1er et 2 juin 2014 : Rencontre du pape avec le Renouveau charismatique

Le Pape François a annoncé sa présence(1), les 1er et 2 juin prochains, au 37ème congrès national du Renouveau charismatique italien (RnS) qui aura lieu au stade olympique de Rome. Evénement sans précédent dans l’histoire du Renouveau! On prévoit la présence de 50 000 fidèles, venant d’Italie mais aussi d’autres pays et pas forcément membres du Renouveau charismatique. Des personnalités émanant tant du Saint-Siège que du Renouveau ont répondu à l’invitation. Le choix de Rome n’est pas anodin: pour Salvatore Martinez, président du RnS, il veut souligner la proximité du Renouveau avec le pape dans la ligne de son discours programme, l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium.

Le président du RnS a commenté l’événement en disant : « La nouvelle de la présence du Saint-Père au Congrès du Renouveau suscite en moi le sentiment de reconnaissance et d’amour d’un fils observant les attentions, l’affection, la force, la liberté de son père. A l’occasion de mon audience privée avec le pape François, le 9 septembre, considérant les activités du Mouvement nous avions parlé de notre Congrès. Le pape était informé et avait manifesté sa volonté d’y participer. ». C’est «avec profonde humilité que nous voulons réaliser les désirs du cœur du pape en vue d’une nouvelle évangélisation, au service de nos Églises locales et pour une présence nouvelle des chrétiens dans le monde. Du reste, ce Congrès tombera avant la Pentecôte, si bien que notre désir est de transformer le Stade olympique en un grand ‟Cénacle à ciel ouvertˮ pour invoquer une nouvelle effusion de l’Esprit. Nous nous préparons donc à cet événement spécial de grâce, où nous donnerons une grande importance aux malades, aux pauvres, aux jeunes, aux familles, les invitant tous à participer».

Tout est dit: des non charismatiques sont impliqués dans le programme d’évangélisation des charismatiques, le Renouveau assure être dans la droite ligne des directives données par le Pape et lui manifeste un soutien inconditionnel, le congrès est comparé à un Cénacle… comme le Concile Vatican II. Nous essayerons de décrypter tout cela, mais il nous faut commencer par présenter les personnalités invitées.

Alliance Vatican – Renouveau

Les personnalités invitées sont issues du Saint-Siège et du Renouveau, comme nous l’avons dit.

Représentants du Saint-Siège

Le Pape François est connu pour ses relations avec les évangéliques comme nous le verrons plus loin. Il a accompagné le Renouveau en Argentine comme référent de l’Épiscopat.
Le Cardinal Angelo Comastri est présenté comme le grand vicaire du pape pour la cité du Vatican. Il est proche du Renouveau charismatique. En 2011, il a participé à la trente-quatrième Convocation nationale du Renouveau charismatique italien.
Le Cardinal Agostino Vallini est vicaire du pape pour le diocèse de Rome, diocèse qui accueille le congrès.
Le Cardinal Rylko, Président du Conseil Pontifical pour les laïcs (CPL), est le grand protecteur du Renouveau au Vatican ; il a collaboré aux colloques du Renouveau charismatiques organisés par l’ICCRS et le CFCCCF: en 2001 sur la prière de guérison, en 2008 sur les charismes, et en 2011 sur le baptême dans l’Esprit. Il cautionne l’enseignement de Henri Lemay sur la guérison, entre autres la formation à la guérison de l’homosexualité.

Représentants du Renouveau charismatique

Trois invités sont des témoins des commencements du Renouveau charismatique.
Ralph Martin (USA) a participé en 1967, au week-end de Duquesne qui marqua le début du Renouveau charismatique dans l’Eglise catholique. Il est un des fondateurs de la première grande communauté de vie fondée en 1968 à Ann Arbor. Il a fait parti de l’ICO puis de l’CCRO — devenu l’ICCRS — de 1974 à 1985 et en a occupé pendant plusieurs années la présidence. Investi d’un ministère de prédication, il travaille à l’avènement d’une nouvelle Pentecôte sur le monde entier. Il est consulteur au Conseil Pontifical pour la Nouvelle Evangélisation.

