Prêtre

Je viens de voir l’excellente émission diffusée sur Arte le 22 octobre dernier, Mea maxima culpa, sur le scandale des prêtres pédophiles, et l’omerta dont l’Institution ecclésiale les a couverts. On y voyait bien que le prêtre n’était pas considéré comme un homme ordinaire, qu’il bénéficiait de la part des fidèles d’une aura quasi sacrée. L’Église aussi, une fois les crimes mis au jour, n’a pas eu pendant longtemps un seul mot de considération pour les victimes, mais s’est contentée de dire que de tels comportements n’étaient pas dignes de la fonction du prêtre ! D’ailleurs sa conduite ne relève pas selon elle des lois civiles, mais du seul droit canon, et du tribunal qu’elle dresse elle-même, « en interne », avec interdiction absolue de divulguer ce qui s’y passe.

On voyait dans le film des plans où s’effectue la consécration de l’hostie, donc où s’opère la transsubstantiation eucharistique, via les mains et la bouche du prêtre. Manifestement celui-ci est un thaumaturge, et le respect qui lui est dû tient au surnaturel, au miracle qu’il opère, au nom du « Mystère de la foi ». La considération dont il bénéficie est à l’image de ce qu’il est censé produire. En fait, il n’a de prestige que celui que nous lui donnons. Je pense à ce qu’écrit Voltaire, dans Œdipe : « Nos prêtres ne sont pas ce qu’un vain peuple pense : / Notre crédulité fait toute leur science. »

Mais bien avant lui, Luther avait défendu l’idée de « sacerdoce universel » : pour lui, tout croyant baptisé était un prêtre. Jamais en monde protestant le pasteur n’est un thaumaturge. Nulle hiérarchie n’y existe. C’est ce que Boileau a bien vu : « Tout protestant fut pape une Bible à la main. » Le sacrement administré en tant que processus magique y est inconnu. L’absolution par exemple, qui fait dire au prêtre : « Je t’absous, etc. », n’y a pas son équivalent. Tout au plus un pasteur dirait : « Que Dieu te pardonne ! » Et pourtant, souvenons-nous que Louis XIV tremblait devant son confesseur ! Tant est grande la peur infantilisant les uns, et le désir de pouvoir des autres, manifesté par le chantage aux sacrements !

Il est temps de considérer le prêtre comme un homme comme les autres, et l’Église, non comme une Institution de fonctionnaires cherchant à persévérer dans son être, fût-ce en étouffant des scandales, mais comme la simple assemblée des croyants.

Politique familiale : un changement de cap mais sans réforme fiscale d’ensemble

Le plan gouvernemental, en matière de réforme de la politique familiale, tel qu’il a été voté récemment à travers le projet de budget 2014 vise l’équité prestataire. Il propose des mesures justes mais insuffisantes sans une réforme fiscale d’ensemble. Analyse.

Pendant tout une partie de son quinquennat, le président Sarkozy n’a eu de cesse de baisser les allocations familiales en modifiant leurs modes de calcul puis de s’en servir comme un outil de stigmatisation vis-à-vis des pauvres ou des populations immigrées. La réforme de la politique familiale du gouvernement Ayrault, votée ces dernières semaines à travers le projet de budget 2014, marque un changement réel grâce à des actions mieux ciblées et une redistribution des prestations familiales des ménages plutôt aisées vers les familles modestes qui en ont le plus besoin.
Toutefois, à l’instar de réformes récentes (système bancaire, retraite, logement), la réforme pâtit d’un manque de souffle et d’une vision globale. En fermant la porte à une réforme fiscale d’ampleur, progressive et redistributive ou en refusant d’élargir le financement de la protection sociale aux revenus du capital, le gouvernement se prive d’importantes marges de manœuvres financières.

