La philosophe Fabienne Brugère évincée par l’épiscopat, sous la pression des ultra-conservateurs

« Il n’y a pas d’affaire mais une erreur de casting. Cette universitaire n’a pas sa place dans un temps de formation. » Ainsi s’est exprimé le père Denis Metzinger, responsable de la Pastorale familiale pour le diocèse de Paris. L’universitaire malvenue, c’est Fabienne Brugère, philosophe bordelaise, qui devait aider les responsables diocésains de la Pastorale familiale à réfléchir sur le soin à l’autre. Mais cette philosophe n’a pas seulement réfléchi sur le « care » (le soin) ou l’individualisme contemporain… mais aussi sur le « genre ». Etre proche de la pensée de Judith Butler, qui a étudié ces questions de l’articulation entre le sexe biologique et les conditionnements historiques, est un péché irrémissible ! Etre favorable au mariage entre personnes homosexuelles ou défendre le droit à l’avortement est l’horreur de l’abomination. Pas de place pour de tels penseurs ! Nous pouvons regarder avec humour l’argumentation du prêtre parisien. Il n’y a pas d’affaire, mais qui donc a invité la philosophe ? « Une erreur de casting » n’est donc pas importante. Circulez, il n’y a rien à voir. De fait, le changement n’est pas pour maintenant. L’Eglise se replie sur elle-même plutôt que de s’ouvrir à l’autre. C’était pourtant une belle occasion de dialoguer sereinement, au-delà des polémiques trop souvent caricaturales.

A l’heure où la France vote pour ses élus les plus proches, les passions s’exacerbent. D’aucuns pensent que les politiques sont « tous pourris ». Les évêques de France ont, quant à eux, rappelé leur estime pour ceux et celles qui se dévouent au service de leurs concitoyens. Cette prise de position va à l’encontre des perspectives manichéennes issues d’un populisme qui ne fait plus peur. Le cardinal Kasper, dans son discours d’ouverture du Consistoire de février dernier, rappelait, à la suite du cardinal Martini, que les décisions humaines se situaient plutôt dans les zones grises que dans le noir ou blanc.

Dans une société tentée par le clivage entre praxis apparemment irréconciliables, comment l’Eglise peut-elle favoriser le vivre ensemble ? Il est clair que Jésus a voulu une Eglise qui soit signe de fraternité. La Pâque, vers laquelle nous cheminons en cette période de Carême, n’est-elle pas le kairos qui nous permet de traverser, en les assumant, toutes les divisions ? La croix, lieu de la suprême injustice, devient le Lieu, le nouveau temple, de la réconciliation de l’humain avec Dieu, avec les autres et avec lui-même. Pourtant, il est des occasions de dialogue qui avortent, telle la conférence que devait donner la philosophe Fabienne Brugère. La Pastorale familiale a préféré qu’elle n’intervienne pas : les lobbies intégristes ont fait pression pour que l’universitaire, trop proche de Judith Butler, célèbre pour ses études sur le « genre », ne prenne pas la parole. Les plus hauts responsables de l’Eglise confirment ainsi que le dialogue avec des pensées contemporaines divergentes des positions magistérielles n’est pas possible, voire sans intérêt ! Cette « affaire » pose la question, non seulement des conditions d’un dialogue voulue officiellement par l’Eglise, mais aussi de la formation de ses cadres. Le catéchisme officiel, rien que ce catéchisme. Aucune ouverture à une pensée autre, qui risquerait de déranger !
Il ne s’agit pas seulement ici de dénoncer une contradiction entre la volonté de dialogue et l’incapacité à la mettre en œuvre concrètement. Dans une société divisée, cette opportunité aurait été un beau témoignage de ce que l’on peut se parler sans être d’accord. Mais la question est aussi théologique : comment le Magistère accepte-t-il de vivre le mystère pascal de mort et de résurrection ? La conversion ne concerne pas que les personnes mais aussi la pensée. Or, l’autre de l’Eglise, c’est-à-dire tous ceux et celles qui ont une vision du réel différente de la Tradition chrétienne, offre aux chrétiens, par la discussion, (la traditionnelle disputatio) une occasion de purifier leur manière de voir et d’agir pour la débarrasser de tout ce qui n’est pas encore ajusté à l’itinéraire du Christ.

