Et maintenant, le « offshore leaks »

Cet instant précis, où le matinaute écoute sur France Inter Fabrice Arfi débattre avec Gérard Davet (Le Monde) et Mathieu Aron (France Inter) et où tombe une alerte du Monde: "le trésorier de campagne de Hollande est actionnaire de deux sociétés offshore aux Caïmans". On relit mot à mot.

Cet instant précis, où le matinaute écoute sur France Inter Fabrice Arfi débattre avec Gérard Davet (Le Monde) et Mathieu Aron (France Inter) et où tombe une alerte du Monde: « le trésorier de campagne de Hollande est actionnaire de deux sociétés offshore aux Caïmans ». On relit mot à mot.

Le trésorier de campagne de Hollande. Oui. En 2012. Oui. Un nommé Jean-Jacques Augier. Oui. Enarque, promotion Voltaire. Normal. Par ailleurs actionnaire de la revue Books, et du magazine Têtu. Très bien. Actionnaire de deux sociétés aux Caïmans. Dans le studio, ils en sont encore à Cahuzac, à Minc et à Kadhafi, et voici un nouveau personnage, qui revendique toute la vedette.

Donc, autour de Hollande, il n’y avait pas seulement Cahuzac, son compte en Suisse, ses amis du GUD, et ses investissements au Pérou (si vous n’avez pas suivi, c’était le scoop du Monde de la veille). Il y avait aussi Augier et ses parts dans des sociétés aux Caïmans. Une chose est sûre: on est facétieux, dans l’entourage de Hollande. On aime s’amuser. Prendre des risques. Il cache bien son jeu, le Corrézien, avec son accordéon sur la place de Tulle. Si cela vous amuse, je peux vous dessiner la journée: ce sera la même qu’hier. Hollande savait-il ? A-t-il demandé les yeux dans les yeux à son trésorier de campagne, s’il avait des parts dans des sociétés offshore aux Caïmans ? Moscovici a-t-il déclenché une enquête du fisc ? Augier a-t-il une connexion avec le GUD ? Marine Le Pen était-elle au courant ?

Tombant sur cette alerte du Monde, le matinaute ne sait pas encore qu’il vient de faire connaissance avec le « offshore leaks ». Bienvenue dans l’investigation mondialisée ! Le offshore leaks est apparemment une enquête d’investigation mondiale, menée par 86 journalistes d’un grand nombre de pays, avec sortie mondiale ce jeudi, et à côté de laquelle Wikileaks, parait-il, était une aimable distraction enfantine. A en croire Gérard Davet, Le Monde a été sélectionné pour sortir cette enquête-là, avec (notamment) le Guardian et le Washington Post. Mediapart était candidat, mais n’a pas été retenu. De cette mondialisation-là, quelle que soit la succursale française, qui se plaindra ?

Par Daniel Schneidermann | Fondateur d’@rrêt sur images |

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6 réponses sur “Et maintenant, le « offshore leaks »”

  1. Un grande farce de l’Histoire politique contemporaine
    La curiosité journalistique serait d’aller voir les connexions entre certains chefs du PS et l’extrême-droite.
    Pour Mitterrand, on savait ses engagements politiques de jeunesse : dans la mouvance antisémite. Il ne fut pas étonnant qu’à sa sortie de captivité en 1940, il ait filé à Vichy chez Pétain, plutôt que rejoindre Londres… Il fallut qu’il sente le vent tourner et la défaite venir pour Hitler pour rallier Alger… On a la résistance qu’on peut.
    Puis il y eut ses liens maintenus avec des chefs de la Collaboration. Pas très ragoûtant tout cela, et cette amitié maintenue avec Robert Hersant, ex-SFIO, ex-collabo pro nazi à la tête de « Jeune Front », qui porta l’uniforme allemand, et fut condamné à dix ans d’indignité nationale à la Libération.
    N’empêche que pour Hersant, avec lequel il s’allia au sein de la FGDS durant la 4è République, Mitterrand révoqua les ordonnances sur la presse de 1945 qui protégeait la presse écrite de la main mise des puissances financières, pour lui permettre de prendre le contrôle d’une série de quotidiens régionaux et nationaux. Il lui refila également une chaîne de télévision, La 5, avec Berlusconi en fondu enchaîné…
    A côté de cela, les affaires Cahuzac et Augier me paraissent être de la petite bière. Oh, certes, les mensonges d’Etat de l’ex-ministre du Budget font grand scandale et sont une insulte aux Français et à la démocratie.
    Mais tout de même, cette extraordinaire manipulation des esprits, de l’opinion publique, sur une prétendue opposition du PS (je parle de Mitterrand et de Hollande et de leurs courtisans) à l’extrême-droite est la plus grande des farces de l’histoire politique contemporaine.
    Ne nous étonnons pas que Marine Le Pen ait, avec des mots à peine voilés, encouragé ses électeurs à voter Hollande au second tour de la Présidentielle de 2012, que la candidate PS à l’élection partielle de l’Oise n’ait pas de donner de consigne de vote contre l’extrême droite. Souvenons-nous qu’en 1986 Mitterrand avait réformé le scrutin législatif pour faire entrer à l’Assemblée Nationale un groupe important d’élus FN (32 députés !), avec ce calcul (raté) qu’une forte représentation de l’extrême-droite ne donnerait pas de majorité à la droite républicaine. Entre le PS et le FN, certains renvois d’ascenseurs trahissent l’entente objective entre les deux formations.
    Dans les cuisines de la politique, ces fumets-là donnent la nausée.

