Tentative de putsch au Vatican

Coucou, le revoilà ! Difficile de l’oublier, il n’a de cesse de se rappeler au bon souvenir de tous à fréquence régulière : le cardinal-secrétaire pour l’Economie, Mgr Pell (surnommé à Rome « le Tzar » et « le Kangourou »), est de nouveau sous les feux des projecteurs. Mais il semble qu’il s’agisse ici du dernier acte de la pièce vaticane et que le moment
de saluer le public ait sonné.

L’Eglise vient de passer à côté d’un putsch. Si le cardinal-secrétaire d’Etat, Mgr Parolin, n’avait pas arrêté le cardinal-secrétaire pour l’Economie, Mgr Pell, le pape Bergoglio lui-même aurait fini par être obligé d’obtenir l’assentiment de son ministre des finances avant d’envisager une quelconque dépense… La suspension annoncée le 20 avril dernier de l’audit commandé par François et le Conseil pour l’Economie (présidé par le cardinal-archevêque de Munich et Freising, Mgr Marx) en décembre 2014 à la société PricewaterhouseCoopers (PwC) sur les finances vaticanes – alors qu’éclataient les Vatileaks 2 – en est la preuve flagrante. Ce n’est pas le fond qui est remis en cause mais bien la forme. Ce n’est pas la société d’audit qui est pointée du doigt mais celui qui devait, certes, mettre sur les rails cet audit mais qui est allé au-delà de ses prérogatives. Le cardinal Pell a cru un instant être un vice-pape. C’était sans compter sur le numéro deux de François et son adjoint, lesquels cherchaient depuis un bon moment la faille qui ferait tomber définitivement le grand argentier de la papauté, curieux de tout savoir des comptes et possessions des services curiaux pour accroître son pouvoir personnel.

En vérité, les cardinaux Parolin et Pell ne s’aiment guère, c’est un euphémisme. Le premier voit dans le second, à juste titre, un cardinal aux dents longues, amoureux du pouvoir et sûr de son fait en toute occasion – même quand il est accusé par de nombreux témoins d’avoir protégé des prêtres pédophiles –, loin de cette humilité tant promue par l’évêque de Rome… Patron de la Curie, le cardinal Parolin a eu vent des méthodes de son confrère – qu’il désapprouve – et souhaite protéger certes le pape mais surtout ses successeurs. Car l’objectif du cardinal Pell est bien de mettre sous sa coupe la totalité du Vatican – pape y compris –, faire du secrétariat à l’Economie le douanier en matière de gestion, soumettre chaque service à son bon vouloir. En bon ultra-libéral, il pense que l’Eglise doit être gérée comme une firme internationale… et rationaliser à tout crin (en virant s’il le faut sans ménagement quantité de personnels qu’il juge, à tort ou à raison, inutiles). Le Vatican est sans doute le seul pays au monde où le ministre des finances à une vision économique totalement opposée à celle du chef d’Etat, pourtant – en l’espèce – monarque absolu. François cohabite, en somme. Il s’agit pourtant de sa part d’une erreur manifeste de discernement.

Le pape argentin a longtemps cru qu’il parviendrait à changer les conservateurs de l’Eglise, à les convertir ; le cardinal Pell a longtemps cru – avec d’autres – qu’il pourrait aisément jeter des seaux d’eau sur les feux réformateurs du pape Bergoglio. A ce dernier, il fallut trois ans, deux Synodes sur la Famille et cet ultime épisode Pell pour s’apercevoir qu’il s’attaquait – lui quasiment octogénaire – à l’Everest. François se définit à juste titre comme un « furbo » mais cette « furborie » est doublée d’impulsivité et de candeur. Parce que le cardinal Pell a remis au carré les finances diocésaines de Sydney, le nouvel élu de 2013 pensa qu’il était l’homme idoine pour gérer celles du Vatican. La personnalité de cet évêque, ses choix théologiques, économiques, humains ne pesèrent guère dans la prise de décision. C’est justement tout cela qui actuellement pose problème. Car François s’est aperçu – un peu tardivement – que son choix de maintenir certains hommes (le cardinal Müller à la Congrégation pour la doctrine de la foi) et d’en nommer certains autres à certains postes (dont le cardinal Pell et le cardinal-préfet de la Congrégation pour le culte divin, Mgr Sarah) pour contrebalancer son prétendu progressisme ne servait à rien. Le clan conservateur est prêt pour une réforme mais jusqu’à un certain point. Or, le pape actuel souhaite aller au-delà de ce point.

