Isolement

Il ne faut pas le confondre avec la solitude, qui est une constante de la condition humaine, et qu’il faut respecter aussi bien pour soi que pour les autres (voir mon billet « Solitude », Golias Hebdo, n°151). Si celle-ci est inévitable et tout à fait constitutive de nous-mêmes, celui-là est catastrophique. Or jamais les moyens de communiquer avec autrui n’ont été aussi grands qu’aujourd’hui, et jamais sans doute l’isolement n’a été si important. C’est au point qu’au Japon on en vient à « louer des amis » : on n’hésite pas à dépenser plusieurs milliers de yens pour passer un moment, une journée parfois, en compagnie d’un acteur de circonstance à la recherche d’un revenu d’appoint. Beaucoup de sociétés de louage prospèrent sur l’isolement et la carence affective qu’il provoque. (Source : M le magazine du Monde, 10/01/2014).

On connaissait les pleureuses de l’Antiquité, dont les endeuillés louaient les services pour qu’elles pleurent à leur place lors des funérailles. Mais il ne s’agissait là que d’un usage, assez cynique au demeurant, pour des circonstances exceptionnelles. Maintenant, cela semble s’étendre de façon préoccupante. Ce ne sont pas seulement les personnes âgées qui se sentent isolées, mais aussi les jeunes. Habitués à leurs appareils mobiles, smartphones, consoles de jeux, etc., qui les coupent de la vie réelle, écrans faisant écran, ils n’ont pas de vrais contacts. Aussi se rabattent-ils sur la location d’« amis ». Certes ils seront moins fictifs que sur Facebook, où le terme d’« ami » est totalement galvaudé (voir mon billet « Amitié », Golias Hebdo, n°146) Mais enfin que peut-on attendre de sérieux d’un contact tarifé, et donc par nature totalement éphémère ? Rien, sinon une plus grande amertume encore, une fois l’isolement revenu.
À cet égard, on pourrait préférer un animal de compagnie, dont les psychiatres reconnaissent l’utilité thérapeutique dans le cas de dépressions suite à l’isolement, ou encore un robot – dont la fabrication industrielle augmente de façon significative (souvenez-vous de la série suédoise Real Humans, passée sur Arte). Mais il est quand même dommage que le constat dressé par Ivan Illich dans les années 1970, sur la fin de la « convivialité », se réalise à un tel point !

« Tous à poil », même Jean-François Copé !

La théorie du genre et autres fadaises de la même farine, serinées par les extrémistes de tout poil (politiques et religieux), n’en finissent pas de faire des ravages dans notre pays. Et notamment à droite où l’on surveille ces mouvements de contestation comme le lait (maternel) sur le feu en se demandant comment les récupérer, au bout du compte.

Dernière victime de ces âneries proférées avec force pancartes bleues (pour les garçons) et roses (pour les filles) : le président de l’UMP, Jean-François Copé – qui devait s’être levé ce dimanche 9 février de mauvais poil. Ce dernier s’est emporté au « Grand Jury RTL/LCI/ Le Figaro » contre un livre prétendument recommandé aux enseignants : « Tous à poil » . En feuilletant cet ouvrage, le député-maire de Meaux n’a pas hésité à manier l’ironie pour le dénoncer : « A poil la maîtresse… Vous voyez, c’est bien pour l’autorité des professeurs ! On ne sait pas s’il faut sourire, mais comme c’est nos enfants, on n’a pas envie de sourire. A poil le bébé, à poil la baby-sitter, à poil les voisins, à poil la mamie, à poil le chien… » (http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/02/10/cope-s-outre-contre-le-livre-pour-enfants-tous-a-poil_4363155_823448.html).

Vous comprenez, « son sang n’a fait qu’un tour » en lisant ces ignominies et du coup, il a démarré au quart de poil ! Ne coupons pas le cheveu en quatre : on pourrait – si l’on est un tantinet rétrograde – être scandalisé face à un livre qui fait l’apologie de la nudité, soi-disant recommandé par le Centre national de documentation pédagogique, « maison d’édition » du ministère de l’Éducation nationale, qui « contribue au développement des technologies de l’information et de la communication pour l’éducation (TICE) ainsi qu’à l’éducation artistique et culturelle », dixit sa fiche Wikipédia (http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_national_de_documentation_p%C3%A9dagogique). Pour paraphraser Molière dans « Tartuffe » (Acte 3, scène 2) : « Couvrez [ces poils pubiens] que je ne saurai voir ! »

Sauf que l’ancien ministre délégué au Budget et à la Réforme de l’État de Jacques Chirac a tout faux : ce bouquin est recommandé par une association ardéchoise au beau nom de L’Atelier des Merveilles (http://ateliermerveille.canalblog.com/). Comment Jean-François Copé – à une heure de grande écoute – a-t-il pu proférer une telle bêtise ? Comment un représentant de la Nation, ancien ministre, chef de parti, peut-il mensongèrement montrer du doigt un ministère ô combien important : celui de l’Éducation nationale, qui a pour charge non seulement nos professeurs mais surtout les élèves qui sont nos enfants ?

