Mgr Pontier et les dérives sectaires dans l’Eglise : les limites d’une reconnaissance

Le journal « La Croix » vient de proclamer une grande nouvelle : Les victimes des dérives sectaires dans l’Église se disent « enfin entendues ». Certes, l’on ne peut que se réjouir de ce pas en avant. Mais nous avons voulu savoir ce qu’il en était réellement. Décryptage.

Quelques jours avant l’assemblée des évêques à Lourdes, une quarantaine de victimes de diverses communautés ont interpellé l’épiscopat sur des dérives sectaires dans l’Eglise. Rien de bien nouveau puisque ces dérives et leurs cohortes de personnes et familles détruites sont connues de tous depuis des années sans que l’épiscopat s’en émeuve. Qui ne serait donc pas surpris qu’aujourd’hui, Mgr Pontier réponde à cet appel ? Un appel signé notamment, par Yves Hamant, très concerné par le fait puisqu’il est le père d’une ancienne religieuse de Point-Cœur. Mais il est aussi professeur d’université émérite : une personnalité connue, ce qui pourrait laisser penser que le « volume social » n’est pas étranger à la prise en compte épiscopale. De plus, il déclare dans Le Figaro du 14 novembre dernier, avoir décidé d’agir non pas « pour nuire à l’Église mais pour avertir et protéger les jeunes, dénoncer la manipulation des consciences et que les fruits portés par ces œuvres ne justifient plus l’omerta imposée dans les communautés, car ce sont des vies entières qui sont détruites en silence ». Il demande aussi le respect du droit canonique « séparant le for interne et le for externe » pour la liberté des consciences.
Il y a plus de douze ans que les victimes et leurs associations ont fait les mêmes demandes. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, et devant le silence de l’épiscopat, les médias s’en sont mêlés mettant au grand jour les « fruits » de ces communautés et en première ligne, les magouilles de leurs fondateurs. Devenus brutalement sulfureux, ils ont été vite «lâchés» par ceux qui les adulaient. Leurs forfaitures connues de tous ne gênaient personne tant qu’elles ne se savaient pas. Mises sur la place publique, ils ont donc servi de boucs émissaires pour blanchir et protéger le système. L’enjeu est important : il s’agit de sauver la « Nouvelle
évangélisation » enracinée dans ce Renouveau si « prometteur » qui capte toutes les forces vives de l’Eglise… Les discours des responsables ecclésiaux, protecteurs de ces communautés, s’acharnent à faire croire que le système sectaire a changé. Ils n’ont toujours pas compris que personne ne peut y croire. Le système est fondamentalement pervers, puisqu’il est l’application des dérives du psycho-spirituel érigé en spiritualité par leurs fondateurs. La preuve en est l’incapacité de ces communautés et de l’épiscopat qui les couvre, à régler le grave problème des victimes. C’est bien là le vrai problème. C’est là que le bât blesse l’Eglise.

Un pas de franchi

Aujourd’hui, Yves Hamant, dans sa démarche tout à fait légitime au service des personnes, prend quand même le train en route, avec le risque, bien malgré lui, que certains épiscopes englués dans ce marécage y voient une opportunité pour renvoyer les victimes à la case départ… des années en arrière. Sauf que cette tentation, certainement très séduisante, n’est pas possible. Ce que Mgr Pontier, en homme intelligent ne peut ignorer. Il se peut donc qu’une nouvelle ère s’ouvre avec le nouveau président de la Conférence épiscopal de France dont les responsabilités sociales dans l’Eglise donnent à espérer un regard enfin humain pour les victimes. C’est donc avec grand intérêt, après ces précisons nécessaires, que nous prenons connaissance de son courrier qui cependant appelle de nombreuses remarques :
– Tout d’abord, les trémolos de l’émotion du début de la lettre pour parler des personnes en souffrance que l’épiscopat n’a jamais voulu prendre en compte, est loin de sonner juste. Leur faire savoir que l’épiscopat pense à eux c’est bien, poser des actes concrets pour les aider serait mieux. Or la suite virtuelle n’engage pas l’épiscopat dans ce sens :

