Nouvelle chapelle tradi

La Fraternité lefebvriste Saint Pie X vient de s’installer dans la chapelle Notre Dame de la consolation, magnifiquement située rue Jean Goujon dans le 8e arrondissement de Paris. Cette chapelle appartenait jusqu’alors aux religieux scalabriniens italiens. Elle relevera désormais de la Fraternité intégriste.

Ce lieu de culte a une histoire particulière. Elle fut consacrée en 1900 tout rond à l’endroit même où fit rage le 4 mai 1897 l’incendie du Bazar de la Charité qui avait fait 126 morts dont de nombreuses dames de la bonne société parisienne engagées dans les oeuvres pies. Ceci explique que ce lieu de culte appartienne à l’ association Mémorial du Bazar de la Charité à laquelle la mission catholique italienne payait une location. Or, l’édifice doit être rénové et cette mission ne peut s’en charger faute de revenus. C’est pourquoi, afin d’éviter la désacralisation du lieu, l’association s’est résignée (sans trop de peine…) à céder la chapelle aux intégristes qui ont saisi avec enthousiasme une telle aubaine. Quant à l’ archevêché de Paris , déjà tournée en ridicule en raison de son refus de céder deux cloches de Notre Dame hors d’usage aux religieux de Riaumont , tradis mais ralliés à Rome, elle n’avait rien à dire dans cette affaire, cette chapelle ne relevant pas de son autorité. Quant à la mission catholique italienne, elle va désormais s’installer à la paroisse Saint Pierre de Chaillot , qui n’est pas très éloignée.

Cette tractation entre les intégristes et l’association aurait été facilitée par le fait que plusieurs membres du conseil d’administration de l’association seraient en fait liés à la Fraternité Saint Pie X favorisant un jeu de vases communicants.


Des vases sacrés cela s’entend !

Boulin : ce que disait le sourire de Taddei

Et Taddei souriait. Autour de lui, s’écharpaient les tenants du suicide de Robert Boulin, et ceux de l’assassinat. Et les étangs de la forêt de Rambouillet. Et les lividités cadavériques. Et les ecchymoses. Et l’autopsie sous contrôle. Et les photos du corps. Et Chirac. Et Foccart. Et le SAC. Et Michelle Cotta-Peyrefitte-m’a-dit-et-de-toutes-manières-il-faut-une-femme. Et ce-que-vous-dîtes-est-scandaleux. Et laissez-moi-parler-s’il-vous-plait. Et la Résistance. Et la résurrection en direct des Dossiers de l’écran. Et Taddei s’esclaffait.

Dans cette affaire Boulin, qui n’en finit pas de resurgir (avis aux retardataires, nous y avons consacré un dossier), de deux choses l’une. Soit le ministre du Travail s’est suicidé en 1979. Soit il a été assassiné. Dans les deux cas, pour des raisons différentes, c’est grave. S’il a été assassiné, avec ce que cet assassinat suppose de complicités « au plus haut niveau de l’État », comme on dit, pas besoin de faire un dessin sur la gravité. Chirac, Barre, une bonne partie du RPR (l’UMP de l’époque), des policiers, des gendarmes, des magistrats, des médecins, complices d’assassinat sur la personne d’un ministre dérangeant, c’est tout de même ennuyeux pour un état de droit. Et si Boulin s’est bel et bien suicidé, c’est ennuyeux aussi, pour une autre raison: cela veut dire que l’on entretient depuis des années un débat bidon pour amuser la galerie, avec la complicité de médias installés, au premier rang desquels France Inter, où officie le chef de file des tenants de l’assassinat, Benoit Collombat, qui distille des scoops tous les trois ans, avec une régularité d’horloge comtoise.

Au-dessus de ces deux hypothèses aussi désagréables l’une que l’autre, s’élevait donc, crépusculaire, le sourire de Taddei. On le connait bien. C’est le fameux sourire « on ne me la fait pas ». Un modèle éprouvé, pertinent en toutes circonstances, et en l’occurrence dans les deux hypothèses. Aux partisans de l’assassinat, il dit: je suis comme vous. Je sais bien que la France est une République bananière, capable du pire, et où les affaires ne sortent jamais. Il en a été, il en sera toujours ainsi, et il faut faire avec. Aux tenants du suicide, le sourire dit: je suis avec vous. Je sais bien que la thèse du complot ne résiste pas une seconde à un examen rationnel. Je sais bien que je vous offre un débat de pure diversion, de pur divertissement, mais que voulez-vous, il faut bien donner la parole aux fadas, et on ne peut pas parler du 11 Septembre chaque semaine. A lui seul, ce sourire résumait le dispositif de la télévision publique (un documentaire pour le suicide la veille, un téléfilm pour l’assassinat le lendemain), et cet étrange environnement de scandales zombies, ni vraiment morts ni tout à fait vivants, dans lequel nous sommes assignés à résidence.

