Les papes … Clément IV (Gui Foulques, dit Le Gros) 1265 – 1268

A Pérouse*, quel est cet homme corpulent
Qui, la tête recouverte d’un capuchon,
Franchit la Porte Etrusque ?

Est-ce un moine ambulant
Avec pour tout bagage un maigre balluchon ?
Il donne l’impression d’aller vers la Cité
Des Conclaves…

Mais oui ! Serait-ce un messager ?
Un vagabond qui demande la charité ?
Pas du tout ! C’est l’ancien évêque de Narbonne,
Ami de Saint-Louis dont il est le conseiller
Et qui n’a donc été reconnu par personne.
Il est désorienté depuis son élection
Au trône de Pierre. Sans la moindre objection,
Le conclave a choisi un père de famille
Sans que ni fidèles ni prélat ne sourcillent
Parce qu’en ce temps-là, un veuf avait le droit
A la prêtrise et à l’archiépiscopat,
Les forces spirituelles
Pouvant porter secours aux forces temporelles.
Elu pape, il aide le frère de Saint-Louis
A devenir roi de Sicile*.
Pour lutter contre l’hérésie,
Il accepte qu’on torture les indociles,
Qu’on menace les juifs relaps de châtiments
Et qu’on chasse les musulmans.
A vouloir être un partisan de la rigueur,
Clément n’a guère fait honneur
A son prénom papal
Ni à sa famille ecclésiale.
Qu’en penseraient-ils aujourd’hui,
Lui et son jeune ami,
Moine dominicain,
Devenu Saint Thomas d’Aquin* ?
A cause de l’Inquisition,
La foi n’a-t-elle pas fait perdre la raison ?

… et leur époque

1265 Naissance de Dante.

1265-1268 Thomas d’Aquin* est envoyé à Rome comme maître régent affecté à la formation intellectuelle des jeunes dominicains. Il rédige De potentia Dei et commence la rédaction de la Somme théologique. Il entame ses commentaires sur Aristote  par le Commentaire ‘ De l’âme’.

1268 Roger Bacon, théologien anglais, publie Opus majus après Opus minus en 1265 et avant Opus tertium en 1270.

Baybars 1er, sultan mamelouk, s’empare de Jaffa, deux ans avant la 8ème croisade menée par Louis IX.

Pérouse

Pérouse est une ville d’Ombrie, située près du Tibre. L’administration papale y a autrefois organisé les conclaves qui ont élu Honorius III en 1216, Célestin V en 1294  et Clément V en 1305. Appartenant aux Etats pontificaux, elle fut troublée par les partis rivaux Oddi et Baglioni, à tel point que les papes Jules II, Léon X et Paul III durent y rétablir la paix. En 1859, la ville se révolta contre Pie IX et passa au royaume d’Italie en 1860.

La Sicile

En 241 avant J-C, Carthage cède la Sicile à Rome.
En 491 après J-C, les Ostrogoths la conquièrent.
De 831 à 878, Les Arabes la contrôlent.
Entre 1060 et 1091, les Arabes sont chassés par le Normand Roger 1er dont le fils devient le premier roi de Sicile.
En 1194, elle est sous la domination allemande.
Entre 1265 et 1282, elle est sous la domination de Charles 1er d’Anjou, frère de Saint-Louis.
En 1282, ‘Vêpres siciliennes’ : au cours desquelles les Français de Sicile sont massacrés durant la semaine pascale.
Entre 1415 et 1713, elle est sous la domination espagnole.
En 1820, les révolutionnaires de Palerme demandent l’autonomie de l’île.
En 1860, conquise par Garibaldi, elle approuve son rattachement au Piémont.
En 1948, elle obtient un statut d’autonomie régionale.

Pavé insolent

Dialogue entre Michel et Gabriel
G «  Clément IV a sans doute oublié la déclaration du Christ avant sa mort : « Mon royaume n’est pas de ce monde. ».
M – Il a dû sauter le passage. ! Pourtant, il sait pertinemment que le Christ ne s’est pas mêlé de la façon de gouverner des Romains et qu’il n’a pas incité les Juifs à se révolter contre eux.
G – C’est précisément pour cette raison que les croyants juifs contemporains, ceux d’Israël et ceux de la diaspora, attendent toujours le Messie.
M – Dans ce temps-là, tantôt c’est l’empereur ou le roi qui dicte sa conduite au pape, tantôt c’est le pape qui choisit le prétendant au trône capable d’assurer le rayonnement du catholicisme. Du moins est-ce la version officielle de Clément.
G – En réalité, il favorise surtout ceux de son clan.
M – A notre niveau, c’est l’ensemble des curés et des fidèles de bonne volonté qui constitue l’Eglise. Les évêques sont trop souvent déconnectés des réalités astreignantes. Tant que le pape sera élu par des cardinaux qu’il a lui-même désignés, l’Eglise manquera de crédibilité. »

