Selfie

C’est une photo que l’on fait de soi-même, au moyen par exemple d’un téléphone portable, pour ensuite être diffusée sur Internet, à l’adresse des réseaux sociaux. Le néologisme est forgé sur l’anglais. Les Canadiens francophones, qui ont à se défendre plus que nous contre cette langue envahissante, ont forgé le mot d’« egoportrait », qui nous est évidemment bien plus compréhensible. Mais il est vrai qu’« autoportrait » existait aussi chez nous, depuis longtemps.

La mode du selfie relève de cette tendance de la modernité à se mettre en scène et à se contempler de façon complaisante en n’importe quelle occasion, de ce que Castoriadis appelait la « montée de l’insignifiance », et aussi de cet éthos de l’amusement constant et systématique que Baudrillard appelait la fun morality. C’est une sorte d’onanisme numérique, où l’estime de soi est mesurée au nombre de Like sur Facebook. Se vérifie bien la prédiction de Warhol, selon lequel chacun aujourd’hui peut avoir son quart d’heure de célébrité. L’indigence du contenu importe peu : n’importe quoi convient, anything goes. Ce qui compte, c’est uniquement la promotion superlative du moi, même quand on photographie ses pieds et les expose à tout le monde, dans cette foire de la débilité qu’est très souvent la Toile.
Dans le selfie, parfois, l’arrière-plan est supposé compter. Mais qu’importe qu’on y voie la Joconde, par exemple, si c’est pour lui tourner le dos et sourire niaisement à l’objectif ! Seul est signifié un « Je fus là », et non pas un « J’ai vu ceci ». Et tout se ramène finalement à un : « Voyez-moi !»
Les cultures authentiques se mettent en question dans leurs autoportraits. Voyez ceux de Rembrandt, par exemple, où se creuse jusqu’à l’abîme l’énigme du moi. Le « miroir » se fait accusateur, et non pas flatteur. C’est que l’homme s’y mesure à un idéal dont il constate, hélas !, la disproportion avec ce qu’il est. Aussi, au narcissique « Ah ! Je ris de me voir si belle en ce miroir ! », il faut préférer l’insatisfaction, car elle est constitutive de l’humain, celle par exemple de Baudelaire : « Ah ! Seigneur, donnez-moi la force et le courage / De contempler mon cœur et mon corps sans dégoût ! »

Synode : la grosse colère du pape François

Le discours1 de François du 17 octobre 2015 restera comme un événement ecclésial majeur. Pour diverses raisons. Bien sûr, le pape argentin y a réaffirmé sa volonté d’une « Eglise synodale », à l’écoute du « sensus fidei » (et reprend donc quasiment en tout point nos différents articles), dans la droite ligne du fameux § 32 d’Evangelii Gaudium. Mais surtout, il a pris acte de l’échec de ce Synode, patent depuis plusieurs jours, et ce pour diverses raisons, là aussi.

L’évêque de Rome est dans l’impasse et il ne l’avait pas imaginé. Ou tout au moins, il n’avait pas imaginé que les freins eussent pu être si puissants. D’où sa volonté de renverser la table, de dépasser (voire transcender) l’événement synodal, proposer la « révolution », comme le proclament les nombreux médias (qu’ils lui soient ou non favorables), pour sauver l’Eglise : il n’a plus rien à perdre. Retour sur ces quinze premiers jours du Synode, déconcertants à plus d’un titre. Pas seulement pour les chrétiens et les Pères synodaux ; pour le pape aussi.

En vérité, personne n’y comprenait plus rien. Ce Synode partait dans tous les sens. Mais surtout, le clan conservateur – qui d’habitude conspue les médias pour leur prétendue complaisance à l’endroit de la « pensée du monde » – sut montrer son habileté à se jouer d’eux. Le pape Bergoglio – qui pourtant aime rire – n’a pas apprécié la « plaisanterie » fomentée par son propre secrétaire à l’Economie, le cardinal Pell, avec la complicité de presque trois dizaines de cardinaux – et ce, en dépit de certaines dénégations –, représentant la fine fleur du conservatisme catholique. En effet, le 5 octobre (soit le lendemain de l’ouverture du Synode), le cardinal Pell, par ailleurs membre du C9, après son intervention dans l’aula synodale, remit une lettre à François en mains propres (il le confirma lors d’une conférence de presse). Celle-ci était paraphée par douze autres noms (dont les ineffables cardinaux-préfets des Congrégations pour la doctrine de foi et pour le culte divin, NN. SS. Müller et Sarah, entre autres). C’est le vaticaniste bergogliophobe Sandro Magister qui révéla sur son blog2 cette missive et son contenu le 12 octobre dernier, soit sept jours plus tard. Les défections de quatre cardinaux l’obligèrent à modifier son papier en live, puis ce fut quelques heures après au tour de la revue jésuite nord-américaine America (renseignée par le Père Spadaro, directeur de la revue jésuite Civiltà cattolica, et par le Père Nicolás Pachon, actuel « pape noir », tous deux présents dans l’aula synodale) de publier elle-même sa propre liste3 – treize noms, là aussi – reprenant celle de Sandro Magister mais y adjoignant quatre autres prélats, elle-même suivie de démentis… On pourrait s’étonner de cette pagaille mais après tout Pierre ne vivait-il pas à Capharnaüm.