L’ardeur du clan conservateur le freina. Il ne put aller aussi loin qu’il le voulait pour l’accession aux sacrements des divorcés-remariés, pour un changement de regard sur les LGBT ; « Amoris Laetitia » reste une exhortation apostolique très décevante pour quantité de milieux – chrétiens et profanes. L’évêque de Rome en est bien conscient. En bon politique, il parvint à faire oublier cette exhortation apostolique en ramenant de l’île grecque de Lesbos huit jours plus tard douze Syriens de confession musulmane au Vatican. Acte courageux, s’il en est, sincère mais non désintéressé. François – à la septième place des cent personnalités les plus influentes au monde selon le Time – passait en fait par-dessus son exhortation et tentait malgré tout de montrer un visage d’Eglise aussi accueillant qu’il l’aurait voulu pour toutes les familles. Mais l’éviction prochaine du cardinal Pell indique un changement de cap, qu’il faut espérer beaucoup plus audacieux pour l’Eglise. Nous ne saurions trop l’encourager à s’entourer de collaborateurs partageant sa vision de l’Eglise, qu’il veut visiblement davantage décentralisée. Mais un pape souhaitant partager le pouvoir n’en fait pas pour autant un pape impuissant ; celui qui voulait l’asservir en s’arrogeant certains de ses pouvoirs vient de le constater et doit sans doute en ce moment se mordre les doigts d’avoir agi de la sorte. [Découvrez l’ensemble de notre dossier dans Golias Hebdo n°430]

Mythologie

On la dévalorise souvent, au bénéfice de l’histoire objective : on préfère les faits aux fées. Pourtant on oublie que ce qui meut les peuples, c’est moins leur histoire réelle que les mythes qu’ils ont inventés à son propos. Par exemple l’embuscade dont fut victime Roland à Roncevaux nous est bien contée par Éginhard pour ce qu’elle fut : un simple traquenard tendu par des bandits basques, donc chrétiens, contre l’arrière-garde de l’armée de Charlemagne. Mais nous préférons la version héroïsée de la Chanson de Roland, qui attribue la mort du preux à une lutte contre les Sarrasins. Toute notre épopée nationale vient de cette fiction, qui seule a prévalu.

J’ai lu sur Internet un article très documenté questionnant l’historicité de ce qu’on nous a rapporté de Jésus : Jésus-Christ, un mythe ? (www.lactualité.com, 23/03/2016). Il s’inspire de Bart Ehrman, grand spécialiste américain du Nouveau Testament, auteur de l’ouvrage Jesus Before the Gospels : How the Earliest Christians Remembered, Changed, and Invented Their Stories of the Savior (Jésus avant les Évangiles : comment les premiers chrétiens ont conservé, modifié et inventé leurs récits du Sauveur). Il est impossible selon lui que les évangélistes se souviennent exactement des paroles du Christ, alors qu’ils en ont écrit le compte rendu au moins un demi-siècle plus tard. – Allant plus loin, le chercheur américain Richard Carrier, auteur d’On the Historicity of Jesus : Why We Might Have Reason for Doubt (L’historicité de Jésus : pourquoi il est permis d’avoir des doutes), va jusqu’à mettre en doute l’historicité même de Jésus, pour lui un personnage messianique créé par un groupe populaire opposé à l’élite du Temple de Jérusalem. J’ai évoqué cette option dans l’article « Mythistes » de mon Petit lexique des hérésies chrétiennes (Albin Michel, 2005).
Rien de tout cela ne doit émouvoir. Qu’on ait ajouté au message de Jésus, ou qu’il soit un être fantasmatique créé de toutes pièces, reste pour nous ce qu’on nous en a dit, qui fait son chemin dans nos esprits et nos âmes, et guide parfois les meilleurs de nos élans. Cela suffit.

« Spotlight » à la française, une histoire sans fin ?

