Crise de la presse : une solution ingénieuse

Lecteurs qui hésitez encore à ouvrir Le Nouvel Observateur, qui vous demandez si ce journal est bien digne de votre attention, n'hésitez plus : c'est un journal sérieux. Et prestigieux. La preuve : son fondateur, Jean Daniel, vient d'être élevé par François Hollande au grade de Grand officier de la Légion d'Honneur. "La récompense que j'ai reçue ajoute au prestige du journal, explique l'heureux décoré dans une interview-choc au...Nouvel Obs. On se dira sûrement, Tiens, c'est celui qui a fondé le Nouvel Obs. Cela donnera peut-être envie de le lire un peu plus".

Lecteurs qui hésitez encore à ouvrir Le Nouvel Observateur, qui vous demandez si ce journal est bien digne de votre attention, n’hésitez plus : c’est un journal sérieux. Et prestigieux. La preuve : son fondateur, Jean Daniel, vient d’être élevé par François Hollande au grade de Grand officier de la Légion d’Honneur. « La récompense que j’ai reçue ajoute au prestige du journal, explique l’heureux décoré dans une interview-choc au…Nouvel Obs. On se dira sûrement, Tiens, c’est celui qui a fondé le Nouvel Obs. Cela donnera peut-être envie de le lire un peu plus ».

A force de naïveté, cette analyse serait presque touchante. Voilà donc la solution à la crise de la presse : se rapprocher de l’Etat. Davantage d’interviews présidentielles sur les baisses d’impôts. Davantage de portraits de ministres, de sous-ministres, de dirigeants en tous genres. Davantage de fines analyses sur les dissensions internes des partis qui occupent, ou occuperont, l’Etat. Davantage de confidences off de fin de repas, pour nourrir les pages « Téléphone rouge ». Davantage de directeurs de journaux voyageant à l’étranger en « invités personnels » des chefs d’Etat. Et en remerciement, davantage de hochets, de rubans, de grand croix, d’accolades, de réceptions. A coup sûr, c’est ce rapprochement qui élevera le niveau de confiance des lecteurs dans l’indépendance de l’information, et les détournera des voyous d’Internet, vivier de nouvelles non vérifiées et de rumeurs glauques, et qui ont parfois le culot (ou l’inconscience) de refuser les subventions d’Etat.

Ne nous moquons pas. Du haut de ses 93 ans, Sa Clairvoyance Jean Daniel ouvre une voie. Coïncidence : la Cour des comptes vient une nouvelle fois de souligner l’inefficacité totale des aides d’Etat à la presse, qui ont doublé depuis les Etats Généraux réunis par Sarkozy. Eh bien la voilà, la solution : que l’Etat subventionne donc la presse en décorations. Si la Légion d’Honneur n’y suffit pas, que l’on crée un Grand Ordre de l’Information, et qu’on décore, non seulement les fondateurs, les directeurs, mais les journalistes (dont la Cour préconise, une nouvelle fois, la suppression de l’abattement fiscal), et les kiosquiers. En établissant une équivalence d’un ruban par million, voici une belle source d’économie. Ne me remerciez pas, le conseil est gratuit.

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

13 réponses sur “Crise de la presse : une solution ingénieuse”

