Excès

En tout, comme dit le proverbe, il est un défaut. On le voit bien, par exemple, dans les précautions frisant la paranoïa que prennent les professeurs des écoles, pour se prémunir des accusations de pédophilie. « Les plus petits, dit l’un d’eux, veulent toujours nous faire des bisous le matin. J’esquive en leur apprenant à dire bonjour comme des grands. » Tel autre laisse exprès la porte ouverte de sa classe, de façon à pouvoir être vu de tous, s’il lui arrive d’avoir à parler en tête-à-tête avec un élève. Finalement, dit un directeur d’école, « dans ce climat de suspicion générale, il faut bien qu’on se protège. Heureusement, nous pouvons compter sur le personnel féminin. Quand un gamin se fait un bobo dans la cour et qu’il faut lui baisser le pantalon pour lui mettre un pansement, on envoie une femme. » (Source : 20 minutes, 4/5/2015, p.6)

Cette dernière remarque est bizarre, car il y a bien des cas, auxquels on ne pense jamais, de pédophilie féminine. Mais quoi qu’il en soit, on voit à quels excès mène un principe de précaution mal négocié. On sait pourtant que le mieux est l’ennemi du bien. De la même façon un proverbe latin dit que la pire corruption est celle du meilleur – Corruptio optimi pessima. Ainsi la judiciarisation généralisée des comportements, qui nous vient des États-Unis d’Amérique, mène à une absurde paralysie. Il faudra bientôt raser les murs en ville, et baisser les yeux quand on croise une femme, pour ne pas être accusé de harcèlement sexuel. Ou bien ne pas prendre un ascenseur seul avec elle. Ou encore se garder de caresser la tête d’un enfant dans un jardin public, de peur d’être accusé de pédophilie. Cela passe toute mesure.
Par un étrange paradoxe, plus on parlera des affaires de pédophilie, plus on en signalera, avec évidemment le risque d’une fausse accusation. Car on sait aussi que certains enfants sont fabulateurs, et répètent ce qu’ils entendent dire autour d’eux. Le film d’André Cayatte Les Risques du métier, sorti en 1967, montre un instituteur broyé par les accusations mensongères de ses élèves. La bonne foi des enfants n’est pas en question. Mais que pèse la réalité des faits à côté d’une rumeur collective ?

Synode sur la Famille : « l’autre regard » des Suisses

Malgré la fronde menée dans les médias par la « cordée » müllerienne, les chrétiens continuent de débattre de la « relatio synodi » en vue du prochain Synode ordinaire sur la Famille (4-25 octobre) : les fameux lineamenta. Et l’Eglise en Suisse vient d’emboîter
le pas à celle d’Allemagne.

« Le Synode des Evêques et les fidèles de Suisse ne parlent généralement pas le même langage. Voilà comment pourrait se résumer le message délivré par les nombreuses discussions synodales menées dans l’Eglise catholique de Suisse. » Cette affirmation n’émane pas d’un groupe de cathos dissidents, mais est extraite du rapport que la Conférence des évêques suisses vient d’envoyer à Rome après la consultation effectuée en vue du prochain Synode sur la famille.

Que soit noté, aussi officiellement, le décalage entre le discours romain et celui des fidèles, est remarquable, surtout quand on connaît la guerre que mènent les troupes du cardinal-préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, afin que rien ne bouge : « Immuabilité de la doctrine », disent-ils… L’Eglise suisse leur répond en leur faisant remarquer qu’elle est surtout devenue inaudible ! Le cardinal Erdö, rapporteur du Synode, s’en est ému en parlant d’« une pression sans légitimité théologique » qui « ne fera que causer une division ultérieure dans l’Eglise ». Cette mise en garde est symptomatique de la surdité de certains prélats. Ils sont devenus sourds et muets, parlant « une langue incompréhensible qui ne réussit pas à transmettre de manière crédible le message jubilatoire de l’Eglise ». 