Par Daniel Schneidermann | Fondateur d’@rrêt sur images |

Israël et sa politique d’immigration en question

L’État d’Israël n’a pu se créer et se développer que grâce, on le sait, à une immigration juive. Mais qu’en est-il pour les non-juifs ? L’article d’un géographe publié par la revue du GISTI (Groupe d’Information et de Soutien aux Travailleurs Immigrés), « Plein Droit », vient nous éclairer sur la politique israélienne à leur égard.

Ce n’est qu’à partir des années 1990 que l’État d’Israël s’ouvrit à une telle immigration. Il s’agissait, en effet, de remplacer la main-d’œuvre palestinienne venue des Territoires occupés à laquelle on accordait de moins en moins de permis de circulation et de travail en Israël. L’État fit donc appel à une immigration de travail en provenance de l’est de l’Europe (Roumanie, Bulgarie, Turquie), d’Amérique latine (Colombie, Pérou) et d’Asie (Thaïlande, Philippines). Au début des années 2000, ces
immigrants constituaient environ 10 % de la force de travail. Ils étaient entrés avec un visa de travail qui les liaient à un employeur, et il est arrivé fréquemment que ce dernier confisque leurs papiers et les fasse trimer dans des conditions proches de l’esclavage. Si l’immigré se sauve, il se retrouve en situation irrégulière. De même pour ceux qui, à la fin de leur contrat de travail, perdent leur visas et doivent quitter le pays ou devenir, à leur tour, des travailleurs clandestins. Puis, à partir de 2004-2005, de nombreux Africains venus du Soudan, de l’Érythrée, mais aussi d’Afrique de l’Ouest ou du Congo sont également entrés soit avec un visa de tourisme ou pour un pèlerinage, soit encore en s’infiltrant par le Sinaï. (…)

Découvrez l’ensemble de cet article en téléchargeant le n°273 de Golias Hebdo

Plus de flexibilité pour les salariés,
plus de sécurité pour les employeurs

L’accord signé par trois syndicats et le Medef fait couler beaucoup d’encre. La semaine dernière, Laurent Léger, le nouveau secrétaire général de la CFDT, a exprimé en exclusivité dans ces colonnes l’intérêt que représente à ses yeux cet accord. Cependant, force est de constater que les syndicats sont très divisés sur les implications de l’accord signé par la CGC, la CFTC et la CFDT et soutenu par l’UNSA.

Cet accord porte sur de nouvelles règles encadrant les accords de maintien dans l’emploi au niveau des entreprises (baisse de salaire pendant deux ans en cas de difficulté traversée par l’entreprise), la mobilité des salariés au sein des entreprises (à la demande des employeurs), les contrats courts et l’extension de la mutuelle aux salariés des PME. Laurence Parisot, présidente du Medef, soutient aussi cet accord. Pour elle, il s’agit d’« un accord potentiellement historique s’il est repris tel quel dans la loi ». Le négociateur en chef de l’institution patronale, Patrick Bernasconi, est tout aussi satisfait : « La France figurera désormais parmi les meilleures références pour ce qui est de la flexisécurité . » (Le Monde, 13.01.13) Le quotidien américain des affaires, le Wall Street journal, porte le même regard : « Les employeurs français gagnent une nouvelle flexibilité du travail. » (11.01.13) Il explique que « la France risque d’être dépassée par des pays comme l’Italie et l’Espagne qui ont introduit plus rapidement plus de fléxibilité dans le droit du travail. » Les analystes contactés par le Wall Street Journal estiment que l’accord « est un pas positif, même s’il laisse le pays derrière ses pairs ».