Le « complot »

François se rendit compte que, de près ou de loin, une quasi-trentaine de cardinaux (pour certains, très proches) lui étaient défavorables. Au moins trois d’entre eux, même s’ils nièrent leur participation au « complot », avaient valeur de symboles : les cardinaux-archevêques de Paris, Durban et Esztergom-Budapest, NN. SS. Vingt-Trois, Napier et Erdõ, respectivement co-présidents délégués et rapporteur général du Synode (ce dernier ayant fermé la porte aux divorcés-remariés lors de son discours introductif). C’est pourquoi le pape Bergoglio intervint-il le 6 octobre, au lendemain même de la remise de cette lettre, contre toute attente, ceci afin de remettre les points sur les « i ». Il ne pouvait supporter de lire et d’entendre que sa méthode, celle qu’il a personnellement initiée et chapeautée, puisse être remise en cause par un quarteron de cardinaux conservateurs « préoccup[és] » –ces pauvres biquets – par les changements de procédure synodale « manquant d’ouverture et d’authentique collégialité » (institution des circuli minores dès le début des travaux, composition de la commission de rédaction chargée de rédiger l’éventuelle relation finale dont les membres ont été « nommés, pas élus, sans consultation »…). En outre, ils fustigeaient la « domin[ation] [du] problème théologique et doctrinal de l’accès des personnes divorcées et remariées civilement à la communion ». Le pape argentin réagit vivement à cet assaut. Dans son discours imprévu du 6 octobre aux Pères synodaux, il « demand[a] de ne pas céder à « l’herméneutique conspirationniste » qui est faible sociologiquement et qui n’aide pas spirituellement », dixit le Père Spadaro sur Twitter4. La veille, il avait déjà prévenu dans son discours inaugural5 : « Je voudrais rappeler que le Synode n’est pas un congrès, un parloir, ni un parlement ou un sénat (…). C’est l’Eglise qui s’interroge sur la fidélité au dépôt de la foi, qui ne représente pas un musée à garder ni à sauvegarder, mais une source vive à laquelle l’Eglise se désaltère. » Cela ne suffit pas et les débats s’envasèrent.
Il fallait néanmoins noter certaines choses intéressantes. Ainsi, voyait-on apparaître deux types de Pères synodaux : d’un côté, ceux qui étaient venus à Rome avec bon nombre de propositions, qui avaient cherché à élargir leur réflexion et, partant, celle de leurs confrères ; de l’autre, ceux qui étaient venus à Rome avec l’objectif d’immobiliser l’Eglise dans ses vieux principes au nom d’une interprétation plus que douteuse de l’Evangile. Parmi les plus audacieux, notons Mgr Durocher, archevêque de Gatineau (Canada), devenu en quelques jours une des nouvelles figures de proue des réformateurs. Le 6 octobre, il avançait trois « pistes d’action », reprises sur son blog6 : 1- « la possibilité d’octroyer à des hommes et des femmes mariés, bien formés et accompagnés, la permission de prendre la parole lors des homélies à la Messe afin de témoigner du lien entre la Parole proclamée et leur vie d’époux et de parents » ; 2- la « nom[ination] de femmes aux postes qu’elles pourraient occuper dans la Curie romaine et dans nos curies diocésaines » au nom de la « reconnai[ssance] [de] l’égale capacité des femmes d’assumer des postes décisionnels dans l’Église » ; 3- « l’établissement d’un processus qui pourrait éventuellement ouvrir aux femmes l’accès [au diaconat permanent] qui, comme le dit la tradition, est orienté non ad sacerdotium, sed ad ministerium ». Puis, ce fut à l’évêque d’Anvers, Mgr Bonny, de demander « que le Synode reconnaisse aux évêques locaux l’espace d’action et la responsabilité nécessaires à formuler, dans la portion du peuple de Dieu qui leur est confiée, des réponses adéquates aux questions pastorales » ; en outre, le mariage sacramentel n’étant plus l’unique modèle d’union et de vie familiale des chrétiens, « l’Église doit saisir les éléments positifs ou constructifs de cette évolution, promouvoir  » la divine pédagogie de la grâce  » et surtout arrêter les exclusions »7. Le 14 octobre, c’était au tour de Mgr Takami Mitsuaki, archevêque de Nagasaki (Japon), d’estimer qu’« il y aussi beaucoup de familles non chrétiennes qui n’ont pas la foi et qui vivent très honnêtement. Des familles non chrétiennes vivent aussi un cheminement. L’Eglise regarde les familles non chrétiennes de haut en bas, c’est un peu égocentrique, n’est-ce pas ? Il faut que l’Eglise se positionne d’égal à égal avec les familles »8. Le 16 octobre, c’était Mgr Vesco, évêque d’Oran, qui assénait que « priver des sacrements de réconciliation et de l’eucharistie est un acte grave. Qui peut affirmer que cette privation est toujours justifiée ? »9 Enfin, il faut saluer l’intervention du Père Janson, prieur général des Petits Frères de Jésus, le même jour10 : « Un proverbe oriental dit  :  » Avant de juger quelqu’un, mets ses sandales ! «  Paradoxe de l’affaire : nous sommes célibataires, pour la plupart d’entre nous… (…). Oui, qu’ils soient divorcés remariés, homosexuels, épouses de foyers polygames…, ils sont frères et sœurs de Jésus, donc ils sont notre famille ! (…). L’Eucharistie est la nourriture de ceux qui sont en chemin pour former le Corps du Christ. »