Je reprendrai ses mots : « Il y a un moment où il va falloir qu’à Paris on atterrisse sur ce qui est en train de se faire dans ce pays ». Effectivement, il a raison, prenons-le à rebrousse-poil : il faut qu’à Paris – comme en province – on comprenne que le président de l’UMP raconte n’importe quoi. Qui est « pétri d’idéologie » en l’espèce ? L’UMP ou le gouvernement de Jean-Marc Ayrault  ? La frange droitière du parti conservateur ou Vincent Peillon ?

Certes, Jean-François Copé n’en est pas à son coup d’essai. Pendant la campagne interne pour la présidence de l’UMP, il stigmatisait des enfants des cités – de confession musulmane – volant – paraît-il ? – des pains au chocolat à des bons Français bien blancs et bien chrétiens en plein Ramadan ! C’est dire si, parfois, le président de l’UMP roule sur les jantes…

Mais, au-delà de cette polémique idiote, qui ne sert qu’à remuer du vent – pour ne pas dire autre chose – pour faire peur aux Français, je m’interroge sur l’ancien porte-parole des gouvernements Raffarin. En effet, je me dis que finalement pour le patron de l’UMP qui paraît si hérissé par toutes ces toisons, heureusement, Eve a croqué la pomme. Nous connaissons cet épisode biblique, relaté dans la Genèse. Après les deux premiers chapitres – magnifiques, si empreints de poésie –, le troisième relate la première discordance entre le Créateur et ses créatures, entre Dieu et nous, les Hommes. Une pomme croquée, des pagnes élaborés avec des feuilles de figuier, le complexe du corps et de la nudité.

Jean-François Copé doit avoir honte de se montrer nu. Certes, cela est sans doute un excès de pudeur… Ou bien alors est-ce de la pudibonderie ? Toutefois, il n’a jamais été question de se montrer nu et d’en faire un cheval de bataille. Cette publication qu’il stigmatise veut juste la relativiser, si j’ose dire : la nudité doit être dédramatisée car nous sommes tous faits de la même manière, femmes et hommes. Il n’y a que peu de différence entre nous. Le corps est divers, multiple. Chez les humains, il se décline sous deux formes : féminin et masculin. C’est cette diversité qui nous rend si riches, qui nous attire aussi.

Jean-François Copé a oublié que « Dieu sonde les reins et les cœurs » (Jr, 11, 20). Il se fout pas mal de notre corps, plus ou moins poilu. Il peut lire « Tous à poil » s’il le veut. Mais, au préalable, qu’il replonge dans Marc 7, 18-23 : «’ Êtes-vous donc sans intelligence, vous aussi ? Ne comprenez-vous pas que tout ce qui entre dans l’homme, en venant du dehors, ne peut pas le rendre impur, parce que cela n’entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, pour être éliminé ?’ C’est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments. Il leur dit encore : ‘Ce qui sort de l’homme, c’est cela qui le rend impur. Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur.’ »

La nudité, avec ou sans poil, n’est pas impure car elle ne sort pas de l’homme : elle le façonne.

Ukraine : les enjeux d’une révolte

Il y a deux mois, le président Viktor Ianoukovitch refusait de signer un accord de libre-échange avec l’Union européenne, préférant un rapprochement économique avec Moscou. Véritable trahison pour une partie de la population, qui a entraîné une radicalisation du mouvement de contestation. Le schéma simpliste d’un choix entre Europe et Russie, démocratie et autocratie, occulte une crise sociale qui profite aux mouvements d’extrême-droite. Incapable jusque-là d’entreprendre des réformes, le gouvernement en place depuis 2004 risque d’être emporté, mais pour quel avenir ?

Depuis un peu plus de deux mois, l’Ukraine retient l’attention des médias. En refusant un accord de libre échange avec l’Union européenne, le président Viktor Ianoukovitch provoque un mouvement de contestation qui, parti de la place Maïdan à Kiev, gagne tout le pays. Les Ukrainiens voudraient-ils, majoritairement et à tout prix, rejoindre l’Europe que ses dirigeants présentent comme un symbole de démocratie et de liberté ?

