Attentat à Saint-Etienne-de-Rouvray :
une violence barbare

Ce matin du 26 juillet dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, en Seine-Maritime, un curé – le P. Jacques Hamel – de 86 ans célébrait l’eucharistie en ce jour de semaine avec quelques chrétiens. Quand soudain deux terroristes armés de couteaux entrèrent dans l’église, l’égorgèrent et blessèrent un autre fidèle grièvement. En sortant, les deux meurtriers furent exécutés par la BRI (Brigade de recherche et d’intervention) de Rouen – avertie par une religieuse qui put s’extraire de cet enfer –, non sans s’être auparavant réclamés du Groupe Etat islamique qui revendiqua dans la journée cette « violence barbare », pour reprendre les mots de François.

Beaucoup de Français, qu’ils soient chrétiens ou non, croyants ou non, sont bouleversés par cet attentat, douze jours après celui qui frappa Nice . On sait à l’heure où cet article est rédigé que l’un des assassins tenta l’an dernier de se rendre en Syrie (arrêté en Turquie et remis aux autorités françaises). On sait en outre qu’une communauté salafiste gravite dans cette région de Normandie. Enfin, cet attentat eut lieu alors que les JMJ commencent ; précisons néanmoins qu’aucun lien ne peut être fait – à ce jour – avec cet événement.

Ces attentats – comme ceux qui ont eu lieu en Floride , à Nice , à Munich … – montrent une forme nouvelle de guerre menée par le Groupe État islamique : une guerre de l’intérieur. « Nul besoin de venir en Syrie, agissez chez vous, tuez les infidèles, les ‘kouffar’ » (pluriel de kâfir, soit « mécréant, incroyant, ingrat, infidèle »), comme nous sommes appelés, nous autres Occidentaux. Ces kouffar sont multiples : chrétiens, juifs, musulmans (considérés comme mauvais par ces extrémistes parce que n’épousant pas leur violence et leur lecture dévoyée du Coran), hommes, femmes, hétéros, homos, parents, enfants, vieillards… C’est bien l’humanité tout entière que le Groupe État islamique a en horreur. En l’espèce, ce prêtre assassiné et cette communauté chrétienne attaquée, dans la tranquille Normandie, en plein été, c’est aussi un symbole ; en Occident en général et en France en particulier, l’église est au milieu du village, elle fait partie du paysage. Derrière cette église, il y a souvent une Église, investie dans les œuvres sociales et solidaires au service de tous, priante et pacifique. Une Église qui n’est plus ce qu’elle a été mais qui représente encore quelque chose. La preuve avec cet attentat. C’est un mode de vie qui est – après les attentats de Charlie-Hebdo , du Bataclan , de Bruxelles , de Munich , de Nice – attaqué : le nôtre, que l’on soit ou non chrétien, que l’on soit ou non croyant. C’est en cela que ce drame du 26 juillet nous touche tous.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, nous ne savons pas tout des assassins, même pas leurs patronymes. Et pourtant, l’un était fiché S avec un bracelet électronique, semble-t-il. Il y a de fortes chances pour qu’ils soient Français, des nôtres, faisant partie de notre communauté nationale. Le pape argentin a raison quand il parle de terroristes issus des pays attaqués : ce sont des gens nés sur nos territoires, ici des Français avec des origines étrangères certes mais des Français, non des personnes exfiltrées d’un pays, agissant secrètement – même si des nationalités peuvent venir se faire exploser chez nous, comme lors du 13-Novembre, comme jadis on envoyait les troufions (« chair à canon ») en première ligne. Ils en viennent parfois à cette extrémité (les plus fragiles sur tous les plans, surtout) parce que notre mode de vie les a rejetés pour la plupart. Parce que celui-là se prénomme Mohamed, il n’a pas obtenu l’emploi tant espéré alors qu’il avait les mêmes qualifications que Sylvain… Il s’agit d’un exemple, qui ne signifie rien, mais la cause sociale de ce terrorisme – pour le comprendre – ne peut être tue. Pour intégrer quelqu’un d’une autre culture, il faut encore lui en donner les moyens. Faisons-nous toujours tout ce qu’il faut, qui que nous soyons ? La République doit s’interroger, elle qui se désengage tellement sur tant de services… La situation demande de réagir, certes, mais calmement, intelligemment, sans se laisser submerger par l’émotion qui pourtant nous étreint.