Patty Gallagher Mansfield (USA) est spécialisée dans le ministère d’intercession. Elle a participé elle aussi au Week-end de Duquesne. Elle donne des retraites pour les laïcs et des prêtres partout dans le monde. Proche de Jean-Paul II, elle et son mari ont reçu la médaille papale, Pro Ecclesia et Pontifice (pour l’Eglise et le Pape).
La présence du P. Cantalamessa était incontournable. Il se présente partout comme prédicateur de la maison pontificale mais il est en fait l’ «Ambassadeur» du Renouveau dans le monde. En 1977, à Kansas City, les Pentecôtistes ont «transformé» ce capucin très cultivé et polyglotte: il travaille depuis à leur service pour l’unité Pentecôtistes-Catholiques. Le P. Cantalamessa participe de longue date aux activités de l’ICCRS. Avec son charme engageant, il entraîne les catholiques, évêques et prêtres en tête, à recevoir l’Esprit, préparant ainsi l’Eglise du Saint-Esprit, mondiale et trans-confessionnelle, qui devrait absorber l’Eglise catholique.

D’autres invités occupent actuellement une charge importante dans le Renouveau.
Tout d’abord Michelle Moran, présidente de l’ICCRS2. Avec son mari, ils ont fondé la Communauté catholique de Sion pour l’évangélisation. En 2007, elle a été nommée par le Pape Benoît XVI membre du CPL.
Salvatore Martinez (Italie), Président de la RnS, est Consulteur du Conseil Pontifical pour les laïcs et du Conseil Pontifical pour la famille.
Gilberto Gomes Barbosa (Brésil) est Président de la CFCCCF3, fondée en 1990 par le Conseil Pontifical pour les laïcs; elle a pour mission de répondre aux nouvelles communautés catholiques charismatiques et d’Alliance.

Deux autres invités sont célèbres dans le Renouveau pour leur ministère de guérison: sr Briege McKenna et le P. Kevin Scallon, lazariste, Irlandais. En 1976, le P. Kevin a fondé «L’intercession pour les prêtres». Sr Briege, miraculeusement guérie à 24 ans, reçut le don de guérison, et en 1974, elle a senti l’appel à exercer ce ministère auprès des prêtres; depuis 1985 elle collabore avec le P. Kevin.

Le Renouveau et Evangelii gaudium

Le congrès se veut dans la ligne de la récente encyclique du Pape. Le président du RnS multiplie les références à Evangelii gaudium. Il désire répondre «au souhait du pape François de mettre l’Église ‟au départˮ missionnaire pour témoigner de la joie de l’Évangile»; le thème choisi ne laisse aucun doute sur l’intention: « Repens-toi! Crois-moi! Recevez le Saint-Esprit – une Église ‟dans le jeu missionnaire.» Il s’agit d’un « grand événement de prière et d’évangélisation ». Le RC veut soutenir le Saint-Père dans son travail de «renouveau ecclésial […] sur la base des lignes directrices exprimées dans l’exhortation Evangelii Gaudium.» S. Martinez résume les grandes lignes de ce discours programme : « La joie de l’expérience de Jésus vivant, la beauté de la prière d’adoration, d’intercession et de louanges, le primat de la grâce dans le peuple de Dieu, la force spirituelle qui se dégage de l’annonce kérygmatique.» Pour lui, «tous ces éléments structurent la marche du Renouveau dans l’Esprit depuis plus de 45 ans». Il conclut: « Nous voulons devenir encore plus, une réalisation des désirs du cœur du pape en vue d’une nouvelle évangélisation.» Il mentionne encore l’importance qui sera donnée aux malades, aux pauvres, etc.
Il est clair que le Renouveau charismatique se présente comme le fer de lance du renouveau de l’Église par la nouvelle évangélisation que désire le Pape: expérience de Jésus, annonce kérygmatique, adoration, intercession, louange, soucis des pauvres, etc. Mais une chose leur a échappé: le Pape se veut dans la ligne du Poverello d’Assise.

Déjà en juin 2013, il avait rappelé que « l’annonce de l’Évangile doit passer par la voie de la pauvreté, par le témoignage de cette pauvreté. Et il s’agit d’une pauvreté qui nous empêche de devenir des organisateurs, des hommes d’affaires (4). » Une phrase le rappelle dans l’encyclique : « Une Eglise pauvre pour les pauvres (5)». Comment se fait-il que S. Martinez ne mentionne pas la pauvreté comme fondement même de l’évangélisation, alors qu’il prétend correspondre à la volonté du Pape ?

