Zèle

Il est dangereux d’en faire trop, de vouloir à tout prix se mettre en avant. Et il y a des cas où le comportement est même hautement dommageable. C’est à quoi j’ai pensé en lisant un bizarre fait divers, rapporté par l’A.F.P. (20/07/2013) : un pompier volontaire de 22 ans à Valentigney (Doubs) allumait des feux de poubelles pour le plaisir, selon lui, ainsi que le rapporte le dossier de police, de pouvoir ensuite les éteindre avec ses collègues.

Quelles ont été les motivations de ce pompier pyromane ? Je laisse de côté l’hypothèse, évoquée par certains, d’une prime éventuelle qu’il eût pu toucher après avoir éteint l’incendie. Les hommes ne sont pas mus toujours par des considérations financières. La simple considération , le désir d’être remarqué et apprécié, les fait agir bien souvent. Il semble que certains ne supportent pas l’obscurité de leur personne, l’anonymat. Ils préfèrent même qu’on parle mal d’eux, plutôt qu’on n’en parle pas du tout. On connaît le cas d’Érostrate, qui incendia le temple d’Artémis à Éphèse, une des sept merveilles du monde, tout simplement pour que son nom passât à la postérité. En quoi il a fort bien réussi, puisqu’il est présent encore dans nos mémoires. Sartre a donné le nom de ce personnage à une de ses nouvelles, dans Le Mur.
L’homme peut supporter beaucoup de choses dans sa vie, mais s’il est une chose qu’il tolère très difficilement, c’est le sentiment d’être inutile. Tous les retraités vous le diront, et aussi, je pense, bien des travailleurs aujourd’hui, dépossédés de toute initiative et responsabilité sur ce qu’ils font. Ce fut peut-être le cas de notre jeune pompier. Peut-être voulait-il montrer qu’il valait quelque chose, faire un coup d’éclat en se donnant une occasion d’intervenir. Une telle motivation est aisément compréhensible, et il n’est pas besoin ici d’aller chercher des explications réductrices, comme l’intérêt financier, ou psychanalytiques, comme la secrète fascination causée par ce contre quoi on est chargé de lutter.
La seule question est la sottise du procédé, le manque d’intelligence dans la conduite. Comme l’ours de la fable, qui casse la tête à son maître en écrasant une mouche posée sur le nez de ce dernier, l’homme a manqué de discernement. Le but était peut-être louable, le résultat catastrophique, parce que marqué au sceau de l’irréflexion. La leçon à en tirer est que l’intention ne suffit jamais : il faut s’interroger sur le moyen.

Dialogue impertinent avec E. Martini / F. Boespflug sur le Christianisme dans la société d’aujourd’hui

Le livre-interview permet parfois de mieux exprimer les raisons profondes des prises de position. Les postures intellectuelles trouvent souvent leur source en un puits secret. Tel est l’intérêt du livre «Franc-parler», ouvrage d’entretien entre E. Martini et F. Boespflug.

Le décès récent d’Évelyne Martini1, journaliste et universitaire, met également le projecteur sur une rencontre sensible et bien menée, entre la femme de culture qu’elle était et l’homme de l’art qu’est François Bœspflug, dominicain atypique, connu pour ses grands travaux éditoriaux en Histoire de l’Art : Dieu en ses images, La Trinité dans l’Art mais aussi Arcabas ou Pierre de Grauw. Ensemble, ils avaient fait paraître un ouvrage au titre suggestif, Franc-parler, (Bayard 2012) qui ne manque ni de piquant ni d’espérance. Aux questions incisives d’Évelyne Martini, Bœspflug répond volontiers en confidences. Ce qui nous vaut un parcours dans les racines familiales d’une tribu typée, toute chrétienne, adossée à la puissance des représentations traditionnelles. L’auteur ne dissimule rien pourtant de son évolution, de sa marche désormais à l’aveugle, du silence assourdissant de la prière parfois. Contrairement à une large dévotion contemporaine pour la « suite de Jésus », lui, est dans l’attirance d’un Christ mystérieux, transcendant, dominant les cultures et achevant l’histoire par-delà. On l’aurait bien vu dialoguer avec Raymond Pannikar discernant la christianité de la culture. […]

[ Lire l’intégralité de cet article dans Golias Hebdo n° 297]

Egypte : un coup d’Etat hilare et jubilatoire

Ah le joli coup d’Etat militaire ! Comme il est sympathique, frais et convivial ! En Egypte, un président légitimement élu est déposé par l’Armée, et la presse applaudit. Il faut lire cette synthèse du site du Monde de la déposition de Mohammed Morsi, hier, toute retentissante des « Klaxons, feux d’artifice, tambours, pétards, sifflets et cris de joie. La bande son de la deuxième révolution égyptienne, c’est tout ça à la fois. Une cacophonie hilare, une sarabande jubilatoire ».