A l’autre bout du spectre, nous étions sous d’autres sphères, si l’on peut dire. Les conservateurs, pendant ce synode, montrèrent leurs talents procéduriers mais nullement théologiques. Avec eux, l’histoire (sur les sujets familiaux) s’est arrêtée depuis belle lurette. Dernier texte faisant foi, d’une certaine manière : Familiaris Consortio (1981) rédigée par le pape Wojtyla. Les conservateurs utilisèrent le bulldozer pour tenter d’avancer leurs pions. S’ils n’y parvinrent pas, ils réussirent cependant à bloquer le Synode. Les mêmes arguments furent inlassablement répétés, pour certains d’entre eux, frappés au coin de l’ignorance crasse, tant les propos font scandale. Pour ne citer que les siens11, ceux du cardinal-préfet de la Congrégation pour le culte divin, Mgr Sarah, signataire de la fameuse lettre et qui, le 14 octobre, prétendait devant ses confrères : « un discernement théologique nous permet de voir à notre époque deux menaces inattendues (presque comme deux  » bêtes apocalyptiques « ) situés sur des pôles opposés : d’une part, l’idolâtrie de l’Ouest pour la liberté ; de l’autre, l’intégrisme islamique ; autrement dit la laïcité athée contre le fanatisme religieux. Pour utiliser un slogan, nous nous trouvons entre
 » l’idéologie du genre et ISIS  » (…). Ce que le nazisme-fascisme et le communisme ont été au XXe siècle, les idéologies occidentales sur l’homosexualité et l’avortement, et le fanatisme islamique le sont aujourd’hui (…). De ces deux radicalisations naissent deux dangers majeurs pour la famille : sa désintégration subjectiviste dans le monde occidental sécularisé à travers le divorce rapide et facile, l’avortement, les unions homosexuelles : voyez la théorie du genre, les Femen, le lobby LGBT… De l’autre côté, il y a la pseudo-famille d’un islam idéologisé qui légitime la polygamie, l’esclavage sexuel, le mariage des enfants : voyez Al-Qaïda, l’EI, Boko Haram… » Sont-ce ces propos honteux assénés régulièrement par bien des Pères synodaux (dont la totalité des représentants polonais, pour ne citer qu’eux) pendant plusieurs jours, ajoutés à la lettre « déplorable » (selon le Père Lombardi), sans compter cette façon de couper le cheveu en quatre (un des derniers débats : « Faut-il parler de concubinage ou de cohabitation ? ») qui firent sortir François de son silence ?
Après son recadrage intra-synodal du 6, le pape jésuite en remit une couche lors de l’audience générale12 du 14 : « Je voudrais, avant de commencer la catéchèse, au nom de l’Église, vous demander pardon pour les scandales qui ces derniers temps se sont produits, à Rome comme au Vatican. Je vous demande pardon. » Cette confession inopinée fit se perdre en conjectures maints vaticanistes. De qui/quoi parlait-il ? En effet, le pape argentin – en ne citant personne ni aucun fait – nourrissait troubles et interrogations… vite dissipés par le Père Lombardi, le jour même, lors de sa conférence de presse quotidienne. « Le pape faisait allusion aux scandales des hommes d’Eglise », précisa le porte-parole du Saint-Siège, à savoir le coming out de Mgr Charamsa la veille de l’ouverture du Synode (cf. Golias Hebdo n° 403), ainsi qu’une sombre histoire de prêtre romain gay (dénoncé à François par ses paroissiens) surpris plusieurs fois dans des bosquets de sa paroisse avec de jeunes gens homosexuels et qui défraya la chronique dans la presse transalpine. Et, naturellement, la lettre des cardinaux qui, après l’épisode Charamsa, volait à son tour la vedette au Synode et à son président suprême…