  1. Indépendance de la presse : le combat des rédactions
    Les ordonnances de 1945 sur la presse quotidienne interdisaient les concentrations et n’autorisaient pas à une même personne – y compris par l’entremise d’un « faux nez » – de posséder plus d’un journal. Le but était d’assurer une presse véritablement pluraliste, diversifiée, chaque titre devant mobiliser sa propre rédaction pour aller aux sources de l’information.
    Les principes étaient excellents. Ils furent mis en oeuvre dans une période où les entreprises de presse captaient l’essentiel du marché publicitaire. Lesquelles rentrées publicitaires permettaient de mettre entre les mains des lecteurs des journaux à prix réduit, pas plus cher qu’un timbre poste.
    Puis il y eut l’ouverture de la publicité à la télévision. Dès lors, les journaux furent mis en compétition avec un canal drainant à lui seul des millions de foyers, tandis que chaque titre ne dépassait gère à l’époque le million de lecteurs – tels « France-Soir », « Le Parisien Libéré », «le Figaro ». Fini le temps des vaches grasses à un moment où la presse, en France comme à l »étranger, devait procéder à de profondes mutations techniques, en abandonnant la typographie datant de Gutenberg pour la photocomposition, l’offset, puis le numérique. Fini surtout les journaux pas cher. Il fallut augmenter les prix au numéro pour atteindre l’équilibre, tout en prenant le risque de perdre des lecteurs. Beaucoup de titres prestigieux, dont l’excellent « Combat », disparurent pour ne pas avoir réussi ce pari.
    Celles et ceux qui n’ont jamais été trempés dans l’univers de la presse écrite – et en particulier celui des quotidiens nationaux ou régionaux – n’imaginent pas ce que fut cette révolution qui bouscula les imprimeries, notamment ce que le jargon désigne comme le « pré-presse », c’est-à-dire tout ce qui se situe entre le journaliste et les rotatives. Fini le cliquetis des linotypes, les morasses bavant d’encre noire, le plomb fondu, les cicéros et les clichés zinc. Les effectifs d’ouvriers du livre fondirent comme neige au soleil puisque les journalistes eux-mêmes, grâce aux logiciels spécialisés pouvaient effectuer le travail de rédaction et de mise en page sans passer par l’atelier technique.
    Mais les économies salariales ne suffirent pas à compenser les pertes de la publicité. La plupart des journaux, qui avaient continué à vivre sur un grand pied, dans les locaux prestigieux de l’ancienne époque, connurent de graves difficultés financières. « Le Monde », par exemple, dut se séparer de son bel immeuble de la rue des Italiens au coeur de Paris, sans pour cela que tout ses problèmes financiers soient résolus. Il frisa plusieurs fois encore le naufrage avant de connaître une situation plus florissante.
    Comme le président Mitterrand en 1985 décida de faire à son ami Robert Hersant le cadeau de la suppression des ordonnances de 1945 interdisant les concentrations, ce fut alors la curée. Les uns après les autres, les titres tombèrent dans le camp du « papivore », ce Murdoch de la presse française. « L’Aurore », avant de disparaître, devint une pâle copie du « Figaro », navire amiral de l’ex-collabo devenu scandaleusement le chef de file de la presse issue de la Résistance. Déjà « Paris-Normandie », tombé en 1973 à coup de dessous de table, était au tableau de chasse d’Hersant. Il s’ajouta ou fut rejoint par d’autres titre comme « Le Havre Libre » « Le Havre presse », « Presse Océan », « Le Dauphiné Libéré », « L’Union de Reims », L’Ardennais » », etc. et une pléïade d’hebdomadaires de province acquis en soudoyant des porteurs de parts en argent frais.
    Il avait manqué un volet aux ordonnances de 1945 permettant aux entreprises de presse écrite d’échapper à la loi du capitalisme ordinaire. Considérés comme un produit de consommation ordinaire qu’ils n’étaient pas, les journaux se trouvèrent donc tous fragilisés et exposés aux groupes d’influence disposant de moyens financiers puissants.
    Probablement, la Constitution d’après guerre aurait dû être elle-même aménagée pour sortir la presse du régime commun des entreprises commerciales. Cela ne fut pas fait, et le Conseil National de la Résistance (CNR), dans ses grandes résolutions visant à libérer la presse des puissances d’argent, n’avait pas prévu les modalités législatives et économiques pour maintenir l’indépendance des titres quelles que soient les circonstances du marché et les situation comptables.
    Mitterrand put donc s’engouffrer dans la brèche béante pour régler le sort des journaux devenus gravement déficitaires à cause la dérégulation du marché publicitaire. Au profit d’Hersant, bien sûr, qui le lui rendit bien politiquement en servant copieusement de marche pied au Front national dans une stratégie de division de la droite républicaine. Mais oui, et les lecteurs du Figaro n’y virent que du bleu !
    Faire marche arrière aujourd’hui pour revenir à la presse de 1945 serait impossible car il faudrait démanteler des groupes pour lesquels la rentabilité est souvent l’exception, et l’équilibre un but pas toujours atteint. Ensuite, il y aurait un lever de boucliers contre l’atteinte à la liberté d’entreprendre. Une offensive de l’Etat pour mettre les journaux en coupe réglée ferait scandale dans le monde entier et échouerait juridiquement devant le Conseil Constitutionnel et se ferait opposer les règles européennes sur les libertés fondamentales.
    Il reste aujourd’hui aux journalistes à imposer aux propriétaires des groupes de presse des règles assurant aux rédactions leur indépendance. C’est le cas au « Monde » et dans de trop rares quotidiens. L’Etat pourrait alors jouer un rôle d’incitateur pour que le pluralisme soit réalité, et la règle ne soit pas la normalisation qui uniformise l’information… et tue les journaux les uns après les autres.