Comme il est facile, finalement, de peindre en rose un coup d’Etat, une touche par ci, un repentir par là. Tous les événements de la journée de mercredi sont regardés avec ces lunettes jubilatoires. Morsi et plusieurs dirigeants assignés à résidence, interdits de quitter le territoire ? Normal. C’est « dans le cadre d’une enquête sur « l’affaire des évasions de la prison de Wadi Natroun en 2011 », précise Le Monde sans rire. Autrement dit : parce qu’ils se sont évadés, au cours de la première révolution, d’une prison où ils avaient été jetés par le régime de Moubarak. On comprend bien l’urgence, en effet, de poursuivre l’enquête sur ce grave forfait. Les violeurs (une centaine d’agressions sexuelles en quelques jours) ? Ils sont traités dans des articles à part. C’est un dommage collatéral. Le manifestant cairote hilare et jubilatoire ne saurait être aussi un agresseur sexuel. Les affrontements en province ? Ils sont relégués à la fin des synthèses. Loin, très loin de la place Tahrir, de ses caméras et de ses feux d’artifice. C’est donc tout en bas des articles, en quelques mots, que l’on apprend qu’à Alexandrie, ou à Marsa Matrouh, des affrontements entre pro et anti Morsi ont fait quelques morts sans importance. Le président intérimaire installé par l’Armée, un magistrat de 67 ans ? « Une figure neutre », écrit sobrement Le Monde, qui se garde bien d’utiliser le mot « marionnette ». Etc etc.

On comprend bien la difficulté, pour la presse, d’appréhender cette situation troublante : une alliance entre l’armée et la foule, contre un pouvoir légitimement élu. Les événements du Caire défient toute description simpliste. Dans ce film où les bons et les méchants ne sont pas désignés par leur étiquette, où les principes s’entrechoquent, les journalistes sont forcément désorientés. Mais est-ce une raison pour tout repeindre en rose ?

Par Daniel Schneidermann | Fondateur d’@rrêt sur images |

L’art de l’intransigeance

L’étroitesse d’esprit d’une certaine frange catholique s’attaque également à l’art. A Toulouse, Alain Daudet, gérant d’une galerie d’art, est victime depuis plusieurs semaines d’insultes en tous genres et de crachats sur sa vitrine.

Des catholiques extrémistes lui reprochent d’héberger des statues de la vierge détournées et grimées en sirène ou en personnage de dessin animé ? Face aux coups de boutoir à répétition, Alain Daudet a fini par craquer et se débarrasser des objets en question. Soasig Chamaillard, l’artiste qui a créée ces statuts n’a pas l’intention de s’excuser auprès de ses censeurs. Elle regrette que la galerie d’art soit été obligée d’en arriver là et annonce qu’elle continuera son travail quitte à en choquer certains.

Quel sort pour les chibanis ?

Aujourd’hui retraités, les « chibanis » (« cheveux gris » en arabe dialectal), premiers immigrés du Maghreb arrivés en France dans les années 1950 vivent dans une grande précarité.

La Mission d’information de l’Assemblée nationale sur les immigrés âgés a décidé de définir 82 propositions pour remédier à cette situation inacceptable. Pourtant, les préconisations sont décevantes. One trouve pas trace du droit de vote ni même l’accès à la nationalité française pouvant faciliter l’obtention et le recours à certains droits. Une « carte de résident permanent » leur suffira ! On note également une proposition d’une Aide à la réinsertion familiale et sociale (ARFS), une sorte d’aide au retour dans le pays d’origine. Probablement une solution pour désengorger les foyers pour migrants qui hébergent nombre des 890 000 immigrés de plus de 65 ans. Le sens de l’hospitalité à la française est à revoir de manière urgente.