Saint Thomas d’Aquin et le Thomisme

Thomas d’Aquin naît en 1225 à Roccasecca dans le royaume de Naples et meurt en 1274. On l’a surnommé ‘le Docteur angélique’.
Le Thomisme est le nom de sa doctrine philosophique et théologique, axée sur l’articulation entre la raison et la foi : si la philosophie est du ressort exclusif de la raison, celle-ci agit au sein de la théologie tout en étant soumise à la Révélation. Chez tous les êtres créés, l’essence se distingue de l’existence ; seul Dieu existe par lui-même.
Le thomisme s’appuie surtout sur un réalisme philosophique hérité de l’interprétation que Thomas d’Aquin a fait d’Aristote. Ce philosophe grec (-384 – 322) privilégie en effet le rationalisme et l’empirisme qui veulent que notre connaissance vienne d’abord des sens et que la raison nous permette de penser le vrai.

Les critères du pape François pour être un bon évêque

Le mois d’août connaît en général très peu de nominations épiscopales. Au demeurant, le bulletin officiel « Vatican Information Service » ne paraît pas de tout le mois. Un signe comme d’autres d’une trêve estivale qui ne veut pas dire que le Vatican ne travaille pas. D’autant que l’un des grands devoirs du Souverain Pontife réside précisément
dans le choix des évêques à nommer, ou à transférer.

Le Concile Vatican II a su mettre admirablement en lumière le rôle de l’évêque non seulement dans son diocèse mais en lien avec tous les évêques, dans ce collège fraternel dont il est membre actif. Il a théorisé la doctrine de la sacramentalité de l’épiscopat. De sorte que porter une mitre n’a rien d’un honneur factice mais renvoie au dynamisme spirituel des communautés chrétiennes, comme l’un de ses éléments essentiels.

Le revirement conservateur inauguré par l’élection de Jean Paul II suivi on le sait par une sorte de focalisation médiatique sur la personne du pape polonais, mais aussi la sélection d’hommes dociles et souvent dépourvus de charisme personnel pour l’épiscopat, ont affaibli la mission de corps des héritiers des apôtres. Au profit d’une nouvelle centralisation de l’Eglise, d’une hypertrophie malsaine du rôle symbolique du pape et d’une recléricalisation des prêtres. Depuis son arrivée comme évêque de Rome, François semble désireux de libérer la papauté d’un corset rigide et obsolète, y compris dans les formes extérieures. S’adressant aux nonces apostoliques qui dressent de par le monde entier la liste des candidats à l’épiscopat, il rappelle certaines exigences tenant au sens évangélique du rôle de l’évêque.

Reste à savoir dans quelle direction vont s’orienter les nominations à venir, à supposer que cela soit facile à identifier. Le processus de désignation est long et complexe. Et les bons candidats ne sont pas toujours légion. François sera-t-il vraiment l’homme de gouvernement attendu? A voir.

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Eaux troubles

La note statistique publiée par le Commissariat général au développement durable, organe du ministère de l’Écologie, est édifiante. En 2011, 93 % des cours d’eau français comportaient des traces plus ou moins importantes de pesticides.

30 % des eaux analysées contiennent des pesticides agricoles qui les rendent impropres à la consommation. Les quinze pesticides détectés ne sont pas tous autorisés par la loi, trois d’entre eux sont interdits depuis plusieurs années. Abandonnés aux mains du lobby agro-industriel, les fleuves et rivières de France sont mal en point alors que la consommation de pesticides ne cesse d’augmenter et ce à l’encontre des engagements pris lors du Grenelle de l’environnement de 2007.

Banksters : la City du paradis

Une étude statistique de l’Autorité bancaire européenne (ABE) montre qu’au sein de l’Union européenne, 3175 responsables financiers ont touché un salaire annuel supérieur à un million d’euros en 2011.

Parmi eux, les trois-quarts travaillent en Grande-Bretagne (majoritairement à la City de Londres). Le podium est complété par les Allemands puis les Français. Toujours selon cette étude, la majeure partie de ces spécialistes multimillionnaires occupent des places de première importance au sein de leurs institutions bancaire et financière : membres du Conseil d’administration, risque manager, responsable des ressources humaines, etc. On connaît d’autres métiers tout autant chargés de responsabilités aux rémunérations plus proches du Smic que du million…

Islamisation : entre mythe et obsession

La religion musulmane constituerait une menace pour la France et l’Europe. Qui de nous n’a reçu les messages alarmistes qui veulent nous alerter, contre une élite bien-pensante et endormie, du danger de l’islam et de ses adeptes qui n’auraient de cesse de vouloir faire de nos terres chrétiennes un empire islamique ? Essayons d’y voir plus clair avec le sociologue Raphaël Liogier, professeur à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence où il dirige l’Observatoire du religieux et auteur du livre « Le mythe de l’islamisation – essai sur une obsession collective », (éd. Le Seuil).

Nul doute que pour beaucoup, la présence des musulmans pose problème. Peut-être devrions-nous préciser  que leur visibilité semble à certains insupportable. Et les violences de Trappes en juillet dernier, suite au contrôle d’une femme voilée, ont renforcé ce sentiment que l’islam et la démocratie sont antinomiques. C’est pourtant cette perception qu’il convient d’interroger pour en vérifier la pertinence. Trop d’évidences en effet sont assénées sans argumentaire et sans qu’aucune vérification ne soit possible : le magistère médiatique a parlé et a montré, c’est donc une vérité indiscutable… qui ne peut convaincre que ceux et celles qui ont autant peur de la raison que de l’islam.

Il faut cependant raison garder, ce qui implique évidemment de ne pas nier la complexité des situations où la cohabitation est plus que difficile. Mais il n’est pas inutile de s’interroger sur les causes de ces difficultés. Les imputer à la seule foi en l’islam nous paraît déraisonnable, non seulement parce que les facteurs de violence sont nombreux mais plus encore parce que ce serait confondre l’islam avec l’islamisme. Comme si l’on imputait à tous les chrétiens les débordements de quelques extrémistes ! L’islam n’est pas plus conquérant que le christianisme ou le judaïsme, l’histoire le montre. La Bible n’est pas plus douce que le Coran. Pourquoi donc les musulmans modérés qui aiment la République et interprètent leur tradition avec modernité ont-ils si peu la parole ? L’interrogation vaut d’être posée. Certes, la démocratie ne peut être ni islamique ni chrétienne parce qu’elle résulte de la négociation pour un vivre ensemble. Elle ne peut être que laïque pour que toutes les composantes de la cité puissent s’exprimer et agir selon leurs convictions, dans le respect du bien commun. Or, ce qui se passe en Egypte ne peut qu’interroger autant les tenants d’une république islamique que ceux qui rêvent d’une république chrétienne. Un peuple à l’histoire prestigieuse refuse de se laisser asservir par ceux qui prétendent détenir la vérité de Dieu. Des musulmans ne veulent pas de l’islamisme. Ils sont aussi démocrates. Voilà un fait incontournable qui dément le diagnostic d’un choc des civilisations entre l’Orient musulman et l’Occident chrétien. La modernité, comme avènement de l’homme adulte, selon la définition de Kant, est plus forte que toutes les religions. C’est une bonne nouvelle qui devrait nous inciter à promouvoir un islam républicain. Les catholiques français, en se souvenant de leur histoire récente, peuvent sans doute être une aide précieuse pour accueillir les musulmans qui veulent pratiquer leur foi en harmonie avec leurs concitoyens.

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Ignorance

Celle de certains journalistes est immense. Ainsi s’étonnent-ils souvent du fait que le pape ne veuille pas ordonner prêtres des femmes, ou bien ouvrir le mariage aux couples homosexuels. C’est oublier, au nom d’un sentimentalisme irréfléchi, le vrai fondement de ce Non possumus ecclésial. Il est théologique. Le prêtre dans l’église catholique est un sacrificateur, on le voit très bien dans l’Offertoire de la messe. Il s’y agit d’offrir en sacrifice une victime (latin hostia, d’où : « hostie ») sur un autel (latin altare) qui est bel et bien le lieu de l’immolation. Cette victime propitiatoire est offerte à Dieu pour la rédemption des péchés de la communauté. Or ce rôle de sacrificateur ne convient pas à une femme. Dans les campagnes, traditionnellement c’est l’homme qui sacrifie la bête, et la femme se contente de recueillir le sang. En Corse, lorsqu’une femme veut pratiquer la vendetta, elle se déguise en homme. Cette interdiction d’accès à la prêtrise pour les femmes est donc de principe. Elle n’a rien à voir avec une discrimination antiféministe.

Elle ne vaut évidemment pas pour d’autres confessions religieuses. En judaïsme il peut y avoir des femmes rabbins, car ce mot signifie seulement : « enseignant ». Et de même dans le christianisme protestant il peut tout à fait y avoir des femmes pasteurs, car le sacrement de l’eucharistie au sens catholique du mot n’y existe pas, et le pasteur n’est là encore qu’un enseignant et un guide spirituel de la communauté.
Pareillement pour le mariage des homosexuels. Notre dernier pape a bien marqué sa sympathie et sa compréhension envers eux, mais pas question de leur ouvrir le mariage, qui en droit canonique est fait pour donner existence à une famille qui devra procréer et élever les enfants. En forçant le trait, on pourrait dire que l’amour n’a rien à voir là-dedans. Ne confondons pas les perspectives, un fondement canonique et juridique, dont notre Code civil d’ailleurs n’était jusqu’ici pas loin, et des considérations affectives qui, pour être à la mode maintenant, n’ont rien à voir avec lui.
Cela étant, on peut vouloir tout changer. Mais encore faut-il savoir exactement ce contre quoi on lutte, il faudra revoir beaucoup de textes fondateurs de beaucoup de pratiques très anciennes, et l’ignorance ici n’est pas une bonne conseillère.

Bayonne : vis ma vie de surfeur !

Dans le diocèse de Bayonne, Mgr Aillet qu’on ne présente plus tant il a fait parler de lui par son intransigeance, ne rigole pas avec les surfeurs.

Une population nombreuse dans la région à côté de laquelle il ne faut pas passer. Depuis plus d’un an, il a donc confier une mission d’évangélisation des surfeurs au père René-Sebastien Fournié. Ce dernier qui a commencé à prendre des cours s’est ensuite rendu sur la plage en bon missionnaire. On a connu tâche plus aisée que celle qui lui a été confié. Ne nous étonnons pas alors d’une analyse un peu tirée par les cheveux de sa mission en eaux agitées : « Le dialogue s’est noué très vite. Ce sont des gens qui ont un profond respect de la nature et des lois de la nature. On part de la nature, et on remonte à l’auteur de la nature ! » Peut mieux faire.

Péages : l’État s’écrase

Les grands médias nous ont une fois de plus arrosés d’images estivales en direct des barrières de péages autoroutiers, comptabilisant le nombre de kilomètres d’embouteillage et interrogeant des automobilistes impatients ou souffrant de la chaleur. Intéressant !

En revanche, le rapport de la Cour de comptes mettant en cause l’augmentation excessive des tarifs autoroutiers est passé inaperçu. Pourtant le constat est sans appel : 11 % d’augmentation en cinq ans soit 2,01 % de plus que l’inflation. La Cour des comptes reproche à l’État de ne pas jouer son rôle dans la négociation des tarifs avec les sociétés autoroutières depuis leur privatisation initiée par Lionel Jospin et entérinée par Dominique De Villepin en 2002. Pour Vinci Autoroutes, APRR et Sanef, c’est la fortune assurée. Faudrait peut-être penser un jour à une renationalisation, non ?

La démocratie au péril du Traité transatlantique

Au menu du partenariat commercial que tentent de nouer Washington et Bruxelles : hisser les grandes entreprises au rang d’Etats souverains capables de dénoncer devant des commissions arbitrales privées toutes les lois qui les gênent. Le scandale de l’affaire Tapie n’a servi à rien.

Le compte-à-rebours est lancé. Les Etats-Unis et l’Union européenne négocient un nouveau traité commercial et d’investissements. Il y a tout à craindre de ce nouveau coup porté à la démocratie : l’alignement des normes sociales, sanitaires et environnementales sur le moins-disant américain. En 2009, la Commission de Bruxelles promettait de sortir l’Europe de la crise en mettant enfin la finance sous tutelle. En 2012, lors de la campagne présidentielle, le candidat socialiste analysait lucidement le besoin de relance interne. Tout cela est abandonné au profit d’un mécanisme de chantage sans fin à la compétitivité, avec un cadeau supplémentaire fait aux entreprises : elles pourront attaquer les Etats qui affecteront leurs investissements. En ouvrant cette boîte de Pandore, le traité offre aux firmes le pouvoir de peser directement sur la loi. L’analyse formulée par les économistes de la Banque mondiale, Herman Daly et Robert Goodland, est en train de se confirmer. Il y a vingt ans, ces derniers rappelaient que dans la théorie économique la plus consensuelle, « les firmes [transnationales] sont des îles de planification centralisées dans un océan de relations marchandes », appelé libre-échange1.Selon ce schéma, le principe d’organisation des relations économiques est donc le marché tout puissant. Mais, dans la réalité, notaient ces deux chercheurs loin d’être des rebelles, « ces îles deviennent si importantes qu’il n’y a vraiment aucune raison de proclamer la victoire du principe du marché ». Surtout, quand les îles en question tendent à assécher la mer et la démocratie dans le même mouvement.

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