Une Parole a surgi…

Dieu naît… c’est Noël. Mais n’allons pas croire qu’il est né il y a près de 2000 ans et que tout est terminé. Il naît aujourd’hui en Syrie, en Irak, au Soudan… dans la violence comme au temps d’Hérode. Parmi les réfugiés, au milieu des sans-papiers et des sans-domiciles… comme à Bethléem, la « maison du pain » si mal partagée !

Noël, c’est chaque fois qu’une parole donne vie, relève, sauve. Le Verbe de vie fait chair. Dieu en Jésus a affronté la parole dévoyée de ceux qui dominent et oppriment. Y compris parfois, comme aux temps des prophètes ou des apôtres, quand certains se servent de la Bible pour en faire un fardeau culpabilisant. Noël, ce peut être ce temps favorable pour redécouvrir la Parole que Dieu nous donne. Or la Bible, il faut le reconnaître, est fort mal connue, voire fort mal lue par nombre de chrétiens. Le cinq centième anniversaire de la Réforme invite peut- être les catholiques à un petit effort pour découvrir ce Livre qui peut mettre en route, bousculer, donner vie. Deux livres nous y aident. Le premier (Bayard) de Serge Bloch, pour les dessins, et de Frédéric Boyer, pour le texte, nous retrace « les récits fondateurs » du peuple de Dieu.

En Exil à Babylone, les croyants se souviennent de leur histoire pour y lire comment Dieu les accompagne encore parce qu’Il est fidèle. Sa Parole est digne de confiance. Un livre à lire et à regarder. Les illustrations comme les textes nous font redécouvrir des textes d’une belle actualité pour sortir de la violence. A conseiller pour les jeunes et les moins jeunes et une présentation est disponible sur la Toile (http://www.bible-recits.com/) . Allez jeter un coup d’œil !

Le second livre à lire est celui de Marie Balmary et Sophie Legastelois : Ouvrir le livre. Un regard étonné sur la Bible (éd. Albin Michel). Un itinéraire pour savoir comment lire en se débarrassant des fausses images d’un Dieu fragile qui nous laisse la Parole. De même que l’incarnation se poursuit dans le corps des croyants, de même la Bible parle-t-elle encore par ceux qui la disent en la lisant. La Parole produit ce qu’elle dit : le récit libère ceux et celles qui le méditent, il les transforme pour les faire devenir ce qu’ils sont : corps du Christ en les engendrant à une nouvelle fraternité. Dieu vient dans notre monde. A nous de l’accueillir. Que la Bible nous aide à discerner sa présence. Bon Noël à chacun et chacune p Golias (Photo de la Une : Une nativité inspirée des peintures murales des églises coptes situées sur les îles du lac Tana, au nord de l’Ethiopie. © DR)

Barbarie

J’ai vu sur Arte, le 16 novembre dernier, le film Truman Capote, consacré au célèbre écrivain états-unien, ainsi que le documentaire biographique qui a suivi. Voulant écrire un « roman de non-fiction », il prit pour sujet le massacre d’une famille du Kansas par deux délinquants, qui défraya la chronique en 1959. De là vint son best seller De sang froid, sorti en 1966.

Pour l’écrire, il avait gagné la confiance de l’un des deux assassins, qu’il visita longuement en prison et dont il devint l’ami. Il eût pu le sauver de la pendaison, vu sa propre notoriété et la faculté financière qu’il avait de lui fournir le meilleur des avocats. Mais il ne le fit pas, les choses suivirent leur cours, et l’exécution eut lieu. La raison de sa dérobade ? Un de ses confères l’a dite dans le documentaire : il avait besoin pour son roman d’une fin dramatique, et donc que le détenu fût exécuté. Si la peine eût été commuée en détention à perpétuité, la fin de ce fameux « roman de non-fiction » en eût été affaiblie.
C’est là qu’on peut absolument parler de barbarie. Que pèse une œuvre artistique, si belle soit-elle, à côté de la mort d’un homme ? Notre écrivain à succès s’est comporté comme un barbare, et de la pire espèce : de ceux qui laissent faire – ici laisser tuer. Laisser faire en effet est pire que faire. Car celui qui fait, il a au moins le courage de faire. Mais pour celui qui laisse faire, il y a la lâcheté en plus.
J’ai souvent pensé qu’il peut y avoir une vraie barbarie de l’art. Zola le montre dans L’Œuvre, où le héros, qui est peintre et obsédé par la peinture, sa « seule maîtresse » dit le romancier, ne trouve rien de mieux, une fois son fils mort, que de continuer à faire de la peinture, en faisant le portrait de son cadavre. Aucun souci de décence, aucune sensibilité proprement humaine ne l’habite. Ce roman a amené la brouille entre Zola et son ami d’enfance Cézanne, qui s’est reconnu dans ce peintre insensible jusqu’à la folie.
Mais c’est de folie humaine que se paient bien souvent les réussites en art.

Les religieuses dans la tourmente révolutionnaire… et après ?