    1. Indépendance de la presse : le combat des rédactions
      Le terme pré-presse s’applique aussi aux graphistes dont j’ai fait partie durant 5 ans, vis à vis de maquettes aussi bien pour logos, affiches, documents publicitaires mis en page avant impression et rendu final au format et au nombre désiré par le client. Concernant les agences pubs, elles continuent quand même de s’adresser à des imprimeurs pour beaucoup de travaux imprimés, même avec le passage à l’offset. Et les graphistes continuent d’aller vérifier les travaux chez l’imprimeur pour les rendus de couleurs, éviter le problème des gris typographiques (même si partiellement résolu via des logiciels graphiques).

      Ce qui a aussi changé énormément pour la presse, c’est de passer uniquement et essentiellement par des cellules comme l’AFP où sont rédigés des notes informatives appelées dépêches qui doivent toutes dire la même chose (notamment sur la politique économique, financière, sur l’actualité sociale) sans qu’il y ait d’opinion ni de vérification ni d’investigation journalistique. D’ailleurs dans les écoles de journalisme depuis déjà pas mal d’années, on apprend plus à développer une opinion et des investigations, on apprend aux futurs journalistes à recopier des dépêches AFP et à en faire quelques variantes sans jamais en contester le contenu ou s’interroger dessus.
      D’où aussi l’uniformisation de l’information sur bien des journaux nationaux comme régionaux. Plus d’indépendance au niveau du contenu, plus de tonalité et d’opinion. Juste un assemblage de dépêches AFP recopiées et d’informations sibyllines. La seule différence entre différents titres est au mieux un éditorial…et encore.

      L’autorisation de regroupement de plusieurs titres avec un seul possédant que vous avez bien décrit a aussi bien sûr contribué à la destruction de l’indépendance de la presse.

      Pour ce qui est de la pub, même après 45, les journaux devaient déjà partager avec le cinéma et la radio. Rappelez vous le petit Jean Mineur (encore en activité mais relooké 3D dans les salles obscures) qui amorçait déjà un partage de la publicité avec d’autres médias.
      Ce qui a je pense plus achevé les titres, c’est l’arrivée du minitel puis d’internet et la disparition progressive des petites annonces écrites payantes (au profit de petites annonces entre particuliers sur des supports moins onéreux et presque autogérés) qui permettait d’assurer des revenus constants et réguliers à tous les journaux petits ou grands.
      Même sous forme de gratuits, il est aujourd’hui flagrant que ces petites annonces et les encarts presse de services ne sont pas suffisants pour assurer financièrement la vie d’un journal et les salaires d’employés.