Les faits montrent que le Renouveau en a été dispensé. Lors de son voyage au Brésil, le Pape avait rappelé que les Évangéliques ne cessent de croître, soutenue par l’utilisation habile de la télévision et les réseaux sociaux et un vaste réseau de temples (6) . Cela suppose d’immenses moyens financiers. Les promoteurs de la nouvelle évangélisation l’ont bien compris en fondant Aletheia , «Fondation pour l’évangélisation par les médias» (FEM). Cet objectif consiste, à travers une « confédération d’initiatives », à « évangéliser le monde digital ». Celui-ci, en effet, selon les promoteurs d’ Aleteia , fait actuellement la part belle aux initiatives évangéliques ou islamistes, au détriment des productions catholiques. Sa première rencontre internationale s’est tenue au Vatican en 2012.(7).

L’Alliance entre Aletheia , le Renouveau charismatique , le Vatican et des puissances financières ne laisse aucun doute. Les Conseils pontificaux pour les communications sociales (Mgr Celli) et la nouvelle évangélisation (Mgr Fisichella) sont aux côtés de la FEM et expriment leur «bienveillance». Le cardinal Barbarin, Mgr Rey, Mgr Léonard, le P. Fabre, fondateur de la communauté du Chemin-Neuf, soutiennent le projet. Parmi les cofondateurs figurent O. Bonnassies et P.-M. Morel, membre de l’Emmanuel. Les Béatitudes en sont aussi partie prenante. Le monde financier est impliqué dans le projet qui, à terme, doit donner naissance à une télévision catholique numérique mondiale dotée d’un milliard d’euros. Des entreprises et institutions financières ont investi dans le lancement(8). La participation du Salon beige ne peut laisser ignorer que des options politiques sont liées à la nouvelle évangélisation. Comme le disait un mystérieux cardinal à propos de nouvelles communautés: « Leur point commun est une fidélité proclamée au pape […]. Leur but proclamé est la nouvelle évangélisation, leur intention plus discrète est de peser dans l’Église et la société où ils se trouvent. À côté de leur agenda religieux coexiste un agenda politique déterminé» (9). L’exemple d’ Aletheia montre clairement qu’évangéliser dans la pauvreté demande beaucoup d’argent…

Jean-Paul II a eu besoin de l’argent de l’IOR pour financer la chute du communisme. Le Pape François a aussi besoin d’argent pour freiner l’avancée des évangéliques qui ont d’énormes moyens financiers à leur disposition. Mis dans l’obligation de clarifier les finances du Saint-Siège, il s’appuie sur le Renouveau charismatique…

François, Pape d’une «Eglise» Pentecôtiste ?

Nous venons de voir qu’ Alethia est voulue pour contrebalancer l’influence des évangéliques, enjeu au cœur de la nouvelle évangélisation. Pourtant dans le paragraphe d’Evangelii gaudium consacré à l’œcuménisme, le pape n’en dit pas un mot. Le Vatican compte pour cela sur le Pentecôtisme catholique.
Le Renouveau, par ses origines, est en effet directement lié à la deuxième vague du Pentecôtisme, apparue à l’intérieur des Églises traditionnelles, dont l’Église catholique. J.-P. Willaime en a dégagé les caractéristiques: «L’expérience émotionnelle de la présence divine et de son efficacité à travers la glossolalie, la guérison, la prophétie, la référence privilégiée à la Bible et le caractère professant du groupement religieux, c’est-à-dire le type de la Church qui n’admet comme membres que les convertis et attend de chacun qu’il soit un évangélisateur, nous paraissent les trois éléments fondamentaux de cette expression du christianisme que constitue le pentecôtisme. Chacun de ces trois composants pris isolément n’est pas caractéristique du pentecôtisme; ce qui lui est spécifique c’est leur combinaison; si ces trois éléments sont présents, il nous semble légitime de parler de pentecôtisme. (10) »

Or ces trois composantes sont inclues dans le programme du congrès de Rome. Le thème allie une parole de l’Écriture: «Convertissez-vous ! Croyez ! Recevez l’Esprit Saint !» (cf. Ac 2,38-40) à une phrase de l’encyclique du Pape: «Une Église dans ‟le jeu missionnaire», liant ainsi conversion et évangélisation en s’appuyant sur l’Écriture. La participation de deux ministres de la guérison garantit qu’une place sera faite à l’expérience émotionnelle de la présence divine et de son efficacité.