« Porter avec eux leur souffrance, les assurer de notre compassion et les aider dans leur reconstruction. » Oui, mais comment ? Il faudrait préciser. Pour le moment, il semble que ce soit concrètement, par le lieu « d’accueil » mis en place par l’épiscopat dont le responsable Mgr Guéneley est un proche de Bernard Dubois, le théoricien de l’Agapè et de la religiosité psycho-spirituelle des Béatitudes responsables de tant de dégâts. (Voir le dossier de Golias Magazine n° 149/150 sur le sujet et Le Livre noir du CCMM) Ce service semble un drôle de lieu d’écoute… Une annexe de l’Agapè ? On peut se le demander sachant que Mgr Guéneley a fait avec Bernard Dubois un DVD sur l’exorcisme et reconnaît à celui-ci un «ministère de délivrance »… qui n’existe pas dans l’Eglise ! Quant aux victimes, ils pourront même les exorciser ensemble. Nous savons, hélas, les « miracles » faits par leurs « prière de délivrance ».

– Nous n’avons pas non plus souvenir que l’Eglise ait alerté les familles sur les dangers de certains groupes, contrairement à ce qu’affirme Mgr Pontier. Irréfutablement, là encore, les faits, les courriers, les documents et les dossiers, démontrent que ce sont les familles qui, depuis plus de dix ans, alertent tous les évêques responsables et l’Eglise jusqu’à Rome, sur ces groupes déviants et leurs « gourous ». C’est pourquoi, faute d’avoir été entendues, elles se sont adressées aux médias et continueront à le faire. Tout le monde connaît la kyrielle de scandales de certaines communautés qui ne cessent de faire la une des journaux. Est-ce à ces mêmes groupes que fait référence Mgr Pontier lorsqu’il parle « du danger de certains groupes qui ne paraissent pas promouvoir un comportement juste par rapport à l’Evangile ». Auquel cas, qualifier ces honteuses dérives sectaires en des termes si délicats, est plus que déplacé, c’est choquant ! Le langage ecclésial gagnerait à s’adapter à la réalité.

– Faut-il s’en étonner lorsque Mgr Pontier nous dit avoir interpellé les responsables de certains groupes et n’avoir reçu de leur part que méfiance et silence ? Un tel constat d’impuissance de la part du plus haut dignitaire de l’Eglise en France est affligeant ! Donc, c’est dit, nous prenons acte : l’autorité de l’épiscopat accepte d’être subordonnée à celle des responsables de communautés déviantes. Et l’incurie va plus loin. Mgr Pontier ose se lamenter auprès des victimes : « Ce n’est pas un réconfort de savoir que nos remarques étaient justifiées. » Faut-il le plaindre ? Ce constat de subordination passive est lourd de conséquences et explique à lui seul les dégâts humains en laissant prévoir que bien d’autres victimes viendront, malheureusement, s’ajouter à celles d’aujourd’hui. Comment ne pas croire que cette incurie entretenue depuis si longtemps n’est pas un prétexte pour s’en débarrasser d’elles ?