Y aurait-il les bons pro-européens et les vilains pro-russes autocrates, passéistes et nationalistes ? Rien n’est moins sûr, lorsque la mobilisation s’attaque plus largement au régime en place, à la corruption et aux pratiques mafieuses. Dans un contexte d’appauvrissement de la population, et d’enrichissement insensé d’une oligarchie financière toute puissante qui favorise la montée d’une extrême droite particulièrement virulente. Si les Russes réutilisent les mêmes moyens de pression sur la « province du sud », les défenseurs du « choix européen », à Bruxelles ou à Kiev, n’ont que faire des conséquences désastreuses de l’adhésion européenne pour les productions locales ou les emplois.
Sans doute, une bonne moitié de sa population aspire-t-elle à un rapprochement avec l’Union européenne, mais ne peut ni ne veut couper les ponts avec la Russie. Comment pourrait-on pousser les Ukrainiens à un choix impossible ? Au risque d’une fuite en avant, l’Europe fait mine d’ignorer la Russie et ses intérêts en Ukraine, et surtout préfère considérer Moscou comme un adversaire plutôt que d’en faire un possible partenaire. Le mouvement n’est pas terminé, le système politique est déstabilisé, le président est contesté dans son propre parti…

Depuis une vingtaine d’années, la stratégie étasunienne pour maîtriser l’Eurasie vise l’Ukraine comme maillon essentiel, soutenue par la National Endowment for Democracy : émanation de la CIA qui ne se contente pas d’intervenir en Amérique du Sud et rémunère des milliers de gens « pour faire progresser la démocratie ». Angela Merkel et l’Union européenne prennent le relais, aidés par des politiciens américains comme le sénateur républicain John McCain. Tout reste possible, y compris à terme un éclatement du pays, favorisé par des divisions linguistiques, culturelles et politiques issues de son histoire qui tendent à paralyser la construction d’une histoire nationale. [découvrez l’ensemble de notre dossier dans Golias Hebdo n°322]

Légionnaires du Christ :
Rome reconnaît d’autres Maciel dans l’Eglise…
Mais que fait François ?

La sulfureuse congrégation fondée par le prêtre mexicain Marcial Maciel est dans la phase finale de son « processus de réformes » : le Chapitre extraordinaire a élu le 6 février dernier une nouvelle équipe dirigeante et a publié un communiqué dans lequel la Légion demande officiellement pardon aux victimes du père Maciel. L’ancien Légionnaire du Christ, Xavier Léger, auteur d’un livre bouleversant, coécrit avec le journaliste Bernard Nicolas, « Moi, ancien Légionnaire du Christ », publié chez Flammarion (cf. « Golias Hebdo » n°301), a accepté de répondre à nos questions. Il dénonce une monumentale manipulation pour sauver la congrégation à n’importe quel prix.

Victimes de dérives sectaires dans l’Église, asseyez-vous et respirez calmement : le Vatican est en train de reconnaître que la sainteté d’un fondateur passe au second plan. Autrement dit : Si vous apportez des vocations et de l’argent à l’Église (quels que soient les moyens que vous utilisez), alors le Vatican vous accueillera les bras ouverts, et ne vous ennuira pas trop. Le responsable du Vatican pour la vie consacrée, le cardinal Joao Braz de Aviz a en effet reconnu qu’il y a d’autres cas de fondateurs de congrégations religieuses incohérents ou immoraux, comme le fut Marcial Maciel Degollado. Le 31 janvier dernier, lors d’une conférence de presse au Bureau de presse du Saint-Siège, le préfet de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, a déclaré qu’il s’agissait d’une chose qui ne devait pas être cachée. « Le cas des Légionnaires n’est pas unique : nous avons plusieurs cas similaires, anciens et récents. Tous les fondateurs qui apportent une belle grâce à l’Église ne vivent pas selon la grâce qu’ils transmettent », a-t-il indiqué. « Cela, nous devons le reconnaître. C’est moche, mais c’est ainsi. Et c’est pourquoi il faut distinguer les choses. C’est un travail que nous sommes en train de faire avec beaucoup de soin, et ce n’est pas facile. C’est très difficile », a-t-il ajouté.