Le thème mérite une réflexion approfondie car Ac 2,38-40 résume en quelque sorte la doctrine de l’effusion de l’Esprit, alias baptême dans l’Esprit, des Pentecôtistes: «Le baptême du Saint-Esprit est une expérience distincte [du baptême d’eau] que toute personne croyant en Jésus et repentant peut recevoir.(11)» Le P. Cantalamessa a mis en place une interprétation théologique du baptême dans l’Esprit qui va dans le même sens (12). Il explique qu’une grâce est donnée par le baptême dans l’Esprit. «Son efficacité à réactiver le Baptême repose sur la ‟partˮ de l’homme. Il fait alors un choix de foi, préparé dans la repentance, ce qui permet à Dieu de travailler librement et de communiquer toute sa force. […] Le Don de Dieu est finalement ‟désentravéˮ et l’Esprit peut se répandre comme un parfum, dans la vie chrétienne.» Nous trouvons la repentance, autrement dit la conversion, la foi consciemment mise en œuvre, et la libération de l’Esprit entravé par la tiédeur. Comme il s’agit de la réactivation de la grâce du baptême reçu dans la petite enfance, cela suppose qu’il y a eu effusion de l’Esprit au baptême. Or ceci n’est pas conforme à la foi catholique: le don de l’Esprit, la participation à l’Esprit envoyé sur les apôtres le jour de la Pentecôte, est lié à la confirmation et non au baptême (13). Le Compendium de l’Église catholique explique que l’effusion de l’Esprit n’est pas un effet du baptême (n° 263), mais de la confirmation (n° 268): «L’effet de la confirmation est l’effusion particulière de l’Esprit Saint, comme à la Pentecôte» (cf. CEC 1303). Or pour le P. Cantalamessa, l’effet de la confirmation est simplement de développer, confirmer et accomplir le travail du baptême. Les confirmés «se sentent appelés à coopérer à la construction de l’Église, à se mettre à son service.» L’effusion de l’Esprit de la confirmation est passée sous silence; par contre, dit-il, «une chose est certaine: ce ne sont pas les frères qui communiquent le Saint-Esprit, mais ils invoquent le Saint-Esprit sur leur frère. Le Saint-Esprit ne peut être donné par aucun homme, pas même le pape ou un évêque, parce qu’aucun homme possède en lui-même le Saint-Esprit. Seul Jésus peut donner le Saint-Esprit: tous les autres ne possèdent pas le Saint-Esprit, mais sont possédés par Lui.» Or pour un catholique, il n’y a pas d’effusion de l’Esprit en dehors de la liturgie. Le P. Cantalamessa passe complètement sous silence l’économie sacramentelle de la foi catholique (14) : «Durant ce temps de l’Église, le Christ vit et agit désormais dans son Église et avec elle d’une manière nouvelle, propre à ce temps nouveau. Il agit par les sacrements» (CEC 1076) (15)

Comment douter que le Pape François n’ait perçu la portée du thème ? on peut conclure que, par sa présence, l’ecclésiologie pentecôtiste sera reconnue comme une option possible à laquelle tous sont chaleureusement invités à se rallier en vue d’une évangélisation efficace.

Si le thème a une profonde signification, la date aussi. Le rassemblement tombe pendant la neuvaine préparatoire à la Pentecôte. Le stade olympique de Rome est donc comparé à un grand cénacle en plein air d’où sera appelé une nouvelle effusion de l’Esprit. Est-ce une allusion au concile que Jean XXIII, lors de son ouverture a comparé à un cénacle: «Aujourd’hui l’Église, […] comme d’un second Cénacle, peut faire entendre par vous sa voix pleine de majesté et de gravité.» Mais, pour un catholique, le véritable cénacle où se produit l’effusion de l’Esprit, est l’assemblée eucharistique, comme le rappelle la liturgie de saint Jean Chrysostome: «Seigneur, qui à la troisième heure as envoyé ton Esprit Saint sur les apôtres, ne le retire pas de nous, ô plein de bonté, et renouvelle nos âmes, nous qui t’implorons. Envoie ton Esprit Saint sur nous et sur les dons ici présents.» Est-ce un hasard si l’eucharistie n’est pas indiquée comme le sommet où tous recevront l’effusion de l’Esprit en réalité, sacramentellement ?

L’enjeu du rassemblement?