Cela n’en finit pas ! Nous vivons donc ce que nous pressentions et redoutions dans nos précédentes éditions (cf. Golias Hebdo n° 423, 424, 425, 426 et 428) : les affaires lyonnaises liées à la pédophilie cléricale ont ouvert la boîte de Pandore et chaque semaine (ou presque) apporte son lot de révélations et de propos inappropriés.

La plupart des affaires touchent le diocèse de Lyon et donc le cardinal Barbarin, lequel boit la ciguë en faisant mine de croire qu’il s’en sortira indemne. Le cas du primat des Gaule s semble réglé pourtant, en dépit de cette « réunion d’information et d’échange » convoquée par ses deux vicaires généraux, qu’il présidera durant trois heures à Ecully le 25 avril prochain, lors de laquelle il fera des « points sur les affaires en cours », rendra compte des « décisions prises », proposera de « nouveaux critères en vue des nominations » et pour « l’accueil des prêtres extérieurs au diocèse ». Cela ne lui est d’ailleurs pas venu tout seul : il s’agit d’une demande expresse du conseil presbytéral lyonnais…

C’est que les placards de la capitale des Gaules recèlent quantité de cadavres toujours vivants mais exportés – si l’on ose dire – dans d’autres diocèses.
Mediapart (1) (15/04) révélait qu’une enquête préliminaire a été ouverte à Toulouse, il y a trois semaines de cela, à l’encontre du Père D., 63 ans, incardiné à Lyon (curé à la Croix-Rousse et aumônier du lycée Saint-Exupéry) et envoyé en 1994 dans le diocèse de Montauban, dirigé alors par Mgr de Saint-Blanquat (1975-1995). Le cardinal-archevêque de Lyon (1981-1994), Mgr Decourtray, l’y avait exfiltré en raison de plaintes de paroissiens jugeant douteux le comportement et les méthodes du Père D. Officiellement, dans le Tarn-et-Garonne, celui-ci y soigne son père malade, lequel y possède un logement mais continue par ailleurs ses sévices. Décrit comme un « gourou  », « charismatique », un de ses collègues à Montauban ne comprend pas : « À l’époque, je lui ai posé la question, en lui disant : « Quand on lâche quelqu’un comme toi, c’est qu’il y a un problème. Dis-moi ce qu’il s’est passé à Lyon. » Il m’a alors fait une lettre où il me disait qu’on l’accusait d’être un gourou dans sa paroisse  ». Car « certaines personnes lui reprochaient une emprise psychologique sur des jeunes et adultes  », dixit l’évêché de Lyon. A Montauban, arrive en 1996 un nouvel évêque : Mgr Housset (aujourd’hui émérite de La Rochelle et Saintes). Celui-ci s’interroge sur ce prêtre mais ne reçoit que des réponses lacunaires de son vicaire général… Il faut attendre 2002 et l’envoi d’un courrier du père d’une victime à l’évêché pour que Mgr Housset « lui retire tout ministère, car son comportement n’était pas digne d’un prêtre  ». En 2004, l’évêque de Montauban écrira à ce père de famille : « Je ne peux qu’approuver votre attitude concernant votre fils. En effet, j’ai retiré à D. toute fonction sacerdotale dans mon diocèse. » Accusé d’exercer une « emprise captative », le Père D. n’exerce donc plus de fonctions à Montauban, et en 2005, le cardinal Barbarin lui interdit tout ministère, évoquant même une réduction à l’état laïc (effective… cette année). Cela n’empêche pas le Père D. d’attoucher sexuellement un jeune de 15 ans (de 2004 à 2008)… et actuellement d’« assume[r] tout ce qu’[il a] fait. Je n’ai pas le sentiment d’avoir imposé des gestes. Vous pouvez embrasser quelqu’un qui ne vous embrassera pas en retour, ce n’est pas nécessairement qu’il était contre ».

