Rite

Sa présence et son observation sont sans doute nécessaires au fonctionnement social. Il est présent à peu près partout, comme le disent les anthropologues. Son rôle est structurant, certes, mais à l’évidence il constitue une injonction qui nous est signifiée de façon plus ou moins comminatoire, au profit du groupe peut-être et de sa cohésion, mais au détriment de la liberté et du choix individuels. Aussi y a-t-il des cas, me semble-t-il, où il y a avantage à s’en éloigner.

Dans cette période des fêtes de fin d’année, naturellement tout le mode s’est pressé en foule dans les magasins pour acheter cadeaux et victuailles, Noël étant devenu pour la plupart une simple occasion de consommation et de goinfrerie. Ce rite est observé machinalement, de façon moutonnière, et aussi purement formelle, puisque d’après un sondage, comme je l’ai souligné dans mon billet « Hypocrisie » (Golias Hebdo, n°113), avant même la fête 40% de personnes ont déjà dit qu’elles allaient revendre dès le lendemain sur Internet les cadeaux qu’elles y auraient reçus. Les magasins aussi ont pour ce jour-là beaucoup de retours.
Où est le cœur là-dedans, l’intention profonde du geste ? Le rite est vidé de sa signification, pratiqué de cette façon purement machinale dont on sait qu’elle fossilise et tue : « La lettre tue, mais l’esprit vivifie. » (2 Corinthiens 3/6)
Pour moi, il faut décidément s’écarter de cette frénésie robotisée. D’abord elle est obscène par rapport à ceux qui par dénuement ne peuvent y participer. Comme le dit la Sauvage d’Anouilh : « Il y aura toujours un petit chien crevé quelque part qui m’empêchera d’être heureuse. » Ensuite je ne vois pas pourquoi il faudrait bâfrer en famille à tel moment fixé, et identiquement offrir tel ou tel « cadeau » à telle ou telle personne de façon obligée. Fête pour fête, je préfère en choisir le moment, ainsi que l’occasion et les destinataires du partage : ils seront alors authentiques. Que si l’on m’oppose les injonctions sociales, ce que l’on doit faire ou ne pas faire lors de tel ou tel jour, je répondrai avec le plus grand anti-ritualiste que je connaisse : « Le Fils de l’homme est maître du sabbat. » (Matthieu 12/8)

Cheminée

On vient de s’aviser que dans sa version traditionnelle du foyer ouvert elle pouvait constituer une menace pour la santé publique, pour cause d’émission dans l’atmosphère de nuisibles particules fines. À partir de janvier prochain, ce mode de chauffage va être interdit en région parisienne. Exception sera faite toutefois pour les foyers fermés (Source : Libération, 04/12/2014).

Ce type de mesure me semble relever d’un abus manifeste de ce « principe de précaution » , pouvant mener à la paralysie, que j’ai déjà dénoncé dans un billet paru dans le n°345 de Golias Hebdo. D’abord tous les spécialistes s’accordent pour voir dans cet anathème une disproportion manifeste, et pour reconnaître, comme le dit l’article de Libération susmentionné, que « les feux de cheminées peuvent apparaître comme un problème moins pressant que celui du trafic automobile ». Ensuite on peut avancer que l’utilisation du bois, ressource renouvelable, est plus écologique que celle des ressources fossiles, comme le charbon ou le pétrole. D’autre part, elle est le seul moyen pour se chauffer des foyers pauvres. Si on l’interdit, ils seront condamnés à avoir toujours froid.
Aussi, comment fera-t-on respecter l’interdiction ? La police viendra-t-elle dans l’intimité des maisons ? À moins d’être prévenue par un voisin voyant s’échapper de la fumée d’une cheminée, ce qui encouragera la malveillance et la délation…
Enfin, on n’a pas réfléchi à la richesse imaginaire du feu de bois, comme par exemple Bachelard l’a analysée dans sa Psychanalyse du feu. Le feu parle à l’âme, à la rêverie, en s’adressant à tous nos sens. Si l’on en vient au foyer fermé, restera la seule vision de la flamme, et l’ouïe, l’odorat, le toucher même ne seront plus sollicités. Tout le festif d’un moment magique pluri-sensoriel disparaîtra. Ce sera un considérable appauvrissement.
Finalement, une fois engagés dans ce chemin de peurs, où nous arrêterons-nous ? Qui empêchera une personne allergique de déposer plainte contre le propriétaire d’arbres ou de fleurs laissant s’échapper des pollens dont elle s’estime victime ? La vérité est qu’il faut toujours en toutes choses garder mesure : Est modus in rebus. Car tout est dangereux dans la vie elle-même, qui est, comme tout le monde le sait, une maladie mortelle sexuellement transmissible.