La machine refuse de suivre…

Mais en son for intérieur, l’évêque de Rome sans doute sentit-il que sa méthode, avec le fonctionnement actuel de l’Eglise, ne pouvait aller bien loin ; la machine refuse de suivre et il n’est pas facile de déplacer un mammouth en voie de fossilisation. C’est pourquoi il profita, le 17 octobre, du 50e anniversaire de l’institution du Synode des évêques par Paul VI pour jouer son va-tout et poser un ultimatum à l’Eglise. Devant les Pères synodaux, il affirma : « Le monde dans lequel nous vivons, et que nous sommes appelés à aimer et à servir même dans ses contradictions, exige de l’Église le renforcement des synergies dans tous les champs de sa mission (…). Une Église synodale est une Église de l’écoute, en ayant conscience qu’écouter, c’est plus qu’entendre. Peuple fidèle, collège épiscopal, évêque de Rome : l’un à l’écoute des autres et tous à l’écoute de l’Esprit Saint (…). Vraiment, le chemin de la synodalité est le chemin que Dieu attend de l’Église au troisième millénaire. » Plus que jamais jésuite, il exhorta ses frères évêques à « part[ir] des gens, des problèmes de tous les jours » pour avancer. Il a l’intention de leur donner une nouvelle arme : l’autorité. Ainsi, estima-t-il les conférences épiscopales comme des « instances intermédiaires de la collégialité » et d’appeler une fois de plus à « une salutaire décentralisation ». Du même tonneau, ses propos sur la papauté, d’une rare lucidité. Pour lui, « le pape n’est pas seulement au-dessus de l’Église mais en son sein même comme un baptisé au milieu des baptisés et dans le collège épiscopal comme évêque au milieu des évêques, appelé en même temps comme successeur de l’apôtre Pierre à guider l’Église de Rome  » ; le pape est une « pyramide renversée où le sommet se trouve sous la base » et de rappeler « la nécessité et l’urgence de penser à une conversion de la papauté ». Les Pères synodaux applaudirent le discours et nous les imitâmes avec joie.

Echec synodal en vue

Toutefois, c’est bien la réponse bergoglienne à cet échec synodal. François, jusqu’au bout, y crut. Il pensait que, pleins de bon sens, les Pères synodaux parviendraient à un certain consensus lui permettant de pouvoir rédiger une feuille de route de type exhortation apostolique. Or, les divisions sont trop profondes, les conciliabules trop nombreux et quantité d’évêques trop frileux ou peu friands de ce genre de luttes de pouvoir ou au fait de ces thèmes. La question des divorcés-remariés, débattue entre autres le 16 octobre, montra bien des oppositions de style et d’approche ; la question des homosexuels – depuis l’ouverture du Synode – fut à peine évoquée… Nous nous dirigions tout droit vers une montagne accouchant d’une souris au bout de trois semaines ! Le pape Bergoglio préféra donc prendre acte à huit jours de la fin des débats de l’échec du Synode en proposant de le dépasser pour pouvoir en sortir par le haut et ne pas être pointé du doigt par les médias – et les chrétiens (pratiquants ou éloignés) et non-chrétiens – qui attend(ai)ent du concret de cette assemblée. François note également que le Synode, pensé il y a cinquante ans, ne peut plus fonctionner de cette façon au XXIe siècle, d’où son appel aux réformes de structures qui permettront, à ses yeux, de pouvoir mieux réformer l’Eglise. Les solutions ne peuvent plus venir de Rome mais chaque Eglise doit trouver ses propres solutions, en lien avec Pierre mais avec ses propres spécificités, en fonction de son interprétation de la réalité et de ses besoins. Il faut noter l’article13 remarquable du Père Reese, SJ, dans le National Catholic Reporter (15/10), lequel relève les « cinq raisons qui ont poussé le Synode à l’échec » : 1 – le thème – la famille – « trop large » ; il recouvre trop de champs (sociaux, sociétaux, historiques, géographiques…) à traiter dans un si court laps de temps. 2 – Le nombre de Pères synodaux (270), ce qui fait donc autant de conceptions différentes (historiques, géographiques, géopolitiques…) rendant difficile le consensus. 3 – La démarche synodale en elle-même, le Père Reese parlant de « Synode de papier » tant cette institution produit de phrases pour peu de résultats (il note que les trois-quarts des préconisations actuelles – meilleures préparation au mariage, etc. – étaient déjà les mêmes qu’en 1980 lors du Synode sur la Famille convoqué par Jean Paul II). 4 – La division trop profonde entre Pères synodaux « sur ce qui peut et ne peut pas changer », notamment au sujet des divorcés-remariés ; François est tombé dans le même piège que Jean XXIII, lequel dès le départ parla d’un « concile pastoral  » pour rassurer sa droite. Le pape jésuite, lui, assura avant même le début du Synode que « la doctrine ne changerait pas ». De fait, les Pères– tout en étant invités à s’exprimer librement et sans retenue – n’en avaient pas moins leur horizon théologique borné par ce préalable. En outre, les derniers motu proprio sur les causes de nullité n’arrangent pas les bidons des canonistes qui se grattent la tête pour mettre en forme cette réforme importante : les nullités relèveront pour beaucoup d’entre elles du domaine administratif et non plus du juridique, un bouleversement pour l’institution.
5 – « L’absence de théologiens au Synode (…). Les évêques auraient mieux fait de passer la première semaine à écouter des théologiens faire une exégèse des passages bibliques sur le mariage, expliquer le concept de développement de la doctrine, raconter l’histoire du traitement par l’Eglise du mariage, et de proposer des résolutions à des questions controversées » ; le Père Reese concluant sur le rôle au Concile des periti, lesquels aidèrent les Pères à contrer la Curie conservatrice.
Nous entrons donc dans une nouvelle phase qui va se poursuivre avec la conclusion de ce Synode et la rédaction d’un texte magistériel – réclamé par une majorité de Pères synodaux – mais pas forcément sur le thème attendu. Un texte du pape reprenant son discours du 17 octobre traçant les premières pistes de la future réforme de l’Eglise doublée par celle de la Curie et renvoyant les solutions pastorales aux conférences épiscopales. D’autre part, il faudra compter aussi sur l’Année sainte extraordinaire qui donnera maintes occasions à François de maintenir ce discours sur la réforme et l’ouverture à l’autre. Enfin, des têtes tomberont. A la Curie et dans les épiscopats locaux. Les prochaines nominations sont plus que jamais à surveiller et la réforme de la curie lui permettra sans doute de placardiser les récalcitrants qui lui font obstacle depuis trop de temps et à présent au vu et au su de tous. Les choses prennent donc une tournure que personne n’aurait pu imaginer. Pas même au Vatican.