Les faits rapportés par l’historien Gwénaël Murphy(1), sont si anciens (avant, pendant et après 1789) que les diocèses, les congrégations et les communautés nouvelles, pensent pouvoir dire aujourd’hui : « avec nous, ça ne s’est jamais passé comme cela ! ». Or les témoignages actuels d’anciennes religieuses et de membres de communautés telles Béatitudes, Travailleuses missionnaires, Congrégation de Saint Jean, Communauté de Bethléem etc. démontrent le contraire et invitent à affronter les vérités de ce qui se passait alors(2). Plus encore la question est du côté de ceux et celles qui sont toujours dans ces structures de l’Église catholique : l’historien décortique les mécanismes de déformation des faits soit par omissions, soit par propensions à exalter en les exagérant les « bons » comportements, tant au niveau des hiérarchies que des individus.

Le XIXe connaîtra une progression fulgurante des « religieuses ». A la différence du XVIIIe il ne s’agira plus de contemplatives, mais de religieuses vouées aux hôpitaux ce qui était déjà vrai, mais surtout à l’enseignement. Dans la deuxième partie du XXe l’érosion, s’étalant sur plusieurs décennies apparait souvent moins spectaculaire que les départs des prêtres diocésains. Elle est, objectivement pourtant, bien plus forte. Comme pour les hommes, et comme au moment de la Révolution, elle commence par les jeunes refusant les « vocations consacrées ». Ensuite les décès de celles qui restent ne rendent pas compte d’une dégradation démographiquement impossible sans l’existence de retours massifs à l’était laïc :

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Lorsque ces départs se tarissent, les restées vieillissent. S’agissant des chiffres de 1999 et 2009, s’il y a des recrues, elles viennent pour une bonne part de l’extérieur : 10% de sœurs « étrangères », dans les effectifs de 1999 et 2009. Pour ces mêmes années la moitié des religieuses encore présentes ont alors plus de 80 ans…, la prévision de 2030 étant un nombre de religieuses autour des 10 000.

Toutefois ce tableau doit être nuancé, des jeunes non répertoriées dans cette statistique sont allées vers des « communautés nouvelles » pour des engagements plus ou moins longs. Ensuite il faudrait tenir compte des « laïcs en mission ecclésiale » (majoritairement féminins) qui assurent aujourd’hui le service (la survie ?) de l’Église de France. Enfin une nuance supplémentaire serait à apporter par l’étude des Fraternités laïques et « oblatures » constituées autour des congrégations de religieux et religieuses.

Les « vocations » féminines dépassent ainsi largement le côté restrictif de « vocations consacrées ». Le regard porté par ces travaux pratiques, est avant tout celui de la compréhension. Bonne fin d’année 2016, et à l’année prochaine pour les suites. Jean Doussal

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Notes : 1. Gwenaël Murphy, Les religieuses dans la Révolution française, BAYARD, 2005. 2. Voir en particulier la dernière communication de Gamiliel21 http://gamaliel21.pagesperso-orange.fr/03%20QUOI%20DE%20NEUF.htm#SIMACOURBE

Succès

Certains le voient comme un signe que Dieu nous donne de notre mérite, en vertu du vieux principe théologique de la rétribution, selon lequel il y a un lien entre ce qui nous arrive et ce que nous valons. C’est ce que pense le président des États-Unis d’Amérique nouvellement élu. Pour lui, la réussite matérielle signifie que Dieu nous a choisi pour en profiter. Il s’inspire des télé-évangélistes états-uniens, qui prêchent ce qu’on appelle l’« évangile de la prospérité ». Selon cette « théologie du succès », Dieu choisit de récompenser certaines personnes au moyen de la richesse (Source : monde.blogs.la-croix.com, 12/11.2016).

Trump incarne aussi les idées de Norman Vincent Peale, auteur du best-seller The Power of Positive Thinking (« Le pouvoir de la pensée positive »), qui prêche l’optimisme et la réussite, et prône la confiance en soi comme une philosophie de vie.  Cette approche de l’existence collait parfaitement, nous dit-on, avec la culture de sa famille : ne jamais hésiter à faire plier les règles, tout faire pour gagner à n’importe quel prix (même Source).
L’imposture ici est double. D’abord voir la réussite comme jugement de Dieu nous fait régresser aux anciennes ordalies, ou aux duels judiciaires médiévaux. Le vainqueur l’est parce que Dieu l’aide, Deo juvante. La seule loi alors est celle de la force, et la seule justification, celle du fait accompli. Et malheur aux vaincus (Vae victis !), parce qu’ils sont des réprouvés de Dieu. Le capitalisme états-unien, dans son idéologie, ne sous-entend pas autre chose.
Quant à la « pensée positive », comme je l’ai déjà souligné à propos de la méthode Coué (Golias Hebdo, n°123), elle mène au « monoïdéisme », qui est le fait de ne se focaliser que sur le but qu’on se propose, en éliminant de sa pensée d’autres scénarios que le sien. Elle exclut le doute, mène à la forfanterie, au mépris et à l’écrasement des autres, et véritablement en bien des cas à la folie de type paranoïaque.
Lourd héritage, donc, que celui de notre nouveau président !