Les billets antérieurs de Michel Théron sont disponibles en version électronique, avec enrichissements multimédias, sous le titre Petite philosophie de l’actualité, chez www.lepublieur.com.

Noël autrement : Saint François et le sultan
ou la courtoisie de Dieu

L’histoire de la crèche de Greccio est fort connue. Saint François fait revivre aux habitants de la région du Latium, en 1223, la naissance de Jésus à Bethléem : première crèche vivante pour des pèlerins en incapacité de se rendre en terre sainte, occupée par les Sarrazins. Mais cet épisode n’est sans doute pas sans rapport avec un autre événement, souvent oublié, de la vie du pauvre d’Assise : sa rencontre avec le sultan Al-Kâmil, qui eut lieu quelques années auparavant, sans doute en septembre 1219.

Les crèches sont au cœur de l’actualité. On pourrait s’en réjouir. Cette année au moins, on ne parle pas que de sapins, de cadeaux et de foie gras. On peut aussi s’en inquiéter. Certes, les intégristes de la laïcité, comme tous les fanatiques, ne sont pas très intelligents, et ils démontrent la pauvreté de leur analyse politique, car ce n’est pas la crèche du conseil général de Vendée qui constitue la principale remise en cause de l’unité républicaine. Mais ceux qui leur répondent sur le mode identitaire ne font pas montre d’une plus grande finesse. En invoquant la tradition, ils oublient la nouveauté radicale de la Nativité du Seigneur : Dieu se fait proche ; sa naissance fait de nous des frères et des sœurs. L’interdiction du Tribunal administratif aurait pu être une occasion pour les chrétiens de rappeler qu’il n’y avait pas de place pour Joseph, Marie et l’enfant à naître ! Comme il n’y a guère de place aujourd’hui pour tous ceux et celles qui osent dire que l’étranger est un frère.

Or à Noël, l’étranger par excellence, le Tout Autre, devient, en Jésus, notre frère ! Nous en souvenons-nous quand nous voulons installer une crèche, que ce soit dans un lieu public, une église ou notre maison ? C’est cela qu’il eût fallu rappeler, au lieu d’encourager la discorde. Nous avons justement choisi de vous partager une aventure méconnue de la tradition chrétienne : celle de la rencontre de saint François avec le sultan Al-Kâmil en pleine croisade à Damiette, au bord du Nil. Cette histoire a été oubliée comme, peut-être, le sens de la crèche. D’aucuns diront que le moment est mal venu pour évoquer un dialogue entre l’islam et le christianisme. Il n’est pas moins bon qu’à l’époque des croisades, et nous n’oublions pas nos frères et sœurs persécutés en Irak ou au Nigéria par des terroristes qui sont plus des délinquants que des religieux. Le pauvre d’Assise parlait justement des « frères brigands » : sans nier leurs délits, il invitait à voir en eux des frères… Pour le dire autrement, il n’y a sans doute pas de distance plus grande entre Dieu et nous qu’entre nous et ces délinquants.
La crèche nous invite donc à prendre de la distance vis-à-vis de nos analyses politiques, humaines trop humaines, importantes mais relatives, pour nous laisser bouleverser par un inattendu inespéré : Dieu vient ! Et alors ? C’est justement la question. Qu’est-ce que ça change ? Penserions-nous de la même manière si Dieu ne s’était pas fait l’un de nous ? Si oui, nos crèches sont des contre-témoignages. Saint François, dans sa passion qui peut nous paraître folle, nous indique le chemin de Jésus, Dieu fait homme. Le pauvre d’Assise vivait lui aussi dans une société en crise. Au moment où la société se débarrassait de la féodalité, de nouvelles dominations des uns sur les autres naissaient avec l’argent. En épousant dame pauvreté, François, se faisait frère universel comme Jésus, en ne considérant pas sa divinité comme une possession, laissait place à l’autre. A nous !

C’est peut-être cela Noël : faire de la place à l’autre. Aller à sa rencontre et se laisser rencontrer, avec courtoisie. Comme Dieu a visité Marie. Comme Marie a visité Elisabeth. Comme Jésus, sur la paille. Il ne s’agit pas de se culpabiliser de ce que nous ne ressemblons pas à Dieu, mais de nous laisser émerveiller par la nouveauté toujours à redécouvrir d’une naissance qui a tout changé. Beau Noël !