La relance de l’activité et la compétitivité des entreprises (n’en déplaise au MEDEF) passe par une meilleure protection sociale, notamment en termes de conciliation vie familiale-vie professionnelle qui constitue une des finalités de la politique familiale. De même, la baisse du taux des cotisations patronales famille promise par le Premier ministre ne doit pas être financée par les ménages mais doit être strictement compensée au travers d’une hausse du salaire brut qui préserve le salaire net. Face à la radicalisation du patronat qui fait le siège de Bercy pour obtenir des baisses d’impôts et de cotisations, autant dire que la décision du Premier ministre est très attendue et que les organisations syndicales risquent de ne pas lui faire de cadeau.
[lire l’intégralité de notre dossier dans Golias Hebdo n°309]

L’Église belge et les crématoriums

La Conférence épiscopale de Belgique vient d’annoncer sa décision de ne plus envoyer de prêtre ou de diacre dans les crématoriums, pour des célébrations religieuses à partir de 2015.

Ainsi, à cette date, les prêtres pourront prononcer de petites prières (10 minutes et pas plus!) mais ne pourront plus tenir d’offices complets dans les crématoriums alors que c’est actuellement le cas pour quatre crémations sur dix. Une décision que l’on ne peut analyser autrement que sous l’angle d’un repli idéologique. Il ne faut donc pas s’étonner que certains cimetières pleurent la désertion au Québec ou ailleurs (voir plus haut) quand l’institution creuse un fossé avec ses ouailles.

Syrie  : les chrétiens mais aussi les autres minorités en danger

« Les chrétiens d’Orient, partout d’ailleurs, non seulement sont menacés mais sont pourchassés, liquidés. Cela ne peut être accepté ni par la France compte tenu de sa tradition ni par la conscience universelle  », déclarait Laurent Fabius, le 30 septembre dernier, devant l’Assemblée nationale. Si nous avons de bonnes raisons de nous intéresser particulièrement au sort des chrétiens en Syrie, toutes les autres minorités du pays sont menacées  : chiites, alaouites, druzes, kurdes. Menacées par les djihadistes sunnites qui gagnent du terrain au sein de la rébellion.

Dans toutes les zones qu’ils contrôlent, ces organisations djihadistes pratiquent le pillage et enlèvent des femmes. A la fin de juin dernier, le Front al-Nosra, proche d’Al Qaida, décapitait trois chrétiens dont un franciscain, le père François Morad. L’exécution fut filmée. Les assassins qui n’avaient pas l’accent syrien seraient peut-être des Tchéchènes. Au début d’août, le Front al-Nosra ainsi que «  l’État islamique d’Irak et du Levant  » (EIIL), autre organisation d’Al Qaida, ont massacré 450 civils kurdes, dont 300 femmes et vieillards ainsi que 120 enfants, dans un village de la région d’Alep. Nos médias n’en ont pas parlé  : ce ne sont pas des chrétiens. [lire l’intégralité de notre article dans Golias Hebdo n°309]

L’affaire de Limbourg : la face émergée de la puissance financière de l’Eglise allemande

Le prestige et le renom de l’Eglise catholique qui est en Allemagne ne sont plus à souligner. Ce n’est certainement pas pour rien que cette nation a donné un pape en la personne de Joseph Ratzinger. La puissance et la rigueur de son organisation, l’ampleur et la diversité de son travail théologique mais aussi sa sensibilité liturgique font de l’Allemagne un pays à part dans la galaxie catholique.

Géant aux pieds d’argile, le catholicisme allemand brille par l’intelligence de ses théologiens mais pèche par ce qui est sa force apparente même. En l’occurrence une hyper-organisation bureaucratique et administrative, mais aussi des ressources financières considérables et parfois opaques. Le récent scandale de l’évêque de Limbourg, (cf. Golias Hebdo n° 308) aux goûts de luxe, désormais suspendu mais non révoqué par le pape François, attire l’attention de tous sur une situation à l’échelle nationale, certes diversifiée, mais irréductible à l’anecdote. Une enquête pointilleuse menée récemment par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel confirme l’ampleur d’un mal mais aussi le caractère étonnant parfois de ressources surabondantes si considérables qu’il devient aléatoire d’en dresser l’inventaire. Tandis que le pape François souhaite une Eglise des pauvres et même une Eglise pauvre, le fonctionnement de l’institution catholique allemande et ses dérives donnent un signe négatif. Les scandales présents ne sont que la face émergée d’un iceberg très important. Le Titanic des réformes annoncées par François s’y fracassera-t-il ?

