Histoire des vocations ou Histoire des « retours » ?

L’Histoire des vocations religieuses et sacerdotales, par les autorités catholiques minimise ou occulte le phénomène des retours à la vie civile, jusqu’à considérer ceux-ci comme des « déchets »… Ce mot sans doute moins verbalisé aujourd’hui fut pourtant d’un usage courant y compris dans les années 70 et 80 du siècle dernier.

Le but de la présente recherche est d’extérioriser la question taboue des retours à la vie ordinaire après un début ou un temps plus ou moins long de vie religieuse ou presbytérale. Les données chiffrées (France, sauf exception) allant de 1789 à 2010, seront séquencées sous forme de Travaux pratiques (TP). Le phénomène des  « vocations » du monde catholique étant analysé sous l’angle des adhésions ou des refus qu’il a pu susciter tant de la part des individus, que des familles et de la société en général.

Le TP N°1, prend en compte les chiffres de 1789, et ceux 1809 pour vérifier la réalité des « retours » (en l’occurrence ici) à la vie religieuse après la période révolutionnaire. Comme pour chacun des travaux pratiques à venir, les réactions des internautes seront précieuses pour infirmer ou confirmer les épisodes de cette Histoire des vocations de 1789 à 2010 :

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Ptochophobie

Peut-être ce mot va-t-il avoir un jour droit de cité dans nos dictionnaires. Formé à partir du grec, il signifie « haine des pauvres ». Le mouvement ATD Quart Monde vient en effet de lancer une consultation sur les réseaux sociaux, baptisée « Un nom pour dire non », pour désigner l’exclusion dont aujourd’hui les pauvres sont victimes. D’autres noms ont été proposés, comme « classisme », « paupérophobie », « pauvrophobie », « pauvrisme », « misérophobie » (Télérama, 06/072016, p.14). Personnellement, je préfère le premier, qui ne mêle pas sans vergogne, comme cela malheureusement se voit souvent, le grec et le latin.

Mais le problème est que cette recherche d’un nom pour un phénomène atteste bel et bien l’existence de ce phénomène. Comment est-on passé de la valorisation traditionnelle des pauvres, sur fond de morale chrétienne, au mépris dont aujourd’hui on les accable ? De leur défense prise par La Bruyère dans ses Caractères, de l’« éminente dignité des pauvres » dont parlait Bossuet appelant les riches à « porter leur fardeau », ou encore de leur sanctification telle qu’on la voit dans Le Mendiant de Victor Hugo, à leur exclusion nécessitant de trouver un nom pour leur mise à l’écart ? Cette « précarité sociale », doux euphémisme dont on les affuble, est devenue aujourd’hui un critère de discrimination au même titre que le sexe, l’origine ethnique, le handicap, l’âge, etc.
Lorsque Baudelaire dans un de ses Poèmes en prose, disait : « Assommons les pauvres ! », ou encore lorsque Autant-Lara, dans La Traversée de Paris, faisait dire à Gabin : « Salauds de pauvres ! », il s’agissait d’un discours subversif, secouant la torpeur d’un catéchisme humanitaire anesthésiant, condamnant une passivité qui s’accommodait de l’ordre social en place, et finalement appelant à la révolte des exclus. Mais aujourd’hui ces formules ne sont pas prises pour ironiques, mais au premier degré. Je pense à la formule d’un publicitaire naguère, qui avait mis pourtant ses talents à faire élire un Président de gauche : « Si on n’a pas de Rolex à cinquante ans, c’est qu’on a raté sa vie. » Autrement dit : Vous êtes pauvres, c’est bien fait pour vous !

Superstition

On la croyait morte, mais on a tort. J’ai regardé à la télévision quelques moments des récents Jeux Olympiques, et j’ai vu que le nombre est grand des athlètes qui se signent avant l’épreuve, ou bien prient et remercient le ciel, s’ils l’ont emporté. Dès l’Antiquité d’ailleurs on pensait que les vainqueurs l’étaient avec l’aide de Dieu, Deo juvante.