Confusion

Celle des esprits et des interprétations est très grande, par exemple chez ceux qui sont chargés d’informer le public, les journalistes. Ainsi, on a relevé avec enthousiasme la phrase du dernier pape, dans l’avion qui le ramenait de Rio, où s’étaient tenues les Journées mondiales de la jeunesse, le 28 juillet 2013, à propos des homosexuels : « Qui suis-je pour les juger ? ». Dernièrement, un prétendu « spécialiste des religions » a commenté ce propos en disant : « Il n’est donc pas encore au stade où il les marie, mais il n’est plus dans la condamnation » (Metronews, 13/03/2014, page 4). Je reste interloqué devant ce « encore », qui suppose que l’événement se produira un jour.

Et il suppose aussi et surtout une grande ignorance de la part de ce « spécialiste ». En effet, ne pas condamner ne signifie en aucune façon approuver. Le propos papal est exactement calqué sur l’épisode de la femme adultère dans l’évangile de Jean (8/1-11) : à ceux qui veulent la lapider, Jésus dit de jeter la première pierre. Comme personne ne le fait et ainsi ne la condamne, il conclut : « Je ne te condamne pas non plus ». C’est exactement ce qu’a dit le pape, qui manifestement devait avoir présent à l’esprit le passage johannique. Mais, et c’est essentiel, Jésus ajoute à la fin de la péricope : « Va, et ne pèche plus ». Autrement dit, l’attitude de la femme doit être amendée pour l’avenir. Le péché n’est pas annulé, on doit toujours le combattre, même si on ne condamne pas le pécheur. À l’évidence, le pape a dû penser la même chose vis-à-vis de l’homosexualité.
Parler du mariage possible des homosexuels par l’Église est une absurdité. Le mariage a pour but la procréation des enfants (voir « Copulation  », Golias Hebdo, n°250). Et donc l’homosexualité est une raison « dirimante », pour reprendre le mot du droit canon, pour interdire ce « mariage ». C’est la même chose pour la féminisation de la prêtrise, qui ne peut avoir lieu tant que le prêtre sera un sacrificateur (voir « Ignorance  », Golias Hebdo, n°301) Oublier des choses de ce genre, et surtout de la part d’un « spécialiste », est faire preuve au mieux de naïveté, au pire d’incompétence.

Bulgarie, les « Invisibles » de l’Europe

Sept ans après son entrée, la Bulgarie reste le pays le plus pauvre et l’un des plus corrompus de l’Union européenne. Depuis près de 300 jours, dans l’ombre de l’Ukraine, un printemps bulgare s’est allumé à Sofia. Reportage.

«O ctabka ! Octabka ! » Des drapeaux blanc, vert et rouge. Des sifflets et des poings de colère qui fusent dans la nuit. Des pancartes et des caricatures peignant des hommes politiques corrompus et honnis. Depuis près de 300 jours, ils sont des centaines dans les rues de Sofia, chaque soir, à crier « Octabka », la « démission » du gouvernement bulgare. Géant de deux mètres, Tsvetozar « Tsvetzo » Valkov, est en première ligne. Le jeune homme de 33 ans, porte-voix des manifestants pour les médias étrangers, déplore « le manque de transparence » du gouvernement et demande « l’aide de l’Union européenne ». Car si à des centaines de kilomètres à l’est, l’Ukraine rêve d’Europe, Sofia subit de plein fouet le désenchantement européen. Dans l’ombre des projecteurs de Maïdan, la place de l’Indépendance de Kiev, et des « Indignés » espagnols, les Bulgares sont malgré eux les « Invisibles » de l’Europe. […] de Mathieu Martinier

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Divorcés-remariés : des changements annoncés ?

Le pape François a chaleureusement remercié le cardinal Kasper pour son discours d’ouverture au Consistoire en février dernier, qui, selon le pontife, révélait une théologie « profonde » et  « sereine », marquée par le « sensus ecclesiae, l’amour de notre mère Eglise », lui donnant « l’idée de faire de la théologie à genoux ». Une théologie humble ? Ou qui demande pardon ?

Quoi qu’il en soit, il faut lire l’intervention du cardinal théologien, publiée par le quotidien conservateur italien Il Foglio… On comprend que Rome ait voulu tenir secret ce texte ou ne le publier qu’avec des notes explicatives, tant la perspective de Kasper semble novatrice. En effet, il ne propose pas moins qu’un « changement de paradigme » pour analyser la crise qui frappe la conception traditionnelle de la famille et prendre en compte, tel le Bon Samaritain, la situation de ceux qui souffrent.
Il a durant des heures exploré la situation en partant du fossé qui existe entre la doctrine catholique et la praxis d’un nombre croissant de fidèles. Le sujet le plus crucial étant sans conteste la situation des divorcés remariés et l’interdiction qui leur est faite de pouvoir communier sacramentellement. C’est cette partie, la plus longue, que nous voulons examiner.

