Sélection

C’est un mot tabou dans le monde de l’enseignement, et d’ailleurs la sélection des bacheliers pour entrer à l’Université par exemple, exception faite pour la médecine, est interdite par la loi. Cependant certaines formations en licence très prisées (sciences politiques, éco-gestion, langues étrangères appliquées, arts du spectacle, information-communication, psychologie, etc.) doivent faire face à un afflux important de candidats. Aussi la solution qu’elles ont trouvée est l’admission par tirage au sort, que les juges ont décrété légale, puisque la sélection au mérite est prohibée (Source : Libération, 15/07/2014 : « Sélection : il y a du tirage à l’Université ».

On conviendra qu’il n’y a rien de plus injuste pour les candidats méritants que le tirage au sort : s’il leur est défavorable, les voilà pénalisés pour toute leur vie. Mais on doit évidemment se demander pourquoi on en est arrivé à une telle absurdité. Tout simplement parce que le système scolaire dans son ensemble récuse toute idée de mérite et de choix reposant sur lui, au nom d’une idéologie angélique et égalitaire, démagogue aussi, selon laquelle chacun doit pouvoir faire le seul type d’étude qui l’intéresse, indépendamment de sa propre capacité. On sait que la moitié des bacheliers est éliminée pour insuffisance de niveau à l’issue de la première année d’études à l’Université. Cela n’est pas étonnant, puisque le baccalauréat n’est plus qu’une formalité : 87,9 % d’admis lors de la dernière session (Source : Le Figaro Étudiant, 10/07/2014). Il est bien loin de valoir l’ancien Certificat d’études primaires, où faire cinq fautes dans une dictée était éliminatoire !
Les Anciens le disaient bien : Non omnia possumus omnes – Nous ne pouvons pas tous les mêmes choses. Bien sûr, il faut lutter contre les handicaps sociaux, qu’il faut réduire le plus possible. Mais, comme le disait Voltaire, « Ce n’est pas l’inégalité qui est un grand malheur, c’est la dépendance. » Une fois le déterminisme social réduit, il y a place pour tout le monde, et comme le dit le proverbe il n’y a pas de sot métier. Qui osera reconnaître qu’un plombier, une infirmière, sont plus utiles que tel docteur en sociologie ou en psychologie ? Dire le contraire, c’est flatter les jeunes et les tromper, et c’est ainsi qu’on arrive, en bout de course, à confier leur destin à la loterie d’un tirage au sort.

Mgr Marc Aillet : le croisé de Bayonne

« L’évêque ne doit pas être un manager ou partir en croisade pour mener les batailles de l’Eglise, mais un semeur humble et patient. » Nous qui éditons régulièrement le Trombinoscope des évêques de France (la prochaine édition sortira à l’automne prochain), nous trouvons cette définition du « bon évêque » plutôt juste. Elle fut énoncée en février dernier par François, « notre pape régnant », pour employer le langage de Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron (bien connu des lecteurs de « Golias »). Définition d’autant plus juste qu’elle éclaire d’une lumière crue l’épiscopat de Mgr Aillet, justement « évêque croisé », artificiellement « humble », faussement « patient », qui brutalement « mène les batailles de l’Eglise ». Enquête.

Mgr Aillet met son épiscopat au service d’idées qu’il fait passer pour bonnes et vraies, neuves et innovantes, mais qui, au vrai, sont reprises du passé et reconnues pour leur archaïsme ; des idées qui ont déjà été condamnées car non conformes à la Vérité comme à la Foi et mises à l’Index par l’Eglise en 1926 : celles de l’Action française, soit de l’idéologie maurassienne, de la droite extrême.

[découvrez l’ensemble de ce dossier dans Golias Magazine n° 157] – Pour commander ce numéro : envoyer un chèque bancaire ou postal 10,50 euros + 3 euros pour les frais de port, à l’ordre de Golias, à l’adresse suivante : Golias – BP 3045 – 69 605 Villeurbanne cx.

Souci

Je suis très attentif aux tics langagiers qui se répandent partout. Ainsi en est-il de l’expression « Pas de souci ! », que l’on entend maintenant à tout bout de champ, et qui supplante l’ancienne formule : « Pas de problème ! ». Je m’interroge donc sur le sens de cette substitution, sur ce qu’elle peut vouloir dire quant à l’état actuel de nos mœurs, dont le langage est un miroir.

