La retraite des « Ex » de l’Eglise: le séminariste n’est pas un « étudiant »

L’affirmation semble bien secondaire, car parmi les activités du séminariste, les études sont bien présentes, soit qu’il suive des cours dans un séminaire, soit qu’il se rende régulièrement dans de Grandes Ecoles ou à l’Université. Mais à la différence de ses collègues étudiants, sa vie est à part : il est inséré dans un autre monde que le monde étudiant. Lorsqu’un étudiant fait des « petits boulots », son employeur doit assumer pour lui des prélèvements, notamment au titre de la vieillesse, et ne peut se retrancher derrière le statut d’étudiant pour s’exonérer des cotisations sociales. Le séminariste qui est en même temps « étudiant », est logé et nourri dans une communauté bien identifiée. Il vit la vie religieuse de cette communauté. Il peut d’ailleurs être séminariste et continuer à travailler, mais en dehors de son temps de travail, il est « séminariste » vivant une vie religieuse bien particulière, sa vie est déjà une vie de « prêtre ».

Tout cela semble aller de soi… du coup, quelle peut être l’utilité de cet article ? – Une affaire de « gros sous » : des procès que l’Eglise de France a perdus ! Pour contrer une jurisprudence qui leur était contraire, la Conférence des évêques de France et la Conférence des Religieuses et Religieux de France (CORREF) ont mis en place une parade, celle d’imposer aux séminaristes et aux novices le « rachat » de leurs années de séminaire et de noviciat, et, pour cela, elles demandent que les séminaristes et novices soient considérés, seulement et uniquement, comme des « Etudiants ».

32316 euros réclamés à 50 ans pour valider 3 années de vie religieuse !

Préparant leurs dossiers « retraites », tous ceux qui ont eu une vie religieuse plus ou moins longue comme séminariste, prêtre, religieux, membre de « communautés nouvelles », ou de tout autre structure cultuelle (1), devraient pouvoir, au titre de la loi du 2 janvier 1978, se voir reconnaitre ces trimestres pour leur pension vieillesse. Or ils sont invités par les associations diocésaines et collectivités religieuses à racheter leurs années d’études, pour bénéficier du « taux plein » (2) à défaut ils doivent continuer à travailler aussi longtemps qu’ils n’ont pas obtenu le nombre de trimestres nécessaires, jusqu’à 67 ans… et peut-être demain au-delà.

La possibilité de rachat est donnée comme « conseil » par la CEF et la CORREF, mais sans indication du coût, sauf la mention de la déduction fiscale liée à cette opération ! Faire porter à la collectivité nationale, le poids de ce rachat est déjà scandaleux, que dire en plus des revenus nécessaires au « bénéficiaire » potentiel pour obtenir une telle déduction ? A 50 ans il est réclamé au futur retraité 2693 euros par trimestre de séminaire et donc 2693*12= 32316 euros (3) pour trois années. Même facture pour les années de noviciat ou de probation dans les communautés nouvelles ou les divers cultes.

La note d’information de la CORREF, mérite ainsi d’être citée. Le rachat est présenté doucettement comme une avancée : «  La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2012 autorise à valider – moyennant leur rachat – les périodes de formation à la vie religieuse qui précèdent l’obtention du statut permettant l’affiliation à la Cavimac…

Cette possibilité n’était ouverte jusqu’ici qu’aux années d’études faites dans l’enseignement supérieur, et seulement en remontant jusqu’à 1998. En conséquence, chacun de nous avions jusqu’ici des « trous » dans nos « carrières », du fait de nos périodes de formation à la vie religieuse.

Compte tenu de la modicité des retraites Cavimac et de l’allongement des durées de cotisation, cette mesure vise à éviter que les congréganistes et Ministres des cultes ne soient pas trop défavorisés par rapport à l’ensemble des Français.
Ce n’était pas forcément trop grave pour ceux qui restent toute leur vie dans leur institut, mais cela pouvait poser des problèmes pour ceux qui nous ont quittés, et qui ont pu avoir des parcours difficiles avec des périodes de chômage
 ».
Cette information tendancieuse se garde bien de rappeler que les tribunaux, confirmés par la Cour de Cassation, ont établi que pour ces premières années de vie religieuse, les associations diocésaines, les congrégations et les communautés nouvelles avaient l’obligation d’affilier toutes celles et tous ceux qui avaient été admis dans un séminaire ou une communauté religieuse, même s’ils étaient en période de probation (4).