Ce n’est pas à Golias d’apporter des solutions mais c’est son rôle d’alimenter le débat. C’est pourquoi, si réponse il doit y avoir, elle ne saurait être une « riposte », comme le réclame l’ancien chef de l’État et actuel président du parti Les Républicains. Si « la France est en guerre  » – selon l’expression du Premier ministre –, il ne s’agit pas d’une guerre civile. Ne tombons pas dans le piège tendu par le Groupe État islamique qui veut absolument que nous entamions une guerre de religion contre l’islam. C’est tellement plus simple de penser ainsi ! D’un côté les méchants, de l’autre les gentils. Ce n’est pas ainsi que, nous chrétiens, nous comprenons la justice dont parle Jésus dans les évangiles.

Les chrétiens croient au Dieu vivant, au Dieu épousant notre « humanité commune », pour reprendre les termes de Mgr Dagens, émérite d’Angoulême (cf. Golias Magazine n° 159) en s’incarnant par Jésus, homme de paix, d’amour et de pardon. Comme il a révélé la miséricorde de son Père pour tous les hommes, difficile pour les chrétiens de ne pas suivre ce chemin. Quel est-il ? Inlassablement et plein d’espérance, celui de la rencontre, du dialogue avec tous les hommes, croyants ou non croyants, en mettant en avant ce qui nous unit, nous relie. Mais pour qu’il y ait dialogue, il faut aussi que nos interlocuteurs avancent. En l’espèce, l’islam doit faire son aggiornamento, travailler à mieux former ses fidèles, à sortir de la littéralité. Sur ce dernier point, l’Église aussi doit faire un travail. Mais théologiquement, l’islam doit se reprendre, réfléchir sa foi à l’aune des signes des temps, sortir les musulmans de ce piège tendu par le Groupe État islamique qui est en train de le tuer à petit feu, en instaurant le doute et la suspicion dans les consciences. Nous ne disons pas autre chose qu’Abdennour Bidar et Ghaleb Bencheikh (cf. Golias Magazine n° 161) A nous chrétiens de les aider. Partout où c’est possible, il faut que les chrétiens rencontrent les autres croyants ; partout où c’est possible, les musulmans doivent ouvrir leurs mosquées aux autres croyants, entre autres lors de la prière du vendredi. Il faut que l’islam s’inculture. Ne prions-nous pas le même Dieu, l’Unique ?

C’est difficile de pardonner. Mais pour nous chrétiens, c’est un fondement de notre foi : la miséricorde qui se donne sans retour, sans attendre de contrepartie. Ici, nos interlocuteurs veulent notre mort, difficile de discuter. N’ayant aucune connaissance politique, difficile aussi d’entamer des pourparlers diplomatiques. C’est un autre aspect : la culture, ou plutôt le manque de culture, chez eux comme chez nous. Si les terroristes islamistes ne sont pas bien malins, les politiques – notamment à droite, disons-le franchement – ne brillent pas non plus pour leurs fines pensées, jouant sur ces manques, en (se) piégeant sur les idéologies extrêmes… C’est bien cela que veut le Groupe État islamique : des pouvoirs forts, engagés dans des guerres loin de chez eux, favorisant ainsi le choc des cultures. Nous ne pouvons, alors que nous sommes touchés dans notre foi, que prêcher la paix. « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux  » (Mt 5, 9-10).

Coiffure

D’après Le Canard Enchaîné, en son numéro du mercredi 13 juillet 2016, notre Président s’est attaché les services d’un coiffeur à temps plein, qui le suit partout, et qui est payé 10 000 euros bruts par mois.
J’ai alors pensé au perruquier de Louis XIV. Et encore avait-il plus de travail que celui-là, l’arrangement d’une perruque demandant sûrement plus de travail que de coiffer quelques cheveux.

Cette comparaison monarchique n’est pas excessive, car manifestement c’est à tort que nous nous imaginons vivre en démocratie. Notre régime est une monarchie élective, où le Président peut faire tous ses caprices : il a beaucoup plus de pouvoir qu’une tête couronnée, que ces rois ou ces reines qu’encore beaucoup de pays d’Europe ont conservés, mais qui ne gouvernent pas. En France, avec le régime actuel, la seule élection qui compte vraiment est la présidentielle : une fois élu, le monarque républicain est omnipotent, et peut par exemple ne tenir aucun compte de son impopularité. Serait-elle très grande, qu’il ne démissionnerait pas pour autant. N’est pas le général de Gaulle qui veut.
On me dira que cette histoire du coiffeur présidentiel est négligeable en importance, qu’il n’y a pas là de quoi se faire des cheveux, ou de couper les cheveux en quatre. Je n’en suis pas sûr. D’abord le retentissement symbolique en est catastrophique, à l’heure où beaucoup de chômeurs n’ont pas même de quoi aller chez le coiffeur. Ensuite, la signification en est que l’image d’une personne, son look, est bien plus importante que ce qu’il peut dire. Le message est simplement la forme dans laquelle il se présente, relayée évidemment par les medias. Mac Luhan l’avait dit : « Le message, c’est le medium ». C’est un formalisme complètement déréalisant et aliénant. Aujourd’hui, on est jugé sur sa coiffure, comme ont dû le dire à notre monarque les communicants de service.
J’espère tout de même que ce billet fera un peu réfléchir, et ne paraîtra pas tiré par les cheveux. Il n’y a pas de petit sujet, même capillaire.