  2. Crise de la presse : frapper sur les vrais responsables
    La presse est déjà près de l’Etat quelque soit le parti politique gouvernant via la fondation du Siècle. Tous les patrons de presse sont dans ce lobby, frayent avec des politiques réactionnaires de droite comme de gauche et sont là le doigt sur la couture du pantalon avec l’ordre de dire ce qu’il faut dire et uniquement cela pour ne pas mécontenter aussi bien le pouvoir en place que les intérêts des multinationales et des banques et de l’ultra libéralisme. Il y a en jeu pour chacun le hochet du pouvoir sur tel ou tel journal.
    L’indépendance de la presse française se résume au Canard Enchaîné, à Médiapart.
    Ca fait pas lourd…
    Le muselage de la presse par le biais de ce lobby est très important.
    Et on voit que même la presse un peu plus libre est mise au moins sous tutelle financière via des personnalités peu recommandables.

    C’est comme l’OCDE qui fonctionne sur le même registre lobbyiste pour imposer une vision éducative et culturelle uniformisée en Europe sur le modèle américain.
    Pourtant personne ne dit rien là dessus. On préfère taper sur les gouvernements, qui sont en réalité à la botte de cette officine et des intérêts financiers et économiques qu’elle représente.

    Pourquoi personne, même pas Schneiderman ne parle de tout ça?
    A croire que lui aussi a peur et préfère taper sur un patron de presse plutôt que sur le lobby qui est aux manettes et tire les ficelles des journaux de notre pays.

    Le jour où l’on saura dénoncer le Siècle et ses manoeuvres, démonter leurs agissements, là on pourra retrouver une vraie liberté de la presse. Pas avant.
    Idem par rapport à l’OCDE qui a ses locaux en plein Paris et que jamais aucun journaliste ni politique n’attaquera mais par contre, tapera sur l’Education Nationale, le ministère de la Culture…
    C’est tellement plus facile…

      1. Et Golias ? @ :-))
        Au plan des idées, oui. Mais il y a malgré tout encadrement de Golias et bien d’autres journaux par une association Presse et Pluralisme qui peut du jour au lendemain museler tout le monde. Donc je ne mettrais pas Golias dans la famille des indépendants sur tous les plans. Même chose pour l’Humanité, même chose pour le Monde Diplo, même chose pour tous les titres qui dépendent de cette association depuis 2007. C’est sans doute un moindre mal par rapport aux autres journaux inféodés par le Siècle, mais bon, ce serait quand même mieux qu’il y ait indépendance totale comme pour le Canard Enchaîné et Médiapart.