Le séminaire est une collectivité religieuse

Depuis 2005 une cinquantaine de procès ont eu lieu sur toute la France. Très vite les tribunaux ont jugé que les postulants et novices dès lors qu’ils étaient admis dans un monastère ou une congrégation devaient être considérés comme « membres » obligatoirement affiliés à la Sécurité sociale au titre de cette vie religieuse exercée même de façon probatoire.

Pour les séminaristes la jurisprudence mit du temps à se fixer, jusqu’au moment où le séminaire fut considéré comme « collectivité religieuse » au sens de la loi du 2 janvier 1978. Le concept recouvre en effet toute structure au sein de laquelle la vie religieuse est exercée et vécue : le séminariste étant logé et nourri, se plie en contrepartie à une organisation de vie et à la dépendance d’une hiérarchie religieuse, pour vivre la vie de prêtre tout en pouvant être par ailleurs « étudiant » ou exerçant une profession. Dans ce dernier cas, s’il est couvert en maladie et vieillesse, il n’a pas à être affilié à la Caisse des cultes, mais s’il est « étudiant » et couvert à ce titre pour la maladie, il doit être affilié en plus à la CAVIMAC pour la vieillesse.
Cette jurisprudence est-elle solide ? L’histoire des séminaires permet de répondre positivement. L’institution des « séminaires » est due au Concile de Trente, il ne s’agit pas seulement d’un lieu pour les études théologiques, mais bien d’une structure où le candidat est appelé à vivre la vie du prêtre et à en tester toutes les modalités et contraintes.

En France, lorsque Monsieur OLIER fonde Saint Sulpice, les candidats au sacerdoce continuent à se rendre à la Sorbonne pour les études. Mais dans le même temps, ils renoncent à leurs libertés d’étudiant pour vivre la vie de la communauté sulpicienne voulue par le fondateur des séminaires « sulpiciens ».

Pierre PIERRARD dans son livre « Le prêtre français du Concile de Trente à nos jours » (DESCLEE, 1986 p 39), observe : « Les séminaires français nés au XVIIe siècle ont contribué à façonner un clergé vertueux, zélé, charitable, suffisamment instruit pour garder le goût de la lecture et de la discussion. ». Il constate en outre que les trois fondateurs Monsieur OLIER, Monsieur Vincent (St Vincent de Paul fondateur des Lazaristes) et Jean EUDES (fondateur de Eudistes), avaient les mêmes visées : « Un clergé formé dans des séminaires qui sont avant tout des noviciats ou une ascèse rigoureuse introduit le futur prêtre à l’esprit et à la pratique des vertus ecclésiastiques. Des dizaines de milliers de prêtres (on pourrait ajouter: de frères et de sœurs) ont vécu selon l’immuable règlement sulpicien. Depuis le lever à 5 heures jusqu’ ‘au coucher le soir à 9 heures, la même suite d’exercices pieux — oraison, messe, examen particulier, examen général, chapelet, office, lecture spirituelle, visite au Saint Sacrement- coupée de longues études et de courtes récréations: ordre, exactitude, régularité ».

Qu’avec le temps le lever de 5 heures ait été retardé à 7 heures ou que la vie de ces communautés ait évolué dans un sens davantage en phase avec la société d’aujourd’hui, demeurent les mêmes soucis d’une vie religieuse et communautaire ne permettant pas de dire qu’un séminariste est un simple « étudiant ». C’est aussi et d’abord quelqu’un qui vit déjà la vie de prêtre, et qui est en contrat avec l’Eglise pour cela.

La série d’Arte « Ainsi soient-ils » en témoignait en 2012… et le site concurrent des séminaristes eux-mêmes « Ainsi sont-ils » ne dit pas autre chose : ils ne sont pas des « Etudiants » comme les autres, ils sont « Séminaristes »  et fiers de l’être ! En toute amitié nous leur disons bonne chance pour leur lointain statut de retraité. Ils n’y pensent pas comme la très grande majorité des actifs… avant 50 ans !

