétien », qui évoque à l’envi dans ses meetings les « racines chrétiennes de la France » (née sous Clovis, d’après lui…), donne une bien mauvaise image de l’être et de l’agir chrétiens. Non, tous les chrétiens ne font pas les poches du contribuable pour arrondir leurs fins de mois ; non, tous les chrétiens ne s’abîment pas en bondieuseries dans les lieux publics où ils exercent des fonctions. Si les chrétiens s’engagent, c’est au nom de leur foi, de cet Evangile qu’ils ont choisi un jour de suivre, poussés par l’Esprit. Un peu comme le mouvement « Chrétiens en Vaucluse »2, engagés depuis des années dans la lutte contre l’extrême droite sur ce territoire métastasé par le FN et la Ligue du Sud (Marion Maréchal-Le Pen et Jacques Bompard sont députés des 3e et 4e circonscriptions), lesquels sont soutenus par des chrétiens, plus ou moins ouvertement. Entre autres par l’ultra-conservateur archevêque d’Avignon, l’ineffable Mgr Cattenoz, que cette montée en puissance n’inquiète pas, loin s’en faut.

Le mouvement « Chrétiens en Vaucluse » s’est pris en main : devant l’incompétence de son pasteur, de ses dérapages (notamment xénophobes), il a décidé de faire entendre une autre musique, d’agir. Des chrétiens courageux qui – au nom de leur baptême – se sont mis en route, cherchent à mettre en adéquation leur foi et leurs actes. Et si c’était cela, au fond, l’engagement chrétien : être adulte dans sa foi, agir en conscience, se demander ce que le Nazaréen aurait fait devant pareilles situations. Et tant pis pour la hiérarchie si elle ne suit pas, si elle n’apprécie pas, si elle ne comprend pas : la majorité n’est que rarement à l’avant-garde. Proches de ce christianisme pieux, des évêques continuent d’exercer des pressions sur certaines consciences pour les freiner, les empêcher de témoigner de leur foi, de prendre leurs responsabilités de baptisés. Il est vrai que ces témoins ne sont pas forcément ceux que l’on retrouve dans les meetings de François Fillon ou de Marine Le Pen, ne font pas de leur foi un spectacle, ne recherchent dans leur être chrétien aucune gloire. Ce sont « des serviteurs quelconques. [Ils] f[ont] seulement ce qu’[ils] d[oivent] faire » (Lc 17, 10). [Découvrez l’ensemble de notre dossier dans Golias Hebdo n°472]

notes :
1. http://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/France/Sur-les-reseaux-sociaux-des-pretres-sengagent-dans-la-campagne-presidentielle-2017-03-08-1200830251
2. http://chretiens-en-vaucluse.com/

Ochlocratie

C’est le gouvernement de la foule (en grec : ochlos). À la différence du peuple (en grec dêmos), entité structurée autour d’un rêve commun, la foule n’obéit qu’à ses instincts immédiats, sans réfléchir. Dans sa Psychologie des Foules, Gustave Le Bon oppose les foules, faites d’individus atomisés soumis à la seule force d’un chef, aux peuples soudés, organisés par un vrai projet collectif et conscient. Dans l’Histoire, les peuples succèdent aux foules. Mais ce mouvement n’est pas irréversible, et on peut toujours, hélas !, en démocratie même, revenir à la foule initiale.

C’est ce qui se passe actuellement. Le slogan du parti d’extrême droite chez nous est « Au nom du peuple ! ». Mais ce « peuple » n’en est pas vraiment un, car il n’est qu’un agrégat de mécontents, qui n’a de nostalgie que celle d’un chef, en l’occurrence une démagogue qui se contente de surfer sur toutes les frustrations, d’origines fort diverses. Il suffit de voir l’aveuglement qu’il manifeste face aux ennuis judiciaires de sa dirigeante : ferait-elle les pires choses, qu’on ne lui en tiendrait pas rigueur. Il y a toujours, comme dirait Trump, des « vérités alternatives » !
Montesquieu, dans De l’esprit des lois, a bien montré que la démocratie se corrompt lorsque par démagogie le peuple devient foule, ou populace. Ainsi naissent les populismes de tous bords. Le gros Léviathan dont parle Alain n’est que réflexe, et non réflexion. Le « recours au peuple » ira nécessairement vers le pire. La foule préférera toujours Barrabas à Jésus, l’assistanat à la liberté, la peine de mort à son abolition, etc.
L’axiome Vox populi vox Dei (la voix du peuple est la voix de Dieu) me semble ce qu’il y a de plus dangereux. Les deux actuels candidats de droite (extrême et traditionnelle) disent que leur sort ne doit relever que du suffrage populaire. Ils veulent court-circuiter la justice, troisième pouvoir, dont le rôle pourtant est de juger sereinement les personnes. Mais le « peuple » est-il toujours éclairé, et une élection est-elle un plébiscite ?