Logiquement le problème vient avant le souci, et le cause. Dire donc « souci » à la place de « problème » est dire l’effet pour dire la cause. C’est une variante de ce qu’on appelle une métonymie (en grec : changement de nom) : on remplace une notion par une autre avec laquelle elle a un rapport de liaison, de contiguïté logiques. Ici la liaison est de causalité, le résultat (le souci) remplaçant le processus qui l’amène (le problème). Comme il y a plusieurs types de métonymies, et si on voulait être plus précis, on pourrait parler ici de métalepse (en grec : transposition), variante de métonymie consistant à dire précisément l’état final où l’on se trouve au lieu du facteur qui l’a déclenché. Ainsi on peut dire : « Nous le pleurons », au lieu de dire : « Il est mort ». – Sur le sens de ces figures je renvoie le lecteur à mon livre électronique Cours de stylistique en 99 leçons (Le Publieur, 2014).
La métalepse décrit un état émotionnel, et donc est très utilisée dans le discours littéraire, qui s’adresse principalement à la sensibilité. Giraudoux par exemple en était très friand. On voit bien que « Nous le pleurons » est sensible, tandis que « Il est mort » est conceptuel, notionnel, et donc touche moins. Mais en même temps aussi « Nous le pleurons » est euphémisant, évite de nommer directement ce qui cause les pleurs, et qu’il serait choquant de dire.
Eh bien ! il me semble qu’il en est de même pour notre « Pas de souci ! ». On s’adresse à la seule sensibilité, et on gomme le négatif de l’existence, qui pourtant est bien faite de « problèmes » ! Ces derniers, on ne veut pas les voir, ou y penser. C’est un trait des mœurs d’aujourd’hui. On cherche à être rassuré, consolé, et à éviter d’évoquer ce qui fâche. En quoi il y a mensonge. Évitement : et vite ment… Aussi faut-il me semble-t-il rappeler à nos contemporains que derrière le souci il y a un problème, que souvent il faut prendre à bras le corps, yeux ouverts, pour le résoudre !

évêques féminins : Rome
à l’épreuve de la méthode anglicane

« Une grande aventure commence, faite de renaissance et, en même temps, de désaccord. Notre défi sera de faire les comptes avec les divisions et de continuer à aimer ceux qui s’opposent à cette décision. Peu d’institutions y réussissent. » C’est par ces mots que Mgr Welby, archevêque de Canterbury, a salué la décision historique du synode général de la « Church of England » (composé des chambres des évêques, du clergé et des laïcs). Le 14 juillet dernier, réuni à York, le synode général s’est déclaré favorable à l’ordination épiscopale de femmes (351 voix pour, 72 contre, 10 abstentions), mettant ainsi un terme à dix années de débats internes souvent véhéments.

C’est fait ! Lors de leur « synode général », à York en Angleterre, les Anglicans ont voté pour que les femmes puissent devenir évêques, et nous nous en réjouissons ! Certes, les débats furent houleux et les opposants ont obtenu que les communautés puissent refuser d’être sous l’autorité épiscopale d’une femme. Mais c’est justement, peut-être, le point le plus important que l’archevêque de Cantorbéry, primat de la communion anglicane, a résumé en disant : « Nous montrons au monde comment notre Église est capable de vivre avec un certain degré de désaccord. »  C’est une belle leçon que nous offrent nos frères anglicans. Dans l’Eglise catholique, nous ne savons pas faire. Faut-il entendre les réactions plutôt apaisées des autorités catholiques comme un aveu de cette lacune ? Surtout si on les compare à celles qui ont suivi les premières ordinations de femmes prêtres, considérées par Jean Paul II comme un point noir dans le dialogue œcuménique !