      2. Les lecteurs ont la liberté de la presse entre les mains @ Françoise
        Françoise,

        Comparer un média de l’internet avec un média de l’écrit, c’est comme comparer des navets avec des chemises. Ce n’est pas la même chose, pas la même gestion, pas la même organisation.
        Le quotidien que vous achetez 1,80 € au numéro (le Monde) ou 1,60 € (Libé) vaut en réalité le double. Il est vendu à ce prix pour conserver des lecteurs qui ne supporteraient pas financièrement de payer plus cher. Imaginez mettre 3,60 € chaque matin dans un journal, c’est un budget de 1 080 euros annuellement dans le budget familial. Insupportable.
        Donc, les journaux d’information sont vendus « à perte ». L’équilibre et les bénéfices se font par la publicité. Cette ligne de recette est très variable car si le journal perd des lecteurs, l’annonceur voudra un prix d’annonce à la baisse. D’où la spirale infernale entraînant les pertes parfois très lourdes.
        La presse écrite est également soumise au diktat du réseau de distribution. Les grèves à répétition dans ce secteur sont caractéristiques de la France. Passons, mais cela entraîne de graves problèmes dans la gestion des entreprises concernées. Sur les 1,80 €, ¼ va dans la poche du diffuseur,et un ¼ dans celle de l’imprimerie. Autre difficulté : le papier, est un produit hautement spéculatif dont le prix peut varier d’une semaine sur l’autre, le plus souvent à la hausse. Difficile d’avoir une bonne visibilité sur le tableau de bord.
        Donc, il ne reste que la publicité pour équilibrer les comptes de gestion et éviter les pertes cumulées d’années en années qui mettent les journaux aux abois et à la merci des banques et de repreneurs éventuels.
        « Le Canard Enchaîné » n’est pas comparable aux quotidiens. Son rythme de parution est hebdomadaire. Il n’a pas la charge d’un lourd réseau de correspondants permanents dans les capitales étrangères (salaires + bureau + secrétariat), pas d’envoyés spéciaux sur les lieux des grands évènements, pas de droits sur les photos vendues souvent à prix d’or. Son lectorat est stable, tant en abonnements qu’en ventes en kiosque. Il peut mieux maîtriser son tirage et limiter le « bouillon » au maximum. En outre, sa pagination est réduite à 10 pages généralement, sur une qualité de papier et graphique bas de gamme (pas de quadrichromie, notamment).
        Ce qui lui permet un prix au numéro raisonnable (1,30 €) tout en refusant, comme toujours la publicité et en servant de bons salaires à ses journalistes d’une équipe rédactionnelle plutôt réduite.
        En outre, les actions de la société éditrice ne peuvent être détenues que par ses salariés et par les propriétaires héritiers des fondateurs, et sont statutairement incessibles. Un modèle unique, mais non reproductible dans le paysage de la presse écrite d’information quotidienne d’aujourd’hui.
        L’association presse et Pluralisme, contrairement à ce que vous dites, n’est pas un « danger potentiel » pour l’indépendance des journaux. Elle fonctionne comme une fondation faisant appel aux dons du public pour assurer aux entreprises de presse un apport financier auquel elle peuvent avoir recours en cas de risque élevé. Les dons sont déductibles des impôts. Chaque donateur peut désigner le support qu’il souhaite soutenir sans obtention d’un droit de regard sur les contenus rédactionnels. Les risques de la mise sous tutelle des contenus et des lignes éditoriales par les donateurs sont nuls.
        Médiapart n’a aucune charge comparable à celles des journaux imprimés. Pas de frais postaux, pas de diffuseurs à rétribuer, etc. ¨Pas de risque de grève des employés des messageries de presse. Les charges portent essentiellement sur les coûts salariaux , le loyers et la location d’espace dans un serveur dédié. Ce qui a permis à Médiapart, après une gestion au carré, d’atteindre l’équilibre en 2010, en damant le pion d’ailleurs au Canard Enchaîné sur l’affaire Cahuzac. Très juteuse pour lui ! Lequel Canard s’est trouvé à la remorque sur ce coup-là, tandis que le reste de la presse faisait du « suivisme ». Bravo Médiapart qui sait aussi faire bonne usage de la fameuse « guerre des scoops » qui font les choux gras des médias d’information.
        Mais pour un scoop de cette nature, combien aussi dans les quotidiens qui passent sous silence et échappent au remue-ménage médiatique ? Ce n’est pas tous les matins qu’on peut s’offrir la tête d’un ministre du budget tricheur ou d’un directeur du FMI libertin…
        La véritable liberté de la presse est bien celle donnée par les lecteurs… à la condition qu’il s’abonnent ou soient fidèles à leur quotidien. Sans eux, pas de recettes de vente, pas de publicité. Donc plus de journal. C’est aussi simple que cela.

      3. Les lecteurs subissent la non-indépendance de la presse @ Pierre
        Les journaux si vraiment ils voulaient rester indépendants pourraient fonctionner comme le Canard Enchaîné. C’est trop facile de leur faire jouer un rôle de victime. La quadrichromie n’est pas obligatoire, on peut limiter le nombre de pages, on peut limiter la pub, éviter de dépenser des millions pour changer la mise en page tous les trois ans (je pourrais vous raconter comment les Thérèse Troïka, une petite équipe de graphistes parisiennes s’est fait une fortune en rafraîchissant la mise en page et la comm de Libération, je les ai eues en intervenantes durant mes études aux Beaux-Arts et mon travail d’étudiante a permis à l’école de les rémunérer et de leur payer hôtel, restaurant, pendant plus de 15 jours, à l’époque mon travail graphique avait rapporté 60 000 francs), on peut payer moins de sous-fifres mais faire de l’investigation réelle et limiter l’édition à de l’hebdomadaire si ça devient trop cher à l’impression tous les jours. Après, tout est une question de volonté.
        Choisir l’indépendance, c’est aussi renoncer à des facilités et à un système d’autopromotion et de facilités d’argent, renoncer à une certaine corruption…