Les papes … Innocent III (Lotario, comte di Segni) 1198 – 1216

Né comte de Segni,
Diplômé de théologie,
Promu cardinal à trente ans
Par son oncle Clément*,
Elu pape sept ans plus tard sans être prêtre,
Le pape Innocent trois
S’accorde presque tous les droits :

Celui d’être le maître
Absolu sur la Terre
De par son magistère,
D’assujettir des souverains,
D’excommunier Philippe Auguste et ses sujets,
De déclencher une quatrième croisade,
Théâtre d’illusions et d’échecs en cascade,
De faire appel aux Cisterciens
Pour mener à bien son projet,
De dépouiller les Albigeois
Adversaires de la vraie foi
En instituant l’Inquisition discrétionnaire,
Tragique déviance de l’œuvre missionnaire,
D’obliger tous les Juifs à porter une rouelle*
A l’instar des lépreux qui secouent leur crécelle.
Comment un pape qui se prénomme Innocent
A-t-il osé faire couler autant de sang ?
Ses ambitions prétendument apostoliques
N’étaient guère empreintes d’esprit évangélique.
Qu’importe ! Pour l’Histoire, à l’ère médiévale,
Ce fut le plus puissant pontife occidental.

… et leur époque

1199 Le roi d’Angleterre, Richard Cœur de Lion, est mortellement blessé par un carreau d’arbalète, lors du siège du château de Châlus dans le Limousin. Jean d’Angleterre, dit ‘Jean sans Terre’ et frère du précédent, est à la fois roi d’Angleterre et duc de Normandie.
1200 Achèvement de la cathédrale de Laon. Création de l’Université de Paris.
1202-1204 Quatrième croisade et prise de Constantinople.
1203 Mort d’Arthur 1er, duc de Bretagne.
1204 Philippe-Auguste s’empare du Château-Gaillard construit par Richard Cœur de Lion .
1209 Au cours de la croisade contre les Albigeois, sac de Béziers par Simon de Montfort et prise de Carcassonne.
1212 Alphonse VIII, roi de Castille, remporte une victoire décisive sur la Maures à Las Navas de Tolosa.
1214 Victoire de Philippe-Auguste à Bouvines contre Otton IV, allié de Jean sans Terre.

Clément III et le népotisme

Népotisme  : Faveurs accordées par des papes ou hauts dignitaires de l’Eglise à leurs neveux et proches parents.

En 1024, Jean XIX, comte de Tusculum, frère de Benoît VIII dont il est le successeur.
En 1032, Benoît IX, neveu de Benoît VIII et de Jean XIX.
En 1045, Grégoire VI, qui achète l’abdication de son filleul Benoît IX.
En 1241, Célestin IV, neveu d’Urbain III.
En 1276, Adrien V, neveu d’Innocent IV.
En 1285, Honorius IV, petit-neveu d’Honorius III.
En 1370, Grégoire XI, neveu de Clément VI.
En 1431, Eugène IV, neveu de Grégoire XII.
En 1464, Paul II, neveu d’Eugène IV et petit-neveu de Grégoire XII.
En 1477, Sixte IV nomma cardinal un neveu âgé de 17 ans.
En 1492, Alexandre V, neveu de Calixte III.
En 1503, Pie III, neveu de Pie II.
En 1503, Jules II, neveu de Sixte IV.
En 1523, Clément VII, cousin germain de Léon X.
En 1605, Léon XI, petit-neveu de Léon X.
En 1644, Innocent X, descendant d’Alexandre VI.
En 1655, Alexandre VII, petit-neveu de Paul V.
En 1721, Innocent XIII, descendant de la famille d’Innocent III.
En 1724, Benoît XIII, nommé cardinal à 23 ans par son parent (?) Clément X.

Les papes et les Juifs

ANTI
Innocent III (1198-1216) oblige les Juifs à porter une rouelle.
Honorius III (1216-1227) ordonne à Jacques Ier de ne plus confier de poste diplomatique à
un Juif auprès d’une cour musulmane.
Grégoire IX, en 1233, refuse aux Juifs l’accès aux fonctions publiques, aux professions libérales et à la
propriété immobilière. En 1239, il demande que l’on confisque les exemplaires du Talmud.
Clément IV, en 1265, ordonne, à l’égard des Juifs relaps, des châtiments allant jusqu’à la mort.
Jean XXII (1316-1334), à l’instar de Charles IV de France qui expulse les Juifs de France pour s’emparer de leurs biens, fait de même avec les Juifs d’Avignon et du Comtat. En outre, il fait détruire un certain nombre de
synagogues.
Jules II, en 1554, ordonne que soient brûlés certains livres juifs dont le Talmud.
Paul IV (1555-1559) établit le ghetto de Rome pour y enfermer les Juifs.
Grégoire XIII, en 1572, interdit aux médecins juifs de soigner les chrétiens.
Pie VI, en 1775, continue de brimer les Juifs en maintenant le ghetto et en leur imposant d’assister aux sermons
chrétiens.
Pie XI,
en 1937, rappelle que les Juifs sont coupables de déicide.