L’Instrumentum Laboris du prochain Synode sur la famille tendrait à montrer le contraire, tant la doctrine traditionnelle y est réaffirmée sans que d’autres perspectives théologiques ou anthropologiques puissent trouvent une place légitime dans l’élaboration de la réflexion. Mais le dernier document de la Commission Théologique Internationale sur le « sens de la foi » des fidèles souligne le rôle de tout le peuple de Dieu dans le changement des doctrines. Rome se hâte lentement ! Rappelons l’image de l’exégète Michel Quesnel : l’Eglise est comme une porte avion qui ne peut faire demi-tour avec rapidité. Mais les avions, eux, peuvent aller explorer des terres inconnues. Encore faut-il qu’ils soient bien accueillis à leur retour…
La Parole de Dieu est toujours à interpréter et l’abandon de la circoncision, prescription pourtant divinement révélée, est l’exemple le plus frappant de la responsabilité humaine. La Tradition est en effet à situer dans le contexte de son élaboration et des situations nouvelles doivent engendrer de nouvelles lectures… et de nouvelles pratiques ! Toute la question est de savoir lesquelles sont en harmonie avec l’itinéraire du Christ. Et le vote anglais nous montre un modèle de discernement dans le dialogue dont les catholiques pourraient s’inspirer. Les partisans du oui et du non ont pu dire leur position et continuer à la tenir tandis qu’une pratique nouvelle naissait dans le respect des uns et des autres. Pour l’heure, nos évêques préfèrent « le déni » pour reprendre le titre d’un excellent livre qui analyse les relations entre les femmes et les hommes dans l’Eglise. D’aucuns objecteront qu’il y a du débat dans l’Eglise. C’est vrai mais le plus souvent à huis-clos comme si les pasteurs avaient oublié le caractère normatif de l’assemblée de Jérusalem qui, après avoir entendu Pierre, Paul et quelques autres disciples, décida de changer la Loi à observer ! Nous n’avons d’ailleurs aucune assemblée du type de celle qui vient de se tenir à York ! Et c’est bien dommage. Car ce « synode général » a permis de réaliser ce que voulait le primat de la communion anglicane qui a dit lors de son intronisation en mars 2013 : « Je veux que l’Eglise soit ce lieu où l’on puisse être en désaccord tout en s’aimant. » N’est-ce pas ce que l’on disait des premiers chrétiens : « voyez comme ils s’aiment ! »

Restaurants « L’Eau Vive » :
le service de table, la cuisine et… l’arrière cuisine

Le « Petit futé » nous fait découvrir cette chaîne de restaurants très prisés de la sphère catho… et des gastronomes : Mais attention, derrière la vitrine se cache une cuisine peu attrayante. Enquête.

Si le culte catholique a souvent perçu les dérives sectaires chez les autres, il a longtemps considéré que ce phénomène n’existait ni dans ses monastères, ni dans ses congrégations ni chez les communautés dites nouvelles. Parallèlement, le culte catholique appliquait à sa convenance les règles de Sécurité Sociale, s’abstenant d’affilier certains de ses membres, certaines collectivités et certaines périodes de vie religieuse, notamment au titre vieillesse, ce qui constitue en soi une dérive sectaire. Comme illustration de ces dérives possibles ou avérées, après d’autres – Béatitudes, Congrégation de Saint Jean, Opus Dei, « Famille missionnaire Donum Dei » très en cour dans de nombreux diocèses. Cette famille a une particularité : les restaurants « L’Eau Vive », dont le succès vient d’un service assuré bénévolement par des « sœurs » venant de différents continents, identifiables par leur maintien et leur tenue vestimentaire… En considérant leur mode de recrutement, la captation des revenus (article 20 du Directoire), l’infantilisation, les pressions en tout genre, les restrictions d’accès aux moyens de communication, la rupture des liens familiaux, l’absence de protection sociale etc., le livre noir des Travailleuses Missionnaires de l’Immaculée par un Collectif de Travailleuses des restaurants Eau Vive (http://pncds72.free.fr/320_eau_vive/320_1_eau_vive_avref.pdf) permet de dire que, chez les « Donum Dei », on est bien « servi » ! Le concept original de cet institut, son modèle religieux, peut-il être viable et faire signe ? La société civile, au terme de débats dont les autorités religieuses étaient parties prenantes, suggère des points de repère et d’attention qu’il appartient à chaque collectivité religieuse de méditer et de mettre en pratique. Les instances du culte catholique (diocèses, congrégations, fédération des instituts séculiers) doivent sortir d’une propension un peu trop facile à méconnaître les points de vue de leurs membres, des familles, de ceux qui demandent à partir, de ceux qui sont partis, des praticiens des sciences humaines et sociales. La communauté chrétienne et les clients de ces restaurants bien typés, devraient être un peu plus attentifs à ce qui se passe dans la cuisine et l’arrière cuisine… Jean DoussalDécouvrez l’ensemble de notre dossier dans Golias Hebdo n° 346 : http://golias-editions.fr/article5249.html