Notes :
1 – Car la question n’est pas spécifique au culte catholique. Des bouddhistes, des Imams, des orthodoxes, des Fraternités St Pie X, des Frères de Taizé, des Témoins de Jéhovah etc. se trouvent confrontés à la même réalité : la CAVIMAC voudrait les obliger à racheter leurs premières années de vie cultuelle…
2 — Une étude toute récente de la DRESS, sur les motivations de départ à la retraite, constate que 49% des personnes liquidant leur retraite ignoraient la notion de « taux plein » : pour pouvoir bénéficier d’une retraite complète (sans pénalités) il faut avoir rassembler suivant son âge un nombre d’années d’activités tout régime confondu à savoir en totalisant les années d’activités comme salariés, fonctionnaire, artisan, agriculteur, religieux, service militaire, trimestres de maternité ; Si le total de toutes ces années n’atteint pas actuellement 42 annuités (un chiffre appelé à monter) , des pénalités sont appliquées à toutes les pensions servies, sans possibilité de rattrapage une fois la retraite liquidée.
3 – https://www.cavimac.fr/rachat_de_trimestres.html
4 – – Pour connaître l’ensemble de la jurisprudence liée à ces décisions judiciaires voir le site http://www.aprc.asso.fr/npds/index.php?op=edito. L’adhésion permet d’avoir accès à tous les jugements et arrêts et les conseils et soutiens nécessaires pour en bénéficier.

Les papes …

Benoît IX (Théophylacte de Tusculum)
1032 – 1044
du 10 mars au 1er mai 1045
du 8 nov. 1047 au 16 juil. 1048

Après la mort de Jean Dix-neuf, le fameux clan
Tusculum* s’empresse de choisir dans son rang
Un successeur capable de garder intacts
Ses privilèges dus à sa prééminence.
Ce ne sera qu’un jouvenceau, Théophylacte,
Inexpérimenté mais de la descendance
Du pontife Jean Douze et, de surcroît, neveu
Du pape Jean Dix-neuf.
Dans le clan Tusculum on obtient ce qu’on veut.
Dans ce temps-là, la papauté est l’apanage
D’une dynastie dont la foi n’est que du bluff
Pour abuser tous les chrétiens du Moyen-âge.
Une émeute que fomentent des opposants
Contraint Benoît, après un règne de douze ans,
A s’enfuir pour laisser le Saint-Siège à Sylvestre
Qui ne sera pape que durant un trimestre.
Benoît Neuf, en effet, loin de s’avouer vaincu,
A repris les armes pour déloger l’intrus,
Secondé forcément par quelques mercenaires
Qui, la tâche achevée, réclament leurs salaires.
Est-ce pour les payer que son oncle et parrain,
L’archiprêtre Gratien,
Lui accorde une ou deux mille livres d’argent ?
Ou bien lui paraît-il urgent
De succéder à ce filleul cupide et vil
Qui ne respecte pas l’esprit de l’évangile ?
Toujours est-il que Jean devient Grégoire Six.
Cependant, Henri Trois, l’empereur germanique,
Soupçonneux, organise un concile à Sutri
Où filleul et parrain sont déclarés complices
Et coupables de simonie.
Grégoire Six abdique.
Lui succède un saxon devenu Clément Deux
Dont le décès, l’année d’après, fait un heureux :
Benoît, qui retrouve sa tiare grâce au clan
Tusculum pour huit mois
Mais qui sera bientôt déchu par Henri Trois
L’empereur vigilant !
Excommunié, Benoît finit son existence
Dans un monastère où il fera pénitence.