Un comportement déroutant

Cette nouvelle affaire montre un comportement épiscopal déroutant. Pendant des décennies, l’évêque ayant dans son presbyterium un curé pédophile, au lieu d’agir fermement, le mutait dans une autre paroisse, voire – comme dans le cas du Père D. – l’exilait dans un autre diocèse. Le problème était déplacé et il apparaissait dans l’annuaire diocésain dans la rubrique « prêtres en ministère extra-diocésain ». C’est cette rubrique que les journalistes du Boston Globe étudièrent consciencieusement au début des années 2000 ; c’est cette même rubrique que les journalistes de Mediapart scrutent à la loupe aujourd’hui. S’agissant de Mgr Housset, évêque de Montauban (1996-2006), il explique aujourd’hui qu’il n’obtint que des réponses parcellaires de la part de son vicaire général (c’est dire l’omerta !). Mais il apparaît que dès les faits sus, il retira au Père D. toute mission ecclésiale… Cette nouvelle affaire vient en outre ruiner l’annonce, le 12 avril dernier, des nouvelles mesures (2) prises par la Conférence des évêques de France (CEF) sur les affaires de clercs pédophiles : mise en place de cellules d’écoute au niveau diocésain ou des provinces ecclésiastiques et d’un site Internet, mise en « lumière » des « cas anciens », obligation pour les évêques de prendre des « mesures conservatoires » jusqu’au jugement du curé pédophile. Le président de la CEF, l’archevêque de Marseille Mgr Pontier, reconnaît que les évêques ont « une proximité avec [leurs] prêtres »(3) (admettant implicitement une certaine protection naturelle) mais il veut changer cette mentalité. Certains n’ont d’ailleurs pas attendu ces mesures pour agir. Ainsi à Lille, Mgr Ulrich a transmis à Rome le dossier d’un prêtre condamné fin 2015 pour avoir attouché un garçon de 12 ans à Armentières entre 1992 et 1994 (4). La Parole libérée estime, elle, de son côté que « la montagne a accouché d’une souris (…). Il n’y a pas d’engagement clair sur le fait qu’un prêtre pédophilie ou auteur d’agressions sexuelles ne soit plus en contact avec des enfants ou des jeunes adultes » (5).

Mais cela n’empêche pas les sorties de route. Elles semblent, elles aussi, hebdomadaires. Après Mgr Lalanne (cf. Golias Hebdo n° 428), ce fut le 14 avril le tour de Mgr Kalist, évêque de Limoges. Deux jours après les annonces de Mgr Pontier, à France Bleu Creuse6, il prétendit : « La confession sacramentelle implique le secret et ne peut pas être dépassée, être transgressée (…). En tous les cas, en quelque situation que ce soit, pour quelque aveu que ce soit, quelque faute que ce soit. » A ses yeux, ce serait plus simple pour tout le monde, « plus facile à gérer », si les victimes s’adressaient directement à l’autorité judiciaire plutôt qu’à l’évêque : « L’autorité ecclésiastique peut être mise dans une situation délicate quand elle est en situation de confidence de part et d’autre. » Et d’invoquer le droit canonique qui menace d’excommunication le prêtre qui rompt le secret sacramentel. France Bleu rappelle que le Code pénal reconnaît à certains métiers le secret professionnel mais sauf en cas d’agressions sexuelles, auquel cas, le non-dénonciateur encourt une peine de cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende pour non-assistance à personne en danger… On ne sait trop ce qui se passe dans la tête de ces évêques qui ne prennent visiblement pas ces enjeux au sérieux. Ou plutôt si. C’est le P. Joulain, M. Afr., psychothérapeute, qui l’explique à La Croix7 (12/04) : « La recherche sur la pédophilie dans l’Église est encore un grand tabou (…). Le problème, c’est que l’Église n’encadre pas de manière préventive, mais en termes de sanction par le code de droit canonique. C’est insuffisant, nous avons besoin d’une vraie déontologie dans la formation des clercs, des codes de conduite pastorale pour encadrer l’exercice du pouvoir. » Autant dire que les évêques ont du pain sur la planche, le problème étant systémique.