[lire l’intégralité de notre dossier dans Golias Hebdo n°309]

Diocèse de Saint-Claude : la scandaleuse éviction d’un candidat au diaconat

Nous vivons depuis quelques jours une grande souffrance dans notre
diocèse de Saint Claude (Jura). Depuis plusieurs années, l’un de nos amis, Patrick, chemine vers le diaconat. Patrick est quelqu’un d’extraordinaire qui a l’Evangile ancré en lui. Infirmier d’abord, il a ensuite repris des études de psychologie et est maintenant psychologue. Il travaille beaucoup auprès des plus pauvres qui sont sa priorité.
De tout temps avec son épouse, il s’est engagé en Eglise, longuement au
sein du CLER (organisme de formation lié à l’église catholique), puis au niveau paroissial et parfois diocésain. C’est une personne solide, priante, sûre et humble… Il est aussi très inventif.

Nous pensons que son seul tort au regard de l’Eglise diocésaine, c’est qu’il dit ce qu’il pense et n’hésite pas à dénoncer les injustices… Il est tout simplement un homme « libre ». Après sept années de réflexion, de formation, d’accompagnements, il a été institué lecteur, puis acolyte en décembre dernier. L’ordination diaconale devait avoir lieu avant Noël. A la fin du mois de septembre, notre évêque (Mgr Jordy) a reçu chacun des futurs diacres. Et sans explications réelles, il a annoncé à Patrick et son épouse que le conseil avait décidé de ne pas l’ordonner… Tous ceux qui l’aiment, qui le connaissent, qui l’ont accompagné sont sidérés. Nous ressentons exactement la même chose que lorsque Jacques Gaillot a été « destitué » en janvier 1995. Il est réellement (et nous le sommes tous) dans l’incompréhension totale. Il est, au jour d’aujourd’hui, « en ruine » (ce sont ses termes)… Il ne souhaitait pas être diacre par ambition ou pour assouvir une vocation sacerdotale manquée. Pas du tout… Il a été appelé par le diocèse. Il s’est beaucoup interrogé avant d’accepter. Il a beaucoup prié. C’est réellement un vrai disciple du Christ. Nous en sommes témoins. On lui reproche, semble-t-il, de ne pas être assez « institutionnel »… Mais, si tant est que ce soit vrai, il l’était déjà lorsque, il y a sept ans, il a été interpellé pour démarrer sa démarche vers le diaconat.

Trop « dérangeant » et trop libre

Nous pensons surtout qu’il était trop « dérangeant » pour notre Église diocésaine. Ne pas être trop « institutionnel » dans une Église qui souhaite toucher la « périphérie », n’est-ce pas justement une chance ? Car c’est bien souvent cette institution que les personnes sur le seuil rejettent en bloc. Tout cela ne ressemble-t-il pas à un abus de pouvoir ? Comme beaucoup, nous ne nous reconnaissons pas dans cette Église-là, qui, en plus du drame provoqué par une telle annonce, ne se soucie absolument pas des conséquences sur les personnes.

Permettez-nous de citer notre pape François : « Je rêve d’une Église mère et pasteur. Les ministres de l’Église doivent être miséricordieux, prendre soin des personnes, les accompagner (…) Les évêques, particulièrement, doivent être des hommes capables de soutenir avec patience les pas de Dieu parmi son peuple, de manière à ce que personne ne reste en arrière, mais aussi d’accompagner le troupeau qui a le flair pour trouver de nouvelles voies. Au lieu d’être seulement une Église qui accueille et qui reçoit en tenant les portes ouvertes, efforçons-nous d’être une Église qui trouve de nouvelles routes, qui est capable de sortir d’elle-même et d’aller vers celui qui ne la fréquente pas, qui s’en est allé ou qui est indifférent. Parfois celui qui s’en est allé l’a fait pour des raisons qui, bien comprises et évaluées, peuvent le conduire à revenir. Mais il y faut de l’audace, du courage. » Bien sûr, les réactions de soutien sont multiples. Heureusement…

Mais nous pensons qu’il faut vraiment dénoncer ces agissements autoritaires qui n’ont rien à voir avec l’église de Jésus-Christ.