Droit et pastorale

On le sait, et le nouveau cardinal Müller (préfet de la Congrégation pour le doctrine de la Foi) l’a dernièrement rappelé, l’Eglise ne laisse pas à la conscience des personnes divorcées le soin de décider s’il était légitime de rompre un premier mariage ou plus exactement d’en nier la validité. C’est un tribunal ecclésiastique qui, au terme d’un procès assez long, doit le définir. Cependant, étant donné que ces tribunaux ne sont pas de droit divin mais « qu’ils se sont développés au cours de l’histoire, on se demande quelquefois, affirme Kasper, si la voie judiciaire doit être le seul moyen à utiliser pour résoudre le problème ou s’il ne serait pas possible de recourir à d’autres procédures plus pastorales et plus spirituelles. De manière alternative, on pourrait envisager que l’évêque puisse confier cette tâche à un prêtre possédant une expérience spirituelle et pastorale en tant que pénitencier ou vicaire épiscopal ». Et il ajoute : « Est-il vraiment possible que l’on décide du bien et du mal des gens en seconde et en troisième instance uniquement sur la base d’actes, autrement dit de documents, mais sans connaître la personne et sa situation ? » Ce qui est aujourd’hui le cas, puisque c’est Rome qui décide de la nullité d’un mariage.
Cette relativisation des tribunaux romains qui maintient un jugement ecclésiastique mais plus pastoral que juridique peut être une avancée et répondre à quelques cas. Mais elle ne prend pas en compte, comme le remarque notre cardinal, que pour nombre de divorcés remariés, cette déclaration de nullité semble nier la vie de couple qui a pu exister avant la rupture et dont les enfants sont le signe. D’autant plus, que « ne chercher la solution du problème que dans un généreux élargissement de la procédure de nullité du mariage serait une erreur » pour une autre raison : « On ferait ainsi naître la dangereuse impression que l’Eglise procède de manière malhonnête pour accorder ce qui, en réalité, est un divorce. » 

La pratique de l’Eglise primitive

Walter Kasper, en fin connaisseur de la tradition, nous emmène donc sur une autre piste. Il note : « Nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation semblable à celle du dernier concile. Déjà à ce moment-là, il y avait par exemple à propos de la question de l’œcuménisme ou de celle de la liberté de religion, des encycliques et des décisions du Saint-Office qui paraissaient exclure d’autres voies. Le concile, sans violer la tradition dogmatique contraignante, a ouvert des portes. On peut se demander s’il n’y a pas également, pour la question dont nous parlons, la possibilité d’un nouveau développement. » Il faut se souvenir que les ouvertures de Vatican II ont été rendues possibles non seulement par l’attention aux pensées contemporaines, mais aussi grâce à une relecture de la tradition notamment patristique. C’est ce que propose le cardinal Kasper, non sans avertir qu’il est difficile de savoir exactement quelles étaient les pratiques concrètes des Eglises des premiers siècles.

[lire l’intégralité de notre article dans Golias Hebdo n°328]

La Samaritaine ou Jésus et les femmes

Elle nous révèle le regard de Jésus sur cette femme et en général sur les femmes.
Je m’appuie sur le commentaire de Maud AMANDIER et Alice CHABLIS dans Le Déni.D’abord, Jésus transgresse plusieurs tabous. Il s’adresse à une femme à l’étonnement des Apôtres. Il s’adresse à une étrangère, à une hérétique et à une divorcée. Elle est isolée car les femmes du village la tiennent écartée : elle vient chercher l’eau , seule, à la chaleur.

C’est auprès d’elle que Jésus , fatigué, demande à boire. Humilité de Jésus et relation d’égalité envers cette femme. Il la rejoint dans son activité quotidienne qui consiste à chercher de l’eau pour les autres.