Les opposants comptent la CGT1, FO2, la FSU3, Solidaires4 et de nombreux autres syndicats ou associations. Leur position se résume de la manière suivante : les concessions faites par les salariés précarisent l’ensemble des salariés, alors que les nouveaux droits à destination des plus précaires auront du mal a être mis en place. Bref, un trompe-l’œil similaire à celui qui avait été signé par les mêmes signataires en 2003 en matière de retraites.(…)

Découvrez l’ensemble de cet article en téléchargeant le n°273 de Golias Hebdo

Entretien exclusif de Golias Hebdo avec Mgr Marc Stenger

Suite à la publication de la brochure « Le défi de la paix », « Golias Hebdo » est allé à la rencontre de Marc Stenger, évêque de Troyes, président de Pax-Christi France et membre du Comité directeur de Pax Christi international.

« Le défi de la paix », tel est le titre d’une récente brochure diffusée par le Secours Catholique, Justice et Paix, le CCFD-Terre Solidaire et Pax Christi. Tandis que le conflit israélo-palestinien dure depuis des décennies, ce document se destine à nourrir les réflexions individuelles à son sujet, et cela à partir de faits strictement objectifs. Outil pédagogique utile aux chrétiens qui souhaitent s’informer et s’engager pour que la paix progresse, ce livret fait suite à ceux déjà publiés dont les précédentes thématiques étaient « À la rencontre du frère venu d’ailleurs » évoquant les migrants, ainsi que « Au service du bien commun » prônant plus de justice fiscale internationale.

Depuis le partage de l’ONU du 29 novembre 1947 qui ne fut jamais appliqué, le territoire israélien n’a cessé de grandir au détriment du territoire palestinien. Aujourd’hui, les Palestiniens rappellent souvent qu’avec les accords d’Oslo signés en 1993, ils acceptaient un compromis historique en échange de la paix et de la construction d’un État en Cisjordanie et dans la bande de Gaza sur seulement 22 % du territoire où ils avaient vécu jusqu’en 1948. « Mais depuis Oslo, rappelle la brochure, la pression de la colonisation n’a cessé de réduire cet espace, tandis que les Palestiniens se sont retrouvés impuissants face aux violations croissantes de leurs droits. »

Une fois encore, par ce document, l’Église marque sa ferme volonté de voir le droit international respecté, droit qu’Israël bafoue au quotidien. Guy Aurenche, président du CCFD-Terre Solidaire considère d’ailleurs qu’il faut « desserrer l’étau de la colonisation et du blocus de Gaza ». Cette semaine, nous sommes allés à la rencontre de l’un des rédacteurs de cette document Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes. Nous l’avons interrogé sur l’implication des mouvements d’Église pour plus de justice sociale et internationale, mais aussi pourquoi les catholiques contemporains semblent davantage s’impliquer pour la défense de l’ordre moral, à l’image de la récente mobilisation contre le « Mariage pour tous », plutôt que pour l’avènement de la paix en Terre-Sainte ou le désarmement nucléaire….

Découvrez l’ensemble de l’entretien en téléchargeant le n°273 de Golias Hebdo :
http://www.golias-editions.fr/article5130.html

Les employées de maison en Asie sont parmi les moins bien protégées du monde

Le 9 janvier, le jour même où, à Genève, l’Organisation internationale du travail (OIT) présentait son étude sur les « Travailleurs domestiques dans le monde – Statistiques régionales et mondiales et étendue de la protection juridique », une ressortissante sri-lankaise subissait la peine capitale en Arabie Saoudite. Agée de 24 ans, Rizana Nafeek a été décapitée…

… après avoir été reconnue coupable de la mort en 2005 du nourrisson dont elle avait la garde. A l’aide de papiers affirmant qu’elle était âgée de 23 ans, Rizana Nafeek était entrée au service de son employeur saoudien alors qu’elle n’avait que 17 ans. Quelques instants avant son exécution, la jeune femme s’est rétractée, revenant sur sa confession du meurtre et affirmant que l’enfant était décédé de manière accidentelle.

Si le cas de la Sri-Lankaise Nafeek n’a pas été évoqué à Genève ce 9 janvier par l’agence onusienne, il illustre tragiquement la réalité que l’OIT a voulu mettre en avant, à savoir le fait que les employés de maison en Asie – qui sont très majoritairement des femmes – sont globalement plus mal traités que dans d’autres régions du monde.