Collectif jurassien

Caisse des cultes : Ce qui était vrai hier, aujourd’hui ne l’est plus et depuis longtemps

En 2006 sous le titre « pour une réflexion éthique et spirituelle sur notre participation à la Cavimac», les diocèses, les congrégations et les monastères, justifiaient ainsi leurs demandes d’Allocations de solidarité aux personnes âgées (Aspa, à savoir l’ancien Fonds de solidarité vieillesse FSV) : « Il est, à ce titre, tout à fait légitime de demander à bénéficier du FSV. En offrant, aux adhérents à la Cavimac, la possibilité de bénéficier de ce fonds, la collectivité nationale reconnaît tout ce que la vie des religieux (ses) ou des ministres du culte a pu apporter à la construction du lien social et au capital social national ».

Comme autrefois le fonds de solidarité vieillesse, l’Aspa, assure aux bénéficiaires le minimum vieillesse (9 447,21 € par an, 787,26 € par mois) pour une personne seule, normalement récupérable sur l’héritage.
Les religieux (ses) ont-ils vraiment un droit à puiser dans les fonds de la collectivité nationale ? (section 1). Comment le « crédit » dont le culte pouvait se prévaloir, a-t-il été épuisé au fil des ans ? (section 2) Certes les finances se tendent partout, mais il est encore temps de redresser la situation (section 3)
L’apport des religieux à la « construction du lien social, et au capital social national » !
La formule est ciselée. Mais les ONG et de très nombreuses autres structures n’auraient-elles pas un droit égal à une telle « revendication », de même que les syndicats, au-delà de toutes les critiques formulées à leur égard notamment dans le monde cultuel, et pourquoi pas les partis politiques ? De même tant et tant d’associations loi 1901. Toutes ces structures « osent-elles » justifier par ce biais, des recours au minimum vieillesse  et aux aides sociales pour leurs membres ?
À vrai dire une telle revendication ou prétention, pouvait de fait être formulée en 1977. Ainsi Francis MONTES défendait le point de vue suivant : « Je soutiens que la Sécurité sociale avait réalisé des milliards de francs d’économies, par le fait que tous les religieux, infirmières, assistantes sociales, aides-soignantes hospitalières, etc. ne percevaient pas de salaires mais seulement une prime de vestiaire minimum. Leurs activités ne pesaient donc pas, sauf de façon insignifiante, sur les prix de revient des hôpitaux, des dispensaires etc

Une revendication pouvait donc être légitime dans le passé. De même, en remontant plus haut, les congrégations ont été à l’origine des écoles de filles au XIXe siècle, et plus généralement les congrégations masculines et féminines, et dans les diocèses les vicaires-instituteurs ont beaucoup contribué à l’instruction des enfants pauvres, de mêmes les actions de patronage, et la formation militante dans les campagnes et les milieux urbains. De même encore les expropriations de la Révolution et celles de 1905, ont pu s’en prendre injustement à des patrimoines immobiliers. Mais sans vouloir être désobligeant ni manquer de reconnaissance, tout cela est du passé… Ces œuvres sont aujourd’hui tenues par des laïcs, et des ONG tels le Secours catholique, le CCFDT, les Restos du Cœur, Les Conférences Saint-Vincent-de-Paul, le Secours Populaire, sans oublier l’ensemble des milieux associatifs.