Jésus s’intéresse à la personne. L’échange est réciproque. L’eau en est le symbole. Ils parlent non seulement de ce qui est indispensable à la vie de tous les jours mais aussi à la vie spirituelle. Le rôle assigné à la femme, puiser de l’eau, s’échange même avec celui de Jésus qui propose de donner l’eau de la vie éternelle : » Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit » donne moi à boire », c’est toi qui aurais demandé et il t’aurait donné de l’eau vive » ( Jn 4,10)

L’eau est le symbole de la relation entre elle et Jésus et de la profondeur de la vie.
Ce qui compte, c’est l’identité de chacun, de cette femme comme de celle de Jésus, dans une confiance réciproque : «  Jésus lui dit : «  va, appelle ton mari et reviens ici ». La femme lui répondit : «  Je n’ai pas de mari »Jésus lui dit : « Tu dis bien : «  Je n’ai pas de mari » ; tu en as eu cinq et l’homme que tu as maintenant n’est pas ton mari. En cela tu as dit vrai._ Seigneur, lui dit la femme, je vois que tu es un prophète. »( Jn 4,16-19)

Jésus ne définit pas la samaritaine par son statut de «  femme mariée ». il ne la juge pas. La femme le reconnaît pour ce qu’il est, un prophète. Leur appartenance à une religion différente n’empêche pas le dialogue. La foi les rapproche et le discours devient théologique quand la samaritaine répond à Jésus : » nos pères ont adoré sur cette montagne et vous, vous affirmez qu’à Jérusalem se trouve le lieu où il faut adorer » ; Jésus lui dit : «  Crois moi, femme, l’heure est venue où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père » . ( Jn 4,20-21)
Jésus ne sous estime pas son intelligence de la foi, d’ailleurs elle sait en parler avec passion : «  Je sais qu’ un Messie doit venir. Lorsqu’il viendra, il nous annoncera toutes choses ». Jésus lui dit : «  Je le suis, moi qui te parle » ( Jn 4,25-26)
L’identité des personnes est reconnue dans leur singularité, au- delà de toutes leurs différences, malgré tout ce qui les sépare.

Ce long échange met en scène le bonheur d’une rencontre fondée sur l’intérêt profond que chacun porte à l’autre.Nul besoin d’identité sexuée pour comprendre qui ils sont.
Jésus est indifférent à la question de la séparation des sexes et de la hiérarchisation entre les hommes et les femmes.

L’Evangile est au-delà des codes sociaux : il contient des récits capables de nous faire sortir des schémas masculin- féminin, positif- négatif, inférieur- supérieur propres aux sociétés patriarcales.

La prise de conscience que la différence sexuée est somme toute relative et que l’essentiel, c’est l’humanité partagée entre l’homme et la femme, permet de poser l’égalité comme base de relations et d’échanges.
J’ajoute :Jésus assigne l’adoration du Père à la conscience humaine, hors de tout lieu. L’Eglise n’est pas propriétaire de l’adoration et de la foi. La conscience humaine est le lieu de cette Révélation.

Que peut- on en conclure ?

Que l’attitude de Jésus envers la Samaritaine est subversive et encore pour l’Eglise aujourd’hui.
Qu’elle remet en cause la domination masculine, le refus des sacrements aux divorcés remariés et peut – être l’exclusion des femmes des sphères du pouvoir dans l’Eglise.
Une révolution évangélique serait à l’œuvre si on entendait les femmes que ce soit en théologie ou dans le gouvernement. Révolution évangélique attendue…
Marie- Hélène CLOCHARD

Polythéisme

On raille l’idolâtrie à laquelle il paraît conduire, et aussi la naïveté qu’il y a à faire éventuellement s’opposer des dieux dans des luttes qui n’ont rien, à nos yeux, de majestueux. Voyez comment la mythologie antique est traitée bien familièrement par Offenbach, par exemple : on rit de toutes ces divines disputes, qui ressemblent fort parfois à des scènes de ménage. De toute façon, l’Histoire, pensons-nous, a tout balayé, et aussi bien la Grèce que Rome ont répudié leur passé « païen », pour n’adopter que le Dieu unique.