Notes :
1. http://fr.radiovaticana.va/news/2015/10/17/fran%C3%A7ois_appelle_l%C3%A9glise_%C3%A0_plus_de_synodalit%C3%A9_et_de_d%C3%A9centralisation/1179975
2. http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1351154?fr=y
3. http://www.americamagazine.org/content/dispatches/thirteen-cardinals-including-di-nardo-and-dolan-challenged-popes-decisions-synod
4. https://twitter.com/antoniospadaro/status/651373106930561024?lang=fr
5. http://fr.radiovaticana.va/news/2015/10/05/le_synode_nest_pas_un_s%C3%A9nat_rappelle_le_pape_fran%C3%A7ois_/1176901
6. http://chanteetmarche.blogspot.fr/
7. http://fr.radiovaticana.va/news/2015/10/16/le_rendez-vous_du_synode_avec_comme_invit%C3%A9_mgr_bonny/1179060
8. http://eglasie.mepasie.org/asie-du-nord-est/japon/2015-10-16-le-regard-d2019un-eveque-japonais-sur-le-synode-et-les-enjeux-de-la-famille/
9. http://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Actualite/Rome/Mgr-Vesco-Priver-des-sacrements-de-reconciliation-et-de-l-eucharistie-est-un-acte-grave-2015-10-16-1369375
10. http://fr.radiovaticana.va/news/2015/10/17/le_rendez-vous_du_synode_avec_le_fr%C3%A8re_janson,_prieur_g%C3%A9n%C3%A9ral_des_petits-fr%C3%A8res_de_j%C3%A9sus/1179619
11. http://www.libertepolitique.com/Actualite/Le-fil/Synode-le-cardinal-Sarah-denonce-le-laicisme-occidental-et-le-fanatisme-islamique
12. http://www.news.va/fr/news/audience-generale-francois-demande-pardon-pour-les
13. http://ncronline.org/blogs/faith-and-justice/five-reasons-synod-doomed-fail

Latin

Je viens de voir sur le blog de l’Association Schola Sainte Cécile, qui dépend de la paroisse Saint-Eugène, à Paris, des cours de latin proposés au public. La publicité en est la suivante : « On le supprime à l’école, venez l’apprendre à notre paroisse ! Cours de latin liturgique, 2 samedis par mois… Cours assuré par M. le curé. »

C’est avec beaucoup de tristesse que j’ai lu ce message. Non pas que le fait qu’un curé enseigne le latin me choque le moindrement, ni même qu’il s’agisse du latin liturgique, que je considère comme pouvant être très beau, même s’il est différent du latin dit classique. Je ne suis pas de ceux qui n’admettent que le latin cicéronien, et je sais très bien que c’est artificiellement qu’on a fait à l’Université une norme d’une très étroite section opérée dans l’évolution d’une langue. Le latin « tardif », y compris médiéval, recèle de magnifiques pépites : il suffit de lire Le Latin mystique de Rémy de Gourmont pour s’en persuader. Je reconnais même que l’église romaine actuelle, par la bouche des Jésuites par exemple, s’exprime à l’occasion en très bon latin.
Non, ce qui me choque, c’est l’abandon programmé de cette langue dans l’enseignement public. Elle va se dissoudre dans un vague brouet interdisciplinaire, se mêler à l’enseignement de la « civilisation » antique, pour à la fin disparaître totalement en tant qu’objet d’étude spécifique. Or on ne connaît vraiment une civilisation que si on connaît bien sa langue, où elle se reflète complètement. Mistral disait très bien : « Si tu as la langue, tu as la clé ! »
On va la perdre apparemment. Certes les élèves seront heureux d’être dispensés de l’effort nécessaire pour l’acquérir, mais ce projet démagogique de notre ministre va accentuer la déculturation déjà en marche. En outre, j’ai vu sur Internet que l’entreprise de Sainte-Cécile rencontre d’ores et déjà un grand succès, les demandes pour ces cours étant fort nombreuses. Je gage donc que ce sont les écoles privées qui vont maintenant se frotter les mains : elles pourront accueillir les candidats latinistes. Au regard de la carence et de l’abandon qui seront ceux de l’école publique, c’est fort dommage.