… et leur époque

1032-1034 : Conrad II, roi de Germanie, devient le suzerain du
royaume de Bourgogne et d’Arles.
1034 : Henri 1er, roi de France et fils de Robert le Pieux, épouse Mathilde de Frise.
1035 : Robert le Magnifique, duc de Normandie et père de Guillaume le Conquérant, meurt à Nicée, lors de son retour de Jérusalem où il avait
fait un pèlerinage.
Après le départ en Terre Sainte de Robert le Magnifique, son fils, le futur Guillaume 1er duc de Normandie est sous la tutelle
d’Henri 1er.
1039  : A 22 ans, Henri III, le Noir, empereur germanique, succède à son père Conrad II au titre de roi des Romains.
1041  : Slaves de Bohême et Polonais deviennent les vassaux de l’empire germanique et, en 1045, c’est le tour des Hongrois.
1046 : Couronnement d’Henri III, le Noir.
1048 Du 17 juillet au 9 août, : Damase II (Poppon de Brixen) succède à Benoît IX de par la volonté d’Henri III. Il meurt à Palestrina, sans doute de la malaria.

Le clan Tusculum

Entre 904 et 964, de nombreux papes furent de la famille des comtes de Tusculum qui
arbitraient les affaires politiques et religieuses de Rome :
Serge III, en 904 ; avec lui, commence la période dite de la pornocratie* (Cf. Pavé insolent).
Un fils illégitime deviendra le pape Jean XI. (Cf. ci-dessous).
Jean X, en 914, qui mourut emprisonné et empoisonné par Marozie (1).
Léon VI, en 928, fils de Marozie.
Etienne VII, en 929, élu grâce au soutien de Marozie.
Jean XI, en 931, fils de Marozie
Etienne VIII, en 939, qui sera éliminé par Marozie
Marin II, en 942, qui obéissait surtout à Albéric II, fils de Marozie !
Agapet II, en 946, sous l’emprise d’Albéric II
Jean XII, en 955, battu à mort par un mari jaloux ? Victime d’une apoplexie en galante compagnie ?

(1) Marozie est née vers 890. Elle était la fille du consul romain Théophylacte, comte de Tusculum, et de Théodora, sénatrice et patricienne de Rome, titres accordés par Jean X qu’elle empoisonna.
À quinze ans, elle devint la maîtresse de Serge III, cousin de Théophylacte, qu’elle avait connu quand il était évêque de Porto. Ils eurent un fils, le futur pape Jean XI.

Pavé insolent

Dialogue entre Michel et Gabriel
M « Dans Le Robert des noms communs, je n’ai pas trouvé
pornocratie, mais il est mentionné dans le dictionnaire des noms propres. Bizarre, non ?
G – En revanche, dans celui des noms communs en deux volumes, le
mot figure à la suite de pornographie avec cette définition :
‘ Le mot (1823) désigne un régime dans lequel les courtisanes ont une forte influence sur les hommes au pouvoir. Il s’applique à une période de l’histoire de la papauté (904-964) pendant laquelle les papes, sous l’influence de leurs maîtresses, mirent leurs fils sur le trône pontifical.’
M – Je serais curieux de connaître le nom de l’historien qui a inventé ce mot.
G – Pourquoi ?
M – Pour savoir s’il s’agit d’un anticlérical, d’un athée, d’un catholique ou d’un protestant.
G – Peu importe ! Il a fait son travail d’historien, et tant pis si le résultat dérange les inconditionnels de la papaulâtrie.
M – Papaulâtrie ? Il est dans ton dictionnaire, ce mot-là ?
G – Non, mais il exprime bien ce que je veux dire. »

Comment l’extrême droite catholique rêve d’un coup d’état militaire

Les chiffres déjà très élevés du chômage ne disent pas la vérité sur la situation réelle que traverse la société française aujourd’hui. L’angoisse ne cesse de grandir. Et avec elle non seulement la frilosité mais des revendications identitaires et violentes. Dans ce contexte explosif, une évolution sociétale au début souhaitée par une majorité de Français, comme l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe, a servi de détonateur pour exprimer la colère et l’attente d’un Printemps français. Sur fond de cette réaffirmation identitaire artificielle mais agressive caractéristique des périodes de troubles et de désarrois. La démocratie s’en trouve aujourd’hui menacée.