C’est dans ce contexte que l’on apprit la nomination à l’Unesco début avril8 de Laurent Stefanini, ambassadeur refusé par le Saint-Siège en raison de son orientation sexuelle. Le bras-de-fer dura une année et il semble avoir tourné à l’avantage de Rome. Officiellement. Car officieusement, il est assuré que des pourparlers ont eu lieu. En avril 2015, l’ancien ministre des Affaires étrangères (2007-2010), Bernard Kouchner, révélait les dessous d’une négociation en 2007 ; Benoît XVI refusait en effet le candidat français, pacsé avec un homme. Cela dura un an (comme dans le cas de Laurent Stefanini) : « J’ai eu affaire au même problème. J’ai insisté et je peux vous avouer maintenant que j’ai demandé au ministre des Affaires étrangères du Vatican [à l’époque, l’archevêque corse Mamberti, NDLR] de retirer son ambassadeur à Paris qui était le nonce apostolique. Ce qu’il fit. Je lui ai dit donnant-donnant, c’est ça la diplomatie ». De fait, le nonce Baldelli fut rappelé à Rome en 2009 où il devint grand-pénitencier puis cardinal en 2010 avant de disparaître en 2012. Quel deal a-t-il été passé entre les deux chancelleries ? Le renvoi de l’actuel nonce Ventura, par ailleurs souffrant, a-t-il été évoqué ? Voire la démission du primat des Gaules ? Le président de la CEF n’a pas caché, lors de sa conférence de presse du 12 avril, que le cas du cardinal Barbarin avait été évoqué avec François lors du traditionnel compte rendu des travaux de l’Assemblée plénière de la CEF à Rome. Il est certain que Rome a tout intérêt à jouer profil bas et a pu accepter certaines demandes de la République (qu’elle aurait jadis jugées inacceptables) en échange du retrait de Laurent Stefanini… Ces scandales pédophiles ébranlent en tout cas bien plus profondément l’Église en France, sans compter les déclarations à l’emporte-pièce qui rendent inaudibles le nouveau message qu’elle porte péniblement dans les médias. De plus, ce qui rend la CEF aussi fébrile, ce sont les éventuelles futures condamnations des diocèses à verser des sommes réparatrices aux victimes de clercs pédophiles. L’institution ayant longtemps passé ces faits sous silence et même protégé les prédateurs, la justice pourrait être amenée à reconnaître sa responsabilité. C’est ce qui est arrivé aux Etats-Unis et quantité de diocèses déposèrent le bilan. La CEF – déjà très appauvrie – redoute de connaître un jour le même sort.

Notes :
1. https://www.mediapart.fr/journal/france/150416/pedophilie-une-nouvelle-affaire-menace-le-cardinal-barbarin (article payant)

2. http://www.eglise.catholique.fr/conference-des-eveques-de-france/textes-et-declarations/419160-lutter-contre-la-pedophilie-nouvelles-mesures/

3. http://www.liberation.fr/france/2016/04/12/pedophilie-les-eveques-prennent-des-mesures-en-forme-d-aveux-d-insuffisance_1445717

4. http://www.lavoixdunord.fr/region/pedophilie-un-pretre-d-armentieres-vise-par-le-vatican-ia11b0n3448094 (article payant)

5. http://www.liberation.fr/societe/2016/04/12/pedophilie-l-eglise-annonce-des-mesures-pour-faire-toute-la-lumiere_1445577

6. https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/pedophilie-l-eveque-de-limoges-defend-le-secret-de-la-confession-1460623097

7. http://www.la-croix.com/Religion/La-recherche-sur-la-pedophilie-dans-l-Eglise-encore-taboue-2016-04-12-1200752884

8. http://www.metronews.fr/info/ambassadeur-au-vatican-laurent-stefanini-finalement-nomme-a-l-unesco/mpdf!BIphFzZDUWxvc/

9. http://www.rtl.fr/actu/politique/naufrages-en-mediterranee-kouchner-ne-veut-pas-confondre-sauvetage-et-accueil-des-migrants-7777437173

Psychose

C’est aux yeux de tous une grave pathologie, s’opposant à l’état de normalité. Mais cette rassurante opposition m’a quitté, quand j’ai lu un intéressant article émanant de médecins américains selon lequel les grandes figures du monothéisme ont souffert de pathologies mentales (Source : Slate.fr, 30/03/2016).