L’affaire Charamsa ou les placards de l’Eglise

Tempête dans un bénitier ! Quelle belle journée que ce 3 octobre, pourtant ! Rome s’apprêtait à accueillir la foule des Pères synodaux et autres experts, journalistes…, pour le Synode ordinaire sur la Famille débutant le lendemain, jour de la Saint-François d’Assise. C’était sans compter sur le tremblement de terre provoqué par un monsignore polonais, Mgr Krysztof Charamsa, 43 ans et promis à une belle carrière au sein de l’institution. Enquête.

A Vatican II, deux sujets furent confisqués par
Paul VI, sous la pression de la Curie et des conservateurs (déjà) : le célibat des prêtres et les questions liées
à la procréation. Décodage. De fait, le pape Montini préféra les traiter de manière spécifique et toute préconciliaire : en publiant deux encycliques passant outre la collégialité pourtant portée aux nues pendant le Concile, deux ans auparavant ! La première en 1967, Sacerdotalis Ordinis, accentua la chute des vocations entamée depuis le début du XXe siècle, sur le continent européen ; la seconde en 1968, Humanae Vitae, confirma la chute du nombre de chrétiens, amorcée là aussi dès 1905 en France. Plutôt que de s’interroger sur le bien-fondé de ces décisions, plutôt que de les confronter continuellement à la réalité, Jean Paul II puis Benoît XVI optèrent pour la polarisation, la tactique de la forteresse assiégée : le monde a tort et nous avons raison. Et cela fait cinquante ans que l’Eglise est en crise.
Contre toute attente, voilà que le célibat ministériel et les questions morales sont à nouveau réunis à la faveur de l’actualité. Alors que le Synode sur la Famille allait s’ouvrir, Mgr Krysztof Charamsa, prêtre polonais de 43 ans, théologien à la Congrégation pour la doctrine de la foi, monsignore ratzingérien de surcroît, avouait son homosexualité (et sa relation de couple) le 3 octobre dernier, provoquant une déflagration mondiale. Tous les médias reprirent cette information en boucle, laquelle parvint même quasiment à faire oublier que l’Eglise entrait en synode le 4 ! Dans un autre style – mais qui concerne aussi le célibat –, le 5 octobre, c’est le recteur de la cathédrale du Puy-en-Velay qui postait sur son blog une lettre écrite jadis et jamais envoyée à ses frères prêtres. Il y évoque le célibat comme « une croix » et décrit dans un travail introspectif une situation qui semble vite, à la lecture, inadéquate pour l’exercice d’un ministère pastoral en prises avec les réalités des chrétiens et non-chrétiens et en totale conformité avec l’Evangile. Au vrai, la question dépasse l’hétérosexualité ou l’homosexualité des prêtres ; il s’agit là d’un faux problème. Et plutôt que de s’offusquer, à l’instar de certains journalistes accrédités et/ou patentés, réfléchissons plutôt sur le célibat, ce qu’il signifie aujourd’hui, ce qu’il doit apporter à notre société et ce qu’il n’apporte plus aux communautés. En un mot comme en cent, réfléchissons sur la « relationalité » pour reprendre un néologisme de Mgr Bonny, évêque d’Anvers, et la relationalité chez les clercs. Car ce n’est pas d’aujourd’hui que ceux-ci prennent femme ou homme. Au sein de l’institution depuis longtemps, l’orientation sexuelle n’est – étonnamment – pas un problème ; à un prêtre avouant avoir un concubin à son évêque, ce dernier répond souvent la même chose qu’à un prêtre confessant avoir une concubine : « Est-ce que cela se sait ? » Et même, il était naguère préconisé dans les séminaires, ceci afin d’éviter les « amitiés particulières », de n’être « jamais à deux, toujours à trois » (« numquam duo, semper tres »). Découvririons-nous la lune ? Il faut donc féliciter Mgr Charamsa de vouloir briser l’hypocrisie cléricale ; il est de fait difficile pour ce synode de ne pas aborder l’homosexualité (entre autres, il faut l’espérer, cléricale). Mais curieusement, ces révélations aident aussi les tenants de la doctrine, lesquels ont évoqué immédiatement le lobbying gay sur le Synode afin de l’influencer – et de critiquer en creux la bienveillance relative du pape argentin à l’endroit des LGBT qu’il rencontre…

Coming out

Bon ou mauvais moment, ce coming out met l’Eglise face à ses responsabilités et l’incite à sortir du double discours. Mais surtout, il doit être le point de départ d’une véritable réflexion sur les ministères ordonnés et donc sur les structures de l’Eglise. Deux enjeux qui nous semblent importants. Si importants qu’ils sont abordés dans le tout nouveau Golias Magazine n° 164 consacré à l’« Eglise liquide », concept forgé par le théologien belge Arnaud Join-Lambert et porté par les évêques du Nord-Pas-de-Calais lors de leur concile provincial (2013-2015). Parmi eux, Mgr Ulrich, archevêque de Lille et Père synodal, a bien voulu répondre à nos questions et esquisser pour nous l’Eglise de demain. Se réformer est devenu vital pour l’Eglise, ces deux événements le prouvent. […] Découvrez l’ensemble de notre article dans Golias Hebdo n°403 :

Opération piquets de grève et expérimentation contre chômage de masse

Autour de la journée mondiale de lutte contre la misère, le mouvement ATD-Quart Monde fait monter la pression autour d’une loi d’expérimentation destinée à favoriser les emplois utiles socialement.Patrick Valentin, entrepreneur et initiateur du projet « Territoires zéro chômeur de longue durée » au sein d’ATD-Quart Monde, explique pourquoi l’association se mobilise le 15 octobre.