Certes les diocèses et les congrégations apportent parfois à ces structures des locaux, de la logistique, une aide médiatique, des « dons » défiscalisables . Mais tout cela les laïcs le font aussi ! Et pourtant ils ne prétendent pas avoir un droit de ponction sur le minimum vieillesse au prétexte de « construction du lien social, et de ponction qui serait justifiée, sur le capital social national ».
Enfin, et ce point mérite d’être rappelé, lorsqu’on prétend à la reconnaissance pour la « construction du lien social », et à un droit sur le « capital social national », on peut attendre du culte catholique comme de tous les autres acteurs, un minimum d’autocritique. La Hiérarchie catholique pense avoir des leçons à donner à tous les autres acteurs (cf. le petit opuscule de 1980, la Sécurité sociale et ses valeurs). Or s’agissant de la construction du lien social elle a souvent été du côté des « pouvoirs », ses écoles n’ont pas toujours été très ouvertes à la liberté de conscience, ses hôpitaux et ses cliniques validaient les souffrances au nom du sacrifice, sa morale sexuelle culpabilisait, son paternalisme refusait de prendre en compte une authentique libération des pauvres et des employés dans le jeu économique. Prétendre à l’actif du « capital social national » oblige à prendre en compte les passifs qui peuvent être légitimement reprochés par les autres acteurs de ce « capital ».

Un « crédit » largement épuisé et confisqué !

Il convient en effet de remettre les pendules à l’heure et de voir ce qui s’est passé de 1977 à 2013. À l’ouverture des débats parlementaires de 1977, les diocèses et les supérieurs majeurs étaient d’accord pour accepter des cotisations permettant une retraite égale « au minimum vieillesse ». Mais c’était sans compter sur le lobbying des petites congrégations, des monastères et des communautés nouvelles. Ces dernières, compte tenu de la jeunesse de leurs effectifs, estimaient qu’elles n’avaient pas à payer des cotisations vieillesses pour les diocèses et les congrégations dont les effectifs étaient nettement plus avancés en âge !

Ce lobbying organisé fut relayé à l’Assemblée par le député Foyer, pourtant auteur d’un premier projet de loi où il avait demandé, comme base de la retraite future, le « minimum vieillesse ». Il obtint de la majorité parlementaire dont il était membre que cotisations et prestations soient alignées sur « l’Allocation aux Vieux Travailleurs Salariés (AVTS) (moitié moins que le minimum vieillesse). Il obtiendra par la suite, et contre l’avis des parlementaires, que les cultes formés en majorité de « célibataires » soient dispensés des cotisations « allocations familiales » : situation contradictoire pour quelqu’un qui se nomme « Foyer » ! et qui perdure aujourd’hui y compris pour les ministres et membres mariés… (1)
Dès sa constitution le conseil d’administration de la caisse des cultes s’organise en absence de paritarisme : la toute puissance est donnée aux points de vue des collectivités religieuses (= employeuses) au détriment des assurés sociaux (= salariés) à la différence de ce qui se produit partout ailleurs. Ainsi l’absence de contre-pouvoir conduit-il à privilégier un seul point de vue. Le détricotage du modèle de la sécurité sociale créé en 1945 va suivre son cours : d’abord les congrégations obtiennent le droit de bénéficier du « minimum vieillesse » sur le Fonds de la Solidarité nationale sans contrepartie. Ensuite les engagements devant les parlementaires de mise en place d’une retraite complémentaire et du relèvement progressif de la retraite de base pour la faire passer de l’AVTS au minimum vieillesse ne seront jamais tenus. Très vite le culte catholique dénature la loi du 2 janvier 1978 en faisant de la Sécurité sociale des cultes, son pré carré: il prétend imposer ses règles canoniques pour affilier ses membres ou les en exonérer. Quant aux autres cultes ils peuvent prétendre à la Cavimac (pourtant laïque), mais aux conditions que le culte majoritaire établit. Enfin le principe d’assurance, qui est au centre de la Sécurité sociale, est dévoyé par la Cavimac au profit de l’assistance : le culte privilégie les aides, c’est un retour à la charité, et une négation de la solidarité.ii
Dans le même temps les congrégations font la promotion des « fonds éthiques ». À l’origine de cette grande aventure boursière la sœur Nicole REILLE qui justifie ainsi sa croisade : « Les retraites des religieuses âgées sont loin de couvrir les frais liés à leur prise en charge dans des maisons de retraite, d’autant que beaucoup d’entre elles sont de plus en plus dépendantes. (…). C’est pour faire face à ce double enjeu que nous avons été amenées à recourir à des produits financiers, en vendant des immeubles ou des institutions dont nous ne pouvions plus assumer la charge, par exemple des établissements d’enseignement ou des dispensaires. Nous avons placé une partie de cet argent en obligations et une partie en actions, car sur le long terme cela s’avère plus intéressant, malgré les crises comme celle que nous avons connue dernièrement. »