Ainsi, selon le rapport de l’agence, sur les 21,5 millions d’employés de maison dénombrés en Asie-Pacifique, seulement 3 % ont droit à un jour de congé hebdomadaire, alors que 50 % de ces travailleurs appartiennent à une catégorie qui leur accorde officiellement ce droit (domestiques, jardiniers, chauffeurs, …). De même, seulement 1 % des employés de maison en Asie-Pacifique bénéficient d’une durée légale maximale de leurs horaires de travail (contre trois quarts des domestiques en Amérique latine). La durée moyenne du travail des employés de maison en Malaisie atteint ainsi près de 66 heures hebdomadaires. Et enfin, dans un domaine particulièrement sensible étant donné que huit employés de maison sur dix sont des femmes, la maternité est très faiblement protégée en Asie-Pacifique : seulement 12 % des employées de maison jouissent, dans leur contrat, de clauses leur accordant un congé-maternité ; en Amérique latine, toutes les employées de maison disposent d’un tel droit.

Pour autant, le sort des ces employés de maison ne laisse pas indifférent en Asie même. En effet, le rapport du 9 janvier de l’OIT s’inscrit dans le cadre de la mise en application de la Convention internationale sur « le travail décent pour les travailleuses et les travailleurs domestiques » votée en juin 2011, sous l’impulsion de parlementaires des Philippines, d’Indonésie, du Sri Lanka, du Cambodge et du Bangladesh. En 2008, des parlementaires philippins, notamment Walden Bello, sociologue, député à la Chambre des représentants et pourfendeur de la mondialisation, avaient organisé une conférence internationale à Manille sur le thème des migrations et du développement au cours de laquelle ils avaient appelé la communauté internationale à s’intéresser au sort des employés de maison, les législations nationales et internationales ne reconnaissant le plus souvent pas la spécificité de ce type d’emploi. Quatre ans plus tard, la Convention, dite n° 189, sur les travailleurs domestiques dans le monde était votée par l’OIT et celle-ci vient tout juste d’entrer en vigueur après sa ratification par l’Uruguay, Maurice et les Philippines.

Selon Uramoto Yoshiteru, chargé de la section Asie-Pacifique à l’OIT, il était très important que les Philippines figurent au nombre des premières nations à ratifier la Convention. En tant que pays d’où sont issues un nombre considérable d’employées de maison, les Philippines peuvent avoir un effet d’entraînement sur ses voisins de l’ASEAN, estime le directeur. « Il est très encourageant que certains pays, comme la Thaïlande, Singapour ou les Philippines, s’orientent dans la bonne direction en amendant peu à peu leur législation du travail, mais notre rapport indique clairement que beaucoup reste à faire dans un grand nombre de pays », ajoute-t-il encore.

Parmi les avancées récentes obtenues par les défenseurs des droits des employés de maison figure la disposition entrée en vigueur ce 1er janvier 2013 à Singapour. Après des années d’intenses débats, le Parlement de Singapour a en effet voté (le 5 mars 2012) le droit à un jour de congé hebdomadaire pour les très nombreuses domestiques étrangères au service des familles singapouriennes. La mesure, qui ne concerne que les employées recrutées après le 1er janvier ou dont le contrat sera renouvelé après cette date, n’a toutefois pas été étendue à l’ensemble des domestiques déjà employées sur le territoire de la cité-Etat.

Ces dernières années toutefois, des affaires mettant à la Une des médias les conditions de travail effroyables, les salaires ridicules, les brimades, les coups, les viols dont pouvaient être victimes les employées de maison a jeté une lumière crue sur une réalité humaine, économique et sociale le plus souvent cachée. En 2011, Djakarta avait ainsi suspendu l’envoi de main-d’œuvre chez son voisin malais après la révélation d’abus dont avaient été victimes des employées de maison indonésiennes. En octobre de la même année, c’était au tour du Premier ministre Hun Sen d’interdire le départ des Cambodgiennes au service des familles malaisiennes. A chaque fois, ces interdictions n’ont cependant duré qu’un temps et les recrutements ont repris rapidement.