Ces cas de fondateurs incohérents posent de sérieuses questions à l’Église : comment est-il possible que Dieu se serve d’hommes et de femmes corrompus (et parfois ouvertement immoraux, comme Maciel et le Père Marie-Dolminique Philippe) pour insuffler le charisme d’une œuvre divine ? Le cardinal Braz de Aviz n’a pas donné une réponse directe à cette question, mais il a affirmé la nécessité de « bien faire la distinction entre le fondateur qui possède un charisme, et le charisme lui-même ». Il estime qu’il faut absolument « distinguer la grâce, le don et la lumière d’un charisme » du fondateur, dont le témoignage ne reflète pas toujours ce charisme. « Dans le passé, nous avons vu des exemples emblématiques, comme celui de saint Jean Bosco et de plein d’autres, mais dans d’autres cas actuels, le fondateur ne coïncide pas nécessairement avec ce qu’il prêche », a-t-il expliqué… En quelque sorte, une théologie très spéciale de la vie religieuse : mauvais fondateur, bonne communauté… Sans commentaire ! [découvrez l’ensemble de notre dossier dans Golias Hebdo 324]

Fiction

On l’oppose souvent à la réalité. Mais je ne suis pas sûr qu’on ait raison de le faire, car il y a des cas où la fiction informe, modèle la réalité, jusqu’à la devenir elle-même. On sait qu’il y a des fidèles de Sherlock Holmes, de Tintin, etc. Ils rendent un culte à leur idole, dont ils connaissent tous les comportements et habitudes, et à l’existence réelle de laquelle ils finissent par croire vraiment.

C’est à quoi j’ai pensé en apprenant la décision de la municipalité de Montauban de baptiser un rond-point du nom des Tontons flingueurs, par allusion au film célèbre de Georges Lautner. La phrase prononcée dans le film par Lino Ventura : « On ne devrait jamais quitter Montauban ! » hante les mémoires de tous ceux qui rendent eux aussi un culte à ce film et à ses personnages. On dit que la maire de Montauban avait voulu donner au fameux giratoire le nom de Nelson Mandela, mais que finalement elle s’est ravisée, et envisage même à présent de frapper les panneaux de sortie de ville de l’impérissable réplique (Source : A.F.P., 06/02/2014)
Il y a aussi à Montauban un bar dénommé « Lulu la Nantaise », personnage dont il est question avec nostalgie dans ce film, lors de la fameuse scène de la « biture » dans la cuisine. Tout cela forme un ensemble fictionnel, mais qui risque de ressembler fort, à l’arrivée, à du réel. Je gage que dans quelques années les nouvelles générations verront dans tout cela la commémoration de faits et personnes ayant véritablement existé.
Mais il ne faut absolument pas s’en formaliser. Qu’une fiction devienne réelle par la magie de l’art ou d’une représentation quelconque ayant eu du succès, arrive très souvent. On connaît la phrase d’Oscar Wilde : « La nature imite l’art. » Et aussi celle de Cocteau : « Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité. » Pensons aussi au « Mentir-vrai », par quoi Aragon définissait littérature et poésie. La fiction peut entièrement créer le réel. Avec le temps, l’auteur même en disparaît. Que nous ne sachions rien de la vie d’Homère, ni même s’il a existé, ne change rien à la beauté marine de l’Odyssée. Et de Jésus lui-même, nous ne connaissons que le storytelling opéré à son sujet par les évangiles. À la limite même, qu’il ait existé ou non, importe peu : nous en restent des voix. Inventées ou non, elles nous font vibrer encore, et assurément cela n’est pas rien.

Le pape et les oiseaux

L’ouverture au monde du pape François vire parfois au racolage. Le pape a reçu la semaine dernière la visite d’un de ses fans, Francesco Lombardi, un acteur italien de films X en déplacement au Vatican, dans le but très important de faire bénir son perroquet de compagnie.

Le souverain pontife s’est exécuté avec le sourire et continue d’écrire l’histoire autour des volatiles. Quelques jours auparavant, des colombes lâchées après une bénédiction pour l’Ukraine avaient été attaquées en plein vol par des mouettes et des corneilles sous les yeux médusés du pape et de ses fidèles autour
de lui.

Laïcité et monde du travail : vigilance

Face aux difficultés à faire appliquer la laïcité dans le monde du travail, l’Observatoire de la laïcité vient de publier un guide pratique rappelant les réponses, encadrées par le droit, aux cas concrets du fait religieux dans l’entreprise privée. Décryptage.