JMJ : le noyautage du Renouveau charismatique

Les prochaines Journées mondiales de la Jeunesse (JMJ) qui se déroulent à Cracovie du 26 au 31 juillet n’ont jamais si mal porté leur nom ! A lire l’enquête de « La Vie »1 publiée début juillet sur les participants français, il faudrait plutôt dire Journées mondiale d’une certaine jeunesse, par ailleurs assez peu représentative de l’Eglise en France et de la jeunesse de notre pays. Se définissant davantage comme catholiques que chrétiens, pieux et identitaires, les jeunes cathos ne feront pas le déplacement en Pologne pour regonfler leurs batteries missionnaires mais pour être coachés par des mouvements conservateurs, lesquels utilisent cette vitrine pour grandir umériquement et se fortifier financièrement. Cela tombe bien : les participants français n’arrivent pas les poches vides !

Les cathos vont vivre de nouveaux moments de joie collective avec les JMJ qui commencent en fin de semaine. Allez, ne boudons pas notre joie d’une fraternité qui, pour être éphémère n’en a pas moins le mérite d’exister et nous avons peut-être besoin de ces moments… A condition de les prendre pour ce qu’ils sont. Le discernement ne peut donc se laisser submerger par l’émotion suscitée par un être ensemble aussi joyeux que fragile. Ces foules qui frappent des mains pour applaudir un joueur ou une équipe, demain, pour qui se lèveront-elles ? Ces groupes de jeunes qui chanteront et danseront en Pologne au son de l’Evangile, qui les rassemble ? Le Christ bien sûr ! Puisque c’est l’évêque de Rome qui leur a donné ce rendez-vous… Certes ! Mais qui organise les JMJ ? L’Eglise de Pologne ? Sans doute un peu, mais aidée par l’ICCRS ! Nous vous invitons à découvrir ce « Service » International du Renouveau Catholique et Charismatique. Avec cette question : est-ce Service qui aide l’Eglise ou qui l’utilise pour son propre développement ?
Les documents internes de l’ICCRS sont éloquents à ce sujet. Il n’est pas question ici de juger de la probité des responsables du Renouveau et sans doute, la majorité agit-elle en conscience, même si des cas comme celui d’Ephraïm, fondateur des Béatitudes, permettent d’émettre quelques doutes. Il s’agit plutôt de ne pas nous laisser aveugler par quelques chaleureux moments et mouvements de foules qui pourraient réconforter une Eglise plus habituée, en Occident au moins, à des petits troupeaux grelottant dans des églises parfois désertées… Avouons que le Renouveau, en plus de sa compétence pour organiser de grands rassemblements, dans le style des évangélistes américains, permet de redécouvrir deux aspects importants de l’Evangile : d’abord, il offre des communautés accueillantes, surtout aux plus pauvres ; ensuite, il redonne foi en la puissance dans la Parole de Dieu. Mais chacun a les défauts de ses qualités. L’accueil risque d’être illusoire s’il oublie l’humanité et Golias n’a eu de cesse de montrer la dérive sectaire qu’entraîne inévitablement la confusion du spirituel et du psychologique. La priorité accordée à la recherche de la guérison, du miraculeux nous entraîne sur d’autres chemins que celui de la conversion à cause de la proximité du Royaume. Et on ne peut nier que la lecture que le Renouveau fait de la Bible soit liée à son origine pentecôtiste et fondamentaliste !

Le pape François, « furbo », rusé comme il dit lui-même, en est, nous l’espérons, conscient, lui qui a remis en valeur le concept d’inculturation contre la nouvelle évangélisation prônée par ses prédécesseurs. C’est un des enjeux majeurs soulevé par cette emprise de plus en plus grande du Renouveau. L’annonce de la Bonne Nouvelle est d’abord la proposition d’une Rencontre avec le Christ, mort et ressuscité, et non la recherche immédiate d’un mieux-être. Le bon grain et l’ivraie sont mêlés dans notre humanité travaillée par la grâce… Allez ! Bonnes JMJ quand même… [découvrez l’ensemble de notre dossier dans Golias Hebdo n° 442 : http://www.golias-editions.fr/thelia/?fond=produit&id_produit=1303&id_rubrique=80]