Certes mais est-ce que la première « éthique » à respecter n’était pas celle des cotisations sociales que précisément les congrégations refusaient d’apporter à la Sécurité sociale, tout en réclamant, sous prétexte d’indigence, les avantages mais sans les contraintes ?

Le Grégorien rapporte !

Il serait injuste de dire que congrégations et diocèses vivent richement, mis à part les diocèses de Paris, de Lyon, de Lourdes (Strasbourg et Metz bénéficiant pour leur part du régime concordataire). Partout les finances deviennent tendues… Mais il reste cependant un patrimoine mobilier et immobilier que la ministre Cécile Duflot n’avait pas tout à fait tort de mettre sur la sellette le dernier hiver.
D’une façon générale, les monastères et les communautés religieuses attirent une clientèle nostalgique du chant grégorien, d’une liturgie monacale, du silence propice au ressourcement. Une clientèle fidèle apporte des dons défiscalisés, des legs, des honoraires de messes. Les « séminaires d’entreprise » dans les monastères deviennent tendance… Les produits monastiques ont plus que le label « bio », ils ont celui-là et la spiritualité en plus ! Les productions livresques, journalistiques, artistiques bénéficient automatiquement de la bienveillance de Bayard Presse, Fleurus et autres. De même au niveau des diocèses la plume des évêques est saluée… et rémunérée. Il suffit d’être couvert par la hiérarchie catholique pour figurer dans le catalogue et surtout dans les bons emplacements de la « Procure » de Paris et de toutes les autres de province.

Les vieux prêtres reçoivent chaque jour leurs honoraires de messes, tout cela étant non déclaré. Des maisons de retraites montées et souvent financées en grande partie par la Cavimac bénéficient du « forfait soin hospitalier », et dans les communautés « le forfait soin infirmier » rémunère le service des frères et sœurs valides au profit des frères et sœurs malades: les époux ou épouses qui soignent leurs conjoints à domicile seraient après tout recevables de la même prestation. Mais c’est une spécificité de la Caisse des cultes !

Enfin, au niveau de la Cavimac il y a 3,5 fois plus de « pensionnés » que de « cotisants » : les actifs des autres régimes compensent. Alors le culte catholique « canonise » la Sécurité sociale à la française puisque depuis 1979 son budget est équilibré grâce à la solidarité du Régime général et des autres Caisses excédentaires. Mais il y a plus : depuis 1988, pour la maladie, et 1998, pour la vieillesse, la Caisse des cultes jouit du privilège de voir son déficit comblé « en tant que de besoin » c’est-à-dire bien au-delà du droit légitime de toutes les Caisses de Sécurité sociale à bénéficier de la « compensation démographique » : un droit au déficit toujours gentiment négocié avec la Direction de la Sécurité sociale.(3)
Mais au fait que deviennent ces noviciats transformés en maison de retraites pour nos prêtres, nos religieux et nos religieuses, aujourd’hui très âgés ? Ils sont progressivement cédés au « marché lucratif» de la dépendance et des « maisons de retraite ». Comme autrefois pour des cliniques, de grands groupes financiers achètent les lits qui se vident « des vocations consacrées ». Est-ce qu’une autre approche de la CAVIMAC par le culte catholique ne permettrait pas de revenir aux fondamentaux de la Sécurité sociale, et au vœu du Père Michel BRION : « pouvoir dire un jour: nous demandons l’aide de la Nation, mais ce que nous avons – nous le donnons », et il redit le scandale qu’il a si souvent dénoncé : « Je n’ai jamais compris comment on a pu pendant tant d’années accepter que prêtres, religieux et religieuses, dont on proclamait à tout vent, pour les faire exempter de tout assujettissement aux organismes de Sécurité sociale, qu’ils étaient membres de collectivités solidaires, devinssent soudain des individus sans aucune ressource le jour où l’âge leur permettait de faire une demande d’allocation… C’était bien commode de toucher sans avoir jamais rien payé… »(4).