PRO
Calixte II, en 1120, signe une bulle visant à protéger les Juifs lors des croisades contre leur conversion forcée.
Grégoire X, en 1272, signe une bulle demandant la protection des Juifs vivant dans la chrétienté.
Clément VI, en 1348, publie deux bulles pour signifier qu’il prend les Juifs sous sa protection et menace d’excommunier ceux qui les maltraitent ou qui les rendent responsables de l’épidémie de peste noire.
Paul VI, en 1964, fait une brève visite en Israël.
Jean XXIII, en 1965, spécifie que ‘ ce qui a été commis durant la Passion du Christ ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps.
Jean-Paul II, dès 1979, présente des excuses pour les erreurs commises à l’encontre des Juifs. En 1986, il prie avec eux à la grande synagogue de Rome. En 1993, il reconnaît l’Etat hébreu. En 2000, en Israël, il demande – pardon pour l’attitude de l’Eglise envers les Juifs.
Benoît XVI, en 2008, déclare qu’être antisémite c’est être antichrétien.

Pavé insolent

Dialogue entre Michel et Gabriel
G «  Ce pape Innocent III a tout pour déplaire ! Promu cardinal par le pape Clément III son oncle, il se conduit en despote qui régente la politique des pays voisins : les Deux-Siciles, l’Italie, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Espagne et qui décide d’excommunier le roi de France et ses sujets !
M – Le royaume du Christ n’était pas de ce monde, manifestement une partie de ce même monde en faisait partie. Quelle dérive !
G – On peut dire qu’à la suite du 4ème concile de Latran, il peut se vanter d’avoir devancé les nazis en imposant aux Juifs de porter une rouelle, préfiguration de l’étoile jaune.
M – Ce qui me démoralise, c’est que ce pape est considéré comme le plus puissant des papes du Moyen Age ! Comme si la puissance d’un pape avait pour critère la domination politique !
G – Qu’en pensent les traditionalistes ?
M – Je suppose qu’ils lui trouvent mille excuses ! Par exemple, étant donné l’époque, les circonstances …
G – OK ! Dans ce cas, ils admettraient pour l’Eglise la nécessité d’adapter sa politique en tenant compte de l’évolution de la société ! Ce
que refusait Benoît XVI et que refusera sans doute François. »

Pologne : l’exorcisme à la mode

Il y a quelques semaines, un rassemblement hallucinant a eu lieu dans le stade national de football de Varsovie en Pologne. Plus de 58 000 personnes étaient rassemblées pour assister à une séance de guérison géante organisée par un prêtre ougandais.

Le père Jean-Baptiste Bashobora était venu d’Ouganda pour l’occasion et aurait la réputation d’être un guérisseur. Une des cages du terrain laissait place à un autel en forme de cœur et une croix haute de quinze mètres. UN des organisateurs rassurait qu’un endroit au calme avait été prévu pour les personnes victimes de manifestations sataniques pendant la cérémonie avec une prise en charges par des prêtres exorcistes. L’évènement a été organisé par Mgr Henryk Hoser, l’évêque de Varsovie-Praga. L’exorcisme est en plein essor en Pologne. Il y a quelques mois, des prêtres ont lancé un mensuel dédié à cette pratique.

Appel solidaire pour une Syrie libre – La Syrie, berceau de la chrétienté, ne doit pas sombrer dans le chaos

Il est impossible de comprendre la situation en Syrie et son évolution, sans avoir une idée sur le régime syrien et sa véritable nature1. Elias Warde, enseignant chercheur à l’université Paris-Sud XI et membre du Conseil national syrien, fait le point pour « Golias Hebdo » sur l’évolution de la révolte syrienne et les perspectives d’une solution.