Discrimination

La Maison des examens, service du ministère de l’Éducation nationale qui gère l’organisation du baccalauréat en Île-de-France, a dernièrement envoyé une note aux proviseurs des lycées pour leur demander de « s’assurer de la présence effective » des élèves convoqués au rattrapage le 6 juillet, jour de l’Aïd-el-Fitr (fin du ramadan). « Ceux invoquant la fête de l’Aïd-el-Fitr devront être reconvoqués le lendemain. Vous voudrez bien indiquer le plus rapidement à mes services le nombre de candidats concernés » (Source : Le Monde.fr, 05/07/2016).

Cette mesure est d’inspiration communautariste et contraire à l’intégration, car elle conduit évidemment à discriminer les élèves en fonction de leur religion, chose illégale chez nous. Le SNPDEN (Syndicat national des personnels de direction de l’éducation nationale) l’a remarqué. Et Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, a déclaré au journal Le Parisien : « L’administration n’a pas à anticiper les éventuelles demandes, pour la bonne raison que cette démarche revient à assigner les élèves à leurs pratiques religieuses. C’est contraire à l’approche laïque ».
Je suis naturellement d’accord avec ces analyses, et me demande quelle mouche a bien pu piquer le rédacteur de cette note, pour qu’il puisse prendre l’initiative d’aller au-devant de souhaits que les intéressés d’ailleurs n’ont jamais jusqu’ici formulés. On notera aussi que la mesure ainsi proposée, outre qu’elle viole le principe de laïcité, est susceptible de générer une injustice vis-à-vis des autres candidats, qui auront eu une journée de moins pour réviser leurs épreuves.
Ce cas doit encore faire réfléchir sur la mise en œuvre de plus en plus fréquente de ce fameux principe de précaution, qui conduit ici à anticiper la moindre demande possible, même non énoncée, dès qu’elle a un soupçon de caractère religieux. Tant sont grandes aujourd’hui la pusillanimité et la peur chez ceux qui nous dirigent ! (voir aussi mon billet « Précaution », Golias Hebdo, n°345).

Les conservateurs : « des clous » dans les mules de François

C’est l’été ! Vive les vacances ! Pas à Rome pourtant où l’on en profite pour se porter des coups de manière plus ou moins feutrée. Chaque camp tend à se raidir : d’une part, celui de François, lequel ne s’occuperait pas des ultra-conservateurs ; d’autre part, ces derniers, mis peu à peu sur la touche mais ardents contre ce pape qu’ils comparent à un fossoyeur de la doctrine.

François est seul et même isolé au Vatican ; certes, il est entouré de quelques-uns sur qui il peut compter mais demeurent auprès de lui des collaborateurs qui ne le portent pas dans leur cœur et avec qui il est obligé de composer. L’actuel évêque de Rome ne fera sans doute pas dix ans de pontificat : il en a conscience et d’autres avec lui. Puisqu’il n’entend pas démissionner comme son prédécesseur, il veut aller le plus loin possible même avec le frein à main tiré. D’où la constitution d’une nouvelle équipe autour de lui, mieux armée que la précédente – mieux choisie aussi –, irréprochable sur le plan théologique, assez bonne connaisseuse des arcanes curiales et résolument bergoglienne.

Interrogé par le quotidien argentin La Nación (03/07) sur sa relation avec les « ultra-conservateurs », le pape jésuite fit cette réponse étonnante : « Ils font leur travail et je fais le mien. Je veux une Église ouverte, compréhensive, qui accompagne les familles blessées. Eux, ils disent non à tout. Je continue mon chemin sans regarder de côté. Je ne coupe pas de têtes. Je n’ai jamais aimé le faire. Je le répète : je refuse le conflit. Les clous, on les élimine en tirant vers le haut. Ou on les met au repos, de côté, quand arrive l’âge de la retraite. » Cette dernière phrase fut prononcée avec « un large sourire », dixit l’article. François révèle ainsi sa méthode et démontre son art consommé de la politique ; afin de ne pas être accusé de pratiquer des purges, il préfère utiliser le temps dont il se dit qu’il est finalement un bon allié (bien qu’il lui soit compté). Mais aussi, pourquoi donc avoir répondu sans détour à une telle interrogation qui, jadis, eût été balayée d’un revers de la soutane par ses prédécesseurs ? Parce que les adversaires du pape argentin utilisent les mêmes armes que lui : les médias.