Crèche

À la suite d’une demande de la fédération locale de la Libre pensée, le tribunal administratif de Nantes a décidé que la crèche de Noël, installée dans le bâtiment abritant le Conseil général de Vendée, était un « emblème religieux » incompatible avec le « principe de neutralité du service public ». Obligation a donc été faite de la faire disparaître. Évidemment, on a assisté à une levée de boucliers de la part des traditionnalistes. Ainsi Philippe de Villiers s’est dit « outré, scandalisé» par cette décision qu’il a qualifiée de « totalitaire» : « La France est une terre chrétienne, cette décision relève d’un laïcisme mortifère qui viole nos traditions et nos coutumes » (Source : Le Figaro.fr, 03/12/2014).

Je suis personnellement tout à fait d’accord avec la décision du tribunal, et je pense à ce que pourraient dire, voyant une crèche dans un espace public, les juifs et les musulmans, pour qui elle ne signifie rien. « Deux poids, deux mesures », diraient-ils, et ils auraient raison. Ensuite je conteste absolument la remarque de M. de Villiers à propos de la France « terre chrétienne », car il confond « chrétien »  et « catholique ». Pour les catholiques seuls la crèche a du sens. En monde protestant, essentiellement iconoclaste, la crèche relève d’une idolâtrie dangereuse. Si l’on va jusqu’à prier devant elle, elle devient objet de culte. Cessons donc de parler de « culture » à son propos. Car si le culturel est une chose, le cultuel en est une autre !
Enfin, je dirai que la crèche ne dit rien du tout de ce qu’il en fut du Jésus historique, et surtout, ce qui me semble essentiel, de son message, de son enseignement. Elle participe du storytelling habituel des évangiles (l’âne et le bœuf même viennent des apocryphes), qui très souvent a recouvert l’évangile ou la bonne nouvelle du Christ (Evangelium Christi), par la bonne nouvelle au sujet du Christ (Evangelium de Christo). Où est par exemple le Logos, la Parole, dans l’Enfant-Jésus, « enfant » signifiant précisément : « qui ne parle pas » ? Libre aux enfants de s’attendrir, loin de l’espace public bien sûr, devant ce Jesu bambino tout nu qui se tortille en tout sens. Mais ce n’est qu’un mythe, une fiction de plus.

Antiphrase

C’est le fait de dire une chose pour faire comprendre exactement le contraire. Par exemple : « C’est du propre ! », « C’est du joli ! », « Nous voici dans de beaux draps ! », etc. Il faut évidemment une certaine subtilité d’esprit pour comprendre cette figure, qu’aucun logiciel de lexicométrie informatisée évidemment ne peut relever en tant que telle : il se situe toujours, comme on dit, « au premier degré ».
Dans le monde du visible, et précisément des arts plastiques, l’antiphrase consiste à représenter une chose pour y faire entendre son opposé. Par exemple Andy Warhol peut peindre une bouteille de Coca-cola, non pas pour vanter cette boisson, mais pour exprimer l’aliénation matérialiste où elle peut mener chez ses consommateurs. Malheureusement, certains peuvent y voir non pas une critique de la société capitaliste moderne, mais son éloge. Ils peuvent prendre l’image, là encore, au premier degré.

J’ai pensé à tout cela en apprenant qu’une « performance » de l’artiste sud-africain Brett Bailey, baptisée Exhibit B, qui devait se donner au théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis, a été supprimée suite à des manifestations violentes qui se sont produites à cette occasion. Il s’agissait, par des tableaux vivants montrant l’humiliation des Noirs, de dénoncer leur utilisation comme bêtes de foire par les colonialistes blancs, tout au long des XIXe et XXe siècles. Mais le public n’a pas vu cette intention, et a vu dans l’exposition de ce « zoo humain » une humiliation des participants attentatoire à leur dignité, procédant du pire des racismes (Source : Le Figaro.fr, 28/11/2014).
Cette méprise me laisse songeur, et me fait réfléchir à la différence entre le monde du verbal et celui du visible. Pour la transmission d’intentions complexes, le premier est assurément mieux armé que le second. À l’oral, les intonations et les gestes peuvent faire comprendre l’antiphrase. Et à l’écrit, certaines précisions aussi. Quand Flaubert écrit dans Madame Bovary : « une forêt vierge bien nettoyée », on en voit tout de suite le kitsch et le ridicule, qu’aucune illustration ne pourrait rendre. Pareillement pour « un tapis de prière en soie accroché au mur », dans Les Choses, de Perec : à lire cette formulation, on comprend tout de suite que la fonction d’un tapis de prière n’est pas d’être absurdement accroché à un mur. Mais une photo de la chose dans un magazine, Art et décoration par exemple, ne soulèverait pas de notre part une interrogation. Si enfin je montre une photo du complexe architectural Antigone, de Ricardo Bofill, à Montpellier, personne ne se posera de question. Mais si j’écris : « Dorique du XXe siècle », mon expression est à la fois description, jugement et condamnation sans appel. Finalement la seule vision est moins riche que la mise en mots. Et ce n’est pas pour rien que le mot vient avant la lumière, dans la Bible (Genèse, 1/3).