Elles illustreraient parfaitement la phrase du psychiatre Thomas Szasz : « Si vous parlez à Dieu, vous êtes religieux. Si Dieu vous parle, vous êtes psychotique. » Ainsi Abraham incarna-t-il le premier un cas de psychose, manifestée par des hallucinations, à commencer par celle, auditive, qui lui enjoignit de sacrifier son fils à Dieu, délire mystique qui le mena à tenter un passage à l’acte. Moïse souffrit lui aussi de psychose hallucinatoire chronique , avec un symptôme dit de graphorrhée  ou d’impulsivité irrésistible à écrire, visible dans l’épisode des Dix Commandements. Jésus fut, lui, un bipolaire oscillant entre phases d’exaltation maniaques et phases dépressives, voire mélancoliques, ces dernières accompagnant son choix final d’une mort volontaire, sorte de suicide par procuration. Paul, lui, fut un hystérique, dont le trouble de conversion ressemble fort à une crise d’épilepsie. Pour Mahomet, les auteurs de l’article vont jusqu’à évoquer l’hypothèse d’une tumeur cérébrale.
Que penser de tout cela ? On pourrait y voir une démystification voltairienne et ricanante de ces grands fondateurs, qui auraient pu être « guéris » par des antidépresseurs ou des électrochocs : l’épilepsie d’ailleurs était déjà pour les anciens Grecs et Romains une maladie « sacrée », manifestation en l’homme de la présence divine. Mais je préfère y voir un encouragement donné aux « vrais » malades, une réhabilitation qui leur est donnée par l’exemple de ces grandes figures, à l’image desquelles ils peuvent se considérer eux-mêmes. Artistes et écrivains se reconnaîtront aussi dans le trouble bipolaire : l’exaltation maniaque favorise bel et bien la créativité. – Ainsi, sans aller jusqu’à dire, comme le Knock de Jules Romains, que tout bien portant est un malade qui s’ignore, je dirai que les linéaments de toutes ces maladies sont déjà en nous-mêmes, et qu’entre elles et nous il n’y a pas une différence de nature, mais de degré.

Ambiguïté

Elle caractérise l’état actuel du monde, en particulier la situation géopolitique. On ne sait plus aujourd’hui si les amis de nos amis sont aussi nos amis, pas plus que si les amis de nos ennemis sont aussi nos ennemis. Tel état commerce avec tel autre, qui par ailleurs favorise en sous-main les intérêts des ennemis du premier. Ou pour mieux dire, les états aujourd’hui ont beaucoup moins de pouvoir que certains intérêts privés qui se manifestent en leur sein, et qui ignorent la politique étatique affichée. C’est l’argent qui est la vraie puissance.

Autrefois tout était clair, les ennemis étaient bien localisés, « héréditaires » parfois : pour la France, l’Angleterre, ou bien l’Allemagne, etc. On savait nettement contre qui on se battait. Mais aujourd’hui la confusion est totale. Cela peut aller jusqu’à l’intime même des familles : « Car le fils méprise le père, la fille se soulève contre sa mère, la belle-fille contre sa belle-mère ; chacun a pour ennemis les membres de sa famille. » (Michée, 7/6) Et la leçon finale est prévisible : « Tout royaume divisé contre lui-même court à la ruine ; aucune ville, aucune famille, divisée contre elle-même, ne se maintiendra. » (Matthieu 12/25)
C’est une crise des valeurs, où tout se brouille : on ne sait qui l’on doit suivre, et pas plus qui l’on a en face de soi. La réalité aujourd’hui est au moins bifrons, à deux visages, comme Janus. De cette ambiguïté axiologique généralisée, Shakespeare s’est fait l’écho par la voix des sorcières de Macbeth : « Le beau est affreux, et l’affreux est beau ».
Il n’est donc pas étonnant que l’individu désorbité et esseulé cherche un sens qui ne soit pas le non-sens profond de la seule idéologie planétaire reçue aujourd’hui : la religion néolibérale, la loi du marché, et le culte de la consommation. La radicalisation dont on parle tant aujourd’hui est, comme son nom l’indique, la quête de racines. Cela fait le lit des théo-fascismes actuels, qui ne prospèrent que dans le désert du politique, désorienté et impuissant devant les options incompréhensibles d’un monde mondialisé.