Je ferai toutefois remarquer que le polythéisme tel qu’il existait autrefois en Grèce existe bel et bien encore en Inde, qui nous en donne une idée vivante : je veux parler de l’hindouisme, que l’islam est loin d’avoir supprimé. Méfions-nous donc d’un naïf ethnocentrisme, qui nous fait croire universels les choix et les refus que nous avons faits.
Pour le fond de la question, je dirai le regret que j’en éprouve. Chateaubriand a écrit un Génie du christianisme. Qui en écrira un du polythéisme ? Les dieux multiples et divers représentaient en effet les différentes postures et valeurs que nous pouvons voir incarnées dans nos vies, et qui sont loin de toutes s’accorder facilement. Dans l’Iliade, les dieux sont partagés en deux camps : certains soutiennent les Grecs, et d’autres les Troyens. Admirable image symbolique d’une division des valeurs, ou comme on dit savamment d’un « partage axiologique », dont nous faisons constamment l’expérience.
La Tragédie grecque le montre aussi, et c’est là son profond génie : Antigone a raison, mais Créon n’a pas tort. Cette complexité essentielle ne condamne certes pas au nihilisme, l’ambivalence n’étant pas l’équivalence : Sophocle n’est pas Anouilh. Mais elle insuffle dans l’esprit une salutaire prudence quant à l’abord des conflits, et la nécessité d’une patiente recherche quant à la possibilité de leur résolution.
À l’inverse, le monothéisme peut mener à ce que j’ai appelé à propos de la méthode Coué le « monoïdéisme » (voir : Positivité ). Du « Dieu jaloux » (Exode 20/5), on peut aller au « zèle pour sa maison » (Psaume 69/9 ; Jean 2/17), c’est-à-dire littéralement au fanatisme. Plus pur sans doute dans son principe, le monothéisme me semble plus dangereux dans son application. À nous donc de faire qu’il échappe à ce péril !

États-Unis : budget militaire en baisse !

Le secrétaire d’état américain à la défense vient d’annoncer que le budget militaire sera réduit de 75 milliards de dollars sur les deux prochaines années.

Pour la première fois en treize ans, le pays revoit ses ambitions à la baisse. Il faut dire que son budget militaire actuel (600 milliards de dollars) n’a pas son pareil su la planète. A titre de comparaison, la Chine possède un budget croissant de 112 milliards de dollars pour financer son Armée de Libération du Peuple contre 57 milliards pour la Grande-Bretagne et 52 milliards pour la France.

Le voile se lève sur la France des précaires

Depuis quelques semaines déjà, des associations comme le Secours catholique ou le Secours populaire organisent des avants-premières suivies de débats, un peu partout en France, en présence des réalisateurs. Le documentaire « Se battre » est sur le grand écran depuis le 5 mars. Que raconte-t-il ? Une petite ville, dans le couloir du Rhône,
Givors. Jean-Pierre Duret et Andréa Santana filment les gens qui vivent la pauvreté. Un parti-pris : pas de discours autre que celui des personnes concernées et des bénévoles qui les soutiennent.

Le documentaire est un miroir qui permet de mieux percevoir notre société. Il y a quelques semaines, Golias Hebdo avait soutenu Salariés sans frontières de Gilles Balbastre qui explorait ce qu’est devenu le pays de l’acier depuis la fermeture de la plupart des hauts-fourneaux en Lorraine, en Wallonie, au Luxembourg et en partie dans l’ouest de l’Allemagne. Cette fois, la rédaction soutient
Se battre, en salle depuis le 5 mars. Il s’agit d’un documentaire très soigné sur la vie des personnes qui sont mises de côté par notre système productif, le capitalisme. Le comble, c’est qu’elles sont aussi mises de côté par la presque totalité du spectre politique. Ses auteurs Jean-Pierre Duret (originaire de la Savoie) et Andrea Santana (née au Brésil) ont réussi à entrer dans l’intimité des personnes privées d’emploi et des bénévoles qui les aident à Givors, dans le Rhône. Ils ont mis l’accent sur un aspect occulté par le discours public, bien souvent : la volonté, l’énergie, que les laissés pour compte déploient. La lucidité aussi, dont ils font preuve. Grâce à leur personnalité chaleureuse et à leur honnêteté, les auteurs ont recueilli des confidences et des analyses extraordinaires de personnes en galère. Un peu partout en France, des associations s’emparent du film pour ouvrir le débat. Elles organisent des projections dans leurs villes, en présence des réalisateurs, de personnes aidées et de bénévoles.

Les lecteurs de Golias qui le souhaitent peuvent se joindre au mouvement qui est en train de prendre de l’ampleur (tout est expliqué sur www.sebattre.com ; suivez l’onglet : « Organiser une projection. »)

Découvrez l’ensemble de notre dossier dans le numéro de Golias Hebdo 326