Le trombinoscope des évêques – édition 2014-2015

Pour la dixième fois en plus de vingt ans, les éditions Golias publient le Trombinoscope des évêques de France, édition 2014-2015, complètement remis à jour et totalement réécrit sur plus de 400 pages. L’épiscopat d’aujourd’hui, corps institutionnel en quête d’identité, mérite ce regard appuyé pour mieux le situer dans notre société.
(Pour commander en ligne l’édition 2014-2015 : http://golias-editions.fr/article5275.html)

Il faut raisonnablement l’avouer : la décision de Benoît XVI, en février 2013, de renoncer au ministère pétrinien prit tout le monde de court et au premier chef les évêques. La majorité d’entre eux saluèrent l’humilité et le courage du pape allemand (hormis Mgr Minnerath de Dijon pour qui « être pape, c’est assumer jusqu’à la mort ») puis l’élection de François sur le siège de Pierre. Le pape argentin – sur le plan médiatique – rompait avec son prédécesseur tout en réaffirmant la ligne officielle sur laquelle il ne faudrait pas ou plus s’arcbouter ! Autant dire que l’épiscopat français cherche encore le nord sur sa boussole à l’heure où nous rédigeons ces lignes…
Car le nouveau pape refuse de ne parler que des questions sexuelles, du Sida, du préservatif… A ses yeux, le discours est connu de tous, à quoi bon toujours revenir dessus ? Les divorcés, les remariés, les filles-mères, et même – dans une certaine mesure – les homosexuels, François voudrait que l’Eglise cesse de les considérer comme des lépreux mais souhaiterait au contraire, si non procéder à quelques changements (d’où le Synode sur la Famille, voir ci-dessous), en tout cas, réfléchir à une nouvelle pastorale familiale ; de même que sur l’ordination presbytérale de viri probati, l’évêque de Rome semblerait renvoyer cette décision aux conférences épiscopales (le célibat n’étant pas un dogme mais une règle). Les évêques de France paraissent souvent comme désarçonnés par ces « nouveautés » bergogliennes. Certes, l’aile conciliaire se réjouit et attend beaucoup du nouveau pape quand les évêques conservateurs laissent entendre que dans les faits, cela continuera comme avant. Entre les deux, prudence et circonspection accueillent les paroles pontificales, on ne sait jamais…

Au Vatican même, on navigue à vue, deux lignes s’opposent de plus en plus frontalement : celle – conservatrice – défendue par le cardinal-préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Mgr Müller, le cardinal-secrétaire à l’Economie, Mgr Pell, qui modèrent régulièrement les ardeurs de François… ; et celle – plus ouverte, la ligne du cardinal Kasper – du cardinal-archevêque de Tegucigalpa, Mgr Rodríguez Maradiaga, du cardinal-préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, Mgr Braz de Aviz, qui encouragent souvent les audaces bergogliennes… Tous (hormis le cardinal Müller) sont membres du fameux « C9 » réunit autour du pape pour mener la réforme de la curie et gérer l’Eglise. Et tout ce beau monde « s’écharpe » dans les médias, semblant lancer des ballons d’essai, ce qui laisse penser que Rome ne sait plus non plus où elle habite… Le pouvoir romain, s’il semble affaibli par François, reste malgré tout redoutable…

Entre le Trombinoscope 2012 et ce Trombinoscope 2014, deux années donc sur lesquelles il nous faut revenir. Benoît XVI – jusqu’au dernier jour – a utilisé son pouvoir s’agissant des « rinunce e nomine » (comme le stipule l’intitulé des communiqués quasi-quotidiens de la salle de presse du Saint-Siège) ; François n’est pas resté inactif mais a semblé valider certaines décisions prises (en partie) sous le précédent pontificat. Et de s’affirmer petit-à-petit. On ne peut pas tout bousculer du jour au lendemain… Mais l’idée qu’il a de l’évêque est déjà en soi une rupture ; et si l’un d’entre eux est impliqué dans une affaire financière et/ou sexuelle, il tranche en « virant ». Plus question de protéger les mauvais prélats !