Car ce que le rapport suisse met en lumière, ce n’est pas simplement la difficulté pour les fidèles d’entendre ce que dit l’Eglise magistérielle. C’est surtout la promotion d’une autre manière de faire de la théologie, non plus simplement à partir de la doctrine mais aussi à partir du vécu ! Il ne s’agit certes pas de nier l’importance de la réflexion doctrinale mais de se demander quelle peut être la pertinence de théories qui, par exemple, ne prennent pas le temps des débats avec les sciences humaines et les philosophies contemporaines. Voire de s’interroger sur le caractère vraiment catholique de textes, tels qu’Humanae Vitae, qui ne sont pas reçus par l’ensemble du peuple de Dieu mais seulement par une minorité de fidèles. La méfiance des théologiens officiels à l’égard de la capacité de réflexion des chrétiens sur ce qu’ils vivent en famille est plus que problématique. Ceux-ci demandent donc à être entendus. Le chantier du prochain Synode ne concerne donc pas seulement les énoncés qui pourront y être reformulés mais aussi l’argumentaire qui permettra d’aboutir à telle ou telle conclusion. Et il faut saluer la volonté de François d’avoir voulu et permis un débat largement ouvert. Les fidèles ont répondu à cette attente. Les « Pères synodaux » répondront-ils à leurs attentes ?

L’Evangile de dimanche dernier nous offre un critère de discernement : Jésus prie pour l’unité de tous les croyants et pour qu’ils demeurent dans Sa joie. Il veut qu’ils soient sanctifiés dans la vérité du Nom de Dieu qu’Il manifeste. Unité et vérité dans la joie de suivre le Christ ! L’unité ne se fera donc pas sans la vérité comme peuvent le souligner les plus tradis. Mais à condition qu’ils se souviennent que la vérité évangélique n’est pas un corpus doctrinal mais une personne ; c’est-à-dire un itinéraire concret : celui de Jésus. La double perspective mise en évidence par le rapport de l’Eglise suisse n’est d’ailleurs pas sans rappeler les débats christologiques des dernières décennies : pour définir le Christ, faut-il partir « d’en haut », de sa divinité, ou « d’en bas », de son humanité ? Faut-il partir d’une doctrine ou d’une expérience ? Et si nous partions du vécu des « alter Christi » (autres Christs, car ayant reçu l’onction) que sont tous les baptisés pour relire leurs expériences à la lumière de la Tradition ? [découvrez l’ensemble de notre article dans Golias Hebdo n° 385]

Le Chapitre Général de la Communauté Saint Jean reconnaît l’existence de « frères prédateurs ».

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Le 9 Mars 2015, Golias révélait sur son site internet certains détails sur les abus sexuels commis par le père Marie-Dominique PHILIPPE sur de jeunes religieuses et religieux de la communauté St Jean, communauté dont il était le fondateur. Dans ce même article, Golias révélait également les abus sexuels commis au sein de la communauté de l’Arche par le père Thomas PHILIPPE, frère aîné de Marie-Dominique PHILIPPE, au prétexte là aussi de la théorie d’ « amour d’amitié ».
Sans surprise, ces révélations extrêmement graves ont laissé sans réaction officielle la hiérarchie de l’Eglise Catholique dont le silence cache un profond embarras devant l’étalage de faits dont les deux frères PHILIPPE n’ont malheureusement pas l’exclusivité.

Marie-Dominique PHILIPPE, le MACIEL français.

Les crimes de pédophilie et autres abus sexuels dont se rendent coupables des religieux catholiques à l’égard de laïcs salissent l’image et la réputation de l’Eglise depuis des décennies. Mais il existe un autre fléau moins évoqué mais tout aussi ignoble : les abus sexuels commis par des religieux « aînés » sur d’autres religieux plus jeunes placés sous leur autorité et donc leur emprise. Ce fut le cas du tristement célèbre père MACIEL, fondateur des Légionnaires du Christ dont le parcours comporte d’importantes analogies avec celui du fondateur de la communauté Saint Jean. Tous deux ont abusé sexuellement de jeunes novices de leur propre communauté. Tous deux ont pu poursuivre leurs méfaits pendant des décennies grâce à la loi du silence qu’ils ont imposée et au sentiment de honte ressenti par leurs victimes. Tous deux ont bénéficié de la complicité du Vatican en raison du grand nombre de vocations qu’ils avaient su susciter. L’astuce du père Marie-Dominique PHILIPPE, ce qui distingue son parcours de celui du père MACIEL est qu’il justifiait ses propres abus par une doctrine pernicieuse, l’ « amour d’amitié » qu’il avait mis en place dans sa communauté. Suivant son exemple, d’autres responsables de la communauté Saint Jean ont commis le même type d’abus.