L’incurie de Mgr Carré

Mgr Carré, actuel vice-président de la Conférence épiscopale et archevêque de Montpellier, en est un bel exemple. En 2000, alors évêque d’Albi, il était en charge de la communauté des Béatitudes et à ce titre était tenu au courant, par le Service Accueil Médiation (SAM), de toutes les dérives et recevait tous les dossiers des victimes. Cela ne l’a pas empêché de mener cette communauté déviante fin 2002, en toute connaissance de cause, à la reconnaissance romaine ad experimentum pour cinq ans. Des victimes sont allées le trouver. Il les a « écoutées » et leur a dit qu’il ne pouvait rien faire… Si cet évêque avait assumé à cette époque ses responsabilité que de victimes et de scandales auraient été épargnés ! En 2008, les scandales éclataient dans les médias2, Rome ne pouvait que refuser de reconnaître les Béatitudes. Depuis, et envers tout, l’Eglise continue à protéger cette communauté en piteux état dont les agissements ont couvert de honte notre Eglise. Il semble que pour son discernement si protecteur des Béatitudes et son autisme auprès des victimes, Mgr Carré ait eu une promotion en étant nommé secrétaire du synode sur la « Nouvelle évangélisation », à Rome. Et le voilà propulsé maintenant vice-président de l’épiscopat. Un homme qui ne peut rien faire… Pour les victimes, bien sûr !
– Une impuissance qui montre les limites de la déclaration d’intention de Mgr Pontier : « Nous voulons dire avec force que nous souhaitons continuer à agir pour que des situations se clarifient, pour que la vérité puisse apparaître lorsque c’est nécessaire et pour que ceux qui ont été victimes de procédés déviants trouvent auprès des
évêques une oreille attentive et compréhensive. » Pour que la vérité apparaisse, il faut avant tout cesser de rejeter les victimes pour leur faire comprendre qu’elles n’ont plus leur place dans l’Eglise alors que les « gourous » y continuent leurs activités sectaires et lucratives, en toute impunité. Il faut aussi plus « qu’une oreille attentive et compréhensive » qui n’engage pas à grand-chose et ne dérange personne. Il faut rendre justice aux victimes, ce qui exige des engagements humains et spirituels d’une autre trempe pour faire face à de telles dérives. Peut-on encore espérer que l’autorité ecclésiale se reprenne et commence – enfin ! – à agir pour mettre fin à ce système destructeur enraciné dans le mensonge ?

Peut-être Mgr Pontier, acceptera-t-il d’ouvrir la porte aux victimes ? Mais
par pitié ! Pas en jouant encore à les « écouter », il y a plus de dix ans que l’Eglise les « promène » : Le SAM ! La pastorale des sectes ! Les sous-fifres d’épiscopes trop occupés ! etc. sous le prétexte usé de les « écouter » pour à ce jour, ne pas les avoir véritablement entendues. Et maintenant la trouvaille de Mgr Guéneley (cf. plus loin). Et puis quoi encore ? Il faut être sérieux. Nous le redisons avec gravité, Il serait de l’intérêt de l’Eglise de prendre en compte d’une manière responsable cette situation qui va rapidement exploser en éclaboussant bien des responsables ecclésiaux. La surdité de l’épiscopat, volontairement rédhibitoire, jusqu’ici, cèdera-t-elle la place à la volonté de rendre justice aux victimes, au nom de la vérité évangélique qui rend libre. Liberté à laquelle Mgr Pontier se dit si attaché ? L’avenir le confirmera ou infirmera. Mais d’ici là, la vérité est en route, elle marche au pas des victimes qui ne s’attardent plus sur ce dont La Croix fait un événement, même s’il s’agit d’un pas en avant.

Iran : ChristineBoutin chez les Mollahs

« Tout ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu… » Cette phrase de l’évangile de Luc (12, 2), Christine Boutin l’avait-elle en tête lors de son passage sur une télévision iranienne, il y a quelques jours ? En compagnie de Jean-Claude Martinez, jadis vice-président du Front national, la pasionaria de la « Manif pour tous » a servi la soupe à la propagande des mollahs qui en veulent à la diplomatie française, intransigeante sur le programme nucléaire de la République islamique.

Bien sûr, elle était voilée d’un foulard bleu (puisque toute femme doit l’être en Iran pour respecter les bonnes mœurs) mais cela ne surprendra personne : l’ancienne ministre du Logement de Nicolas Sarkozy a toujours été opposée à la loi sur le voile et avait même soutenu la candidate voilée sur les listes du Nouveau Parti anticapitaliste lors des élections régionales de 2010 (en PACA).