Autant dire que les prochaines années sont décisives et permettront de donner une couleur au pontificat bergoglien. Mais nous sommes encore loin des élans prophétiques des évêques des années 1950, 1960 et 1970, de leurs travaux théologiques et de leurs prises de position publiques. L’Eglise ne semble plus capable de donner au Peuple un cardinal Marty, un Mgr Riobé ou un Mgr Rouet. Le pasteur s’est mué en préfet, qui reçoit son lot quotidien de directives romaines et va rendre des comptes à la curie tous les cinq ans (lors des visites ad limina) comme un directeur régional présente sa gestion annuelle lors du conseil d’administration de son entreprise… Le pasteur s’est aussi mué en père Fouettard dans certains diocèses qui désespèrent de leur évêque, en rupture avec les orientations pastorales définies par leurs prédécesseurs et leur histoire propre. Souvent autoritaires, ils imposent et ne souffrent aucune discussion. Ils font appel à des prêtres venus d’ailleurs, qui s’insèrent plus ou moins bien mais cela ne se fait jamais aisément… Ils confient des paroisses à des fraternités traditionalistes, représentées par des curés ensoutanés qui défendent une vision mortifère de l’Eglise et qui croient plus aux actions charitables que solidaires… Avec le soutien de ces évêques en quête d’appuis dans leurs diocèses où le clergé autochtone se rebiffe. Nous l’avons vu avec Mgr Le Vert (Quimper et Léon) mais il faudrait évoquer aussi NN. SS. Castet (Luçon), Aillet (Bayonne), de Kérimel (Grenoble-Vienne), Le Saux (Le Mans), Jordy (Saint-Claude)… Des voix se font entendre avec plus ou moins de vigueur. Ces nominations imposées par idéologie et volonté de reprise en main s’avèrent désastreuses sur les plans humain et pastoral. Elles démontrent, s’il fallait s’en convaincre, la nécessité de la coresponsabilité en matière de nominations entre l’institution et le Peuple, comme cela se fait dans certains diocèses suisses et comme cela s’est fait dans la primitive Eglise !

Voici donc cette édition 2014-2015 du Trombinoscope des évêques. Chaque évêque a été scruté, quasiment ausculté, afin d’être le plus proche de la réalité, le plus proche de sa vérité, en toute liberté. Entretiens, lettres pastorales, communiqués…, nous avons tout lu, tout recoupé, tout vérifié. Parfois, nul besoin d’explications ou d’analyse fouillée : les propos parlent d’eux-mêmes pour ainsi dire et laissent entrevoir à quel type d’évêque nous avons affaire. De façon personnelle, nous sommes passés par tous les sentiments : joie, tristesse, désespoir, espérance… Certains évêques suscitent l’ironie, d’autres la reconnaissance ; certains sont à pleurer quand d’autres nous emportent par leur simplicité évangélique, la bienveillance de leurs propos, le témoignage d’Eglise qu’ils apportent à la société. Hélas, cette dernière catégorie ne court plus les cathédrales mais nous ne pouvons nous y résoudre. Tout arrive, même et surtout l’improbable. Qui aurait parié sur un concile en 1958 quand le pape Roncalli fut élu ? Personne. Qui aurait parié sur la démission de Benoît XVI et l’élection du cardinal Bergoglio, lequel semble vouloir jouer le rôle du metteur en scène de la collégialité version Vatican II ? Personne. C’est bien là le signe que l’Esprit, fougueux, agit à sa guise. Puisque « le vent souffle où il veut », n’en minimisons pas sa force. En attendant, s’il pouvait inspirer la grande majorité des évêques de France et les inciter à prendre des positions courageuses dans différents domaines, nous serions sans doute les plus heureux des chrétiens.
(Pour commander en ligne l’édition 2014-2015 : http://golias-editions.fr/article5275.html)

Une sentinelle au cœur de l’Eglise

Une nouvelle association de lutte contre les dérives sectaires au sein de l’Eglise catholique vient de voir le jour.

« Sentinelle » est une initiative d’anciens de l’ Avref (Aide aux Victimes des dérives de mouvements Religieux en Europe et à leurs Familles) sous la houlette de sa présidente Laurence Poujade. Lors de la conférence de presse de lancement, les membres de Sentinelle ont présenté un ouvrage recueillant le témoignage d’une femme victime de violences dans la communauté des sœurs de Saint-Jean. Les agissements de son fondateur, le père Marie-Dominique Philippe sont déjà bien connus des autorités ecclésiales. Bon vent à cette nouvelle sentinelle qui a du pain sur la planche.