Nos évêques n’ont pas réfléchi aux conséquences de leur intransigeance face au projet de loi Taubira instaurant le mariage entre personnes du même sexe. Au lieu de s’en tenir, comme le proposait à l’automne dernier le texte de la commission Famille et Société de l’épiscopat, à un débat certes critique mais aussi constructif, contestant l’appellation de mariage mais acceptant le principe de l’union civile et des droits inhérents, les évêques ont préféré se lancer dans une croisade. Déchaînant des forces réactionnaires et violentes qu’ils sont rares à apprécier mais qu’ils n’ont pas combattues, et au contraire entretenues peut-être dans le secret espoir de retrouver une audience perdue. C’est grave. L’enthousiasme prématuré d’un mensuel militaire d’extrême droite Arsenal et diverses indiscrétions font état d’une situation de pré-coup d’état militaire. De hauts gradés catholiques, exaspérés par l’évolution sociétale du « mariage pour tous » en laquelle ils voient une véritable « rupture anthropologique », seraient perméables à une telle idée, la situation leur semblant exceptionnelle.

Le risque réel d’un tel coup d’état ne doit pas être majoré. Il ne doit pas non plus être totalement écarté du revers de la main comme un fantasme. Les ingrédients explosifs d’une crise économique récurrente et qui s’aggrave et des dommages collatéraux sur les identités individuelles et collectives créent une situation d’ensemble qui doit susciter la plus vive inquiétude et la plus grande prudence.
En définitive, le plus triste est le rôle joué par ces alliés inconséquents mais non moins affligeants du pire que sont ces chrétiens fanatisés prompts à brandir des bannières agressives. Semant le vent. Désormais, on peut craindre la tempête. Que feront les évêques par exemple pour l’apaiser ? Ils ont beau jeu aujourd’hui d’appeler au dialogue.

[découvrez l’intégralité de notre dossier dans Golias Hebdo n°293]

Hollande, les crapauds, et le beau temps

Réservez votre soirée : Hollande répond au porte-parole du MEDEF, pardon, au présentateur de Capital, sur M6. Laquelle émission a préparé un catalogue de tout ce qui ne marche pas en France, et à quoi, Monsieur le président, il faudrait remédier d’urgence, concrètement, on attend vos réponses, vos solutions. Au premier rang des coupables, pas l’évasion fiscale, non, les crapauds.

Saviez-vous (ça c’est du concret) que la pénurie de logements en France, c’est la faute aux crapauds ? Enfin, plus précisément, les normes environnementales. Oui oui ici, regardez bien, un programme de construction a été retardé de trois ans, pour préserver…des crapauds. D’ignobles, de visqueux crapauds, ceux-là même qui sont haïs par les hommes ! Au second rang des coupables : les locataires. Ecoutez, Monsieur le président, ce petit propriétaire se plaindre que le non-paiement de loyers ne soit « même pas un délit ». Et ça continue. La récession en France ? La faute à multiplication des arrêts-maladie dans le secteur des « services à la personne » (entendez, le torchage des vieux). Pensez donc, on a un secteur d’avenir, prometteur, un gisement de croissance, et ils se mettent en arrêt-maladie !

On se perd en suppositions sur ce qui peut passer par la tête des conseillers de l’Elysée, pour envoyer le chef dans ce type de traquenard. S’agit-il de rassurer Merkel et Lafinance sur le rythme des réformes ? Mais il est peu probable qu’ils regardent Capital. Le calcul machiavélique consiste-t-il à permettre à Hollande, prenant le contrepied de l’émission, volant dans les plumes du présentateur, de se repositionner en adversaire de Lafinance (mais oui, souvenez-vous, notre vieille amie Lafinance, celle du discours du Bourget, celle qui n’a « pas de visage », etc) ? Mais alors, il fallait y aller à fond, soutenir l’employée des services à la personne virée devant la caméra pour abus d’arrêts maladie, voler dans les plumes des propriétaires. Mais ne cherchons pas de raisons où il n’y en a probablement pas. Que différents responsables socialistes aient évoqué, pour expliquer le résultat de la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot, où le candidat PS a été éliminé du second tour, la responsabilité des écolos, celle du beau temps, ou celle de Cahuzac, en dit long sur leur lucidité.