Ce qui est plus grave, c’est que Christine Boutin n’a pas hésité une seconde à étriller le président de la République. Il est de tradition pour un responsable politique de ne jamais critiquer les dirigeants de son pays à l’étranger et de s’abstenir de parler de politique intérieure. Il s’agit là d’une pratique républicaine. Christine Boutin qui aime tancer son prochain s’est allégrement essuyé les pieds sur cet usage respecté à droite comme à gauche. Mais Christine Boutin, dont on sait qu’elle n’est pas de gauche, est-elle encore de droite ? Voire républicaine ?

Lors de cet entretien à la télévision iranienne, l’ancienne candidate à l’Elysée dénonce, encore et toujours, la possibilité – aujourd’hui gravée dans le marbre de la loi – pour des homosexuels de pouvoir se marier civilement ; ce qui ne manque pas de sel quand on sait que l’ancienne députée des Yvelines a contracté un mariage avec son cousin germain (pourtant interdit par Rome sauf dispense pontificale)… Deux poids, deux mesures ? Christine Boutin n’a jamais eu peur du ridicule. Lors du débat sur le Pacs, elle brandissait une bible dans les travées de l’Assemblée nationale… Déjà à l’époque, elle n’avait pas de mots assez durs pour critiquer l’homosexualité. Il y a quelques mois, elle prétendait qu’un homosexuel avait le droit de se marier… avec une femme ! Hypocrisie, quand tu nous tiens !

Dans le cas présent, ce qui est grave, c’est de tenir pareils propos dans un pays qui condamne à mort encore aujourd’hui le délit de « sodomie » (article 232 à 233 du Code pénal iranien), les célibataires homos ayant droit, eux, à « seulement » 100 coups de fouet… Mais Christine Boutin « assume totalement » ses dires, prétendant même que l’Iran n’applique plus la peine de mort à l’attention des gays (cf. deux articles du Huffington Post : http://www.huffingtonpost.fr/2013/11/21/christine-boutin-voilee-television-iranienne-critiquer-francois-hollande_n_4318023.html?utm_hp_ref=france et http://www.huffingtonpost.fr/2013/11/22/voilee-christine-boutin-assume-totalement-voile-critiques-hollande-iran_n_4322503.html?utm_hp_ref=france)

Il y a belle lurette que nous sommes habitués aux formules à l’emporte-pièce de Christine Boutin : ne déclarait-elle d’ailleurs pas que les attentats du 11-Septembre avaient pu être commandités – si je puis dire – par G. W. Bush ? (http://www.lemonde.fr/societe/article/2007/07/05/christine-boutin-rattrapee-par-ses-propos-controverses-sur-le-11-septembre_931861_3224.html) Christine Boutin est aujourd’hui, encore plus qu’hier, disqualifiée pour prétendre à concourir à quelconque élection future.

Parallèlement, pendant que Christine Boutin se voilait pour vomir son ressentiment à l’égard du chef de l’Etat et du mariage pour tous, Dominique Bertinotti, ministre déléguée à la Famille – qui a défendu le mariage pour tous –, dévoilait dans les colonnes du Monde être atteinte d’un cancer du sein (http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/11/22/dominique-bertinotti-j-ai-un-cancer_3518536_3224.html), non par impudeur mais pour faire avancer les mentalités d’une société qui condamne un peu rapidement les malades à l’impuissance et qui persiste toujours à mettre pudiquement un voile sur le nom d’une maladie qui fait peur, préférant les termes de « longue maladie » (comme pour le regretté Georges Lautner, disparu ce vendredi).

Etrange simultanéité de l’actualité qui met crûment en parallèle l’outrance de Christine Boutin d’un côté et le courage de Dominique Bertinotti de l’autre. S’il faut saluer la ministre déléguée pour cette révélation qui – soyons-en sûrs – aidera nombre de femmes à se faire dépister et, qui sait ?, changera le regard que nous avons sur les personnes atteintes d’un cancer, nous ne saurions trop conseiller à Christine Boutin de relire ces vers de Victor Hugo dans « Il fait froid », afin de changer son regard : « Crois à l’amour, toujours entier, toujours brillant sous les voiles ! A l’amour, tison du foyer ! A l’amour, rayon des étoiles ! »

Amoralité

Il faut bien la distinguer de l’immoralité, qui suppose que soient connues normes et valeurs pour être transgressées. L’amoralité, elle, en est une parfaite ignorance. Je suppose que s’est trouvé dans ce cas ce couple chinois qui a vendu sur Internet sa fillette pour s’acheter un IPhone, de coûteuses chaussures de sport ainsi que d’autres articles (Source : A.F.P., 18/10/2013).