Le défi lancé à l’Église catholique par la croissance des Églises évangéliques est bien un défi à relever par le Pape François. Le Renouveau est un atout car ses membres professent la même doctrine que les Pentecôtistes, baptême dans l’Esprit, des ministères auto-proclamés de guérison, de délivrance, d’intercession, non validés par l’Eglise catholique et faisant fi des normes mises en place par Benoît XVI. L’apport financier du Renouveau n’est pas non plus à dédaigner. Mais il est clair que la doctrine catholique bradée est le prix à payer pour la nouvelle évangélisation.
Pour approfondir toutes ces questions, nous vous invitons à lire le livre qui est sous presses aux éditions Golias : Le Renouveau, une Église dans l’Église ? à paraître à la mi-juin…

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Notes

1. http://www.microsofttranslator.com/BV.aspx?ref=IE8Activity&a=http%3A%2F%2Fwww.comshalom.org%2Fpapa-se-encontrara-com-renovacao-carismatica%2F

2.Services du Renouveau charismatique catholique International dont le siège est au Vatican.

3. Fraternité catholique des communautés d’Alliance charismatique et bourses dont le siège est à Bari.

4. L’Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n° 25 du 20 juin 2013.

5. EG n° 198. Il avait déjà dit le 16 mars 2013: «Il existe un lien profond entre pauvreté et évangélisation. […] Le Seigneur désire une Église pauvre et qui évangélise les pauvres.» http://seletlumieretv.org/blogue/jmj/message-du-pape-francois-pour-la-29eme-journee-mondiale-de-la-jeunesse

6. http://jesusrevientbientot.com/le-pape-francois-demande-catholiques-reconquerir-les-evangeliques/

7.http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/La-Fondation-pour-l-evangelisation-par-les-medias-prend-son-envol-a-Rome-_NP_-2012-01-23-761080

8. http://www.romandie.com/news/archives/_Aleteia_un_reseau_internet_catholique_voit_le_jour_pour_soutenir_l_Eglise96200920121241.asp

9. Olivier Le Gendre, Confession d’un cardinal, JC Lattès, 2007,, p. 269; http://www.aletheia.free.fr/-/2007/aletheia117.htm

10.  S.Exc. Mgr. Michael E. Putney Évêque de Townsville, Commentaire du rapport «Devenir chrétien: Perspectives tirées des Ecritures et des Ecrits patristiques. Quelques réflexions actuelles.» [Rapport de la cinquième phase du Dialogue international entre des Églises et des responsables pentecôtistes classiques et l’Église catholique (1998-2006)].

11. http://eglisedeliege.be/

12. http://www.fraternite-pentecote.cef.fr/spip.php?article96

13. Comme les deux sacrements étaient liés à l’époque patristique, lorsque les Pères parlent du baptême, ils renvoient le plus souvent au baptême ET à la confirmation.
14. http://fr.calameo.com/read/0000952775376e2329fd7

15. http://www.maria-valtorta.org/Ressources/1066-1112.htm

Déconstruction

On reparle beaucoup actuellement de Jean-Luc Godard, à propos de son film Adieu au langage, présenté cette année à Cannes. Je ne sais ce que vaut ce film, dont le titre d’ailleurs est magnifique, mais je ne suis pas du tout un admirateur fanatique de ce cinéaste. Je pense en effet qu’il faut un crédit minimal et une confiance naturelle accordés aux pouvoirs propres de l’expression dont on se sert (et sans doute aussi, pourquoi pas, une certaine naïveté), pour faire une véritable œuvre. Or, de façon certes très intelligente, notre « créateur » a dynamité tous les moyens d’expression de tout temps utilisés par l’art, pour en montrer le total artifice. Persuadé qu’ils ne reposaient précisément que sur le crédit qu’on leur accordait, il n’a eu de cesse, tout au long de chacun de ses films, de les fragiliser.