Golias Hebdo : Pourquoi une grève des chômeurs ?

Patrick Valentin : Parce que nous sommes excédés. Dans la société française, nous ne manquons ni d’argent ni de travail ni de personnes souhaitant travailler. Pourtant, le pays compte des millions de chômeurs. Ceux-ci sont privés de travail et donc d’insertion dans la société. En plus, plusieurs discours publics, ces dernières années, les ont rendu responsables de leur calvaire. C’est indigne ! Nous voulons provoquer un débat sur la finalité de l’économie. Cela doit être un outil au service de la société et non une machine à faire du profit au détriment de tous.

G. H. : Pourquoi en sommes-nous là ?

P. V. : Le changement de cap d’une société keynésienne vers une société néolibérale a été prise il y a quarante ans par Valéry Giscard d’Estaing. Même si depuis la responsabilité est collective. Plutôt que de favoriser la production, les politiques ont mis en place la mondialisation, la financiarisation et la robotisation. Cela a diminué la capacité des entreprises françaises à solvabiliser les emplois non qualifiés. Cela nous entraîne dans une spirale sans fin puisque les carnets de commandes des entreprises se vident lorsque les salariés sont poussés au chômage.

G. H. : D’où vient l’idée des territoires zéro chômeur longue durée ?

P. V. : J’ai créé plusieurs entreprises d’insertion. Au milieu des années 1990, l’idée m’est venue. Le mouvement des entreprises d’insertion n’en pouvait plus de remettre au chômage une grande partie des personnes qui passaient par elles, après une période de formation. Toutefois, il a fallu attendre que ce type d’expérimentation que suppose le dispositif « Territoire zéro chômeur de longue durée » soit rendu légal, par une loi de 2003. ATD-Quart Monde a été séduit par le projet en 2011 et ce dernier est désormais soutenu par plusieurs associations ou des élus. Nous voulons rappeler que l’emploi est une institution de première nécessité pour le développement des personnes et des sociétés. […] Découvrez l’ensemble de notre article en téléchargeant Golias Hebdo n° 403 : http://golias-editions.fr/article5351.html

L’autre scandale Volkswagen

Mise en cause dans l’affaire de ses moteurs diesel truqués pour contourner les normes antipollution, la firme allemande a aussi entretenu des liens avec la dictature brésilienne. Un cas loin d’être isolé… Lorsqu’une grande partie de l’Amérique du Sud se trouvait sous la coupe des militaires entre les années 1960 et 1980, nombreuses sont les multinationales américaines et européennes qui se sont rendues complices d’atteintes aux droits de l’homme. Petit florilège non exhaustif d’une période de l’histoire qui n’a pas vraiment dit son dernier mot.

Le 20 septembre 2015, le groupe automobile reconnaissait avoir trompé les contrôleurs étasuniens sur les niveaux d’émissions polluantes de ses voitures diesel en utilisant depuis 2009 un logiciel interdit pour contourner la législation. Wolkswagen admettait que la manipulation touchait également l’Europe. Sont concernés 11 millions de véhicules vendus dans le monde, dont plus de 946 000 en France. La fraude avait été révélée par l’International Council for Clean Transportation, organisation non gouvernementale spécialisée dans les transports propres, dont le principal financeur est la ClimateWorks Foundation, une autre ONG engagée dans la lutte dontre le réchauffement de la planète.

Pour réaliser des tests d’émission des véhicules aux Etats-Unis, l’International Council for Clean Transportation avait fait appel au centre pour les émissions, les moteurs et les carburants alternatifs de l’université de Virginie-Occidentale. Entre 2013 et 2014, une série de tests est effectuée en condition réelle. Le
résultat est sans appel dans un rapport de mai 2014 : les principaux polluants atmosphériques sont jusqu’à quarante fois au-dessus des limites fixées. L’agence de l’environnement américain et la California Air Resources Board ouvrent alors leur propre enquête et découvrent un petit logiciel capable de limiter les émissions de gaz polluants le temps des contrôles. Une astuce finement trouvée, mais avec un scandale de dimension mondiale à la clé, dont le coût est est pour l’heure incalculable. Peut-être entre 23 et 78 milliards d’euros entre amendes étasuniennes (on parle de 18 milliards de dollars), amendes européennes, actions menées par les propriétaires de véhicules et des actionnaires… Sans compter une perte de confiance et une baisse des ventes.