Les œuvres d’art, dont au premier chef le cinéma, préfigurent très souvent ce qui se passe et se vérifie après leur parution. Elles sont à la fois miroir de la vie contemporaine, et prémonitoires de ce qui peut arriver. Ainsi la vente d’un enfant faisait le sujet du film des frères Dardenne, L’Enfant (2005) : le jeune père n’y avait pas l’air très affecté, et de comprendre même la réalité de ce qu’il faisait en vendant son enfant. À sa compagne il allait jusqu’à dire qu’elle pourrait en avoir un autre ! Je pense aussi à L’Appât, de Bertrand Tavernier (1995), où la jeune fille à la fin, après l’affreux assassinat dont elle a été complice, demande aux policiers si elle pourra être rentrée chez elle pour Noël ! Ou enfin à Benny’s Video, de Michaël Haneke (1993), où le jeune homme, rendu parfaitement insensible par l’omniprésence des écrans devant lesquels il passe son temps, en vient, à force de confondre le virtuel et le réel, à commettre un meurtre, et à la fin à dénoncer à la police ses parents qui pour lui venir en aide ont voulu dissimuler son forfait.
Le vertige nous prend, et une sorte de sidération, à voir ces sortes d’œuvres, et surtout à constater ensuite que la réalité peut parfaitement les vérifier. On peut faire effectivement argent et mépris de tout, y compris d’une vie humaine. Je ne sais si c’est l’ambiance générale qui y pousse, ou l’absence absolue dans certains cas d’éducation, de transmission de valeurs pourtant élémentaires. En tout cas il y a dans de tels cas une totale régression à l’état de nature, qui, elle, est parfaitement amorale, ignorant toutes normes et valeurs. Raison de plus pour bien écouter les artistes qui tels des médiums captent l’air du temps et la direction catastrophique où peut s’engager une société. Ce ne sont pas des amuseurs, et il faut les prendre au sérieux.

« La vieillesse est un naufrage… »

Cette phrase de Chateaubriand, dans les Mémoires d’outre-tombe, reprise par le général de Gaulle (« La vieillesse est un naufrage. Pour que rien ne nous fût épargné, la vieillesse du maréchal Pétain allait s’identifier avec le naufrage de la France », Mémoires de guerre, L’Appel), est sans doute la phrase du jour !

Car, qu’a-t-on vu, aujourd’hui ? Un ancien président de la République, diminué, se servant de son successeur comme appui, lequel successeur rassemble à peine 20 % d’opinions favorables, selon les derniers sondages… Lequel des deux s’appuient sur l’autre ?…

On sait l’ancien maire de Paris aux prises avec une forme de maladie d’Alzheimer, marchant à petits pas, une canne dans la main droite, la main gauche appuyée sur l’épaule d’une bonne âme… Cela se passait aujourd’hui, au sein de la Fondation Jacques-Chirac au musée du Quai Branly, laquelle fondation remettait un prix au docteur Mukwedge, pour son travail contre les violences faites aux femmes en RDC. En présence de l’actuel chef de l’Etat.

Les deux hommes sont affaiblis, incontestablement. Les deux hommes ont pour terre d’élection la chère Corrèze, qui les a fait roi, qui les a portés sur les marches du palais de l’Elysée… Destins singuliers, destins communs ?