Lorsque la cinéaste syrienne Hala Alabdalla a relaté, lors d’une soirée culturelle le 24 juin 2011 à Paris, le calvaire subi par des enfants et adolescents de la ville de Deraa, arrêtés pour avoir osé griffonner sur un mur « Bachar, dégage ! », il était difficile à un participant de ne pas s’indigner, et de ne pas s’engager. La barbarie s’était déchaînée depuis l’insurrection pacifique, matée dans le sang, du printemps 2011. Des Syriens chrétiens nous ont confié leurs espoirs en une ère nouvelle. Tous se sont retrouvés le lendemain, lors d’une manifestation, place du Panthéon, pour dire leur exigence de liberté et de dignité en Syrie. Le régime, mafieux mais habile à communiquer, prompt à avilir et à massacrer, a dévasté quartiers, écoles, patrimoine architectural… pour régner. Des ONG de défense des droits de l’Homme, des associations, notamment l’Appel Solidarité Syrie, ont contribué à informer et à mobiliser l’opinion française contre l’inacceptable. Des mouvances rouge-brun, parfois relayées par des médias, ont nié la terreur d’État du régime Al Assad, et vu son autoritarisme comme « prix à payer » pour sa fermeté laïque et anti-impérialiste… En bientôt 30 mois, le bilan humain du désastre commis par l’appareil militaro-policier est insoutenable. Le dictateur, puissamment aidé dans sa répression armée par Vladimir Poutine, connaisseur en la matière, a joué la carte de la militarisation, de la confessionnalisation, de la « lutte contre le terrorisme ». Alors qu’il a accumulé 73 milliards de dollars placés en lieux sûrs, son pays est aujourd’hui en ruines. Riche d’une Histoire de fraternité intercommunautaire partagée dans le tissu urbain et les villages, entre chrétiens et musulmans notamment, le peuple syrien a de valeureux atouts pour marcher vers une nouvelle ère affranchie du talon de fer de la dictature ; une Syrie libre, démocratique et pluraliste, pour peu que tombe le mur d’indifférence et de méfiance sur lequel mise le régime. Golias tente d’y contribuer. Les chrétiens syriens ont un rôle de premier plan dans cette quête de liberté et de dignité qui nous concerne tous.

[découvrez l’intégralité de notre dossier en téléchargeant la version numérique de Golias Hebdo n°298 : http://golias-editions.fr/thelia/?fond=produit&id_produit=780&id_rubrique=80]

Profit

Il est le maître mot de la plupart des activités humaines contemporaines. J’espère par exemple que les lecteurs de Golias Hebdo ont vu la remarquable émission Gasland, passée sur Arte le mardi 9 juillet dernier. On y apprend que les compagnies industrielles états-uniennes ne reculent devant rien pour extraire le gaz de schiste du sous-sol dans tout le territoire national, au moyen d’un procédé, la fracturation hydraulique, consistant à injecter dans le sol quantité de produits chimiques extrêmement dangereux, et polluant les nappes phréatiques. On voit dans le film l’eau du robinet s’enflammer au contact du foyer d’un simple briquet. Maintes familles ont vu leur maison et tout leur patrimoine foncier réduit à néant d’un seul coup, sans compter les émanations gazeuses se répandant dans l’air, et causant elles aussi des maladies très graves et irréversibles. Si d’aventure elles veulent intenter un procès aux responsables, ces derniers peuvent éventuellement les indemniser, mais sous condition expresse qu’elles ne donneront aucune interview aux journalistes sur ce qui leur est arrivé. L’omerta règne donc, tant est grand ce lobby des industriels !

Leur argumentaire consiste à dire que, le mode de vie états-unien n’étant pas négociable (ce qu’avait bien dit un ancien Président), on aura toujours besoin d’énergie pour remplacer le pétrole. Il faut donc acquérir dans ce domaine une autonomie, ne pas dépendre des pays qui en produisent, et ainsi éviter le risque du terrorisme (sic) ! Face à ces arguments spécieux, qui n’envisagent pas la nécessité pourtant vitale d’une « décroissance », les intérêts humains à long terme ne tiennent pas. Le résultat est un gaspillage éhonté à très courte vue. Épuiser ainsi le sol natal, c’est scier la branche sur laquelle on est assis. On peut appliquer à cette position la phrase que Montesquieu, dans L’Esprit des lois, applique au despotisme : « Quand les sauvages de la Louisiane veulent avoir du fruit, ils coupent l’arbre au pied et cueillent le fruit. » Mais je laisserai le dernier mot à un poète, Leconte de Lisle, dont « Aux Modernes » se termine ainsi : « Hommes, tueurs de Dieux, les temps ne sont pas loin / Où, sur un grand tas d’or vautrés dans quelque coin, / Ayant rongé le sol nourricier jusqu’aux roches, / Ne sachant faire rien ni des jours ni des nuits, / Noyés dans le néant des suprêmes ennuis, / Vous mourrez bêtement en emplissant vos poches. »