Ils y sont omniprésents depuis ces dernières semaines, assénant des idées qui mettent en lumière une fracture entre l’actuel pontificat et ses contempteurs. Certains d’entre eux furent tentés d’enrôler le pape émérite dans leurs combats mais avec peu de succès : Benoît XVI – même s’il entretient une certaine ambivalence sur sa tâche – n’est pas prêt à délégitimer son successeur, lequel entend bien exercer la plénitude de ses fonctions (cf. Golias Hebdo n° 440). Premier d’entre eux, le cardinal-préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, Mgr Sarah. L’éminence souffre visiblement du mal des transports ! Le 5 juillet dernier, le prélat d’aéroport se trouvait en effet à Londres pour une conférence sur la liturgie organisée par un groupe conservateur. Sous les applaudissements, il y a réaffirmé ce qu’il martelait déjà courant mai (cf. Golias Hebdo n° 435) : « Il est très important que nous revenions le plus tôt possible à une orientation commune des prêtres et des fidèles tournés ensemble dans la même direction – vers l’Orient ou au moins vers l’abside, vers le Seigneur qui vient », et ce à partir du prochain Avent. Selon lui, « nous devrions écouter à nouveau la complainte de Dieu proclamée par le prophète Jérémie  :  » Ils ont tourné vers moi leur dos  » [Jr 32, 33, NDLR] ». Texto ! Assis à ses côtés, Mgr Rey de l’Emmanuel, évêque de Fréjus-Toulon, lui emboîta le pas et prétendit qu’il encouragerait ses prêtres à célébrer de cette façon, lui-même donnant l’exemple le 4e dimanche de l’Avent. Le pape Bergoglio était-il au courant de cette sortie ? Apparemment non, ce qui explique peut-être cette convocation du chien de garde de la liturgie le 9 juillet dernier4 ? Aussi, François est-il prêt à ce retour en arrière ? François est-il prêt à jeter aux orties la messe conçue par Paul VI, son mentor, le pontife de qui il se sent le plus proche ? François est-il prêt à accepter ce qui est devenu un symbole préconciliaire, car seuls les tradis et les intégristes célèbrent encore de cette façon, charriant tout ce que cette sphère compte d’anti-Vatican II (racistes, antisémites, xénophobes…), pour toute l’Église ? Selon le cardinal Sarah – véritable concierge de l’autel –, l’évêque de Rome lui aurait demandé d’étudier la « réforme de la réforme  » liturgique, entamée par Benoît XV… Le cardinal Sarah vient d’avoir 71 ans le 15 juin dernier. [Découvrez l’ensemble de notre article dans Golias Hebdo n° 441]

Choix

Il est essentiellement tragique, car il suppose une élimination : de tout ce qui précisément n’est pas choisi. Toute détermination, disait Spinoza, est une négation. Et Gide a dit la même chose dans ses Nourritures terrestres : « Choisir m’apparaissait non tant élire, que refuser ce que je n’élisais pas. » Cette situation, liée à l’exercice même de notre liberté, ou de ce qu’on s’imagine être liberté, est éminemment problématique, ce qu’on peut voir dans l’expression, prise en son sens fort, de « l’embarras du choix ».

C’est à quoi j’ai repensé en voyant le dernier beau film de Woody Allen Café Society. L’héroïne aime deux hommes, l’oncle et le neveu, hésite entre eux, puis épouse le premier qui a déjà, à la différence du second, une situation sociale rassurante. Mais ce choix fait deux malheureux, à la fois celle qui le fait et celui qui en est la victime, même si ce dernier parvient lui aussi à faire un mariage brillant et à réussir socialement. Car ils ne cessent et ne cesseront de s’aimer jusqu’à la fin, qui est extrêmement pathétique, chacun rêvant en secret à l’autre. « Les rêves ne sont que des rêves », dit l’héroïne, et là j’ai pensé à ce que dit Calderon dans La Vie est un songe : « Et les songes ne sont que des songes ». Le film est donc une double éducation sentimentale, qui s’achève dans un double échec et une double résignation, justifiant ce que dit un personnage : « La vie est une comédie écrite par un auteur sadique ».
Plus nous choisissons dans la vie, plus nous refoulons, et plus l’ombre qui nous habite et nous suit, pour reprendre un terme essentiel de C-G. Jung, s’opacifie, se densifie. Elle se nourrit de tous nos refus, c’est la part non choisie de tous nos choix. Et à la fin elle nous engloutit : nous devenons la proie pour l’ombre. Nous pouvons fonctionner mécaniquement à l’extérieur, mais à l’intérieur de nous s’installe et réside un profond sentiment de néant. Le thème n’est évidemment pas nouveau, mais c’est le mérite essentiel de ce film de nous l’avoir rappelé.