        La capacité de corruption est exactement la même pour un journal en ligne comme un journal papier. L’exemple de Rue89 est assez symptomatique sur ce plan, maintenant sous-titre-sous-fifre du Nouvel Obs après avoir tenté de jouer les indépendants. Aujourd’hui Rue89 fait dans la surenchère d’info sans intérêt pour distraire et non informer.

        Concernant l’indépendance limitée de pas mal de journaux sympas dont Golias, le muselage est financier. Mais comme je l’ai déjà dit, sachant qui est président de Presse et Pluralisme (l’ex patron de Valeurs Actuelles), on comprend que le muselage pourrait très facilement être plus que financier.
        Si Serge Halimi était à la tête de Presse et Pluralisme, ça placerait la situation des journaux semi-indépendants dans une position beaucoup plus saine. Interrogez-vous pourquoi ça n’est pas le cas. Pourquoi c’est d’Orcival qui tient les rênes sachant qui est le bonhomme et ce qui le guide depuis toujours idéologiquement…
        Personnellement, je suis très consciente de la problématique, des ambiguïtés, des contradictions, des rapports de force en jeu.

    1. Le Siècle @ Françoise
      Françoise,

      Il est vrai que « Le Siècle » fut créé par Georges Bérard-Quélin, journaliste résistant, déporté en Allemagne par la Gestapo pour son appartenance au groupe « Espoir » qui fonda dans la clandestinité le journal « L’Aurore ». dont le numéro 1 sortit en Décembre 1943, au pire de la répression allemande.
      Bérard-Quélin s’engagea dans la 1ère armée et fut l’un des proches du général de Lattre de Tassigny.

      Le Siècle fut fondé à la Libération, en 1944, pour que, justement, on puisse se parler par delà les frontières politiques et idéologiques. Son but : réunir des responsables appartenant à une grande variété de professions : personnalités politiques, membres de cabinets ministériels, hauts fonctionnaires, syndicalistes, journalistes, industriels, financiers, membres de professions libérales, personnalités de la vie culturelle et scientifique, quelles que soient leurs opinions pourvu qu’ils attachent leur attention aux problèmes politiques au sens le plus large du terme, c’est-à-dire aux problèmes généraux qui concernent l’évolution de la Société.

      Parmi ses présidents : Jacques Fauvet, intègre parmi les intègres, et dans sa suite des personnalités indiscutables comme Maurice Ulrich, Marceau Long, Louis Schweitzer, et actuellement Nicole Notat.

      Le Siècle n’est pas une secte. Un club fermé seulement. Mais il est loin d’être le seul a fonctionner ainsi car il est utile que de grands dirigeants apprennent à se connaître et se comprendre, à défaut d’être du même avis.

      Même si ses repas mensuels se tiennent à l’une des plus grandes tables de Paris (Le Crillon) cela n’en fait pas une officine où, comme à Yalta, les puissants se partageraient le monde.

      1. Le Siècle @ Pierre
        Depuis sa création, il a largement été dévoyé.
        Et la présidence de Denis Kessler avec des discours plus que violents et réacs sans que d’ailleurs les membres et invités ne réagissent mais applaudissent y compris des gens censés être de gauche ne lasse pas de surprendre et de choquer.
        Et s’il n’y avait que cela:

        http://blogs.mediapart.fr/blog/robert-joumard/310111/le-siecle

        Quand on sait que beaucoup de patrons de presse se servent du club pour s’échanger et négocier la direction de tel ou tel journal national du moment qu’ils soient bien soumis sur certaines idéologies néo-libérales, et que politiquement les décisions les plus réacs politiquement se discutent pour s’imposer via ce club, on est loin de l’esprit du fondateur.