Certes il n’est pas le premier à avoir entrepris une telle œuvre de démolition. Déjà Diderot a déconstruit la narration romanesque, en en montrant la totale gratuité, au début de Jacques le fataliste. Et au siècle dernier Marcel Duchamp, puis ses épigones si nombreux, ont fait le même travail de destruction avec les arts plastiques, vérifiant ce que Hegel dans son Esthétique prédisait en annonçant la mort de l’art. L’œuvre moderne n’en est plus une à cause de ce que le philosophe appelle la « structuration ironique », c’est-à-dire le manque d’implication, de confiance spontanée du créateur dans son propre langage.
Ainsi, à la magie traditionnelle du « Il était une fois », qui opérait naturellement et emportait naguère l’adhésion, succèdent aujourd’hui balbutiements et hésitations. Les films de Godard sont un feu d’artifice de blagues de potache, d’étudiants attardés lecteurs de l’Almanach Vermot. Ainsi la réplique culte (!) de Brigitte Bardot à Jack Palance dans Le Mépris : « Monte dans ton Alpha, Roméo ! » Ce film énormément surfait, où la prise de son est défectueuse au point qu’on n’entend pas les paroles submergées par la tonitruante musique de Georges Delerue, et que pour cette raison même un honnête artisan renierait, passe encore pour un chef-d’œuvre.
Au fond, que gagne-t-on à déconstruire systématiquement un héritage ? Ne vaut-il pas mieux peindre la Joconde que de lui faire des moustaches, comme l’a fait Duchamp ? Le carrosse doit-il toujours se retransformer en citrouille ? Peut-on habiter un champ de ruines ?

Les papes … Benoît XIII ? (Pedro Martinez de Luna) 1394 – 1423

Qui connaît aujourd’hui l’histoire peu commune
De cet Aragonais nommé Pierre de Lune,
(En espagnol : Pedro Martinez de Luna)

Obligé de quitter le palais d’Avignon,
Où d’aucuns l’appelaient cardinal d’Aragon,
Pour s’installer dans celui de Peniscola* ?
C’était à l’époque du schisme d’Occident

Où deux papes voulaient régner en même temps,
L’un, Benoît Treize, anciennement Pierre de Lune,
L’autre, Boniface Neuf qui siégeait à Rome
Et qui bénéficiait d’une audience opportune.
Peniscola devint alors un oppidum.

Soutenu par quelques évêques,
Par quatre cardinaux et des moines copistes
Acharnés au travail dans leur bibliothèque,
Sans oublier un fort contingent de lampistes,
L’exilé résista pendant dix-neuf années,
Certain d’être le seul pontife légitime
Avant d’être perfidement abandonné
Par son ami intime,
Vincent Ferrier, son confesseur,
Qui fut aussi un célèbre prédicateur.
Usé, Benoît mourut à quatre-vingt quinze ans,
En martyr pour certains, pour d’autres en faisan.

Ce Benoît-là, selon les pères connaisseurs,
Fut un antipape. Trois cent trente ans plus tard,
Ressurgit Benoît* Treize. Etait-ce un avatar 
Pâle reflet de son lointain prédécesseur ?
On ne retient de lui qu’il fut mal inspiré
Au moment de choisir son collaborateur :
Le cardinal Coscia, réputé magouilleur.
Et déconsidéré.
La papauté est loin d’être une sinécure,
On la quitte incompris, vénéré ou obscur
Et parfois
Malgré soi.

… et leur époque
1395 A Nicopolis, ville bulgare sur le Danube, déroute des chrétiens commandés par Sigismond, roi de
Hongrie.
1399 Le maréchal de France Boucicaut contraint les Turcs à
lever le siège de Constantinople.
1400 Naissance de Gutenberg
et de Fra Angelico.
1404 Mort de Philippe II le Hardi, duc de Bourgogne.
Naissance de Gilles de Rais qui sera identifié à Barbe-Bleue.
1409 Concile de Pise qui dépose Grégoire XII à Rome et Benoît XIII en Avignon pour élire Alexandre Vqui sera jugé illégitime.
1414-1418 Concile de Constance qui mit fin au grand schisme d’Occident avec l’élection du pape Martin V en 1417.
1415 Défaite de l’armée française àAzincourt.
1417 Henri V, roi d’Angleterre s’empare de la Normandie.
1419 Assassinat à Montereau de Jean sans Peur par un proche du
dauphin Charles futur Charles VII.
1422 Mort de Charles VI et avènement de Charles VII.
1423 Naissance de Louis XI.
Vaincu par les Anglais et leurs alliés les Bourguignons,
Charles VII se replie à Bourges.
1428 Jeanne d’Arc se rend à Vaucouleurs pour rencontrer Robert
de Baudricourt, gouverneur du roi.
1429 Jeanne d’Arc délivre Orléans.