 » Il y a eu une déception immense sur le plan politique, donc une désillusion. J’ai compris que le seul changement qu’on pouvait espérer, c’était finalement la littérature qui l’apportait (…) C’était, par le fait de lire, d’être au courant et d’être en communion avec les gens qui avaient essayé de montrer qu’on pouvait essayer de changer soi-même. (…) J’ai compris que le changement n’était pas que social et politique – même si cela reste une procédure très importante- mais qu’il y avait aussi un changement de chacun ». Qui parle, dans cette interview de 1991 ? Maurice Nadeau, éditeur et fondateur de la Quinzaine littéraire, qui vient de mourir à 102 ans. Dont on ne connait pas l’opinion sur la responsabilité des crapauds, et qui ne regardait sans doute même pas Capital.

Par Daniel Schneidermann | Fondateur d’@rrêt sur images |

Australie : le mur du silence se brise

Il y a quelques semaines, nous évoquions la mise en place par le gouvernement de l’État de Victoria en Australie d’une enquête sur les abus sexuels perpétrés par les institutions religieuses dans le pays. Les audiences ont démarré.

Le cardinal George Pell, archevêque de Sidney, a ainsi reconnu que « la motivation première aura été de protéger la réputation de l’Église », « il y avait la peur du scandale  ». Une peur du scandale qui a réduit sous silence au moins 620 enfants victimes depuis 1930 dans ce seul état. En parallèle, une enquête publique nationale est ouverte depuis le mois d’avril et doit auditionner 5000 victimes d’institutions catholiques et laïques.

SNCF : le danger 2019

La SNCF semble être rattrapée par la crise. La baisse du chiffre d’affaires au premier trimestre 2013 pour TGV France (- 2 %) et du trafic (- 3 %) est plutôt inquiétante à l’heure où des investissements importants sont nécessaires pour renouveler le parc de TGV de première génération. f

Un défi de taille d’ici l’ouverture à la concurrence en 2019 alors que le modèle économique global de la SNCF se trouve fragilisé notamment par une forte augmentation des dépenses de péage et d’électricité et un nombre important de destinations déficitaires. Le lancement récent, en avril dernier, des rames « low cost » Ouigo, est censé séduire de nouveaux clients et améliorer la productivité du modèle TGV en tirant sur les coûts et contribuer ainsi à relancer la dynamique économique. A moins que cette stratégie habitue le client à un prix de référence bas, ce qui entraînerait toute l’activité TGV dans une spirale de perte de valeur.

Istanbul : vers un printemps turc ?

Face aux dérives autoritaires de Recep Tayyip Erdogan et à sa volonté d’islamisation de la société, la contestation gagne les grandes villes. Le Premier ministre entend toutefois ne pas céder sur l’essentiel, au risque d’un embrasement généralisé et d’une perte d’influence du Parti pour la justice et le développement qu’il avait créé en 2002.

Le soulèvement populaire partait le vendredi 31 mai depuis la place Taksim à Istanbul, où des projets d’urbanisation du quartier cristallisaient les rancœurs. Militants associatifs qui dénonçaient la destruction du parc Gezi pour laisser la place à un centre commercial, groupes opposés à la construction d’une mosquée, annonçaient un mouvement de grande ampleur dirigé contre la politique du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Un des plus importants dirigé contre le gouvernement islamo-conservateur turc, depuis son arrivée au pouvoir en 2002.
Le samedi 1er juin dans la soirée, le gouvernement lâchait du lest et les forces de police se retiraient de la place Taksim. Aussitôt, des dizaines de milliers de personnes envahissaient les lieux et réclamaient la démission du Premier ministre. Le lendemain, lors d’une émission télévisée, Erdogan concédait qu’un centre commercial ne serait peut-être pas construit, mais maintenait sa volonté d’ériger une mosquée… en lieu et place du centre culturel Atatürk, dédié au fondateur de la Turquie républicaine qui devait imposer la laïcité. Au printemps 2012, le Premier ministre avait déjà annoncé une autre mosquée à Camlica sur les hauteurs d’Istanbul, qui serait “la plus grande du monde”, symbole à peine voilé de la reconquête islamique. La réplique d’une caserne militaire du XVIIIe siècle, rasée dans les années 1940, est également à l’ordre du jour. Représentative d’un néo-ottomanisme qui a le vent en poupe, elle est destinée à faire pièce à l’idéologie de Mustapha Kemal. Originaire du quartier pauvre de Kasim Pacha près de la Corne d’Or, Erdogan se laisse imprudemment mener par l’ivresse du pouvoir. Dans son désir de puissance et de grandeur, il a investi une partie de Dolmabahçe, résidence des sultans à partir de 1856 et jusqu’à l’abolition du califat en 1924. Une belle promotion en quelque sorte, gâtée par des manifestants qui n’avaient pas hésité à se faire entendre jusque sous les fenêtres de ses bureaux.