Par bonheur – à ce jour –, François Hollande n’a jamais usé d’emplois fictifs à la mairie de Tulle ou au Conseil général de la Corrèze. Par bonheur, François Hollande n’a jamais été condamné à deux ans de prisons avec sursis pour usage d’emplois fictifs, justement. Mais politiquement, les deux hommes, au pouvoir, ont des trajectoires parallèles : même immobilisme, même surdité vis-à-vis des demandes populaires, même « récupération » d’événements sportifs : en 1998, Jacques Chirac s’est servi politiquement, pour se refaire, de la victoire des Bleus lors de la Coupe du monde de football ; il y a deux jours François Hollande filait la métaphore avec la victoire – inespérée – des mêmes Bleus lors du match les qualifiant pour le prochain open à Rio l’an prochain… François Hollande, coatch de l’équipe France ?

Et ce soir, le même François Hollande remettra les insignes de Grand-Croix de la Légion d’honneur à… Line Renaud, fervente chiraquienne s’il en est… Le diable se niche, selon l’adage, dans les détails… Faut-il croire en une réélection de François Hollande en 2017 ? Si je croyais au hasard, je dirai oui !

La réforme fiscale, tant promise et jamais appliquée, se fera « sur toute la durée du quinquennat ». Réclamée à cor et à cri par tout à chacun, sera-t-elle la seule réforme d’envergure de l’actuel président de la République ? Il faut espérer que non. N’a-t-il pas été élu – lui comme ses prédécesseurs (quand ils ne prônaient pas la rupture) – pour « changer » les choses ?

Et pourtant, comme Jacques Chirac, François Hollande sera sans doute « empêché » d’être réélu (car Bernadette Chirac – selon certaines biographies et documentaires autorisés – espérait que son mari se représente en 2007…). Le porte-parole des députés PS, Thierry Mandon – selon L’Express – prétend qu’« il sera quasi impossible de reconquérir l’électorat qui avait voté pour François Hollande en 2012 mais s’en est détourné, ces derniers mois, en raison de mesures impopulaires : ‘L’ouvrier qui a perdu la défiscalisation de ses heures supplémentaires ou dont les aides au logement ne seront pas revalorisées en janvier, ce n’est pas seulement à la prochaine élection qu’il ne votera pas pour nous. On l’a perdu pour vingt ans, pour toute sa vie d’électeur!’ » (http://www.lexpress.fr/actualite/politique/impopularite-de-francois-hollande-des-electeurs-perdus-pour-toujours_1301348.html#1vwjmTYYGURcKbEl.99)

C’est dire si même dans la majorité, plus personne n’y croit… Et pourtant, il faut tout de même y croire. Après tout, « si vous avez de la foi gros comme un grain de sénevé, vous direz à cette montagne : déplace-toi d’ici à là, et elle se déplacera, et rien ne vous sera impossible » (Mt 17, 20-21) ou encore : « Pour vous, impossible, mais non pour Dieu : car tout est possible pour Dieu » (Mc, 10, 27).

N’est-ce pas un peu de foi qu’il manque à nos politiques et à nos concitoyens ? Les Bleus, il y a deux jours, n’en avaient-ils pas un peu ? Sans doute. Et c’est cette foi qui les a sauvés. Et que dire de Jacques Chirac, apparaissant en public et faisant montre de ses faiblesses aux Français « qu’[il] aime » ? Ayons foi en nous et la France – tournant le dos au naufrage – sera sauvée.

Prostitution

Contre une proposition de loi qui prévoit, pour éradiquer la prostitution, de pénaliser le client, un manifeste des « 343 salauds » vient de paraître. Il s’inspire évidemment du « Manifeste des 343 salopes », signé en 1971 par des femmes ayant avorté, alors que l’IVG était encore passible de poursuites (Source : A.F.P., 30/10/2013).