Notes :
1. Sur les cotisations que les cultes ne paient par rapport au RG voir : http://www.aprc.asso.fr/npds/article.php?sid=395&mode=&order=0&thold=0, un tableau est donné à la fin de cet article
2. Une autre réalité aurait pu être produite depuis 1998, les cultes exonèrent de cotisations les ministres du culte et membres de collectivités religieuses, travaillant à temps partiel + de 7544 Euros brut par mois : http://www.aprc.asso.fr/npds/article.php?sid=400&mode=&order=0&thold=0
3. Toute l’histoire de la Sécurité sociale des cultes de 1945 à 2009 est racontée dans le livre Jean Doussal, Eglise de France qu’as-tu fait de la Caisse des cultes, Golias, 2009, les thèses de ce livre ont été depuis confirmées par une Jurisprudence issue de la Cour de Cassation et le Conseil d’Etat
4. APRC, Livre Blanc, Retraite des Membres du Clergé et des Anciens Ministres des Cultes, 2ème tirage, APRC, 1994 p 122

Pied

On sera bien surpris à voir que nos contemporains en très grand nombre ont passé l’été 2013 à photographier leurs pieds, qu’ils ont exhibés ensuite sur Instagram. Il suffit de taper #Instapied sur Internet pour voir le résultat. Le pied s’y montre dans tous ses états, nu, chaussé, etc., à la grande jubilation des expéditeurs. Ils ont ici bien vérifié l’expression triviale : « prendre son pied. »

Comment a-t-on pu arriver à un tel narcissisme et à une telle ineptie ? Comment une civilisation qui a produit les plus grands artistes en est-elle venue là ? Et que diront sociologues et historiens qui plus tard se pencheront sur ce phénomène ? Ils concluront à un total abrutissement des esprits, à une totale déculturation, et ils auront raison. En vérité chacun, comme disait Warhol, peut avoir aujourd’hui son « quart d’heure de célébrité », fût-ce en exhibant ses pieds. Mais on oublie que quand tout peut arriver, et même de la plus idiote façon, plus rien n’est vraiment intéressant.
En fait, les commentaires postés sur le site en question le montrent, ce qui compte aujourd’hui est l’amusement, ce que Baudrillard appelait la fun morality. Notre époque voit la venue en masse du LOL, mot provenant d’Internet, et tiré de l’anglais Laughing Out Loud, « rire aux éclats ». Ce fameux LOL, ce rire débile devant n’importe quoi, touche même le monde des journalistes, pour qui les informations doivent faire rire plutôt qu’être sérieuses, comme le montre par exemple un excellent article de Télérama, « Les journalistes sont-ils des rigolos ? » (02/10/13, pp.34-36)
J’ai montré dans mon article Ironie (Golias Hebdo, n°273), que cette tendance actuelle n’a rien à voir avec le vrai humour, et qu’en réalité cette propension à se moquer systématiquement de tout recouvre en réalité un grand cynisme et un grand conformisme. Déjà Lipovetzky dans son Ère du vide avait relevé l’existence dans notre modernité de ce pseudo-humour euphorique et convivial, ne reculant pas devant la méchanceté gratuite, méprisante et rabaissante, pour caresser les gens « dans le sens du poil », par pure démagogie, en ne leur présentant que ce qu’ils attendent dans le plus bas côté de leur nature : « Il n’y a pas de grand homme pour son valet de chambre. » Peut-être… Mais il y a toujours des petits êtres qui se moquent de ce qu’ils ne peuvent pas comprendre.