C’est bien de cela dont témoigne le jeune frère de St Jean victime d’attouchements de la part du père Marie-Dominique PHILIPPE. Ce témoignage, repris dans un article que nous avions publié le 9 Mars 2015, emploie pour qualifier leur auteur le terme de prédateur sexuel. Ce témoignage se termine par cette interpellation terrible des autorités de l’Eglise : « J’ai l’espoir que les actions du P. Philippe soient rendues publiques, de façon identique à ce qui a été fait quant au P. Maciel. Une des meilleures façons de commencer à diminuer la prédation sexuelle dans l’Église est de reconnaître qu’elle a existé. Nous sommes tous pécheurs, mais quand un prêtre tire avantage de son pouvoir sur ses subalternes, de telles actions devraient être dénoncées. Si un frère de rang inférieur dans la Congrégation avait fait de telles choses, je me serais immédiatement plaint ; mais je ne l’ai pas fait parce que le P. Philippe était lui-même l’autorité la plus haute à laquelle j’aurais pu me plaindre. »

Le Chapitre Général de la Communauté Saint Jean reconnaît l’existence de « frères prédateurs ».

Le Chapitre Général des frères de Saint Jean qui s’est tenu en Avril 2013 a été l’occasion d’acter à travers le vote d’une motion intitulée « Epreuves et Espérance » l’existence de graves abus sexuels de la part de membres de la communauté, qu’il s’agisse du fondateur en personne, mais également de frères ayant autorité de formation ainsi que d’autres frères.

Pour couper court à toute accusation de calomnie, nous joignons à cet article la reproduction inédite de ce texte.

Le paragraphe n°9 est à lire avec une particulière attention : « Des manquements à la chasteté avec des justifications doctrinales ont malheureusement concerné des frères. De tels manquements ont eu lieu entre des frères et des personnes adultes, notamment des personnes qu’ils accompagnaient ; et, dans le passé, entre des frères ayant autorité de formation et de jeunes frères ».

Ce texte n’a été porté à la connaissance que des seuls frères capitulants, une cinquantaine, mais pas à l’ensemble de la communauté et encore moins divulgué à l’extérieur. C’est dire l’importance toujours présente de la loi du silence dans cette communauté.

Nous avons accumulé durant ses années d’enquête sur la communauté Saint Jean suffisamment d’éléments pour se permettre de commenter et de compléter ce paragraphe n°9 dont les termes pourtant lourds ne disent pas l’étendue de la réalité.

1) Quand le texte parle de justification doctrinale, il s’agit bien de la doctrine d’ « amour d’amitié » voulue par le fondateur afin de justifier ses propres perversions.

2) Le texte ne parle que de victimes adultes… C’est sans compter les victimes
mineures de frères pédophiles. Deux frères ont été condamnés par la justice. L’un en 1998 pour des faits commis à Murat est toujours prêtre dans la communauté. L’autre, le frère Luigi Gonzaga condamné à deux reprises en 2012 a tout de même été exclu de la communauté mais en raison des remous médiatiques provoqués par ces procès. La liste des frères qui s’en sont pris à des mineurs n’est pas close. Un frère doit être jugé à la fin du mois de Mai 2015 à Chalons/Saône pour des faits qu’il a reconnus remontant pour certains au début des années 90. L’attitude des responsables de la communauté à son égard n’a consisté que dans le fait de le déplacer de pays en pays tout en le maintenant diacre, avec pour conséquence la poursuite de ses agissements.

3) Le texte laisse entendre que les abus entre des frères ayant autorité de formation et de jeunes frères font partie du passé. Cela est faux. Certes les deux cas les plus graves qui sont arrivés à notre connaissance font partie du passé.
Il s’agit tout d’abord du cas d’un frère français, maître des études à St Jodard dans les années 90, sous le coup d’une condamnation récente par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi pour « absolution du complice » suite à des abus sur plusieurs laïques majeures. A son propos, Mgr Rivière, à l’occasion d’échanges lors du Chapitre Général de 2013 a eu cette remarque révélatrice : « le père Marie-Dominique PHILIPPE a manqué de prudence, il aurait du le déplacer »… Ainsi, pour l’évêque d’Autun, un prêtre, maître des études, qui use de son autorité pour abuser sexuellement de jeunes novices doit être simplement déplacé.