J’admire l’assurance des promoteurs de cette loi, qui ne se sont pas rendu compte de l’extrême complexité de la question. D’abord il eût fallu bien distinguer les prostituées contraintes, et pour cela pourchasser impitoyablement les réseaux qui les exploitent, des prostituées volontaires. Il est évident que dans ce dernier cas la loi est un obstacle à leur liberté. En outre, comment repérer qu’un couple appréhendé a des relations tarifées ? Il pourra toujours le nier, et comment prouvera-t-on le contraire ? Se pose ici le même problème que celui de l’incrimination pour « devoir conjugal » non accompli, dont j’ai traité dans mon billet « Obligation  » (Golias Hebdo, n°215). Pourquoi la justice, en-dehors évidemment des cas de violence hautement punissables, devrait-elle toujours se mêler de la vie privée ? Le même problème d’immixtion s’était posé déjà à propos d’un projet de loi voulant interdire de donner une fessée aux enfants (voir mon billet « Angélisme  », dans le n°111 de Golias Hebdo).
Bien sûr, on va produire des arguments moraux : il est déshonorant de vendre son corps. Mais l’est-il plus que de vendre son temps, sa substance, physique ou intellectuelle, dans un travail salarié que l’on subit, et dont on ne tire aucune gratification pour son âme ? Où est la supériorité de ce dernier cas, par rapport à celui de rapports sexuels contractuels entre deux adultes consentants ?
De ce point de vue, on peut comprendre qu’une prostituée puisse venger, en faisant ce choix, toutes ses sœurs miséreuses et exploitées, qui n’ont pu comme elle « sortir du ruisseau » : voyez là-dessus Nana, de Zola.
Et aussi, que penser de certaines femmes dites honnêtes ? Les vraies prostituées, dit Brel dans L’Air de la Bêtise, sont celles qui se font payer pas avant mais après. Et enfin, que savons-nous des destins, pour ainsi les juger ? Telle prostituée eût pu être notre mère, comme dit Brassens dans sa Complainte des filles de joie
Toute initiative pour protéger les prostituées, leur sécurité et leur condition sanitaire par exemple, est évidemment bienvenue. Mais la judiciarisation systématique des conduites à laquelle on assiste aujourd’hui pèche par son systématisme, son traitement simpliste de questions autrement plus compliquées.

Bananes : France Inter rallume le bastringue

Et c’est reparti. Les semaines se suivent, et se ressemblent. C’est France Inter, qui remet dès 8 heures deux thunes dans le bastringue Taubira, avec une déclaration exclusive de Le Pen (Jean-Marie).

« Elle n’a certainement pas été choisie à cause de son patriotisme, elle est anti-française. Parce qu’elle était indépendantiste, elle voulait chasser la France de la Guyane. Ce ne sont pas non plus ses talents de juriste qui l’ont fait désigner. Je pense qu’elle a été choisie parce qu’on pensait que sa couleur pourrait lui servir de bouclier quand elle aurait à proposer des choses absolument inacceptables. Ça n’est pas la première fois que c’est fait dans la politique française ». Le Pen (Jean-Marie) assistait au lancement de la campagne FN pour les municipales. La phrase diffusée par France Inter n’a pas été prononcée à la tribune. C’est la journaliste de France Inter, qui est venue le chercher dans son coin de salle, et a branché le vieillard sur le cas Taubira.

« Attendons maintenant les réactions, qui ne vont pas manquer » conclut, gourmand, le présentateur de France Inter. Oui, attendons donc de pied ferme, micro en main : elle n’est pas mécontente, la radio publique, de créer le buzz du matin, en faisant déraper l’octogénaire Le Pen, qui ne demande que ça. Trente ans que ça marche, trente ans qu’ils se tiennent la main bien serrée, Le Pen et les traqueurs de phrases qui tuent, on ne change pas une recette qui gagne.

Irréprochables, les journalistes d’Inter. Leur reprocherait-on d’alimenter le bastringue, leur réponse, j’imagine, est toute prête : mais enfin, Le Pen (Jean-Marie) est toujours président d’honneur du parti. C’est une personnalité qui compte. En lui donnant la parole de temps en temps, nous déjouons la stratégie de dédiabolisation entreprise par sa fille. Nous grattons le vernis. Nous montrons que le FN n’a pas changé. On fait notre boulot. Etc etc. Tous arguments, par ailleurs, recevables. Ce qui n’empêche qu’on n’a aucune envie de commencer la semaine comme la dernière s’est terminée.