    1. Un grande farce de l’Histoire politique contemporaine
      Vous faites beaucoup d’honneur d’honneur à ces mensonges en les traitant de mensonges d’Etat.
      Cela étant, on a également fait beaucoup d’honneur à des crimes crapuleux en les baptisant du nom de crimes d’Etat. Autant – et ceci n’est en aucun cas une prise de position favorable, mais un simple constat – on peut comprendre que l’affaire Ben-Barka puisse être qualifiée de crime d’Etat, puisqu’il y avait un enjeu clairement politique à l’époque, autant les diverses affaires qui ont suivi n’étaient que minables crimes crapuleux destinés à couvrir des magouilles entre amis.

      Je crains que l’Etat ait bon dos pour couvrir des agissements relativement mafieux et prioritairement destinés à la sauvegarde des intérêts d’un minimum de personnes au détriment d’un maximum de gens.

      Maintenant, la France est-elle dotée d’une véritable presse d’investigation capable d’aller jusqu’au bout de tout ceci ? La question se pose aussi en ces termes.
      Et si la réponse s’avérait positive, les Français le supporteraient-il ? Et je crois que la véritable question est sans doute là.

      1. Mensonges d’Etat
        Nathalie,
        Le journalisme d’investigation a pris du plomb dans l’aile depuis que les ordonnances sur la presse de 1945 qui empêchaient la main mise des grands groupes financiers sur les quotidiens ont été supprimées, et remplacées par d’autres qui, au contraire, favorisaient la mise en coupe réglée de la presse indépendante. Cela, on le doit à Mitterrand qui, sous son règne, a offert sur un plateau d’or la presse française à son ami Robert Hersant, qui fut comme lui un militant antisémite.
        On peut mentir par action, mais aussi par omission. Qui, à gauche, sait que Mitterrand fut l’exécuteur de la presse libre, et par voie de conséquence du journalisme d’investigation ? Il avait grand intérêt à ce qu’on ne mette pas le nez dans ses affaires nauséabondes.

      2. Mensonges d’Etat
        @Pierre

        Les radios libres, qui ont payé un lourd tribu très rapidement (je veux parler des radios d’opinion), se souviennent encore de ces délicieux moments de leur disparition.

        En tout état de cause, sur le sujet qui aura mis la France sur les dents pendant six mois, le constat est sans appel : la presse n’a montré aucun recul sur les évènements et les analyses qui ont pu être faites sont tellement rares qu’on en a vite fait le tour.
        La presse (presse ?) télévisuelle quant à elle, n’est plus qu’une série de spots sans la moindre analyse critique, que les gens ingurgitent, pour la plupart sans recul.

        Aujourd’hui, pour s’informer, il faut chercher ailleurs que dans la presse en général et avoir le temps d’avaler des kilomètres de recherches diverses pour pouvoir se forger une opinion, faute de mise à disposition, les trois quarts du temps, de dossiers synthétiques un peu élaborés.

        Il faut également avoir le temps de bouquiner énormément, les moyens aussi quand les bibliothèques ne disposent pas du livre que vous recherchez, et avoir les dispositions d’esprit susceptibles de permettre d’ingurgiter le tout et d’en mémoriser l’essentiel nécessaire à un regard critique sur le monde.

        Ca fait beaucoup de choses. Et cela explique aussi pourquoi on soulève extrêmement facilement les masses aujourd’hui.
        Je souscris à votre accusation de Mitterrand. Sa responsabilité est très lourde et nous portons encore aujourd’hui (en tout cas ma génération l’estime) le poids de son règne.
        Les autres ont suivi dans le droit fil. Je crains qu’il ne nous faille attendre encore longtemps la femme ou l’homme proviodentiel-le si j’en juge l’état du pays aujourd’hui. Et surtout l’état de sa classe politique en général. Tout en me refusant plus que jamais au populisme ambiant.

      3. Mensonges d’Etat et esprit critique – à Nathalie
        Nathalie,
        Vous dites l’essentiel : avoir « l’esprit critique »; Je parle autant des lecteurs et téléspectateurs que des journalistes. Douter. Ne pas prendre les slogans et les messages fabriqués dans les officines du pouvoir pour argent comptant.
        Voilà un beau thème d’enseignement et de travail pour les jeunes écoliers. Autant que la morale laïque (à laquelle je souscris).
        Les radios libres, c’était une grande idée. Elle fut récupérée par Mitterrand sous le règne de Giscard, puis dévoyée lorsqu’il devint président, offrant le grand mouvement de la libération des ondes à l’appétit des géants de la finance.
        Aujourd’hui, Internet change la donne. L’accès à l’information devient plus facile et rapide pour qui possède un ordinateur et une connexion web. C’est pourquoi les pays sous dictature mettent Internet sous cloche et sous haute surveillance. Il faut être vigilant car cela pourra se produire également chez nous. Certaines gens de pouvoir n’aiment pas que le peuple puisse facilement communiquer, se connecter, échanger… C’est comme ça depuis Théophraste Renaudot et la naissance des premières gazettes.
        Pensons que notre plus grand des écrivains, Victor Hugo, fut contraint à l’exil pendant de nombreuses années pour échapper à Napoléon III qui ne supportait sa liberté d’écriture et de pensée.
        Sous d’autres aspects, il y a bien aujourd’hui un creuset de la pensée unique. Et ça, il faut le combattre.

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