Peniscola


C’est une presqu’île rocheuse au nord de la Communauté valencienne en Espagne.
Son château se situe au point le plus élevé du rocher, à 64 m au-dessus du niveau de la mer. Construit par les Chevaliers du Temple sur les restes d’une ancienne casbah arabe, il a été aménagé par Benoît XIII pour en faire une résidence papale.

Les papes prénommés Benoît (Hormis Benoît XVI, Cf. Pavé insolent)

Ceux dont l’Histoire n’a retenu que leurs dates de pontificat
Benoît Ier (575-579)
Benoît II (684-685)
Benoît IV (900-903)

Ceux qui ont appartenu au clan Tusculum
Benoît VIII (1012-1024)
Benoît IX  de 1032 (il avait 20 ans) à 1044, puis du 10 mars au 1er mai 1045 et du 8 nov. 1047 au 16 juil. 1048. Il utilisa la force et l’argent pour se
maintenir au pouvoir. Il fut excommunié.
Benoît X (1058-1059), antipape.

Ceux qui ont été déclarés antipapes
Benoît X, cité plus haut
Benoît XIII (Cf. poème ci-dessus)
Benoît XIV (1425-1430) élu à Peniscola

Ceux qui ont été assassinés
Benoît VI, étranglé en 974.
Benoît XI, empoisonné en 1304.

Ceux qui ont eu affaire à des empereurs germains  
Benoît III (855-858) élu malgré l’opposition de Lothaire II et de Louis II le Jeune.
Benoît V, dit Grammaticus,  (964-965) déposé et arrêté par Othon Ier au profit de Léon VIII.
Benoît VI (972-973) qui, à la suite de la mort d’Otton Ier, son protecteur, fut interné par l’antipape Boniface VII et mourut étranglé en 974.
Benoît VII (974-983), du clan Tusculum ; il excommunia l’antipape Boniface VII et, avec l’appui d’Otton II, calma l’agitation féodale.
Benoît VIII (1012-1024) qui eut l’appui de l’empereur Henri II.

Ceux dont l’Histoire a reconnu des actions positives  
Benoît XI (1303-1304). Il réconcilia la papauté avec Philippe le Bel, amnistia deux frères Colonna impliqués dans l’attentat d’Anagni. Il quitta Rome pour s’établir à Pérouse où il mourut, empoisonné.
Benoît XII (1334 -1342). Après avoir fait démolir le palais épiscopal d’Avignon, il fit construire sur son emplacement une forteresse, selon ses goûts sobres d’ancien moine. Il s’opposa au népotisme.
Benoît XIII (1724-1730). Dominicain austère et humble, il interdit aux prêtres de se
prosterner devant lui mais il subit l’influence du peu scrupuleux cardinal Niccolo Coscia.
Benoît XIV (1740-1758). Il fut le pape de la conciliation. Il promut l’enseignement des sciences historiques et naturelles dans un sens libéral : il fit accorder l’imprimatur aux œuvres de Galilée.
Benoît XV (1914-1922) Il fit preuve d’une grande activité humanitaire et diplomatique mais avec un sens de la neutralité contesté par certains. (Cf. plus loin, le poème qui lui est consacré).

Pavé insolent
Dialogue entre Michel et Gabriel

à propos de Benoît XVI
M «  Benoît XVI a dit qu’il avait choisi son prénom en souvenir d’abord de Benoît XV qui a guidé l’Église durant la Première Guerre mondiale, ensuite de Benoît de Nursie (480-547) fondateur de l’ordre des bénédictins.
G – Mais peut-être aussi en l’honneur du 16 avril, jour de sa naissance qui est aussi la fête de St. Benoît.
M – Peut-être ! Mais ce qui me chiffonne, c’est qu’il n’ait pas tenu compte, d’une part des casseroles qui traînent aux basques de Benoît IX et, d’autre part, des trois antipapes qui portent le même prénom !
G – Cela confirme ce que tous les deux on pense des inconditionnels de la Tradition. Pour eux, elle est la somme exclusive de toutes les contributions qu’ils jugent positives venues des conciles, des papes, des dogmes et, parallèlement, l’omission volontaire et hypocrite des cruautés perpétrées durant les Croisades, des ravages de l’Inquisition, de la condamnation de Galilée, de la vie de débauches de certains papes du népotisme et de la simonie, de l’antisémitisme de plusieurs papes
M – … et la liste n’est pas close. Mais que penses-tu de sa référence à Benoît de Nursie* ?
G – Il devrait s’inspirer de sa sobriété vestimentaire. D’autre part, c’est fort louable pour un théologien d’être à la recherche de Dieu dans la vie quotidienne à condition de prendre en compte les réalités terrestres auxquelles ses contemporains sont confrontés.
M – Je crois qu’il est en train d’évoluer. Il est prêt, paraît-il, à permettre à des divorcés remariés de communier.
G – Eh bien, formons des vœux ! »

* La Nursie se trouve en Italie centrale.