Le deuxième cas concerne un frère mexicain, le frère Yvan, au début des années 2000. A cette époque, ce frère était maître des novices au prieuré de Saltillo au Mexique. Lui aussi, et cela était connu au sein de ce prieuré, a abusé de plusieurs novices. Le frère Jean-Pierre-Marie, prieur général de la communauté St Jean de 2001 à 2010 a géré l’affaire comme l’aurait fait son prédécesseur et fondateur, le père Marie-Dominique PHILIPPE. Le frère Yvan a été laissé en fonction. Un novice qui s’était permis de dénoncer le frère Yvan à sa hiérarchie a été renvoyé. Récemment, le frère Yvan a quitté la communauté Saint Jean, mais à sa demande. Il n’a pas été renvoyé mais a souhaité intégrer la communauté dissidente « Saint Jean le Théologien » toujours à Saltillo. A Saint Jean le Théologien, rebaptisé « Verbum Spei » pour ne pas froisser les consignes du Vatican, le frère Yvan s’occupe là aussi des jeunes recrues… On voit là toute la clairvoyance de Mgr Raul Vera, l’évêque de Saltillo, l’un des plus ardents défenseurs de la mémoire du père Marie-Dominique PHILIPPE.
Le frère Luigi-Gonzaga, frère de Saint Jean condamné à deux reprises en 2012 en France pour des agressions sexuelles sur laïcs dont l’une à caractère pédophile a séjourné au noviciat de Saltillo. Nous ignorons si le frère Luigi-Gonzaga figure parmi les victimes du frère Yvan. Toujours est-il que sa formation initiale à la vie religieuse s’est déroulée en un lieu où régnaient des pratiques sexuelles sous l’emprise et l’obéissance due au supérieur. Dans quelle mesure cette période de sa vie a-t-elle influencé le frère Luigi-Gonzaga, il est regrettable que les juges ayant eu à statuer sur les abus commis par Luigi-Gonzaga n’aient pas abordé la part de responsabilité liée à la dizaine d’années passées par cette homme dans une communauté particulièrement marquée par les dérives en matière sexuelle, et pas seulement à Saltillo.

Les actes de prédation sexuelle sous emprise ne font pas partie du passé.

Le frère Thomas JOACHIM, l’actuel prieur général depuis 2010, y a été également confronté récemment. Les faits se sont déroulés en 2013 au prieuré de Salvador de Bahia. Un frère profès perpétuel brésilien, en charge des postulants a agressé un jeune frère. La décision du frère Thomas a été là aussi de renvoyer la victime. Pour éviter le scandale au Brésil, le fautif a été dans un premier temps muté à Rimont, la maison mère de la communauté Saint Jean. Il se trouve actuellement exilé à Taïwan, au prieuré de Tainan. Aucune sanction n’a manifestement été prise à son encontre. A quand la prochaine bavure de la part de ce prédateur ?

La communauté Saint Jean structurellement touchée par la prédation sexuelle.

Les abus sexuels commis par des religieux « aînés » sur d’autres religieux plus jeunes placés sous leur autorité est un des sujets les plus tabous de l’Eglise Catholique. Ce phénomène ne se limite pas à la seule communauté Saint Jean, mais pour des raisons historiques et doctrinales, il y est fréquent.

« Comment pourrais-je gouverner autrui qui moi-même gouverner ne saurait ? » Tel est le questionnement que Rabelais attribue au frère Jean des Entommeures dans son Gargantua. Autrement dit, comment prétendre à diriger une abbaye quand on est soi-même bien conscient de son incapacité à s’imposer des règles strictes. En 1975, à soixante ans passés, le frère Marie-Dominique PHILIPPE n’ignore rien de ses faiblesses humaines quand il devient le fondateur de la communauté Saint Jean. Cette communauté deviendra son utopie, une version sur mesure de l’abbaye de Thélème, qui lui permettra de justifier ses fantasmes en les rattachant à des bases doctrinales. C’est ainsi que la doctrine d’ «amour d’amitié » est devenue un pilier du fonctionnement des communautés masculines et féminines qui composent la « famille Saint Jean ». Dans ses conférences, dans ses enseignements, le fondateur aborde la question des relations amoureuses qui peuvent se lier entre frères ou entre frères et sœurs. En 2006, quelques mois avant sa mort, il donne une ultime conférence sur ce sujet à Rimont, en mélangeant comme à son habitude les termes d’amitié, d’amour et d’amour d’amitié. Il déclare ainsi : « Dans la vie de presque tous les saints, il y a quelqu’un de caché qu’ils ont aimé d’une façon toute particulière. Saint Dominique avait comme ça un amour spécial pour telle ou telle sœur en particulier. Il y avait un lien que Dieu avait réalisé»… « Aimer un frère, il est si merveilleux, on voit combien sa sensibilité nous est agréable ; son sourire nous est agréable ; c’est doux pour nous. »… «Il faut qu’ensemble on offre à Dieu la joie d’être ensemble, et de savoir que cette joie d’être ensemble, c’est très bien. Elle est toute offerte à Dieu. ». « C’est cette délicatesse merveilleuse qui doit exister dans un amour entre frères, entre frères et sœurs ».