Le feuilleton bananier de Taubira ne sert pas seulement de fumigène pour masquer d’autres questions (comme les opaques négociations transatlantiques sur le libre-échange, voir notre émission de la semaine). Il fait aussi office de fumigène sur la politique effectivement menée par la ministre de la Justice. Pendant qu’ils jettent des bananes à leurs lecteurs, les medias évitent par exemple de mentionner les sévères critiques adressées à Taubira par le principal syndicat de magistrats, et notammment sur sa frilosité sur la réforme du Conseil Supérieur de la Magistrature. Ils évitent même de donner trop d’écho au nouveau buzz anti-Taubira qui enfle sur la twittosphère : la ministre interdirait qu’on géolocalise les trafiquants de drogue. Sur cette dernière impasse, rassurons-nous : ce n’est certainement que partie remise. Si vous voulez prendre de l’avance, et tout savoir sur la circulaire de la chancellerie, interdisant aux parquets de faire placer des balises sous les voitures des trafiquants de drogue, conformément à un arrêt de la Cour de cassation, anticipez : tout est très bien expliqué ici.

Par Daniel Schneidermann le 18/11/2013

Wisques : une OPA bien dirigée

L’abbaye Saint-Paul-de-Wisques (Pas-de-Calais), abbaye-fille de Solesmes, a vu débarquer le 10 octobre 2013, treize Frères de Fontgombault.

Les Bénédictins de Fontgombault (Indre), traditionalistes et adeptes du rite tridentin, sont réputés pour pencher du côté du Front national. Une véritable OPA à Wisques qui a provoqué le départ de plusieurs moines présents jusque-là dans l’abbaye. Ils ont trouvé refuge dans d’autres monastères de la famille de Solesmes. Alors que certains annoncent la résurrection de Saint-Paul-de-Wisques grâce à ses nouveaux occupants, on peut regretter le développement d’un tel mouvement conservateur et saluer le choix des moines qui ont préféré partir.

Iran : la France provoque l’échec des négociations de Genève

Les trois jours de négociations avec l’Iran, sur la question du nucléaire iranien, se soldent par un échec. Provisoire, espérons-le, puisque les échanges doivent
reprendre le 20 novembre.

Les cinq membres du conseil de sécurité de l’ONU et en plus, l’Allemagne
(5 + 1), se sont retrouvés face au ministre des Affaires étrangères iranien, Javad Zarif. Si les négociations sont tenues secrètes, on obtint pourtant des informations et elles étaient si bien avancées que, vendredi 8 novembre, John Kerry, en tournée au Proche-Orient, revenait à Genève et soulignait les progrès réalisés. Manifestement, la Maison blanche souhaitait un accord et était prête à envisager un assouplissement des sanctions contre l’Iran, comme le demandaient les Iraniens. Avec la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, les États-Unis semblaient prêts à accepter que l’Iran soit un pays doté du nucléaire civil et d’une capacité d’enrichissement d’uranium, tout en bloquant le volet militaire. Le ministre iranien n’avait pas exclu une suspension partielle de l’enrichissement de l’uranium à 20 %, seuil décisif pour fabriquer une bombe.

Une concession impensable avant l’accession du président iranien Hassan Rohani au pouvoir. Vendredi soir, 8 novembre, un accord semblait à portée de main et l’édition internationale du New York Times, samedi 9 novembre, pouvait titrer : «  L’accord nucléaire avec l’Iran est décrit comme quasiment conclu.  » Vendredi 8 novembre encore, le Premier ministre israélien, Benyamin Netahyahu, tonnait contre un éventuel accord avec l’Iran qui « obtiendrait tout sans rien payer ». Et d’affirmer qu’Israël n’était pas tenu par cet accord qui serait «  une erreur historique ». Benyamin Netahyahu ajoutait qu’Israël « se réserve toujours le droit de se défendre lui-même, par ses propres moyens, contre toute menace ». […]

[lire l’intégralité de notre article dans Golias Hebdo n° 311]