Récupération

Il arrive très souvent qu’un message, une œuvre soient récupérés, c’est-à-dire vantés et promus par ceux-là mêmes qu’ils veulent mettre en garde ou dénoncer. Ainsi Le Mariage de Figaro, de Beaumarchais, attaquant la noblesse et les privilèges de ce qui devait devenir chez nous l’Ancien Régime, a été applaudi par ceux mêmes que la pièce critiquait. Ou récemment, certains humoristes, comme Desproges ou Coluche, ont pu devoir une grande partie de leur succès aux applaudissements de ceux qu’ils attaquaient.

Comment comprendre ce paradoxe ? Incompréhension du message, fascination masochiste pour l’autodestruction ? Je ne sais. En tout cas le phénomène vient encore de se produire. Un jeune britannique de 25 ans est en train de créer un buzz fantastique sur Internet grâce à une vidéo qui précisément attaque Internet et les internautes fanatiques des réseaux sociaux. Intitulé Look up ! (« Lève les yeux ! »), le petit film appelle la jeunesse à se rencontrer physiquement, et non pas à se contenter d’« échanger » sur les réseaux sociaux, pseudo-échange puisque se faisant de façon seulement virtuelle, sans aucun contact avec la réalité. Selon ce clip, « toute cette technologie n’est qu’une illusion, et nous sommes esclaves de nos outils. » (Source : Orange Actus, 12/05/2014)
C’est un fait que les réseaux sociaux, à l’inverse de leur intitulé et de leur prétention, ne font en réalité que désocialiser. Tel internaute raconte sa vie et se met à nu sans aucune pudeur sur Internet, et ne parle pas à son voisin de palier ou à la caissière de son magasin. Des ados se parlent par SMS alors qu’ils sont à quelques mètres l’un de l’autre, etc. Il est donc salutaire de tirer ici la sonnette d’alarme, comme l’a fait notre jeune homme. Cependant je ne sais si les internautes qui lui font fête vont vraiment s’amender et rentrer dans la vraie vie en abandonnant leurs écrans, ou bien si au contraire ce buzz ne va pas se fondre dans la grande masse des autres buzz, qui, comme un soufflé qui retombe, disparaissent sitôt que produits, en attendant le prochain. Dans ce cas-là, le message d’alarme n’aura servi à rien, puisque récupéré pour alimenter très provisoirement ce qu’il voulait dénoncer.

Monsato recalé pour l’heure

Le Sénat a confirmé le vote de l’Assemblée nationale en votant l’interdiction de culture du maïs transgénique sur le sol français inscrit dans une proposition de loi socialiste.

L’UMP et une majorité de centristes ont voté contre cette loi. Au mois de mars déjà, le ministère de l’Agriculture avait pris un arrêté pour interdire la culture du maïs Mon80 de la firme Monsanto confirmé par le conseil d’Etat malgré une plainte de la firme américaine. Une dynamique intéressante impulsée par le gouvernement en place mais qui sera bien efficace dans les années à venir si le traité de libre-échange transatlantique voie le jour et défendu, entre autres, par ce même gouvernement…

Mgr Balduino : l’Adieu d’un grand homme

L’Eglise brésilienne est orpheline depuis peu de Mgr Tomas Balduino, décédé à l’âge de 91 ans, un évêque hors pair.

Parfois comparé à de grandes figures telles Bartolomé de Las Casas ou son prédécesseur Antonio de Montesino, Mgr Balduino a fait de sa vie une lutte sans failles aux côtés des populations rurales et indigènes de son pays. Il avait également travaillé à la défense des personnes victimes de la dictature (1964-1985). Un vrai bâtisseur de la Théologie de la libération qui n’a pas cédé face aux intimidations des grands propriétaires terriens et qui dans ses dernières heures de vie, allongé sur son lit d’hôpital, demandait encore à être informé sur les luttes paysannes et indigènes en cours.