Nulle part dans ses textes, le père Marie-Dominique PHILIPPE ne justifie l’acte sexuel entre religieux. Toujours, il prend la précaution d’indiquer que le sentiment amoureux doit être sublimé, « offert à Dieu ». Toutefois, cette proximité physique étroite voulue entre communautés masculines et féminines, cette valorisation des relations amoureuses entre religieux qui ne sont pas tous de futurs saints, tout cela ne peut conduire qu’à des dérapages et à des passages à l’acte. C’est bien ce qu’évoque le document « Epreuves et Espérances » et qu’il désigne comme des « manquements à la chasteté avec des justifications doctrinales ».

Avec un fondateur donnant l’exemple d’une bisexualité sous emprise assumée par le recours à des justifications doctrinales, il ne faut pas s’étonner que Mgr Séguy, évêque d’Autun, ait comptabilisé en 2001 une trentaine de « cas lourds, parfois très difficiles » parmi les frères de Saint Jean, avec « en outre des cas moins difficiles et plus ordinaires ».

L’omerta est bien en place, que ce soit au niveau de la communauté Saint Jean, des évêchés d’Autun (frères de Saint Jean et sœurs apostoliques de Saint Jean) et de Lyon (sœurs contemplatives de Saint Jean) ainsi que malheureusement du Vatican.
Seules quelques affaires ont pu échapper à l’omerta…

Quelles mesures pour l’avenir ?

En ce qui concerne l’avenir, le chapitre 12 du document « Epreuves et Espérances » de la communauté Saint Jean proclame que « les mesures nécessaires seront prises pour que les comportements répréhensibles ne se reproduisent plus ». Quelle belle promesse, digne d’un candidat à l’élection présidentielle ! (cf joint le document)

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L’action la plus efficace serait l’abandon effectif de la doctrine d’amour d’amitié par la communauté Saint Jean mais le frère Thomas a déjà annoncé qu’il n’était pas question d’envisager cette hypothèse. Le Vatican qui doit nommer un commissaire pontifical prochainement aura-t-il la clairvoyance de l’imposer ?
Dans la mesure où une fin du vœu de chasteté décrétée par le Vatican ne semble toujours pas à l’ordre du jour, une autre mesure de bon sens consisterait à réduire à l’état laïc les clercs incapables d’assumer ce vœu et de renvoyer les frères non clercs. On voit mal la communauté Saint Jean, déjà confrontée à une crise des vocations, se lancer dans une telle épuration de ses rangs, elle qui a attendu deux condamnations en justice pour renvoyer le seul frère Luigi-Gonzaga en 2012. L’action du futur commissaire pontifical sera suivie de près dans ce domaine.
Le recours à la psychologie et aux thérapies psycho-spirituelles est devenu très à la mode dans la communauté Saint Jean. Marie-Dominique PHILIPPE doit s’en retourner dans sa tombe, lui qui affichait une opposition nette à tout ce qui, de près ou de loin, touchait à une approche psychologique. Nombre de frères de Saint Jean suivent des thérapies pour différentes raisons et pas seulement pour des difficultés par rapport au vœu de chasteté. Les thérapies les plus en vogue actuellement, comme dans d’autres communautés de la nouvelle évangélisation, sont de type psycho-spirituelle. Parmi celles-ci l’Agapéthérapie mais surtout les thérapies GEDE qui font appel en particulier à la psycho généalogie. Le moins que l’on puisse dire est que ces thérapies tardent à produire des effets dans la communauté Saint Jean. En tous cas, prétendre comme le pensent certains dans la communauté Saint Jean qu’il est possible de « guérir » de son homosexualité par des prises en charges psychologiques ou psycho-spirituelles en dit long sur la méconnaissance de la réalité au sein de cette communauté.