Trombinoscope 2016-2017 :
un épiscopat débordé par sa droite

Le Trombinoscope 2016-2017 des évêques de France paraît dans des circonstances un peu particulières : celui d’un retour des valeurs catholiques les plus traditionnelles dans le champ public. Certes, il faut relativiser tout cela : ce sont des retraités qui sont allés élire François Fillon… Mais ils suffirent pour constituer une vague. Elle ne vient pas de nulle part, un certain nombre d’évêques l’ont encouragée – comme certains portraits le démontrent – cela fait des lustres qu’ils travaillent au corps ce catholicisme, le radicalisent en jouant sur les codes anciens et les peurs nouvelles. Bien sûr, il y a des changements notables, il faut les noter, et aussi des têtes d’affiche habituelles, des petits nouveaux, des étonnements et des curiosités.

Rapide tour d’horizon sur cette cuvée 2016-2017. (découvrez les différentes versions numériques de l’édition 2016-2017 du Trombinoscope des évêques sur : http://golias-editions.fr/rubrique256.html)

Submergés par les enjeux

Mariage pour tous, pseudo « théorie du genre », IVG… La lutte continue, si l’on peut dire. Et ce n’est pas fini, vu la vague catholico-conservatrice qui s’abat sur notre pays. A croire que l’épiscopat français soit dépassé par sa base quand bien même le document publié à l’attention des politiques et des électeurs il y a quelques semaines et qui préconisait de « redéfinir le contrat républicain » (cf. Golias Hebdo n° 451 et 452). Un succès de librairie : 40.000 exemplaires vendus ; mais quels résultats ? Ce Trombinoscope 2016-2017 des évêques de France paraît dans cette séquence ô combien troublée, qui apporte chaque jour son lot de surprises (dernière en date : le renoncement de François Hollande).
La responsabilité des évêques, dans ces temps incertains que nous vivons est grande, surtout après cet ouvrage qui montre leur volonté de peser dans le débat public et une attente des Français. A condition, bien sûr, d’avoir des choses à dire et non des idées éculées à défendre. Mais la grande majorité de l’épiscopat français reste très frileuse, elle ne tient pas à faire de vagues… tout en adoptant les combats portés par cette droite catholique qui flirte avec les forces réactionnaires…

A part quelques évêques aujourd’hui bien connus, bien typés – que le lecteur retrouvera affublés d’un ou deux bonnets –, le reste évite de trop s’acoquiner de manière voyante avec ces fous de Dieu. Mais ces derniers ont gagné la bataille idéologique : beaucoup de diocèses et de paroisses organisent des journées ou des veillées de prières pour la vie et les vocations « sacerdotales », remettent en selle l’adoration eucharistique, la récitation du chapelet…
Pas question de miser sur l’intelligence des fidèles, invités malgré tout à se réunir le dimanche matin autour de la Parole de Dieu avec défense absolue de communier en absence du prêtre !
Fidèles qui sont sollicités à présent plusieurs fois par an pour le denier de l’Eglise, en baisse constante chaque année. Autres événements, ceux ayant trait à la pédophilie. Tout partit de Lyon avec la création de l’association La Parole libérée face à l’inaction du cardinal-primat des Gaules, Mgr Barbarin, devant les crimes pédophiles commis par l’un de ses prêtres. missionnaire, un courageux qui avait bien pris les choses en main ». Ces sordides histoires ne sont hélas pas finies, maintes enquêtes sont ouvertes dans quantité de diocèses français et ailleurs. Mais en dépit de ces horreurs, pas question de réfléchir à la théologie du prêtre, cela n’a rien à voir, voyons ! Il y a peu de temps, un prêtre belge accusé de pédophilie (masturbations et fellations) sur un garçon de treize ans se défendit ainsi : « Il m’a allumé ! » Qu’un quinquagénaire explique le plus sérieusement possible devant un tribunal s’être fait draguer par un enfant en âge de faire sa profession de foi, il y aurait pourtant de quoi être inquiet ! Pas les évêques qui, notons-le, commencent à prendre la mesure des scandales et ont demandé pardon pour les crimes commis par des clercs, à la demande de François.

Curieux cru 2016-2017 avec des évêques qui semblent totalement submergés par ces enjeux. Heureusement, certains prennent la mesure de la gravité de toutes ces situations ; d’autres beaucoup moins, trop occupés à organiser de pieuses actions ou à faire de la politique en tendant la main au FN, sous prétexte que des chrétiens voteraient pour lui. Au-dessus de cette mêlée, un président – Mgr Pontier, archevêque de Marseille – pas toujours en grande forme (il était absent de l’assemblée plénière de novembre 2016) et se laissant peu ou prou déborder par sa droite malgré une ligne assez centriste et plus ouverte que celle défendue par son prédécesseur, le cardinal-archevêque de Paris, Mgr Vingt-Trois. Une ligne qui changera assurément après mai 2017, quel que soit le vainqueur de l’élection présidentielle mais qui a déjà commencé à être infléchie, le lecteur s’en apercevra largement à la lecture de ce Trombinoscope 2016-2017 des évêques de France.