Un passé pas franchement honorable

Malgré un chiffre d‘affaires de 202,5 milliards d’euros et un bénéfice de 10,5 milliards d’euros en 2014, le géant allemand aux douze marques risque d’entrer dans une période de turbulence. On parle déjà de licenciements, mais les plus en cause ne risquent pas de se retrouver dans le besoin. Ferdinand Piëch, 78 ans, démissionnait en avril 2015 du conseil de surveillance. Le patriarche est une figure historique en quelque sorte, et le petit-fils de Ferdinand Porsche, le père de la Volkswagen Coccinelle. Déjà un point noir, puisque son grand-père, décoré par Hitler en 1937, a participé à l’effort de guerre allemand avec la conception de son char Tigre et de son chasseur de chars l’Elefant. N’en doutons pas, Ferdinand Piëch a fait sa pelote, et la prime de départ accordée à l’ex-président du directoire Martin Winterkorn pourrait atteindre plus de 60 millions d’euros. Les licenciés « ordinaires », qui ont participé à la réussite de Volkswagen, devront se débrouiller avec beaucoup moins. Découvrez l’ensemble de notre article en téléchargeant Golias Hebdo n° 403 : http://golias-editions.fr/article5351.html

Affaire Lambert : les intégristes à la manœuvre

Les évêques (de Reims, de Fréjus-Toulon, de Bayonne-Lescar et Oloron et de la
province de Lyon, notamment) qui se sont engouffrés dans l’affaire Lambert
(cf. « Golias Hebdo » n° 396) auraient dû lire l’excellente enquête(1) de L’Union de Reims dans son édition du 8 août dernier. Au moins auraient-ils su avec qui ils s’acoquinaient (mais l’ignoraient-ils ?). Mais surtout, cela leur aurait permis d’entendre et peut-être même d’écouter ce que disent la femme, les frères et sœurs de Vincent Lambert de l’éducation qu’ils ont reçue. Les journalistes champenois expliquent en effet comment Vincent Lambert est prisonnier des intégristes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) depuis sa plus tendre enfance. Et sur son lit d’hôpital, il l’est encore, alors que lui-même désapprouvait ces thèses.

Au nom du dialogue avec tous l’évêque de Fréjus-Toulon avait offert une tribune à la candidate du Front National dans la région PACA, mais sans inviter ses concurrents… Ce qui témoigne, à tout le moins, d’une dissymétrie dans la disputatio, mais aussi sans doute d’une influence croissante de la pensée lepéniste dans la société… et dans l’Eglise. Certes, l’initiative de Mgr Rey n’a rien d’étonnant. Cela fait longtemps qu’il flirte avec l’intégrisme. Que les organisateurs aient pu s’étonner de l’emballement médiatique laisse perplexe : s’ils avaient vraiment voulu un débat serein, ils auraient fait intervenir un expert du FN. Cela aurait suffi ! Mais la visée n’était sans doute pas seulement de dialoguer.

Plus inquiétante encore, peut-être, est la position que les évêques de la province de Lyon ont prise sur la situation de Vincent Lambert. Nous étions habitués aux barbarinades, mais là, ce sont tous les évêques de la région que le cardinal Barbarin a entraîné pour soutenir la mère de Vincent dont on connaît désormais les liens avec la mouvance intégriste (cf. notre article ci-dessous). Dieu merci le reste de l’épiscopat n’a pas suivi. Sans doute avait-il en mémoire les dégâts causés par un soutien, aussi inconditionnel qu’inconscient, au début de la manif pour tous ! Mgr Barbarin, comme Mgr Aillet, fait dans le paralogisme. « Que ceux qui ont à en juger, proclame Mgr de Lyon et ses suffragants, sachent que derrière la personne de Vincent Lambert, c’est le symbole de la vie la plus fragile qui est en jeu pour l’avenir de notre société. » Certes, la défense du plus petit ne supporte pas d’exception, et on aimerait que beaucoup s’en souviennent pour accueillir les réfugiés, mais faire de Vincent Lambert un symbole, c’est l’instrumentaliser au service d’une idéologie, à mille lieues de l’humble discernement qui eût été nécessaire face à la complexité de la situation. Humilité dont fait preuve Mgr d’Ornellas, en charge de ces questions au sein de la Conférence des évêques. Il est aussi surprenant qu’un cardinal, qui était en tête des manifs pour tous, fasse aussi peu cas de l’épouse de Vincent. Mais on sait que ce qui intéresse Messeigneurs Aillet et Barbarin, c’est la défense d’un ordre de valeurs très prisé par les intégristes et le Front National en qui ils trouvent des alliés objectifs. Ordre de valeurs dont il reste à prouver qu’il est fondé sur l’itinéraire du Christ ! Nous vous proposons dans ce numéro (cf. page 16) d’écouter une autre voix que celles de ces évêques du PAF, celle d’Emmanuel Mounier, philosophe trop méconnu, qui nous invite à réfléchir autrement, pour sortir l’Eglise et le monde de son emprisonnement dans l’idéologie bourgeoise… A bon entendeur… Découvrez l’ensemble de notre article en téléchargeant Golias Hebdo n° 403 : http://golias-editions.fr/article5351.html