Appartenance

Sur le plateau de Mots croisés, le maire de Béziers a affirmé, lundi 4 mai, avoir recensé 64,6% d’enfants de confession musulmane dans les écoles de sa ville : « Ces chiffres, c’est ceux de ma mairie. Le maire a, classe par classe, le nom des enfants. Pardon de vous dire que les prénoms disent les confessions. On ne va pas nier l’évidence. Si vous vous appelez Mohammed, c’est que vous êtes… » La suite s’est perdue dans un brouhaha…

Il n’y a rien de plus inepte que ce raisonnement. D’abord on y confond allègrement « arabe » et « musulman ». Le premier terme renvoie à un peuple, une ethnie, et le second à une religion : or on sait que l’islam est universaliste, et que n’importe qui sur la terre peut s’y convertir. À la grande limite, le prénom pourrait donc dans le cas présent laisser présumer une origine ethnique, donc culturelle, mais en aucune façon l’appartenance à une confession religieuse. Car évidemment il y a des Arabes athées.
Cela me fait penser à une bourde prononcée naguère sur France Info par notre ancien Président, à propos des soldats français assassinés à Toulouse : « Je rappelle que deux de nos soldats étaient… comment dire… musulmans, en tout cas d’apparence, puisque l’un d’eux était catholique, mais d’apparence… comme l’on dit : la diversité visible » (voir mon billet Vocabulaire, Golias Hebdo, n°232). Or on n’est pas musulman « d’apparence », puisqu’on peut l’être avec n’importe quelle « apparence ». C’est comme si, étant chauve, on était qualifié de bouddhiste ! De la même façon le défunt Président de ma région a dit d’un collègue de son parti, d’origine juive : « Voter pour ce mec… me poserait un problème, il a une tronche pas catholique » (voir mon billet Catholique, GH, n°119). Apparence ou faciès remplacent le prénom, mais nous sommes là sur le même terrain, populiste et raciste, que celui du maire de Béziers.
Au reste, s’agissant des prénoms, on peut choisir aujourd’hui celui que l’on veut, et les choix sont fort divers, et de la plus haute fantaisie (voir mon billet Prénom, GH, n°135). Raison de plus pour affirmer que leur choix n’a désormais, quant à la question de l’appartenance, plus aucune espèce de pertinence.

Jacques Gaillot : accepter nos différences pour bâtir la paix

En écho à l’appel de l’évêque de Créteil, Michel Santier, « à ne pas céder à la peur » au lendemain de l’attentat déjoué visant une église à Villejuif, Jacques Gaillot nous livre, dans l’entretien qu’il a accordé à « Golias Hebdo », un témoignage fort sur la fraternité à construire au nom du vivre ensemble entre musulmans et chrétiens. Interview…

Mgr Gaillot aura 80 ans cette année. Et depuis vingt ans, il est évêque de Partenia, après avoir subi les foudres de Rome l’obligeant à démissionner du siège d’Evreux. En 1990, nous avions qualifié Mgr Gaillot dans le premier « Trombinoscope pour épiscopes » d’ultra-conciliaire : « Le seul évêque que sa mission a converti. L’évêque qui a compris la modernité dans son essence même. Met en pratique une liberté d’esprit que nombre d’évêques s’interdisent du fait de leur fonction. A du courage dans un environnement ecclésial et épiscopal pas très tendre avec lui. Trouve du réconfort à l’extérieur, ce qui suffit à son bonheur de pasteur et d’homme. Profond, bon théologien, tendre, vit sans trop d’état d’âme la dialectique pasteur-prophète. N’est pas si naïf et maladroit qu’on le dit » mais il risque de « griller ses batteries à cause d’un plan média mal ficelé ou trop dispersé »…