Ce réflexe archaïque et invétéré maintient les hommes dans l’enfance, oscillant entre peur et espoir devant une Puissance extérieure dont il faut éviter l’hostilité ou s’attirer la faveur, par des processus magiques et propitiatoires. Et il me semble dérisoire de voir des adultes, souvent des colosses physiquement, se comporter comme des bébés démunis.
La théologie qui sous-tend pareille attitude est celle de la rétribution, selon laquelle ce qui nous arrive est voulu par la Puissance susdite. Échoue-t-on dans ce qu’on entreprend, c’est signe de sa colère, et le malheur qui nous frappe, de notre démérite. Voyez l’expression courante : « Mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour mériter cela ? ». Inversement, réussit-on, c’est signe de notre élection, via une grâce qui nous a été gratuitement octroyée. Où est la responsabilité personnelle dans ce qui n’est au fond qu’une injustice dont on bénéficie ?
Finalement, absolution totale est donnée au vainqueur, et oubli est fait des mérites possibles du vaincu. C’est le règne du fait accompli, comme dans les ordalies ou dans les duels judiciaires médiévaux. On sait que l’idéologie du capitalisme états-unien, basée sur l’idée de grâce toute-puissante qui sous-tend un certain protestantisme, glorifie le gagnant, supposé avoir Dieu avec lui, et n’a pas égard au perdant, censé avoir démérité aux yeux de ce même Dieu.
Quand les hommes grandiront-ils, et cesseront d’avoir peur de leur ombre, de poser hors d’eux une Puissance qui en réalité est en eux-mêmes ? La religion-superstition est celle qui les y relie et soumet (religare). Quand consentira-t-on simplement à se relire (relegere), et à la trouver au fond de soi ?

Réforme de l’Eglise
Quels ministères pour demain ?

« Golias Hebdo » publie cette réflexion fondamentale sur les ministères sous forme d’un feuilleton en sept épisodes. Voici le premier.

Depuis quelque temps, dans l’Église catholique, le problème des ministères n’a rien de théorique. Les discussions vont bon train parmi les fidèles entre partisans et adversaires du sacerdoce ou du diaconat féminin. À voir aussi la gêne de certains évêques et d’une partie de l’opinion catholique à la perspective des procès de prêtres pédophiles, on mesure que les « ministres du culte » ne sont pas des hommes ordinaires, soumis à la loi commune. Ailleurs, le débat est plus institutionnel : quelle relation entre le ministère du pape, celui des évêques et celui des prêtres ? Quelle relation entre les ministères ordonnés et les laïcs qui ont reçu mission d’exercer telle ou telle tâche dans l’Église ?

Chacun conviendra qu’il faut se garder de trancher ces questions sur un coup de cœur ou un coup de sang. Une réflexion fondamentale – c’est-à-dire déconnectée des contextes et des préjugés – s’impose. Nous faisons le pari qu’un « détour » par l’approche théologique protestante se révélera enrichissant pour la réflexion catholique, en l’obligeant à voir les problèmes sous un autre angle. [Découvrez l’ensemble de notre article dans Golias Hebdo : http://golias-editions.fr/article5404.html]

Anonymat

Il est insupportable à beaucoup. Toujours se rejoue pour ceux qui souffrent de leur obscurité sociale le cas d’Érostrate, qui incendia le temple d’Artémis à Éphèse. Il cherchait simplement la célébrité et n’avait pas d’autre moyen d’y parvenir. Les Éphésiens interdirent de citer son nom, mais leur décision ne fut pas suivie, puisque ce nom est passé à la postérité, l’histoire étant mentionnée par maints historiens antiques. Plus près de nous, elle est reprise dans une des nouvelles qui composent Le Mur, de Sartre : on y lit que si l’architecte du temple nous est demeuré inconnu, il n’en est pas de même de son destructeur, dont ainsi le calcul a été couronné de succès.

Il est aussi celui des auteurs des attentats barbares auxquels nous assistons. Leur but est de semer la terreur à l’aveugle, de faire parmi les populations qu’ils honnissent le plus de victimes possibles avec les moyens minimaux dont ils disposent. Évidemment ils veulent que leur acte ait le plus de retentissement médiatique possible, de façon que la terreur qu’ils initient se répande le plus, et que leur nom soit connu de tous, en tant que martyrs héroïsés. En quoi ils ont raison, puisque tous les médias ne tarissent pas de renseignements sur les auteurs de ces massacres. De totalement inconnus qu’ils étaient, les voilà devenus des vedettes de l’actualité. Leur revanche est une énorme célébrité posthume, et tant que ce processus perdurera, il fera tache d’huile, beaucoup de candidats pouvant se présenter ensuite pour les imiter.
Nos gouvernants tombent ainsi dans le piège de l’organisation terroriste. Aussi la première des mesures à prendre serait de faire un silence complet, une fois le crime perpétré, sur l’identité de ses auteurs, une de leurs motivations essentielles étant leur refus de l’anonymat. Mais notre curiosité de voyeurs est telle qu’on continue de la satisfaire, et de l’alimenter par la publicité qu’on donne aux criminels. L’irréflexion est totale, et ne peut qu’accentuer l’enchaînement même de ces crimes.