Enfin, au-delà des problèmes engendrés par les flux migratoires des employées de maison, le rapport de l’OIT ne fait qu’effleurer sans le traiter le problème des mineurs travaillant comme domestiques, ce phénomène faisant l’objet d’une étude spécifique par des département dédiés. Très difficile à chiffrer, ce phénomène est en accroissement constant comme en témoignent l’augmentation du nombre de mineurs domestiques en Inde et d’autres pays d’Asie à l’économie montante, les classes moyennes disposant désormais de moyens pour s’attacher les services de domestiques.

dépêche envoyée par la Rédaction d’Eglises d’Asie
agence d’information des Missions Etrangères de Paris
128, rue du Bac
F – 75007 Paris
tél. : + 33 (0)1 44 39 10 63 (ligne directe)
mob. : 06 80 38 58 54 (portable)
tél. : + 33 (0)1 42 22 63 55
fax : + 33 (0)1 45 44 85 19
e-mail : eglasie@mepasie.org
site : http://eglasie.mepasie.org

Les revenus démesurés des grands patrons et des cadres dirigeants

Les patrons les mieux rémunérés de France touchent entre 400 et 1 500 années de Smic par an… Et encore, sans tenir compte de tous leurs avantages.

Le revenu annuel d’un grand patron représente de 400 à 1 500 années de Smic, selon les données 2011 publiées par Proxinvest dans son quatorzième rapport La Rémunération des Dirigeants des sociétés du SBF 120 (11 décembre 2012). De 5,5 millions d’euros pour Olivier Piou (GEMALTO) à 19,6 millions d’euros pour Maurice Lévy, patron de Publicis (ce niveau record est en partie dû au versement anticipé de ses bonus différés, une prime exceptionnelle de 16 millions d’euros).

Les revenus pris en compte dans cette étude totalisent les salaires fixes, variables et/ou exceptionnels, les stocks-options [1] et les actions gratuites. Ils ne comprennent pas par contre certains autres avantages comme ceux en nature (voitures, logements de fonction par exemple), le complément de retraite sur-complémentaire alloué à certains dirigeants de grandes entreprises notamment. Proxinvest indique que la rémunération des grands patrons est composée en 2011 de 24 % de rémunération fixe, 32 % de variable, 16 % d’autres avantages, 16 % en actions gratuites et 12 % en options d’achat [2].

Ces revenus demeurent bien supérieurs à ce que le talent, l’investissement personnel, la compétence, le niveau élevé de responsabilités ou la compétition internationale peuvent justifier. Ils vont bien au-delà de ce qu’un individu peut dépenser au cours d’une vie pour sa satisfaction personnelle. Ils garantissent un niveau de vie hors du commun, transmissible de génération en génération, et permettent de se lancer dans des stratégies d’investissement personnel (entreprises, collections artistiques, fondations, etc.). Il faut ajouter que ces dirigeants disposent de mécanismes de protection considérables en cas de départ forcé de l’entreprise : mésentente avec les actionnaires, erreurs stratégiques ou économiques, etc.

Les PDG ne sont pas les seuls à être les mieux rémunérés. Des très hauts cadres de certaines professions ou des sportifs peuvent avoir un revenu annuel moyen astronomique : 35 années de Smic pour un sportif de haut niveau, 23 années pour un cadre du secteur de la finance, 18 années pour un dirigeant d’entreprise salarié…

Source et lien url : http://www.inegalites.fr/spip.php?article346&id_mot=74

Pour en savoir plus : Les très hauts salaires du secteur privé – Insee première n°1288 – avril 2010.

[1] Droits attribués aux salariés d’acquérir des actions de leur société sous certaines conditions, notamment avec un rabais, ce qui leur procure une plus-value quasi certaine lors de la revente.

[2] Droit d’acheter, pendant une période et à un prix convenus à l’avance, une certaine quantité d’actif. En contrepartie de ce droit l’acheteur verse une prime au vendeur

Jozef Glemp : la mort d’un primat discret

Ce juriste, certainement très discret, était aussi un homme très habile. Timide et même effacé quelquefois, mais patient et attentif, il succéda en 1981, à seulement 52 ans et deux ans d’épiscopat, à un homme qui était à certains égards son contraire, le cardinal Stefan Wyszynski en qualité d’archevêque de Varsovie et de Primat de Pologne.

Malgré les apparences, les deux hommes s’estimaient beaucoup et cultivait l’art d’une politique modérée aussi éloignée de la complaisance que de la rigidité. Ce qui valut quelquefois au cardinal Jozef Glemp des critiques de milieux plus intransigeants. Le portrait qui est fait de lui (celui d’un prélat cynique) dans le film consacré au Père Popielusko est une caricature. Mais, bien que de tempérament différent, Jean-Paul II appuya toujours son prélat. En revanche – car hélas on ne se refait pas – Mgr Glemp donna une image négative de lui et de la hiérarchie catholique polonaise par son attitude bornée dans l’affaire du carmel d’Auschwitz, se montrant insensible à la souffrance des juifs scandalisés par une possible récupération catholique du lieu. Personne n’est parfait. Même pas les cardinaux.