A l’occasion de ce double anniversaire, nous voulions lui rendre hommage parce qu’il est resté cet évêque de « plein vent », attentif aux plus pauvres. Il peut encore déranger, réveiller, inviter à penser autrement. Sur le monde pour rappeler l’impératif de fraternité, notamment à l’égard de nos frères musulmans qui se sentent souvent humiliés. Sur l’Eglise aussi : « J’ai le sentiment, nous confie-t-il, que l’Eglise qui est en France a perdu son souffle. Les évêques dépensent beaucoup d’énergie à restructurer. Ils restent méfiants à l’égard de la modernité. Certains regardent en arrière pour remettre au goût du jour des cérémonies pompeuses et des liturgies sacralisées. Apparemment, il ne se passe pas grand-chose de nouveau. Ont-ils l’audace de préparer l’avenir des communautés chrétiennes ? De proposer
de nouveaux ministères hommes-femmes, mariés ou pas ? Ont-ils la liberté, collectivement, d’ouvrir des chemins pour les divorcés remariés et les couples homosexuels ? Trouveront-ils enfin le courage de s’opposer avec force aux armes nucléaires ? Et de manifester leur solidarité à des peuples opprimés comme le peuple palestinien ? Une Eglise authentique est une Eglise crédible. »

Pourtant, le pape François semble très proche de ce qui a conduit Jacques Gaillot à être évincé du diocèse d’Evreux. L’évêque de Partenia, diocèse sans frontière, n’est « pas étonné que le pape rencontre une forte résistance. Il s’attaque directement au pouvoir des cardinaux de la Curie en voulant changer la gouvernance de l’Eglise, c’est-à-dire décentraliser le pouvoir au profit des conférences épiscopales en mettant en œuvre la collégialité à différents niveaux ». Et d’ajouter : « Ce n’est pas un jubilé de la miséricorde qui fera bouger les cardinaux sur ce point. Le pape réussira-t-il à imposer cette réforme ? Rien n’est joué. Mais s’il a choisi le nom de François n’est-ce pas pour réformer ? » Ce serait sans doute un très beau cadeau d’anniversaire pour le Monseigneur des pauvres ! [découvrez l’ensemble de notre entretien dans Golias Hebdo n° 384]

Réputation

Le droit pour chacun à sa réputation est reconnu par la justice occidentale. Celui qui y porte atteinte peut être incriminé pour diffamation. Mais avec Internet, les conséquences en sont parfois tragiques. Ainsi on a appris dernièrement qu’une adolescente de 15 ans s’est défenestrée à Stains, en Seine-Saint-Denis. Elle n’aurait pas supporté la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo où elle apparaissait en tenue sexy et provocante. Jérôme Bouteiller, auteur de Bienvenue sur Facebook (éditions Albin Michel), a analysé ce cas sur BFMTV : « On se prend en photo de manière un peu intime parfois parce qu’on pense que les photos ne vont pas rester (…) dans le cas d’Aïcha, c’est visiblement son ami qui aurait diffusé la vidéo à son insu sur les réseaux sociaux. » (Source : 6Medias, 01/05/2015)

Sans doute le milieu d’où provenait cette jeune fille était-il très pointilleux sur la pureté féminine. Mais tout de même, qui aimerait voir ainsi son intimité violée aux yeux de tous ? On peut mourir vraiment, réellement ou symboliquement, de ce type d’outrage. Ainsi selon la légende romaine la chaste Lucrèce se serait-elle poignardée après avoir été violée par Sextus, fils de Tarquin. On sait aussi que dans l’imaginaire l’hermine ne supporte pas de voir tachée sa fourrure blanche, et préfère mourir. Anne de Bretagne en avait fait son symbole : « Plutôt la mort que la souillure ». Survit-on quand on perd sa réputation ? « L’honneur, lit-on chez Pagnol, c’est comme les allumettes : ça ne sert qu’une fois. »
Voyez aussi L’Honneur perdu de Katharina Blum, roman d’Heinrich Böll, paru en 1974, pendant les « années de plomb » en Allemagne. Sous-titré : « Comment peut naître la violence et où elle peut conduire », il a été porté à l’écran l’année suivante par Margarethe von Trotta et Volker Schlöndorff. On y voit comment une femme ordinaire peut être victime d’un scandale médiatique dont elle ignore la raison, et comment sa réputation finit par être détruite par une campagne de presse. Mais Internet est plus redoutable, car il est mondialisé, à portée de n’importe qui, et le droit à l’oubli n’y existe pas : on peut y traîner des « casseroles » toute sa vie.