Goodyear, l’éloquent silence du gouvernement

Entendez-vous ce silence ? L'entendez-vous ? Depuis hier, deux cadres de Goodyear sont séquestrés par les ouvriers, dans l'usine d'Amiens. A le suite d'un très long conflit, riche en péripéties et en provocations (lire par exemple ce reportage du Monde sur les tentatives de reclassement par Goodyear), les ouvriers (pour résumer) réclament, au minimum, un quadruplement des indemnités de départ proposées.

Entendez-vous ce silence ? L’entendez-vous ? Depuis hier, deux cadres de Goodyear sont séquestrés par les ouvriers, dans l’usine d’Amiens. A le suite d’un très long conflit, riche en péripéties et en provocations (lire par exemple ce reportage du Monde sur les tentatives de reclassement par Goodyear), les ouvriers (pour résumer) réclament, au minimum, un quadruplement des indemnités de départ proposées.

Les séquestreurs ayant autorisé les caméras, on a vu les deux cadres, lundi soir au JT, assis alignés à une table, en position de comparution devant un tribunal ou une commission d’enquête, dénonçant les « humiliations » dont ils sont victimes. L’un d’eux exhibe devant la caméra un bassin, sans doute tendu par un ouvrier doté d’un solide humour, et l’image est plus éloquente que tous les discours, sur le niveau d’exaspération atteint par le conflit.

L’image réactive nos vieux débats internes sur la violence. Par réflexe immédiat, nous prenons fait et cause pour les victimes apparentes de la violence, ces deux cadres limités dans leurs mouvements, insultés par les ouvriers devant les caméras. Mais dans le même mouvement, se réactive le souvenir de « l’autre violence », par dessus tout la violence des plans sociaux, et toutes les violences verbales qui l’accompagnent, celle du PDG américain Taylor, auquel Montebourg avait jadis pensé pour reprendre Goodyear, et qui accusait les ouvriers français de « travailler trois heures par jour », ou même, en explorant plus loin, la violence du patron Charles Beigbeder, dissident UMP dans l’élection municipale de Paris, assurant qu’il ne veut pas voir « une inspectrice du travail » (Hidalgo) à la mairie de Paris.

Et sur ce sujet, que dit le gouvernement, aux radios du matin ? Rien. Strictement rien. Même Aphatie recevant Moscovici sur RTL, et tout occupé à relayer les angoisses du MEDEF sur les « baisses de charges des entreprises », oublie de poser une question. On fouille, avec ses petits outils de matinaute, on re-fouille, mais non. Rien. Sans doute ce silence ne durera-t-il pas mais il est, au petit matin, éloquent. Un gouvernement ne peut pas approuver la séquestration de cadres. Mais un gouvernement socialiste ne peut pas non plus condamner des salariés promis au chômage par une multinationale (surtout s’il s’est, sans succès, impliqué dans le dossier). Sur Dieudonné, ah oui, on se dresse comme un seul homme contre la barbarie et le nazisme. Mais sur la violence sociale, il est, très exactement, nulle part.

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4 réponses sur “Goodyear, l’éloquent silence du gouvernement”

  1. Goodyear, l’éloquent silence du gouvernement
    @famvict

    Autrement dit , il serait préférable de ne pas voir la douche froide de ces patrons voyous, ni l’eau bouillante des syndicalistes à tête creuse ….?

    Cachons donc cette lutte des classes ?

    et….. vive l’eau tiède des »partenaires sociaux »( où ce sont toujours les mêmes qui trinquent )

  2. Goodyear, l’éloquent silence du gouvernement
    Ce silence était le même avec d’autres gouvernements. Depuis une bonne vingtaine d’années, le monde ouvrier n’est plus visible. On a changé le mot ouvrier par technicien, on a changé le mot syndicats par partenaires sociaux, bien que la lutte des classes ait toujours lieu, elle a disparu ou quasiment disparu de nos journaux comme de nos écrans TV. Silence on licencie…Pourtant le monde ouvrier représente encore 30% des salariés français et se trouve de plus en plus en difficulté dans tous les secteurs. Médiatiquement, le monde ouvrier ne représente plus que 3% des sujets évoqués aussi bien à la télévision qu’au niveau des journaux. Et ce n’est pas un hasard…
    Gilles Perret avait fait un très beau documentaire sur ce sujet: « de mémoire d’ouvriers ».
    A se procurer en dvd auprès de la production la Vaka:

    http://www.youtube.com/watch?v=wMV6sizBssM

  3. Goodyear, l’éloquent silence du gouvernement
    Il semble en ce 13 janvier que le ministre a entendu l’appel et force à la sagesse les deux parties en présence.
    Mais force est de constater que pour certains syndicats, il n’est pas aisé de changer de siècle. Se retrouver à notre époque avec des méthodes qui avaient cours à la fin de la dernière guerre lorsque la guerre froide faisait rage n’est pas un bon exemple pour la jeunesse de ce pays .
    Les hommes passent à la tête de ces syndicats, mais les méthodes restent.
    J’ai entendu des responsables de nos voisins européens dire que c’est un problème français.
    C’est une évidence qu’il y a parfois des patrons voyous, mais il y a aussi des responsables syndicaux avec des têtes creuses.

    1. Goodyear, l’éloquent silence du gouvernement
      Autrement dit , il serait préférable de ne pas voir la douche froide de ces patrons voyous, ni l’eau bouillante des syndicalistes à tête creuse ….Cachons donc cette lutte des classes ! et….. vive l’eau tiède des »partenaires sociaux »( où ce sont toujours les mêmes qui trinquent )

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