Reportages de guerre à Aulnay

Deux reportages de guerre. Pas au Mali, mais à Aulnay sous Bois, près de Paris, dans l’usine PSA fermée par la direction depuis quelques jours pour cause, dit-elle, de déprédations. Libé est avec les grévistes. Uniquement avec les grévistes. Le pacte est énoncé dès le titre: une matinée de grève avec les PSA. Les grévistes, leur organisation de grève, leur brioche de grève dans le local syndical, leurs boissons chaudes, leurs opérations coups de poing, leurs quêtes militantes aux péages des autoroutes. Un reportage plein d’empathie, de sourires, de vivats, baigné de l’odeur des clopes dans le petit matin.

Le titre du reportage du Monde est plus énigmatique: « violences, menaces, PSA Aulnay sous tension ». Qui sont les auteurs des violences, des menaces ? Qui fait régner la tension ? Il faut lire le texte pour l’apprendre peu à peu. Les auteurs des menaces, les coupables de la tension, sont les grévistes, et plus particulièrement ceux de la CGT. Les traces de la tension, l’envoyé spécial du Monde, Philippe Jacqué, les a constatées sur place. « Des extincteurs ont été vidés sur des armoires électriques, les responsables de groupes, un échelon hiérarchique intermédiaire, ont été canardés d’œufs, de tomates, de caissettes, de boulons, de cailloux, voire de pétards, quand ils n’étaient pas confinés dans leurs bureaux. Certains d’entre eux, ainsi que des délégués syndicaux, affirment avoir reçu des menaces de mort ». Et ce n’est pas tout: « Dans les ateliers traînent encore les stigmates de l’action militante. A l’atelier logistique, des caisses gisent au sol. Sur les lignes d’assemblage, des boulons sont éparpillés, des boîtiers électriques de robots ont été débranchés ».

Quelles sont les sources du reporter du Monde ? Un « responsable de l’usine qui souhaite garder l’anonymat », un « cadre intermédiaire », un « cadre de la maintenance », le « directeur du site, Laurent Vergely »‘ un « cadre supérieur », un « cadre », un membre anonyme de « la maintenance », « Denis Martin, le directeur industriel de PSA », un « autre cadre », un « représentant syndical (non gréviste, NDR) contacté par téléphone », et enfin « Tanja Sussest, représentante du SIA » (syndicat non gréviste). Au total, donc, onze interlocuteurs cités, du côté de la direction et des non-grévistes. Face à eux, Jean-Pierre Mercier, « le médiatique représentant de la CGT Aulnay, tendance Lutte Ouvrière », porte seul la parole des grévistes, avec deux citations, il est vrai (dont une qui le ridiculise: Mercier affirme n’avoir pas vu, sur les murs de l’usine, un graffiti injurieux pour le patron de PSA, « Varin T mort », graffiti dûment attesté par une photo du journaliste du Monde).

Après tout, pourquoi pas ? Dans une grève, il est légitime de donner la parole aux grévistes et aux non-grévistes, aux syndicats et à la direction. Si les grévistes, dans leur sauvagerie, ont renversé des boulons (ou des plantes vertes, comme sur ces images de France 2 que nous commentions lors de notre émission sur Lorraine coeur d’acier), pourquoi ne pas montrer ces déprédations à la France entière, comme y invitait, dans une envolée immortelle, David Pujadas ? Dans le même article, c’est parfois difficile, tant le reportage de grève s’apparente parfois au reportage de guerre: on ne peut pas être des deux côtés de la ligne de front. Fut un temps, dans le même journal, où les arguments de la direction étaient donnés par le service économique, le reportage de terrain ayant pour fonction de rééquilibrer le traitement, en donnant la parole aux grévistes. Ces temps sont manifestement révolus. Au moins le lecteur pourrait-il être averti de ce qu’il va lire. Si le reportage du Monde avait été titré « une visite à Aulnay avec la direction », nul n’y eût trouvé à redire.

Par Daniel Schneidermann | Fondateur d’@rrêt sur images |