[découvrez l’ensemble de notre article dans Golias Hebdo 292]

L’écran de fumée de la « Manif pour tous » : un danger pour l’Eglise et la société

Un certain nombre d’évêques semblent se réjouir d’une vitalité retrouvée et d’une affirmation identitaire plus forte (cf. « Golias Hebdo » n° 286). Des observateurs devinent à l’horizon l’émergence d’une nouvelle génération de « veilleurs ». Dont nous assistons au premier round et qui devrait occuper de plus en plus l’échiquier des opinions et des pensées. En rupture complète avec l’esprit conciliaire qui prévaut toujours au sein du catholicisme, malgré l’agitation et l’écran de fumée de la « Manif pour tous ».

Il y a un temps pour chaque chose. Pour crier et pour se taire. Pour écouter et pour s’exprimer. Les manifestants contre le mariage pour tous semblent s’acharner à vouloir empêcher à tout prix une évolution sociétale qu’il est certes permis de discuter mais qui s’inscrit dans une dynamique de tolérance et d’égalité qui traverse l’ensemble du monde occidental. Il serait regrettable, et contraire à la culture démocratique, que les uns et les autres ne puissent s’exprimer. En revanche, l’acharnement sans espoir qui caractérise le refus de la décision démocratique peut très légitimement choquer les consciences qui estiment que le pays a aujourd’hui besoin d’apaisement et non d’une nouvelle polémique. 

Dans son blog Bruno Frappat, ancien directeur de La Croix, formule de très justes remarques. N’hésitant pas à dénoncer avec franchise la grave dérive qui affecte cette manifestation. Citons-le : « Des groupes violents, venus dans l’idée d’en découdre avec la police et avec la République, des groupuscules dont la défense de la famille est le cadet des soucis ont essayé de « tenir » l’esplanade des Invalides. Quelques centaines ont été embarqués. Des journalistes ont été maltraités, battus comme plâtre et traités de collabos. » Cela devait être dit et il est heureux que cela ait pu être écrit un peu tardivement, certes. Cependant, mieux vaut tard que jamais ! Le sectarisme évident que traduit l’injure de « collabos » est sans aucun doute le signe d’une grave dérive de la pensée et de l’intelligence, mais aussi de la volonté et du sens de la démocratie. Il s’agit en fait d’un dérapage de plus. Comme s’il n’y en avait pas eu assez. Y compris dans une bouche épiscopale comme celle du cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon. Qui assimila gaiement – c’est le cas de le dire – l’homosexualité à l’inceste et à la polygamie. 

La référence aux « collabos » vient d’un certain Xavier Bongibault, un jeune activiste médiatique, proche de Frigide Barjot et président de « Plus gay sans
mariage ». Récemment, ce jeune homosexuel autoproclamé mais hostile au mariage pour tous a déclaré à Tours où il accompagnait son égérie Frigide qu’il fallait comparer la situation actuelle de la France au temps de l’occupation. Le 24 mars déjà il avait lancé cet incroyable slogan : « Collaborateurs de ce projet de loi, faites vos valises. » Xavier Bongibault n’en était pas à un coup d’essai. Au mois de janvier dernier, il avait déjà défrayé la chronique en comparant François Hollande à Adolf Hitler. Sans commentaire.

Les évêques ont beau jeu alors de tenter de calmer les esprits avec l’invitation lancée par le Conseil famille et société de l’épiscopat : « Poursuivons le dialogue » (voir aussi dans le numéro 292 de Golias Hebdo l’excellent texte de Mgr Dagens).

[découvrez l’ensemble de notre dossier dans Golias Hebdo n° 292]