S’il y a un sujet où les présidents Hollande et Sarkozy sont aux antipodes l’un de l’autre, c’est bien celui de la laïcité. Tout oppose un Nicolas Sarkozy qui, en 2005, proposait de modifier la loi sur la laïcité de 19051 pour autoriser le financement des mosquées par les pouvoirs publics, d’un François Hollande, qui en 2012, s’engageait à inscrire cette loi dans la Constitution française (engagement n°46 du candidat). Pendant ses cinq années de présidence et même avant comme ministre de l’Intérieur et des cultes, Nicolas Sarkozy n’a cessé de mettre en avant son concept de laïcité « positive », copié sur le modèle étatsunien où les religions priment sur les pouvoirs de l’Etat et sont omniprésentes dans la société.
La petite musique du modèle communautariste, son instrumentalisation du débat sur « l’identité nationale », sa bienveillance à l’égard des extrémistes de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), etc. ont favorisé la montée du « repli identitaire » et de tous les courants intégristes. François Hollande pour qui, la religion est une affaire totalement privée, déclarait en 2011 : « Il n’y a plus en France une religion dominante. Toutes sont d’une certaine façon minoritaires. La laïcité doit leur permettre d’exercer leur culte et à la société de vivre dans la paix civile. Ainsi, il ne me serait jamais venu à l’esprit d’aller dire au pape en décembre 2007 que le curé était supérieur à l’instituteur. Il n’y a pas de hiérarchie à établir. Chacun mérite d’être respecté, l’un dans son apostolat, l’autre dans sa pédagogie. Mais l’enseignement est au service de la seule République. »2 En avril 2013, le président Hollande a installé l’Observatoire de la laïcité censé préparer le terrain à la mise en œuvre de son engagement. Le gouvernement, sur proposition de l’Observatoire, envisage d’instituer pour promouvoir son principe une « journée nationale de la laïcité » le 9 décembre de chaque année. Le Sénat et l’Assemblée nationale ont voté des résolutions qui vont dans ce sens. Espérons que le gouvernement ira jusqu’au bout, car les discours de haine qui envahissent actuellement les rues menacent la pacification des esprits dont la laïcité est justement le symbole. Pour aider les acteurs du monde du travail peu préparés à l’affirmation croissante de l’expression religieuse, et même si les conflits y sont peu nombreux, l’Observatoire vient de publier un guide pratique (lire l’ensemble de notre article dans Golias Hebdo n° 323).

Jeux Olympiques de Sotchi : l’envers du décor

Entre corruption et exploitation ouvrière, les Jeux olympiques d’hiver dans la petite station balnéaire annoncent l’événement sportif le plus cher de l’Histoire. Inaugurée le 7 février, l’opération de prestige voulue par Vladimir Poutine ne réussit pas à gommer les multiples atteintes aux droits de l’homme en Russie.

L’hiver des droits de l’homme A Sotchi, la ville balnéaire du sud de la Russie, et sur les pistes de Krasnaïa Poliana, les athlètes, entraîneurs, spectateurs, journalistes découvrent installations sportives d’avant-garde et hôtels fastueux… Mais pour celui qui ne serait pas ébloui par cette blancheur trop éclatante, la façade de respectabilité a fondu comme neige au soleil.

Censée promouvoir l’image de la Russie et surtout celle de Vladimir Poutine, Sotchi et ses Jeux a révélé corruption, dégâts environnementaux, traitement indigne réservé aux ouvriers des chantiers, expulsions forcées des travailleurs migrants souvent privés de leur salaire. Ces nouveaux serfs sont repartis dans les républiques de l’ex-Union soviétique, aussi pauvres qu’ils étaient venus, meurtris dans leur chair et dans leurs espoirs. Les athlètes ne les ont pas rencontrés, mais se soucient-ils de ceux qui ont construit leurs pistes et leurs villages olympiques ? Se soucient-ils des opposants, emprisonnés, régulièrement torturés, parfois assassinés ? Le cynisme
est à son comble, lorsque 37 milliards de dollars sont dépensés dans une région parmi les plus pauvres du pays, quatre fois plus que les Britanniques pour les Jeux d’été de Londres. Le salaire minimum fixé par le gouvernement s’élève actuellement à 116 euros par mois et dix huit millions de Russes vivent en dessous du seuil de pauvreté. La Russie occupe le deuxième rang mondial pour le nombre de milliardaires en dollars. Leur nombre était estimé à 80 en 2011, ils seraient désormais 97, et pour certains encore plus riches après ces Jeux d’hiver conçus à la fois comme une propagande et une opération financière particulièrement juteuse.

Le tsar Poutine s’offre un couronnement encore plus fastueux que celui de Bokassa en 1977, mais jusqu’à quand tiendra-t-il ? L’autoritarisme d’Etat, privilégié à l’Etat de droit, la corruption balaient les visions à long terme. Les milliards circulent, mais la Russie ne fait pas partie des grandes économies émergentes. La roche tarpéienne pourrait bien débouler depuis les hauteurs du Caucase. [découvrez l’ensemble de notre dossier dans Golias Hebdo 323]