      2. Bonjour Pierre Mabire !

        Vous considérez Monsieur Louis Schweitzer comme étant irréprochable ?

        http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Schweitzer_%28haut_fonctionnaire%29


        Comme le Sénat, le Siècle n’est-il pas une loge à lui tout seul ?

        Je n’ai rien « contre », mais je n’ai rien « pour » non plus. Quand les privilèges deviennent génétiques (fils de, fille de …), je commence à me méfier …

        J’ai écouté Madame Nicole Notat assez récemment. Femme très pédagogue.

        Amicalement.

        Agnès G.

      3. Bonjour Agnès Gouinguenet !
        Agnès, Agnès… à part vous et moi, vous le savez bien, personne n’est parfait ! 😉

        Nous devrions être les seuls à être membres du Siècle pour se taper des plats de roi à la table du Crillon. Manque de pot, actuellement, cette cantine est fermée pour cause de rénovation.

        Je ne suis ni sénateur, ni FM, mais que moi-même – ce qui me suffit bien et emplit ma vie. Je trouve très bien, en revanche, que des gens aient envie de se retrouver pour célébrer ce qu’ils veulent, dans des clubs, ouverts ou fermés. C’est la liberté de tous.. C’est comme cela que se sont formées les tribus primitives, entre clans et familles. Ceux de la montagne entre eux. Et ceux de la plaine entre eux.. L’atavisme faisant, les tribus ont pris une autre forme.

        Il n’y a que ceux qui n’en font pas partie de ces clubs fermés et de ces tribus modernes qui font la tête… de ne pas y être.

        C’est comme ces gens qui disent honnir et haïr les riches, et jouent à l’euromillions en rêvant d’être super bourrés de fric et de pouvoir enfin écraser les autres.

        Le monde est ainsi fait, depuis si longtemps…

      4. Le Siècle @ Pierre
        Je vous mets un petit lien sur le film « Fin de concession » de Pierre Carles qui parle en partie de ce qui se joue au Siècle mais pas que et de la difficulté qu’a la France à pouvoir fustiger ce genre de club oligarchique où tout le monde s’arrange pour se partager le gâteau du pouvoir et ne surtout mécontenter personne dans les rangs du pouvoir.

        Je vous mets le premier volet (vous trouverez facilement les autres à la file:

        http://www.youtube.com/watch?v=cxGsGVtVqJE

        Et je vous mets le débat post film.

        http://blogs.mediapart.fr/blog/internetdev/110713/le-siecle-1

        Le documentaire est une belle leçon d’histoire sur comment les médias ont abandonné toute indépendance et comment l’état a vendu à des intérêts privés et industriels eux-mêmes vendus aux politiques, notre indépendance et notre liberté de la presse.
        Et ce que j’aime, c’est l’interrogation constante de son auteur sur la légitimité de la démarche, les doutes, l’autocritique.

        Je comprends que le fait que Nicole Notta soit maintenant présidente du Siècle vous donne du club une bonne image. Pour moi, peut-être parce que je ne suis pas syndiquée à la CFDT (en partie parce que je trouve ce syndicat vendu aux pouvoirs et Notta particulièrement mobilisée dans cette vente et ce déculottage), je trouve au contraire que ça montre le degré d’aliénation nécessaire de la dame pour faire partie de ce club de pouvoir et idéologiquement réac.
        Une autre femme qui pour moi s’est grillée quand elle est allée au Siècle, c’est Martine Aubry. Ca l’a complètement décrédibilisée et de façon définitive. Même chose pour Guigou qui y est allée aussi.
        Faire partie de ce club, c’est entrer dans une vision politique, économique, financière oligarchique et ronronnante. C’est abandonner son indépendance, son intégrité.
        D’ailleurs la cooptation se fait sur la capacité de corruption des candidats.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *