Assemblée : la déontologie en abyme

Alleluia, la transparence est en marche : il y a une déontologue à l'Assemblée Nationale. Une vraie, avec tout plein de principes déontologiques. Si vous avez suivi le vote récent de la loi sur la transparence, vous le savez déjà : à ce poste délicat, elle avait un prédecesseur, dont la collaboration a cessé dans des conditions peu claires (vous avez peut-être vu la passe d'armes sur le plateau, entre deux députés, dans une de nos dernières émissions).

Alleluia, la transparence est en marche : il y a une déontologue à l’Assemblée Nationale. Une vraie, avec tout plein de principes déontologiques. Si vous avez suivi le vote récent de la loi sur la transparence, vous le savez déjà : à ce poste délicat, elle avait un prédecesseur, dont la collaboration a cessé dans des conditions peu claires (vous avez peut-être vu la passe d’armes sur le plateau, entre deux députés, dans une de nos dernières émissions).

L’actuelle titulaire du poste s’appelle donc Noëlle Lenoir, elle a un CV long comme le bras, et elle dispose « d’un petit bureau au bout d’un couloir, dans une annexe de l’Assemblée » raconte Libé, qui est allé la rencontrer (lien abonné, à l’heure où écrit le matinaute). Elle n’est pas surchargée de travail : elle vient un jour par semaine. Comment utilise-t-elle cette journée hebdomadaire ? Elle n’inspecte pas, elle n’enquête pas, elle ne publie pas de rapport. Sa mission : « être à l’écoute des chatouillements de conscience des députés inquiets ». Bref, on lui demande rendez-vous, elle reçoit, elle conseille, en toute discrétion.

Mais le meilleur de l’article est à la fin. L’un des points du projet de loi sur la transparence portait sur les conflits d’intérêt des députés. Et plus précisément autour de cette question, pendante depuis le cas Copé : un député peut-il être en même temps avocat d’affaires ? On ne sait pas ce qu’ en pense, sur le fond, Noëlle Lenoir. La journaliste de Libé, Charlotte Rotman, ne le lui a pas demandé. En revanche, le portrait livre une information importante : que fait Noëlle Lenoir, les quatre jours de la semaine où elle n’est pas déontologue de l’Assemblée ? Elle est avocate d’affaires, dans un cabinet parisien, Kramer Levin Naftalis & Frankel. Ce n’est pas une blague. « Son profil, qui mêle service public et exercice dans le privé, est jugé comme un atout par l’équipe de Claude Bartolone, encore aujourd’hui », écrit Rotman, qui ajoute immédiatement : « Noëlle Lenoir en est moins sûre, de son propre aveu. Mais nul ne réclame son départ ». On relit la phrase. On pense qu’on l’a mal lue. Mais non. Noëlle Lenoir n’est « pas sûre » de pouvoir concilier son cinquième de temps à l’Assemblée, et son métier d’avocate d’affaires. Vivement qu’elle aille consulter une spécialiste des conflits d’intérêt. Il parait qu’il en existe une, au bout d’un couloir…

Par Daniel Schneidermann | Fondateur d’@rrêt sur images |

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